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dimanche 1 août 2010

L'atelier du monde ébranlé par les grèves

Les Echos, no. 20731 - Idées, lundi, 2 août 2010, p. 10

Le travailleur de la « nouvelle Chine », dépeint par « The Economist », sera moins docile et mieux payé. Et cela serait une bonne chose pour la Chine et l'économie mondiale, ajoute le magazine. Ce constat peut étonner, quand on se souvient que c'est sa main-d'oeuvre bon marché qui fut le moteur du miracle économique du pays. Cette même main-d'oeuvre, qui, selon les estimations, a permis à chaque ménage américain de bénéficier de 765 euros supplémentaires par an dans leur budget, notamment grâce à l'introduction de produits à bas prix dans les magasins outre-Atlantique. Et pourtant, les changements que l'on perçoit en Chine pourraient bien aider l'économie mondiale, encore ébranlée par la crise, à renouer avec le plein-emploi, révèle l'hebdomadaire. Les travailleurs chinois voient leur pouvoir de négociation augmenter, du fait de la raréfaction de l'offre de travail et de l'introduction en 2008 d'une loi qui protège leurs droits. Il se font en conséquence plus revendicatifs, en témoignent les 36 grèves survenues dans la province du Guangdong en l'espace de quarante-huit jours. De fait, même si les plus bas salaires chinois correspondent encore à un vingtième du salaire américain moyen, ils ont malgré tout augmenté de 17 % par rapport à l'année dernière. Ces hausses de revenu seraient bénéfiques à la Chine, dont l'économie repose essentiellement sur l'investissement, et trop peu sur la consommation. Or l'on estime qu'une hausse de 20 % de la consommation chinoise augmenterait les exportations américaines de 25 %, source d'une création d'emplois évaluée à 200.000 postes aux Etats-Unis. Par ailleurs, la hausse des salaires chinois éloigne le spectre d'une déflation mondiale, menaçant en ces temps de crise. Quant aux investisseurs internationaux, ceux-ci pourraient trouver une main-d'oeuvre bon marché en Inde, qui, après la Chine, deviendrait l'« atelier du monde ».

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mardi 4 mai 2010

Quand les entreprises chinoises débarquent au Japon

Les Echos, no. 20669 - Idées, lundi, 3 mai 2010, p. 14

Dans la presse étrangère

Lorsque le constructeur automobile chinois BYD, dont l'un des actionnaires est d'ailleurs Warren Buffett, a acheté au Japon une usine, Ogihara, le groupe japonais propriétaire, n'a fait aucune déclaration publique, raconte « The Economist ». Il est vrai que le Japon a une tradition de résistance aux entreprises étrangères, surtout chinoises. « Cette attitude a maintenu à un niveau très bas le nombre de fusions et acquisitions sino-japonaises, même si, depuis 2007, la Chine a dépassé les Etats-Unis comme premier partenaire commercial du Japon. »

Mais cela est en train de changer. L'année dernière, le nombre d'acquisitions de firmes japonaises par des chinoises a doublé et, en valeur, quadruplé. Mais cette invasion est discrète. En général, il s'agit de petites entreprises de high-tech ou des filiales et non pas des géants. Les entreprises chinoises, il est vrai, se méfient de la stagnation économique au Japon, avec sa population vieillissante et sa surcapacité chronique de production. Ce qu'elles veulent ce sont des technologies, des noms de marque et du savoir-faire qui peuvent être utiles en Chine, note un responsable de McKinsey. En retour les Japonais obtiennent non seulement des capitaux, mais aussi la possibilité d'un accès au marché chinois.

Certes, il reste nombre de difficultés, comme la crainte pour un Japonais de travailler pour les Chinois ou encore les différences de culture de management, mais l'hebdomadaire table sur une progression de ces transactions. Et, surtout, la pression étrangère, le « gaiatsu », pourrait bien obliger les entreprises japonaises à changer à leur tour.

PHOTO - A man works at an ironwork processing factory at a construction site at Keihin industrial zone in Kawasaki, south of Tokyo, January 14, 2010. Japan's core machinery orders tumbled to a record low in November, adding to government fears of a return to recession that could heighten the need for yet more fiscal stimulus spending.

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lundi 19 avril 2010

" The Economist " My newspaper is rich - Xavier Ternisien

Le Monde - Lundi, 19 avril 2010, p. 13

Quel est le magazine qui a augmenté ses ventes de 6 % en 2009, et de 9 % aux Etats-Unis, alors même que toute la presse occidentale voyait sa diffusion plonger ? Quel est l'hebdomadaire qui vend chaque semaine 1,4 million d'exemplaires avec un prix d'abonnement de 126,99 dollars (93 euros), là où ses concurrents Time ou Newsweek proposent des offres à 30 ou 50 dollars ? La réponse tient en quelques lettres blanches sur fond rouge : The Economist. Un magazine sans équivalent. Un ovni à l'heure d'Internet et du multimédia, qui distribue chaque semaine 100 pages d'une écriture dense, avec une maquette austère et quelques petites photos en guise d'illustration.

Pour comprendre la recette du succès, il faut se rendre à Saint James, le quartier le plus huppé de Londres. Celui des clubs de gentlemen et des tailleurs de chemises sur mesure. Le siège de The Economist est situé dans un immeuble moderne. Dans les étages, pas d'open space ni de rangées de journalistes alignés en silence devant des ordinateurs. Mais un labyrinthe de couloirs et de bureaux. Une bonne partie des 70 journalistes se trouvent à l'étranger, dans l'un des vingt bureaux de l'hebdomadaire.

Le rédacteur en chef, John Micklethwait, règne sur cette rédaction mondiale. Des fenêtres de son bureau, on aperçoit le palais de Westminster. " London based, not London biased ", dit l'un des slogans du magazine (" Basé à Londres, pas influencé par Londres "). The Economist est un journal global. Peut-être l'un des seuls au monde. Chaque semaine, la même édition est diffusée sur les cinq continents, sans concession ni adaptation au lectorat local.

Contrairement à ce que son titre peut laisser croire, l'hebdomadaire ne traite pas seulement d'économie. On y trouve immanquablement les mêmes rubriques, dont certaines ont de drôles de noms qui ne parlent qu'aux initiés : la chronique " Charlemagne " traite de l'Europe des 27, " Bagehot " de la politique intérieure britannique, " Lexington " des Etats-Unis, " Banyan " de l'Asie et " Buttonwood " de la finance. Et tant pis si les lecteurs ne se souviennent plus que Walter Bagehot était un éminent journaliste britannique du XIXe siècle. Avec une remarquable constance, The Economist consacre aussi plusieurs articles par semaine au Proche-Orient et à l'Afrique.

John Micklethwait est un pur produit d'Oxford. Il a rejoint la rédaction de The Economist en 1987, en est devenu rédacteur en chef en 2006. Tous les lundis matin, une conférence de rédaction réunit dans son bureau les journalistes présents à Londres et ceux en poste à l'étranger, qui s'expriment par téléphone ou vidéoconférence. " Tout le monde peut participer, même les stagiaires, témoigne Sophie Pedder, correspondante de l'hebdomadaire à Paris. La réunion doit fixer le thème de la couverture, les cinq grands sujets et les éditoriaux. Elle donne lieu à un vrai débat. Chacun peut s'exprimer librement, à condition de ne pas tomber dans la facilité. L'objectif est de pousser l'argumentation jusqu'au bout. "

Au fond, The Economist est un peu l'équivalent d'un club au sens anglais du terme. Un rassemblement d'esprits brillants, qui dissertent sur la marche du monde avec ce mélange si britannique d'intelligence et d'humour distancié. Comme tout club, il a ses règles. La première d'entre elle est l'anonymat. Les articles ne sont pas signés et engagent toute la rédaction.

" C'est notre marque de fabrique, justifie John Micklethwait. Lorsque vous écrivez pour The Economist, vous devez justifier votre point de vue auprès des collègues qui travaillent avec vous. C'est très démocratique. " Cette contrainte ne convient pas à tout le monde. " Certains journalistes sont partis parce qu'ils avaient un désir de reconnaissance et ne supportaient pas l'anonymat ", raconte Sophie Pedder. Ceux qui restent sont très attachés au titre. Ce ne sont pas pour autant des individus effacés : " Nous formons un groupe de personnalités fortes ", témoigne la correspondante à Paris.

L'écriture de The Economist a ses règles, énumérées dans un livre de style : il faut être concis, dense; privilégier les mots les plus courts, d'origine anglo-saxonne. " Si l'on devait résumer l'hebdomadaire par un adjectif, ça pourrait être "austère", estime George Brock, directeur du département de journalisme de la City University de Londres. Il séduit par sa qualité classique. Comme un bon vin, il s'exporte bien. Quand vous l'avez fini, vous avez le sentiment d'être bien informé. Et en même temps, il sait être provoquant. "

L'essor de The Economist s'est appuyé sur un marketing astucieux, décliné en quelques slogans mettant en avant son côté haut de gamme : " Lu mais jamais dicté par les personnes d'influence "; " Ne plus fumer, boire ou manger. Faut-il aussi arrêter de penser ? "; " La vérité est toujours bonne à lire ". Les équipes commerciales ne manquent jamais une occasion de rappeler que les grands de ce monde, comme Eric Schmidt, le PDG de Google, ou Bill Gates, le fondateur de Microsoft, lisent The Economist. La légende veut que c'était le seul journal auquel Nelson Mandela avait droit pendant sa captivité, dans sa cellule de Robben Island.

Tout cela ne suffit pas à expliquer pourquoi un hebdomadaire global a pu séduire les Américains, d'ordinaire peu intéressés par ce qui se passe en dehors de leurs frontières : chaque semaine, plus de 800 000 exemplaires sont vendus en Amérique du Nord. Pour Susan Clark, directrice commerciale pour l'Europe, le Proche-Orient et l'Afrique, il y a eu un effet 11-Septembre : " La demande pour des informations internationales a augmenté aux Etats-Unis après les attentats de New York. The Economist propose une fenêtre sur le monde. Le fait que nous ne soyons pas américains nous confère une plus grande crédibilité. " En juillet 2009, la revue The Atlantic a tressé des lauriers à The Economist, au détriment de ses concurrents Time et Newsweek, expliquant son succès parce qu'il propose " une synthèse réellement globale à une époque où la quantité d'information indigeste continue de se développer sur Internet comme autant de métastases ".

Pour John Micklethwait, le succès de l'hebdomadaire s'inscrit dans une tendance de fond, celle de " l'ère de l'intelligence de masse ". " Sous l'effet de l'éducation et de la prospérité économique, le nombre de personnes ayant accès à la culture a augmenté, explique-t-il. Notre magazine a profité de ce phénomène. " The Economist se définit comme libéral, au sens classique du terme. " Old fashion liberal ", insiste son rédacteur en chef. Précision utile, car le terme est devenu, aux Etats-Unis, l'équivalent de " gauchiste ". Ce que l'hebdomadaire britannique n'est certes pas. La rédaction ne veut surtout pas être identifiée à un parti, démocrate ou républicain aux Etats-Unis, travailliste ou conservateur au Royaume-Uni.

Même s'il est d'usage qu'avant chaque élection dans un grand pays, The Economist prenne position pour un candidat. C'est ainsi qu'il a soutenu Tony Blair et Barack Obama. En 2007, il a pris position pour Nicolas Sarkozy en France. " Sur les sujets de société, nous sommes proches des démocrates aux Etats-Unis, explique John Micklethwait. Nous sommes contre la peine de mort, pour le mariage gay et la libéralisation de la drogue. En matière économique, nous sommes plutôt de droite, car nous voulons restreindre au maximum le rôle de l'Etat. Nous nous rattachons à la grande tradition du libéralisme de John Stuart Mill et d'Adam Smith. "

Le respectable hebdomadaire, fondé en 1843, a pourtant été pris plusieurs fois en défaut. En 2003, il a pris position pour la guerre en Irak. L'épisode a laissé des traces douloureuses. " Nous avons été candides ", lâche sobrement John Micklethwait. Sophie Pedder se souvient d'une grande fracture dans la rédaction : " Jamais nous n'avions été autant divisés. La raison pour laquelle la position proguerre a prévalu, c'est que nous avions confiance en Tony Blair et que les informations fournies par les Américains plaidaient pour une intervention. " L'hebdomadaire fera plus tard son mea culpa dans un éditorial.

Plus récemment, la crise financière semble avoir donné tort aux positions ultralibérales de The Economist. Une accusation que son rédacteur en chef balaie d'un revers de main : " Nous avons alerté sur la folie des marchés et les niveaux de l'immobilier aux Etats-Unis. Maintenant, sur la régulation, Sarkozy a annoncé la fin du laisser-faire. C'est stupide et faux. Si vous regardez les vingt-cinq dernières années, 1 milliard d'individus sont sortis de la pauvreté absolue dans les pays en développement pour rejoindre la classe moyenne grâce à la mondialisation. Personne ne peut dire que la dérégulation a été une mauvaise chose en Chine, en Indonésie, au Brésil, en Inde. La réponse à la crise n'est pas davantage de régulation. "

Le magazine, lui, a peu souffert de la crise. Le groupe a dégagé un résultat d'exploitation de 20,1 millions de livres (22,9 millions d'euros) au premier semestre 2009, en baisse de 10 %. The Economist est diffusé à 75 % par abonnement, avec une fidélité exemplaire des lecteurs puisque la durée moyenne de l'abonnement est de dix ans.

Malgré un prix de vente élevé, la majorité du chiffre d'affaires (60 %) est réalisée par la publicité. L'hebdomadaire possède aussi un site Internet payant, mais sa part est négligeable dans les recettes. Le groupe The Economist est détenu à 50 % par le groupe britannique Pearson, qui édite notamment le Financial Times. Cependant, il est géré comme une fondation et l'actionnaire principal n'intervient pas dans la gestion.

Xavier Ternisien

PHOTO - Britain's Financial Services Authority (FSA) chairman Lord Turner, gives his keynote speech for The Economist magazine inaugural City lecture in London on Wednesday Jan. 21, 2009. The banking system must undergo "profound" changes if a repeat of the current collapse is to be avoided in future, the head of City financial watchdog FSA chairman Lord Turner said during his speech.

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jeudi 26 mars 2009

«The Economist» traque l'histoire - Ram Etwareea

Le Temps - Zooms, jeudi, 26 mars 2009

Comment les Etats-Unis voyaient le monde en 1999 et comment la Chine le voit dix ans plus tard

L'hebdomadaire The Economist de cette semaine consacre sa une à l'essor de l'Empire du Milieu. Après trois décennies de réformes, de libéralisme et de croissance économique, la Chine est devenue la troisième puissance commerciale mondiale, derrière le Japon et les Etats-Unis. Et sa voix ne passe plus inaperçue sur la scène internationale. Grâce à ses réserves financières, c'est elle aussi qui est désormais le premier créancier des Etats-Unis.

Par comparaison, il est intéressant de retourner à une autre couverture de The Economist, celle du 23 octobre 1999. Il y a dix ans, le magazine avait fait le portrait des Etats-Unis, alors superpuissance incontestée qui s'apprêtait à imposer son unilatéralisme au reste de la planète. Le monde a beaucoup changé... Après huit ans de présidence conservatrice, les Etats-Unis sont entrés dans une nouvelle ère.

Le regard que porte la Chine sur le monde fait l'objet d'un dessin sobre, mais très évocateur. Gratte-ciel, place Tiananmen, Palais impérial et pagode font face aux terres lointaines. Au-delà du Pacifique, les Chinois aperçoivent les Amériques: statue de la Liberté, sébile à la main, Wall Street craquelé comme par un tremblement de terre et immeubles saisis et liquidés en soldes. Le Canada est insignifiant. L'Amérique du Sud retient l'attention par ses matières premières. Plus loin, au-delà de l'Atlantique, les Chinois voient l'Europe comme un lieu de shopping de luxe et une Afrique riche en pétrole. Et, plus près d'eux, The Economist imagine un Japon tout petit, l'île de Taïwan où flotte un drapeau rouge aux étoiles dorées et une Australie sous influence asiatique.

Une telle perspective devrait réjouir la frange nationaliste chinoise! La superpuissance américaine est à genoux; et l'Europe et le Japon ne sont pas des rivaux sérieux, écrit l'éditorialiste de l'hebdomadaire britannique. Il fait remarquer que le premier ministre chinois Wen Jiabao ne dit plus que son pays est un «humble joueur» sur l'échiquier mondial, mais parle désormais de «grande puissance». Le journal note que la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton «repentie» s'est rendue récemment à Pékin où elle a affirmé que les questions des droits de l'homme ne devraient pas intervenir dans les relations bilatérales. Quant au Vieux Continent, la Chine vient d'annuler un sommet sino-européen, mesure de rétorsion contre la rencontre entre le dalaï-lama et Nicolas Sarkozy, alors que celui-ci était président de la Commission.

The Economist rappelle toutefois que la Chine pèche par de nombreuses faiblesses. Elle n'est pas épargnée par la crise: l'atelier du monde vient de supprimer 20 millions d'emplois. Sa croissance pour 2009 est estimée à 6,5% par la Banque mondiale. La démocratie ne progresse pas, et le pays connaît de plus en plus de contestation. Sur le plan international, sa présence au Soudan et ses liens avec l'Iran sont très critiquables. La Chine est considérée comme un pays qui protège ces régimes des sanctions internationales. Elle est le pays qui a plus profité de la mondialisation et peut encore se racheter une vertu en renflouant les caisses du FMI.

Dix ans plus tôt, donc, The Economist accordait le même traitement aux Etats-Unis. En couverture, une carte du monde où ils occupaient une place éminente, réduisant les autres continents à des proportions minimales. Nous sommes en 1999. La deuxième présidence Clinton arrive péniblement à sa fin. Les républicains imposent leur politique, et Washington est déjà lancé sur la voie de l'unilatéralisme. «Les Etats-Unis enjambent le monde tel un colosse. Ils dominent les affaires, le commerce et les communications; leur économie est la plus dynamique; leurs militaires incomparables. Mais, malgré cela, leur avenir est incertain. Devraient-ils agir seuls et sans consulter les autres sur la scène mondiale? Devraient-ils diluer leur puissance dans la coopération internationale?» se demande le magazine.

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts...

Durant deux mandats successifs du président George Bush, les conservateurs américains ont imposé l'unilatéralisme au monde. Ils ont commencé deux guerres et provoqué la pire crise depuis la Grande Dépression. Mais l'économie américaine est à genoux. Retournement de situation après une période de dix ans: Washington doit plaider auprès de Pékin et d'autres pays bien garnis en pétrodollars pour que ces derniers continuent à financer la dette américaine. Bref, The Economist de cette semaine, même s'il caricature la puissance chinoise, montre bien le changement de paradigme!

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lundi 24 décembre 2007

Mao and the art of management

The Economist - jeudi, 22 décembre 2007
Résumé par Pierre Haski - Rue89.com. Le magazine britannique The Economist, très libéral dans tous les sens du terme, a choisi de se montrer facétieux en cette fin d'année, en choisissant Mao Zedong comme modèle en matière de... management! Mao lui-même, qui ne comprenait semble-t-il pas grand chose aux règles de l'économie et que l'histoire crédite de quelques désastres historiques, en serait sans doute le premier surpris. Surtout quand il est mis au même plan qu'Alfred Sloan, l'ancien patron de General Motors, auteur d'un livre culte sur le management dans les années 60.

Le choix de The Economist est dicté par le culte du paradoxe: il est en fait offert en modèle par l'hebdomadaire aux "mauvais gestionnaires", y compris du monde des affaires, en raison, en particulier, du décalage extraordinaire entre la réalité de ses réalisations et sa réputation dans l'histoire. Car, souligne le magazine, "Mao a toujours une prise symbolique sur l'économie chinoise, même si celle-ci n'a commencé à prospérer qu'après sa mort. Son visage reste gravé sur les billets de banque, les sacs, les chemises, les montres, sur tout ce qui peut être vendu par les innombrables entrepreneurs capitalistes qui sont nés sous sa férule quand il était au pouvoir. Aucun autre dirigeant d'un pays viable (autre que la Corée du nord, donc) n'est honoré de cette manière, même pas ceux qui ont fait un bon boulot."

Parmi les qualités que The Economist reconnaît à Mao et qui pourraient servir de modèle aux "mauvais managers", celle d'avoir su inventer des "slogans fallacieux mais puissants", comme "servir le peuple", un comble pour quelqu'un qui a vécu comme un empereur. Le magazine ajoute parmi ses conseils "la manipulation des médias", avec le petit livre rouge comme modèle de produit marketing pour faire passer son message, ou encore le sacrifice de ses amis et camarades, dont la liste est effectivement longue...

"Sous Mao, la Chine n'a pas dérivé, elle a caréné. L'impulsion venait du sommet. Les politiques étaient faibles, la mise en oeuvre atroce, et les dirigeants mal dirigés, mais chaque initiative semblait générer une force centripète car chacun regardait en direction de Pékin pour connaître la direction à suivre (ou éviter de se faire écraser). L'équivalent, dans la vie des entreprises, serait la restructuration: plus c'est grand, mieux c'est. Peut-être que pour un manager en difficulté, la principale leçon est celle-ci: si vous ne pouvez rien faire, faites-en beaucoup. Et plus ça dure, plus il faudra de temps pour que les conséquences désastreuses de vos actes soient apparentes. Et pensez réellement en grand: avec toutes ses faiblesses, Mao était vraiment une source d'inspiration."

On l'aura compris, c'était de l'humour... britannique et libéral. LIRE Mao and the art of management