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lundi 13 juin 2011

Pop-corn - Alain Faujas

Le Monde - Economie, lundi 13 juin 2011, p. 15

Il n'y a plus guère de maïs disponible dans le monde et ça n'a pas loupé : cette céréale qui nourrit les cheptels, les hommes et les réservoirs des voitures a battu, vendredi 10 juin en cours de séance, un record historique, au Chicago Board of Trade, à 799 cents le boisseau, les marchés pariant sur la rareté de l'épi dans les mois à venir.

Il faut dire que les Etats-Unis, qui rusaient avec les chiffres pour éviter de déclencher une volatilité dommageable pour leurs agriculteurs, ont dû reconnaître, jeudi, que la récolte ne serait pas celle qu'on attendait : moins de surfaces ont été plantées, plus de pluies ont retardé les semis dans les Grandes Plaines et les rendements attendus ne devraient pas être au mieux.

Des stocks à plat

Si l'on rajoute à cet amer cocktail que les stocks sont au plus bas depuis trente-sept ans outre-Atlantique, on comprend pourquoi Goldman Sachs a annoncé, le 6 juin, que les Etats-Unis, premier producteur et premier exportateur mondial, s'acheminent vers un " déficit potentiel ". Déficit ! Mot magique qui sonne agréablement à l'oreille de ceux qui ont des sous à placer et en escomptent force bénéfices. Une aubaine sans grands risques tant les données du marché semblent assurées. Morgan Stanley s'enhardit à prédire qu'un été pourri ou trop sec propulsera le boisseau à 9 dollars.

Car l'offre est à la peine un peu partout. Si une partie de l'Amérique est trop mouillée, la Chine (deuxième producteur) et l'Europe souffrent d'un déficit pluvial qui ratatine les plantes et compromet les récoltes. Cela tombe particulièrement mal pour Pékin, qui développe un programme ambitieux en faveur de la viande : les porcs et les canards laqués exigent des tonnes et des tonnes de grains. Les stocks chinois étant aussi à plat, il ne serait pas impossible, selon certains analystes, que l'empire du Milieu achète, lors de la prochaine campagne, cinq fois plus de maïs aux Américains qu'en 2010-2011 pour engraisser ses basses-cours.

Pas de chance - mais cela dépend pour qui -, les cours très soutenus du pétrole ont poussé les fabricants d'éthanol à base de maïs à en produire comme jamais depuis janvier. Soit 915 000 barils, selon le ministère américain de l'énergie. Désormais, plus du tiers des épis prend le chemin des pompes à essence. Autrement dit, sur les trois déterminants du marché américain du maïs (alimentation, exportation et agrocarburant), deux sont en surchauffe.

" L'été va être chaud, prédit un analyste londonien. Nous prévoyons une hausse très violente du prix, suivie d'une rechute non moins violente à l'automne, surtout si le gouvernement Obama prend peur devant le risque de pénurie et suspend ses subventions outrancièrement généreuses aux producteurs d'éthanol. " Attention aux éclats !

Alain Faujas

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jeudi 27 janvier 2011

Une nouvelle vague de hausse est à prévoir dans les matières premières

Les Echos, no. 20857 - Marchés, jeudi, 27 janvier 2011, p. 30

Selon le cercle CyclOpe, la croissance mondiale, attendue en hausse de 4,2 %, devrait soutenir la demande sur les produits de base. Le maïs, le palladium et le coton formeront le tiercé gagnant de 2011. Les métaux industriels non ferreux devraient baisser, sauf l'aluminium et le cuivre.

Si 2010 a été l'année de tous les records pour les matières premières, avec une hausse moyenne des prix de 30 %, cette envolée des prix devrait dans l'ensemble perdurer en 2011. La croissance mondiale est attendue en hausse de 4,2 % par le FMI, ce qui devrait soutenir la demande sur les produits de base. L'économiste Philippe Chalmin, professeur à l'université à Paris-Dauphine et responsable du groupe CyclOpe, qui établit chaque année des prévisions sur l'évolution des prix des matières premières, en est convaincu.

Cela ne l'empêche pas, parce que « les arbres ne montent pas jusqu'au ciel », de se montrer très prudent sur quelques métaux en 2011. « Certains ont atteint des niveaux tellement élevés en 2010 qu'il serait déraisonnable de considérer qu'ils vont continuer à grimper », explique-t-il. Cela vaut pour l'étain - « qui ne sert à rien sauf à faire du fer blanc et dont le cours n'a jamais été aussi haut », à plus de 28.515 dollars la tonne -pour le zinc et le nickel.

Pour le cuivre, même s'il anticipe une hausse de 6 % en moyenne sur l'année, il ne peut pas imaginer que le métal rouge reste durablement au-dessus de 10.000 dollars la tonne, alors que le prix de revient le plus élevé pour un producteur est de 3.500 dollars. Et ce alors même que les nouveaux ETF (« exchange traded funds »), ces fonds qui cotent en continu adossés aux métaux industriels sur le London Metal Exchange, viennent modifier considérablement l'équilibre entre l'offre et la demande.

Selon lui, « l'aluminium, à 2.300 dollars la tonne, est soldé » et son prix devrait augmenter de 21 %, après avoir grimpé de plus de 30 % l'an dernier. Le palladium, qui s'est apprécié de 99 % en moyenne, devrait continuer sur sa lancée de par sa forte utilisation dans l'industrie automobile.

Sur le pétrole, Philippe Chalmin reconnaît que parier sur un baril stable à 80 dollars pour une croissance mondiale de 4,2 % est « à la limite de la provocation ». Mais la politique de l'Opep est impossible à anticiper. Et, par ailleurs, il ne faut pas négliger l'importance de plus en plus grande du gaz naturel, qui pourrait venir se substituer en partie à l'or noir.

Année préélectorale et éthanol

Pour les matières premières agricoles, les aléas climatiques rendent l'exercice de prévision très difficile. Comment va se développer le phénomène climatique La Nina ? Quel sera l'impact des inondations en Australie ? Si le premier semestre risque d'être encore marqué par de fortes tensions entre l'offre et la demande, ces dernières pourraient bien se détendre dans la seconde partie de l'année. Mais les cours resteront de toute façon en moyenne très élevés.

Plus forte hausse attendue sur l'année, le maïs pourrait bien s'envoler de 40 %, alors qu'il a déjà grimpé de 15 % l'an dernier. « C'est une année préélectorale aux Etats-Unis et le programme éthanol américain ne changera pas : près de la moitié du maïs est utilisée pour la fabrication de l'éthanol », rappelle Philippe Chalmin, ce qui soutient les prix.

L'offre de blé en Europe devrait rester tendue en raison des grandes incertitudes sur la Russie, qui ne devrait pas retrouver sa capacité d'exportation avant plusieurs années. Quant au soja, la demande en provenance de la Chine ne cesse de croître. Sur la campagne 2010-2011, l'ex-empire du Milieu devrait importer 57 millions de tonnes, contre 40 millions il y a deux ans. Le sucre, qui a gagné 21 % l'an dernier, devrait baisser en 2011 de 9 %. Son prix est tellement élevé qu'il ne faut pas sous-estimer l'élasticité de la demande, à plus de 32 cents la livre.

LAURENCE BOISSEAU

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

vendredi 28 mai 2010

Le cours du maïs soutenu par la demande industrielle et la Chine - Massimo Prandi

Les Echos, no. 20686 - Marchés, vendredi, 28 mai 2010, p. 38

Porté par l'éthanol et par des volumes élevés d'importations chinoises, le prix du maïs a interrompu sa chute, qui durait depuis l'été 2008.

Parmi les céréales, c'est sans conteste le maïs qui jouit aujourd'hui des faveurs des opérateurs et des analystes. La longue chute des cours initiée depuis le dernier pic en clôture du 2 juillet 2008 (7,15 dollars le boisseau de 25 kg) du contrat les plus traités ces temps-ci à Chicago, celui pour livraison en juillet, est enrayée. La dégringolade a cessé fin mars. Depuis, les prix oscillent dans une bande relativement étroite comprise entre les 3,5 et les 3,8 dollars le boisseau. Le marché devrait finir par intégrer l'amélioration progressive des fondamentaux de cette céréale.

D'après le dernier rapport du Conseil international des céréales (CIC), la saison 2010-2011 devrait se solder par une production de 822 millions de tonnes de maïs et une consommation de 826 millions de tonnes. Les stocks de report, les réserves de produit vouées à l'exportation excédant les besoins d'un pays producteur en année normale, devraient décroître de 4 millions de tonnes, à 142 millions, alors même que le commerce international de ces grains est attendu en progression de 3 millions de tonnes d'une moisson à l'autre. Cela dresse donc un environnement de marché opposé à celui du blé, propice aux arbitrages favorables au maïs.

Plus gros achat depuis 14 ans

La demande chinoise contribue à tendre les conditions de marché de cette céréale. L'ancien empire du Milieu, le deuxième pays consommateur de maïs au monde, va procéder en 2010 à des importations de maïs américain pour un million de tonnes ou plus, a indiqué le Conseil des céréales des Etats-Unis. Il s'agit de l'achat le plus volumineux depuis quatorze ans. Le département américain de l'Agriculture (USDA) a d'ores et déjà enregistré des exportations vers la Chine de l'ordre de 600.000 tonnes au mois d'avril. Cette transaction a alimenté les rumeurs d'une raréfaction imminente de l'offre. Certains spécialistes, dont le japonais Ruan Wei, analyste senior chez Norinchukin Research Institute, avancent que la Chine pourrait importer cette année jusqu'à 3 millions de tonnes de maïs. Ce tournant s'accompagne de la montée en puissance de la demande industrielle de ce grain tirée par les producteurs américains d'éthanol. Le CIC table sur une augmentation de 4 % en 2010-2011 de ce segment de la demande globale, qui représente désormais 27 % de la consommation totale de maïs.

A ces deux facteurs de soutien des cours, Goldman Sachs ajoute celui de rendements en repli des terres américaines plantées en maïs. Si l'USDA mise sur un rendement des champs américains identique à celui de la moisson 2009-2010, à 10,3 tonnes par hectare, la banque d'affaires, elle, émet une prévision à 9,8 tonnes par hectare. Forte de ces considérations, elle anticipe une moyenne de prix de 3,75 dollars le boisseau à 3 mois. Un objectif de cours conforme à la courbe actuelle des contrats à terme. Goldman Sachs prédit 4 dollars le boisseau à 6 mois et 4,50 dollars à 12 mois.

PHOTO - PENGZHOU, CHINA - SEPTEMBER 6: A farmer processes corn cobs on September 6, 2008 in Pengzhou of Sichuan Province, China. The Chengdu Region got a bumper harvest this year despite the earthquake's influence on the agriculture. According to the National Wenchuan Earthquake Expert Committee, over 87,000 feared dead in May 12 earthquake centered in Wenchuan County of Sichuan Province.

© 2010 Les Echos. Tous droits réservés.

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