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mardi 4 octobre 2011

Avec l'iPhone 5, Apple veut préserver son modèle - Laurence Girard

Le Monde - Economie, mardi 4 octobre 2011, p. 15

Parlons iPhone ", c'est par ce bref message qu'Apple a donné rendez-vous aux journalistes et aux fans de la marque à la pomme mardi 4 octobre, au siège de l'entreprise, à Cupertino en Californie.

L'occasion d'évoquer le renouvellement du produit devenu culte de la société fondée par Steve Jobs. Sauf que, cette fois, la présentation toujours très attendue, ne sera pas faite par le patron le plus charismatique de la Silicon Valley, mais devait être menée par son successeur Tim Cook qui a repris officiellement les rênes le 24 août. Tout un symbole.

Comme à chaque présentation d'un nouveau produit, les rumeurs n'ont pas manqué de circuler. Les internautes se sont, cette fois, surtout interrogés sur l'ampleur de l'évolution du produit.

Fallait-il parler de l'iPhone 5 ou d'une simple évolution de l'iPhone 4 ? Au-delà de ces arguties qui enflamment les " geeks ", ces passionnés de bijoux technologiques, une chose est sûre : l'enjeu du renouvellement du produit est crucial pour Apple.

Depuis son lancement en juin 2007, l'iPhone est devenu un objet emblématique. Il a contribué à populariser l'accès à l'Internet mobile. Il a bousculé les positions acquises sur le marché de la téléphonie mobile. Surtout, il est devenu une véritable " machine à cash " pour Apple.

Avec des recettes qui ont quasiment doublé chaque année depuis trois ans, les ventes d'iPhone ont représenté, en 2010, 39 % du chiffre d'affaires total de l'entreprise estimé à 65,2 milliards de dollars. Cette activité est ainsi devenue la première source de revenus du groupe, coiffant les ventes d'ordinateurs Mac. Mieux. Le poids de l'iPhone a encore augmenté au premier semestre 2011, frôlant la barre des 50 % des recettes globales. Sans compter la contribution aux marges plus que confortables d'Apple.

Un succès indéniable. Mais aussi une source possible de fragilité, alors que l'entreprise est devenue très dépendante de ses mobiles. Plus que jamais donc, il faut continuer à alimenter la machine.

Apple mise sur l'extension géographique et commerciale pour gagner de nouveaux clients. La société californienne étoffe ses partenariats avec les opérateurs de téléphone mobile un peu partout dans le monde.

Et mise tout particulièrement sur la Chine où les consommateurs plébiscitent les marques. En trois mois, entre mars et juin 2011, la société californienne a engrangé 3,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans ce pays. Que ce soit à Shanghai ou à Pékin, les Applestore ne désemplissent pas.

Concurrence

L'entreprise de Cupertino se doit aussi d'apporter des innovations régulièrement. Or, la dernière version en date de son smartphone vedette, l'iPhone 4, a été dévoilée en juin 2010, il y a plus d'un an.

Il faut continuer à susciter l'envie du consommateur de changer d'appareil pour maintenir le rythme de renouvellement très rapide qui sévit sur le marché de la téléphonie mobile.

L'arrivée régulière de nouveaux modèles doit aussi permettre à Apple de garder le rythme face à une concurrence toujours plus féroce. Et notamment de Google qui souhaite imposer son système d'exploitation Android, en signant des partenariats avec des fabricants prêts glisser ce " moteur logiciel " dans leurs smartphones.

Résultat, en 2010, selon le cabinet d'études Gartner, Android a équipé 22,7 % des smartphones vendus dans le monde, ce qui en fait le deuxième système d'exploitation le plus présent sur le marché. Il se place derrière, Symbian, la plate-forme du finlandais Nokia, qui voit ses positions s'éroder inexorablement. Apple arrive en quatrième position au coude à coude avec le canadien Research in Motion (RIM), qui avec son BlackBerry a été un des précurseurs de ce marché. Selon Gartner, ce classement pourrait être totalement bousculé en 2011 : Android prendrait la tête avec 38 % de part de marché, suivi d'Apple (19,4 %).

Parmi les fabricants qui ont fait le succès d'Android, Samsung se distingue tout particulièrement. Le coréen, qui est le deuxième plus grand vendeur de mobiles au monde - tous modèles confondus, il en a vendu 281 millions en 2010 -, fait une percée remarquée dans les smartphones.

Ces derniers mois, la tension, entre Samsung et Apple est montée d'un cran. Les deux entreprises multiplient les procédures judiciaires dans de nombreux pays s'accusant mutuellement de violation de propriété intellectuelle.

L'entreprise californienne estime en particulier que son concurrent coréen a copié le design de sa tablette iPad et de l'iPhone et tente de le freiner. Apple vise également Google et sa plate-forme Android.

De son côté Samsung cherche à nouer d'autres partenariats au-delà de celui qui le lie au géant de l'Internet. Le coréen n'a en effet guère apprécié le projet de rachat de son concurrent Motorola, fabricant historique de mobiles, par Google. Samsung vient donc de signer un accord avec Microsoft portant sur le partage de brevets dans le domaine du mobile.

Dans cet univers très mouvant, Apple doit prouver qu'il peut continuer sa success-story dans le mobile. Un enjeu que doit relever maintenant Tim Cook.

La pression sera forte, mardi, lorsqu'il dévoilera la suite de la saga iPhone. Première grand-messe de la firme à la pomme en l'absence de Steve Jobs.

Laurence Girard

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

jeudi 25 août 2011

La bataille des « smartphones » se déplace vers les pays émergents


Les Echos, no. 21002 - High-tech & Médias, jeudi 25 août 2011, p. 18

Rachat de Motorola par Google, rumeurs d'iPhone low cost et lancement de nouveaux « smartphones » à bas prix par Nokia et Samsung : après avoir conquis les pays riches, les nouvelles plates-formes mobiles cherchent les marchés de croissance.

Guerre des « smartphones » : phase deux. Samsung et Nokia, leaders mondiaux des ventes de mobiles, ont annoncé hier le lancement de nouveaux modèles d'entrée de gamme qui ciblent en particulier les pays émergents. Les Galaxy du coréen tournent sous Android, la plate-forme de Google, tandis que le finlandais a installé son système Symbian dans ses trois téléphones - réservant Windows Phone à de futurs produits haut de gamme. Ces annonces interviennent quelques jours après les rumeurs, rapportées par Reuters, concernant la sortie prochaine d'un iPhone 4S qui pourrait coûter autour de 200 euros seulement.

De plus en plus abordables, les téléphones « intelligents » vont pouvoir conquérir les pays émergents. Samsung prévoit que les modèles à moins de 200 dollars représenteront plus de la moitié du marché du « smartphone » en volume en 2015, contre 16 % en 2010. Dans un premier temps, l'industrie du mobile a cherché à vendre ses terminaux connectés dans les pays riches. A présent, le réflexe Internet mobile est bien installé, les « smartphones » font à eux seuls 64 % du chiffre d'affaires des fabricants (54 % l'an dernier) et le monde entier rêve de ces modèles luxueux. Les fabricants peuvent donc reporter leurs efforts sur les pays à forte croissance pour y vendre des téléphones en masse. Les marges seront moins importantes, mais cela permettra aux leaders de faire le vide autour d'eux.

L'eldorado chinois

Selon Pyramid Research, les ventes ont déjà crû de 63 % par an de 2006 à 2010 dans les émergents, où elles représentaient 44 % des ventes mondiales. En 2015, leur part aura grimpé à 61 %, prédit l'institut d'études. Il y a d'autant plus d'opportunités que la pénétration du mobile y est parfois encore faible. Les « smartphones » remplacent aussi les liaisons fixes : « Dans certains émergents, il y a encore très peu de PC et d'Internet ; les "smartphones" sont donc les seuls équipements disponibles et à peu près abordables pour se connecter», explique Stela Bokun, de Pyramid.

Au coeur de cette bataille, la Chine fait rêver, avec son réseau 3G galopant et son milliard d'habitants. D'autant qu'il s'agit déjà du deuxième marché mondial pour les « smartphones » après les Etats-Unis. « Nokia est encore le numéro un en Chine, mais il est sous pression face à Apple dans le haut de gamme et à Samsung dans le milieu de gamme », souligne Neil Mawston, chez Strategy Analytics. Pour lui, le lancement d'un iPhone low cost est une sage idée pour contrer Android : « Tout ce qui porte la marque Apple marche en ce moment ! De plus, cela va permettre de s'adapter à la nouvelle segmentation qui se dessine sur le marché du "smartphone", entre les grands écrans 4 pouces et les écrans 3 pouces privilégiés par les primo-acquéreurs. »

« Course de deux chevaux »

Quant à Samsung, ses Galaxy sont très populaires en Chine. De manière plus générale, la plate-forme Android croît rapidement, y compris dans l'entrée de gamme, avec l'appui des marques chinoises ZTE, Huawei, Alcatel et Coolpad. Le rachat de Motorola par Google devrait contribuer à la croissance d'Android en Chine, car le groupe y dispose encore d'un bon réseau local de distribution, même si sa part de marché y a drastiquement chuté (4 % des « smartphones », selon Pyramid).

Cette « course de deux chevaux » menée par Apple et Samsung signe-t-elle l'échec de Nokia sur les émergents, son terrain de prédilection ? « Malgré les améliorations de Symbian, il va être difficile de dépasser le sentiment général d'un échec », déplore Neil Mawston. Nokia bénéficie toutefois d'une « forte relation avec les opérateurs, ainsi qu'avec de nombreux grands distributeurs ou petits détaillants », souligne Stela Bokun, ce qui devrait l'aider à « se rétablir dans les "smartphones" ». Il faudra attendre la mise sur le marché des Windows Phones pour en juger.

SOLVEIG GODELUCK

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

mercredi 24 mars 2010

L'héritier de la dynastie Lee reprend les commandes de Samsung Electronics

Les Echos, no. 20643 - Technologies de l'information, jeudi, 25 mars 2010, p. 22

Après deux ans d'ennuis judiciaires, le fils du fondateur de l'empire Samsung, âgé de soixante-huit ans, reprend du service. Il devra trouver des relais de croissance, alors que la concurrence malmène le leader coréen.

Le patriarche est de retour. A soixante-huit ans, Lee Kun-hee vient de retrouver son fauteuil de président-directeur général de Samsung Electronics, la plus grande firme de Corée du Sud. Il revient à un poste qu'il a occupé de 1987 à 2008, mais qu'il avait dû quitter en pleine tempête judiciaire. Le patron du premier groupe d'électronique mondial, fondé par son père, s'est retrouvé au centre d'un scandale, soupçonné d'avoir oeuvré secrètement pour favoriser son propre fils et héritier, Lee Jae-young, devenu depuis vice-président.

La famille Lee possède 3,38 % de Samsung Electronics, mais un système complexe de participations croisées lui permet de contrôler le groupe. L'an dernier, le très influent homme d'affaires a été blanchi de tous les chefs d'accusation lancés à son encontre, y compris de celui d'évasion fiscale.

Gagner en visibilité

S'il revient à présent à la tête du groupe au lieu de prendre sa retraite, c'est précisément parce que Samsung a besoin d'un nouveau souffle. « Nul ne sait ce qui pourrait advenir de Samsung à un moment où même des groupes globaux volent en éclat », indiquait hier le porte-parole, sur un ton volontiers dramatique. Avec ses 277.000 employés, Samsung a plutôt bien traversé la crise et s'attend pour 2010 à une nette progression de son résultat opérationnel et de ses ventes. En outre, l'entreprise, qui se développe dans les « smartphones », a commencé ce mois-ci à commercialiser ses premiers téléviseurs 3D aux Etats-Unis.

Mais le chaebol, numéro deux mondial de la téléphonie mobile et leader pour les téléviseurs à écran plat, doit faire face à la pression exacerbée de ses concurrents. « D'ici à dix ans, si nous ne faisons rien, nos produits et nos activités, ce qui fait Samsung aujourd'hui, seront dépassés. Nous n'avons pas de temps à perdre, il faut aller de l'avant », a indiqué hier le président. La concurrence, selon les domaines, n'est pas que taïwanaise ou japonaise. LG, par exemple, l'autre grand chaebol coréen de l'électronique, a démarré en mars 2009 la production de dalles-mères à cristaux liquides de huitième génération, et déjà atteint 100.000 unités par mois. Cela ne lui permet pas encore de rattraper le joint-venture Samsung-Sony (210.000), mais un récent investissement devrait lui permettre d'atteindre 220.000 unités par mois en juillet 2011. Si l'on y ajoute un projet d'usine à Canton (sud de la Chine), la capacité totale de LG Display sera en 2012 de 408.000 panneaux par mois.

Le retour de Lee doit déjà redonner de la visibilité au groupe, estiment les spécialistes, qui voient également dans la présence du descendant du fondateur le retour d'une caution familiale à la tête de l'entreprise. Une notion toujours importante en Asie. Il devra aussi trouver de nouveaux relais de croissance pour les vingt prochaines années. Tout en assurant, bien sûr, le passage de témoin à son fils.

MICHEL DE GRANDI

PHOTO - Former Samsung Electronics Chairman Lee Kun-hee (C) with daughters Lee Pu-jin (L) and Lee Seo-hyun visit the Panasonic booth during a tour of the 2010 International Consumer Electronics Show (CES) in Las Vegas, Nevada January 9, 2010.

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lundi 18 janvier 2010

Construction navale : la Chine double la Corée du Sud - Sébastien Falletti

Le Figaro, no. 20359 - Le Figaro Économie, vendredi, 15 janvier 2010, p. 22

La crise du secteur a fait le jeu des chantiers les plus compétitifs.

La crise a provoqué un passage de témoin historique sur les rives de l'Asie Pacifique : la Chine a ravi la place de numéro un mondial de la construction navale à la Corée du Sud. Pour la première fois en 2009, les chantiers chinois ont décroché plus de commandes de navires que leurs rivaux coréens. L'empire du Milieu a raflé 44,4 % des commandes mondiales en volume, contre 40,1 % au pays du Matin-Calme, selon les derniers chiffres de l'agence londonienne Clarkson PLC. Il possède aujourd'hui un carnet de commandes fourni, qui affiche un total cumulé de 53,2 millions de CGT (compensated gross tons, l'unité de mesure du secteur) contre 52,8 à son rival.

En pleine rétractation du commerce mondial, les faibles coûts des constructeurs chinois ont fait la différence face à des concurrents coréens et japonais qui voyaient leurs carnets de commandes fondre à vue d'oeil sous le coup des annulations. Et la timide reprise en 2010 devrait encore affermir cette tendance, estiment les experts.

Une révolution puisque la Corée du Sud était le leader incontesté depuis les années 1980. Sans aucune expérience dans le secteur au début des années 1970, le volontarisme des gouvernements de Séoul et des grands chaebols avait réussi en moins de deux décennies à abattre la suprématie du Japon, relégué aujourd'hui au troisième rang. Un miracle érigé en fierté nationale, celle-ci étant aujourd'hui mise à mal.

Menace de surproduction

Mais, face aux assauts chinois, la quatrième économie d'Asie n'a pas dit son dernier mot. Regroupant toujours sept des dix plus gros chantiers de la planète, elle mise sur le haut de gamme et fait encore la course en tête, en valeur du carnet de commandes. Les géants comme Hyundai, Daewoo ou Samsung gardent une confortable marge d'avance sur les segments à forte valeur ajoutée qui sont les plus lucratifs : les méthaniers, les supertankers ou conteneurs ou les plates-formes de forage en haute mer, dont la demande augmente à mesure que le pétrole se raréfie. Les majors comme Shell ou Exxon concluent avec eux des contrats de longue durée qui leur assurent un avenir à long terme. Mais cette évolution est souvent hors de portée des chantiers de taille moyenne, qui subissent de plein fouet la concurrence chinoise et voient leur avenir en pointillé. « Ils vont souffrir », annonce Young Il-bae, chercheur au Samsung Economic Research Institute.

D'autant que si la demande mondiale de navires est repartie après une année noire, elle ne devrait pas retrouver en 2010 le niveau d'avant la crise, prédit l'expert. Signe de la reprise, les carnets de commandes se remplissent dès ce mois de janvier alors que l'année dernière ils étaient restés vierges jusqu'au printemps. Lundi, STX, le propriétaire des chantiers de l'Atlantique, a annoncé un contrat de 130 millions de dollars avec l'armateur turc Densa. Mais les années du boom de la construction sont révolues et l'industrie se prépare au contraire à une surproduction à l'horizon 2011. Une menace prise au sérieux même par le gouvernement chinois, qui a lancé une ambitieuse politique de concentration des chantiers pour résister à la tempête à venir.

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

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