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lundi 6 décembre 2010

Accord entre Rio Tinto et Chinalco pour prospecter en Chine

Les Echos, no. 20819 - Industrie, lundi, 6 décembre 2010, p. 21

Le géant minier anglo-australien Rio Tinto et le chinois Chinalco, son premier actionnaire avec 9 % du capital, ont signé vendredi un protocole d'accord pour constituer une coentreprise qui prospectera en Chine. Chinalco, géant de l'aluminium, cherche à se diversifier dans le charbon, le minerai de fer, les terres rares et le cuivre, pour devenir un géant minier mondial. Cet accord montre aussi un rétablissement des relations de Rio Tinto avec la Chine. Chinalco avait été éconduit par l'Etat australien en 2009 quand il avait proposé d'injecter des fonds propres en augmentant sa part du capital de Rio, alors pénalisé par une dette colossale. Puis, en mars dernier, 4 employés de l'anglo-australien avaient été condamnés à des peines de prison pour corruption et espionnage industriel.

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mercredi 24 mars 2010

Guerre du fer entre sidérurgistes et géants miniers - Alain Faujas

Le Monde - Economie, jeudi, 25 mars 2010, p. 12

Le procès, clos à Shanghaï mercredi 24 mars, de quatre cadres de l'entreprise minière Rio Tinto, accusés d'" espionnage commercial " et de " corruption ", n'est qu'un épisode de la bataille qui oppose depuis plus d'un an les sidérurgistes de taille mondiale aux trois grands producteurs de fer, le brésilien Vale et les anglo-australiens BHP-Billiton et Rio Tinto.

En effet, les aciéristes chinois ne sont plus seuls à dénoncer le monopole de ces trois mastodontes et à demander l'intervention de leur gouvernement dans leurs négociations avec les entreprises minières. Depuis quelques jours, l'association des aciéristes européens Eurofer réclame que la Commission européenne l'épaule face à ce " cartel " qui pratique, dit-elle, un " abus de position dominante ", car l'Europe est menacée de se voir imposer une hausse de 80 % du prix du minerai, dans un marché de l'acier toujours malade de la récession.

Depuis des décennies, le fer fait l'objet d'un véritable rituel. Chaque automne, sidérurgistes et mineurs se retrouvent pour discuter des prix applicables pendant un an à partir du 1er avril de l'année suivante. Les négociations durent jusqu'à ce qu'un sidérurgiste européen ou japonais s'accorde avec un fournisseur brésilien ou australien sur les quantités et les prix. Les autres acteurs s'alignent sur ce contrat de référence. Le marché au comptant, ou " spot ", ne représentait jusqu'à présent que 5 % du milliard de tonnes de fer échangé chaque année dans le monde. Ces prix garantis ont l'avantage de donner une visibilité d'un an aux vendeurs, qui peuvent arrêter les investissements nécessaires, et aux acheteurs, qui construisent sans aléas leur offre commerciale d'acier.

" La Chine a tout détraqué, commente un analyste européen, car elle a fortement augmenté sa production d'acier en 2008-2009, en pleine crise, et importé massivement du fer. Les mineurs n'apprécient pas que le prix de référence demeure contractuellement fixé à 60 dollars la tonne, alors que le prix approche les 140 dollars sur le marché spot, parce que la Chine y achète 70 % de ses besoins. Ils veulent désormais des prix de marché et, comme pour le charbon-vapeur, ils souhaitent abandonner le prix annuel pour un prix trimestriel indexé sur le spot. L'offre est aujourd'hui contrainte, car les mines tournent à pleine capacité; la demande de fer reste forte. Autrement dit, ce sont les groupes miniers qui ont la main, n'en déplaise aux Chinois et aux Européens. "

Ces derniers ne l'entendent pas de cette oreille. " Rien ne justifie l'augmentation de prix de 80 % présentée par Vale, proteste Gordon Moffat, délégué général d'Eurofer. Au cours des cinq dernières années, nos entreprises sidérurgiques ont subi des hausses annuelles de 50 % à 70 %, ce qui s'expliquait par l'émergence de la Chine et par la forte croissance mondiale. Les entreprises minières ont alors enregistré des marges de 50 % ! Aujourd'hui, nous constatons une reprise de notre production d'acier de 8,60 % seulement par rapport à 2009, après un effondrement de 35 % l'an dernier. Nos prix sont toujours en recul de 40 % : la demande des sidérurgistes est injustifiée. "

La sidérurgie européenne redoute d'autant plus le rapport de force qui s'amorce que Rio Tinto et BHP Billiton projettent de mettre en commun leurs mines de fer australiennes. Ce nouveau conglomérat renforcé par Vale, numéro un mondial actuel, pourrait profiter de leur duopole pour imposer à leurs clients leurs prix. Gordon Moffat parle de " diktat ". Il confirme que les négociations sont suspendues et qu'Eurofer a saisi Bruxelles de la fusion Rio-BHP et de leur entente avec Vale, manifeste selon lui.

Pékin a choisi une voie plus radicale. Le 5 juin 2009, le chinois Chinalco était définitivement empêché de monter pour 19,5 milliards de dollars au capital de Rio Tinto. Le 30 juin, les négociations sur les prix entre la China Iron & Steel Association et les mineurs australiens échouaient. Le 5 juillet, le représentant de Rio à Shanghaï, Stern Hu, ainsi que trois autres salariés de Rio, étaient arrêtés et accusés d'avoir dérobé des " secrets commerciaux ". A Pékin, on nie que cette accusation ait un lien avec les déconvenues chinoises dans le domaine du fer.

Les ponts ne sont pas coupés pour autant. D'abord, la justice chinoise a transformé l'accusation de vol de secrets d'Etat - qui pouvait déboucher sur la condamnation à mort de Stern Chu - en inculpation pour " espionnage économique " et " corruption ", crimes qui ne sont punis " que " de vingt ans de prison.

Ensuite, Rio et Chinalco ont signé, le 19 mars, un accord pour exploiter de concert (53 % - 47 %) le gisement de fer de Simandou (Guinée), l'un des plus riches du monde. Les deux groupes auraient aussi un projet commun en Mongolie. Enfin, Tom Albanese, le directeur général de Rio, a participé, lundi 22 mars à Pékin, à un forum pendant lequel il a prôné le " renforcement de la coopération mondiale pour bâtir un avenir mutuellement rentable ". Il a fait partie des chefs d'entreprise reçus par le premier ministre chinois, Wen Jiabao. Les protagonistes du fer continuent à jouer au chat et à la souris.

Alain Faujas

PHOTO - Labourers shovel iron ore from Australia while it is being unloaded at Yingkou Port, one of China's biggest ports for importing the commodity, in Liaoning province, March 21, 2010. Anglo-Australian miner Rio Tinto signed a $2.9 billion agreement with Chinese metals group Chinalco on Friday to jointly develop an iron ore project in Guinea in a deal that could repair Sino-Australian relations.

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lundi 22 mars 2010

Rio Tinto s'allie avec Chinalco dans le minerai de fer guinéen - Massimo Prandi

Les Echos, no. 20640 - Marchés, lundi, 22 mars 2010, p. 31

Trois jours seulement avant le début du procès de ses quatre employés de Shanghai, Rio Tinto a annoncé un accord non engageant avec le holding chinois Chinalco en vue de la constitution d'une coentreprise dans le minerai de fer en Guinée.

Après plus de neuf mois de sérieuse brouille, le numéro trois mondial des mines par la capitalisation boursière, Rio Tinto, resserre ses relations industrielles avec le holding étatique chinois Chinalco, son principal actionnaire avec 9 % du capital. Ce dernier s'était senti humilié début juin 2009 quand Rio Tinto avait mis brutalement fin au projet de partenariat stratégique entre les deux groupes pour marier son minerai de fer australien avec celui de son concurrent, BHP Billiton. La réaction de Pékin avait été rageuse et s'était soldée par l'emprisonnement de quatre représentants du groupe minier anglo-australien basés à Shanghai. Leur procès débute aujourd'hui.

Avec un agencement temporel qui ne doit rien au hasard, vendredi, les deux entreprises ont annoncé la création d'une coentreprise pour exploiter le gisement riche en minerai de fer de Simandou, en Guinée. Aux termes de l'accord non engageant, Rio Tinto, qui détient 95 % du projet, cédera à Chinalco une participation de 44,65 %. En échange, le chinois va investir 1,35 milliard de dollars en deux ans pour la finalisation du site minier et de la logistique liée. En toute hypothèse, des entreprises de l'ancien empire du Milieu contribueront à la construction du complexe minier et notamment de ses infrastructures. Le transfert de propriété se fera seulement après que Chinalco aura déboursé l'intégralité de cette somme, précise Rio Tinto. Le groupe risque par ailleurs de perdre à terme la majorité conservée de 50,35 % de Simandou en cas d'exercice par le gouvernement guinéen de son option de rachat d'une part du gisement pouvant aller jusqu'à 20 %.

La transaction avec les Chinois a permis de débloquer un dossier enlisé depuis décembre 2009, quand le régime de Conakry avait vendu la moitié nord du dépôt à BSG Resources, une firme du milliardaire israélien Benny Steinmetz. Jusqu'à présent, Rio Tinto a dépensé dans Simandou plus de 600 millions de dollars en exploration et en évaluation.

2,2 milliards de tonnes

Localisé dans le sud-est de la Guinée, ce gisement est le plus riche au monde des dépôts non exploités de minerai de fer avec ses 2,2 milliards de tonnes de ressources en minerai contenant 66 % de fer. Plus de 1.000 personnes y travaillent actuellement, mais, une fois démarrés les travaux de construction proprement dits, il générera des dizaines de milliers d'emplois, y compris dans ses infrastructures ferroviaires et portuaires. Quand la mine ouvrira ses portes, elle comptera plus de 4.000 travailleurs pour une production à plein régime estimée à plus de 70 millions de tonnes de minerai de fer par an. Au total, cet actif nécessite des investissements pour environ 12 milliards de dollars.

Il n'est cependant pas le principal chantier dans le minerai de fer de Rio Tinto. L'effort essentiel sera consenti pour l'expansion du bassin de Pilbara, en Australie occidentale, avec l'objectif affiché de livrer 330 millions de tonnes de minerai de fer. Le ticket d'entrée de Chinalco de 1,35 milliard de dollars est modéré eu égard aux capitaux qu'il faudra dépenser pour que les installations commencent à fonctionner : entre 5 et 6 milliards de dollars, d'après les dernières estimations de Rio Tinto. C'était le prix que Rio Tinto devait payer pour rétablir des relations normales avec son principal client, la Chine.

MASSIMO PRANDI

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lundi 15 mars 2010

Rio Tinto rouvre le dossier épineux de ses liens avec Chinalco

Les Echos, no. 20635 - Marchés, lundi, 15 mars 2010, p. 31

A l'approche de l'arrivée à Pékin de Tom Albanese (PHOTO), le patron du groupe Rio Tinto, les rumeurs reprennent sur les relations entre Chinalco, le holding étatique chinois promis jusqu'en juin 2009 à un partenariat stratégique avec le groupe minier. Finalement écarté par Rio Tinto à la faveur de la création d'une coentreprise avec BHP Billiton, Chinalco n'a jamais cessé d'aspirer à une relation plus étroite avec la société de Tom Albanese. Fort de ses 9 % au capital de Rio Tinto, il revendique tout d'abord d'être représenté au conseil d'administration de ce dernier. Plusieurs observateurs estiment en outre que la discussion entre les deux entreprises portera sur l'établissement d'une coentreprise dans l'aluminium. Chinalco contrôle en effet Chalco, le leader chinois du métal gris. Rio Tinto doit rapidement normaliser ses rapports avec la Chine, y compris pour peser dans la détermination du sort de ses quatre employés de Shanghai emprisonnés depuis le début de juillet 2009. Ils sont accusés d'avoir corrompu des représentants d'entreprises chinoises et d'avoir volé des secrets commerciaux. Ils devraient être jugés très prochainement.

MASSIMO PRANDI

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mardi 22 décembre 2009

L'Australie s'inquiète d'une mainmise de la Chine sur ses matières premières

Le Monde - Economie, mercredi, 23 décembre 2009, p. 14

Fraîchement arrivés de Chine, les pandas Wang Wang et Funi, dernières recrues du zoo d'Adélaïde, ont un programme chargé. Ils doivent non seulement attirer les touristes mais aussi convaincre les investisseurs chinois de s'intéresser au sous-sol de la région. C'est du moins ce qu'espère Kevin Foley, ministre des finances d'Australie-Méridionale, Etat riche en ressources énergétiques. " Ces beaux pandas seront une grande attraction et un atout pour convaincre les Chinois d'investir dans nos ressources et minéraux ", s'est-il félicité.

La déclaration illustre l'intérêt des Australiens pour les investisseurs chinois. Depuis les années 2000, la croissance du " Lucky country " a été dopée par la demande en ressources énergétiques, en particulier chinoise. Le pays est en passe de détrôner le Japon comme principal partenaire commercial de Canberra. En 2008-2009, les exportations vers la Chine représentaient 34,3 milliards de dollars (24 milliards d'euros), soit 17,1 % des exportations. Le minerai de fer acheté par Pékin a rapporté 22 milliards de dollars.

Mais les relations demeurent tendues. Car si les Australiens sont plus qu'heureux de vendre leurs matières premières, les investissements chinois dans les compagnies minières australiennes - qui représentent encore une infime minorité des placements de capitaux étrangers - inspirent encore la méfiance pour le public.

" C'est le pilier de notre croissance. D'où cette résistance. On a l'impression de vendre les bijoux de famille. Il y a toujours débat au sein du gouvernement sur le rachat de compagnies minières australiennes par des entreprises étatiques étrangères ", explique John Lee, chercheur au Centre d'études indépendantes de Sydney. En juin, la tension a culminé lorsque l'offre de levée de capitaux auprès du géant public de l'aluminium Chinalco a finalement été rejetée par le groupe anglo-australien Rio Tinto. Quelques semaines plus tard, Stern Hu, un responsable de Rio Tinto, était arrêté et emprisonné en Chine pour espionnage industriel.

Si l'" affaire Rio Tinto " a jeté un froid entre Canberra et Pékin, de nouveaux accords ont pourtant été scellés rapidement. " La peur était que Chinalco puisse peser sur la négociation des prix du minerai de fer. Mais depuis, les Chinois ont compris qu'ils ne pouvaient pas s'attaquer à d'aussi grosses compagnies, en tout cas pour le moment. Ils se concentrent donc sur de plus petits producteurs ", commente M. Lee.

Selon sa direction, le FIRB (Foreign Investment Review Board), l'organisme chargé d'approuver les demandes d'investissements étrangers, a reçu 90 propositions d'investissement chinois en un an et demi, pour plus de 26 milliards de dollars. " Je doute que la relation ait été affectée sur le long terme. Avec le rythme de son urbanisation, la Chine a de forts besoins en ressources énergétiques. Elle a besoin de diversifier ses sources ", souligne Frank Tudor, président du Conseil des affaires sino-australien.

Lors de sa visite en Australie fin octobre, le vice-premier ministre chinois, Li Keqiang, a plaidé pour un nouveau type de coopération : " Nous devrions regarder le tableau complet et nous assurer que nos relations bilatérales atteignent un nouveau niveau, de plus grande profondeur. " Pour Peter Drysdale, professeur d'économie à l'université nationale australienne, " c'était une visite très importante, qui a donné l'occasion à l'Australie comme à la Chine de se rassurer l'une l'autre. Et permis de clarifier la confusion des mois précédents ".

Plusieurs opérations ont d'ailleurs obtenu le feu vert de Canberra. Le rachat du mineur de charbon Felix Resources par Yanzhou Coal Mining a été approuvé, en octobre, pour près de 3 milliards de dollars. Le géant chinois Baosteel a été autorisé à racheter 15 % du mineur Aquila. En revanche, le FIRB a rejeté la proposition de China Nonferrous Metal Mining (CNMC), qui souhaitait acquérir plus de 49,9 % du mineur de terres rares Lynas. Un refus probablement motivé par la mainmise de la Chine sur la production mondiale de terres rares. Le FIRB s'est aussi opposé, dans un premier temps, au rachat d'Oz Minerals par la compagnie publique chinoise Minmetals.

Du coup, le FIRB a été critiqué pour son manque de clarté et même soupçonné de discrimination vis-à-vis des Chinois. En septembre, son directeur, Patrick Colmer, a expliqué que Canberra préférait que les investissements d'entreprises publiques étrangères restent limités à 15 % pour les producteurs majeurs. " Cependant, cela reste une approche au cas par cas ", précise M. Tudor. Début décembre, le ministre des finances, Wayne Swane, a promis des règles plus transparentes en 2010. " Un geste attendu par les Australiens comme par les Chinois ", observe M. Lee.

Marie-Morgane Le Moël

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