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mercredi 27 octobre 2010

Les Etats-Unis plaident auprès de la Chine pour durcir les sanctions contre l'Iran

Le Monde - International, jeudi, 28 octobre 2010, p. 6

Durcir l'application des sanctions, leur donner du temps pour produire leur effet, et observer le débat qu'elles suscitent au sein du régime iranien, qui n'a pas apporté de réponse claire à l'offre de dialogue transmise par la haute représentante européenne Catherine Ashton. Celle-ci espère une rencontre à Vienne, à la mi-novembre, entre un émissaire iranien et les représentants des grandes puissances.

Telle demeurait l'approche des Occidentaux, mardi 26 octobre, alors que l'Iran commençait à introduire du combustible (de provenance russe) dans sa centrale nucléaire de Bouchehr, sur les rives du Golfe persique. Les Etats-Unis ont rappelé à cette occasion que cette installation reste périphérique par rapport aux problèmes que soulève le programme nucléaire iranien. " Ce qui nous pose problème, ce sont les installations comme celle de Natanz et leur site secret à Qom et dans d'autres endroits où nous pensons qu'ils mènent leur programme d'armes ", a commenté la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

La centrale de Bouchehr, dont l'achèvement a connu de multiples retards, a la particularité d'avoir été mise à l'abri des sanctions internationales qui frappent l'Iran. La raison en est que Moscou s'est engagée à reprendre tout le combustible usé, ce qui empêche son détournement vers des fins militaires. L'Iran s'efforce de son côté de présenter Bouchehr comme une réalisation majeure démontrant l'inanité des pressions extérieures qui s'exercent sur le pays.

Quête de palliatifs

Les sanctions n'ont pas à ce jour modifié le comportement de la République islamique sur le dossier nucléaire mais elles contribuent à alourdir les difficultés économiques d'un Etat qui voit s'assécher, de mois en mois, les réseaux financiers dont il peut disposer (y compris auprès des émirats du Golfe), ainsi que les sources de technologie et d'investissements étrangers.

Par le biais de leurs sanctions à caractère extraterritorial, adoptées en juillet et ciblant en particulier le secteur énergétique, vital pour l'économie iranienne, les Etats-Unis exercent une forte pression. Ces mesures, qui s'ajoutent à celles prises par l'Union européenne et d'autres alliés de Washington, ont adressé un message difficile à ignorer pour les majors pétrolières et les courtiers internationaux, qui restreignent leurs activités avec l'Iran.

L'un des résultats les plus visibles a été la décision du gouvernement iranien de reporter à la mi-novembre une augmentation du prix de l'essence, prévue dans le cadre d'une suppression progressive des subventions qui caractérisent la gestion économique du pays.

Selon une évaluation faite côté occidental, les sanctions ont coûté à l'Iran " des dizaines de milliards de dollars " au cours de l'année écoulée. La suspension en septembre par la compagnie turque Tupras de ses livraisons de carburant a obligé Téhéran à chercher des palliatifs, en reconfigurant des installations pétrochimiques ou en se tournant vers d'autres partenaires, comme le Venezuela.

Les Etats-Unis cherchent à colmater toutes les brèches dans le dispositif des mesures coercitives. Ils ont envoyé des émissaires à Ankara et à Pékin, plaidant notamment auprès des Chinois pour qu'ils ne se substituent pas aux compagnies occidentales, comme Total, Shell, Eni et Statoil, qui ont cessé tout investissement en Iran.

A Téhéran, selon une analyse faite de source occidentale, l'impact des sanctions a relancé les tensions politiques internes, notamment entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le Parlement, tandis que le " Guide suprême ", Ali Khamenei, a adressé aux différentes factions des consignes d'unité.

Natalie Nougayrède

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lundi 14 juin 2010

Téhéran s'estime lâché par son allié chinois sur le dossier nucléaire

Le Monde - International, samedi, 12 juin 2010, p. 6

Face aux critiques véhémentes de dirigeants iraniens, la Chine évite de répondre alors que le président Ahmadinejad est en visite à Shanghaï.

Le président Ahmadinejad est arrivé jeudi 10 juin à Shanghaï et s'est rendu, vendredi, à l'Exposition universelle, une visite qui intervient après la décision de Pékin, allié et important partenaire économique de Téhéran, de s'associer à la nouvelle série de sanctions contre l'Iran qui ont été votées, mercredi, par le Conseil de sécurité des Nations unies. Le fait que le chef de l'Etat iranien ne se rende pas ensuite à Pékin et ne rencontre aucun dignitaire d'importance durant son bref séjour en dit long sur la tactique chinoise : la République populaire accueille le président tout en le maintenant prudemment à distance, tandis que le président chinois, Hu Jintao, participe, à Tachkent, en Ouzbékistan, à un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghaï, un groupe régional dont font partie les pays de l'Asie centrale ex-soviétique, la Russie et la Chine, et où l'Iran a un statut d'observateur...

Téhéran a vivement réagi contre Pékin après le vote du Conseil de sécurité : le chef du programme atomique iranien, Akbar Salehi, a lancé, jeudi, que « la Chine est en train de perdre graduellement la position respectable dont elle jouit dans le monde islamique, et, quand elle se réveillera, il sera trop tard ». Il a perfidement ajouté : « Il fut un temps où la Chine traitait les Etats-Unis de tigres de papier. Je me demande comment on pourrait qualifier la Chine après son accord à la résolution [de l'ONU] ».

« Position équilibrée »

Ces déclarations qui n'ont suscité que des réactions prudentes côté chinois, Pékin évitant soigneusement de jeter de l'huile sur le feu, ont été jugées « stupéfiantes » par certains observateurs, tel Zhu Feng, le directeur du programme d'études internationales à l'université de Pékin : « Tout cela montre à quel point Téhéran est mécontent contre la Chine », a-t-il estimé, en remarquant que la Chine a décidé d'adopter « une position très équilibrée » sur ce dossier.

La Chine ne veut pas d'un régime de sanctions contre l'Iran, mais rappelle constamment son opposition à la prolifération nucléaire. La stratégie de Pékin a toujours consisté à critiquer par avance le principe de sanctions, quitte à s'y associer quand les pressions étaient trop fortes, tout en faisant son possible pour que ces dernières soient le moins dommageables pour Téhéran.

L'édition en anglais du Global Times, associé au Quotidien du peuple, l'organe central du Parti communiste, titrait, jeudi, sur le fait que, « grâce à la Chine et à la Russie, les sanctions ont été diluées ». Dans un éditorial, le même journal répétait, vendredi, que « de nouvelles sanctions étaient inévitables mais que la Chine a oeuvré pour en adoucir le contenu. Le vote pour de nouvelles sanctions ne montre pas que la Chine abandonnera le recours à la diplomatie pour résoudre ce problème. La Chine ne prendra pas partie simplement parce qu'on fait pression sur elle. Travailler afin que tous les pays concernés continuent de s'asseoir à la table des négociations est ce que la Chine est en train de faire en tant que pouvoir politique responsable ».

Comme l'indique l'expert des questions internationales à l'université de Shanghaï Pan Guang, « en dépit du fait que les sanctions sont plus faibles qu'originellement prévu, elles vont jouer un rôle dans la prévention d'un développement d'armes nucléaires par l'Iran ». « La Chine est clairement persuadée, remarque le chercheur Li Shaoxian, attaché à l'Institut des relations internationales, que des sanctions dures contre l'Iran n'auront pas d'effets sur la politique iranienne. »

Priorité à la diplomatie, refus classique d'« interférence » dans les affaires intérieures d'autrui, mais démonstration d'une certaine flexibilité sur le dossier iranien : tout montre que Pékin s'efforce de concilier des impératifs parfois contradictoires, entre la nécessité de garantir sa relation avec Téhéran (son troisième fournisseur de pétrole) et celle d'assurer la poursuite d'un dialogue complexe avec les Etats-Unis.

Bruno Philip

PHOTO - Iranian President Mahmoud Ahmadinejad (C) arrives at the Iranian pavilion during his visit at the site of the World Expo 2010 in Shanghai on June 11, 2010. Ahmadinejad vowed 'peace among nations' on a visit to the World Expo in China, which has angered Tehran by backing new UN sanctions against the Islamic republic.

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lundi 31 mai 2010

DERNIER CHIFFRE - 1 milliard d'euros : prêt de la Chine à la mairie de Téhéran

Le Monde - Mardi, 1 juin 2010, p. 2

Signe de la participation croissante de Pékin à l'économie iranienne, la Chine a accordé un prêt de 1 milliard d'euros pour financer plusieurs projets de la mairie de Téhéran, notamment un important tunnel de plusieurs kilomètres. Profitant du durcissement de l'embargo économique et financier occidental, la Chine a renforcé sa présence en Iran, dont elle est devenue, en 2009, le premier partenaire économique.

PHOTO - Iranian President Mahmoud Ahmadinejad waves to the media prior to a meeting at the presidency in Tehran, on May 18, 2010. Iranian officials said that they expect a swift response from world powers on an accord to ship much of its low enriched uranium to Turkey, as UN Security Council member China backed the swap deal.

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mercredi 19 mai 2010

Washington rallie la Chine et la Russie contre l'Iran - Adèle Smith

Le Figaro, no. 20464 - Le Figaro, mercredi, 19 mai 2010, p. 6

Un projet de résolution durcissant les sanctions devait être soumis, hier, à l'ONU.

L'accord signé lundi entre l'Iran, la Turquie et le Brésil sur un échange d'uranium était censé mettre un terme, ou du moins ralentir la perspective de sanctions. Il aura eu l'effet inverse. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a annoncé hier un accord avec la Chine et la Russie sur un quatrième volet de sanctions, en négociation depuis plusieurs mois à l'ONU entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France), plus l'Allemagne. « Nous sommes parvenus à un accord sur un projet fort, avec la coopération de la Chine et de la Russie », a déclaré la chef de la diplomatie américaine. Selon elle, une « résolution forte sur des sanctions adressera un message sans équivoque sur ce que l'on attend de l'Iran ».

La négociation du texte devait commencer à 16 heures à New York (22 heures en France) lors d'une réunion du Conseil de sécurité où siègent actuellement le Brésil et la Turquie (en tant que membres non permanents). Ces deux pays se retrouvent ainsi pris à contre-pied. Le projet de résolution « constitue la réponse la plus convaincante que nous puissions apporter aux efforts entrepris par l'Iran ces derniers jours », a clairement indiqué Hillary Clinton.

Lundi, en effet, le président brésilien, Luiz Ignacio Lula da Silva, et le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, estimaient être parvenus à une médiation avec le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Téhéran avait accepté de transférer à l'étranger 1 200 kg de son uranium faiblement enrichi - soit la majeure partie de son stock connu - en échange de combustible destiné à son réacteur de recherche médicale. L'accord prévoyait de confier à la Turquie le soin d'enrichir l'uranium iranien, sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). « Il n'y a plus besoin de sanctions », déclarait alors le président Lula au côté d'un Ahmadinejad rayonnant.

Modèle nord-coréen

C'était compter sans la détermination des Occidentaux à ne pas tomber dans ce qu'ils estiment être un nouveau piège de l'Iran. « L'annonce venue de Téhéran laisse de nombreuses questions sans réponses », soulignait hier la secrétaire d'État américaine. Adepte des volte-face à répétition, Téhéran est soupçonné de développer clandestinement un programme nucléaire militaire, bien qu'il soit signataire du traité de non-prolifération. Pour Nicolas Sarkozy, l'accord avec la Turquie et le Brésil peut être « un pas positif », à condition qu'il « s'accompagne logiquement d'un arrêt de l'enrichissement à 20 %. » Or, le ministre des Affaires étrangères iranien a déjà annoncé la « poursuite de l'enrichissement de l'uranium à 20 % sur le territoire de l'Iran ».

L'un des points cruciaux du projet de sanctions pourrait être calqué sur une résolution adoptée l'an dernier contre la Corée du Nord, après son second essai nucléaire. Celle-ci autorise l'arraisonnement des navires marchands en provenance ou à destination d'un port nord-coréen, à la recherche d'armes, de matériaux nucléaires ou à « double usage » (civil et militaire), ainsi que d'autres cargaisons assujetties à l'embargo de l'ONU. Les nouvelles sanctions devraient également cibler un certain nombre d'institutions financières ou de comptes iraniens à l'étranger, notamment ceux liés aux gardiens de la révolution, bras armé du régime et instrument de la répression contre les manifestants. Le détail des mesures coercitives reste cependant à préciser. Tout au long des négociations, la Chine et la Russie ont protégé leurs intérêts stratégiques et commerciaux en Iran. Pékin, par exemple, en importe 12 % de ses besoins en pétrole.

PHOTO - U.S. ambassador to the United Nations Susan Rice speaks to reporters after a Security Council consultation on the situation in Iran, Tuesday, May 18, 2010 at United Nations headquarters.

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lundi 26 avril 2010

Iran : la Chine proche d'accepter des sanctions, d'après Joe Biden

Les Echos, no. 20663 - Dernière, vendredi, 23 avril 2010, p. 20

Le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, a affirmé hier que la Chine allait « accepter des sanctions » économiques contre l'Iran en raison de son programme nucléaire et écarté l'éventualité qu'Israël attaque unilatéralement la République islamique. « Ils sont plus isolés que jamais, de leur peuple et au sein de la région » du Moyen-Orient, a-t-il remarqué, en référence aux dirigeants de la république islamique, soupçonnés par Washington et ses alliés de vouloir développer une bombe atomique sous couvert d'un programme nucléaire civil, ce que Téhéran dément.

JESSICA BERTHEREAU

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mercredi 14 avril 2010

Le nouvel axe Téhéran-Pékin - Delphine Minoui

Le Temps - Eclairages, jeudi, 15 avril 2010

Réticente aux sanctions contre l'Iran, la Chine a finalement accepté de se joindre aux discussions. Mais Pékin est-il pour autant prêt à sacrifier ses intérêts économiques, vaste marché pour ses produits en tout genre, et source indispensable en pétrole?

Au Grand Bazar de Téhéran, immense dédale de 4 kilomètres carrés, planté dans les quartiers populaires du sud de la capitale, les étals offrent un étonnant spectacle de l'islamo-nationalisme dont se targuent les autorités au pouvoir. D'allée en allée, le mythe de l'indépendance iranienne se brise à la même allure qu'une tasse en porcelaine chinoise. Survêtements, chaussures, frigidaires, tapis de prière... La plupart des produits de consommation courante portent la marque «Made in China». A des prix défiant toute concurrence. Même la fameuse Sara - une Barbie locale, dont la chevelure est recouverte d'un voile en vigueur - pousse aujourd'hui ses premiers cris dans l'Empire du Milieu, avant d'être expédiée en République islamique.

Cet été, au pic des manifestations post-électorales, contestant la victoire de Mahmoud Ahmadinejad, les forces de l'ordre iraniennes ont également béni le fabricant chinois Dalian Eagle Sky pour leur avoir fourni des véhicules antiémeute, permettant d'asperger les manifestants d'eau bouillante et de gaz lacrymogène. Depuis, les opposants iraniens ont beau crier «mort à la Chine!» lors de leurs rassemblements, ils doivent se résigner à une réalité difficile à combattre: Pékin est aujourd'hui le principal partenaire commercial de Téhéran. Avec 21,2 milliards de dollars d'échanges contre seulement 14,4 trois ans plus tôt, la Chine a détrôné, en 2009, l'Allemagne, premier fournisseur de l'Iran depuis vingt ans...

«Les Chinois sont les grands gagnants du retrait des entreprises européennes, provoqué par le renforcement des sanctions occidentales à cause du dossier nucléaire. Et ils entendent en profiter», relève Clément Therme, spécialiste de l'Iran et doctorant à l'Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) de Genève. Selon la presse, les sociétés chinoises ont fourni, durant la seule année dernière, 13% des importations directes de l'Iran - soit l'équivalent de 8 milliards de dollars - et sans doute autant en importations indirectes via les Emirats arabes unis. Ces chiffres sont partis pour augmenter, à en juger par le développement fulgurant de Yiwu, véritable ville bazar chinoise tournée vers l'Afrique et le Moyen-Orient, à quatre heures en voiture de Shanghai. Sans compter les nouveaux contrats de construction sur le territoire iranien, comme celui d'une route reliant Téhéran à la mer Caspienne... Est-ce une des raisons de la frilosité de la Chine, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, quand il s'agit de mettre la pression sur Téhéran? Si Pékin a finalement accepté, la semaine dernière, de se joindre aux discussions du groupe «5+1» (les cinq membres, plus l'Allemagne), sur un renforcement des sanctions, les Chinois ne semblent pas prêts, pour autant, à se mettre à dos l'Iran. Ils «bénéficient de l'actuel statu quo et ne sont pas pressés de faire bouger les choses», remarque Clément Therme.

C'est que si Pékin trouve dans l'Iran un débouché idéal pour ses exportations, la République islamique représente, aussi, une importante source pour ses besoins croissants en énergie. Profitant du départ progressif des grands consortiums (Total, Shell, ENI...), Pékin multiplie les nouveaux contrats dans le domaine du gaz et du pétrole. En cinq ans, les Chinois ont pris pied dans au moins six projets. CNPC/PetroChina a ainsi mis le cap au sud-ouest de l'Iran, en s'engageant, en 2009, dans deux projets pétroliers dans la province du Khouzistan. Mais ce n'est pas tout. La compagnie pétrolière chinoise est également en train de remplacer Total dans l'exploitation du gisement gazier de South Pars, dans le Golfe (LT du 29.08.2008). Coût total des opérations: 8 à 9 milliards de dollars. Sinopec, première compagnie chinoise de raffinage est, elle, engagée depuis 2007 dans un projet d'exploitation du champ pétrolier de Yadavaran. Selon les experts, environ 2000 expatriés chinois vivent aujourd'hui en Iran - contre quelques centaines de businessmen occidentaux. «Il arrive que les vols Dubaï-Téhéran soient parfois remplis à moitié de passagers chinois, la plupart travaillant dans le domaine de l'énergie», grommelle un des derniers hommes d'affaires occidentaux installé en Iran, qui préfère taire son nom. Et dire qu'à part de lointains liens historiques hérités de l'ancienne Route de la soie, les deux pays se connaissaient à peine il y a encore quinze ans...

Pour l'heure, chacun trouve son compte dans cette nouvelle alliance de circonstance. Après avoir conquis l'Afrique, Pékin y voit une occasion idéale de tisser sa toile jusqu'au Moyen-Orient. Quant à la République islamique, où les Gardiens de la révolution contrôlent désormais des pans entiers de l'économie, elle profite de cette lune de miel asiatique pour contourner les sanctions en se tournant vers l'Est.

En matière de gestion des droits de l'homme, l'Iran et la Chine, ont également d'indéniables atomes crochus. Citant l'affaire Google, la presse chinoise faisait récemment état du même type de «complot déstabilisateur» occidental visant les deux pays.

Les affinités sino-iraniennes s'entretiennent jusqu'au très controversé programme nucléaire. En 2009, Pékin aurait ainsi contourné clandestinement l'embargo en vigueur en fournissant à Téhéran, via Taïwan, une grosse centaine de jauges très utiles aux fameuses centrifugeuses servant à enrichir l'uranium. Le matériel, commandé par la compagnie chinoise Roc-Master Manufacture and Supply Company, aurait été préalablement acheté... en Suisse.

La carte postale du nouvel axe Téhéran-Pékin est pourtant loin d'être aussi rose qu'elle ne paraît. Leur rapprochement, avant tout stratégique, bute sur un bon nombre d'obstacles. A commencer par la barrière culturelle et linguistique. «Les Chinois ont une politique colonialiste. Ils ne parlent que leur langue. Ils ne cherchent pas à s'intégrer à la population locale. En plus, ils débarquent à Téhéran avec tout le personnel: ingénieurs, secrétaires, chauffeurs...», se plaint un membre de la Chambre de commerce iranienne, qui préfère garder l'anonymat. En fait, en l'absence de concurrence, les Chinois sont en position de force pour imposer leurs conditions. «Ils ne s'en privent pas. Et ça commence à irriter les Iraniens», poursuit-il. Dans l'autre sens, comme le note un récent rapport de l'International Crisis Group, Pékin se plaint des sinueuses négociations imposées par les Iraniens, avec leur lot de «promesses non tenues».

Mais c'est avant tout sur le terrain technique que le bât blesse. «Aussi ambitieux soient-ils, les Chinois ne disposent ni des équipements ni du savoir-faire suffisamment sophistiqués pour mener à bien leurs projets offshore en Iran», remarque notre interlocuteur au sein de la Chambre de commerce iranienne. Pour l'heure, l'Iran est parvenu à maintenir sa production de pétrole à 4?millions de barils par jour. «Cependant, avec d'autres moyens, on aurait pu faire beaucoup mieux», dit-il. «Faute de gros compresseurs, les Chinois utilisent, par exemple, des batteries pour traiter le gaz. Et pour l'exploration du pétrole, ils sont loin d'avoir l'expérience et les compétences des Européens et des Américains», constate un expert occidental en hydrocarbures, tout en concédant que «les entreprises chinoises apprennent vite».

Ainsi, la compagnie CNPC pourrait bénéficier de son partenariat avec Total et Petronas dans le développement du champ d'Halfaya en Irak, pour mettre son expérience au profit de l'Iran d'ici à cinq ou six ans. En outre, précise l'expert, «si Pékin n'est pas à la pointe de la technologie, rien ne l'empêche de sous-traiter avec Total ou Shell et de bénéficier de leur assistance technique».

Si la Chine commence à inquiéter, c'est surtout à cause de tous ses produits - des pierres tombales aux équipements industriels - qui ne cessent d'inonder le marché iranien. «Les Chinois font la même chose qu'en Afrique. Ils sont en train de laminer l'industrie iranienne, notamment celle du textile et des produits de consommation», remarque Michel Makinsky, spécialiste de l'Iran. A Téhéran, la presse locale se fait régulièrement l'écho des nombreux licenciements provoqués par la fermeture d'ateliers de confection.

La concurrence chinoise est d'autant plus difficile à surmonter qu'elle s'ajoute à une myriade d'autres problèmes conjoncturels: sanctions, embargo bancaire limitant les emprunts, suppression des subsides de l'Etat pour certains biens de consommation... Toujours disposés à vanter «l'indépendance iranienne face à l'Occident» et sa «capacité de résistance aux sanctions», les durs du régime iranien sont, jusqu'ici, restés peu diserts sur la question.

Mais cela pourrait changer. «Nos marchés ne doivent pas se laisser envahir par les produits étrangers, notamment les produits chinois qui endommagent notre économie», a osé s'insurger, début février, le général Mohammad Reza Naghdi, commandant en chef des bassidjis, ces miliciens islamistes proches d'Ahmadinejad et des Gardiens de la révolution. Dans le même temps, la République islamique se garde de fâcher la Chine, tout en nourrissant l'espoir de rejoindre à part entière l'Organisation de coopération de Shanghai, où elle bénéficie, depuis 2005, du titre de «membre observateur».

Côté chinois, la prudence est également de mise. Annoncée parmi les invités de la Conférence internationale sur le nucléaire qui se tient à Téhéran ces 17 et 18 avril, Pékin n'a pas encore confirmé officiellement sa participation. «Les autorités chinoises travaillent leur image, celle de respecter les équilibres mondiaux», relève Pierre Picquart, spécialiste français de l'Empire du Milieu. «Alors que la Chine s'affirme comme une puissance internationale, elle veille à faire de savants arbitrages entre ses différents interlocuteurs, qu'ils soient Iraniens ou Américains. Dans le fond, la crise nucléaire est une occasion idéale pour renforcer sa place au niveau de la gouvernance mondiale.»

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vendredi 2 avril 2010

ANALYSE - Iran-Chine, les dessous d'une lune de miel - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20425 - Le Figaro, vendredi, 2 avril 2010, p. 2

Delphine Minoui et Arnaud de la Grange

La République islamique et l'empire du Milieu se connaissaient à peine, il y a quinze ans. Mais dans un pays isolé internationalement, la Chine a su pousser son avantage pour en devenir le principal partenaire commercial.

Au grand bazar de Téhéran, les étals offrent un étonnant spectacle de l'islamo-nationalisme dont se targuent les autorités au pouvoir. D'allée en allée, le mythe de l'indépendance iranienne se brise à la même allure qu'une tasse en porcelaine chinoise. Survêtements, réfrigérateurs, tapis de prière... La plupart des produits de consommation courante portent la marque « Made in China ». À des prix défiant toute concurrence. Même la fameuse Sara, une Barbie locale, dont la chevelure est recouverte d'un voile, vient de l'empire du Milieu.

Cet été, au pic des manifestations postélectorales contestant la victoire de Mahmoud Ahmadinejad, les forces de l'ordre iraniennes ont également béni le fabriquant chinois Dalian Eagle-Sky Co. pour leur avoir fourni des véhicules antiémeute, permettant d'asperger les manifestants d'eau bouillante et de gaz lacrymogène. Depuis, les opposants iraniens ont beau crier « Mort à la Chine! », ils doivent se résigner à une réalité difficile à combattre : Pékin est aujourd'hui le principal partenaire commercial de Téhéran. En 2009, avec 21,2 milliards de dollars d'échanges contre seulement 14,4, trois ans plus tôt, la Chine a détrôné l'Allemagne, premier fournisseur de l'Iran depuis vingt ans...

Comme souvent, Pékin a poussé son avantage dans un pays isolé internationalement. « Les Chinois sont les grands gagnants du retrait des compagnies européennes, provoqué par le renforcement des sanctions occidentales à cause du dossier nucléaire », relève Clément Thermes, spécialiste de l'Iran et doctorant à l'Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) de Genève.

Vendre « tout ce qui est permis légalement »

La grande affaire, bien sûr, c'est le pétrole et le gaz. Entre le deuxième plus grand consommateur mondial d'or noir et le deuxième détenteur de réserves au monde, la complicité était tentante. Ironiquement, la campagne des Américains en Irak de 2003 a précipité le rapprochement entre la Chine et l'Iran. Au début des années 2000, Pékin négociait des accords avec l'Irak, qui aurait pu assurer près de 13 % de sa consommation en pétrole. La guerre venant, les Chinois ont fini par se tourner vers les gisements iraniens. Et aujourd'hui, l'Iran est devenu le troisième fournisseur de pétrole de la Chine, en couvrant 12 % de ses besoins. Profitant du départ progressif des grands consortiums (Total, Shell, ENI...), Pékin multiplie les contrats dans le domaine de l'énergie.

En cinq ans, les Chinois ont pris pied dans au moins six projets. CNPC-Petrochina, a ainsi mis le cap au sud de l'Iran, en s'engageant dans deux projets pétroliers dans la province du Khuzestan, et en remplaçant Total dans l'exploitation du gisement gazier de South Pars, dans le Golfe. Coût total des opérations : 8 à 9 milliards de dollars. Sinopec, première compagnie chinoise de raffinage est, elle, engagée depuis 2007 dans l'exploitation du champ pétrolier de Yadavaran.

Environ 2 000 expatriés chinois vivraient aujourd'hui en Iran - contre quelques centaines de businessmen occidentaux. « Il arrive que les vols Dubaï-Téhéran soient parfois remplis à moitié de passagers chinois », grommelle un des derniers hommes d'affaires occidentaux installés en Iran. Et dire qu'à part de lointains liens historiques hérités de l'ancienne route de la soie, les deux pays se connaissaient à peine il y a encore quinze ans...

Pendant ce temps, les grands contrats de construction se multiplient, comme celui d'une route reliant Téhéran à la mer Caspienne. Dès 2003, la banque iranienne Tejarat a ouvert un bureau de représentation à Pékin, chargé d'appuyer ces projets. Le commerce est en plein essor, tous azimuts. Selon la presse, les sociétés chinoises ont fourni, l'année dernière, 13 % des importations directes de l'Iran - soit l'équivalent de 8 milliards de dollars -, et sans doute autant en importations indirectes via les Émirats arabes unis.

Homme d'affaires du Zhejiang, l'une des provinces côtières exportatrices chinoises, Xiang Guomin est l'un des promoteurs d'un gigantesque projet de zone commerciale chinoise à Bandar Anzali, un port du nord de l'Iran. « Notre objectif est de faire venir 1 000 commerçants chinois dans les trois ans qui viennent, explique-t-il, et nous avons déjà fait des demandes pour 2 000 visas. » Textile, téléviseurs, chaussures, Xiang Guomin explique qu'ils entendent bien vendre « tout ce qui est permis légalement ».

L'invasion de produits chinois commence pourtant à inquiéter les commerçants de Téhéran. « Les Chinois font la même chose qu'en Afrique. Ils sont en train de laminer l'industrie iranienne, notamment celle du textile et des produits de consommation », remarque Michel Makinsky, spécialiste de l'Iran, en référence aux licenciements provoqués par la fermeture d'ateliers de confection, dont la presse iranienne se fait régulièrement l'écho. En Iran, la concurrence chinoise est d'autant plus difficile à surmonter qu'elle s'ajoute aux sanctions, à l'embargo bancaire limitant les opportunités d'emprunt ou à la suppression des subsides de l'État pour certains biens de consommation.

L'embargo contourné

La carte postale du nouvel axe Téhéran-Pékin est ainsi loin d'être aussi rose qu'elle ne paraît. Le rapprochement butte également sur la barrière culturelle et linguistique. « Les Chinois ont une politique colonialiste. Ils ne parlent que leur langue. Ils ne cherchent pas à s'intégrer à la population locale. Ils débarquent à Téhéran avec tout le personnel : ingénieurs, secrétaires, chauffeurs... », se plaint un membre de la chambre de commerce iranienne, qui préfère garder l'anonymat. En l'absence de concurrence, la Chine est en position de force pour imposer ses conditions. « Elle ne s'en prive pas. Et ça commence à irriter les Iraniens », poursuit-il. Dans l'autre sens, comme le note un récent rapport de l'International Crisis Group, les Chinois se plaignent des sinueuses négociations imposées par les Iraniens, avec leur lot de « promesses non tenues ». Plus que la peur des sanctions de la part des entreprises chinoises, comme le dit Téhéran, ces tracasseries seraient à l'origine des interminables discussions sur les champs de Yadavaran ou North Pars par exemple.

Une autre limitation à la coopération pétrolière est purement technique. « Aussi ambitieux soient-ils, les Chinois ne disposent ni des équipements ni du savoir-faire assez sophistiqués pour mener à bien leurs projets offshore en Iran », remarque notre interlocuteur au sein de la chambre de commerce iranienne. Pour l'heure, l'Iran est parvenu à maintenir sa production de pétrole à 4 millions de barils par jour. « Cependant, avec d'autres moyens, on aurait pu faire beaucoup mieux », dit-il. « Faute de gros compresseurs, les Chinois utilisent, par exemple, des batteries de petits compresseurs pour traiter le gaz. Et pour l'exploration du pétrole, ils sont loin d'avoir l'expérience et les compétences des Européens et des Américains », constate un expert occidental, tout en concédant que « les entreprises chinoises apprennent vite ». Ainsi, la compagnie CNPC pourrait bénéficier de son partenariat avec Total et Petronas dans le développement du champ d'Halfaya en Irak, pour mettre son expérience au profit de l'Iran d'ici cinq à six ans.

Il y a aussi des liaisons moins avouables. Ces dernières années, des entreprises chinoises ont régulièrement été pointées du doigt par les Américains, pour avoir contourné l'embargo en vigueur sur le matériel pouvant servir au programme nucléaire. En janvier 2009, une firme chinoise basée à Shanghaï, Roc-Master Manufacture and Supply Company, a, par exemple, passé commande en Suisse, via un agent taïwanais, de 108 jauges de pression servant aux fameuses centrifugeuses utilisées pour l'enrichissement de l'uranium. Mais le matériel a fini par atterrir à... Téhéran deux mois plus tard. À deux reprises au moins, en 2008 et 2009, des entreprises taïwanaises avaient déjà été prises en flagrant délit de fourniture d'équipements prohibés à l'Iran. « En jouant sur la dépendance économique accrue de l'île par rapport au continent, Pékin se sert de Taïwanais pour faire parvenir du matériel à l'Iran, sans risquer d'apparaître en cas de problèmes », explique Lai I-chung du Taiwan Thinktank.

D'indéniables atomes crochus

Les Chinois ont une perception moins immédiate et moins forte de la menace du nucléaire iranien que les Occidentaux et, pour s'en estimer victimes, sont allergiques à l'interférence internationale et aux sanctions. Sur le plan géopolitique, en outre, ils ne voient pas d'un si mauvais oeil l'émergence de l'Iran, un allié potentiel, permettant de faire pièce à la volonté américaine de contrôler toutes les ressources du Golfe. Quant à la République islamique, où les gardiens de la révolution contrôlent désormais des pans entiers de l'économie, elle profite de cette lune de miel asiatique pour contourner les sanctions en se tournant vers l'est. Avec l'espoir de rejoindre à part entière l'Organisation de coopération de Shanghaï, où elle bénéficie depuis 2005 du titre de « membre observateur ». En matière de gestion des droits de l'homme, l'Iran et la Chine ont également d'indéniables atomes crochus. À propos de l'affaire Google, la presse chinoise faisait récemment état du même type de « complot déstabilisateur » occidental visant les deux pays.

La Chine est-elle prête à protéger jusqu'au bout l'Iran, au risque de secouer un peu plus le couple sino-américain? « L'affaire iranienne met la Chine sous pression, mais lui offre aussi une belle occasion. Si elle arrive à ne pas rester prise en sandwich entre Téhéran et Washington, si elle apporte des idées qui aident à sortir de l'impasse, nous aurons alors à la fois un gain politique et économique, en ayant consolidé nos positions dans le pétrole iranien », remarque Hua Liming, ex-ambassadeur de Chine en Iran.

Professeur à l'Université du peuple, Shi Yinhong explique que la Chine n'a jamais refusé d'aller dans la même direction que les autres membres du Conseil de sécurité, mais « en faisant un peu moins que la moitié du chemin ». Or, selon lui, les derniers signaux envoyés semblent montrer que Pékin est prêt « à faire un bout de route supplémentaire ».

PHOTO 1 - Iran's President Mahmoud Ahmadinejad (L) chats with China's Foreign Minister Yang Jiechi (R) during the opening ceremony of the Beijing 2008 Paralympic Games at the National Stadium September 6, 2008. The stadium is also known as the Bird's Nest.

PHOTO 2 - China's Foreign Minister Yang Jiechi speaks during a news conference at the Great Hall of the People in Beijing during the National People's Congress (NPC) March 7, 2010. Yang strongly signaled his country's reluctance to back sanctions on Iran over its nuclear programme, but did not shut the door completely to the possibility.

PHOTO 3 - Iran's Oil Minister Massoud Mirkazemi (R) and ambassador Ali Asghar Soltaniyeh talk to journalists at the beginning of a meeting of OPEC oil ministers in Vienna March 17, 2010. OPEC ministers meet on Wednesday saying there is no need to change output targets they are already exceeding, as demand should pick up later in the year led by China.

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mardi 30 mars 2010

Washington attend des " suggestions " de la Chine

Le Monde - Mercredi, 31 mars 2010, p. 10

La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton a dit, lundi 29 mars, s'attendre à des " suggestions " de la part de la Chine dans le débat entre grandes puissances sur d'éventuelles sanctions contre l'Iran en raison de son programme nucléaire. Dans les prochaines semaines, " la Chine va être impliquée, elle fera ses suggestions ", a-t-elle déclaré, en marge de la réunion des ministres des affaires étrangères du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Russie) près d'Ottawa. Le G8 devait débattre du dossier iranien, mardi.

PHOTO - U.S. Secretary of State Hillary Clinton attends a meeting during the G8 foreign ministers' meeting in Gatineau, Quebec March 30, 2010.


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jeudi 4 mars 2010

Le nucléaire iranien passe par la Chine - Arnaud De La Grange

Le Figaro, no. 20400
Le Figaro, jeudi, 4 mars 2010, p. 9


International

Du matériel suisse utilisé dans la filière atomique a été livré à Téhéran via l'Asie.

Les voies du nucléaire iranien peuvent passer par le détroit de Taïwan, et ses deux rives mêmes, celles de Chine continentale et de Taïwan. C'est en tout cas ce que semble montrer une rocambolesque affaire d'achats depuis l'Asie de matériels suisses, susceptibles d'être utilisés dans la filière atomique, et ayant terminé de manière non prévue leur voyage à Téhéran. Une grosse centaine de jauges très utiles aux fameuses centrifugeuses servant à enrichir l'uranium, auraient ainsi été acquises par l'Iran, en contournant clandestinement les sanctions et dispositifs de contrôle.

Tout a commencé en janvier 2009, selon l'agence Associated Press (AP), quand une firme chinoise basée à Shanghaï, Roc-Master Manufacture and Supply Company, passe commande via un agent taïwanais de 108 de ces jauges de pression auprès du fabricant suisse Inficon Holding. L'entreprise taïwanaise Heli-Ocean est chargée de la transaction. Mais elle finit par recevoir un ordre d'achat antidaté, qui demande d'acheminer les jauges, non plus à Shanghaï, mais à Téhéran, pour la compagnie Moshever Sanat Moaser. L'envoi serait arrivé à Taïwan début mars, avant de repartir pour l'Iran dans le mois. Bien sûr, ces jauges peuvent être utilisées pour diverses applications industrielles. Mais le nombre commandé, très inhabituel, laisse fortement supposer qu'elles étaient destinées aux quelque 4 000 centrifugeuses iraniennes déjà en service. Une seule jauge pourrait servir pour 10 centrifugeuses.

Le fabricant abusé

L'énormité de la commande avait d'ailleurs conduit le fabricant à la signaler aux autorités suisses. Mais dans cette affaire, le fabricant comme le gouvernement suisses se sont fait abuser. « Le certificat d'usager final ne mentionnait bien sûr pas l'Iran, a déclaré à AP Lukas Winkler, directeur général d'Inficon, mais un destinataire chinois. » Sinon, l'envoi n'aurait jamais eu lieu. Les spécifications de ces matériels sont sur la liste de contrôle du NSG (Nuclear Suppliers Group), un groupe de 46 pays ayant pour but de limiter la propagation de matériel nucléaire. La Suisse et la Chine en sont membres, pas Taïwan.

Côté rivages chinois, l'affaire est moins claire. L'agent taïwanais se serait alarmé de la destination iranienne, mais un e-mail de Roc-Master l'aurait assuré que la filière nucléaire n'était pas concernée. Contacté par le South China Morning Post, un dirigeant de Roc-Master a reconnu qu'il envoyait du matériel en Iran, mais uniquement pour des usages industriels classiques. Étrangement, il a ajouté que, désormais, l'entreprise ferait plus attention à ces commandes.

À deux reprises au moins, en 2008 et 2009, des entreprises taïwanaises ont été prises en flagrant délit de fourniture de matériels prohibés à l'Iran et à la Corée du Nord. « Pékin se sert de Taïwanais pour faire parvenir du matériel à l'Iran, sans risquer d'apparaître », explique au Figaro Lai I-Chung du Taiwan Thinktank, proche du DPP, opposé au rapprochement accéléré de l'île avec Pékin. La Chine, qui n'a de cesse de protéger ses intérêts en Iran en freinant toutes nouvelles sanctions, proteste de sa bonne foi. Le ministère chinois des Affaires étrangères assure qu'il ignorait ce contrat de jauges. Et que Pékin reste plus que jamais « ferme et clair » dans sa volonté de prévenir la prolifération nucléaire. Des experts américains cités par AP estiment que cette acquisition de jauges est capitale pour l'Iran. Et que cette filière chinoise a permis aux Iraniens de réussir, après moult tentatives ratées via l'Europe et la Russie notamment.

Selon des sources européennes de renseignement, au moins neuf tentatives d'achat de Téhéran avaient été contrées auparavant.

Illustration(s) :

Le siège de la firme chinoise Roc-Master Manufacture and Supply Company, à Shanghaï. En janvier 2009, la société a passé commande de jauges de pression auprès du fabricant suisse Inficon Holding.

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jeudi 11 février 2010

Les raisons de Pékin pour soutenir Téhéran - Frédéric Koller

Le Temps - International, mercredi, 10 février 2010

L'annonce par Téhéran, mardi, du lancement d'un programme de production d'uranium hautement enrichi (20%) à «usage civil» dans son usine de Natanz a été accueillie par l'inquiétude affichée de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et une pluie de critiques internationales. A la tête de ce front, on trouve désormais les Etats-Unis qui soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme nucléaire: Robert Gates, le secrétaire à la Défense, souhaite qu'une résolution de l'ONU sur de nouvelles sanctions contre l'Iran soit votée «dans les semaines à venir». Des sanctions «fortes» a précisé la France, «paralysantes» a renchéri Israël, les deux Etats les plus fermes vis-à-vis de Téhéran.

La surprise est venue de la Russie, pays proche de Téhéran, qui a soudain à son tour haussé le ton. Dans un communiqué, Moscou évoque une décision de l'Iran qui «accroît les doutes sur la sincérité de ses intentions». Des voix officielles, dans la capitale russe, évoquent désormais les «limites de la patience» russe sur ce dossier et la possibilité de sanctions.

Le groupe des Six (les cinq membres du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne) serait ainsi proche d'un consensus pour frapper Téhéran avec des mesures de rétorsion économiques ciblées au coeur du pouvoir iranien. A une exception de taille: la Chine. Pékin pense que la voie diplomatique n'est pas encore épuisée et qu'il faut se donner du temps. Les Chinois estiment par ailleurs, comme de nombreux experts de la question, que de nouvelles sanctions - Téhéran est déjà soumis à deux trains de sanctions de l'ONU auxquels s'ajoutent d'autres sanctions américaines - seraient tout simplement sans effet sur le régime iranien. La Chine n'est pas la seule à défendre cette ligne. La Turquie, par exemple, veut elle aussi privilégier la négociation. Mais c'est elle qui peut freiner toute nouvelle initiative au niveau de l'ONU.

La Chine, sortie de l'ombre, joue ainsi le rôle traditionnellement dévolu à la Russie pour faire contrepoids aux pays occidentaux. Plusieurs raisons expliquent ce choix. Tout d'abord les liens économiques qui unissent Pékin et Téhéran. Le Financial Times, se basant sur les chiffres de la chambre de commerce Iran-Chine, révélait mardi que les Chinois étaient devenus en 2009 les premiers partenaires commerciaux de l'Iran devant l'Union européenne. Par ailleurs, Pékin dépend des hydrocarbures iraniens pour 11% de ses besoins énergétiques.

Ces intérêts économiques ne seraient toutefois pas déterminants estime Valérie Niquet, directrice du centre Asie à l'Institut français des relations internationales (IFRI). La chercheuse voit dans l'attitude de Pékin d'abord une volonté de monnayer sa puissance et le souci de ménager un régime avec lequel il se sent des affinités sinon idéologiques du moins politiques. «Avec l'affaire iranienne, la Chine est prête à engager un bras de fer pour se donner du crédit diplomatique. Elle veut montrer que si on ne s'accommode pas à ses demandes, elle peut tout bloquer. A ce stade, c'est sa capacité de nuisance qui peut l'élever au rang de grande puissance.» Pékin avait prévenu Washington que ses ventes d'armes à Taïwan et la rencontre programmée de Barack Obama avec le dalaï-lama ne seraient pas sans conséquences.

Sur le plan politique, Pékin suit de très près la «révolution verte» iranienne. Un scénario que craint un régime chinois conscient de sa propre fragilité. S'associer à des sanctions pourrait favoriser la chute d'un régime «ami» et donner des idées aux démocrates chinois, qui ont découvert avec fascination le rôle de Twitter dans les manifestations anti-Ahmadinejad en juin dernier, serait imprudent. «Ce qui se passe en Iran pourrait devenir un modèle de soulèvement populaire en Chine, explique Valérie Niquet. Pékin a intérêt à soutenir le régime iranien pour éviter une contagion.»

Reste à savoir jusqu'à quel point la Chine est prête à s'isoler sur la scène internationale pour défendre Téhéran. Si la cohésion du front des sanctions devait se renforcer, Pékin pourrait s'y rallier par simple pragmatisme. «Le débat divise sans doute le sommet du pouvoir chinois», estime Valérie Niquet.

PHOTO - EDITORS' NOTE: Reuters and other foreign media are subject to Iranian restrictions on their ability to report, film or take pictures in Tehran. Iran's President Mahmoud Ahmadinejad (L) and Industries Minister Ali Akbar Mehrabian wear protective glasses while visiting an exhibition of Iran laser science and technology in Tehran February 7, 2010.

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INTERVIEW - « La Chine ne se considère pas mise en péril... » - F. Godement

La Croix, no. 38585 - Evénement, mercredi, 10 février 2010, p. 3

François Godement, directeur d'Asia Centre et professeur à Sciences-Po : « La Chine ne se considère pas mise en péril par une extension de l'arme nucléaire ». Pour François Godement, l'opposition de la Chine à de nouvelles sanctions contre l'Iran n'est pas seulement motivée par des intérêts économiques.

Comment expliquez-vous l'opposition de la Chine à de nouvelles sanctions contre l'Iran ?

François Godement : D'une façon générale, la Chine s'oppose aux sanctions contraignantes dans le cadre de l'ONU. Pékin a parfois accepté, du bout des lèvres, des sanctions contraignantes quand elles visaient des dirigeants ou des individus impliqués dans l'effort nucléaire. Mais jamais plus. Les dirigeants chinois acceptent, à la rigueur, des sanctions non contraignantes que les différents États membres de l'ONU ne sont pas tenus d'observer, comme dans le cas de la Corée du Nord.

En outre, la Chine défend systématiquement une position favorable à la négociation en soulignant le côté inapplicable et peu efficace des sanctions. Enfin, elle se déclare hostile au recours à la force armée.

À cela s'ajoute une grande ambiguïté chinoise sur la question nucléaire. La Chine fait partie des pays favorables à l'usage pacifique du nucléaire et à la non-prolifération des armes nucléaires. Pour autant, l'acquisition démontrée de l'arme nucléaire par la Corée du Nord voisine ne l'a pas fait changer de position.

La position chinoise n'est donc pas seulement motivée par des préoccupations économiques, notamment le souci de préserver ses importations de pétrole...

Non, c'est trop simple. Certes, la Chine profite des sanctions occidentales - pas seulement en Iran - pour accroître presque mécaniquement son influence et ses échanges commerciaux. La Chine a simplement une attitude différente sur le rôle de l'ordre international et des organisations internationales.

En tant que grosse consommatrice d'hydrocarbures du Moyen-Orient, la Chine n'a-t-elle pas intérêt à la stabilité de la région ?

Si, bien sûr. Si les Chinois pensent qu'une action militaire américaine ou israélienne est imminente, ils vont certainement user de leur influence auprès de l'Iran pour que celui-ci fasse des gestes de nature à la retarder ou en écarter l'hypothèse. Mais cela ne les fera pas participer à un régime de sanctions contraignant.

La Chine pourrait-elle s'abstenir, en cas de vote du Conseil de sécurité sur de nouvelles sanctions ?

L'abstention est une option parce que la Chine est partagée entre la contrainte stratégique des relations avec les États-Unis et sa position générale sur les dossiers d'intervention internationale. La Chine pourrait s'abstenir sur des sanctions ciblées contre des individus ou des entités. Ce qui est sûr, c'est que les États-Unis ne sont pas actuellement en position très favorable pour obtenir des concessions chinoises. Les Chinois ont fait monter les enchères avec la querelle sur les ventes d'armes américaines à Taïwan. Plus les États-Unis et les pays européens sont empêtrés en Irak et en Afghanistan, plus les États-Unis ont un cahier des charges à respecter sur la Corée du Nord et Taïwan, plus les Chinois sont en mesure de choisir les dossiers sur lesquels ils mettent l'accent pour obtenir des concessions, en échange de leur coopération. Le front occidental des demandes à la Chine ne cesse de s'élargir. La Chine est en position de force dans la négociation.

Quelles concessions occidentales peuvent amener Pékin à s'abstenir ?

En pratique, s'abstenir veut dire approuver, et c'est ce qu'avait fait la Chine en n'utilisant pas son droit de veto dans le cas de l'Irak en 2003. Les États-Unis sont en position délicate et il n'est pas exclu qu'on arrive à la nucléarisation de l'Iran comme on est arrivé à la nucléarisation de la Corée du Nord. La Chine s'est très peu exprimée officiellement sur cette hypothèse. Elle ne se considère pas principalement mise en péril par une extension de l'arme nucléaire. Il est même probable que Pékin pense que cette extension contribue à empêtrer les Occidentaux dans leur politique de lutte contre la prolifération et à leur créer des problèmes de sécurité supplémentaires. En revanche, le terrorisme et la prolifération de matériaux fissiles entre les mains d'acteurs non étatiques préoccupent la Chine. On peut imaginer que dans la gamme des pressions possibles de Téhéran sur Pékin, il y a les influences iraniennes éventuelles sur le Xinjiang, la région autonome de l'ouest du pays, majoritairement musulmane.

Recueilli par François d'ALANCON

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mercredi 6 janvier 2010

Iran : Pékin rechigne à durcir les sanctions - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20351 - Le Figaro, mercredi, 6 janvier 2010, p. 7

Comme sur d'autres dossiers internationaux, le pouvoir de blocage chinois se fait sentir.

Une fois de plus, la Chine ne se montre guère pressée d'aller plus avant sur la question des sanctions à l'encontre de l'Iran. Elle a estimé hier qu'il y avait « encore de la marge pour les efforts diplomatiques » sur le brûlant dossier nucléaire, alors que l'humeur internationale est plutôt au bras de fer qu'aux atermoiements diplomatiques. La veille, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, avait ainsi affirmé que les États-Unis avaient engagé des discussions avec leurs partenaires sur de nouvelles « pressions et sanctions » contre Téhéran.

Cette approche ne semble toujours pas du goût de la Chine, qui préside ce mois-ci le Conseil de sécurité de l'ONU. Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, « le dialogue et la négociation sont les moyens adéquats de résoudre la question du nucléaire iranien ». Alors que la Russie semble bien disposée, les chancelleries occidentales se demandent désormais si la Chine est décidée à faire obstacle à tout durcissement significatif des sanctions.

Coopération et pétrole

Sur le sujet iranien, Barack Obama se serait-il montré un peu optimiste lors de sa visite à Pékin à la mi-novembre dernier ? Le président américain avait en effet déclaré être tombé d'accord avec son homologue Hu Jintao sur le fait que l'Iran doive « donner au monde l'assurance que son programme nucléaire est pacifique et transparent ». Et que Téhéran devrait assumer les « conséquences » d'un blocage. Les propos de Hu Jintao avaient paru plus mesurés. Il s'était contenté d'appeler à un règlement de la crise par « le dialogue et la négociation ».

Un mois plus tôt, le premier ministre Wen Jiabao avait d'ailleurs affirmé que la Chine voulait renforcer sa coopération avec l'Iran, laissant entrevoir que Pékin ne souhaitait pas compromettre ses relations économiques, notamment dans le si précieux pétrole.

Les diplomates occidentaux s'avouent assez perplexes, déstabilisés par la nouvelle posture chinoise et plutôt démunis sur la manière de s'y adapter. Déjà perceptible au fil des G20, la volonté d'affirmation diplomatique chinoise s'est encore spectaculairement manifestée lors de la Conférence de Copenhague. Avec une fermeté, voire une brutalité de ton qui a même étonné certains commentateurs chinois. Mais ce même sommet a aussi montré les contradictions de la nouvelle Chine. La presse officielle a ainsi dénoncé le piège tendu à Pékin sur le climat, les Occidentaux voulant pousser les Chinois à prendre une part accrue du fardeau international. Aux yeux de nombre d'observateurs, la position chinoise semble ainsi de plus en plus difficile à lire et à tenir, avec d'un côté l'exigence d'une place au premier rang et, de l'autre, un refus d'endosser des responsabilités nouvelles.

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

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