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lundi 4 octobre 2010

ARCHIVES - Des Chinois, et moi et moi, et moi... - Pierre Haski et Caroline Puel

Libération, no. 9141 - LeMag, samedi, 2 octobre 2010, p. MAG16

Dans les archives de «Libé», il y a 11 ans. La Chine s'apprête à fêter avec faste les 50 ans de la République populaire. Mais le régime communiste saura-t-il gérer l'appétit de vivre d'une société qui goûte à la nouvelle prospérité?

Par Caroline Puel et pierre Haski (Libération du 1er octobre 1999).

«Avec Mao, la Chine a appris à se tenir debout, avec Deng à s'enrichir, et avec Jiang Zemin à être puissante.» Cette trilogie présentée par un dignitaire du régime se veut le résumé de cinquante ans d'histoire de la République populaire. Elle a le triple avantage de donner une image de continuité entre des périodes et des hommes qui ont suivi des politiques opposées, d'éviter de poser des questions sur les zones d'ombre de ce demi-siècle, comme le sanglant «bond en avant» de Mao, qui a fait des dizaines de millions de morts dans les années 50, et surtout, aujourd'hui, de tailler une cote sur mesure au président Jiang Zemin, troisième «timonier» d'une Chine qui décolle.

Chambardement. La République populaire présente, à l'heure de ses 50 ans, un double visage en apparence contradictoire. Au sommet, l'un des derniers régimes communistes de la planète prône la stabilité, en gérant son évolution politique à l'allure d'un escargot, et sans prendre de gants. A l'intérieur du pays, l'économie et la société vivent le plus grand chambardement qu'un gouvernement puisse imaginer, et cependant encouragé par le régime lui-même. Il s'agit de l'émergence d'une économie qui emprunte beaucoup au capitalisme le plus sauvage, rebaptisé ici du doux nom d'«Économie socialiste de marché», Qui permet une véritable révolution de la société, laquelle donne plus de droits à l'individu, sauf un... celui de contester le régime.

Ce découplage de la politique et de l'économie a doublement porté ses fruits : le Parti communiste chinois s'est maintenu au pouvoir alors que l'Union soviétique et ses satellites ont été balayés dans la foulée de la chute du mur de Berlin. Mais surtout, il a permis le prodigieux bond en avant - véritable celui-là - de l'économie chinoise passée, en vingt ans de réformes, à la dixième place dans le monde, avant de se classer un jour à la première, une belle revanche sur l'histoire. Et le niveau de vie des Chinois de connaître, au passage, une réelle amélioration, même si elle est profondément inégale selon les régions et selon les couches sociales.

Ce triomphe apparent du régime, célébré à satiété à l'occasion de cet anniversaire, a, bien sûr, ses revers de médaille. La dynastie communiste maintient, pour assurer sa survie, un énorme appareil policier dont elle n'hésite pas à se servir - les chars place Tiananmen il y a dix ans, le démantèlement du Parti démocrate l'an dernier, l'envoi des dissidents en exil... -, et une machine de propagande efficace, comme l'ont montré les mobilisations contre l'Otan ou contre la secte Falungong.

La réussite économique a, elle aussi, un coût. Cette marche forcée vers la modernité a créé une immense masse de laissés-pour-compte : nouveaux chômeurs d'un secteur d'Etat dégraissé sans ménagement, ou paysans pauvres attirés par l'éclat des villes. Des dizaines de millions de personnes qui pourraient menacer la stabilité du pays si la croissance économique rapide des dernières années ne permettait plus de les absorber dans son sillage.

Le développement anarchique a également produit ses fruits amers que le communisme prétendait avoir éradiqués : corruption effrénée, retour de la prostitution ou de la criminalité...

Pari. Ce décalage entre les sphères politique et économique constitue le principal pari de la Chine actuelle. Au nom des valeurs permanentes d'une culture plusieurs fois millénaire et de l'ampleur de sa population (1,25 milliard d'habitants), la société chinoise acceptera-t-elle le «marché» que lui propose le pouvoir : enrichissez-vous et vivez comme vous le souhaitez, à condition toutefois de ne pas franchir la ligne rouge de la revendication politique ?

Ou, au contraire, la transformation de cette société - émergence d'une petite bourgeoisie, naissance d'une classe d'entrepreneurs exigeants, circulation de l'information par l'Internet ou des médias moins coincés - rendra-t-elle insupportable, à une Chine devenue moderne, le maintien d'institutions non démocratiques ?

Il est d'autant plus difficile de répondre à cette question que, dans la phase de découverte de la prospérité toute récente que traverse la Chine, les aspirations politiques sont assurément passées au second plan. L'argent facile ou tout simplement un logement et une voiture sont devenus les valeurs refuge des enfants de Tiananmen, et il ne reste plus qu'une poignée d'irréductibles pour chercher à combattre de front un régime bardé d'autant d'atouts.

Adhésion. Beaucoup voient en fait dans l'émergence d'une nouvelle génération de responsables politiques, administratifs et dans la société civile, l'espoir d'une évolution progressive du régime vers plus d'ouverture. Un processus graduel qui se ferait, aussi, par le biais de l'insertion de la Chine dans une communauté internationale avec laquelle elle a longtemps entretenu une méfiance réciproque.

Certains de ces réformistes de l'intérieur voient par exemple dans l'adhésion du pays à l'Organisation mondiale du commerce la clé de son insertion dans un corps de règles qui garantirait sa modernisation à long terme. Pour la première fois de son histoire, la Chine s'ouvrirait ainsi volontairement au monde.

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mercredi 30 décembre 2009

INTERVIEW - «Chaque Chinois a dans le coeur quelque chose sur le point d'exploser»

Libération, no. 8906 - Livres, mercredi, 30 décembre 2009, p. LIV5

Yan Lianke raconte son métier d'écrivain censuré.

Lianke a commencé par écrire des slogans de l'Armée populaire de libération et des romans réalistes socialistes. Très vite, il a pris les chemins de traverse pour laisser libre cours à son imagination et à son talent, dans le registre iconoclaste (Servir le peuple, Editions Philippe Picquier) ou tragique (le Rêve du village des Ding, idem). Reconnu internationalement, il est souvent censuré en Chine. Il y a pourtant publié en 2004 Bons Baisers de Lénine. L'histoire d'un village d'éclopés, oubliés du miracle économique, qui veulent créer un parc d'attractions. Pour cela, ils se sont mis en tête d'acheter la momie de Lénine, ancien graal du communisme. Rencontre autour d'un thé de Chine dans le VIe arrondissement de Paris, dont Yan Lianke a longtemps rêvé.

A 51 ans, enfin autorisé à sortir de Chine, vous venez à Paris pour la première fois. Quelles sont vos impressions ?

En vous attendant dans le hall de mon hôtel, je regardais de vieilles photos, dont plusieurs d'Ernest Hemingway qui a séjourné ici. Bizarrement, je n'ai absolument rien ressenti, alors que chez moi, à Pékin, plongé dans l'un de ses très grands romans, je peux être bouleversé. Depuis deux ou trois ans, renvoyé et en même temps libéré de l'armée où j'ai servi pendant plus de trente ans, je suis en effet libre d'aller où bon me semble dans le monde. C'était un rêve cette liberté, j'en ai profité pour aller en Europe, en Afrique du Sud. J'ai découvert des cultures riches et anciennes, et j'ai surtout constaté que, partout, des gens vivent dans des paradis alors que d'autres sont condamnés à une espèce d'enfer qu'ils ne méritent pas. Mais tout cela, au fond, n'a guère d'écho en moi. Quand je vais de droite et de gauche, mon cerveau se vide, rien ne prend racine. Ma conclusion est qu'il n'est pas nécessaire d'aller partout dans le monde pour le comprendre. Je préfère rester dans une pièce à réfléchir, faire fonctionner mon imagination. J'ai besoin de mon environnement familier. Pour moi, c'est la Chine du Nord, même Shanghai n'a rien à voir avec moi.

Beaucoup de vos romans, dont le dernier paru en France, sont situés dans le Henan, votre province natale.

C'est ma source, où s'ancre mon imaginaire. J'y ai grandi, dans une famille de paysans illettrés. A 16 ans, à la chandelle alors qu'on manquait d'huile, j'y ai écrit mon premier roman, pour fuir au moins par l'imagination la vie à la campagne. Mon père avait alerté le chef du village, persuadé que j'étais malade mental. Ma mère avait brûlé mon manuscrit pour faire la cuisine. Après, j'ai fait mon métier d'écrire, grâce à l'Armée, qui recrutait des auteurs pour sa propagande. Aujourd'hui encore, ma famille ne sait ni ne comprend ce que je fais. Ecrivain, ce n'est pas un métier pour eux. Ils n'entendent jamais parler de moi, sinon lorsque je suis critiqué par le gouvernement central. Ma mère me demande pourquoi je ne suis pas journaliste ou chef de district. Je retourne souvent dans le Henan, notamment là où j'ai situé mon roman le Village des Ding, métaphore de la Chine d'aujourd'hui contaminée par le capitalisme sauvage. C'est l'histoire d'un village entier qui attrape le sida en vendant son sang pour s'enrichir. Une histoire vraie, qui me hante : chaque fois que j'y reviens, j'apprends qu'il y a eu de nouveaux morts. Toute mon oeuvre exprime la souffrance, même Bons Baisers de Lénine. Sous des abords humoristiques, ou poétiques et même burlesques, ce roman parle d'un paradis imaginaire dans un monde qui n'est pas en paix. Il parle de l'impuissance face à la réalité, face à des idéaux impossibles à atteindre, et de la souffrance.

Une souffrance à caractéristiques chinoises ?

La Chine est le pays le plus riche, le plus complexe et le plus chaotique du monde. Le chaos qui y règne dépasse ce que décrivent les romanciers actuels, tels Mo Yan (la Dure Loi du Karma, Seuil, 2009), Yu Hua (Brothers, Actes Sud, 2008) ou moi. Dans ma région natale, des jeunes gens boivent toute la journée. Puis ils cherchent à s'occuper et tout ce qu'ils trouvent à faire, c'est tabasser des vieillards. Ce n'est pas simplement parce que les gens s'ennuient à la campagne ou qu'ils manquent de perspectives, c'est l'illustration du chaos. Chaque Chinois ou presque a dans le coeur quelque chose qui est sur le point d'exploser. C'est dû aux inégalités inouïes entre les riches et les pauvres, les citadins et les paysans, le Nord et le Sud. De plus, en raison notamment du manque de démocratie, chacun a le sentiment d'être ligoté, oppressé, de ne pouvoir se libérer de liens invisibles. Moi, je sais qu'on m'a ligoté, c'est pour cela que j'écris. Mais la plupart des gens ne s'en rendent pas compte. C'est très complexe, je n'arrive pas à l'exprimer autrement que par des récits imaginaires, mais c'est de l'ordre d'une grande peur. Tout le monde, les cadres du Parti comme les gens du peuple, éprouve cette peur. On a l'impression que quelque chose d'énorme va arriver, une catastrophe. Les Chinois sont habitués aux catastrophes, c'est notre histoire...

La censure, qui vous frappe un livre sur deux, est-elle un facteur de dépression ?

J'ai écrit huit romans, soixante-cinq récits et de nombreux textes plus courts, pour la plupart édités dans de nombreux pays. Servir le peuple et la Chute du soleil n'ont pas été publiés en Chine, le Rêve du village des Ding a été publié mais pas diffusé, ce qui revient au même. Bons Baisers de Lénine a été publié. J'ai obtenu quelques prix littéraires, mais ce qu'on dit de moi dans la presse officielle, la seule en Chine, est toujours négatif. Je n'ai pas de retours directs des lecteurs, sinon d'étudiants obligés à lire mes livres par leurs professeurs. Il me semble que les gens, surtout les jeunes, lisent beaucoup en Chine, mais des choses faciles, des best-sellers comme le Totem du loup, qui s'est vendu à trois millions d'exemplaires. Moi, je suis souvent censuré, et je n'ai pas la recette du succès. On me lit peu dans mon pays, mais cela ne me dérange pas vraiment.

Vous avez dénoncé dans un précédent livre (Feng Ya Song, «Elégie», non traduit en français) la «lâcheté» des intellectuels chinois...

Là aussi, j'ai adopté le mode humoristique, c'est ma façon d'exprimer les choses les plus graves car je suis moi-même très sombre. Le roman décrit des intellectuels qui ont fui la réalité pour se réfugier, encore une fois, dans un paradis imaginaire. C'est ce qui se passe en Chine : la plupart des artistes, enseignants, écrivains, refusent de parler du réel. C'est pourtant leur devoir de témoigner, de traduire des faits dérangeants, la littérature ne doit pas s'éloigner de l'histoire. Il y a quelques exceptions cependant : Mo Yan et Yu Hua, que j'ai déjà cités, et aussi Wang Anyi qui a écrit l'Epoque des Lumières[non traduit, ndlr] sur la Révolution culturelle. Il y a cinq ans, leurs oeuvres n'avaient pas le succès qu'elles connaissent aujourd'hui. On peut parler d'une nouvelle génération d'écrivains dans laquelle je me reconnais.

Recueilli par Pascale NIVELLE

Yan Lianke Bons Baisers de Lénine Traduit du chinois par Sylvie Gentil. Philippe Picquier, 560 pp., 21,50 euros.

PHOTO - Pierre Haski / RUE 89

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mardi 8 septembre 2009

LITTÉRATURE - "Une jeune Shanghaïenne dans la Chine de Mao" de Sun Jiaping

Le Monde - Analyses, mercredi, 9 septembre 2009, p. 2

Jianping Sun, née à Shanghaï en 1954, publie un récit écrit dans sa langue d'élection, le français : Une jeune Shanghaïenne dans la Chine de Mao (L'Harmattan, " Mémoires asiatiques ", 210 p, 19 euros). Mère proviseure, père cadre, tous deux militants convaincus du Parti communiste chinois. Tous deux fidèles jusqu'à l'absurde et dans l'humiliation. Quand Jianping Sun a 12 ans, commence la Grande Révolution culturelle. Cinq ans plus tard, au nom de ses mérites, on l'envoie à la campagne, " honneur fait aux jeunes instruits "pour avoir la chance d'être" rééduqués auprès des paysans ".

Ici, retirons tous les guillemets de la note de présentation de son livre, pour deux raisons. La première tient au fait que Jianping Sun écrit une langue si exacte, sans détour, sans trace d'inutile jugement, que l'on doit, c'est bien le moins, essayer de se hisser à la hauteur de sa justesse de ton. L'autre raison, c'est par égard pour les petits " maos " qui se mettent à fleurir à l'époque, un peu partout de par le monde. Pas les rigolos, il en fut, mais ceux de la Secte.

Cette histoire de " rééducation " - en réalité, une longue mise à l'épreuve semée de petites saloperies, de tous les comportements minables, la délation, le fayotage des " jeunes instruits " qui partagent le privilège de Jianping Sun, sans compter le comportement des rééducateurs tenaillés par la famine et la combine -, bref, tout ce bain de médiocrité doublée de malheur, les petits " maos " d'opérette l'ont désiré. Et ils savaient ce que désirer veut dire.

La chronique modeste de Jianping Sun tombe à pic. Ni larmoyante ni vindicative, " à la différence de ces récits qui constituent ce qu'on appelle la "littérature de cicatrices" (shanghen wenxue) " (ainsi dit Muriel Détrie dans sa préface), l'autobiographie de Jianping Sun ne connaît pas l'amertume. Ni la vengeance rétrospective. Son ouvrage se lit comme un modeste traité d'anthropologie politique, une tentative d'y voir clair.

Mettons-le en perspective avec la bande dessinée de P. Otié et Li Kunwu, Une vie chinoise (Dargaud, 254 p., 19,95 euros). Une vie chinoise et sa présentation de Pierre Haski, dont la précision fait défaut à bien des livres sur la Chine. Le ton posé de Jianping Sun se permet un millier de détails sur la vie difficile, mais aussi l'amour de la vie et l'amour des gens. Un millier d'informations sur le labeur en rizière, les mariages à la campagne, la vie à la dure, la survie, la faim ou le piment (Mao : " Celui qui ne mange pas de piment ne peut pas être un vrai révolutionnaire. "). Et encore ? Sur le linge, la propreté, le fait d'être fille. Sur la mère qui brode un portrait du président au fil rouge sur carré de satin blanc, tandis que ses écoliers l'humilient et l'insultent. Prenons cette chronique aujourd'hui pour ce qu'elle est : un hommage à la mémoire de Francis Deron, correspondant salutaire du Monde à Pékin (1987-1997), mort le 31 juillet.

Francis Marmande

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lundi 9 mars 2009

Sur Financial Times, voyage au pays des pétitionnaires chinois - Pierre Haski

Rue 89 - Chinatown, 7 mars 2009

Le site du Financial Times a réalisé un formidable travail multimédia en trois parties autour de la question des pétitionnaires qui, chaque année, viennent à Pékin pendant la session de l'Assemblée nationale populaire (ANP) pour tenter de faire entendre leurs déoléances.

Cette pratique, qui remonte aux temps impériaux, lorsque les sujets de l'empire venaient dans la capitale pour tenter d'obtenir du "fils du Ciel" qu'il écoute leurs requêtes, portant souvent sur des abus d'autorité ou de corruption de la part de fonctionnaires locaux. Rien n'a changé, c'est toujours de cela qu'il s'agit, d'abus de la part de cadres locaux du Parti ou de l'administration, de détournements de fonds ou de sévices physiques.

Le Financial Times donne la parole à ces pétitionnaires, ainsi qu'au juriste américain Jérôme Cohen, le meilleur connaisseur du droit chinois, qui souligne que moins de 1% de ces requêtes aboutit à un résultat positif. En attendant, ces damnés de la terre, dont le nombre augmente en raison de la crise économique et de ses difficultés, se retouvent face à la repression, parfois illégale comme ces prisons secrètes qui ont proliféré à Pékin pour empêcher les pétitionnaires de perturber la grand'messe du Parlement. Ou, comme le rapportait récemment le site Aujourd'hui la Chine, carrément envoyés en asile psychiatrique.

A voir absolument pour comprendre l'envers du décor chinois.

jeudi 6 novembre 2008

La crise frappe (aussi) les milliardaires chinois! - Pierre Haski

Par Pierre Haski | Rue89 | 03/11/2008 | 09H09

C'est un signe comme un autre de l'impact de la crise financière sur des pays autrefois protégés des soubresauts du capitalisme mondial, à l'image de la Chine: le nombre de milliardaires chinois a fondu de manière spectaculaire. Après une croissance quasi exponentielle ces dernières années, le nombre de milliardaires chinois en dollars a été réduit des deux tiers, selon le classement du magazine américain Forbes. Le site Aujourd'hui la Chine.com, partenaire de Rue89, explique:

"Cette année, la publication américaine ne recense que 24 milliardaires chinois, contre 66 en 2007, tandis que la fortune cumulée des 400 plus riches Chinois a chuté de 40%, passant de 288 à 173 milliards de dollars, avec les pertes les plus lourdes dans le top 40.

Et encore, ces conséquences auraient pu être encore pire sans l'appréciation du yuan par rapport au dollar, précise l'étude.

Il faut dire que l'Asie n'a pas été épargnée par la crise. Le plongeon des bourses de Shanghai et Hong Kong s'est traduit par de lourdes pertes pour les milliardaires chinois.

Plus gros perdants : ceux qui ont fait fortune dans l'immobilier, comme le reflète d'ailleurs la pire chute du classement, celle de Yang Huiyuan, passée de la 1ère à la 3ème place cette année.

Héritière de la fortune de son père, ancien promoteur immobilier, la femme d'affaire a vu son revenu net annuel fondre de 86% cette année, ne lui laissant qu'un "maigre" pécule de 2,2 milliards de dollars."

Parmi les plongeons spectaculaires, citons aussi celui de Zhang Yin, dirigeante de la plus grosse fabrique de papier en Chine, qui pointait à la 1ère place du classement des milliardaires chinois en 2006, et qui n'apparaît plus qu'en 231ème position en 2008.

Bon, évidemment, on ne va pas pleurer pour eux: les conséquences sont évidemment bien plus dramatiques pour les ouvriers qui perdent leur emploi à la faveur du ralentisseement de la croissance chinoise. Mais cet indicateur permet de voir à quel point la Chine est aujourd'hui intégrée dans la mondialisation. Pour le meilleur, ou pour le pire.

mardi 9 septembre 2008

VIDÉO - La tour de Shangaï par France 2



A Shanghaï, après des années de travaux menacés par la crise financière et par l’attentat du 11 septembre, la tour la plus haute de Chine continentale a ouvert ses portes à Shanghaï. Succès garanti auprès des touristes chinois et étrangers, avec une vue décapante sur la métropole chinoise. Pierre Haski

lundi 25 août 2008

vendredi 15 août 2008

La photo censurée - Pierre Haski

Rue89 - 10 août 2008
Les Chinois aiment que tout soit parfait, et la moindre fausse note prend les allures d’un drame. Ainsi, vendredi soir, le monde entier a vu ce garçonnet de 9 ans marchant au côté du géant Yao Ming, porte drapeau de la délégation chinoise, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin. Lin Hao est un survivant du séisme du Sichuan, un héros puisqu’il aurait à son tour sauvé deux de ses camarades de classe retirés des décombres, après les avoir encouragés en chantant des chansons.

La photo symbolique était parfaite, ou presque… Diffusée par l’agence officielle Xinhua, cette photo en gros plan du géant et de l’enfant aurait du faire la « une » des journaux chinois. Immédiatement après, un contre ordre est arrivé: « cette photo a été retirée, prière de ne pas l’utiliser ».

Explication: comme le raconte le blog « Black and White cat », le problème est que le drapeau chinois que porte le gamin est à l’envers, avec les étoiles jaunes en bas. Pas sérieux, pourrait-on penser. Mais à l’agence Xinhua on a estimé que c’était trop grave pour être diffusé…

Samedi soir il participait à une grande émission de variété à la télé, avec son foulard rouge de pionnier du Parti communiste chinois autour du cou, au milieu des danseuses peu vêtues… Pas intimidé, il s’est mis à chanter à son tour, devant quelques centaines de millions de téléspectateurs.

jeudi 12 juin 2008

VIDÉO - Tang Wei dans Lust Caution


Voici les fameuses scènes qui ont été la cause d'une star "abattue en plein vol". À lire l'article CINÉMA - Tang Wei, une actrice chinoise punie pour un rôle de "traîtresse" - Pierre Haski

lundi 26 mai 2008

LITTÉRATURE - « Internet et la Chine » par Pierre Haski

Les Echos, no. 20179 - Idées, mardi, 27 mai 2008, p. 21

Le thème
. Un pouvoir central peut-il contrôler l'information à l'ère de l'Internet ? Peut-être pas totalement. La Chine a épousé volontairement la modernité. Pékin a rejeté ainsi le modèle des pays autoritaires ou dictatoriaux, comme la Corée du Nord, l'Iran ou Cuba, qui ont choisi de bloquer le développement du réseau.

Résultat, la Chine compte plus de 200 millions d'internautes, et surtout 49,5 millions de blogs actifs. Est-ce à dire que la Chine a abandonné tout contrôle ? Selon l'auteur, depuis plus de dix ans, lois et règlements sur Internet se sont multipliés « avec comme seule préoccupation, ne pas perdre le contrôle ».

L'intérêt. L'ouvrage remet en place nombre d'idées fausses. Certes, il y a des « cyberdissidents » emprisonnés pour délit d'opinion. Certes, il y a eu l'utilisation d'Internet pour diffuser la propagande de Pékin sur le Tibet. Mais le Web a aussi contribué à la naissance d'une opinion publique et donné naissance à une nouvelle catégorie d'entrepreneurs. « La révolution Internet a déjà changé la Chine, malgré elle. »

L'auteur. Pierre Haski a été correspondant pour « Libération » en Chine pendant cinq années. Il y a tenu un blog, à l'origine de son livre.

© 2008 Les Echos. Tous droits réservés.

vendredi 16 mai 2008

Chine: une invasion de crapauds ne fait pas un séisme - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, vendredi, 16 mai 2008
Alors que le bilan de la catastrophe du séisme du Sichuan ne cesse de s'alourdir -on parle désormais de 50 000 victimes-, certains se demandent si cette tragédie aurait pu être évitée, ou pire, si le gouvernement chinois a ignoré des informations permettant de prédire le séisme. A première vue, cette dernière accusation semble sans fondements.

Des internautes avaient fait état, dans les commentaires d'un précédent article sur le séisme, de ces rumeurs selon lesquelles un message prédisant le tremblement de terre aurait été mis en ligne cinq jours avant la tragédie, et aurait ensuite été retiré.

L'"information", en fait, proviendrait de la secte Falungong, selon l'excellent blog sur la Chine, Black and White cat. Une source peu digne de foi, et qui a tout intérêt à discréditer le régime chinois.

D'autres informations font un lien entre certains phénomènes inhabituels et le tremblement de terre, et en particulier cette invasion de dizaines de milliers de crapauds (photo ci-dessus) dans la province du Jiangsu, ainsi que l'assèchement brutal et inexpliqué d'un étang dans les jours qui ont précédé le drame du Sichuan.

Là encore, rien de concluant, car comme le relève le blog EastSouthWestNorth, des phénomènes de ce type sont régulièrement signalés sans être suivis de tremblements de terre. Pas assez significatif, en tout cas, pour évacuer des millions de personnes, ce qui aurait été nécessaire pour éviter le coût humain colossal de cette catastrophe.

Le mythe de la prédiction des séismes

Pendant longtemps, la prédiction des séismes faisait partie des mythes de la Chine maoïste, en se fondant sur les phénomènes inhabituels, et en particulier les comportements des animaux. Cela aurait marché en 1975, bien que l'état de l'information en Chine à cette époque rende toute validation de cette information impossible.

Et, surtout, cela n'a pas marché l'année suivante lors du terrible tremblement de terre de Tangshan. Depuis, la Chine est devenue plus modeste, et a rejoint le reste du monde dans le doute.

Car, comme le soulignait dans Libération mardi Michel Granet, directeur de l'Ecole et observatoire des sciences de la Terre (l'EOST, à Strasbourg),

"On n'a pas suffisamment progressé en termes de connaissances des phénomènes qui se produisent juste avant le tremblement de terre. Nous n'avons aucun moyen de prédire un séisme. Il y a certes des phénomènes physiques précurseurs, mais il faudrait d'abord pouvoir les observer dans toutes les zones à risques pour les populations, ce qui suppose d'avoir les instruments adéquats et des moyens humains suffisants.

"Il faudrait ensuite que ces phénomènes sortent suffisamment de la normalité pour pouvoir être détectés. Et il faudrait enfin pouvoir les interpréter.

"On peut travailler sur la prévention. Commencer par faire un zonage sismique des pays. Les inciter à se doter de normes pour minimiser les impacts sur les personnes et les biens, comme les normes parasismiques pour les immeubles. Dire aux gens: 'Vous habitez dans une zone sismique, voilà ce qu'il faut faire en cas de séisme.' "

Ce qui reste sûr, c'est que l'ampleur des destructions montre bien que les constructions en Chine ne sont pas adaptées au risque sismique. Le très officiel China daily, repris jeudi par Les Echos, tire une "amère leçon" du fait que de nombreuses écoles se soient effondrées au Sichuan, expliquant le nombre élevé d'enfants parmi les victimes de la catastrophe. Le quotidien se demande si ces bâtiments ont respecté les règles de construction, et ajoute:

"il est nécessaire de s'engager fermement pour éliminer de tels
facteurs humains qui, en temps normaux, sont sans grande importance mais qui s'avèrent désastreux lors d'une catastrophe."

Et le China daily, dans un bel effort de transparence qui semble être la consigne du Parti dans cette catastrophe, de faire le lien avec les défauts du réseau électrique constatés lors des intempéries du début de l'année, et l'état d'une partie du réseau ferroviaire révélé par une récente collision entre deux trains dans le Shandong.

Wen Jiabao, premier ministre de la compassion

Une du Shenyang Evening News (Danwei.org) Il est incontestable, en tout cas, que le gouvernement a joué la carte d'une large transparence, à la fois nationale et internationale, avec un rôle particulier attribué au premier ministre Wen Jiabao.

Depuis sa nomination en 2002, ce dernier a pris la place qu'occupait autrefois Zhou Enlai, le premier ministre de Mao, comme l'homme proche des préoccupations du peuple, leur voix au sommet de l'Etat et du parti.

On l'a vu réclamer avec force le paiement des arriérés de salaire lors d'une rencontre "impromptue" avec une femme de travailleur migrant spoliée, il a partagé le repas du nouvel an chinois avec des mineurs de charbon, serré la main de malades du sida, et confronté les usagers en colère à Canton lors des intempéries du début de l'année.

Cette fois, casque de protection civile sur la tête, mégaphone à la main, ou larmes aux yeux, il a été au coeur de l'événement qui touche profondément tous les Chinois, montrant l'image, comme nous le soulignions dès mardi, d'un pouvoir certes autoritaire, mais compassionnel.

C'est la clé, aujourd'hui, de la légitimité du régime dans une Chine qui a changé et n'accepterait pas aussi aisément un autoritarisme pur.

Au coeur de la tragédie, cet événement permet également de dépasser les tensions généres par la récente crise du Tibet et du voyage controversé de la flamme olympique.

Les pays étrangers ont été prompts à proposer leur aide, tout comme les entreprises étrangères en Chine, et notamment françaises, soucieuses, elles aussi, de se montrer compassionnelles à l'heure du drame, pour inverser la tendance inquiétante du nationalisme ressurgie dernièrement.

Dans l'opinion mondiale, aussi, l'image d'une Chine agressive et inquiétante est en passe d'être remplacée par une Chine sinistrée qui fait face avec courage et dignité à la tragédie, à l'opposé de la Birmanie frappée par la nature juste avant elle, et qui s'était montrée brutale et indifférente à la douleur de son peuple: ce n'est pas le moindre paradoxe d'une terrible catastrophe survenue dans un monde hypermadiatisé et attentifs à tous les signes. Pas seulement ceux des crapauds.

mardi 13 mai 2008

La dernière fois que la terre a tremblé, la Chine a changé d'ère - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, mardi, 13 mai 2008
Le précédent tremblement de terre massif en Chine remonte à 1976, et reste gravé dans toutes les mémoires chinoises car il a précédé de quelques semaines la mort de Mao Zedong. C'était le 28 juillet 1976 à 3h52 du matin: un séisme de 8,2 sur l'échelle de Richter, dont l'épicentre se trouvait à Tangshan, dans la province du Hebei, dans l'est de la Chine, provoqua l'une des plus grandes catastrophes du XXe siècle: officiellement 242719 morts, et selon d'autres estimations jusqu'à 700000 victimes.


Dans un pays qui interprète en permanence les signes, ce séisme a été interprété comme porteur de grands changements. Il intervenait quelques mois après le décès, le 8 janvier 1976, de Zhou Enlai, le Premier ministre, très aimé de la population car perçu comme un rempart contre les outrances du Grand Timonier Mao Zedong.

Et il précéda de peu la disparition, le 9 septembre 1976, de Mao lui-même, le Dieu vivant de la Chine depuis des décennies, marquant la fin d'une ère.

Difficile de ne pas penser à cet événement charnière dans l'histoire de la Chine moderne en entendant les nouvelles du séisme du Sichuan. Car s'il reste une constante en Chine, c'est bien cette dimension symbolique forte, comme l'a montré le choix du 8 août 2008 (8-8-08) à 8 heures pour l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin. Et ce séisme s'est produit à précisément ... 88 jours de cette date.

Mais les mêmes causes ne produisent pas nécessairement les mêmes effets. En 1976 et en 2008, le pouvoir chinois est toujours entre les mains du parti communiste chinois, mais là où il y avait il y a trente-deux une fin de règne attendue par tous, il y a aujourd'hui un pouvoir revigoré qui a fait de la Chine l'une des grandes puissances du moment.

Autre différence: en 1976, Pékin avait refusé toute aide internationale et la Chine s'était repliée sur elle-même pour faire face à son malheur. Aujourd'hui, les dirigeants chinois, instruits par les expériences du passé, et même par le mauvais exemple (qu'ils ont soutenu!) de leurs amis de la junte birmane face aux conséquences du cyclone Nargis, jouent une relative transparence.

Les télévisions montrent en boucle le premier ministre Wen Jiabao, un habitué de l'exercice, sur tous les fronts de la tragédie, apportant réconfort aux victimes, coordination et impulsion politique pour rendre les secours plus rapides, plus efficaces.

Le pouvoir chinois sait qu'une partie de sa légitimité se joue dans ces catastrophes naturelles dont la Chine est coutumière. Au début de l'année, on avait pu voir le même Wen Jiabao faire face à la colère de centaines de milliers de "mingongs" (migrants) bloqués par la neige au moment où ils s'apprêtaient à retourner dans leurs villages pour le nouvel an chinois.

Un pouvoir autoritaire compassionnel, telle est l'image projetée par le parti communiste dans de tels moments.

Il n'empêche: 2008 devait être l'année de gloire du pouvoir chinois avec ces JO sur lesquels il a tant investi, dans tous les sens du terme; elle se transforme en "annus horribilis".

Les intempéries du début de l'année ont perturbé la vie de centaines de millions de personnes pendant des semaines, suivies des événements du Tibet qui ont provoqué une crise d'image pour le pouvoir chinois dans l'opinion mondiale et sont loin d'être terminés, et enfin ce violent séisme et ses milliers de morts dans la province la plus peuplée de Chine, le Sichuan. Pour qui croit aux signes, il y a de quoi faire...

mercredi 19 mars 2008

VIDÉO TIBET - Éditorial de Pierre Haski - La Chine, l'harmonie et les JO: le grain de sable tibétain


Rue89/Europe1 - Éditorial, mardi, 18 mars 2008
C’est la crise que Pékin n’attendait pas. Les événements sanglants du Tibet ont fait voler en éclat un des mythes de la propagande chinoise: celui de l’"harmonie" entre les 56 nationalités qui constituent le milliard 300 millions de Chinois.

Les Tibétains, petit grain de sable de quelques millions d’âmes, ne pèsent pas lourd dans cet ensemble. Mais ils n’ont pas pour autant l’intention de disparaître sous le rouleau compresseur économique, culturel et humain, de cette Chine en plein essor. A Lhassa, la capitale tibétaine, les Hans, le groupe dominant en Chine, sont majoritaires ou en passe de l’être, et ont transformé ce coeur traditionnel du bouddhisme tibétain en une ville moderne, matérialiste -en un mot: chinoise. Le dalaï lama parle carrément d’un "génocide culturel".

Comme en Birmanie voisine à l’automne dernier, les moines bouddhistes ont pris l’initiative des protestations. Mais au Tibet, les événements ont tourné à un double affrontement sanglant: d’un côté la violence des Tibétains contre tout ce qui était identifié comme Chinois: les passants ou les magasins... De l’autre une répression impitoyable des forces de l’ordre contre un soulèvement intolérable. Résultat: 16 morts officiellement, des dizaines voire des centaines de victimes selon les groupes tibétains en exil. Et une chasse à l’homme engagée au Tibet à l’issue de l‘ultimatum qui expirait lundi soir à minuit pour la reddition des jeunes protestataires.



VERSION MONTAGE-VIDÉO



Le moment n’est évidemment pas indifférent. Pour les Tibétains comme pour tous ceux qui veulent faire entendre leur cause face au pouvoir chinois, il y a aujourd’hui une fenêtre d’opportunité, qui se refermera à l’issue des JO, fin août. Les projecteurs sont braqués sur la Chine, et le resteront pendant les cinq prochains mois.

Pour les Tibétains, c’est l’occasion de lancer un cri d’alarme face à ce qu’ils vivent comme une situation coloniale, même si Pékin considère le Tibet comme Chinois pour l’éternité, et si le dalai lama, le chef spirituel exilé, ne demande pas l’indépendance mais une réelle autonomie, promise par Mao mais vite bafouée.

La question n’est plus de savoir si ces Jeux seront politisés: ils le sont déjà. Le réalisateur Steven Spielberg s’est retiré de l’organisation de la cérémonie d’ouverture pour protester contre la politique chinoise au Darfour. Les appels au boycott risquent de se multiplier, même s’il faut noter que le dalai lama lui-même ne le demande pas. L’embarras est de plus en plus évident dans le monde occidental à l’approche de ces jeux piégés.

Dans ce climat, le pouvoir chinois a deux choix. Il peut se draper dans sa dignité froissée et s’appuyer sur sa force indéniable, en interne comme dans ses rapports avec le reste du monde. De l’autre, il peut tenir ses promesses non tenues d’ouverture, et sortir de cette crise par le haut, en particulier dans ses relations avec les Tibétains. L’expérience indique, hélas, que c’est plutôt la première solution qui primera.

Pierre Haski


PHOTO : Gilles Sabrié

vendredi 14 mars 2008

A quelques mois des JO, pourquoi le Tibet se révolte - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, vendredi, 14 mars 2008
Le sang a coulé à Lhassa, la capitale du Tibet. A quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, le Tibet et à travers lui la question des droits de l'homme, se trouvent propulsés à la "une" des journaux du monde entier - sauf en Chine où c'est la session parlementaire qui fait les gros titres, les événements de Lhassa étant superbement ignorés. SUITE

jeudi 13 mars 2008

CINÉMA - Tang Wei, une actrice chinoise punie pour un rôle de "traîtresse" - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, mercredi, 12 mars 2008
Tang Wei est une des jeunes actrices qui montent dans le cinéma chinois depuis son premier rôle fracassant dans "Lust Caution" d'Ang Lee, auréolé du Lion d'or à Venise l'an dernier. Mais elle vient d'être abattue en plein vol par les autorités chinoises justement pour avoir accepté ce rôle.

Le couperet est tombé à la faveur d'une pub anodine pour une crème de beauté, interdite de diffusion à la télévision, et retirée par la cyberpolice de tous les sites internet chinois qui l'avaient relayée.

Dans "Lust Caution", Tang Wei joue le rôle d'une jeune Chinoise, membre d'un groupe de résistants amateurs à l'occupation japonaise de la Chine, qui reçoit pour mission de séduire un "collabo" des Japonais pour mieux l'assassiner. Mais à la dernière minute, elle cède à la passion et sauve le "traître".

Le film avait déjà subi un premier assaut de la censure en raison des scènes de sexe trop nombreuses et trop explicites au goût des prudes apparatchiks du Parti. Puis la critique s'est déplacée sur le fond: la morale du film -l'amour plus fort que le patriotisme- était inacceptable et indéfendable. D'autant que le réalisateur, Ang Lee ("Tigres et Dragons", "Brokeback Mountain") est Taiwanais, même s'il a tourné son film dans les studios d'Etat de Shanghaï, avec tous les soutiens et feux verts officiels nécessaires.

Résultat: Ang Lee a été blacklisté dans les médias chinois, qui n'ont même plus le droit de mentionner son nom. Tandis que Tang Wei vient de découvrir qu'elle en subit elle aussi les conséquences avec cette pub bannie, alors qu'elle avait été annoncée par la marque chinoise à grand renfort de publicité, y compris un article sur le site de Xinhua, l'agence officielle chinoise.

Cette affaire montre que malgré une tentative d'assouplissement ces dernières années, la censure cinématographique chinoise a encore de beaux jours devant elle. D'autant que le patron de la SARFT (Administration d'Etat pour la radio, le cinéma et la télévision) venait de déclarer, dans une autre affaire, qu'il ne punissait jamais les actrices pour les films dans lesquels elles avaient tourné, même quand ceux-ci étaient bannis.


mardi 4 mars 2008

L'hommage au fils de Deng, victime de la révolution culturelle - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, lundi, 3 mars 2008
La Chine n'est pas vraiment le pays de la repentance (même si c'est le pays de l'autocritique). Pourtant, la promotion honorifique attendue de Deng Pufang, le fils de Deng Xiaoping, qui fut cruellement persécuté pendant la Révolution culturelle, est ce qui s'approche le plus d'un retour critique sur un des épisodes les plus douloureux de l'histoire moderne de la Chine communiste.

La Chine n'est pas vraiment le pays de la repentance (même si c'est le pays de l'autocritique). Pourtant, la promotion honorifique attendue de Deng Pufang, le fils de Deng Xiaoping, qui fut cruellement persécuté pendant la Révolution culturelle, est ce qui s'approche le plus d'un retour critique sur un des épisodes les plus douloureux de l'histoire moderne de la Chine communiste.

Deng Pufang, 64 ans, devait en effet être nommé lundi vice-président de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CPPCC), la chambre basse du parlement chinois, sorte de sénat sans grand pouvoir. Un hommage rendu évidemment, à travers lui, à son père Deng Xiaoping, père des réformes économiques chinoises entamées à la mort de Mao Zedong, mais aussi à son itinéraire personnel.

Au cours de l'été 1968, en pleine Révolution culturelle, la lutte fait rage entre deux clans rivaux à l'Université de Pékin où étudie le fils de Deng Xiaoping, un des dirigeants communistes historiques, mais accusé par Mao d'appartenir à l'aile "révisionniste" du Parti, ayant l'ambition de réhabiliter la "ligne capitaliste". Deng Pufang est pris en otage par un groupe de "rebelles", et, pour tenter de se sauver, saute par la fenêtre et se blesse grièvement.

Les "rebelles" embarrassés l'emmènent à l'hôpital, mais le personnel, apprenant qu'il s'agissait du fils du "deuxième plus grand partisan du retour au capitalisme", refuse de l'accueillir. Finalement, Pufang est accepté dans un autre hôpital, mais, par souci de montrer qu'il n'y a pas de privilège au coeur de la révolution, le personnel refuse de l'admettre aux urgences, et l'abandonne dans le hall. Il délire pendant plusieurs jours sans soins, alors qu'il s'est brisé la colonne vertébrale et a endommagé l'épine dorsale. A un moment, ses soeurs explosent de colère devant l'attitude de ceux qui tiennent entre leurs mains le sort de leur frère très affaibli et veulent le renvoyer chez lui -c'est à dire à Zhongnanhai, le coeur du pouvoir maoiste!- sans l'avoir correctement soigné:

"C'est vous qui l'avez mis dans cet état. (...) Si vous osez le renvoyer à la maison, nous promènerons son corps jusqu'à la porte principale de Zhongnanhai, et nous dirons à tout le monde: 'Voici le fils de Deng Xiaoping. Voilà ce qu'ils lui ont fait. Regardez tous!' Si vous le renvoyez à la maison, voilà ce que nous ferons."

Sa soeur, Deng Rong, a raconté dans un livre de mémoires publié trois décennies plus tard le calvaire qu'a vécu Pufang pendant ces journées de l'été 1968, alors que la lutte pour le pouvoir était à son comble, instrumentalisant les Gardes rouges et la jeunesse chinoise au profit de rivalités personnelles. Deng Pufang restera paralysé toute sa vie. A partir de 1983, alors que son père est revenu aux commandes du pays, il se consacre à la cause des handicapés, présidant la Fédération chinoise des personnes handicapées.

La période de la Révolution culturelle est certes considérée officiellement comme une "erreur" de Mao Zedong, cette part de 30% d'actions négatives que le jugement de "70% positif" lui accorde... Mais si les histoires individuelles d'abus, d'injustices, de persécutions, sont légion, aucune remise en cause globale de cette période n'a encore été possible. La promotion de Deng Pufang n'est aucunement le signe avant-coureur d'un retour sur l'histoire plus objectif. Juste un hommage individuel à l'une des innombrables victimes de cette période sombre de l'histoire chinoise. Pas la seule hélas: son père, malgré les épreuves traversées, n'a pas hésité en 1989 à envoyer les chars sur la place Tiananmen, contre des jeunes qui avaient l'âge de son fils lorsqu'il a été broyé. L'histoire est sans pitié.

"Deng Rong, Deng Xiaoping and the cultural revolution", Foreign Languages Press, Beijing, 2002.


mardi 19 février 2008

INTERNET - Psiphon, un logiciel anticensure, "Netxplorateur de l'année" - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, 14 février 2008
Censeurs de l'Internet, tremblez... Ron Deibert et ses amis du Citizenlab de l'Université de Toronto ont mis au point un logiciel qui permet de contourner les interdits dans les pays qui censurent la Toile. Et pour cette découverte, ils ont reçu le Prix du "Netxplorateur de l'année" remis jeudi à Paris. SUITE

lundi 4 février 2008

Jean Ping, un dirigeant africain aux accents chinois - Pierre Haski

Rue 89 - Chinatown, lundi, 3 février 2008
Faut-il désormais parler Chinois pour devenir un dirigeant politique international? Après l'Australie, qui vient d'élire un premier ministre sinophone, voilà le continent africain qui s'est choisi un sino-gabonais parlant parfaitement mandarin pour diriger l'Union africaine. Jean Ping, élu vendredi président de la Commission africaine, l'équivalent (avec moins de pouvoirs) de la Commission de Bruxelles pour le continent africain, est en effet né de père chinois et de mère gabonaise. SUITE

lundi 28 janvier 2008

Liu Xiang, médaille d'or du Parti communiste - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, dimanche 27 janvier 2008

Le saut d'obstacle, ça peut aider en politique... C'est ainsi que Liu Xiang, champion olympique et recordman mondial du 110 mètres haies, vient d'être sélectionné pour faire partie du Conseil représentatif du peuple chinois (CPPCC), la chambre haute du parlement chinois, un organisme purement symbolique.

Liu Xiang est une véritable star en Chine, depuis qu'il a remporté le 110 mètres haies aux JO d'Athènes, et qu'il a battu le record du monde en 2006 à Lausanne (12"88). Il est le premier Chinois à percer dans l'athlétisme, et il entend bien récidiver cet été aux JO de Pékin. Il occupe une telle place dans l'équipe chinoise des JO que son corps a été assuré pour 100 millions de yuans (environ 9 millions d'euros) en cas de blessure d'ici au 8 août.

Depuis sa victoire d'Athènes, il figure sur d'innombrables publicités, spots de promotion, affiches de propagande, cartes de crédit, cannettes de boisson et "unes" de magazines, et des nouveaux-nés recoivent son nom. Il a rejoint Yao Ming, le célèbre basketteur chinois de la NBA américaine, au hit-parade des sportifs chinois devenus des superstars

Membre du Parti communiste, sportif modèle auquel on ne connait aucun défaut, il incarne à 25 ans une vitrine de choix pour le pouvoir à l'approche des JO, temps fort de cette "année de la Chine" à l'échelle mondiale. Son entrée au CPPCC est purement symbolique: cet organisme de 2237 membres se réunit en grande pompe une fois par an et rassemble des Chinois méritants de toutes les origines ethniques et sociales, en principe pour discuter des affaires du pays. Mais l'important, c'est le symbole: le Dieu du stade est aussi un bon camarade du Parti, pour les dirigeants chinois cette recrue vaut ... de l'or.

RETROUVER ICI LES AUTRES ARTICLES SUR LIU XIANG

jeudi 24 janvier 2008

Big Brother se rince l'oeil à la vidéosurveillance - Pierre Haski

Rue89 - Chinatown, mercredi, 23 janvier 2008
Big Brother is watching you, certes, mais aussi Big Brother se rince l'oeil! Un scandale a éclaté en Chine, après la diffusion sur internet d'une vidéo filmée par une caméra de surveillance du métro de Shanghaï et montrant un jeune couple s'embrassant longuement avant de se séparer.




Big Brother is watching you, certes, mais aussi Big Brother se rince l'oeil! Un scandale a éclaté en Chine, après la diffusion sur internet d'une vidéo filmée par une caméra de surveillance du métro de Shanghaï et montrant un jeune couple s'embrassant longuement avant de se séparer. La vidéo était accompagnée de commentaires salaces d'hommes qui étaient sans doute en charge du système de surveillance du métro car ils avaient la possibilité de zoomer sur le couple ou de changer de caméra lorsque les jeunes gens se déplaçaient. Voici la vidéo, très soft au demeurant:

Selon le quotidien officiel China Daily, le couple a décidé de porter plainte contre le métro de Shanghaï, pour atteinte à sa vie privée. Car non contents de se marrer en regardant leurs écrans de sécurité, les employés du métro ont mis les images en ligne sur YouTube et un équivalent chinois, Ku6.com. L'impact a été immédiat: reconnu, le jeune homme embarrassé a dû quitter son travail. Il a ajouté qu'il ressentait désormais un malaise chaque fois qu'il mettait les pieds dans le métro. Une enquête officielle a été ouverte.

Cette affaire coincide avec de nouvelles restrictions imposées la semaine dernière par le gouvernement chinois sur les vidéos mises en ligne. Mais l'embarras officiel doit être grand dans la mesure où ce sont des responsables de la sécurité publique qui sont à l'origine de ce dérapage... Big Brother, parfois, peut avoir des faiblesses. Surtout quand aucune loi ou aucune réglementation n'encadre les caméras de vidéosurveillance qui prolifèrent à travers la Chine, rappelle le China Daily.