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lundi 22 août 2011

Le fulgurant succès de Weibo, le " Twitter " chinois - Brice Pedroletti

Le Monde - Economie, lundi 22 août 2011, p. 12

C'est la réponse de la Chine à Twitter, et elle fait un tabac. Proposé par le portail Sina depuis août 2009, le service Weibo (littéralement " microblog ") a dépassé, jeudi 18 août, les 200 millions d'utilisateurs - soit près d'un internaute sur deux en Chine, qui en compte 485 millions.

Le succès de la plus populaire plate-forme de " microblogging " (échange de messages courts) chinoise est à double tranchant pour le gouvernement : il a permis à la Chine, dont les systèmes de censure bloquent l'accès à Twitter, Facebook et YouTube et à ses géants d'Internet, de ne pas rester en marge des derniers développements technologiques et économiques du Web.

Tout en l'immunisant contre les effets les plus brutaux d'un outil de ralliement et de transmission de l'information, extrêmement rapide et incontrôlable, Sina Weibo pratique, comme toutes les sociétés Internet en Chine, une censure assez tatillonne de ses contenus et verrouille régulièrement le compte des utilisateurs jugés indésirables. Mais l'effet de masse que procure un tel réseau, et les spécificités techniques apportées par Sina - comme la possibilité d'insérer dans le message même des photos et des vidéos - ont largement contribué à élargir l'espace du débat public en Chine.

Dirigé par Charles Chao (Cao Guowei en chinois), Sina est coté au Nasdaq américain. La valeur de son action a doublé en un an, et Weibo représenterait la moitié de la capitalisation actuelle du groupe (6,1 milliards de dollars), selon les analystes. Sina a toutefois dû procéder à des investissements très lourds en publicité et en ressources humaines pour assurer le développement de son service de microblogging.

Ses revenus nets au deuxième trimestre ont été divisés par 2,5, comparé au même trimestre en 2010; mais son chiffre d'affaires a bondi de 20 %. Charles Chao souhaite désormais " monétiser " Weibo, notamment en trouvant le moyen d'y associer des revenus publicitaires. Sur ce créneau, il se positionne loin devant ses concurrents chinois. Baidu, le moteur de recherche chinois, qui a lancé en septembre 2010 son propre service de microblogging, a jeté l'éponge : les utilisateurs, qui avaient l'obligation de s'identifier, l'ont boudé.

Weibo, de son côté, garantit l'anonymat. Mais certains des utilisateurs qui fournissent les preuves de leur identité reçoivent alors un statut VIP, ce qui leur donne davantage de crédibilité. On y trouve les stars de la télévision et du cinéma - l'actrice Yao Chen a ainsi 10,8 millions d'abonnés. Mais aussi des commentateurs influents, telle la patronne de presse Hong Huang (3,2 millions de suiveurs), ainsi que des personnalités de la société civile (comme le journaliste d'investigation Wang Keqin).

Scandale

Les contestataires, qui se retrouvent interdits de Weibo, se réfugient sur... Twitter, bloqué en Chine mais accessible grâce au VPN (Virtual Private Network ou réseau privé virtuel). Weibo a l'avantage d'offrir plus d'espace que son homologue américain : les messages comportent jusqu'à 140 caractères chinois, soit l'équivalent de 280 lettres de l'alphabet, contre la moitié pour Twitter.

Depuis sa création, Sina Weibo n'a cessé de s'illustrer dans les événements qui ont fait débat en Chine. Les informations sensibles ont beau être purgées, elles ont le temps de circuler - ne serait-ce que quelques heures - surtout lorsqu'il s'agit de photos. Ce fut le cas, le 14 août, lors de la manifestation monstre de Dalian, qui dénonçait des risques de pollution.

Les plus hardis des microblogueurs prennent soin toutefois d'ouvrir deux comptes pour s'assurer que leur message est bien en ligne - et non effacé par la censure. Weibo est à l'origine, depuis quelques semaines, d'une polémique après qu'une jeune utilisatrice VIP, Guo Meimei, s'est mise à raconter à grand renfort de détails et de photos son existence luxueuse. Or, sur son profil était noté qu'elle dirigeait une société liée à la Croix-Rouge chinoise. Les internautes se sont mis à enquêter, spéculant sur ses relations avec un ponte de l'association. Malgré le scandale dans lequel est toujours empêtrée la Croix-Rouge de Chine, la jeune femme, elle, persiste et signe : elle vient d'annoncer qu'elle allait bientôt sortir une chanson... sur Weibo.

Brice Pedroletti

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

mercredi 15 juin 2011

Weibo, clone chinois de Twitter, nouveau défi pour Pékin

Le Monde - International, mercredi 15 juin 2011, p. 7

Twitter est bloqué en Chine, où le gouvernement préfère les clones chinois, plus facilement contrôlables. Deux ans après son lancement, en 2009, le service Weibo (littéralement, microblog) du portail chinois Sina a fait ses preuves, au point de poser des défis inattendus à la censure. Il regroupe 140 millions d'usagers. Les " sonneurs d'alarme " en ont fait un outil redoutable, diffusant informations et photos (ce que Weibo a permis avant Twitter) chaque fois qu'un événement éclate en Chine. Certes, les mots clés sensibles sont invalidés. Et un message de trop peut attirer des ennuis : un fonctionnaire à la retraite qui s'est moqué de Bo Xilai, le chef du parti de la ville de Chongqing, a été condamné en avril à un an de camp de rééducation.

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vendredi 3 juin 2011

Le candidat, le citoyen et la Toile - Brice Pedroletti

Le Monde - Dernière heure, samedi 4 juin 2011, p. 28

En short, chemise à carreaux et chaussures de sport sans lacets, Xu Chunliu nous rejoint à la cafétéria d'entreprise de Sohu, le géant chinois de l'Internet. Le sol est en carrelage bleu vif, les murs sont vert pomme. Ici règne le " standard Nasdaq ", nous explique le journaliste, âgé de 31 ans. On ne parlera pas de ce qui est branché en Chine, et encore moins de la bourse high-tech américaine où Sohu est coté, mais de... politique. M. Xu fait partie d'une nouvelle génération de citoyens qui ont décidé de se porter candidats aux prochaines élections législatives. Du moins au seul échelon où, en Chine communiste, un suffrage direct est possible pour des candidats indépendants, celui des assemblées populaires de districts, de bourgs et de cantons. En théorie, tout le monde peut se présenter moyennant dix soutiens nominaux. En pratique, les gagnants sont souvent des " parachutés ". Toutes sortes d'obstacles se dressent devant les indépendants - ils étaient près de 100 000 en 2006-2007. Surtout, la presse a ordre de passer sous silence leurs noms et leurs campagnes.

Quelques pionniers ont, par le passé, testé la résistance du système. En 1998, après dix ans de bataille, Yao Lifa, à Qianjiang, dans le Hubei, fut le premier indépendant jamais élu. En 2003, une flopée d'avocats et d'intellectuels se lancèrent dans la course, déterminés à faire appliquer les lois existantes. Certains se feront élire, notamment dans le district de Haidian à Pékin - comme l'avocat Xu Zhiyong, qui achève cette année son second mandat.

Pour la saison électorale à venir - de juillet 2011 à décembre 2012 -, la censure veille. Mais c'est compter sans les services de microblog tel Weibo, le Twitter chinois. Xu Chunliu et une douzaine d'autres internautes, comme lui actifs et, pour certains, très influents sur le Net chinois, ont décidé d'en faire une plate-forme pour relayer leurs " campagnes " et communiquer avec le public. L'outil - offert par Sina, le concurrent de Sohu - " rassemble les gens qui ont le même enthousiasme ", estime M. Xu. Cette nouvelle poussée de la société civile peut sembler vouée d'avance à l'échec. En réalité, malgré le climat répressif, les questions politiques autrefois taboues affleurent dans les débats. Le Nanfang Dushi Bao, le plus libéral des quotidiens chinois, s'est ainsi félicité dans un éditorial de ce courant de " candidats Weibo " qui " font progresser la connaissance des mécanismes de la démocratie " et vont permettre de " s'y entraîner ". Le très conservateur Huangqiu Shibao a rétorqué que les indépendants feraient mieux de " descendre de Weibo pour revenir à la réalité ".

Xu Chunliu a longtemps été journaliste pour la presse écrite. Frustré par la censure, il a rejoint Sohu, où il interviewe des personnalités. Il se présentera dans le district de Dongcheng, à Pékin. Pour lui, la Chine n'est plus monolithique. Les différents groupes d'intérêts ont besoin de faire entendre leur voix. Mais, alors que les plus défavorisés jouent de la menace du chaos et que les puissants disposent de canaux directs avec le pouvoir, la classe " médiane " des " urbains éduqués " est, selon lui, sous-représentée. A son échelon de député de district, il veut s'attaquer à certains problèmes, comme le manque de places de parking ou encore les conflits entre les propriétaires et les gérants d'immeuble.

Les " candidats Weibo " sont emmenés par une personnalité phare, Li Chengpeng, qui se présentera dans un district de la ville de Chengdu. Cet ancien journaliste sportif de 43 ans, auteur d'un roman sur les démolitions forcées qui a fait grand bruit lors de sa publication, en janvier, compte 2,9 millions d'abonnés à son fil de microblog. Il y promet de " superviser le gouvernement ". Au téléphone, il nous explique avoir constitué une équipe de conseillers pour sa campagne. Y figurent le sociologue Yu Jianrong, gourou des questions sociales sur le Net, et le journaliste d'investigation Wang Keqin. Deux avocats l'assistent pour les questions juridiques. Li Chengpeng compte également sur l'aide de deux " amis ", l'écrivain-blogueur star Han Han et le cinéaste Feng Xiaogang, le champion du box-office chinois. Cet aréopage de célébrités pèse lourd à l'ère du média individuel de masse.

La mobilisation des " candidats Weibo " a été déclenchée par la campagne malheureuse de Liu Ping. Cette ouvrière de 47 ans fut mise à la retraite d'une aciérie d'Etat en 2009 avec une pension de misère, après trente et un ans de services. Elle entreprit de pétitionner en haut lieu, en vain. En avril, elle se présente aux élections anticipées, prévues en mai, de son district à Xinyu, dans le Jiangxi. Elle mène alors campagne sur la voie publique, avec affiches électorales. Et sur Weibo. " En pas loin de cinquante ans, je n'ai jamais vu un seul bulletin de vote. J'ai payé mes impôts et rempli mes obligations de bonne citoyenne. Cette fois, je vais me battre pour mes droits de citoyenne ! ", écrit-elle sur son microblog, où celle que certains ont baptisée la Rosa Parks chinoise finira par attirer près de 30 000 abonnés. Mais la police sabote ses efforts. Elle est arrêtée quelques jours avant le scrutin et mise au secret. Les autorités locales la décrivent comme " manipulée par les forces hostiles de l'extérieur ".

C'est l'émoi sur la Toile chinoise. De Pékin, le sociologue Yu Jianrong annonce qu'il se rend aux autorités locales en tant que membre des " forces hostiles intérieures ". Quand, fin mai, un pétitionnaire d'une autre ville du Jiangxi se fait exploser devant les locaux du gouvernement local, des internautes sifflent : " Donnez-nous le vote, sinon, gare aux bombes ! "...

Brice Pedroletti

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jeudi 2 juin 2011

Pékin confronté au défi du « terrorisme domestique » - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20786 - Le Figaro, mercredi 1 juin 2011, p. 7

La multiplication d'actes violents commis par des Chinois désespérés inquiète le régime.

Des attentats à la bombe qui ne relèvent pas d'une quelconque menace extérieure, mais d'une sorte de « terrorisme domestique ». Une fois de plus, la Chine se trouve confrontée à une vague d'actes violents, perpétrés par de simples citoyens désespérés. Ce défi social, ajouté aux troubles en Mongolie-Intérieure et aux craintes d'une contagion de l'esprit du « printemps arabe », a fait réagir les dirigeants chinois. Après une réunion du Comité permanent du Politburo - le coeur du pouvoir chinois -, le président Hu Jintao a exhorté lundi à renforcer le contrôle sur la société. Évoquant des « contradictions sociales exacerbées », il a demandé que des « efforts soient entrepris de façon urgente et sur le long terme », pour résoudre les problèmes liés au « système administratif, aux lois et aux méthodes » de gouvernance du pays.

Toute la Chine, par le vecteur d'Internet, a subi l'onde de choc des deux derniers « attentats » les plus spectaculaires. Il y a deux semaines, un employé de banque licencié lançait « pour se venger » un engin incendiaire dans une succursale du Gansu, dans le Centre, faisant plus de 40 blessés. Et la semaine dernière, un chômeur du Jiangxi, dans l'est du pays, a réussi à commettre un triple attentat qui a tué quatre personnes, dont son auteur. Son histoire est aussi folle que révélatrice. À 52 ans, Qian Mingqi avait vu ses deux maisons successives détruites pour la construction d'une même autoroute, en 1995 puis en 2001. « Depuis dix ans, je subis une grave injustice. Je n'arrive pas à obtenir que justice soit rendue. Alors je vais me rendre justice moi-même », a-t-il écrit sur son site de microblogging. Ses bombes artisanales et voitures piégées ont visé des bâtiments administratifs, dont la mairie et le tribunal.

Fonctionnaires corrompus

Sur Weibo - le Twitter chinois -, il a accusé le responsable local du Parti d'avoir détourné une partie de ses indemnités. La colère des expropriés, spoliés par des fonctionnaires corrompus par les promoteurs, est une des principales causes de troubles en Chine. Dans cette même ville de Fuzhou, en septembre, trois personnes se sont immolées par le feu pour de telles raisons. « Ce genre d'affaires se multiplie, alors que le système judiciaire s'est modernisé, constate Stéphanie Balme, chercheur de Sciences Po basée à Pékin. Du coup, les attentes de la population sont plus grandes qu'avant, alors que beaucoup reste à faire. Une fois tous les recours épuisés, les gens sont désespérés. »

Les autorités s'inquiètent des réactions de la société chinoise, des millions d'internautes prenant souvent fait et cause pour ceux qui s'attaquent à l'arbitraire et à l'injustice. Avant d'être fermé le jour même, le site de microblogging de Qian Mingqi était déjà suivi par plus de 30 000 personnes.

Les propos du président Hu Jintao traduisent une réelle conscience du problème. Et les dirigeants communistes savent bien que si la grande masse des Chinois ne rêve pas d'élections libres, pour l'heure, ils ont soif d'une justice plus indépendante et à leur écoute. C'est là sans doute que se situe le plus grand défi pour la sacro-sainte « stabilité sociale ».

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

mardi 31 mai 2011

Chine : la Mongolie intérieure en ébullition - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20944 - International, mardi 31 mai 2011, p. 7

La mort d'un berger mongol, écrasé par un camion d'une société minière, a mis le feu aux poudres. Pékin réprime les manifestations mais fait également montre de compréhension à l'égard des populations locales.

En raison du règlement local, le résultat de votre requête ne peut s'afficher. » C'est par ce message que Sina Weibo, le principal « twitter » chinois, répondait, hier, à toute sollicitation sur la Région autonome chinoise de Mongolie intérieure. Très peu d'informations sont donc actuellement disponibles, en Chine, au sujet des mouvements de protestation qui secouent actuellement la province du nord du pays à la suite de la mort d'un berger mongol, le 10 mai dernier.

Seule certitude : c'est bien l'ethnie mongole (20 % de la population locale) qui s'insurge contre le comportement des sociétés minières qui prospèrent actuellement dans la région, et n'ont guère de scrupules à évincer les habitants des territoires qu'elles prospectent. Depuis la mort de ce berger, les manifestations se sont multipliées, poussant Pékin à renforcer son dispositif répressif. La loi martiale aurait été instaurée dans plusieurs villes de la province, tandis que les campus universitaires sont extrêmement surveillés : toute sortie doit faire l'objet d'une autorisation préalable.

Des messages apaisants

A l'évidence, les autorités locales veulent à tout prix éviter que le mouvement ne se propage. D'autant que la capitale de la Mongolie intérieure, Hohhot, est à moins de 400 kilomètres de Pékin. Le gouverneur de la province, Hu Chunhua, a multiplié, ces derniers jours, les messages apaisants. Il a notamment promis que les coupables du crime seraient sévèrement sanctionnés. Et la province a annoncé que des mesures seraient prises pour améliorer le comportement de l'industrie minière, qu'il s'agisse de son impact sur l'environnement ou de son comportement à l'égard des populations locales. L'industrie minière de la Mongolie intérieure est plus confiante que jamais : elle a connu, ces dernières années, une très forte croissance, dopée notamment par les mines de charbon - combustible qui fournit 80 % de l'électricité en Chine. En 2009, la région a dépassé le Shanxi pour devenir première productrice de charbon en Chine. En 2010, 24 % de la production nationale étaient issus de Mongolie intérieure. La région dispose également de près de 90 % des réserves nationales de terres rares, éléments indispensables à toute l'industrie high-tech mondiale et dont la Chine assure 95 % de la production mondiale.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

mercredi 16 mars 2011

SÉISME - Des rumeurs tous azimuts sur le Web

Le Monde - Environnement & Sciences, jeudi, 17 mars 2011, p. 7

Les internautes d'Asie s'inquiètent. La première plate-forme de micro-blogs chinoise, Sina Weibo, a dû transmettre un communiqué précisant que des rumeurs selon lesquelles les fuites radioactives auraient touché la
Chine sont infondées. Les autorités chinoises ont écarté un tel risque dans les jours à venir. Mais le sujet reste le plus discuté du Web, tandis que les ports chinois ont augmenté leurs contrôles des substances radioactives sur les cargaisons en provenance du Japon. La BBC a publié un démenti alors que circulait, par textos et sur Internet, un article faussement attribué à ses journalistes précisant comment se protéger des radiations et prévenant d'un risque de pluies radioactives, qui a nourri une certaine angoisse, notamment aux Philippines.

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mardi 15 mars 2011

Les micro-attentes des blogueurs chinois - Brice Pedroletti


Le Monde - Dernière heure, samedi, 12 mars 2011, p. 27

Rabat-joie, la saison parlementaire chinoise, avec ses exaspérantes mesures de sécurité, ses discours lénifiants et son spectacle vaguement folklorique des représentants des minorités ethniques en habits d'apparat ? Vous n'y êtes pas : jamais l'Assemblée nationale du peuple (l'ANP), et la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), qui tiennent leur session annuelle dans le grand hall du peuple à Pékin, n'avaient passionné tant de monde... sur Weibo, le site micro-blogging chinois.

Comme Twitter, qui est bloqué en Chine, Weibo fonctionne par messages d'une centaine de caractères - plus précisément, 140 idéogrammes. Lancé par le portail Sina en 2009, le service a explosé, avec près de 100 millions d'usagers.

Après de timides débuts lors de l'édition 2010 des deux assemblées, le Twitter chinois couvre cette année l'événement en véritable pro : les sujets relatifs au congrès arrivent chaque jour en tête des thèmes les plus débattus sur Weibo. Et l'opérateur a pris soin de guider les internautes : la rubrique « micro-attentes » propose ainsi aux citoyens de s'exprimer sur tout ce qui entrave leur quête du minsheng, ou le « bien-être », ce nouvel objectif national que le prochain plan quinquennal, sur lequel les députés doivent se prononcer lundi 14 mars, est censé promouvoir : on y trouve le prix du logement, l'emploi, les salaires, les embouteillages, la retraite et les difficultés d'inscription à l'école maternelle. « Cet intérêt des gens pour le congrès via Weibo est un phénomène nouveau. Ça a pris une telle ampleur que cela dépasse l'espace privé et personnel du blog : on est bien à l'échelle d'un espace public, ce qui en fait une étape intéressante dans la construction d'une société civile », explique Liu Chang, professeur en sciences de l'information à l'université chinoise des médias à Pékin.

Qu'un délégué émette une proposition incongrue lors des débats, ou sur son propre Weibo (169 députés de l'ANP et 212 membres de la CCPPC en ont ouvert un, mais ils sont quelques dizaines à les alimenter), et les internautes se mobilisent. Mercredi, 400 000 d'entre eux s'en sont pris aux déclarations de Wang Ping, directrice du Musée de l'art des minorités à Pékin et membre de la CCPPC.

Celle-ci souhaite décourager les enfants des campagnes d'entrer à l'université : la famille s'endette, l'enfant ne rentre pas au village, et c'est une tragédie. Le sang des internautes, dont la conscience sociale n'est plus à prouver, n'a fait qu'un tour : ils ont éreinté la malheureuse déléguée. « Et les enfants des cadres qui partent à l'étranger et ne veulent plus être Chinois, c'est pas une plus grande tragédie, ça ? », a raillé le micro-blogueur Liyanx.

Le fossé entre riches et pauvres est un thème favori des micro-débats. Et la composition des deux assemblées fait doucement scandale : depuis que le parti a pris soin de coopter les élites chinoises, l'ANP a accueilli parmi ses rangs les plus grands patrons chinois, comme Zeng Qinghou, le patron de Wahaha, première fortune de Chine, ou encore Wang Jianlin, PDG du groupe Wanda.

N'y a-t-il pas plus de milliardaires qu'au Congrès américain, ont fait remarquer les commentateurs, en épluchant la liste Hurun des chinois les plus riches ? La CCPPC est remplie de célébrités. « Vive le Congrès Renminbi, rempli de riches, de célébrités, et de cadres du parti ! », a plaisanté qingqingboyuan. Attention, la liberté de ton a des limites : alors que les députés sont censés examiner le budget et le voter, les fonds alloués au maintien de la « stabilité », c'est-à-dire destinés aux forces de sécurité et à la justice, ont dépassé pour la première fois cette année le budget militaire. Les discussions sur le sujet ont disparu de Weibo, et une recherche avec l'expression « budget de stabilité » donne la mention : « Il n'y a pas de résultats correspondant aux lois et aux règles en vigueur. »

Certains macro-sujets suscitent toutefois des micro-discussions : c'est le cas de la politique de l'enfant unique. Dans son rapport présenté samedi 5 mars à l'assemblée, le premier ministre Wen Jiabao a pour la première fois mentionné une « amélioration progressive » du planning familial. Un signal : certains députés ont renouvelé l'appel à un assouplissement de la politique de l'enfant unique. Sina a aussitôt lancé un sondage le 7 mars sur Weibo : 83 % des participants se sont prononcés en faveur d'un desserrement des règles du planning familial.

La micro-démocratie va-t-elle changer la Chine ? « Ça n'a rien à voir avec la démocratie, même si Weibo exerce une certaine pression de l'opinion publique. Le pouvoir en a d'ailleurs un peu peur, mais il écoute l'avis des gens seulement quand ça l'arrange », estime le politologue Zhang Ming, de l'université du peuple à Pékin.

Il faut dire que les deux assemblées n'ont pas de pouvoirs réels : la plupart des lois sont votées par un comité permanent de l'ANP dépendant du parti. La CCPPC, conçue comme une haute chambre consultative, n'est « ni plus ni moins qu'un salon de thé », estime Li Datong, célèbre directeur de presse limogé il y a quelques années pour avoir dénoncé la censure. Elle donne l'illusion de débats libres. Les députés sont des « marionnettes », poursuit-il, qui ne comptent pas dans les processus de décision : « Le jour où l'on a de vrais députés, alors Weibo pourra être utile pour communiquer entre les électeurs et les députés ! »

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mardi 18 janvier 2011

Sina Weibo : la Chine se met au microblogging avec frénésie - Harold Thibault

Le Monde - Economie, mardi, 18 janvier 2011, p. 20

Le cousin chinois de Twitter, Sina Weibo, a dépassé la barre des 50 millions d'utilisateurs

La dernière sensation du Web chinois s'appelle Sina Weibo. Lancé le 28 août 2009, ce cousin de Twitter a dépassé, en octobre 2010, la barre des 50 millions d'utilisateurs et des 25 millions de messages quotidiens. La plate-forme de « microblogging » (échange de messages courts) progresse désormais au rythme de 20 millions de nouveaux inscrits tous les deux mois.

Selon un rapport publié par le laboratoire de recherche sur l'opinion publique de l'université Jiaotong de Shanghaï, les sites de microblogging comptent plus de 125 millions d'utilisateurs en Chine - sur un total de 450 millions d'internautes - et devraient poursuivre une croissance qualifiée « d'explosive » jusqu'en 2013.

Comme le veut la règle dans l'empire du Milieu - où Google, Yahoo!, Expedia ou eBay n'ont jamais gardé l'avantage dans leurs catégories -, le principal acteur occidental, Twitter, a loupé la marche, bloqué dès juillet 2009. Le combat se joue donc à huis clos entre les principaux portails chinois : Sohu, Netease, QQ et le leader, Sina.

Outre la censure qui frappe les concurrents étrangers, tandis que les sites chinois sont habitués à faire leur propre ménage contre le politiquement incorrect et la pornographie, et la barrière linguistique, plus efficace encore, ce succès s'explique par une meilleure compréhension de la demande locale. « Sur Twitter, les Occidentaux sont tous commentateurs, mais les Chinois sur Weibo se consacrent davantage à suivre l'actualité de leurs personnalités favorites », explique Cao Di, analyste à Shanghaï pour iResearch, un cabinet spécialisé dans le suivi des tendances du Web chinois.

Dans un récent entretien au magazine australien New Weekly, le patron de Sina, Cao Guowei, se félicitait du succès de sa « stratégie des célébrités ». Les acteurs et animateurs de télévision les plus populaires du pays disposent désormais d'un compte Weibo sur lequel ils s'épanchent sur leur vie, suscitant la curiosité des foules. A ce rythme, l'actrice Yao Chen, dont le « fil » a jusqu'à présent attiré 4,7 millions d'abonnés sur Sina, pourrait s'approcher des 7,7 millions de fans qui valent à la chanteuse américaine Lady Gaga sa première position sur Twitter, et dépasser Barack Obama, suivi par 6 millions de personnes.

Autre particularité locale, les sites de microblogging sont considérés comme un véritable outil d'information, dans un pays où la crédibilité de la presse étatique s'affaisse à mesure que se popularise le Web participatif. D'autant qu'avec 140 sinogrammes, « on peut vraiment écrire un roman », comme le notait l'artiste militant Ai Weiwei lors d'un débat avec le fondateur de Twitter. Sur Sina Weibo, les internautes eux-mêmes décident de l'actualité. Plus de 73 % des internautes considèrent le microblogging comme une source « importante » d'information et 56,5 % « croient en général » ce média, selon un récent sondage publié par Le Quotidien de la jeunesse. Les auteurs de l'étude de l'université Jiaotong relèvent que 22 % des « affaires significatives » dans l'actualité de 2010 ont émergé grâce aux microblogs.

Ce succès n'échappe pas aux responsables de la propagande, qui tentent à leur tour de lancer des plates-formes. Le site du Quotidien du peuple, groupe de presse du comité central du Parti communiste, a ainsi créé un compte Weibo, sur lequel le président, Hu Jintao, a fait son apparition. « Mais les jeunes vont sur les sites de microblogging pour s'amuser et Sina l'a bien compris, relève Cao Di. La presse officielle veut en revanche les utiliser comme outils de relations publiques, ce qui est un peu maladroit. »

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