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lundi 8 août 2011

GDF Suez va s'allier au fonds chinois CIC - Emmanuel Grasland

Les Echos, no. 20990 - Entreprises et Marchés, lundi 8 août 2011, p. 17

GDF Suez va s'allier au fonds chinois CIC et lui céder 30 % de son exploration-production

Le fonds souverain chinois CIC scelle un partenariat stratégique avec GDF Suez en Asie-Pacifique. Il va prendre une participation d'environ 30 % dans le pôle exploration-production pour 2 à 3 milliards d'euros. GDF Suez va filialiser l'activité et procéder à une augmentation de capital.

Grandes manoeuvres chez GDF Suez. Le géant français s'apprête à signer un accord à double détente avec le fonds souverain chinois China Investment Corporation (CIC). Il s'agit d'abord d'obtenir son soutien pour se développer en Asie-Pacifique. Selon nos informations, CIC se verra proposer de participer à tous les investissements de GDF Suez dans la région, à l'exception de la Chine (CIC n'a pas le droit d'investir dans son propre pays). Le fonds devrait également apporter son aide pour obtenir des accords de financement pour GDF Suez auprès des banques chinoises et pour décrocher des contrats.

Cet accord va couvrir tous les métiers de GDF Suez, des services énergétiques à l'environnement. Il vise à positionner le groupe sur les marchés à forte croissance et à développer des liens avec les compagnies chinoises, afin de répondre ensemble à des appels d'offres dans la production d'électricité. Jusqu'à présent, GDF Suez travaillait plutôt avec des japonais comme Marubeni ou Mitsubishi dans ce domaine. En discussion depuis un an, l'accord a déjà eu des retombées commerciales avec l'obtention d'un contrat de terminal flottant de regazéification pour une grande ville chinoise, indique une source interne.

Deuxième volet, spectaculaire, du projet : l'entrée de CIC dans le capital du pôle exploration-production. GDF Suez prévoit de filialiser cette activité, puis de procéder à une augmentation de capital d'ici à la fin de l'année. CIC devrait prendre environ 30 % de la société, affirment plusieurs sources. Soit un investissement de 2 à 3 milliards d'euros. L'annonce devrait être faite mercredi à l'occasion des résultats semestriels. Contacté, le groupe n'a pas souhaité faire de commentaire.

Aujourd'hui, l'exploration-production est regroupée avec les activités de vente de gaz aux grands comptes européens et les achats de GNL (gaz naturel liquéfié) et de gaz. L'ensemble a représenté un chiffre d'affaires de 20 milliards d'euros en 2010 pour un résultat brut d'exploitation de 2 milliards d'euros, dont près de 70 % provenant de l'exploration-production.

Pourquoi ouvrir le capital ? Cette décision va d'abord accélérer la réalisation du programme de cessions de 10 milliards d'euros sur trois ans annoncé par le groupe afin de réduire son endettement. Surtout, elle va permettre de limiter les apports en financement. Très rentable, l'exploration-production est un métier gourmand en capitaux. Lancée à la fin des années 1990 par Gaz de France, cette activité de 1.400 salariés a absorbé à elle seule 6 milliards d'euros d'investissements entre 2003 et 2008.

Doubler les réserves

Avec 815 millions de barils équivalent pétrole de réserve, GDF Suez reste néanmoins un poids moyen. Le groupe a produit 51 millions de barils équivalent pétrole en 2010, 17 fois moins que Total par exemple. Le groupe affiche néanmoins des ambitions importantes. Ces dernières années, il a décroché des licences d'exploration dans des pays comme la Libye, l'Egypte, la Mauritanie ou l'Azerbaïdjan. Il mène un projet de 1,5 milliard de dollars à Touat, dans le sud de l'Algérie. GDF Suez a aussi pris 60 % dans trois gisements gaziers offshore en Australie. Dans ce cadre, le groupe envisage d'investir plusieurs milliards d'euros dans la construction d'une usine flottante de liquéfaction de gaz avec l'australien Santos. A terme, GDF Suez souhaite produire lui-même de 10 % à 15 % du gaz qu'il commercialise et doubler ses réserves.

EMMANUEL GRASLAND


CIC, un fonds géant

Créé en 2007, le fonds chinois CIC fait partie des grands fonds souverains de la planète et gère 374 milliards de dollars d'actifs dans le monde.Il détient 9,7 % de Morgan Stanley et 9,4 % du fonds Blackstone, mais a aussi pris des participations dans les groupes d'énergie Chesapeake, Noble et Nobel. En 2010, CIC a fait partie des quatre fonds souverains les plus actifs avec le fonds du Qatar, le singapourien Temasek et Mubadala.


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mardi 14 juin 2011

Le pétrole kazakh, cible numéro un des groupes chinois


Les Echos, no. 20952 - Industrie, mardi 14 juin 2011, p. 26

Près de 20 % de la production de pétrole du Kazakhstan est aujourd'hui aux mains des pétroliers chinois. C'est le premier pays visé par les Sinopec, CNPC et autres CIC à l'étranger.

Les compagnies chinoises lorgnent de longue date le Kazakhstan. En 2003, les géants Sinopec et CNPC avaient tenté d'acheter la participation du britannique BG dans le gisement de Kashagan pour 1,2 milliard de dollars. Mais la transaction n'avait pu aboutir, les autres actionnaires, les compagnies occidentales et l'Etat kazakh ayant exercé leur droit de préemption. Depuis, les pétroliers chinois se sont rattrapés. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le Kazakhstan concentre à lui seul près d'un quart des participations pétrolières des groupes chinois à l'étranger, avec un volume de 317.000 barils par jour. C'est le premier pays visé par les Sinopec, CIC et autres CNPC. En avril 2009, CNPC a par exemple acquis une participation de 49 % dans le kazakh MMG, tandis que la banque d'Etat chinoise d'import-export (CEIB) accordait un prêt de 10 milliards de dollars à la compagnie nationale KazMunaigas (KMG). En septembre, le chinois CIC s'est également offert une participation de 11 % dans KMG pour un peu plus de 900 millions de dollars. Aujourd'hui, près de 20 % de la production de pétrole kazakhe est aux mains de l'ex-empire du Milieu, selon l'AIE.

Cet intérêt marqué pour le Kazakhstan résulte de l'existence d'un pipeline de 2.200 kilomètres de long qui permet de relier les côtes de la mer Caspienne à la Chine. D'ici à 2015, cet oléoduc va permettre de transporter environ 6 % des importations de la Chine. Ce qui devrait réduire la dépendance du deuxième consommateur de pétrole au monde vis-à-vis du Moyen-Orient et de l'Afrique (76 % des importations chinoises en 2010). Tous ces barils transitent en effet actuellement par le détroit de Malacca. Une zone sensible, du fait de la densité de son trafic maritime et des risques de piratage. Pour garantir la sécurité des approvisionnements, la zone de la mer Caspienne présente un intérêt évident. Elle contient environ 48 milliards de barils de réserves prouvées, ce qui correspond à 3,5 % des réserves mondiales. La majeur partie de ces ressources se situent au Kazakhstan où les gisements en mer sont restés relativement peu explorés. A terme, il y a donc fort à parier que les pétroliers chinois renforcent leur présence dans la zone. Ils sont arrivés trop tard pour accéder au gisement de Kashagan. Mais si l'un des actionnaires actuels venait à envisager une sortie, il trouverait sans nul doute en Chine une oreille attentive.

EMMANUEL GRASLAND

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lundi 16 mai 2011

Pékin prêt à augmenter le trésor de guerre du fonds souverain CIC

Les Echos, no. 20933 - Marchés, lundi 16 mai 2011, p. 33

L'un des dirigeants du CIC a annoncé que Pékin, qui accumule les réserves de change, travaillait au versement de financements continus à son fonds souverain. Une injection de 100 à 200 milliards de dollars est évoquée.

Le fonds souverain chinois va-t-il bientôt se voir confier la gestion de nouvelles liquidités ? C'est en tout cas l'hypothèse à laquelle veut croire publiquement l'un de ses dirigeants, Jin Liqun, qui dirige le comité de supervision de China Investment Corporation (CIC). Celui-ci a annoncé, lors d'un forum international des fonds souverains tenu à Pékin que son organisation travaillait à la mise en place d'un « mécanisme grâce auquel nous recevrons un financement continu ». Le « Financial Times » croit savoir que le montant de l'augmentation de capital envisagée devrait s'élever entre 100 et 200 milliards de dollars.

Fondé en 2007 dans le but de développer une gestion plus dynamique d'une partie des réserves de change de la Chine, le CIC n'a pas eu des débuts glorieux. Il a d'abord investi essentiellement dans des valeurs financières américaines, telles Blackstone et Morgan Stanley... dont la valeur boursière a sombré dans les mois qui ont suivi, en raison de la crise financière. Cela lui a valu une grande impopularité dans les médias chinois. Et cela a stoppé net les injections annuelles d'argent frais qui lui avaient été promises lors de son lancement. Aujourd'hui, les 200 milliards de dollars dont il a été doté initialement - dont 110 ont été, comme prévu, investis à l'étranger -ne semblent plus à la hauteur de l'enjeu. Alors que le montant des réserves de change était inférieur à 1.500 milliards de dollars en 2007, elles excèdent aujourd'hui les 3.000 milliards. Un niveau déraisonnable, de l'aveu même du gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan. Si l'on suit les règles de calcul du FMI, le niveau de réserves qui serait considéré comme « nécessaire » pour la Chine se situerait entre 150 et 300 milliards de dollars.

Bras de fer

D'où la volonté des autorités chinoises de repartir à l'offensive. Mais, manifestement, la forme que prendra le dispositif n'est pas encore claire : l'hypothèse de la création de nouveaux fonds a également été évoquée. Un flou qui tient beaucoup, explique un spécialiste des finances chinoises, « au bras de fer entre la banque centrale et le ministère des Finances, la première cherchant à diviser pour mieux régner ». Si le CIC dépend du ministère des Finances et donc, in fine, du pouvoir politique central, cela déplaît profondément à l'institut d'émission monétaire, analyse-t-il. La banque centrale était d'ailleurs parvenue à imposer, lors du lancement du CIC, en 2007, que ce dernier obtienne ses liquidités en les lui empruntant, ce qui assure à celle-ci un revenu confortable d'un peu plus de 4 % par an. Et elle milite aujourd'hui pour la création de fonds dont elle seule aurait la gestion.

GABRIEL GRESILLON

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