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jeudi 14 avril 2011

Bill Gates, côté « off » - Guillaume Grallet

Le Point, no. 2013 - Economie, jeudi, 14 avril 2011, p. 77

Verbatim. Le Point a suivi le père de Microsoft en visite à Paris. Points de vue tous azimuts.

Il y a trente-cinq ans, il a fait un pari : « Dans chaque maison, il y aura un PC. » Aujourd'hui, le fondateur de Microsoft a un autre rêve fou : vacciner chaque homme de la planète. Depuis son départ de la direction exécutive de Microsoft, en 2008, Bill Gates consacre toute son énergie à la fondation caritative (890 employés) créée avec sa femme Melinda. La légende de l'informatique s'est muée en héraut de la lutte contre la malaria et la polio. Mais Bill Gates, deuxième fortune mondiale (56 milliards de dollars selon Forbes), a également un avis, méconnu, sur la marche du monde.

Les faiseurs

« Je ne supporte pas les bonnes âmes qui disent "La pauvreté me fait horreur", comme elles diraient "Oh, j'adore le dernier album de Lady Gaga !" Il faut joindre les actes à la parole. C'est seulement quand elles se déplacent en Afrique que je commence à les trouver crédibles . Je me souviendrai toujours de ce conférencier qui voulait inonder de téléphones portables un village de Somalie : quelle bêtise, il n'était pas raccordé au réseau électrique ! »

WikiLeaks, Twitter et les révolutions arabes

« L'histoire des "révolutions Twitter" , pour moi, c'est du bullshit... La plupart des messages du "hashtag#Iranelection" [thème de discussion] à Paris le 4 avril ne venaient pas d'Iran mais ont été écrits des Etats-Unis. » Pour Bill Gates, ce ne sont pas les réseaux sociaux qui chahutent les dictatures, mais bien le satellite. « Il ne se serait rien passé en Egypte si Al-Jazeera n'avait commencé à parler de ce qui se passait en Tunisie. » Le trublion WikiLeaks n'a guère plus de crédit aux yeux de la deuxième fortune du monde. « C'est quand même dingue, ce site qui réussit à faire croire que les Etats-Unis sont un pays totalitaire, alors qu'il s'agit en fait de l'un des Etats les plus transparents au monde. »

Mark Zuckerberg et Facebook

Son regard s'illumine. « J'ai l'impression de me revoir quand j'avais son âge, à bosser des nuits entières ! » Dans son coeur, Mark Zuckerberg est sur le point de ravir la place de Steve Jobs... Il y a trois ans, Bill Gates déclarait, à propos du patron d'Apple : « Si je dressais une liste des gens qui ont le plus apporté à l'industrie informatique, je mettrais Steve Jobs au tout premier rang. » Mark Zuckerberg a, dans l'esprit de Gates, une botte secrète: « C'est Priscilla Chan ! » Pour le natif de Seattle, la petite amie de Zuckerberg, qu'il a rencontrée à plusieurs reprises, lui permet de garder les pieds sur terre. « Elle l'intéresse à autre chose, à l'éducation, à la Chine : résultat : c'est un type normal ! » Depuis, le grand-père de l'informatique et son chouchou se voient « souvent ». « C'est moi qui l'ai poussé à rejoindre The Giving Pledge » (NDLR : une association de milliardaires qui ont promis de reverser la moitié de leur fortune à des oeuvres caritatives). Bill Gates s'est trouvé un nouveau fils.

Le nucléaire

« L'exploitation du gaz ou l'extraction du charbon causent bien plus de morts que ce qui s'est passé au Japon, et ce dans un silence total. Le nucléaire civil a en outre l'avantage de ne pas rejeter de CO2. » Pour l'actionnaire de TerraPower, start-up basée dans l'Etat de Washington, spécialisée dans le design de réacteurs, cette peur irrationnelle provient des images d'explosions atomiques, qui marquent l'esprit. Comment faire, alors, pour éviter des Fukushima ? « Je pense qu'une technologie comme l'EPR aurait été plus sûre. »

La France

Nul, l'Hexagone ? « Pas du tout ! Mais comment s'appellent-ils, ces Français qui ont inventé le premier ordinateur doté d'un microprocesseur ?» demandait-il à Paris, le 4 avril, à l'occasion de la 8e édition des Dîners de l'Atlantique. Bill Gates faisait notamment référence au Français François Gernelle, à l'origine du premier micro-ordinateur à microprocesseur, le Micral, en 1972. « Mais, aujourd'hui, il y a une telle avance dans la Silicon Valley que je recommanderais à un jeune entrepreneur d'y implanter un bureau. Il faut y être pour le "Geist [esprit]. » Pourquoi, alors, Microsoft n'y a t-il pas établi son siège il y a trente ans ? « Je me méfiais du turnover et de la course aux salaires. » Même s'il ne les a pas revus depuis longtemps, Bill Gates a toujours de l'estime pour Thierry Breton (Microsoft avait investi dans Thomson Multimédia en 1997) et Dominique Strauss-Kahn (« Je l'ai connu avant qu'il ne soit au FMI »).

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mardi 18 janvier 2011

Economiser plus pour polluer plus - Cédric Gossart


Manière de voir, no. 115 - Batailles pour l'énergie, mardi, 1 février 2011, p. 92

Le Conseil pour l'innovation énergétique américaine, une "boîte à idées" fondée par M. Bill Gates et par le patron de General Electric, M. Jeff Immelt, a demandé au président Barack Obama de tripler les dépenses de recherche sur les énergies propres. Afin notamment de ne pas se laisser distancer par la Chine. Mais les technologies "vertes" n'ont pas toujours les effets escomptés sur l'environnement...

Votre fournisseur d'eau vous propose d'adopter un comportement écologique en passant à la facturation électronique. On économisera ainsi le papier, fait-il valoir. Et puisque, ce faisant, l'entreprise réduira ses frais, elle vous fera profiter de tarifs plus attractifs. L'écologie rejoindrait donc l'économie, pour le plus grand bénéfice de tous ! Mais au fait... ces prix plus bas ne vous inciteront-ils pas à arroser votre pelouse, ou à prendre plusieurs bains par semaine ? Est-ce toujours aussi écologique ? Ce paradoxe, les économistes l'appellent "effet rebond". C'est peu dire qu'il assombrit les perspectives de l'économie "verte".

En France, trente-cinq millions de vieux compteurs électriques seront prochainement remplacés par des compteurs "intelligents". A Lyon, une des zones tests de cette opération, les fournisseurs d'électricité installeront chez leurs clients (avec leur permission) des boîtiers leur permettant de contrôler à distance la consommation, à la seconde près, dans l'espoir que cette surveillance conduise à une réduction du montant de la facture (1). Les économies pour le fournisseur - plus besoin de techniciens allant relever les compteurs - devraient de surcroît provoquer une baisse des prix. Finis les conflits autour du radiateur parce que des frileux ont monté en douce le thermostat du salon !

Mais à quoi sera employée l'économie ainsi réalisée ? Des études non publiées des services de recherche d'Electricité de France (EDF) montrent que, lorsque les tarifs diminuent, les ménages modestes sont enclins à augmenter la température dans leur logement. Les ménages aisés ne sont pas en reste, avec le renouvellement frénétique des équipements de pointe. Quand un bien ou un service devient moins cher, on tend à en consommer une plus grande quantité, sans se poser de questions. Et, au-delà d'une température jugée suffisamment confortable, ce surplus financier sera consacré à l'acquisition d'autres biens de consommation (écran plasma, voyage en avion, téléphone "intelligent", etc.) dont le bilan carbone sera d'ailleurs, probablement, encore moins favorable à l'environnement. Au final, le bénéfice écologique de la technologie se réduit comme peau de chagrin - voire, dans certains cas, vire au négatif - par un ajustement des comportements individuels. Lesquels constituent pourtant la cible principale des campagnes officielles de communication sur le "développement durable", qui portent au pinacle la figure du "consommateur responsable".

En ce laborieux début de xxie siècle, industriels et gouvernants voient dans la technologie le catalyseur miraculeux capable de lancer un nouveau cycle de croissance, de créer des emplois, de résorber les déficits, de réduire les inégalités et, bien entendu, de réhabiliter les écosystèmes naturels. Quelles que soient les stratégies envisagées pour découpler l'amélioration de la qualité de vie et l'exploitation de "services naturels" - énergie, matières premières, absorption de déchets... (2) -, les nouvelles technologies jouent un rôle déterminant. L'informatique en particulier offrirait un outil essentiel pour "relever le défi climatique", par la réduction de la consommation d'énergie (3).

Grâce aux écotechnologies de l'information et de la communication (en français écoTIC, en anglais green IT), ainsi qu'à la baisse permanente des coûts des produits électroniques, les "producteurs responsables" mettent sur le marché des téléphones et des ordinateurs "verts" contenant du plastique recyclé, du bambou, etc. Certains vont jusqu'à financer des ateliers aux normes européennes pour traiter les déchets électroniques dans des pays qui les importent plus ou moins légalement (4). Du côté des distributeurs, une pratique courante consiste à racheter de vieux appareils destinés à être recyclés pour en faire acheter de nouveaux. Chacun peut ainsi disposer d'un téléphone dans chaque poche, d'un téléviseur dans chaque chambre, d'un ordinateur portable sur chaque genou, et même "de la musique à tous les étages" (Le Monde Magazine, 30 avril 2010). Mais le chic ultime reste encore les funérailles virtuelles, dont la presse vante l'"aspect écologique" tant il semble évident qu'elles "permettent d'éviter un gâchis de ressources naturelles" (Le Monde, 17 avril 2010) - dans ce cas de figure au moins, l'effet rebond ne joue guère. Pour le reste, sa prise en compte pourrait bien ramener les miracles de ces "technologies vertes" au statut de chimères.

Les économistes distinguent trois types d'effets rebond. Le premier, baptisé "direct", est le plus intuitif : quand on réduit l'intensité en énergie d'un service, son coût baisse ; dès lors, l'économie ainsi réalisée permet de consommer davantage de ce même service. L'exemple classique est celui de l'automobiliste qui remplace sa vieille voiture par un modèle plus efficace et qui profite de ses économies de carburant pour la conduire plus souvent et plus loin (5). Un autre cas typique concerne le chauffage.

En France, le secteur résidentiel et tertiaire se place en tête pour la consommation d'énergie (43 % du total, devant les transports et l'industrie) ; les deux tiers sont imputables au chauffage. Paradoxe : d'un côté, grâce aux travaux de maîtrise de l'énergie, aux réglementations thermiques, etc., la consommation moyenne pour chauffer un mètre carré est passée, entre 1973 et 2005, de 365 kWh à 215 kWh ; de l'autre, la consommation d'énergie dévolue au chauffage a augmenté de 20 % depuis 1970. Une partie des gains auraient-ils été absorbés par un effet rebond ? Tout le laisse penser. Entre 1986 et 2003, en dépit des politiques d'économie d'énergie, la température moyenne des logements français est passée de 19 °C à 21 °C (chaque degré supplémentaire accroît la consommation d'énergie de 10 %). Pour beaucoup, une amélioration du confort rime avec surchauffe et surconsommation, y compris pour les syndics d'immeuble, qui ont parfois la main lourde sur le thermostat du chauffage collectif. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), un appartement occupé ne devrait pas dépasser une température moyenne de 19 °C. Au-delà, le sentiment de confort peut avoir des effets néfastes sur la santé (irruptions cutanées, sudation, hyperventilation).

Même scénario aux Etats-Unis. D'après le rapport annuel 2010 de l'agence américaine de l'énergie, la consommation énergétique et les émissions de CO2 par dollar de produit intérieur brut ont diminué de plus de 80 % depuis 1980. Cela n'a pas empêché la consommation totale d'énergie et les émissions de CO2 du pays d'augmenter respectivement de 25 % et de 165 % sur la même période (6). Ainsi les bénéfices d'une campagne publique de sensibilisation à la sobriété énergétique sont-ils annihilés.

Certaines politiques sont directement mises en cause dans l'apparition d'un effet rebond. C'est le cas des normes de performance énergétique, qui favorisent l'émergence d'innovations technologiques (7). En effet, on mesure des températures tendanciellement plus élevées dans les habitations les plus récentes que dans le bâti ancien. Grâce aux techniques améliorant l'isolation et la ventilation, maintenir la température des pièces d'un logement à un niveau élevé ne pose plus de problème. Ainsi, une politique visant à réduire la consommation d'énergie a provoqué l'effet inverse.

Plusieurs moyens ont été utilisés pour mesurer l'effet rebond. L'élasticité-prix, par exemple : si la consommation en kilowattheures augmente de 2 % à la suite d'une baisse des tarifs de l'énergie de 10 %, l'effet rebond est de 20 % (8). Dans le secteur du transport, on mesure l'accroissement de la consommation de carburant provoqué par une meilleure efficacité des véhicules. Dans ce cas, l'innovation technologique réduit le coût de transport au kilomètre, ce qui tend à allonger les distances parcourues, et à augmenter la consommation globale de carburant (de 20 à 30 % pour les Etats-Unis, selon une estimation).

Au Royaume-Uni, une étude a évalué à près de 30 % l'effet rebond consécutif aux politiques d'économie d'énergie menées entre 2000 et 2010 (9). Dès lors, les gains d'efficacité énergétique produits par ces politiques ne peuvent être considérés comme rentables que s'ils parviennent à dépasser ce taux de 30 %.

Le deuxième type d'effet rebond est indirect. Contrairement au cas précédent, le consommateur estime avoir atteint un niveau satisfaisant de consommation du service dont le prix a baissé. Mais il va dépenser autrement l'argent économisé, ce qui conduit à augmenter les flux de matières dans la société. Par exemple, un ménage investirait les gains réalisés en isolant les fenêtres dans l'achat d'une console de jeu ou d'un nouveau téléviseur. Faut-il y voir un effet de l'injonction paradoxale à adopter un comportement "écologiquement responsable" et, simultanément, à se doter du dernier gadget en vogue ? Le même courrier qui enjoint le client, par souci d'écologie, d'adopter la facturation par Internet lui rappelle le nombre de points dont il dispose pour changer "gratuitement" de téléphone mobile !

Le confort passe désormais par un suréquipement en appareils électriques énergivores et polluants. Les appareils électriques hors chauffage représentent 20 % de la consommation d'énergie. Par le jeu d'un effet rebond indirect, les économies réalisées sur le chauffage peuvent se reporter sur la consommation des produits bruns (équipement hi-fi, télévision...), qui a bondi de 18 kWh par logement en 1973 à 321 kWh vingt-cinq ans plus tard (10).

La diffusion des équipements électroniques ouvre sur un troisième type d'effet rebond, qui est cette fois susceptible de modifier la structure même des sociétés humaines. Quand l'efficacité avec laquelle on exploite une ressource augmente, le coût de celle-ci diminue, favorisant les activités socio-économiques qui en font un usage intensif. Ces dernières attirent alors des capitaux financiers et des collaborateurs performants, renforçant leur position jusqu'à dominer la concurrence. En conséquence, l'économie entière se tourne vers cette ressource devenue bon marché.

Le pétrole constitue une parfaite illustration de cet enchaînement, si l'on considère l'impact de son exploitation et de sa production sur les sociétés mécanisées, industrialisées, urbaines et motorisées. De même, notre capacité exponentielle à transporter et à stocker un octet d'information est en passe de transformer profondément la société. Comme dans le cas de l'automobile (lire l'encadré ci-contre), il peut devenir difficile pour les individus de se déprendre de la "civilisation des hydrocarbures" dans laquelle nous sommes, au sens propre, englués.

S'ils ne datent pas d'aujourd'hui, ces phénomènes restent difficiles à appréhender, car ils obligent à concevoir, pour chaque technique employée, l'ensemble des conséquences structurelles que son emploi massif peut engendrer.

En 1865, dans un ouvrage intitulé Sur la question du charbon, l'économiste anglais William Stanley Jevons faisait part de ses craintes quant à l'épuisement, vers la fin du xxe siècle, de cette source d'énergie vitale pour la puissance de son pays. Certes, le charbon disparaîtra moins vite qu'il ne l'a pronostiqué - mais l'argument théorique du "paradoxe de Jevons" reste solide : plus on se sert du charbon de manière efficace, plus on en consomme. En effet, s'il faut moins de charbon pour produire une tonne de fonte brute, les profits de l'industrie sidérurgique augmentent. Ce qui incite les industriels à investir pour augmenter leurs volumes de production et diminuer leurs coûts de revient, entraînant par là un accroissement de la consommation de charbon et des profits obtenus. En découle une hausse des dividendes et - en théorie - des salaires, ainsi que de la consommation nette des travailleurs et des actionnaires. Toute baisse du coût de l'énergie remplit ainsi le "réservoir des demandes non satisfaites" ; et un temps de travail supplémentaire pris sur les loisirs assure l'augmentation du budget nécessaire pour satisfaire ces demandes (11). La consommation de la ressource plus efficacement utilisée diminue... mais pour mieux rebondir.

Comme les combustibles énergétiques, les technologies de l'information sont de nos jours indispensables dans tous les secteurs économiques. Comme la voiture, elles transforment les sociétés, favorisent des innovations plus rapides, accroissent les économies d'échelle (12). Grâce à elles, un plus grand nombre de producteurs se trouvent en mesure d'innover et... l'obsolescence des biens et services s'accélère. Loin d'allonger la durée d'existence des appareils et la capacité à les réparer, le cycle de vie de ces produits raccourcit, entraînant une hausse des besoins en matières premières pour les fabriquer.

Il existe d'autres causes d'effet rebond : on consomme un bien ou un service parce qu'il procure un plus haut niveau de confort ou de performance, mais aussi parce qu'il fait gagner du temps (13) ; et il peut avoir d'importantes répercussions en se diffusant massivement dans la société. Les moyens de transport rapides seront par exemple privilégiés, de même que les déplacements individuels primeront sur les collectifs - et les files d'attente dans les aéroports ou les embouteillages sur les routes prendront de l'ampleur...

Les utilisateurs d'Internet sont eux aussi victimes d'un tel phénomène. L'accès très rapide à des documents - qu'il aurait fallu autrefois commander par courrier ou aller consulter dans une bibliothèque - engendre une profusion d'informations, aboutit à ce que, pour finir, on consacre davantage d'heures que prévu à lire cette documentation à l'écran. Comme le suggère Hartmut Rosa (14), tout se passe comme si l'accélération exigeait... plus de temps.

Cédric Gossart, Maître de conférences à Télécom Ecole de management (Evry).


Ripoliner, et ensuite ?
Olivier Pironet

François Hourtart, L'Agroénergie. Solution pour le climat ou sortie de crise pour le capital ?, Couleur livres, Charleroi (Belgique), 2009. Une analyse des effets pervers induits par les agrocarburants. L'auteur prône le développement des énergies renouvelables (non agricoles), qui doit aller de pair, selon lui, avec la construction d'un modèle postcapitaliste.

Robert Bryce, Power Hungry. The Mythes of "Green" Energy and the Real Fuels of the Future, PublicAffairs, New York, 2010. Farouche contempteur de la "ritournelle verte", ce journaliste démonte un à un les totems de cette pensée qu'il juge dominante : éolien, éthanol, voitures électriques. Il plaide en revanche pour l'usage du gaz naturel et le développement du nucléaire.

Jacques Vernier, Les Energies renouvelables, Presses universitaires de France (PUF), coll. "Que sais-je ?", Paris, 2010 (5e éd.). Cet ouvrage pédagogique offre un panorama complet des différentes sources d'énergies renouvelables - soleil, vent, eau, végétaux, chaleur, etc. -, et explique leurs modalités de production.

Daniel Tanuro, L'Impossible Capitalisme vert, La Découverte, Paris, 2010. Ingénieur agronome, l'auteur se place dans la perspective écosocialiste : l'énergie est un bien commun de l'humanité qu'il convient de soustraire à la logique du profit. Seule une économie socialiste et antiproductiviste peut répondre simultanément à l'urgence sociale et écologique.


Voitures propres ?
C. G.

Entre 1975 et 2008, la consommation moyenne d'une voiture en France pour cent kilomètres est passée de 8,6 litres à 5,4 litres, soit une diminution de 37 %. Des innovations comme l'injection électronique, intégrant toujours plus de technologie, ont permis aux moteurs d'exploiter le pétrole de manière plus efficace. Mais, si l'on considère cette fois l'impact environnemental, et non plus seulement la performance d'une unité motorisée, le tableau vire du vert au noir.

Avec l'amélioration du confort et de la sécurité des véhicules, les ménages français dépensent plus pour leur(s) voiture(s). Depuis 1970, la part de l'automobile dans leur budget a presque doublé, en valeur comme en volume, pour faire jeu égal avec l'alimentation (14 % des dépenses des ménages en 2001). Et s'il faut beaucoup moins d'essence pour faire avancer une voiture, le parc a doublé ; il dépasse les vingt-huit millions de véhicules. Au final, l'accroissement du nombre de véhicules, lié notamment aux améliorations technologiques qui les rendent plus attractifs, augmente le nombre de kilomètres parcourus (+ 23,6 % entre 1990 et 2006), la consommation de carburant induite (+ 2,5 %), ainsi que ses émissions de gaz à effet de serre (+ 10 %) (1).

Ainsi, en dépit de la plus grande efficacité des moteurs, on brûle en France 270 000 litres de carburant en plus chaque année. S'il se fie aux technologies, le consommateur caresse l'espoir d'utiliser moins de carburant, surtout dans un contexte de hausse des prix. Mais les économies réalisées grâce aux investissements dans des moteurs plus "propres" sont absorbées par la multiplication des véhicules sur les routes. La civilisation de l'automobile transforme nos villes et favorise l'étalement urbain ainsi que l'émergence de grands centres commerciaux. Il s'agit là d'un effet structurel : la voiture transforme nos sociétés ; sa diffusion s'accompagne d'une progression du consumérisme et des comportements individualistes.

Autre (faux) espoir d'amélioration, les réseaux d'information destinés à fluidifier la circulation. Réduire les embouteillages entraîne, pour un trafic automobile constant, une baisse du gaspillage de temps et de carburant. Mais le perfectionnement des infrastructures attire davantage de véhicules sur les routes, accroissant dès lors la consommation globale d'essence... et recréant des bouchons. L'automobile est ainsi l'un des rares secteurs dont les émissions de CO2 n'ont quasiment jamais baissé depuis le milieu du xxe siècle.

(1) "La consommation d'énergie et les émissions polluantes liées aux déplacements", site du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, Observation et statistiques de l'environnement.


(1) A propos d'une expérience européenne, cf. Mari Martiskainen et Josie Ellis, "The role of smart meters in encouraging behavioural change. Prospects for the UK", Sussex Energy Group, 2009.
(2) "Croissance verte" (Patricia Crifo, rapport au Conseil économique pour le développement durable, Paris, 2009) ; "capitalisme immatériel" (Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet, L'Economie de l'immatériel. La croissance de demain, La Documentation française, Paris, 2006) ; "découplage absolu" (Tim Jackson, Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, De Boeck, Bruxelles, 2010).
(3) Sur les applications des technologies de communication au développement durable, cf. Gilles Berhault, Développement durable 2.0, Editions de l'Aube, La Tour-d'Aigues, 2010.
(4) Pour contourner les restrictions légales sur le transport international de déchets dangereux (convention de Bâle), les rebuts électroniques sont parfois exportés en tant que matériel d'occasion. Cf. "De l'exportation des maux écologiques à l'ère du numérique", Mouvements, n° 60, Paris, octobre-décembre 2009.
(5) Steve Sorrell, "Jevons' Paradox revisited", Energy Policy, vol. 37, n° 4, avril 2009.
(6) US Energy Information Administration (EIA), "Annual energy outlook, 2010" ; US EIA, "Carbon dioxide (CO2) emissions", www.eia.doe.gov
(7) Credoc, Consommation et modes de vie, n° 227, Paris, mars 2010.
(8) Cf. Fabrice Flipo et Cédric Gossart, "Infrastructure numérique et environnement. L'impossible domestication de l'effet rebond", Terminal, n° 103-104, Paris, 2009.
(9) Terry Barker, Paul Ekins et Tim Foxon, "The macro-economic rebound effect and the UK economy", Energy Policy, vol. 35, n° 10, octobre 2007.
(10) Livre blanc sur les énergies, 7 novembre 2003. Cf. aussi Insee Première, n° 1121, Paris, janvier 2007.
(11) Blake Alcott, "Jevons' paradox", Ecological Economics, vol. 54, n° 1, juillet 2005.
(12) Michel Gensollen, "A quoi ressemblera le monde numérique en 2030 ?", Annales des Mines - Réalités industrielles, Paris, mai 2009.
(13) Horace Herring et Robin Roy, "Technological innovation, energy efficient design and the rebound effect", Technovation, vol. 27, n° 4, avril 2007.
(14) Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, La Découverte, Paris, 2010.

PHOTO - WASHINGTON - JUNE 10: Microsoft Chairman Bill Gates (L) speaks as Chairman of the Board and Chief Executive Officer of General Electric Jeffrey Immelt listens during a news conference at the Newseum June 10, 2010 in Washington, DC. The news conference was to present recommendations to Congress and President Obama 'to revolutionize U.S. energy innovation.'

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lundi 25 octobre 2010

La Chine renoue avec la tradition de la philanthropie - Dorian Malovic

La Croix, no. 38801 - Economie et entreprises, lundi, 25 octobre 2010, p. 13

Les nouveaux milliardaires chinois d'aujourd'hui prennent la relève de leurs ancêtres philanthropes déjà très actifs aux temps des empereurs

Le dîner de milliardaires chinois à Pékin le 29 septembre dernier à l'invitation de Warren Buffet et Bill Gates (PHOTO), riches philanthropes américains, aura fait couler beaucoup d'encre et engorgé les sites Internet chinois. Venir en Chine où les grandes fortunes se multiplient depuis vingt ans afin de promouvoir la philanthropie semblait une évidence pour ces deux généreux Américains. Beaucoup moins pour les nouveaux riches chinois qui se demandaient combien ils allaient devoir payer pour ce dîner. Et surtout pourquoi se tenait-il ? Leur image controversée dans l'opinion publique a d'ailleurs poussé les organisateurs à ne pas dévoiler les noms des convives. Peu a filtré publiquement à l'issue de la rencontre.

Les Chinois enrichis devaient-ils attendre cet événement pour apprendre ce qu'est la philanthropie, la générosité, la charité ? « La philanthropie ne date pas d'hier en Chine », tient à rappeler Marie-Claire Bergère, historienne de la Chine contemporaine : « Il y a une longue tradition solidement ancrée dans la société civile même si elle apparaît moins codifiée et structurée que dans l'environnement américain d'aujourd'hui. » Difficile de marquer dans l'histoire chinoise un « début » de la philanthropie. Dès le Xe siècle, au moment où le bouddhisme a pris son essor en Chine, la philanthropie a pris une place très importante. « De nombreux dignitaires laïcs de religion bouddhiste vont contribuer au bien-être de la société », explique Benoît Vermander, sinologue jésuite, professeur de philosophie à l'université Fudan de Shanghaï : « À cette époque, il s'agit avant tout de faire face aux désastres naturels comme les famines, les épidémies ou les inondations. Il est du rôle de ces riches laïcs de partager leur fortune pour le bien commun et ils se structuraient en organisations philanthropiques. »

Si la foi bouddhiste motive cette générosité, surtout exprimée dans des situations d'urgence, on trouvera un peu plus tard un mouvement davantage fondé sur la morale confucéenne, centrée sur les lignages patrimoniaux. « Des clans ont constitué des fonds familiaux qui se transmettent de génération en génération, ajoute Benoît Vermander, ils financent des écoles, des institutions privées mais aussi des grands travaux d'infrastructure qui profitent à la société entière, comme la construction de digues. La situation n'a guère varié au fil des âges. C'est donc bien une expression traditionnelle de la société civile chinoise. »

Qui se prolongera d'ailleurs après l'empire sous la République à partir de 1911. Spécialiste du capitalisme chinois, Marie-Claire Bergère confirme l'émergence de grandes entreprises chinoises et un âge d'or industriel au lendemain de la proclamation de la République. « Les grandes fortunes de l'époque vont faire preuve d'un grand activisme social pour construire des temples, des cimetières, des hôpitaux. Cette philanthropie prend un caractère plus collectif que dans le passé. À la fois pour être bien vu par l'État et aussi se donner un statut social aux yeux de la population. Les catastrophes naturelles récurrentes ont accentué encore cette aide privée et avec la guerre contre les Japonais, des oeuvres caritatives sont venues en aide aux réfugiés, blessés, victimes. » À l'instar de la très active association philanthropique de Shanghaï. « Cette tradition est solidement ancrée dans l'esprit chinois, explique encore Marie-Claire Bergère. Elle a bien sûr disparu pendant l'ère maoïste après 1949, pour renaître à nouveau au début des années 1990, lorsque de nouvelles grandes fortunes ont vu le jour avec le développement économique du pays. »

Si aujourd'hui les actes philanthropiques ne sautent pas aux yeux des observateurs, plus fascinés par les grandes fortunes chinoises qui affichent voitures de luxe et résidences qui n'ont rien à envier aux stars de Holly wood, il existe pourtant un renouveau de cette pratique dans les provinces. Des réseaux de PME se sont constitués et participent à des oeuvres sociales ou de bienfaisance, parfois avec la collaboration de l'État : santé, écoles, handicapés ou universités. Plus proche de nous, le tremblement de terre au Sichuan en 2008 a suscité une vague de générosité nationale en Chine, du particulier aux stars du cinéma, du sport ou des affaires. Si pour Marie-Claire Bergère, les riches chinois n'attendent pas Bill Gates pour savoir comment être généreux, Benoît Vermander défend l'idée que les fortunes chinoises pourront s'inspirer du « savoir-faire » étranger pour « s'intégrer dans des modes de philanthropie plus sophistiqués aujourd'hui ».

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mercredi 12 mai 2010

REPORTAGE - Au coeur du chaos grec - Guillaume Perrier

Le Point, no. 1965 - Economie, jeudi, 13 mai 2010, p. 84,85

Détonateur. Aucun pays de la zone euro n'était aussi mal géré.

Les bouquets de fleurs et les bougies s'amoncellent sur le trottoir de la banque Marfin, avenue Stadiou, la rue des manifestations située à deux pas du Parlement grec. Devant le bâtiment calciné, où trois employés de l'agence ont péri, piégés par les flammes, le 5 mai, des Athéniens s'empoignent.« Ils n'ont que ce qu'ils méritent, vocifère un homme . C'était le jour de la grève et eux, ils travaillaient quand même. » « Imbécile, on les a forcés à travailler. Ils ne voulaient pas perdre leur travail », hurle un autre en pointant un index agressif. Les victimes n'ont pu s'enfuir à temps de la banque, dans laquelle des manifestants cagoulés avaient lancé des cocktails Molotov.« Les anarchistes ont mis le feu. Pourquoi ne sont-ils pas arrêtés ? Le gouvernement est responsable », glapit une vieille femme, le visage mangé par des lunettes de soleil.« Je suis dégoûté. Nos salaires s'évaporent et c'est à cause de cela qu'ils sont morts », soupire Christos, salarié d'une banque voisine, venu se recueillir.

Comme en décembre 2008 après la mort d'Alexis Grigoropoulos, un adolescent abattu par un policier antiémeutes, ce nouveau drame a confronté la Grèce au déni de sa propre crise. L'apparente insouciance des Athéniens, dont la consommation de cafés frappés sur les terrasses ensoleillées de la capitale n'a pas diminué, cache pourtant une angoisse existentielle. La dette publique (300 milliards d'euros), qui fait trembler toute l'économie de la zone euro, rappelle aux Grecs l'état de décomposition de leur pays et les sacrifices qui vont devoir être consentis.« Nous sommes au bord de l'abysse », a lancé le président de la République, Karolos Papoulias.« La Grèce est en faillite économique, mais doit aussi affronter une situation de faillite politique et médiatique », estime Paschos Mandravelis, éditorialiste politique pour le quotidien Kathimerini.

Saignée. Le plan d'austérité drastique présenté par le Premier ministre, Georges Papandréou, et adopté par le Parlement grec la semaine dernière prévoit des coupes sans précédent dans les dépenses publiques et une hausse de certains impôts, à commencer par la TVA, portée à 23 %.« L'avenir de la Grèce est en jeu, a justifié le chef du gouvernement devant les députés.L'économie, la démocratie et la cohésion sociale sont mises à l'épreuve. » Les taxes sur l'alcool, l'essence et les cigarettes sont relevées. Les salaires dans la fonction publique et les retraites sont gelés pour au moins trois ans. La durée de cotisation va s'allonger de 37 à 40 annuités; l'âge de départ à la retraite, qui était de 60 ans pour les femmes et de 65 ans pour les hommes - une discrimination pour laquelle la Grèce a été condamnée par la Cour européenne de justice -, devrait même être progressivement porté à 67 ans. Le gouvernement prédit une récession de 4 % pour 2010.

Chaque foyer est frappé par ces mesures et devra y laisser jusqu'à un tiers de ses revenus annuels. Une saignée. Une perte de « 3 000 euros par an » pour Vassilis, un professeur de mathématiques qui travaille six heures par jour et gagne 1 500 euros par mois. Il défilait parmi les 30 000 à 50 000 manifestants devant le Parlement, jeudi 6 mai. Ce plan de rigueur devrait permettre une économie de 30 milliards d'euros en trois ans, condition indispensable pour débloquer le prêt de 110 milliards d'euros de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI). L'échéance du 19 mai approchant (ce jour-là, Athènes doit rembourser 8 milliards d'euros d'obligations), l'Etat grec risquait de se trouver incapable de s'acquitter du salaire de ses fonctionnaires.« Ce plan est l'équivalent d'une dévaluation monétaire d'environ 20 %, estime Giorgos Glynos, ancien fonctionnaire européen et économiste à la fondation Eliamep.Une dévaluation n'est plus possible dans l'eurozone, donc on essaie d'obtenir le même résultat avec une dévaluation des revenus. »

Première pointée du doigt pour expliquer les déficits, la fonction publique pléthorique.« Personne n'est capable de donner avec certitude le nombre exact de fonctionnaires », souligne Konstantinos Michalos, le président de la chambre de commerce d'Athènes. Ils seraient plus de 1 million, militaires et clergé compris, deux à trois fois trop.« De la propagande », pour Ilias Vrettakos, vice-président de l'Adedy, le principal syndicat de la fonction publique, qui en admet 400 000.« Depuis plus de trente ans, les gouvernements ne cessent d'étendre le champ d'intervention des administrations », poursuit Konstantinos Michalos. Minée par le clientélisme et la corruption, l'administration est un gouffre : 14 % du PIB. Au fil des élections et des distributions de cadeaux, les salariés du public ont accumulé les avantages et les primes absurdes pour compenser des salaires bas. Départs à la retraite anticipés, un treizième et un quatorzième mois, un dix-septième même pour les employés du Parlement.« Ma mère, prof d'anglais, a une prime pour arriver à l'heure, une prime pour être bien habillée », sourit Alexia, une étudiante qui soutient le plan du gouvernement.« Il y a des primes de vacances et de productivité, bien que les services publics ne soient pas productifs du tout », ajoute Giorgos Glynos.

Corruption. Pour faire entrer l'argent dans les caisses, le gouvernement grec a, par exemple, fait voter une taxe sur les piscines, utilisant Google Earth pour faire l'inventaire des villas huppées du nord de la capitale. Résultat, les ventes de faux gazon et de bâches de camouflage ont subitement augmenté...« Pourquoi paierais-je des impôts, demande Andreas, 55 ans,alors que l'Etat ne me donne rien ? » Tel est le cercle vicieux des finances grecques. La part de l'économie souterraine est estimée entre 30 et 40 % du PIB et l'évasion fiscale à 25 milliards d'euros. Visés par un redressement, les médecins de Kolonaki, un quartier chic d'Athènes, déclaraient moins de 15 000 euros de revenus annuels.

Le scepticisme face au plan de rétablissement traduit aussi la peur des classes moyennes de payer pour les plus riches et pour une clique politique corrompue. Les sacrifices ont un goût amer après les scandales du gouvernement de droite, dirigé par Caramanlis. L'affaire immobilière des moines du mont Athos en 2008, les pots-de-vin distribués par Siemens aux différents partis politiques, les enveloppes offertes aux agriculteurs pour 600 millions d'euros et les milliards des fonds européens engloutis au fil des années...

Acquis.« Nous devrions nous concentrer sur le gaspillage public et la fraude », juge Christos Staikouras, député de Nouvelle Démocratie (droite), qui n'a pas voté le paquet de mesures. Quid de la réduction du budget de la défense, grande oubliée des réformes, qui représente 2,8 % du PIB, soit le taux le plus élevé de l'UE ?« Cela ne devrait même pas être une option », répond Staikouras. Malgré la crise, la Grèce continue d'acheter frégates et missiles, principalement à la France et à l'Allemagne.

Au pied du mur, Georges Papandréou n'a d'autre choix que de s'attaquer aux habitudes et aux acquis enracinés dans la société grecque. Obligé de payer pour les erreurs de ses prédécesseurs et notamment de son père, Andreas, Premier ministre dans les années 80, qui distribuait sans compter l'argent public. Face à l'ampleur du défi grec, la question clé, résume Giorgos Glynos, est : « Comment réformer l'économie pour la rendre compétitive ? On n'a pas investi dans les ressources humaines ni dans l'éducation. Voilà pourquoi il est plus facile aujourd'hui de désigner des boucs émissaires, le FMI, l'UE ou les immigrés...Tout ce qu'on peut espérer, conclut-il,c'est que cette crise crée un électrochoc » En effet...


Les cinq plaies de la Grèce

Les fakelaki Si on ne glisse pas une petite enveloppe, on n'obtient pas grand-chose. La corruption et le clientélisme sont des maux anciens et profonds.

La phobie de l'impôt L'économie noire représente 30 %, dit-on, du PIB grec. La fraude fiscale est une spécialité nationale.

La bureaucratie 80 % du budget de l'Etat sert à payer les fonctionnaires, qui, en proportion, sont les plus nombreux de la zone euro.

Les plages et les cargos Tourisme et armement naval font vivre la Grèce depuis longtemps au détriment d'autres activités. Le déficit courant de la Grèce (12,9 %) est le plus élevé de l'OCDE !

La vie comme elle vient Les Grecs n'épargnent pas. 70 % de leur dette publique est entre des mains étrangères.

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vendredi 7 mai 2010

PORTRAIT - Eike Batista, l'homme qui veut devenir plus riche que Bill Gates

Le Point, no. 1964 - Monde, jeudi, 6 mai 2010, p. 62,63,64

Tycoon. Eike Batista est la 8e fortune mondiale. Pour l'instant...

Il n'a pas pris le temps d'attacher les boucles de ses chaussures. Il descend les marches de l'escalier en marbre, le sourire aux lèvres, tout excité à l'idée de montrer son «oeuvre d'art » : une pièce de 500 000 dollars exposée dans son salon, face aux eaux bleu foncé de la baie de Rio de Janeiro. Un Picasso ? Nullement.« Si je veux en voir un, je vais au Louvre, et puis on fait de très bonnes copies », dit-il.

Non, Eike Batista, l'homme le plus riche du Brésil, a garé près de sa vaisselle en cristal et de ses canapés molletonnés une Mercedes SLR McLaren, couleur argent, fabriquée à un millier d'exemplaires.« Elle, au moins, je peux la toucher... » Il en fait le tour. Claque la portière.« Vous entendez ce bruit ? » Soulève le capot.« Moteur en fibre de carbone », dit-il en caressant un boîtier électronique de la main. Puis invite son visiteur à s'installer au volant. Une balade ? Le milliardaire aux dents impeccablement alignées n'a qu'à ouvrir les baies vitrées de sa villa de 3 500 mètres carrés et s'engager dans son jardin où stationnent une dizaine de 4 x 4 de luxe.

Eike Batista, 53 ans, est ici chez lui. A l'abri des voisins, dont il a racheté les propriétés. Au coeur d'une végétation luxuriante et parmi ses objets familiers : des écrans plats géants dans chaque pièce, un piano blanc, un casque de formule 1 dédicacé par Michael Schumacher, une sculpture de félin postée face à la porte d'entrée, deux pinceaux de calligraphie chinoise, des photos de courses de bateaux et sur une table en bois une revue... Le dernier numéro du magazine américain Forbes consacré au classement des plus grandes fortunes mondiales. Un trophée ! Car, cette année, il y figure au 8e rang, fort d'un pactole de 27 milliards de dollars. Du jamais-vu pour un Brésilien ! Et l'intéressé n'entend pas s'arrêter là. Il vise désormais la première place, convaincu de pouvoir distancer l'Américain Bill Gates.« Dans dix ans, je pèserai 100 milliards de dollars », assure-t-il.« C'est devenu l'unique but de sa vie », persifle un proche de la famille.

Gonflé, mais jouable. Car, pour l'heure, ses affaires tournent. Mines d'or, mines de fer, centrales thermiques, équipements portuaires, hôtellerie de luxe... Batista touche à tout. Et rafle chaque fois la mise. Sa dernière lubie ? Le pétrole. Il veut en devenir le roi en participant à l'exploitation des immenses réserves du pays. En novembre 2007, lors d'une mise aux enchères, il souffle 21 champs pétrolifères offshore à Petrobras, la compagnie nationale. Six mois plus tard, il entre en Bourse. Et c'est le jackpot. Sa société pétrolière, composée à l'époque de 30 personnes, affiche aussitôt une performance boursière deux fois supérieure à celle de Google. Aujourd'hui, la pépite vaut 22 milliards de dollars.« Si j'avais de l'argent, j'achèterais des actions ! » s'enthousiasme Julio Bueno, le secrétaire d'Etat à l'Energie du gouvernement de Rio.

Batista, il est vrai, a su profiter de ses atouts. Fils d'une Allemande de Hambourg et, surtout, d'un ancien ministre brésilien des Mines devenu le patron de Vale, le premier exportateur mondial de fer, le jeune Eike part étudier en Europe à l'âge de 12 ans. En 1980, il revient au Brésil titulaire d'un diplôme d'ingénieur et sachant parler cinq langues, dont le français. Il se rend alors en Amazonie, se lie à des chercheurs d'or et lance un négoce de pierres précieuses. A 23 ans, il possède déjà 6 millions de dollars. De quoi racheter sa première mine d'or. C'est le début de l'ascension. Il prend le contrôle de concessions au quatre coins du pays. Mais aussi au Canada et au Chili.

Un empire sur un pari

Au même moment, il se lance dans les courses de bateaux à moteur. Au début des années 90, il décroche même un titre de champion du monde de motonautisme. On parle enfin de lui. Mais pas assez.« Je restais le fils de mon père et le mari de ma femme », dit-il.

Sa femme de l'époque ? Une célébrité : Luma de Oliveira, la reine du Carnaval de Rio. En 1991, Batista en tombe fou amoureux, au point de divorcer d'une riche héritière épousée trois mois plus tôt.« Lorsqu'elle dansait, c'était la lumière », se souvient Hildegard Angel, une chroniqueuse mondaine du Journal du Brésil. La belle défile même avec les initiales de son mari incrustées sous forme de brillants sur son string. Et pose régulièrement nue dans Playboy. Un exhibitionnisme qui agace Batista. En 1999, il paie le magazine pour obtenir l'annulation d'une séance de photos.« Il m'offrait du chocolat pour me faire grossir », prétendra l'étoile de la samba.« Ces clichés n'avaient plus de sens », rétorque aujourd'hui l'homme d'affaires. Le divorce a lieu après treize années de vie commune, la naissance de deux enfants et une rumeur : Luma se serait entichée d'un capitaine de pompiers lors de prises de vues destinées à la publication d'un calendrier.

Depuis, Batista jouit de la compagnie de Flavia Sampaio, une avocate de 29 ans qu'il voit tous les week-ends. Et qu'il emmène chez Mr Lam, un restaurant chinois haut de gamme dans lequel il a investi. Un lieu où trône l'un de ses anciens moteurs de bateau transformé en table et où il avale des dizaines de brochettes de poulet à la crème de cacahouète. Le reste du temps, Batista sort peu. Regarde parfois des films de Belmondo. Suit le cours de ses actions sur Bloomberg TV jusqu'à 2 heures du matin et grignote dans sa cuisine en discutant avec ses trois femmes de maison.« Ce n'est pas un patron mais un ami », dit Zeni, l'une d'entre elles.

Il voit aussi souvent ses deux fils, Thor et Olin, âgés de 18 et 14 ans. A ses yeux,« très bien éduqués ».« Merci papa, voilà ce qu'ils me disent lorsque je les fais raccompagner avec mon hélicoptère », dit-il. L'aîné afficherait même un goût pour les affaires.« Papa, est-ce que tu as signé ton contrat ? » lui écrit régulièrement son fils dans ses textos.

Les commandes, il est vrai, pleuvent. Comme celle d'une usine sidérurgique conclue le mois dernier avec les Chinois pour 5 milliards de dollars.« Le Brésil aurait bien besoin d'une demi-douzaine de Batista », s'enflamme Jose Luiz Alqueres, président de l'association commerciale de Rio et l'un de ses conseillers. Sauf qu'au fil des mois un doute monte. Et si Batista avait bâti un empire sur du sable ? Un chiffre inquiète : les deux tiers de sa fortune reposent désormais sur un coup boursier : le pari d'une découverte pétrolière.

Or pas une goutte d'hydrocarbure n'a encore été extraite du fond de l'océan.« Il y a un risque, car de grandes compagnies ont déjà exploré la zone sans succès », met en garde Jean-Paul Prates, un avocat, principal auteur de la législation pétrolière du pays.

Fétichiste du X... et du 63

Qu'importe. Batista, lui, y croit.« Vous n'avez pas idée de la richesse sur laquelle je suis assis », lâche-t-il, l'oeil malicieux. Et, pour assurer le lancement de la production prévu l'année prochaine, il s'appuie sur d'anciens managers de Petrobras.« Il a recruté les meilleurs », confirme Ivan Filho, de l'Institut brésilien du pétrole. Des géologues partis avec la cartographie du sous-sol et auxquels il a offert le « kit du bonheur » du groupe. Soit une prime annuelle de 2 à 5 millions de dollars !« Dans tout autre pays, une telle concurrence déloyale déclencherait des procès en cascade, mais pas au Brésil ! » fulmine un proche du dossier. De fait, Batista sait amadouer les autorités. D'abord, en finançant la campagne du président Lula. Puis, en versant 5 millions d'euros au Comité olympique de Rio. Il soigne aussi son image en restaurant l'hôtel Gloria, jadis le plus bel établissement de la ville. Ou en accueillant chez lui Madonna, adulée au Brésil et venue en novembre chercher des fonds pour un centre d'enfants malades.« Vous avez besoin de combien ? » lui lance-t-il au cours du dîner.« 7 millions », répond Madonna.« Je vous les donne ! » s'exclame Batista devant la star émue aux larmes.« Son projet au Burundi m'a convaincu », souligne-t-il, assis dans son bureau et vêtu de son éternel tee-shirt noir. Oubliant déjà qu'il s'agit du Malawi...

Batista est ainsi. Spontané et affable. Parfois à l'excès.« Je sens en vous des énergies positives », confie-t-il en accueillant ses visiteurs... Avant d'évoquer ses superstitions. Sa lettre fétiche ? Le « X », symbole de la multiplication des richesses. Toutes ses sociétés l'intègrent dans leur nom (EBX pour le holding, OGX pour le pétrole, MMX pour les mines, LLX pour la logistique...). La ville portuaire qu'il construit au sud de Rio devrait même s'appeler « City X ». Son chiffre préféré ? Le « 63 », le numéro de son ancien hors-bord de course.« J'ajoute 63 centimes au montant de tous mes contrats », raconte-t-il.« Il voulait même que l'hôtel Gloria comprenne 163 chambres », s'étonne Edouardo Sardinha, responsable de la branche loisirs d'EBX. Quant aux statuettes incas ornant son bureau, elles sont orientées face à la porte afin de « chasser le mauvais oeil ».

Batista croit aux signes. Mais il a aussi une volonté obsessionnelle de vaincre la vieillesse. Un exemple ? Pendant six mois, un jour par semaine, il a travaillé à son bureau, le bras gauche perfusé d'une solution de vitamines.« Quand je me rends aux Etats-Unis, j'adore dévaliser les rayons de pilules énergisantes », avoue-t-il. C'est aussi de là-bas qu'il a rapporté l'une de ses machines de musculation. Un étrange engin, digne d'une invention de Léonard de Vinci, installé dans sa salle de gym, face à la mer.« Regardez comme elle affine bien les muscles », souffle-t-il, une fois juché dessus, le corps plié en deux.« Ça vous tue en quatre minutes ! » Le rêve pour un milliardaire très pressé...

De notre envoyé spécial MarcNexon avec Annie Gasnier à Rio de Janeiro

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lundi 19 avril 2010

" The Economist " My newspaper is rich - Xavier Ternisien

Le Monde - Lundi, 19 avril 2010, p. 13

Quel est le magazine qui a augmenté ses ventes de 6 % en 2009, et de 9 % aux Etats-Unis, alors même que toute la presse occidentale voyait sa diffusion plonger ? Quel est l'hebdomadaire qui vend chaque semaine 1,4 million d'exemplaires avec un prix d'abonnement de 126,99 dollars (93 euros), là où ses concurrents Time ou Newsweek proposent des offres à 30 ou 50 dollars ? La réponse tient en quelques lettres blanches sur fond rouge : The Economist. Un magazine sans équivalent. Un ovni à l'heure d'Internet et du multimédia, qui distribue chaque semaine 100 pages d'une écriture dense, avec une maquette austère et quelques petites photos en guise d'illustration.

Pour comprendre la recette du succès, il faut se rendre à Saint James, le quartier le plus huppé de Londres. Celui des clubs de gentlemen et des tailleurs de chemises sur mesure. Le siège de The Economist est situé dans un immeuble moderne. Dans les étages, pas d'open space ni de rangées de journalistes alignés en silence devant des ordinateurs. Mais un labyrinthe de couloirs et de bureaux. Une bonne partie des 70 journalistes se trouvent à l'étranger, dans l'un des vingt bureaux de l'hebdomadaire.

Le rédacteur en chef, John Micklethwait, règne sur cette rédaction mondiale. Des fenêtres de son bureau, on aperçoit le palais de Westminster. " London based, not London biased ", dit l'un des slogans du magazine (" Basé à Londres, pas influencé par Londres "). The Economist est un journal global. Peut-être l'un des seuls au monde. Chaque semaine, la même édition est diffusée sur les cinq continents, sans concession ni adaptation au lectorat local.

Contrairement à ce que son titre peut laisser croire, l'hebdomadaire ne traite pas seulement d'économie. On y trouve immanquablement les mêmes rubriques, dont certaines ont de drôles de noms qui ne parlent qu'aux initiés : la chronique " Charlemagne " traite de l'Europe des 27, " Bagehot " de la politique intérieure britannique, " Lexington " des Etats-Unis, " Banyan " de l'Asie et " Buttonwood " de la finance. Et tant pis si les lecteurs ne se souviennent plus que Walter Bagehot était un éminent journaliste britannique du XIXe siècle. Avec une remarquable constance, The Economist consacre aussi plusieurs articles par semaine au Proche-Orient et à l'Afrique.

John Micklethwait est un pur produit d'Oxford. Il a rejoint la rédaction de The Economist en 1987, en est devenu rédacteur en chef en 2006. Tous les lundis matin, une conférence de rédaction réunit dans son bureau les journalistes présents à Londres et ceux en poste à l'étranger, qui s'expriment par téléphone ou vidéoconférence. " Tout le monde peut participer, même les stagiaires, témoigne Sophie Pedder, correspondante de l'hebdomadaire à Paris. La réunion doit fixer le thème de la couverture, les cinq grands sujets et les éditoriaux. Elle donne lieu à un vrai débat. Chacun peut s'exprimer librement, à condition de ne pas tomber dans la facilité. L'objectif est de pousser l'argumentation jusqu'au bout. "

Au fond, The Economist est un peu l'équivalent d'un club au sens anglais du terme. Un rassemblement d'esprits brillants, qui dissertent sur la marche du monde avec ce mélange si britannique d'intelligence et d'humour distancié. Comme tout club, il a ses règles. La première d'entre elle est l'anonymat. Les articles ne sont pas signés et engagent toute la rédaction.

" C'est notre marque de fabrique, justifie John Micklethwait. Lorsque vous écrivez pour The Economist, vous devez justifier votre point de vue auprès des collègues qui travaillent avec vous. C'est très démocratique. " Cette contrainte ne convient pas à tout le monde. " Certains journalistes sont partis parce qu'ils avaient un désir de reconnaissance et ne supportaient pas l'anonymat ", raconte Sophie Pedder. Ceux qui restent sont très attachés au titre. Ce ne sont pas pour autant des individus effacés : " Nous formons un groupe de personnalités fortes ", témoigne la correspondante à Paris.

L'écriture de The Economist a ses règles, énumérées dans un livre de style : il faut être concis, dense; privilégier les mots les plus courts, d'origine anglo-saxonne. " Si l'on devait résumer l'hebdomadaire par un adjectif, ça pourrait être "austère", estime George Brock, directeur du département de journalisme de la City University de Londres. Il séduit par sa qualité classique. Comme un bon vin, il s'exporte bien. Quand vous l'avez fini, vous avez le sentiment d'être bien informé. Et en même temps, il sait être provoquant. "

L'essor de The Economist s'est appuyé sur un marketing astucieux, décliné en quelques slogans mettant en avant son côté haut de gamme : " Lu mais jamais dicté par les personnes d'influence "; " Ne plus fumer, boire ou manger. Faut-il aussi arrêter de penser ? "; " La vérité est toujours bonne à lire ". Les équipes commerciales ne manquent jamais une occasion de rappeler que les grands de ce monde, comme Eric Schmidt, le PDG de Google, ou Bill Gates, le fondateur de Microsoft, lisent The Economist. La légende veut que c'était le seul journal auquel Nelson Mandela avait droit pendant sa captivité, dans sa cellule de Robben Island.

Tout cela ne suffit pas à expliquer pourquoi un hebdomadaire global a pu séduire les Américains, d'ordinaire peu intéressés par ce qui se passe en dehors de leurs frontières : chaque semaine, plus de 800 000 exemplaires sont vendus en Amérique du Nord. Pour Susan Clark, directrice commerciale pour l'Europe, le Proche-Orient et l'Afrique, il y a eu un effet 11-Septembre : " La demande pour des informations internationales a augmenté aux Etats-Unis après les attentats de New York. The Economist propose une fenêtre sur le monde. Le fait que nous ne soyons pas américains nous confère une plus grande crédibilité. " En juillet 2009, la revue The Atlantic a tressé des lauriers à The Economist, au détriment de ses concurrents Time et Newsweek, expliquant son succès parce qu'il propose " une synthèse réellement globale à une époque où la quantité d'information indigeste continue de se développer sur Internet comme autant de métastases ".

Pour John Micklethwait, le succès de l'hebdomadaire s'inscrit dans une tendance de fond, celle de " l'ère de l'intelligence de masse ". " Sous l'effet de l'éducation et de la prospérité économique, le nombre de personnes ayant accès à la culture a augmenté, explique-t-il. Notre magazine a profité de ce phénomène. " The Economist se définit comme libéral, au sens classique du terme. " Old fashion liberal ", insiste son rédacteur en chef. Précision utile, car le terme est devenu, aux Etats-Unis, l'équivalent de " gauchiste ". Ce que l'hebdomadaire britannique n'est certes pas. La rédaction ne veut surtout pas être identifiée à un parti, démocrate ou républicain aux Etats-Unis, travailliste ou conservateur au Royaume-Uni.

Même s'il est d'usage qu'avant chaque élection dans un grand pays, The Economist prenne position pour un candidat. C'est ainsi qu'il a soutenu Tony Blair et Barack Obama. En 2007, il a pris position pour Nicolas Sarkozy en France. " Sur les sujets de société, nous sommes proches des démocrates aux Etats-Unis, explique John Micklethwait. Nous sommes contre la peine de mort, pour le mariage gay et la libéralisation de la drogue. En matière économique, nous sommes plutôt de droite, car nous voulons restreindre au maximum le rôle de l'Etat. Nous nous rattachons à la grande tradition du libéralisme de John Stuart Mill et d'Adam Smith. "

Le respectable hebdomadaire, fondé en 1843, a pourtant été pris plusieurs fois en défaut. En 2003, il a pris position pour la guerre en Irak. L'épisode a laissé des traces douloureuses. " Nous avons été candides ", lâche sobrement John Micklethwait. Sophie Pedder se souvient d'une grande fracture dans la rédaction : " Jamais nous n'avions été autant divisés. La raison pour laquelle la position proguerre a prévalu, c'est que nous avions confiance en Tony Blair et que les informations fournies par les Américains plaidaient pour une intervention. " L'hebdomadaire fera plus tard son mea culpa dans un éditorial.

Plus récemment, la crise financière semble avoir donné tort aux positions ultralibérales de The Economist. Une accusation que son rédacteur en chef balaie d'un revers de main : " Nous avons alerté sur la folie des marchés et les niveaux de l'immobilier aux Etats-Unis. Maintenant, sur la régulation, Sarkozy a annoncé la fin du laisser-faire. C'est stupide et faux. Si vous regardez les vingt-cinq dernières années, 1 milliard d'individus sont sortis de la pauvreté absolue dans les pays en développement pour rejoindre la classe moyenne grâce à la mondialisation. Personne ne peut dire que la dérégulation a été une mauvaise chose en Chine, en Indonésie, au Brésil, en Inde. La réponse à la crise n'est pas davantage de régulation. "

Le magazine, lui, a peu souffert de la crise. Le groupe a dégagé un résultat d'exploitation de 20,1 millions de livres (22,9 millions d'euros) au premier semestre 2009, en baisse de 10 %. The Economist est diffusé à 75 % par abonnement, avec une fidélité exemplaire des lecteurs puisque la durée moyenne de l'abonnement est de dix ans.

Malgré un prix de vente élevé, la majorité du chiffre d'affaires (60 %) est réalisée par la publicité. L'hebdomadaire possède aussi un site Internet payant, mais sa part est négligeable dans les recettes. Le groupe The Economist est détenu à 50 % par le groupe britannique Pearson, qui édite notamment le Financial Times. Cependant, il est géré comme une fondation et l'actionnaire principal n'intervient pas dans la gestion.

Xavier Ternisien

PHOTO - Britain's Financial Services Authority (FSA) chairman Lord Turner, gives his keynote speech for The Economist magazine inaugural City lecture in London on Wednesday Jan. 21, 2009. The banking system must undergo "profound" changes if a repeat of the current collapse is to be avoided in future, the head of City financial watchdog FSA chairman Lord Turner said during his speech.

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mardi 9 mars 2010

DROITS DE L'HOMME - Quand la Chine défie les normes internationales - Frédéric Koller

Le Temps - International, mardi, 9 mars 2010

Débat sur la volonté ou non de Pékin d'imposer un contre-modèle à l'Occident

Propos recueillis par Frédéric Koller

Devenue une grande puissance économique et politique, la Chine compte désormais exercer son influence dans tous les domaines, y compris celui des droits de l'homme pour éviter d'apparaître comme un mauvais élève de la communauté internationale. C'est ainsi que Pékin revoit sa communication et déploie d'importants efforts diplomatiques pour défendre sa vision, son modèle, ou plutôt un contre-modèle à l'universalisme promulgué dans un premier temps par l'Occident.

Pour en débattre, le FIFDH* réunit le professeur Zhang Weiwei qui enseigne à Genève après avoir été le traducteur de Deng Xiaoping, le sinologue Nicolas Zufferey et Sharon Hom, la directrice de Human ­Rights in China, qui répond à nos questions.

Le Temps: Quel rôle joue la Chine au Conseil des droits de l'homme?

Sharon Hom: Son rôle a évolué. Dans l'ancienne commission, les représentants chinois étaient souvent agressifs, ils avaient une mentalité héritée de la Révolution culturelle, tout en prenant soin de ne pas trop apparaître au premier plan. Depuis quelques années, on le constate au Conseil, les diplomates et les délégations chinoises sont beaucoup plus sophistiqués. Ils viennent en très grand nombre, ils sont jeunes, bien éduqués - probablement à l'étranger - et ils ont une bonne connaissance des dossiers. Leurs représentants sont cosmopolites et polis. Ils ont appris à parler le langage de l'ONU pour montrer qu'ils sont un acteur global.

- N'est-ce pas positif?

- Le fait qu'ils maîtrisent mieux leurs dossiers peut sembler une bonne chose. Ils adorent les statistiques. Pourtant leur but n'est pas de promouvoir les droits de l'homme mais de mieux se protéger ainsi que les Etats amis qui en retour soutiendront la Chine. Le but de Pékin est d'écarter les voix de la société civile chinoise et de saper les normes internationales au nom d'une prétendue exception chinoise ou de ce qu'on appelle le relativisme culturel.

- Quelle influence a la Chine?

- Elle est de plus en plus grande. Elle suit la progression des investissements chinois dans le monde. On le voit, par exemple, avec le groupe africain qui est sous l'influence économique et politique grandissante de la Chine, sous l'influence de son soft power. La question est de savoir quelle réponse peut apporter la communauté internationale, comment engager la Chine efficacement.

PHOTO - BEIJING - MARCH 09: Chinese military delegates arrive at the Tiananmen Square before the National People's Congress (NPC) on March 9, 2010 in Beijing, China. Chinese Premier Wen Jiabao has announced a 43.3 billion yuan plan to stimulate employment, and extend a program to create jobs for more than 9 million people entering the urban work force.

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mercredi 6 janvier 2010

Robinets de luxe : THG mise sur la Chine pour passer la crise - Dominique Chapuis

Les Echos, no. 20586 - Industrie, mardi, 5 janvier 2010, p. 17

La société de la Somme spécialisée dans la robinetterie de luxe a vu ses commandes ralentir en 2009. Présente en Chine depuis les jeux Olympiques de 2008, elle veut pousser ses pions dans le pays avec la création d'une filiale à Shanghai. Elle attend aussi la confirmation d'un important contrat avec une chaîne d'hôtels chinoise.

C'est un robinet en bronze géant en forme de tête de cheval. Il a été commandé par un cheik d'Arabie saoudite pour ses écuries royales. Il a fallu quinze jours pour mettre au point le prototype. Si ce modèle lui plaît, le riche émirati en achètera une dizaine, une commande de plus de 35.000 euros. Son fabricant ? L'entreprise THG, du nom des fondateurs Tétard, Haudiquez et Grisoni, un spécialiste de la robinetterie de luxe. Les créations de cette PME de la Somme, fondée dans les années 1950, sont connues dans le monde entier par une clientèle de particuliers aisés ou d'hôtels haut de gamme. C'est la reprise en 1995 de la marque Jean-Claude Delépine, l'initiateur dans les années 1970 du design dans ce secteur, qui lui a permis d'asseoir sa notoriété internationale, avec ses modèles en forme de cygne ou de dauphin. Avec 230 salariés, la société toujours familiale réalise 80 % de ses ventes à l'étranger. Mais avec la crise, nombre de projets notamment d'aménagement de yachts et d'hôtels ont été stoppés net. Après une hausse de 25 % du chiffre d'affaires en 2008, après autant en 2007, pour un résultat d'exploitation équivalent à 25 % des ventes, la direction estime à 20 % le recul de l'activité en 2009, à 25,5 millions d'euros. Son premier marché, les Etats-Unis, est en chute de 40 %.

Une dizaine de métiers

« Dans le même temps, le Moyen-Orient est resté stable, et les commandes en Chine, où nous avons mis en oeuvre depuis 2007 d'importants projets liés aux JO, ont bondi de 35 % », précise Michel Gosse, le directeur général qui, avec sa femme, PDG, détient 100 % du capital depuis 2003. Pour pousser ses pions sur place, la société va ouvrir une filiale à Shanghai. Les clients y sont friands de robinets avec des dorures. Et le dirigeant attend la confirmation d'un important contrat avec une chaîne d'hôtels et de résidences de luxe chinoises, qui devrait lui assurer une partie de son chiffre d'affaires pour 2010.

En attendant, pour passer la crise, la PME a serré les coûts, arrêté les contrats de ses 55 intérimaires, et baissé ses prix pour rafler des contrats. Mais, pas question de couper les commandes à ses petits sous-traitants locaux. « Nous travaillons avec 25 artisans polisseurs et une dizaine dans le décolletage installés dans le Vimeu. Nous avons continué de leur assurer un minimum de commandes, sinon, nous n'aurons plus personne quand la reprise sera là », reprend le patron. La force de la société ? Son intégration qui va du dessin à la fabrication de son outillage, à l'usinage_ « Nous avons une dizaine de métiers différents. Cette souplesse nous permet de faire des séries, tout en répondant aux caprices d'un décorateur ou aux demandes de notre bureau d'études, et cela en restant dans le prix du marché », souligne Olivier Rolland, responsable des grands comptes. Les tarifs de ses modèles vont de 300 à 6.000 euros pièce. THG a initié depuis 2000 des partenariats avec de grandes maisons comme Lalique et le porcelainier Bernardaud. Et depuis sept ans, elle mène des projets avec de grands décorateurs, comme Pierre-Yves Rochon, qui lui a ouvert grand la porte de l'hôtellerie de luxe. A Paris, la PME a équipé quasiment tous les palaces, du Ritz au Crillon. En cours, le projet du Shangri-La, un cinq étoiles d'une centaine de chambres avec vue sur la tour Eiffel.

Parmi les demandes de particuliers, la société a équipé les 18 cabines d'Octopus, le yacht de Paul Allen, l'associé de Bill Gates, des moules uniques avec interdiction de s'en resservir. THG a aussi pour client le milliardaire russe Roman Abramovitch, qui, après son bateau, lui a commandé des robinets pour ses avions privés et ses villas.

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lundi 21 septembre 2009

Quand Warren Buffett parle chiffons, la Bourse de Shanghai s'enflamme

Les Echos, no. 20512 - Dernière, vendredi, 18 septembre 2009, p. 15

Le 2 mai dernier, lorsque Warren Buffett est monté sur l'estrade du Qwest Center d'Omaha pour s'adresser aux actionnaires de Berkshire Hathaway, aucun des 35.000 investisseurs présents n'a prêté grande attention à la coupe légère mais cintrée de son costume gris anthracite. Ils auraient dû. Quelques petits porteurs chinois, qui guettent les moindres faits et gestes de « l'oracle » américain, viennent de faire fortune après avoir remarqué que leur gourou portait, ce jour-là, un ensemble de la marque Trands, produite par Dalian Dayang Trands, un fabricant basé dans le nord-est de la Chine. Totalement inconnue du grand public chinois, la société cotée sur la place de Shanghai vient de voir son titre bondir de plus de 80 % depuis le début du mois de septembre et la mise en ligne sur le site du groupe d'un message vidéo de Warren Buffett, louant la qualité des coutures des vêtements Trands, vendus seulement dans une vingtaine de boutiques du pays. Hier, l'action de l'entreprise s'est encore envolée de 9,97 %, pour clôturer à 14,67 yuans.

Dans le message adressé à son « amie » Li Guilian, la présidente de Dayang, qu'il avait précédemment invitée à Omaha, l'investisseur explique qu'il a jeté tous ses autres costumes, pour ne plus porter que les neuf ensembles faits sur mesure pour lui par Dayang. Il assure que ses amis Charlie Munger et Bill Gates ont eux aussi été conquis par la petite marque créée par celle qu'il appelle « Madame Li ». « Elle a commencé il y a trente ans avec une machine à coudre et fabrique maintenant 5 millions de costumes par an », insiste Warren Buffett, qui a découvert le tailleur il y a deux ans, lors d'un bref passage dans la ville de Dalian.

Après la flambée du titre du couturier, les porte-parole de Berkshire Hathaway ont pris soin de rappeler que leur holding ne détenait officiellement aucun investissement dans Dalian Dayang Trands. Cela n'a, en rien, entamé l'enthousiasme des petits porteurs chinois qui ont vu dans les compliments de Warren Buffett une nouvelle prophétie. Des milliers d'investisseurs locaux ont déjà fait fortune après avoir suivi les précédentes divinations de l'Américain, qui avait, il y a quelques années, investi dans Petrochina, le géant chinois du pétrole, puis dans le plus obscur BYD. Il y a tout juste un an, MidAmerican Energy Holdings, l'une des filiales de Berkshire, avait acquis, au prix de 8 dollars de Hong Kong, 9,9 % des actions de ce fabricant de batteries se rêvant en leader de l'industrie automobile. Depuis, Warren Buffett n'a cessé de louer le « génie » du PDG de BYD. La valeur du titre du groupe a été multiplié par 8 et le vieux sage d'Omaha a généré un profit potentiel de 1,3 milliard de dollars.

YANN ROUSSEAU

PHOTO - Warren Buffett au Qwest Center d'Omaha, le 2 mai 2009 / Reuters

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jeudi 30 avril 2009

PORTRAIT - Kong Jining, l'histoire secrète du petit-fils de Mao - Roger Faligot

Le Point, no. 1503 - Monde, vendredi, 6 juillet 2001, p. 042

Portrait - Le président chinois a nommé Kong Jining, le descendant de Mao, à un poste clé des services d'espionnage. Ceux-là mêmes qui désossaient l'avion américain EP-3. Un signe.

Le nouveau patron du 2e Bureau de l'Armée populaire de libération chinoise est un personnage hors du commun. Ce quadragénaire, le général Kong Jining, n'est autre que le petit-fils du fondateur de la République populaire, Mao Zedong... Et jusqu'à ce jour son histoire était l'un des secrets les mieux gardés de la Cité interdite.

Dans le quartier Huangsi (« Temple jaune »), au nord de Pékin, un corps de bâtiment abrite le QG du département de renseignement militaire, le Qingbaobu. Un service d'espionnage qui vient d'être sérieusement ébranlé. En novembre dernier, en effet, un tribunal a condamné son patron, le général Ji Shengde, à quinze ans de prison. Fils d'un ancien ministre des Affaires étrangères, le général Ji est « tombé » pour une affaire de corruption impliquant la pègre et des hauts dirigeants de l'Etat. En Occident, personne n'est dupe : Ji Shengde est aussi détenteur de secrets sur le financement occulte du Comité de réélection de Bill Clinton en 1996 et sur l'affaire des frégates de Taïwan... Une reprise en main est opérée par le chef d'état-major adjoint de l'APL (Armée populaire de libération), Xiong Guangkai, superviseur de la nébuleuse de l'espionnage militaire, y compris du 3e département chargé des interceptions de type Sigint, responsable du « désossage virtuel » de l'avion espion américain EP-3. Prédécesseur de Ji Shengde à la tête du renseignement, le major-général Xiong est l'une des figures les plus influentes de l'armée chinoise. Il a pu imposer au président Jiang Zemin la nomination très discrète du petit-fils de Mao Zedong à un poste stratégique de l'espionnage.

Le pedigree du général Kong Jining est surprenant. Il est le rejeton d'un des rares enfants de Mao à avoir survécu à la révolution et au désintérêt du « grand timonier » pour sa progéniture. Tout a commencé en 1930, dans la province du Jiangxi, où Mao a créé son soviet. Sa première épouse a été fusillée par les nationalistes. Il s'éprend alors d'une institutrice de 17 ans, He Zizhen, qui devient l'« héroïne de la Longue Marche », ces 9 000 kilomètres à parcourir jusqu'à Yan'an, à partir de 1934, pour y instaurer une base rouge inexpugnable. La jeune femme a donné deux enfants à Mao, abandonnés à des paysans. Durant la Marche, à nouveau enceinte, elle est blessée à la tête. Ce qui ne l'empêche pas de donner une fille au chef de la révolution, en 1936, survivante aujourd'hui sous le nom de Li Min. Hélas, He Zizhen est supplantée auprès de Mao par Jiang Qing, l'intrigante actrice de Shanghai. Un comité spécial du PC autorise Mao à répudier sa deuxième femme. Pis : en 1938, on l'expédie avec sa fille dans l'URSS de Staline. La tragique odyssée de He Zizhen se poursuit dans les asiles psychiatriques du NKVD.

La « bande des quatre »

En 1945, Li Min est renvoyée en Chine, où sa belle-mère, Jiang Qing, assure son éducation et celle de Li Na, la fille qu'elle a eue avec Mao. Au lendemain de la victoire de 1949, quand la République populaire est proclamée, sa mère, He Zizhen, est enfin rapatriée. Jugée schizophrène, on la soumet aux électrochocs à Shanghai. Elle y mourra en 1984 sans que Mao ait cherché à la revoir. Entre-temps, Li Min a poursuivi des études scientifiques qui l'amènent dans les laboratoires où l'on met au point la bombe atomique. Dans ces milieux, elle se trouve un mari, Kong Linghua, fils d'un général d'artillerie de renom. Mariés en 1959, ils ont deux enfants : le futur général Kong Jining et sa petite soeur, Kong Dongmei, qui ont leurs entrées dans la Cité interdite, où ils voient grand-père Mao.

La Révolution culturelle éclate en 1966 : Jining a 6 ans, il endosse l'uniforme des Petits Gardes rouges et apprend les « Citations du président Mao ». Cette tourmente où s'affrontent les clans du Parti pousse la Chine au bord du précipice et fait 20 millions de morts. Sa grand-mère adoptive, Jiang Qing, dirige le mouvement maoïste avec sa « bande des quatre ». Elle utilise ses filles pour influencer des organes importants de l'armée : Li Min se retrouve à la Commission de la science et de la technologie pour la défense nationale (Costind), présidée par Nie Rongzhen, le père de la bombe atomique.

A la direction de l'APL

1976, l'année du Dragon : Mao meurt. La « bande des quatre » est renversée. Comme Qiang Jing, Li Min est arrêtée et elle dénonce sa belle-mère comme « contre-révolutionnaire ». C'est le prix à payer pour réintégrer la nomenklatura sous Deng Xiaoping : en 1984, son mari, Kong Linghua, est chef de propagande de l'Armée populaire. Plus rien ne s'oppose à l'ascension de leur fils vers les cimes de l'APL.

Après l'école des cadets, à 21 ans, Kong Jining se retrouve à Nankin, à l'Institut des langues et des relations internationales de l'APL, le creuset des espions. Baptême du feu : le voici attaché militaire adjoint au Pakistan à la fin des années 80. Il participe au soutien de son pays à la résistance afghane face à l'occupation soviétique. Trois cents conseillers militaires chinois entraînent des moudjahidine en liaison avec les services secrets pakistanais du général Akhtar. A Islamabad, il favorise des programmes sino-pakistanais de fabrication d'armement. Au cours de la décennie suivante, le colonel Kong travaille avec le Groupe d'analyse stratégique du colonel Luo Renshi, ancien attaché militaire à Paris. Puis ce sont des séjours à Londres, où il participe à l'espionnage technologique impulsé sur l'Europe par la Costind. Retour d'Angleterre en 1997 : Kong est attaché à l'état-major de l'APL quand survient la crise interne du renseignement suivie de la chute de son chef.

L'ancien directeur de l'Ecole du renseignement de Nankin, le général Luo Yudong, est nommé patron du renseignement militaire par Jiang Zemin, fin 1999. Mais l'organigramme est incomplet. Le général Xiong Guangkai s'est adjoint Kong Jining pour coordonner le 2e Bureau. Sa mission ? Planifier les missions du général Luo. « Kong s'est retrouvé à un poste nouvellement créé pour assurer une direction bicéphale du renseignement militaire et empêcher les dérapages », confirme un officier supérieur de l'APL. Pendant qu'éclatait la crise de l'avion espion EP-3, la promotion de l'héritier de Mao peut être interprétée comme un signal fort, interne à l'APL, et aussi à l'égard du monde .

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mercredi 1 avril 2009

Partenariat entre la Chine et la Fondation Gates

Le Monde - Environnement & Sciences, jeudi, 2 avril 2009, p. 4

Le ministre chinois de la santé et Bill Gates ont annoncé, mercredi 1er avril, l'attribution d'un don par la fondation Gates de 33 millions de dollars (25 millions d'euros) destiné à aider la Chine à introduire des méthodes innovantes en matière de contrôle de la tuberculose. Cette donation a été annoncée à l'occasion d'une réunion organisée à Pékin sur les tuberculoses résistantes aux traitements, à laquelle participaient les ministres de la santé de 27 pays.

La Chine compte, chaque année, 1,5 million de cas de tuberculose.

PHOTO - Bill Gates durant les JO de Pékin 2008 / Reuters

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jeudi 26 février 2009

La nomination de Gary Locke par Barack Obama bien accueillie à Pékin

Les Echos, no. 20372 - International, jeudi, 26 février 2009, p. 5

Après les défections de Bill Richardson et de Judd Gregg, la désignation du premier gouverneur sino-américain au Commerce a été très bien accueillie par Pékin.

Il avait porté la flamme olympique dans la province du Sichuan, lors de l'ouverture des JO de Pékin en août 2008. C'est peu dire que la désignation de Gary Locke, fils d'immigrés chinois et premier Sino-Américain élu gouverneur dans l'histoire des Etats-Unis, par le premier président afro-américain a été bien accueillie par Pékin. Quelques semaines après les « malencontreuses » déclarations du secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, accusant la Chine de manipuler les cours du yuan, la désignation de Gary Locke, cinquante-neuf ans, devrait contribuer à fluidifier les relations commerciales entre Washington et Pékin, dans une période de tensions potentielles entre les deux grandes puissances.

Descendant d'immigrés chinois

« Il est très bien considéré en Chine et je pense qu'il sera écouté », estime John Frisbie, président de l'US-China Business Council. Pour Barack Obama, qui a vainement tenté la carte de l'ouverture « bipartisane » avec la nomination avortée du républicain Gregg Judd au Commerce, c'est une nouvelle forme d'ouverture en direction de la Chine. Très remonté contre les appels au « buy american » associés au plan de relance américain, Pékin redoutait de voir l'arrivée à ce poste clef de l'administration américaine d'un partisan d'une politique plus protectionniste. Hier, déjà, plusieurs titres de la presse officielle se félicitaient de la nomination d'un vieil « ami de la Chine ».

Descendant d'immigrés chinois installés à Seattle, Gary Locke a cultivé tout au long de sa carrière de fortes relations avec le pays de ses ancêtres, même s'il maîtrise mal le mandarin. Gouverneur de l'Etat de Washington de 1996 à 2004, il a mené, chaque année, d'importantes missions commerciales en Chine et a ainsi rencontré, à plusieurs reprises, l'ancien président Jiang Zemin ainsi que les actuels dirigeants, Hu Jintao et Wen Jiabao. Revenu dans le « civil » au sein du cabinet d'avocats Davis, Wright, Tremaine, il a continué d'utiliser son réseau pour faire progresser la cause de grands industriels américains sur le marché chinois. Il a ainsi aidé à l'expansion de Starbucks dans le pays et a souvent plaidé les causes de Boeing et de Microsoft au cours d'entretiens privés avec le Premier ministre chinois. C'est aussi lui qui organisa, en 2006, la très médiatique visite du président Hu Jintao chez Boeing et le dîner chez Bill Gates. C'est pourquoi Gary Locke, considéré à Pékin comme l'une des rares personnalités capables d'apaiser les tensions commerciales avec Washington, avait obtenu le privilège de porter la flamme olympique en 2008.

YANN ROUSSEAU (À PÉKIN) ET PIERRE DE GASQUET (À NEW YORK)

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lundi 2 février 2009

Bill Gates va se rendre en Chine

Le Figaro, no. 20064 - Le Figaro Économie, samedi, 31 janvier 2009, p. 22

BILL GATES. Venu à Davos avec son épouse Melinda, l'ancien patron de Microsoft et milliardaire philanthrope, a indiqué qu'il allait se rendre en Chine pour encourager les détenteurs de grandes fortunes chinoises à se lancer dans l'humanitaire. « Nous verrons si la Chine deviendra comme les États-Unis où beaucoup de gens très riches consacrent de l'argent et du temps à la cause des plus défavorisés », a expliqué Bill Gates. Richement dotée, la Fondation Bill Gates consacrera cette année 34 millions de dollars au « Réseau mondial pour les maladies tropicales négligées ».

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