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jeudi 9 juin 2011

La puissance économique a-t-elle remplacé la puissance militaire ? - Joseph S. Nye


Le Temps - Débats, jeudi 9 juin 2011

Le fait que la puissance militaire soit plus limitée que jadis ne veut pas dire qu'elle n'est plus une source primordiale du pouvoir. Par Joseph Nye

A la fin de la Guerre froide, quelques doctes spécialistes ont proclamé que la «géoéconomie» avait remplacé la géopolitique. La puissance économique allait devenir la clé pour accéder au leadership mondial, un changement dont beaucoup pensaient qu'il allait ouvrir une ère dominée par le Japon et l'Allemagne.

Aujourd'hui certains observateurs considèrent que la place acquise par la Chine dans l'économie mondiale traduit une nouvelle phase dans l'équilibre des pouvoirs au niveau planétaire, reléguant à l'arrière-plan la puissance militaire. Ils estiment que cette dernière ne peut que s'aligner rapidement sur la puissance économique, oubliant que les Etats-Unis ont été pendant 70 ans la première économie mondiale avant de devenir une grande puissance militaire.

Les observateurs politiques débattent depuis longtemps pour savoir ce qui est plus important: la puissance économique ou la puissance militaire? Traditionnellement les marxistes considèrent que le pouvoir se bâtit sur l'économie et que les institutions politiques sont une simple superstructure - une idée partagée par le courant économique libéral du XIXe siècle pour lequel l'interdépendance croissante entre commerce et finance rendrait la guerre obsolète. Mais le fait que la Grande-Bretagne et l'Allemagne aient été des partenaires commerciaux majeurs en 1914 n'a pas empêché une conflagration qui a retardé d'un demi-siècle l'intégration économique européenne.

La puissance militaire que certains considèrent comme la forme ultime de la puissance politique nécessite une économie florissante. Mais que la puissance économique l'emporte ou pas sur la puissance militaire dépend du contexte.
La carotte est plus efficace que le bâton pour faire avancer un âne, mais un fusil est plus efficace pour s'emparer de l'âne de son ennemi.

La force militaire est malgré tout impuissante face à bien des problèmes cruciaux: elle ne peut combattre l'instabilité financière ou arrêter le réchauffement climatique.

La Chine et les Etats-Unis sont plus que jamais interdépendants sur le plan économique, mais beaucoup d'analystes se trompent quant aux conséquences de cette situation en termes de leadership politique. Il est vrai que la Chine pourrait facilement mettre les Etats-Unis à genoux en menaçant de vendre ses réserves de dollars. Mais cela réduirait la valeur de ses réserves du fait de la baisse du dollar et porterait un coup à la demande américaine pour les produits chinois. Il en résulterait pertes d'emploi et instabilité sociale dans l'Empire du Milieu. Autrement dit, mettre les Etats-Unis à genoux affaiblirait la Chine

Savoir si l'interdépendance économique renforce le pouvoir politique suppose de considérer les asymétries entre Etats. «L'équilibre de la terreur financière» entre la Chine et les Etats-Unis ressemble à «l'équilibre de la terreur» entre l'URSS et les Etats-Unis pendant la Guerre froide, lorsque chacun avait le potentiel nécessaire pour détruire l'autre sous le feu nucléaire. En février 2000, des officiers supérieurs chinois irrités par les ventes d'armes américaines à Taïwan ont demandé à leur gouvernement de se débarrasser des bons du Trésor américains à titre de représailles, mais ils n'ont pas été suivis.

La puissance économique peut déboucher tout aussi bien sur le «soft power» que sur la puissance militaire. Une économie florissante permet non seulement de financer une armée conséquente mais peut entraîner d'autres pays sur la même voie. Le «soft power» de l'Europe à la fin de la Guerre froide, comme celui de la Chine aujourd'hui, tient en grande partie au succès de leurs modèles économiques respectifs.

La puissance économique joue un rôle de plus en plus important, mais ce serait une erreur que de négliger la puissance militaire. Ainsi que le président Obama l'a déclaré en recevant le Prix Nobel de la paix en 2009. «Nous devons commencer par reconnaître cette vérité difficile à admettre que nous ne parviendrons pas à éradiquer les conflits violents durant notre vie. Il y aura des occasions au cours desquelles des nations - agissant isolément ou de concert - estimeront que le recours à la force n'est pas seulement nécessaire, mais moralement justifié.»

Même si la probabilité du recours à la force entre Etats, ou la menace d'y recourir, est moindre que par le passé, les terribles conséquences de la guerre conduisent les dirigeants des différents pays à se protéger derrière un bouclier militaire à prix d'or. Si la puissance militaire chinoise effraie ses voisins, ils vont probablement chercher un bouclier et ce sont probablement les Etats-Unis pour l'essentiel qui vont le leur fournir

Cela conduit à une remarque plus générale sur le rôle de la puissance militaire. Le fait qu'elle ne permette pas de résoudre autant de problèmes que jadis ne signifie pas pour autant qu'elle a perdu toute utilité, elle reste une source primordiale de pouvoir - même si selon certains analystes son rôle est devenu tellement restreint qu'elle n'est plus la mesure ultime de la puissance d'une nation.

Le fonctionnement des marchés et l'économie reposent sur un cadre politique qui ne dépend pas seulement de la réglementation, des institutions et des relations qu'elles entretiennent, mais aussi de la gestion du pouvoir de coercition. Un Etat moderne bien structuré détient le monopole de l'utilisation légitime de la force et permet aux marchés intérieurs de fonctionner. Sur le plan international où l'ordre est plus fragile, la crainte du recours à la force, même si sa probabilité est faible, peut avoir des conséquences importantes - y compris un effet stabilisateur.

La puissance militaire est à la sécurité ce que l'oxygène est à la respiration: on n'y prête guère attention, sauf lorsqu'on vient à en manquer. A ce moment-là cela devient la priorité absolue. Au XXIe siècle, la puissance militaire n'a plus le même rôle qu'au XIXe et au XXe siècle, mais elle restera un élément crucial du leadership politique sur la scène internationale

© 2011 Le Temps SA. Tous droits réservés.

jeudi 21 octobre 2010

ANALYSE - La dynamique des pouvoirs au XXIe siècle - Joseph Nye


Le Temps - Débats, mardi, 19 octobre 2010

Joseph Nye, professeur à Harvard, démontre que les organisations en réseau, comme le G20, sont le poste avancé des grands défis transnationaux du siècle. Mais la réussite de ces réseaux dépend de leur petite taille et de l'absence de divisions entre les grandes puissances.

Il est peu probable qu'un gouvernement global voit le jour au XXIe siècle, même s'il existe déjà un certain degré de gouvernance mondiale. Le monde compte des centaines de traités, d'institutions et de régimes qui gèrent les relations entre Etats dans les domaines des télécommunications, de l'aviation civile, des rejets dans les océans, du commerce et même de la prolifération des armes nucléaires.

Mais ces institutions sont rarement autosuffisantes. Elles requièrent encore l'intervention des grandes puissances. Et il reste à démontrer que les grandes puissances de ce siècle seront à la hauteur de ce rôle.

Comment évoluera le comportement de la Chine et de l'Inde au fur et à mesure de leur montée en puissance? Ironiquement, pour ceux qui prédisent un monde tripolaire centré sur les Etats-Unis, la Chine et l'Inde d'ici au milieu du siècle, ces trois Etats - les plus peuplés du monde - sont parmi les plus jaloux de leur propre souveraineté.

Certains prétendent que nos actuelles institutions globales sont suffisamment ouvertes et adaptables pour que la Chine y trouve un intérêt à y devenir, dans les mots de Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, un «partenaire responsable». D'autres estiment que la Chine va vouloir imposer sa propre marque et créer son propre système institutionnel international à mesure que son pouvoir s'étoffera.

Les pays de l'Union européenne ont plus facilement accepté d'expérimenter la restriction de leur souveraineté et pourraient encourager plus d'innovation institutionnelle. Mais il est peu probable que, à moins d'un désastre comme la Seconde Guerre mondiale, le monde connaisse un «moment constitutionnel» comme celui vécu lors de la création du système d'institutions des Nations unies après 1945.

Aujourd'hui, en tant qu'institution universelle, l'ONU joue un rôle crucial en matière de légitimité, de diplomatie de crise, de maintien de la paix et pour les missions humanitaires, mais sa taille même est un désavantage pour nombre d'autres fonctions. Comme l'a démontré le Sommet de Copenhague sur le changement climatique de 2009, les réunions de 192 Etats sont souvent stériles et sujettes aux actions de blocs et aux manigances tactiques par des acteurs improbables qui manquent par ailleurs de ressources pour résoudre des problèmes fonctionnels. Selon les mots de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, «l'ONU reste la seule institution globale importante... mais elle nous rappelle constamment ses limites... L'ONU n'a jamais été conçue pour relever tous les défis... et ce ne doit pas non plus être son rôle.»

En effet, le principal dilemme auquel la communauté internationale est confrontée est de savoir comment inclure tout le monde tout en gardant la capacité d'agir. La réponse repose certainement dans ce que les Européens ont appelé la «géométrie variable.» Il y aura de nombreux multilatéralismes et «mini-latéralismes», qui varieront en fonction des dossiers avec la redistribution des ressources de pouvoir.

Sur les questions monétaires, par exemple, la conférence de Bretton Woods avait créé un Fonds monétaire international en 1944, qui regroupe aujourd'hui 186 pays. Mais la suprématie globale du dollar était la caractéristique essentielle de la coopération monétaire jusque dans les années soixante-dix. Après l'affaiblissement du dollar et la décision du président Richard Nixon de mettre fin à sa convertibilité à l'or, la France réunissait en 1975 les dirigeants de cinq pays dans la bibliothèque du château de Rambouillet pour discuter des questions monétaires. Rapidement, le groupe a compté sept membres puis s'est élargi en nombre et en envergure - incluant la Russie et un vaste appareil médiatique et bureaucratique - pour devenir le G8.

Puis le G8 prit l'habitude de convier cinq économies émergentes à sa table. Lors de la crise financière de 2008, ce cadre a évolué en G20 avec une participation plus inclusive.

Dans le même temps, le G7 a continué de se réunir avec un ordre du jour monétaire plus spécifique; de nouvelles institutions, comme le Bureau pour la stabilité financière, ont été créées tandis que les discussions bilatérales entre les Etats-Unis et la Chine ont joué un rôle de plus en plus important. Comme le dit un diplomate averti, «si vous essayez de négocier entre 20 pays un accord sur le taux de change ou un sauvetage du Mexique, comme aux premiers jours de l'ère Clinton, ce n'est pas facile. S'il y a plus de 10 acteurs en présence, cela devient beaucoup trop difficile d'obtenir des résultats.»

Il a raison, bien sûr. Car trois pays en présence impliquent trois relations bilatérales; avec 10, nous en avons 45; et avec 100 acteurs, il y a presque 5000 relations bilatérales. C'est pourquoi, sur des sujets comme le changement climatique, l'ONU continuera de jouer son rôle mais des négociations plus poussées auront plutôt lieu en groupes plus petits comme dans le cadre du Major Economies Forum (Forum des économies les plus importantes, ndt), dans lequel moins d'une douzaine de pays représentent 80% des émissions de gaz à effet de serre.

La plus grande part du travail de gouvernance globale reposera sur des réseaux formels et informels. Des organisations en réseau (comme le G20) sont utilisées pour établir des ordres du jour, parvenir à un consensus, coordonner les politiques, partager les connaissances et établir les normes. Selon Anne-Marie Slaughter, directrice de la planification politique au Département d'Etat américain, «le pouvoir qui découle de ce genre de connectivité n'est pas un pouvoir à même d'imposer des résultats. Les réseaux ne sont pas dirigés ni contrôlés autant qu'ils sont gérés et orchestrés. De multiples acteurs sont intégrés dans un tout qui est supérieur à la somme de leurs parties.»

En d'autres termes, le réseau confère le pouvoir de parvenir aux résultats escomptés avec d'autres acteurs plutôt que malgré eux.

Pour faire face aux défis transnationaux qui caractérisent l'ère de l'information globale, la communauté internationale devra continuer à développer une série de réseaux complémentaires et d'institutions qui complètent le cadre global des Nations unies. Mais si les pays les plus importants sont divisés, il est peu probable que même les organisations en réseau comme le G20 parviennent à établir des ordres du jour à partir desquels pourront travailler et agir les Nations unies et les institutions financières de Bretton Woods.

Au lendemain de la crise financière de 2008, le G20 avait donné l'impression d'aider les gouvernements à coordonner leurs actions et à éviter un protectionnisme rampant. Le monde est impatient de voir l'attitude qu'il adoptera lorsqu'il se retrouvera à Séoul en novembre prochain.

PHOTO - French President Nicolas Sarkozy (R), Russian president Dmitri Medvedev (L) and German Chancellor Angela Merkel have a tri lateral meeting during the G20 summit on June 27, 2010 at the convention center in Toronto, Ontario.

© 2010 Le Temps SA. Tous droits réservés.

lundi 22 février 2010

Quand l'Etat murmure à nos oreilles - Joseph S. Nye

Le Temps - Eclairages, vendredi, 19 février 2010

Jusqu'à une époque récente, les Etats passaient par les médias pour transmettre leurs messages, tout en bâtissant leur réputation à travers des personnalités et initiatives choisies. Mais une forme de communication participative émerge. Par Joseph Nye, professeur à Harvard.

Traditionnellement, la puissance des Etats se jugeait par la force de leur armée ou de leur économie. A l'aune de notre ère de l'information, le vainqueur politique est aussi celui qui raconte la meilleure «histoire».

Les récits nationaux sont en effet une sorte de monnaie. Les gouvernements s'opposent entre eux ou se mesurent à d'autres organisations pour valoriser leur crédibilité et affaiblir celle de leurs opposants. Il suffit d'observer la compétition qui s'est jouée entre le gouvernement et les manifestants au lendemain des élections iraniennes en juin 2009, au cours desquelles Internet et en particulier Twitter ont joué un rôle crucial, ou encore la récente controverse entre Google et la Chine.

La politique est une affaire de réputation mais elle est aussi devenue une histoire de crédibilité, du fait de ce que l'on pourrait appeler un «paradoxe de la profusion». Lorsqu'il y a profusion d'informations, l'attention se fait plus rare. Sous ce nouveau régime de communication, on vend mieux son message de façon persuasive que de manière agressive.

La relative indépendance de la BBC, par exemple, qui fut, en certaines occasions, une source d'inquiétudes pour les gouvernements britanniques, a richement gagné en crédibilité, comme l'illustre ce récit d'une journée dans la vie du président tanzanien, Jakaya Kikwete: «Il se lève à l'aurore, écoute BBC World puis survole la presse tanzanienne.»

Les sceptiques qui considèrent que l'expression «diplomatie publique» n'est qu'un euphémisme pour dire propagande ont tout faux. Une simple propagande est aussi contre-productive que la simple diplomatie publique; mais même la diplomatie publique ne se résume pas uniquement à une campagne de relations publiques. Elle implique aussi de tisser des liens à long terme pour créer un environnement favorable aux politiques gouvernementales.

La part de l'information directe donnée par les gouvernements à ses relais dans le monde varie en fonction de trois dimensions, ou stades de la diplomatie publique, et chacun d'entre eux est important. La première dimension, la plus évidente, a trait aux communications quotidiennes, permettant d'expliquer le contexte lié aux décisions prises en matière de politique intérieure et étrangère. Cette dimension comprend aussi une préparation à la gestion des crises. Si un événement est suivi d'un vide d'information, d'autres se chargeront de le remplir.

La deuxième dimension est la communication stratégique qui développe un ensemble de thèmes simples, tout comme le ferait une campagne politique ou publicitaire. Alors que la première dimension se mesure en heures et en jours, la seconde se prolonge sur des semaines, des mois et même parfois des années.

La troisième dimension de la diplomatie publique est le développement de relations qui se bâtissent pendant de nombreuses années et même des décennies, nouées avec des individus clés, par le biais de bourses d'études, d'échanges, de formations, de séminaires, de conférences et l'accès aux canaux médiatiques. Ces programmes développent ce que le journaliste américain Edward R. Murrow a qualifié de «dernier mètre» déterminant: la communication face à face, renforçant une crédibilité fondée par la réciprocité.

Mais la meilleure publicité ne peut pas faire vendre un produit impopulaire. Une stratégie de communication ne peut fonctionner si elle va contre le sens de la politique. Les actions sont plus fortes que les mots. Les politiciens considèrent trop souvent la diplomatie publique comme un pansement à appliquer sur des blessures que d'autres instruments ont provoquées. La Chine, par exemple, a tenté de valoriser son «soft power» en organisant avec succès les Jeux olympiques 2008. Pourtant, les mesures sévères infligées au Tibet au même moment, la répression qui a suivi ainsi que l'arrestation d'avocats des droits de l'homme ont écorné cette image.

Les grandes puissances tentent d'utiliser la culture et le récit pour créer une puissance douce qui les présentera à leur avantage, mais elles ne savent pas toujours comment faire. Des voix critiques aux Etats-Unis se plaignent de l'affaiblissement de la crédibilité du pays à cause de la militarisation à outrance de leur politique étrangère. Ils préconisent plutôt une diplomatie aux stéroïdes, menée par des diplomates aguerris aux nouveaux médias, à la communication interculturelle, ayant une bonne connaissance du terrain et des réseaux relationnels dans des groupes sous-représentés.

L'approche centralisée de la diplomatie publique à l'égard des médias reste toujours importante. Les gouvernements doivent corriger tous les jours les interprétations erronées de leurs politiques tout en essayant de faire passer un message stratégique à plus long terme. La principale force de l'approche médiatique est de toucher une large audience, de contribuer à développer des prises de conscience chez le public et à définir l'ordre du jour. Mais sa faiblesse réside dans son incapacité à influencer la perception du message dans des contextes culturels différents. L'émetteur du message sait ce qu'il dit, mais pas toujours ce que son destinataire entend. Les barrières culturelles peuvent déformer ce qui est entendu.

Les communications en réseau, par contre, peuvent dépasser les différences culturelles grâce aux échanges et aux relations «peer-to-peer». Compte tenu de leur structure à responsabilité politique centrale, les gouvernements ont quelques difficultés avec ce type de communication décentralisée et flexible.

La plus grande flexibilité des organisations non gouvernementales à utiliser les réseaux a donné naissance à ce que certains appellent la nouvelle diplomatie publique. Elle ne se cantonne plus uniquement à la transmission de messages, aux campagnes de promotion ou même aux contacts gouvernementaux directs avec des publics étrangers pour servir les besoins de la politique extérieure. Il s'agit là de construire des relations avec les acteurs de la société civile dans d'autres pays et de faciliter les liens entre les acteurs non gouvernementaux locaux et étrangers.

Dans cette nouvelle approche, la politique gouvernementale tend à promouvoir et à participer à l'établissement de ces réseaux transfrontaliers plutôt que de chercher à les contrôler. Trop de contrôle gouvernemental ou même l'ébauche d'un tel contrôle peut saper la crédibilité que ces réseaux sont censés engendrer. Cette évolution de la diplomatie publique, d'une communication à sens unique vers un dialogue réciproque, a pour résultat que le public est considéré comme créateur associé du sens et de la communication.

Le pouvoir, à l'ère de l'information mondialisée, comprendra plus que jamais une dimension d'attraction douce mais aussi des dimensions plus dures de coercition et de rétribution. La combinaison efficace de ces dimensions s'appelle le «smart power», ou puissance intelligente. Le combat actuel contre le terrorisme transnational par exemple, est un combat pour gagner les coeurs et les esprits. Se contenter d'utiliser la manière forte ne suffira pas à produire du succès.

La diplomatie publique est un outil important dans l'arsenal du «smart power», mais une diplomatie publique intelligente requiert une bonne compréhension d'éléments tels que la crédibilité, l'autocritique et du rôle de la société civile en tant que générateurs de cette puissance douce. Si elle dégénère en propagande, non seulement la diplomatie publique n'est pas convaincante mais elle peut aussi saper la puissance douce. Elle doit plutôt rester un processus de réciprocité parce que la puissance douce dépend, avant tout, de la compréhension de l'autre.

© Project Syndicate

© 2010 Le Temps SA. Tous droits réservés.

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