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mardi 4 octobre 2011

Avec l'iPhone 5, Apple veut préserver son modèle - Laurence Girard

Le Monde - Economie, mardi 4 octobre 2011, p. 15

Parlons iPhone ", c'est par ce bref message qu'Apple a donné rendez-vous aux journalistes et aux fans de la marque à la pomme mardi 4 octobre, au siège de l'entreprise, à Cupertino en Californie.

L'occasion d'évoquer le renouvellement du produit devenu culte de la société fondée par Steve Jobs. Sauf que, cette fois, la présentation toujours très attendue, ne sera pas faite par le patron le plus charismatique de la Silicon Valley, mais devait être menée par son successeur Tim Cook qui a repris officiellement les rênes le 24 août. Tout un symbole.

Comme à chaque présentation d'un nouveau produit, les rumeurs n'ont pas manqué de circuler. Les internautes se sont, cette fois, surtout interrogés sur l'ampleur de l'évolution du produit.

Fallait-il parler de l'iPhone 5 ou d'une simple évolution de l'iPhone 4 ? Au-delà de ces arguties qui enflamment les " geeks ", ces passionnés de bijoux technologiques, une chose est sûre : l'enjeu du renouvellement du produit est crucial pour Apple.

Depuis son lancement en juin 2007, l'iPhone est devenu un objet emblématique. Il a contribué à populariser l'accès à l'Internet mobile. Il a bousculé les positions acquises sur le marché de la téléphonie mobile. Surtout, il est devenu une véritable " machine à cash " pour Apple.

Avec des recettes qui ont quasiment doublé chaque année depuis trois ans, les ventes d'iPhone ont représenté, en 2010, 39 % du chiffre d'affaires total de l'entreprise estimé à 65,2 milliards de dollars. Cette activité est ainsi devenue la première source de revenus du groupe, coiffant les ventes d'ordinateurs Mac. Mieux. Le poids de l'iPhone a encore augmenté au premier semestre 2011, frôlant la barre des 50 % des recettes globales. Sans compter la contribution aux marges plus que confortables d'Apple.

Un succès indéniable. Mais aussi une source possible de fragilité, alors que l'entreprise est devenue très dépendante de ses mobiles. Plus que jamais donc, il faut continuer à alimenter la machine.

Apple mise sur l'extension géographique et commerciale pour gagner de nouveaux clients. La société californienne étoffe ses partenariats avec les opérateurs de téléphone mobile un peu partout dans le monde.

Et mise tout particulièrement sur la Chine où les consommateurs plébiscitent les marques. En trois mois, entre mars et juin 2011, la société californienne a engrangé 3,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans ce pays. Que ce soit à Shanghai ou à Pékin, les Applestore ne désemplissent pas.

Concurrence

L'entreprise de Cupertino se doit aussi d'apporter des innovations régulièrement. Or, la dernière version en date de son smartphone vedette, l'iPhone 4, a été dévoilée en juin 2010, il y a plus d'un an.

Il faut continuer à susciter l'envie du consommateur de changer d'appareil pour maintenir le rythme de renouvellement très rapide qui sévit sur le marché de la téléphonie mobile.

L'arrivée régulière de nouveaux modèles doit aussi permettre à Apple de garder le rythme face à une concurrence toujours plus féroce. Et notamment de Google qui souhaite imposer son système d'exploitation Android, en signant des partenariats avec des fabricants prêts glisser ce " moteur logiciel " dans leurs smartphones.

Résultat, en 2010, selon le cabinet d'études Gartner, Android a équipé 22,7 % des smartphones vendus dans le monde, ce qui en fait le deuxième système d'exploitation le plus présent sur le marché. Il se place derrière, Symbian, la plate-forme du finlandais Nokia, qui voit ses positions s'éroder inexorablement. Apple arrive en quatrième position au coude à coude avec le canadien Research in Motion (RIM), qui avec son BlackBerry a été un des précurseurs de ce marché. Selon Gartner, ce classement pourrait être totalement bousculé en 2011 : Android prendrait la tête avec 38 % de part de marché, suivi d'Apple (19,4 %).

Parmi les fabricants qui ont fait le succès d'Android, Samsung se distingue tout particulièrement. Le coréen, qui est le deuxième plus grand vendeur de mobiles au monde - tous modèles confondus, il en a vendu 281 millions en 2010 -, fait une percée remarquée dans les smartphones.

Ces derniers mois, la tension, entre Samsung et Apple est montée d'un cran. Les deux entreprises multiplient les procédures judiciaires dans de nombreux pays s'accusant mutuellement de violation de propriété intellectuelle.

L'entreprise californienne estime en particulier que son concurrent coréen a copié le design de sa tablette iPad et de l'iPhone et tente de le freiner. Apple vise également Google et sa plate-forme Android.

De son côté Samsung cherche à nouer d'autres partenariats au-delà de celui qui le lie au géant de l'Internet. Le coréen n'a en effet guère apprécié le projet de rachat de son concurrent Motorola, fabricant historique de mobiles, par Google. Samsung vient donc de signer un accord avec Microsoft portant sur le partage de brevets dans le domaine du mobile.

Dans cet univers très mouvant, Apple doit prouver qu'il peut continuer sa success-story dans le mobile. Un enjeu que doit relever maintenant Tim Cook.

La pression sera forte, mardi, lorsqu'il dévoilera la suite de la saga iPhone. Première grand-messe de la firme à la pomme en l'absence de Steve Jobs.

Laurence Girard

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

mardi 20 septembre 2011

Google+ peut-il faire de l'ombre aux start-up liées à Facebook ?

Les Echos, no. 21020 - Innovation, mardi 20 septembre 2011, p. 9

Réseaux sociaux facebook a fait naître une multitude de jeunes pousses. doivent-elles changer de stratégie ?

Depuis deux ans, les start-up françaises de jeux et de contenus sociaux sont les chouchous des investisseurs, qui ont déjà misé une quarantaine de millions d'euros sur leur potentiel. La plupart d'entre elles ont bâti leur modèle économique sur leur interaction avec la star du secteur : Facebook, riche de 750 millions d'utilisateurs. Le lancement fin juin par Google d'un concurrent direct de Facebook, Google+, remet-il en cause le modèle économique de ces start-up ? Et quelles sont, aujourd'hui, leurs perspectives de développement, en France comme à l'international ?

Une des particularités de Facebook est qu'il s'est développé en s'appuyant sur un important réseau de partenaires de toutes tailles. Cet « écosystème » comprend pêle-mêle des éditeurs de jeux, comme Zynga (ou, en France, Kobojo et Iscool Entertainment), des sites d'achats groupés comme Groupon, des distributeurs de musique (Spotify et Deezer) ou de télévision (Canal + et TF1 en France, Hulu outre-Atlantique), des sites de voyages... « Nous essayons de créer une plate-forme où rien n'est exclusif, où tous sont traités de la même manière : grandes entreprises qui veulent devenir " sociales " , start-up sociales qui deviendront des grandes sociétés », explique Julien Codorniou, directeur du développement de Facebook en France.

De multiples start-up

Cette ouverture, alliée à la promesse de pouvoir tirer profit du succès phénoménal des réseaux sociaux, a fait naître une multitude de start-up en France. « Les modèles économiques qui croisent contenu et microtransactions sont très rentables sur Facebook : ils demandent relativement peu de capitaux pour être déployés sur tout le réseau », analyse Guillaume Lautour, du capital-risqueur Idinvest, qui a notamment financé un éditeur de solutions de fidélisation sur Facebook, IFeelGoods, et les éditeurs de jeux Kobojo et Pretty Simple. Résultat, on trouve désormais des start-up liées à Facebook dans à peu près tous les domaines : des régies et des agences de développement d'applications pour des marques, comme MakeMeReach, qui a levé avant l'été 3 millions d'euros, des contenus proches des médias, de la vidéo à la demande, des sites de rencontres, du tourisme... Une variété qui ne cesse de croître et sur laquelle Facebook entend bien garder son avance : Mark Zuckerberg doit annoncer après-demain l'arrivée de nouveaux services à l'occasion de la conférence mondiale des développeurs.

Pour l'heure, Google n'affiche pas la même volonté de créer un « écosystème ». Seuls quelques partenaires triés sur le volet, comme Zynga, ont pu prendre pied sur Google+, qui reste pour l'instant fermé aux start-up. Et son interface de programmation d'applications (API), indispensable pour développer des services compatibles n'a été présentée qu'en fin de semaine dernière, dans une version non définitive. Quant à son audience, Google+ est encore trop jeune pour qu'elle soit significative : en août, le site de mesure Comscore l'évaluait à 25 millions de personnes dans le monde.

Implantations locales

En attendant de savoir s'ils pourront ou pas monter à bord de Google+, les éditeurs d'applications français pour réseaux sociaux peuvent adopter une autre stratégie pour se développer : se tourner vers des réseaux fortement implantés localement. La prédominance de Facebook dans les réseaux sociaux n'est en effet pas universelle. « Il est probable que le principal concurrent de Facebook viendra de Chine, où le marché est encore très atomisé », analyse Frédéric Tardy, qui dirige l'Atelier BNP Paribas à San Francisco. Par exemple, Kobojo veut déployer une stratégie « hyperlocale » en renforçant l'identité culturelle de ses prochains jeux. Pour ce faire, il prévoit de s'implanter dans Mail.ru, le principal réseau en Russie, mais aussi dans QZone et PapayaMobile en Chine, VZ en Allemagne, le réseau mobile OpenFeint aux Etats-Unis...

L'Internet mobile représente en effet une faiblesse de Facebook, où des services rivaux comme Twitter et des jeux sociaux comme Foursquare se développent rapidement. Et où, grâce à Android et au rachat de Motorola, Google est déjà solidement implanté. Celui-ci a laissé entendre que son réseau social ne forme que le début d'une initiative plus importante. Elle vise à se rapprocher de l'internaute, en lui permettant d'insérer dans l'interface virtuelle des éléments de sa vie réelle : ce que l'on résume, dans la Silicon Valley, par l'expression de « Web au carré », successeur du Web 2.0.

Des acquisitions, comme celle des guides gastronomiques Zagat la semaine dernière, signalent en tout cas que Google a adopté une stratégie de contournement par l'Internet mobile et l'information locale, les deux talons d'Achille de Facebook. Le géant sait qu'il lui faudra changer les règles du jeu pour réussir. Et il s'y est attelé.

JEAN ROGNETTA

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

vendredi 24 juin 2011

ANALYSE - L'Internet sur mesure façonné par la Chine - Arnaud de La Grange

Le Figaro, no. 20806 - Le Figaro, vendredi 24 juin 2011, p. 2

Protégés de la concurrence par la censure, des sites chinois explosent sur un marché national d'un demi-milliard d'internautes. Au point de donner le jour à un Web parallèle, avec ses caractéristiques propres, et ses limites.

Le paradoxe est aussi étonnant que savoureux. Si, par essence, Internet est censé se jouer des frontières, unifier un monde qui n'en demande pas toujours tant, c'est pourtant dans ses espaces virtuels qu'une logique de « blocs » est en passe de se reconstituer. Avec d'un côté une planète « libre », celle de Google et de Facebook. Et de l'autre un monde chinois et « communiste », celui de Baidu et Renren. Entre les deux, un mur, comme il se doit. Ce qu'on appelle, avec un clin d'oeil pour la mythique grande muraille, le « Great Firewall ».

Caricatural, bien sûr, mais pas dénué de fondement. Un Internet aux « caractéristiques chinoises », pour reprendre l'expression consacrée quand Pékin veut parler de sa spécificité politique ou économique, a bel et bien vu le jour. Et la plus grande cyberpopulation au monde - près d'un demi-milliard d'internautes chinois - échange, se rencontre ou commerce sur des sites que le reste de la planète ignore. Des géants du Web sont nés. Renren, le Facebook chinois, a fait une entrée en fanfare le mois dernier à Wall Street. Tout un symbole.

Pour naître et croître, les grands sites Internet chinois ont, à l'évidence, bénéficié de la censure qui a frappé leurs concurrents occidentaux. Qu'ils soient bridés, comme Google, ou purement et simplement bloqués, comme YouTube, Facebook ou Twitter. Le voile noir sur ces derniers sites est tombé au lendemain des sanglantes émeutes dans la région du Xinjiang, à l'ouest du pays, en juillet 2009, afin d'éviter qu'informations et mots d'ordre ne circulent. C'est un peu comme si Pékin voulait créer un vaste Intranet chinois. Il est transparent qu'a été favorisé le développement de champions chinois du Web, bien plus faciles à contrôler. Mais, plutôt que ce coup de pouce très politique, les patrons de ces grands sites de l'Empire préfèrent expliquer que le public chinois est naturellement porté vers des outils plus proches culturellement de lui.

Débuts en Bourse flamboyants

Les histoires des temps pionniers du secteur rappellent celles entendues de l'autre côté du Pacifique. Ainsi, pour Renren et le parcours de son fondateur. Un doctorat américain de l'université du Delaware en poche, Wang Xing revient à Pékin où il tente de lancer une version locale de Friendster. Échec. Deux ans plus tard, il entend parler d'un nouvel outil, Facebook, et décide de le copier. Ou, disons, de s'en inspirer fortement. L'ancien diplômé de la prestigieuse université de Tsinghua vise essentiellement les étudiants, et son premier bébé s'appelle d'ailleurs « Xiaonei », soit « sur le campus », avant d'être rebaptisé « Renren ». La légende raconte que le jeune homme voulait alors contribuer à « bâtir un monde meilleur ». Et qu'il a commencé en 2005 flanqué de deux partenaires, avec 300 000 yuans (environ 30 000 euros), en louant trois petits appartements contigus aux abords de l'université. Là, ils ont passé des semaines entières, reclus, se nourrissant de nouilles instantanées et de lignes de code... En 2006, Wang vend, pour 4 millions de dollars. Il doit se dire qu'il aurait mieux fait d'attendre un peu.

Aujourd'hui, Renren - dont le nom signifie « tout le monde » - est le réseau social le plus populaire en Chine. Il revendique près de 120 millions d'« utilisateurs activés », avec deux millions de nouveaux membres par mois. Une banderole, dans une salle de détente du QG, proclame que « chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen »... Malgré les avertissements de certains analystes estimant que le groupe baigne dans un certain « flou », ses débuts en Bourse à New York ont été flamboyants. Son PDG, Joseph Chen, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l'université de Stanford, a expliqué que son objectif était de « révolutionner la façon dont les gens en Chine se connectent, communiquent, s'amusent et font leurs achats ». L'autre grand réseau social chinois, Kaixin - qui signifie « heureux » -, a dès l'origine visé une autre cible, les cols blancs. Son patron a d'ailleurs un autre profil. Cheng Binghao était directeur des technologies de Sina, le plus grand portail Internet du pays, quand il a démissionné pour créer Kaixin.

Existe-t-il réellement un « internaute chinois », avide d'outils spécifiques, plus proches culturellement ? Oui et non. « Je ne crois qu'à moitié à cette spécificité Internet chinoise, commente Renaud de Spens, spécialiste de l'Internet chinois. Quand on regarde de près, on voit d'ailleurs qu'il y a très peu de différences. Les interfaces, les fonctionnalités se ressemblent terriblement. Même s'il y a bien sûr des particularités, comme l'accent mis sur les gadgets ou les jeux. » Professeur à l'École normale de Pékin et spécialiste du sujet, Liu Deliang estime, lui, que ces sites sont bien différents, « sur le fond, en voyant toujours les choses, notamment l'information, sous l'angle chinois, et sur la forme, en utilisant des éléments graphiques chinois, comme la couleur rouge ». Certes, Kaixin s'est drapé de carmin, mais Renren affiche, lui, un bleu très « facebookien ». Dans un entretien avec un journal de Canton, Cheng Binghao s'est défendu d'avoir copié Facebook et a expliqué qu'il avait beaucoup innové, afin de coller aux goûts des internautes chinois. Notamment avec le jeu « paroles sincères », inspiré d'un divertissement très populaire chez les jeunes cadres. Ou avec l'application « acheter une maison », répondant à l'aspiration première de la classe moyenne.

La popularité de ces réseaux fait peur à certains. L'Armée populaire de libération (APL) vient ainsi d'interdire les réseaux sociaux à ses 2,3 millions de membres, par peur de la « fuite de secrets ».

« Jeu social » et rencontres en ligne

Si tous ces sites sont à l'évidence des rejetons des grands aînés occidentaux, « ils ont aussi développé des applications parfois supérieures à celles de leurs inspirateurs », constate Renaud de Spens. Weibo, le Twitter chinois, qui rencontre un immense succès, permet d'échanger des photos plus facilement que son grand frère occidental. De la même façon, Renren a une application qui permet de voir qui consulte votre profil. Une fonction utile et plaisante pour certains, mais qui suscite aussi des critiques chez les internautes chinois, dérangés par son côté « mouchard ». Baidu propose une encyclopédie du type Wikipédia, très bien faite. Le Google chinois a aussi fait un tabac avec son moteur de recherche MP3 - donc avec le téléchargement de musiques illégales. Sous le feu des critiques, notamment américaines, il a annoncé qu'il allait lancer ce mois-ci Baidu Ting, un service légal de musique avec un volet réseau social.

Une grande partie de la population chinoise s'accommode de cet Internet en partie coupé du reste du monde. Même si les intellectuels jugent Google supérieur pour leurs recherches. Ou si les étudiants se sentent isolés. Phoebe, 26 ans, qui vient d'étudier deux ans à Philadelphie, a à la fois un profil Renren et un profil Facebook, avec l'obligation de contourner la censure si elle veut consulter ce dernier. « Renren me fait rester dans nos frontières, dit-elle. Facebook me permet de garder le lien avec mes amis de l'étranger. » Ajoutant : « La différence est aussi qu'ici on va beaucoup sur ces réseaux pour jouer. Et pour des rencontres sentimentales. » Le « jeu social » est l'objet d'une véritable folie en Chine. Renren a fait un tabac avec son jeu Happy Farmer, vite imité par son concurrent Kaixin et son Happy Garden. L'affaire est financièrement très juteuse. Le grand fabricant américain de chips Lay's a ainsi utilisé Happy Farmer pour lancer une grande campagne chinoise, qui s'est révélée extrêmement efficace.

Pas un jeune sans son compte QQ

Le dating porte aussi les sites au septième ciel. Le South China Morning Post racontait récemment comment Dong, une jeune enseignante pékinoise de 26 ans, s'était fait « brancher » de manière on ne peut plus directe sur Renren. Par un jeune collégien lui expliquant qu'il n'était « pas mauvais », sachant qu'il parlait là d'une matière peu académique. « Je dis des choses que je suis absolument incapable de dire dans la vie réelle, explique Zhang, un étudiant de 23 ans. Vous savez, on n'est pas encore très à l'aise avec le flirt, ici. » Là encore, les ressorts se retrouvent en Occident. Mais, dans une culture où les verrous sociaux sont encore forts, où le mariage arrangé par les parents est encore très répandu, la bascule est spectaculaire. Le mois dernier, le premier site Internet chinois de rencontres - il revendique une part de marché de 44 % -, Jiayuan.com, s'est aussi lancé en Bourse à New York.

Pas un jeune Chinois ne vit sans son compte QQ, le plus populaire des sites de chat.Si l'engouement est aussi fort pour tous ces sites, « c'est sans doute parce que cette capacité d'expression est nouvelle en Chine et qu'elle est plus compliquée dans d'autres champs de la vie quotidienne, à la différence de l'Occident », avance le professeur Liu Deliang. Peut-être aussi parce que ces réseaux sociaux collent à la culture traditionnelle des guanxi, ce tissu de relations indispensable pour réussir socialement et dans les affaires en Chine.

Les nouveaux empereurs du Web chinois, en tout cas, se portent bien. L'an dernier, Robin Li, le patron de Baidu, 44 ans, a bondi de la 14e à la 2e place du classement des milliardaires chinois, avec une fortune estimée à plus de 7,2 milliards de dollars. Cette dernière aurait plus que doublé depuis les déboires de Google, Baidu dominant désormais 73 % du marché chinois. Mais les sites chinois sauront-ils partir un jour à l'assaut du monde ? La censure qui les a aidés à grandir risque cette fois-ci de les handicaper pour devenir des champions internationaux. Les grands murs, l'histoire l'a souvent montré, isolent autant qu'ils protègent.

Chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen...

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

vendredi 3 juin 2011

Google accuse Pékin du piratage massif de ses serveurs

Le Figaro, no. 20788 - Le Figaro, vendredi 3 juin 2011, p. 7

L'intrusion dans des centaines de messageries proviendrait de la province du Shandong. Washington prépare sa riposte.

Nouvelle escarmouche dans la guerre de tranchées entre Google et la Chine. Selon la firme californienne, des hackers - apparemment chinois - ont attaqué des centaines de comptes de messagerie Gmail. Certains appartenaient à des activistes chinois, d'autres à des journalistes ou des hauts responsables de l'Administration américaine. La Maison-Blanche a déclaré qu'elle « examinait » ces informations, tandis que le FBI faisait savoir qu'il coopérait avec Google pour enquêter. De son côté, Pékin a dénoncé des « allégations inacceptables », pleines d'« arrière-pensées ». Une réaction une fois de plus étonnante, sachant que la Chine officielle n'est pas mise en cause, puisqu'il a été seulement fait état d'attaques menées depuis le territoire chinois.

Sur son blog officiel, Google parle d'une vaste campagne de récupération de mots de passe par phishing (« hameçonnage »), qui a été repérée et contrée. Des fonctionnalités de transfert de mails vers une autre boîte inconnue ont aussi été activées. Les hackers auraient essentiellement agi depuis Jinan, la capitale de la province orientale du Shandong. Les spécialistes font remarquer que cette région abrite l'un des six bureaux de « reconnaissance technique » de l'Armée populaire de libération (APL). Ainsi qu'un obscur établissement professionnel qui formerait des informaticiens de l'APL, le Lanxiang Vocational College, auquel seraient remontés les enquêteurs américains lors des attaques massives contre Google de janvier 2010. À l'époque, la crise avait conduit la firme californienne à rapatrier ses opérations de Chine sur Hongkong, avec un refus de continuer à se plier à la censure officielle.

Actes de guerre

Le bras de fer entre le géant du Web et le pays au demi-milliard d'internautes se poursuit donc. Une chose est sûre : depuis quatre mois, depuis que les révolutions arabes inquiètent Pékin, l'accès aux comptes Gmail depuis la Chine s'est notablement compliqué. Il n'est pas totalement bloqué, mais tellement ralenti que son usage est parfois impossible. Au-delà, c'est toute la question de la censure et de la « cyberguerre » que peuvent se livrer Occidentaux et Chinois qui se profile. À Pékin, on a noté les déclarations de la secrétaire d'État Hillary Clinton, le mois dernier, affirmant que les États-Unis allaient injecter 19 millions de dollars dans une nouvelle technologie permettant de vaincre la censure pratiquée sur Internet par des gouvernements étrangers.

En février, la société américaine de sécurité informatique McAfee a affirmé que des hackers chinois avaient infiltré les réseaux informatiques de multinationales du pétrole, volant des documents confidentiels. Et, la semaine dernière, c'est le géant de la défense américain Lockheed Martin qui a affirmé avoir été la cible d'une cyberattaque majeure, sans évoquer son origine. Selon des télégrammes diplomatiques rendus publics par WikiLeaks, les États-Unis sont persuadés que les plus hauts dirigeants chinois ont ordonné les campagnes d'attaques informatiques contre Google et des gouvernements occidentaux.

La semaine dernière, le Jiefangjun Bao - journal de l'armée chinoise - a rapporté la création d'une troupe d'élite chargée de cyberdéfense. Tout en soulignant que cette « équipe cyberbleue », placée sous le commandement de la région militaire de Canton, n'était pas une « armée de hackers ». Et il y a deux jours, un document officiel révélait que le Pentagone pourrait désormais assimiler les cyberattaques à des actes de guerre.

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Le Pentagone pourrait assimiler les cyberattaques à des " actes de guerre "

Le Monde - International, vendredi 3 juin 2011, p. 5

Google a annoncé, mercredi 1er juin, que des centaines de comptes de sa messagerie électronique Gmail appartenant à des membres du gouvernement américain, des hauts fonctionnaires, des officiers supérieurs et des journalistes américains, ainsi qu'à des dissidents chinois et des dirigeants politiques asiatiques, ont été piratés.

La société informatique a assuré que cette intrusion de grande ampleur est initialement partie de la ville de Jinan, dans l'est de la Chine. Elle dit avoir " mis un terme " à cette pratique et " protégé les comptes " des victimes, qui ont été informés de cette fraude. En janvier 2010, Google déclarait déjà avoir été victime d'une attaque importante que des diplomates américains - selon le site WikiLeaks - ont attribuée dans des notes transmises à Washington aux autorités chinoises.

L'affaire survient alors que la Maison Blanche finalise la rédaction d'un document intitulé " Stratégie de défense pour les opérations dans le cyberespace " - en résumé Cyber 3.0 - qui constituera sa nouvelle doctrine en ce domaine. Selon le porte-parole du ministère de la défense, le colonel David Lapan, il devrait être présenté dans deux à trois semaines. Le Wall Street Journal, qui a eu accès à un texte préparatoire, indique que seule une version édulcorée (12 pages sur 30) sera rendue publique.

Rétorsion armée

Ce document est d'autant plus attendu que, peu avant la nouvelle affaire Google, de grands conglomérats oeuvrant aux Etats-Unis, tels que Sony et l'avionneur Lockheed Martin, ont aussi été victimes d'attaques contre leurs systèmes informatiques. Le 28 mai, Lockheed, qui fabrique, entre autres, les avions de combat F-16 et F-22 et les missiles Trident de l'armée américaine, a fait état d'une agression " significative et tenace ", bien qu'elle n'ait causé, aux dires de Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche, que des " dégâts minimes ". Cette attaque aurait mis en lumière des faiblesses dans les systèmes de sécurité et d'authentification qui équipent le système central de l'avionneur et qui lui sont fournis par la société RSA, filiale du numéro un mondial du stockage sécurisé d'archives, EMC.

Le document du Pentagone mettrait l'accent sur la notion d'" équivalence " : si une cyberattaque générait une paralysie ou destruction partielle du fonctionnement de l'Etat, de l'économie ou des systèmes civils collectifs (distribution de la nourriture, activités hospitalières, etc.), elle serait considérée comme un " acte de guerre ", cette définition ouvrirait la voie à de possibles mesures de rétorsion de l'ordre de celles prévues en cas d'attaque armée. La nouvelle doctrine insisterait aussi sur la nécessité d'une coopération accrue entre alliés, dans le cadre de l'OTAN, l'efficience d'une stratégie menée à l'échelle d'un seul pays, fût-il les Etats-Unis, ne pouvant qu'être limitée s'agissant d'un cyberconflit. Reste le cas de menaces non étatiques - bien que les stratèges du Pentagone tendent à considérer qu'aucune cybermenace d'envergure ne pourrait être menée sans le soutien d'un Etat.

Sans connaître l'origine de l'attaque, de quelle " rétorsion " armée pourrait-il s'agir ? Plus généralement, les autorités de la défense américaine insistent sur le fait que les moyens de dissuasion et de rétorsion restent " multiples " et que l'usage de la force n'interviendrait " qu'en dernier recours ".

Les cybermenaces n'inquiètent pas que Washington. A Londres s'est tenue cette semaine une conférence internationale sur la sécurité des réseaux organisée par l'Institut européen Est-Ouest. La directrice de la société de logiciels antivirus Lab Zao, Natalya Kaspersky, a estimé qu'environ 70 000 nouveaux " programmes malins " apparaissent sur le Web chaque jour, dont certains peuvent s'avérer d'une puissance insoupçonnée.

Dans tous les débats de ce type, un cas revient de manière récurrente : l'affaire Stuxnet, ce virus espion destructeur attribué aux Israéliens ou à une coopération américano-israélienne, que l'on soupçonne de s'être introduit à l'été 2009 dans le dispositif militaire nucléaire iranien, parvenant à l'endommager.

Que se passerait-il si, demain, des organisations criminelles ou des Etats voyous se rendaient capables à leur tour de causer des dégâts d'une ampleur encore insoupçonnée ? Il n'est " plus exagéré de considérer possible de mettre un Etat à genoux sans tirer un coup de feu ", a déclaré, lors du colloque londonien, le président de British Telecom, Michael Rake. Il a appelé, en conclusion, à la constitution d'une " sorte de traité de non-prolifération cybertechnologique ", sur le modèle de celui existant au plan nucléaire, pour parer aux menaces croissantes de cyberattaque.

Les Américains pourraient trouver un motif d'intérêt accru si un tel projet progressait : le financement des agences publiques luttant contre les cybermenaces devrait en effet être affecté par le plan décennal de réduction des dépenses publiques de l'administration Obama.

Sylvain Cypel

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Des accusations " fabriquées ", selon Pékin - Harold Thibault

Le Monde - International, vendredi 3 juin 2011, p. 5

Soupçonnée d'être à l'origine de l'attaque contre Google, Jinan, la capitale de la province chinoise du Shandong, abrite un bureau de reconnaissance de l'Armée populaire de libération ainsi qu'une école d'enseignement professionnel que des cocontractants de l'armée américaine avaient déjà accusés, en 2010, d'être en lien avec une première vague de cyberattaques contre le moteur de recherche et d'autres entreprises américaines. Les responsables de l'école avaient démenti ces accusations, qualifiées par le gouvernement chinois de " hautement irresponsables ". Jeudi, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Hong Lei, a qualifié ces nouvelles accusations de " fabrication totale ".

Google était sortie de la réserve qui caractérise traditionnellement les firmes occidentales face à la cybercensure de Pékin en janvier 2010. La société californienne avait menacé de cesser ses opérations en Chine suite à des attaques, notamment contre des militants des droits de l'homme. Après une violente campagne de presse, l'entreprise s'était résolue à renvoyer les requêtes des internautes sur ses services de Hongkong.

Le 21 mars 2011, Google avait de nouveau accusé la Chine de s'attaquer à son service de messagerie. Depuis le début des révolutions arabes, on observe un ralentissement de la connexion à Gmail.

Harold Thibault

PHOTO - China's Ministry of Foreign Affairs spokesman Hong Lei gestures for questions at a press briefing in Beijing on November 30, 2010. China has urged the United States to 'properly handle' issues related to the leaking of secret diplomatic cables through the WikiLeaks website after the leaked cables contained allegations that China turned a blind eye to illicit North Korean missile parts exports and that the top Chinese leadership was behind cyberattacks on US web search giant Google and US targets.

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jeudi 2 juin 2011

Eric Schmidt : "Demander à Google de faire la police est exagéré"

L'Express, no. 3126 - L'entretien, mercredi 1 juin 2011, p. 14-16,18

Propos recueillis par Emmanuel Paquette

Durant dix années, il fut l'adulte surveillant les deux enfants, Larry Page et Sergey Brin, dans leur salle de jeux. Le mentor des anciens étudiants de Stanford, les fondateurs de Google, vient de céder la direction opérationnelle d'une société de 30 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour parcourir le monde et défendre le plus célèbre moteur de recherche, désormais attaqué de toute part. Invité au G 8 de l'Internet par Nicolas Sarkozy, cet ingénieur discret de 56 ans n'hésite pas à égratigner Stéphane Richard, PDG d'Orange, ou à critiquer le géant Micro- soft. Proche de Barack Obama, dont il a été le conseiller, ce lobbyiste s'oppose à la régulation de la Toile par les Etats et négocie avec les majors du disque le lancement d'un service de musique légal.

Que pensez-vous de l'initiative de la France d'avoir organisé pour la première fois un G 8 de l'Internet ?

Nicolas Sarkozy a souhaité ouvrir le dialogue avec les principaux acteurs de notre secteur. Pour moi, ce fut l'occasion d'échanger et de jeter des ponts avec des responsables politiques.

Lors de ce sommet, le cabinet McKinsey a souligné qu'Internet représentait désormais 3,4 % du produit intérieur brut des 13 pays les plus développés en 2009. Cela vous a-t-il étonné ?

Ce chiffre en a peut-être étonné certains, mais pas nous. Il correspond à la croissance que nous observons. Nos activités en France se portent bien, nous investissons dans ce pays et nous continuerons de le faire. Cette année, nous ouvrirons, à Paris, un centre culturel et un pôle de recherche. Il est important de souligner que ce centre sera élargi à la culture européenne, pas seulement française.

Nicolas Sarkozy a exhorté à ne pas recréer des monopoles sur la Toile et à protéger la vie privée. Vous êtes-vous sentis visés ?

Vous remarquerez qu'il n'a cité aucune entreprise nommément, même s'il est certain qu'il ciblait des sociétés américaines comme la nôtre. Mais j'interprète ses propos différemment. Il s'agit d'une posture de négociation. Votre président est talentueux, intelligent et combatif. Il souhaite agir pour le bien de son pays, c'est son rôle et il veut que Google et l'industrie en général travaillent mieux avec les hommes politiques. Il faut mettre cela à son actif.

Le marché français n'est pas le plus important pour Google, mais c'est probablement le plus problématique...

Je ne suis pas sûr de cela. Nous rencontrons des problèmes partout dans le monde.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés vous a tout de même condamné pour avoir enregistré les données de réseaux Wi-Fi et elle enquête sur les téléphones Android, qui géolocalisent les utilisateurs...

Il est important de dissocier ces deux dossiers. Sur le premier, nous avons reconnu qu'il s'agissait d'une erreur de notre part, nous nous sommes excusés et nous ne la referons pas. Quant aux téléphones Android, ils demandent aux utilisateurs la permission d'envoyer des données de géolocalisation et nous ne les conservons pas. Ces données aident, en revanche, au bon fonctionnement de certaines applications.

C'est encore la France qui souhaite la création d'une "taxe Google", augmente les prix des abonnements à Internet, et crée l'autorité Hadopi pour couper l'accès aux contrevenants. Ce qui va exactement à l'opposé de vos conceptions...

Nous ne sommes pas si éloignés que vous le pensez. Comme nous, Nicolas Sarkozy milite pour un accès à Internet à haut débit pour tous, et pas uniquement dans les villes les plus peuplées. Nous partageons également son point de vue sur la défense du droit d'auteur. Nos désaccords portent davantage sur la manière d'agir. Quant à la "taxe Google", la mal nommée, elle ne semble plus être à l'ordre du jour. Enfin, le prix de l'accès à Internet en France demeure très élevé, particulièrement dans l'Internet mobile. Aux Etats-Unis, les prix sont bien moins élevés. Je ne m'explique pas un tel écart.

Pour protéger les ayants droit, le commissaire européen Michel Barnier veut demander aux fournisseurs d'accès de faire la police et, aux Etats-Unis, on vous presse de retirer les sites de piratage des résultats de recherche. Allez-vous obtempérer ?

Je n'y suis pas favorable, car, alors, où devrions-nous nous arrêter ? Aux Etats-Unis, si le gouvernement nous demande de ne pas rendre certaines informations accessibles sur Internet, cette exigence est disproportionnée au regard de la loi et de la liberté d'expression. Les condamnations peuvent être très lourdes. Je pense qu'il en va de même en France. De fait, la loi Hadopi est également disproportionnée. Couper l'accès à Internet ou demander aux fournisseurs d'accès de faire la police est une réaction exagérée, il doit exister d'autres façons de régler ce problème.

En lançant Google Music aux Etats-Unis sans l'accord des majors du disque ?

Ce service est parfaitement légal. Si vous avez acheté des titres, vous pouvez les copier sur Internet et écouter vos chansons sur n'importe quel terminal connecté. C'est un système de sauvegarde, rien de plus. Mais ce n'est qu'une première étape. Nous souhaitons nouer des partenariats avec l'industrie musicale aux Etats-Unis comme en Europe afin de concurrencer iTunes d'Apple. Au travers de nos dizaines de millions de téléphones Android sur le marché, nous pourrions proposer l'achat de musique. L'argent récolté irait directement aux majors. Pour l'instant, nous n'avons pas pu aboutir, mais nous continuons de négocier. Si nous trouvons un terrain d'entente avec les majors, vous pourrez alors partager votre bibliothèque musicale sur Google Music et acheter directement d'autres titres. J'y travaille, mais nos concurrents aussi.

Plusieurs plaintes ont été déposées contre Google devant la Commission européenne. Etes-vous devenu le nouveau Microsoft ?

Certainement pas. La Commission réalise une enquête concernant le classement des résultats de recherche et la publicité en ligne. J'ai rencontré ses représentants, ils n'en sont qu'aux prémices, mais je leur ai dit que nous coopérerions et donnerions accès à tous les documents. De son côté, Microsoft nous a attaqués pour abus de position dominante. Je ne suis pas d'accord sur les reproches qui nous sont faits, surtout ceux provenant d'un concurrent. Etant donné la position de ce groupe en situation de monopole, et son histoire, on peut être sceptique sur ses doléances. D'ailleurs, la Commission est très consciente du passé de cette entreprise. [Sourire.]

Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, estime aussi que vos résultats de recherche ne sont pas toujours neutres...

[Rires.] Il n'est pas le premier à s'en plaindre. Mais je peux vous assurer que Google ne trafique pas ses résultats de recherche ! Ceux-ci sont le reflet de ce que le monde pense sur un sujet donné et je suis désolé pour lui s'il ne partage pas le point de vue de la majorité des gens. Peut-être devrait-il poser une autre question pour avoir la réponse qui lui convient ?

Vous venez de modifier votre algorithme de recherche (baptisé Panda) et certains concurrents y voient une manoeuvre pour leur faire perdre de la visibilité et du trafic. Que leur répondez-vous ?

Ce n'est pas vrai. Nous avions un problème avec les fermes de contenus, des sites qui produisent des volumes importants d'informations mais de piètre qualité. Nous avons annoncé une modification de l'algorithme qui touche 12 % des résultats de recherche, c'est la plus importante modification réalisée en dix ans. Quand un site est classé en tête des résultats, les 10 000 autres peuvent se plaindre de notre moteur. Du coup, nous faisons attention à utiliser le meilleur algorithme mathématique sans viser aucune société, aucune requête, aucune catégorie particulière. On ne garantit jamais à un site d'apparaître toujours au même endroit dans nos pages de réponses.

Pourquoi ne pas ouvrir le coeur de votre moteur pour mettre fin à ces polémiques ?

Parce que nos concurrents, comme Microsoft, s'empresseraient de produire un système propriétaire. D'ailleurs, nous avons déjà porté plainte contre ce groupe, car il accaparait nos résultats de recherche et les copiait manuellement dans son propre moteur. Ils ont nié... du bout des lèvres.

Google tente de se diversifier avec Android sur les mobiles et YouTube pour la vidéo. Ce sont des succès d'usage, mais ces activités sont-elles rentables ?

YouTube croît très rapidement et nous rapporte de l'argent, mais nous ne communiquons pas de chiffres. Croyez-moi, c'est un énorme succès. C'est également le cas d'Android, qui enregistre la croissance la plus rapide en termes de revenus publicitaires. Ses coûts de développement ont déjà été amortis plusieurs fois. Bien que ce service soit gratuit, il est tout de même rentable grâce à notre moteur de recherche sur mobile. Songez qu'il s'écoule 400 000 téléphones Android chaque jour ! Et la moindre recherche sur ces appareils génère des revenus publicitaires.

Les opérateurs de télécommunications comme Orange veulent être payés pour acheminer les vidéos de YouTube qui saturent leurs réseaux. Etes-vous prêt à le faire ?

Ce sont les internautes qui demandent à visionner ces contenus. Et le plus grand consommateur de capacité aux Etats-Unis demeure le site de vidéo à la demande Netflix. Pas YouTube. Des solutions techniques existent pour réduire le volume de données. L'argument des opérateurs ne tient pas. Ce sont des acteurs importants que je ne critique pas, mais ils ont grossi et gagnent de l'argent justement parce que les internautes utilisent les services comme Facebook ou YouTube. Sans nous, ils n'auraient eu aucune croissance de leurs chiffres d'affaires. Ils devraient se réjouir que nous ayons bâti des services si utiles aux gens. Je ne suis pas d'accord pour leur payer un droit de passage, c'est déjà l'abonné qui le fait.

Vous venez de céder les rênes du groupe à Larry Page. Allez-vous rejoindre l'administration Obama comme on l'entend ?

Dix ans en tant que PDG, c'est long. Je suis désormais plus intéressé par les sujets que l'on vient d'évoquer. Larry s'occupe de l'interne, du management et des produits. Moi, je voyage, je représente le groupe à l'étranger. Parler à des décideurs, c'est un privilège. Mais, soyons clairs, je reste un employé à 100 % de la société et j'aime ce que je fais. Google est ma maison.

Eric Schmidt en 8 dates

27 avril 1955 Naissance à Washington (Etats-Unis).

1982 Obtient son doctorat en science informatique.

1994 Devient responsable des technologies de Sun Microsystems.

1997 Prend la direction générale de Novell.

2001 Nommé PDG de Google.

2004 Introduction en Bourse du moteur de recherche.

2009 Quitte le conseil d'administration d'Apple.

2011 Cède son poste de PDG à Larry Page pour s'occuper de la présidence exécutive.


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REPORTAGE - Palo Alto, où bat le coeur de la planète high-tech

Le Point, no. 2020 - Economie, jeudi 2 juin 2011, p. 82,83,84,85

Zuckerberg, Jobs, Page et Brin : ils sont tous là. Reportage dans la Mecque de l'Internet.

Le cocktail arrive sur un plateau imitation argent. Ce sera donc un Yum Yum Berry (mangue, citron, ananas et jus de yumberry, fruit rouge d'Extrême-Orient). On avait été tenté par un Passenger (grenade, menthe, citron, eau pétillante, vodka). Mais les arguments de Lulu Almaguer, responsable du bar de l'hôtel Rosewood, situé à Menlo Park, près du campus Stanford, à un quart d'heure du centre de Palo Alto, ont fait mouche.« La dernière fois, Demi Moore en a commandé six ! » Il y a un mois, Mark Zuckerberg est venu au Rosewood prendre un verre avec des investisseurs de Facebook. Et, un peu plus tôt, Steve Jobs a tenu une réunion à huis clos dans la suite Lemon, avec vue sur les montagnes de Santa Cruz. Peu importe que nous soyons au coeur d'un Etat, la Californie, au bord de la faillite ou que les Etats-Unis soient empêtrés dans le chômage, la Silicon Valley, elle, n'a rien perdu de sa vitalité.

Sur la terrasse du Rosewood on donne des soirées de charité, comme celle arrosée de chardonnay, en l'honneur du Lucile Packard Hospital. En plus de faire une bonne action (ticket d'entrée à 25 000 dollars), les financiers, en nombre, se mettent en quête d'un prochain coup ! A la mi-mai, ils ont réussi l'introduction en Bourse du réseau social « professionnel » LinkedIn (+ 105 % le premier jour) et ils préparent activement celle du site de jeux Zynga... La veille, l'hôtel était déjà à la fête : la Cougars Night chaque jeudi soir est un hit.

On croyait cette anomalie de l'Histoire qu'est la Silicon Valley condamnée à disparaître. Enterrée par la Chine, qui comptera dans un an deux fois plus (!) d'internautes qu'il y a d'Américains, ou par l'Inde, vers laquelle on délocalise des services payés moins cher. Mais le comté de Santa Clara, ancienne colonie espagnole autrefois peuplée d'Indiens Ohlone, et sa capitale, Palo Alto (60 000 habitants et 115 000 dollars de revenu annuel moyen par foyer), continuent d'attirer les milliards des fonds d'investissement. Barack Obama, qui voulait se ressourcer alors qu'il était au plus bas dans les sondages il y a sept mois, n'est-il pas venu dîner chez Marissa Mayer, la numéro trois de Google, au coeur de Palo Alto ? Et il y a un mois, c'est du siège de Facebook, dans le nord de la ville, qu'il a lancé sa campagne pour un second mandat.

Vétérans du high-tech. La petite ville s'ordonne autour d'une succession de maisons de style néo-colonial cachées derrière des séquoias (Palo Alto signifie « grand arbre » en espagnol). Des écureuils grimpent sur les toits des 4 x 4. Et si l'on se balade du côté du Farmers Market, un marché bio qui se tient tous les samedis de mai à septembre (en ce moment, c'est la saison des nectarines), ou près du Stanford Theatre, cinéma qui, ces jours-ci, rend hommage à Gene Kelly, on peut croiser des légendes du high-tech : Marc Andreessen, le cofondateur de Netscape, comme Gordon Moore, à qui l'on doit la fameuse loi selon laquelle une même surface de carte électronique reçoit deux fois plus de processeurs tous les dix-huit mois. Des vétérans. Mais il y a aussi des nouveaux venus. A peine arrivé à la tête d'HP, c'est Palo Alto que choisit Léo Apotheker. Il habite à dix minutes en voiture de la résidence de Larry Ellison (Oracle), qui l'avait brocardé devant le monde entier le jour où il a été nommé. Quant à Randi Zuckerberg, la soeur du jeune milliardaire, qui s'occupe des relations extérieures de Facebook, elle donne rendez-vous à l'University Coffee, adresse du centre-ville réputée pour ses muffins... Le gotha de l'Internet vit dans un mouchoir de poche.

Et dire que - le fait est peu connu - sans l'argent de la recherche militaire Palo Alto ne serait peut-être pas ce qu'elle est. En 1941, les Américains, obsédés par les systèmes de radars allemands, mettent en place le Radio Research Laboratory, une équipe de 850 universitaires et haut gradés qui travaille dans le plus grand secret. A l'origine, ce commando est basé à Harvard, sur la côte Est. Il sera confié à Frederick Terman, un professeur d'électronique de Stanford qui, une fois démobilisé, retourne en Californie. Et convainc des chercheurs de haut vol de le rejoindre au sein de l'Electronic Research Lab. Ce sont ces crânes d'oeuf qui vont donner naissance au bouillon de culture de la Silicon Valley. Terman va même pousser deux de ses anciens étudiants qui bidouillaient des transistors au 367 Addison Avenue, au coeur de Palo Alto, à créer leur start-up. Ils s'appelaient Bill Hewlett et David Packard...

Un pèlerinage au Buck's of Woodside illustre l'incroyable essaimage. Le restaurant a été ouvert par Jamis McNiven, fils de militaire passé par Berkeley. C'est ici, avec des dessins griffonnés à même les grosses tables en bois brut, que sont nés les Netscape, Hotmail, PayPal ou même le constructeur de bolides électriques Tesla. Dans cette caverne d'Ali Baba, on déguste des crêpes (spécialité maison) face à la maquette du sous-marin utilisée pour le tournage du film « Das Boot ». Si on lève les yeux, on aperçoit le siège qui a servi pour l'envoi d'un singe dans l'espace à la fin des années 50. Cela n'effraie pas Joan Baez, qui vient ici en voisine, tout comme Larry Ellison ou encore Sergey Brin, qui a éclaté de rire lorsqu'il a découvert une (fausse) plaque d'immatriculation siglée Google accrochée au mur.

Les entrepreneurs les mieux établis ont leur rond de serviette à Il Forniao. C'est ici, au centre de Palo Alto, sur Cowper Street, en contrebas du très chic Garden Court Hotel, que vous serez adoubés, ou non, par l'aristocratie du Web. Le maître des lieux, Steve Boyden, qui cache mal son embonpoint sous un grand tablier blanc, vous toise à l'entrée. Le plus important n'est pas ce que vous mangez, mais où vous êtes placé.

Gourou. Scott McNeally, le cofondateur de Sun Microsystems, choisit souvent une table au centre, tout comme John Doerr. Cet ex-Intel, devenu gourou du fonds Kleiner Perkins Caufield - Byers, a joué un rôle clé dans le financement des débuts d'Amazon et de Google. Sa fortune est estimée par Forbesà 2,2 milliards de dollars. Lorsqu'il a déjeuné avec une de ses filles il y a six mois, Steve Jobs s'est installé à la table la plus discrète, au fond du restaurant. Récemment, l'ancienne secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a été aperçue, tout comme Neil Young, qui, se souvient Boyden,« a sorti sa guitare pour improviser un concert dans la rue ».

Bill Burruss, tenancier depuis près de vingt-cinq ans de la librairie Know Knew Books, regrette l'époque où des fans de Jack Kerouac faisaient étape devant ses rayons avant de se diriger vers Santa Cruz, ex-paradis des hippies devenu celui des surfeurs. The Village Pub a beau avoir des airs de saloon, n'y entre pas qui veut. Le jour de la visite du Point, Michelle Pfeiffer, qui terrorisait le serveur (« Surtout n'allez pas l'embêter, elle est venue dans la Silicon Valley pour être tranquille »), se battait avec un haddock. En face, au Gelato Classico, Evvia Estiatorio régale son (beau) monde de souvlakis accompagnés d'artichauts. Plus chic est le Golf Challenge qui se tient chaque année à Stanford. L'an dernier, on a pu voir sur les greens Carol Bartz, numéro un de Yahoo !

Mais le comble du snobisme, c'est d'aller dans des endroits qui ne paient pas de mine. En mars 2010, alors qu'Apple et Google étaient en plein divorce, on a vu Steve Jobs et Eric Schmidt prendre un verre au Cafe Calafia, petite échoppe proche du Stanford Stadium.« Steve Jobs est mon ami et le restera », avait plus tard expliqué Schmidt, de passage à Paris. Larry Page (Google) n'a rien contre une soirée à The Old Pro, un bar de sport où il faut jouer des coudes pour commander une Gordon Biersch, la bière de Palo Alto. Sur les écrans géants, les clients hurlent à chaque exploit des 49ers, l'équipe locale de football américain - elle doit son nom aux conquérants de la Californie, arrivés en 1849, à l'époque de la Ruée vers l'or.

Ainsi vit Palo Alto. Mais, avec ses maisons dont le prix peut dépasser 20 millions de dollars, ses embouteillages dès 6 heures du matin sur l'autoroute 101 entre San Francisco et San Jose, cela peut-il durer ?« Ne pas être ici, ça fait un peu amateur », explique Andrew Mason, le patron de Groupon. Ce site d'achats groupés qui est en train d'exploser a son siège à Chicago. Mais s'est cru obligé d'ouvrir une antenne près d'Antonio's Nut House, bar à billard de Palo Alto où l'occupation principale est de dépecer des cacahouètes. « Mark » (Zuckerberg), comme Andrew l'appelle, y passe de temps en temps une tête. Palo Alto, ce village...

Guillaume Grallet

La rue des financiers

Située à l'ouest de Stanford, Sand Hill Road abrite une succession de firmes de capital-risque. Parmi elles, Sequoia Capital (Apple, Cisco, Flextronics, YouTube...), Greylock Partners (Digg, LinkedIn...), Draper Fisher Juvertson (Hotmail, Skype, Baidu..), Kleiner Perkins Caufield (Google, Amazon..) ou encore Andreessen Horowitz (Zynga, Digg, Foursquare, Twitter...).

Chiffres
180 milliards de dollars, c'est la valorisation estimée et cumulée de HP et Facebook, qui ont toutes deux leur siège à Palo Alto.

18 c'est le nombre de Prix Nobel qui interviennent à Stanford, l'université voisine, qui a formé les fondateurs de Yahoo !, Google et HP.

7 000 entreprises sont basées à Palo Alto, une concentration ahurissante pour une ville de 60 000 habitants

88 000 ingénieurs travaillent dans la ville

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TEST - La tablette en folie - Émilie Eyzat et Clément Pétreault

Le Point, no. 2020 - Tendances, jeudi 2 juin 2011, p. 88,89,90,92

Tactile. IPad, Android et les autres... avant de plonger, suivez le guide.

Armé de son index, Barack Obama fend la foule et signe des autographes sur les tablettes tendues. Ian Watmore, secrétaire chargé de l'Innovation et des Universités au gouvernement britannique, se déclare « meilleur client de Steve Jobs »... Même les parlementaires européens se sont équipés ! Que ferait-on sans ces nouveaux jouets pour adultes ? Le public se les arrache, à commencer par les jeunes cadres dynamiques, qui n'envisagent plus d'assisterà des réunions sans elles. Légères, fines, élégantes, puissantes et intuitives, elles se glissent aussi discrètement qu'un dossier au fond d'une sacoche.

Le compromis entre ordinateur portable et smartphone semble enfin trouvé. Mais ne sont-elles pas les habits neufs de l'empereur ? Tout le monde en veut sans que personne ne sache vraiment à quoi elles servent. Chacune cultive sa particularité et diverses utilisations sont possibles. Le plus important est de savoir ce que l'on attend de son nouveau compagnon, capable de se transformer en outil de divertissement ou de travail : lire la presse ou des livres électroniques, regarder des films, écouter de la musique, jouer en ligne ou simplement disposer d'Internet et accéder à ses mails à chaque instant ? Quand on vous dit que tout est possible...

Reste à trouver la perle rare, celle qui répondra le mieux à ses desiderata. Certaines marques misent sur la polyvalence, d'autres sur la rapidité, ou la mobilité avec un format « livre de poche ». Les baroudeurs font plutôt la chasse aux grammes superflus et recherchent des modèles poids-plume pour baguenauder léger. Les amateurs du septième art privilégient le confort de lecture et jettent leur dévolu sur des écrans plus larges, avec des autonomies plus longues. Les fashion addicts étudient sous toutes les coutures la qualité des matériaux et des assemblages. Haro sur les écrans recouverts de plastique translucide basique et sur les coques en bois de cagette ! Vive le verre et la finition irréprochable...

Apple ou Google ? Les différences se nichent aussi au coeur du système d'exploitation. Là encore, les philosophies diffèrent et le match Android de Google contre iOS d'Apple ne fait que commencer. En clair, le premier système, que l'on va rencontrer sur la majorité des tablettes, est très orienté vers les services en ligne de Google, comme Gmail ou Google Maps. Le moteur de recherche souhaite logiquement encourager l'utilisation de ses services. Grâce à l'application Search, par exemple, il suffit de prononcer le mot « pizzeria » pour qu'en une fraction de seconde les adresses des environs s'affichent sur une carte, avec horaires et coordonnées à la clé. Difficile de trouver plus efficace. Par ailleurs, la page d'accueil, mise à jour en permanence, indique le nombre de mails non lus et présente les commentaires de contacts Facebook ou d'autres réseaux sociaux.

De son côté, Apple propose un stock faramineux d'applications. On en compte désormais près de 415 000... Inutile d'insister sur la facilité d'utilisation et sur le design unanimement salué du quasi-dieu iPad. Depuis sa naissance, en mars 2010, l'iPad place la barre haut. Enfin, la tablette proposée par Blackberry fait un peu figure d'ovni. Le Playbook s'adresse en priorité à un public de professionnels en demande de sécurité.

Autre questionnement métaphysique, la connectivité. Toutes les tablettes proposent une prise jack, pour brancher un casque ou des écouteurs, mais toutes ne disposent pas d'un port USB pour lire des données stockées sur clé ou sur carte SD. De la même manière, toutes n'offrent pas de prise HDMI pour les connecter à une télé. La tablette de Steve Jobs ne propose ces fonctions qu'en accessoire, alors que l'Iconia Tab A500 d'Acer décroche la médaille de l'hyperconnectivité, avec notamment une sortie HDMI et un port USB

Des accessoires sur mesure

La liste des accessoires n'en finit pas de s'allonger. Il existe des claviers optionnels que l'on connecte avec ou sans fil, des housses rigides ou souples, et même des stylets magiques qui permettent de prendre des notes sur l'écran. C'est le cas de la Flyer signée HTC. Enfin, certaines tablettes sont dotées d'un support pour les maintenir inclinées sur une table. Celui de l'iPad2 se présente sous la forme d'une protection d'écran aimantée, qui se clippe sur la tranche de la tablette. Elle se plie en trois parties pour la surélever. Chez Archos, une béquille au dos de l'appareil, très pratique et discrète, se révèle assez fragile. Finalement, ces accessoires n'ont rien de futile, ils permettent de plier la tablette à ses envies.

Lecture. On la transporte comme un magazine. A la fois nomade et intuitive, la tablette est le support idéal pour accéder à la presse ou aux livres numériques. Pour passer sans douleur au 100 % digital, il suffit de feuilleter les pages du bout de l'index.

Communication. Courriels, clavardage, réseaux sociaux... les tablettes permettent de rester connecté en permanence. Pratiques pour manier l'écrit, leur clavier tactile est capable de concurrencer n'importe quel smartphone. Certaines peuvent utiliser le réseau téléphonique 3G pour se connecter à Internet, à condition d'assumer l'abonnement. C'est le summum de la connectivité.

Web. Les smartphones ont rendu le Web nomade, les tablettes lui apportent le confort. Avec leurs larges écrans, surfer sur Internet devient un jeu d'enfant. La main remplace la souris, il devient simple de faire varier la taille des pages, passer d'un site à l'autre. Les moteurs de recherche s'adaptent aux tablettes et à la mobilité : les résultats prennent en compte la localisation géographique de l'utilisateur.

Jeux. Dans chaque tablette sommeille une console de jeu en puissance. Les dernières études sont catégoriques : les propriétaires de tablette aiment jouer, c'est même le premier des usages. Si vous ne vous sentez pas concernés, jetez un oeil sur « Angry Birds ». Une drogue universelle qui fait le bonheur de plusieurs générations de béotiens.

Cinéma. Il suffit de trois clics pour acheter un film sur une boutique de vidéo à la demande et de deux autres pour le lancer. Les tablettes sont les nouveaux cinémas de poche. Même s'il s'agit d'une question de goût, les vrais cinéphiles surveilleront la brillance de l'écran, qui est parfois un peu trop importante pour offrir un vrai confort de visualisation en pleine lumière.

Travail. Pour saisir un texte, prendre des notes ou improviser une session de travail sur n'importe quel coin de table, les tablettes sont parfaites. D'autant que les claviers compatibles permettent de passer aux choses sérieuses. La tablette se mue alors en ordinateur. L'idée d'Asus avec son Eee Transformer est audacieuse


NOTE : Du bon usage politique de la tablette

L'explosion du marché des tablettes et smartphones va coïncider avec les élections présidentielle et législatives. De nouveaux usages politiques vont voir le jour. Après avoir poussivement adopté les réseaux sociaux, les candidats vont devoir se jeter dans le grand bain des applis. Pour le moment, ils semblent un peu frileux. Seuls Christian Estrosi (en bas), Bruno Gollnisch, Daniel Fasquelle, Jean-Pierre Raffarin (en haut) et Jean-Pierre Chevènement (au milieu) ont publié une appli à leur nom... Comme l'a démontré Barack Obama en 2008, ces services mobiles sont un mode de communication doux, personnalisé et peu intrusif, entre le blog, le tract, la newsletter et la webTV. Les futurs candidats à l'Elysée n'ont plus qu'à astiquer leurs tablettes.

Acer Iconia Tab A500 : La plus équilibrée

Pour qui ?
Ceux qui souhaitent un port USB et un lecteur Micro-SD pour afficher les contenus multimédias.

Dommage
L'autonomie est franchement perfectible.

Le détail qui tue
Une led, située au-dessus de l'appareil photo, fait office de flash.


Apple iPad 2 : L'indétrônable

Pour qui ?
Les amoureux du design, les endurants du divertissement, les travailleurs nomades.

Dommage
Pas de port USB, pas de lecteur de carte, une connectique « propriétaire ».

Le détail qui tue
Une invention simple mais géniale permet de transformer la protection en béquille de présentation horizontale ou verticale.


Asus EeePad Transformer : La plus travailleuse

Pour qui ?
Ceux qui recherchent une tablette capable de remplacer un ordinateur portable.

Dommage
Pas de port USB intégré, il faut passer par un adaptateur.

Le détail qui tue
En option, un clavier avec batterie intégrée permet de doubler l'autonomie.


LG Optimus Pad : La plus originale

Pour qui ?
Un public à la recherche d'un produit performant et ludique.

Dommage
Son faible volume sonore restreint ses utilisations à des environnements calmes.

Le détail qui tue
Deux lentilles au dos de la tablette permettent de filmer en trois dimensions. Un peu gadget, mais amusant.


Motorola Xoom : La plus aboutie

Pour qui ?
Ceux qui veulent s'équiper de la tablette la plus performante sous Android.

Dommage
Le bouton de sortie de veille au dos de l'appareil est fort mal placé.

Le détail qui tue
La finition est irréprochable.


HTC Flyer : La plus puissante

Pour qui ?
Ceux qui se sentent l'âme créative.
Dommage La qualité du son est très moyenne.
Le détail qui tue
Un stylet (vendu séparément) permet de prendre des notes en écrivant sur l'écran.


iAccessoires
iArcade

Les jeux d'arcade et les premiers jeux vidéo reviennent à la mode auprès des plus de 30 ans. Devenus cadres stressés, ils peuvent revivre leurs émotions numériques adolescentes grâce à un accessoire baptisé iCade. Il transforme leur iPad en borne d'arcade, avec des jeux Atari d'époque, comme « Asteroid », « Centipede » ou « Battlezone ». Plus d'infos sur www.ionaudio.com.

iDactylographie

Un Américain un peu illuminé transforme des machines à écrire en clavier USB pour ordinateur (et iPad). Chaque modèle est unique. Les nostalgiques de la Remigton portative vont enfin pouvoir s'acharner sur un clavier à l'ancienne. Plus d'infos sur www.usbtypewriter.com.

iNourrisson

Si les enfants ne résistent pas à l'iPad, lui, leur résiste. A condition d'être emballé dans une housse de protection adaptée. Une fois protégée, la tablette se transforme en ardoise magique, il faut secouer pour effacer. Plus d'infos sur www.griffintechnology.com



Tests réalisés en partenariat avec le laboratoire indépendant Benchexport.

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lundi 9 mai 2011

L'iPhone vous piste, Android aussi - Édouard Nébias

Marianne, no. 733 - Savoir vivre, samedi 7 mai 2011, p. 99

L'affaire de l'iPhone espion n'en finit pas de provoquer des remous : sur les téléphones Apple, un fichier horodate tous les déplacements du terminal sur une période pouvant atteindre un an. Non seulement ce flicage s'effectue à l'insu de l'utilisateur, mais il a lieu même si le service de géolocalisation est désactivé. Mieux : toutes les données sont accessibles en clair, au plus grand bonheur des conjoints suspicieux et débrouillards et des apprentis barbouzes.

Face au scandale, la marque à la pomme a réagi officiellement : " Apple ne trace pas les iPhone et ne le fera jamais ". On est prié de le croire. Tout juste le constructeur reconnaît-il des dysfonctionnements corrigés, on l'espère, dans un futur proche. L'enregistrement des données ne devrait plus fonctionner lorsque l'utilisateur désactivera les services de géolocalisation. Et la conservation des données n'excédera pas une semaine. Les utilisateurs peuvent-ils être rassurés ? Même si Apple colmate ses failles, rien ne leur garantit qu'il n'en subsiste pas d'autres. Et quand bien même l'iPhone nu deviendrait un exemple de vertu, impossible de garantir que des applications téléchargées ne soient pas atteintes d'espionnite aiguë. Certes, Apple contrôle très étroitement les applications disponibles sur l'Appstore. Mais cela ne l'a pas empêché, en 2010, de valider une simple application lampe torche qui comportait une fonctionnalité cachée transformant l'iPhone en routeur Internet, un usage interdit par la marque. Apple, qui a finalement eu vent de cette fonction cachée, a retiré fissa l'application de son catalogue.

Si une fonctionnalité secrète à visée philanthropique a pu se glisser dans le programme à son insu, quid des malveillantes ? C'est tout le problème des technologies fermées où l'utilisateur est obligé de faire confiance au tiers à qui il remet le plein contrôle de ses données personnelles. Mais si l'iPhone est pointé du doigt, Android, le système concurrent et ouvert de Google, est lui aussi accusé de fliquer ses utilisateurs. Comme Apple, Google se défend en expliquant que les données collectées sont anonymes et qu'elles ne servent qu'à offrir un service de qualité. En théorie, Android est modifiable par tout un chacun. Ce qui le rend séduisant pour exercer davantage de contrôle et de sécurité sur ses données personnelles. Voire. De plus en plus de constructeurs empêchent techniquement les utilisateurs d'installer des versions d'Android modifiées sur leurs mobiles. Le modèle fermé comme celui de l'iPhone semble donc s'imposer avec la complicité des utilisateurs qui, en achetant ce type de machine, ont aussi leur part de responsabilité : dans le monde réel, si un tiers nous demandait l'accès à notre carnet d'adresses ou à la liste de nos déplacements, pour en faire ce qui lui chante, nous serions nombreux à refuser. Dans le monde numérique, pourquoi l'acceptons-nous ?

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mercredi 13 avril 2011

Intel à l'offensive sur les tablettes et sur la Chine -Maxime Amiot

Les Echos, no. 20911 - High-tech & Médias, mercredi, 13 avril 2011, p. 21

Intel ne lâche rien sur la mobilité. Le leader mondial des microprocesseurs vient de procéder à deux annonces stratégiques, visant à s'implanter sur le marché des tablettes tactiles. Le fabricant américain a tout d'abord dévoilé sa plate-forme Oak Trail, spécialement adaptée aux tablettes tactiles. Environ 35 modèles intégrant ce produit seront lancés le mois prochain, et commercialisés par différents fabricants (Fujitsu, Motion Computing, Samsung...).

La plate-forme est basée sur le processeur Atom. Elle est censée être plus performante, et surtout moins « énergivore », un facteur déterminant sur les produits mobiles. Elle pourra supporter Windows Phone 7, le système d'exploitation de Microsoft, mais aussi Honeycomb, la dernière version du système d'exploitation de Google Android, spécialement étudié pour les tablettes.

Ce lancement est important pour Intel. Le champion des processeurs pour PC - il détient plus de 80 % de parts de marché sur ce segment -ne parvient pas, pour l'heure, à s'implanter sur le marché de la mobilité. Celui-ci est dominé par la société britannique ARM, qui a développé une architecture plus économe en énergie. C'est celle-ci qui équipe la plupart des puces pour « smartphones » et tablettes via des licences attribuées aux concurrents d'Intel (Qualcomm, Texas Instruments, Nvidia, Samsung...). Signe des difficultés d'Intel, le groupe a annoncé, le mois dernier, le départ du patron de sa division mobilité, Anand Chandrasekher, et son remplaçant n'est pas encore connu.

Partenariat annoncé

Dans sa tentative pour reprendre la main, Intel cible particulièrement la Chine. Il a annoncé hier un partenariat avec Tencent Holdings, afin de développer des services et fonctionnalités qui améliorent l'utilisation de tablettes et de téléphones mobiles dotés de ses puces. Une équipe de 60 ingénieurs est déjà en place, et devrait bientôt passer à 200 personnes. Un autre projet d'implantation en Chine serait également à l'étude : selon Bloomberg, Intel travaillerait avec le constructeur ZTE, non seulement sur des projets de recherche et développement, mais aussi pour développer un téléphone spécialement adapté au marché chinois. Il incorporerait notamment un processeur pour « smartphone » développé par Intel.

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mardi 12 avril 2011

Facebook cherche une porte d'entrée en Chine - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20910 - High-tech & Médias, mardi, 12 avril 2011, p. 22

Interdite jusqu'ici en Chine, la société américaine semble en passe de s'allier avec Baidu, le moteur de recherche leader de l'Internet chinois, pour lancer un site de réseaux sociaux.

Le match entre Google et Facebook va-t-il également se dérouler sur le sol chinois ? Ces derniers temps, le premier réseau social mondial ne cachait pas son intérêt pour le marché chinois. Il avait déclaré être « actuellement en phase d'étude et d'apprentissage sur la Chine ». La visite de Mark Zuckerberg, en décembre dernier, avait toutefois été présentée officiellement comme « des vacances ». Pour autant, l'arrivée de Facebook dans l'empire du Milieu pourrait être imminente, si l'on en croit le site Internet chinois sohu.com. Celui-ci a en effet révélé hier que Facebook serait en passe de prendre pied sur le marché chinois pour lancer un site de réseaux sociaux conforme aux exigences de censure du parti communiste. Et, d'après Sohu.com, c'est avec Baidu que Mark Zuckerberg, numéro un du groupe américain, s'apprêterait à créer ce réseau social. Une information relativisée toutefois dans la soirée par une source proche de Facebook citée par Bloomberg, qui assurait que les discussions exploratoires ne déboucheraient « pas forcément sur un accord ».

Baidu est le moteur de recherche star de l'Internet chinois, qui gère plus de deux tiers des requêtes des internautes, aux dépens de Google, en voie de marginalisation en Chine. Il est vrai que le moteur américain s'est lui-même tiré une balle dans le pied en annonçant, l'an dernier, son refus de continuer à se plier aux exigences de censure du régime. Il réoriente désormais les internautes vers son site non censuré de Hong Kong. Facebook fait partie, avec YouTube et Twitter, des sites dont l'accès est bloqué en Chine : le régime redoute leur caractère viral. Les récents mouvements pro-démocratiques dans le monde arabe ont conforté Pékin dans cette analyse. Cela ne signifie pas pour autant que les applications de type Web 2.0 soient inexistantes dans l'empire du Milieu. Mais Pékin exige qu'elles soient gérées par des entreprises chinoises, qui appliquent les règles d'autocensure et veillent au contenu des messages échangés. Twitter est donc remplacé par le service de microblog mis en place par le portail Internet Sina. Et si Facebook est interdit, son équivalent chinois, Renren, se porte à merveille. Il revendique 160 millions d'utilisateurs et prévoirait de s'introduire en Bourse aux Etats-Unis, avec l'objectif de lever 500 millions de dollars. Pour l'heure, ni Facebook, ni Baidu n'ont fait de commentaire.

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jeudi 31 mars 2011

Lenovo dégaine son « LePad » face à l'iPad - Marc Cherki

Le Figaro, no. 20732 - Le Figaro Économie, mercredi, 30 mars 2011, p. 27

Après Apple, Dell, Samsung, Toshiba et Motorola, le groupe chinois lance sa tablette Internet.

Le chinois Lenovo n'a pas hésité. Pour concurrencer Apple sur le marché des tablettes, Lenovo a baptisé la sienne « LePad ». Quasiment la même prononciation en anglais et quasiment la même typographie que le désormais célèbre iPad.

Le marché des ardoises ou tablettes Internet, défriché par la firme à la pomme, devrait représenter entre 55 et 60 millions d'unités dans le monde en 2011 et empiéter, un peu, sur le marché des ordinateurs portables, estiment les cabinets d'étude iSuppli et Gartner. Lenovo, première marque chinoise de PC et numéro quatre mondial depuis qu'il a racheté la division PC d'IBM, devait donc entrer sur le marché des tablettes.

Le LePad, qui a opté pour le système d'exploitation Android de Google, ressemble aux tablettes de ses concurrents Archos, Samsung, Dell, Toshiba ou Motorola. D'autres industriels sont sur la ligne de départ, tels le californien HP et le canadien Research in Motion (RIM).

Disponible cette année en France

Lenovo dispose de deux avantages : une marque forte, reconnue sur le marché chinois, où le groupe bénéficie d'un réseau de distribution très fin qui irrigue les campagnes; et le prix de son produit, moins coûteux que l'iPad. Le LePad est proposé à 3 499 yuans, soit 377 euros, contre 489 euros pour un iPad aux fonctions comparables en termes de mémoire (16 Go) et de connexion Internet (Wi-Fi).

En outre, Yang Yuanqing, le PDG du groupe chinois, a déjà prévenu qu'il allait lancer une deuxième version de son LePad, « en septembre ou en octobre ». La prochaine tablette a été conçue, en parallèle au premier produit, par une autre équipe. La future ardoise sera plus fine, a précisé le PDG de Lenovo. Mais la plupart des observateurs estiment que le groupe chinois va continuer d'opter pour le logiciel de Google, ce qui devrait lui permettre de serrer ses prix.

« Environ une dizaine de tablettes en développement dans le monde utilisent notre système d'exploitation », confiait récemment au Figaro Andrew Rubin, le responsable d'Android chez Google, qui rappelle que « les experts nous attribuent environ 20 % du marché des tablettes pour le dernier trimestre de 2010 ». Cette part pourrait augmenter, à l'instar de la percée de Google dans les smartphones, au détriment de l'iPhone.

La tablette LePad devrait être proposée hors de Chine, y compris en France, « dans le courant de 2011 », précise la filiale du groupe.

Toutefois, sa disponibilité, y compris dans l'empire du Milieu, est en question. Le tremblement de terre au Japon, le 11 mars, pourrait avoir des conséquences sur la fourniture de composants de la tablette, a indiqué un responsable de Lenovo, cité hier par le Wall Street Journal.

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Google lâché par Sina.com en Chine

Le Figaro, no. 20732 - Le Figaro Économie, mercredi, 30 mars 2011, p. 21

La part de marché du moteur de recherche va encore baisser.

Nouveau coup dur pour Google en Chine, premier marché mondial sur Internet avec 460 millions d'internautes. Le principal portail Internet du pays, Sina.com, a annoncé hier qu'il ne proposerait plus les services du moteur de recherche américain sur son site. Sina.com profite de l'arrivée à échéance de son contrat avec Google à la fin du mois pour implanter sa propre technologie de recherche en ligne, a-t-il précisé. Ainsi privé des 280 millions d'utilisateurs inscrits sur Sina.com et de son milliard de pages vues quotidiennes, Google devrait voir sa part de marché en Chine reculer encore. Devancé, de loin, par le moteur chinois Baidu, qui contrôle plus de 75 % du marché, Google avait perdu plusieurs points en 2010 après des démêlés avec le gouvernement chinois.

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mardi 22 mars 2011

Google accuse les cybercenseurs chinois de freiner l'accès à Gmail

Le Monde - Economie, mercredi, 23 mars 2011, p. 22

Google accuse les cybercenseurs chinois de freiner l'accès à son service de messagerie Gmail

Google accuse la Chine d'attaquer par de nouveaux moyens son service de messagerie, fortement perturbé depuis quelques semaines dans le pays. Les utilisateurs de Gmail peuvent toujours accéder à leurs comptes sur le sol chinois mais le service est lent, les messages instantanés bloqués et certains courriels apparaissent non lus après avoir été consultés.

" De notre côté, il n'y a aucun problème technique. Nous avons largement vérifié ", a assuré, lundi 21 mars, un communiqué du groupe californien, précisant : " C'est un blocage gouvernemental soigneusement conçu pour laisser penser que le problème vient de Gmail. " Dans un message du 11 mars, l'équipe chargée de la sécurité de Google avait déjà constaté également " des attaques hautement ciblées et apparemment motivées politiquement " contre ses utilisateurs.

Ces problèmes ne concernent que le territoire de la Chine continentale et durent depuis une période concordante au début des " révolutions du jasmin " dans le monde arabe et à un raidissement du régime contre la dissidence. La porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Jiang Yu, a jugé, mardi 22 mars, ces accusations " inacceptables ".

Le géant de l'Internet américain avait déjà fait grand bruit au mois de janvier 2010 et s'était attiré les foudres de Pékin en menaçant de cesser ses opérations en Chine après des attaques informatiques, notamment contre des militants des droits de l'homme.

Google gérait alors un tiers des recherches sur le Web chinois, le reste se dirigeant vers le site de son concurrent local, Baidu. Le leader mondial des moteurs de recherche s'était ensuite résolu à transférer ces requêtes vers ses services de Hongkong, afin de ne pas s'aliéner un marché qui a atteint 457 millions d'internautes à la fin de l'année 2010, selon les chiffres officiels.

L'affaire avait pris un tournant diplomatique lorsque la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, avait demandé des comptes à Pékin. Dans son second discours sur la liberté sur Internet, prononcé le 15 février, Mme Clinton a cette fois-ci promis que les Etats Unis consacreraient 25 millions de dollars à la lutte contre " les filtres, les voyoux, les hackers et les censeurs ".

Tandis que les réseaux sociaux Facebook et Twitter et le site de partage YouTube sont bloqués de longue date en Chine, au même titre que les pages Web critiques du régime, la censure s'est abattue en février sur le réseau social professionnel Linkedln. Le site est redevenu accessible depuis, mais l'entreprise, qui prépare son introduction en Bourse, n'écarte plus la possibilité d'être ciblée à l'avenir et précise sur ses prospectus que la valeur de ses actions pourrait en être affectée.

La dernière offensive des cyber- censeurs chinois a par ailleurs mis hors service la plupart des " réseaux privés virtuels " ou VPN. En cryptant les connexions et en les renvoyant vers des serveurs hébergés à l'étranger, ces VPN, comme Witopia ou Freedur, qui coûtent une cinquantaine d'euros à l'année, permettent aux internautes de passer outre la " Grande Muraille du Web ".

L'un des architectes de la structure de blocage de l'Internet chinois a reconnu, dans un rare entretien accordé à la presse locale en février, disposer lui-même de six VPN sur son ordinateur personnel. Il s'agit toutefois de tester la fiabilité du système de censure et non d'accéder à des informations qualifiées de " sales ", " contre le gouvernement ", s'est justifié Fan Binxing.

Maintenir ces réseaux revient à prendre de l'avance sur la chasse à laquelle se livrent les censeurs du Net. Leurs gérants changent régulièrement les adresses IP, identifiants des serveurs vers lesquels les connexions sont redirigées. Cette solution n'est pas pérenne. Pékin les déniche et les bloque ou coupe plus radicalement l'utilisation en Chine des " ports " d'accès à Internet, communément utilisés par ces passe murailles.

Un temps tolérés lorsqu'ils étaient payants, probablement car ils n'étaient utilisés que par une petite minorité de Chinois et d'étrangers expatriés, les VPN font l'objet d'une traque qui s'est considérablement renforcée ces dernières semaines. " Tous sont neutralisés les uns après les autres, des plus importants aux plus petits ", explique l'opérateur d'un de ces réseaux anti-censure.

Harold Thibault

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mercredi 16 mars 2011

Bye-bye, Barbie ! En Chine, la culture vire au rouge - Wei Gu

Le Monde - Economie, mercredi, 16 mars 2011, p. 20

A Shanghai, le magasin phare de l'américain Mattel consacré à Barbie a fermé ses portes, mais les icônes made in China ne sont pas encore de taille à remplacer la célèbre poupée. Pékin s'est donné cinq ans pour promouvoir les médias et les arts autorisés par l'Etat, mais la censure et l'accès restreint au marché risquent de contrarier cette initiative en faveur de la « culture rouge ».

La Chine a de bonnes raisons de vouloir mettre en avant la culture nationale. Si la part des services à haute intensité de main-d'oeuvre dans le produit intérieur brut (PIB) atteignait 47 % dans cinq ans, contre 43 % aujourd'hui, le bénéfice serait double : ces activités créatrices d'emplois sont moins nocives pour l'environnement que l'industrie lourde. Les dépenses de l'Etat consacrées aux médias et à la culture devraient augmenter de 19 % en 2011, alors que, dans l'ensemble, les dépenses publiques ne progresseront que de 13 %.

La production culturelle n'est pas un secteur facile. La vidéo promotionnelle consacrée à une série de personnalités chinoises, diffusée sur les écrans géants de Times Square, à New York, avant la visite du président, Hu Jintao, en janvier, n'a pas convaincu les cybercitoyens. La nouvelle station de télévision « rouge » créée dans la mégapole de Chongqing, qui ne programme que des émissions « pour tous publics », sans publicité, ne se vante pas d'avoir conquis de larges parts d'audience.

Le premier problème tient à l'exclusion des médias étrangers. Dix ans après l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le cinéma étranger ne représente toujours qu'un tiers du temps de projection total. La télévision limite à 25 % le temps d'antenne imparti aux productions étrangères. La concurrence a souvent l'effet d'un catalyseur du développement; on ne voit pas pourquoi les médias feraient exception, surtout si la Chine espère un jour exporter sa culture.

Censure draconienne

Ensuite, loin de s'adoucir, la censure chinoise devient plus draconienne. Les entreprises locales obéissantes sont les premières à en profiter : le moteur de recherche Baidu a vu sa part de marché dépasser les 80 % lorsque Google s'est retiré de l'empire du Milieu.

L'organe du Parti communiste, l'agence de presse Xinhua, a désormais son propre moteur de recherche. Mais les usagers ne sont pas nécessairement ravis de sentir flotter un parfum de propagande, et ils pourraient, dès lors, passer par des voies illégales pour chercher leurs informations.

Si la Chine tient réellement à promouvoir la culture, elle ferait bien de laisser les médias privés donner libre cours à leur créativité. Sans quoi, c'est en pure perte qu'elle gonflera le budget de la culture. Pas un seul groupe de médias publics ne figure sur la liste des dix sites Web les plus consultés. Barbie n'a peut-être pas de leçon à donner aux dirigeants chinois en matière de culture, mais les rideaux baissés devant les vitrines de sa boutique inspireront peut-être à ces derniers quelques réflexions salutaires sur les dépenses inconsidérées.

(Traduction de Béatrice Laroche)

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jeudi 17 février 2011

Android déferle sur la planète mobile

Les Echos, no. 20872 - High-tech & Médias, jeudi, 17 février 2011, p. 23

Les équipementiers mobiles ayant adopté Windows et Android vont se recentrer sur ce dernier, après que Nokia a lié son sort à celui de Microsoft. L'effacement de Nokia pendant un an ouvre un boulevard à la plate-forme de Google.

Windows Phone 7 ou Android ? Ceux qui ne savaient pas encore sur quel pied danser sont désormais fixés. Puisque Nokia a choisi de lier son sort à celui de Microsoft, les autres fabricants de téléphones voient leur salut dans le petit robot vert de Google. Le pin's Android fait d'ailleurs un tabac au Mobile World Congress. Des collectionneurs avides les traquent sur les stands. LG, Samsung, Sony Ericsson ou HTC, même s'ils s'en défendent, vont sans doute favoriser Google plus que Microsoft.

« Personne n'a envie d'adopter le système d'exploitation d'un acteur dominant, ce qui condamne Windows en dehors de Nokia », explique Benoît Flamant, d'IT Asset Management. Android, qui a été vendu sur 67 millions de « smartphones » en 2010, apparaît comme le dernier système d'exploitation réellement ouvert à tous. « Seuls RIM, Nokia et Apple ne font pas d'Android. Quant à Samsung, ils ont créé Bada, mais cela va faire "boum", car on ne peut pas multiplier les systèmes d'exploitation sur le marché », considère Benoît Flamant. Même Google s'attache à réduire la diversité des versions d'Android, qui est la principale critique : bientôt, la plate-forme pour « smartphones » (nommée Gingerbread) et celle pour tablettes (Honeycomb) vont fusionner. Quant au géant des moteurs de recherche, il redouble de séduction : « Nous aimerions que Nokia adopte Android à un moment donné et ce choix demeure possible », déclare le PDG de Google, Eric Schmidt, déçu que Microsoft lui ait été préféré. Stephen Elop, le patron de Nokia, a rejeté catégoriquement cette éventualité. De toute façon, Android n'a pas besoin de Nokia pour s'imposer. Sa part du marché des « smartphones » est passée de 3,9 % à 22,7 % en un an. Chaque jour, 300.000 terminaux Android sont activés, et 27 fabricants ont mis sur le marché 170 modèles au total. L'écosystème s'est considérablement enrichi. Avec 150.000 applications sur Android Marketplace, le petit robot vert se rapproche à grande vitesse des 350.000 apps d'Apple.

Ce raz-de-marée s'explique par la gratuité de la licence et par la latitude laissée aux constructeurs désireux d'adapter ce logiciel. Il est surtout la conséquence de l'inéluctable démocratisation des « smartphones ». Le spécialiste des réseaux mobiles Ericsson prévoit en effet que le nombre d'abonnements au haut débit mobile va passer de 600 millions en 2010 à 5 milliards en 2016. Demain, à part quelques terminaux spécialisés pour les personnes âgées, on ne vendra plus que des mobiles « intelligents » taillés pour Internet. Or, pour faire tomber leur prix à une centaine d'euros, comme cela se fait déjà en Chine, mieux vaut partager les coûts de création et d'enrichissement d'un écosystème.

Un boulevard pour Google

C'est le calcul qu'ont fait les constructeurs asiatiques, mais aussi Sony Ericsson, Motorola et les grands de l'informatique (à part HP). « Ce dont je suis le plus fier, c'est que tout cela est pour les masses, pas pour l'élite », s'est réjoui publiquement Eric Schmidt à propos de la planète Android. Un boulevard s'ouvre à Google, estime un opérateur français : « Si j'étais Samsung, LG ou HTC, j'investirais à fond sur Android cette année. Pendant neuf mois au moins, Nokia va disparaître du marché. Croyez-vous un instant que les acheteurs de terminaux chinois vont vouloir prendre du Symbian ? » D'après cet opérateur, la priorité donnée à Windows condamne le système d'exploitation développé par Nokia, en dépit des promesses de mise à jour faites par Stephen Elop. Or Symbian est populaire en Asie, où Nokia réalise ses plus gros volumes de vente.

Le constructeur finlandais s'apprête donc à vivre une année 2011 terrible, et à enregistrer des reculs importants de part de marché en Orient. « Quant à nous, nous sommes bien obligés d'acheter du Symbian en attendant », avoue le français. La priorité des opérateurs européens est d'endiguer leur dépendance envers Google et Apple. C'est d'ailleurs de ce dernier que viendra la principale menace pour Android cette année.

Que la firme à la pomme décide de sortir un iPhone Nano à 200 euros au lieu de 600 euros, et elle pourra reprendre la main. Apple a déjà prouvé qu'on peut tenir le marché du « smartphone » avec un seul modèle.

Solveig Godeluck


Les étoiles Android à Barcelone

En l'absence d'Apple et de Nokia au Mobile World Congress, Android est la vedette incontestée des nouveaux « smartphones » et tablettes. -LG Optimus 3D : le premier « smartphone » fait pour voir des images en relief sans lunettes et pour filmer en 3D. Il sera commercialisé en mai. -HTC Salsa : avec son bouton Facebook, ce tactile va un cran plus loin dans l'intégration des réseaux sociaux. -Samsung Galaxy S2 : ultra-fin (8,49 mm) et capable de filmer en haute définition, il capitalise sur le succès du Galaxy. -Sony-Ericsson Xperia Play : surnommé le « PSP Phone », son clavier coulissant le transforme en console de jeux. -Les francs-tireurs : ils ne sont pas Android, mais ils séduisent : la tablette Playbook de RIM (BlackBerry), et le tout petit « smartphone » Veer de HP (Palm).

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mercredi 2 février 2011

INTERNET - La concurrence fait rage entre les stars chinoises de l'Internet

Les Echos, no. 20861 - Compétences, mercredi, 2 février 2011, p. 12

Bataille rangée dans l'Internet chinois

Comme partout, les affaires en Chine commencent généralement par une belle histoire et s'achèvent souvent en bagarre généralisée. Quand il a cherché un nom pour son entreprise en 1999, Jack Ma a convoqué les mille et une nuits de Shéhérazade, pour trouver Ali Baba, le gentil qui défait les quarante voleurs et aide son village. Son compatriote Robin Li s'est rappelé la dernière phrase d'un vieux poème de l'époque Song. « Après l'avoir cherchée des centaines et des milliers de fois dans la foule, soudain, retournant sur mes pas, je la trouvais là dans la faible lueur d'une bougie. » Il a appelé sa société « Cent Fois », « Baidu » en chinois. Dix ans plus tard, ces deux-là se sont bien éloignés de cette rêverie mélancolique. En août dernier, le porte-parole d'Alibaba a qualifié ses collègues de Baidu de « voyous », lesquels ont répliqué que les gens d'Alibaba n'étaient que de « petites chiennes pleurnichardes ».

Il faut dire qu'entre-temps l'Internet est devenu une chose bien trop sérieuse au pays du milieu pour la laisser aux mains des poètes. Un Chinois sur trois (420 millions) est internaute et dépense de plus en plus sur le Web. Sur Taobao.com, le site de commerce entre particuliers du groupe Alibaba, il s'est vendu pour 60 milliards de dollars de biens l'an dernier, soit le double de l'année précédente. A ce rythme, Jack Ma estime que le volume d'affaires sur les sites du groupe Alibaba pourrait dépasser les ventes de Wal-Mart, le premier distributeur mondial, avant dix ans. Un analyste de la Deutsche Bank estime que le commerce électronique, qui représente 2 % du commerce de détail en Chine, devrait grimper à plus de 7 % dès 2013. Plus qu'aux Etats-Unis !

L'histoire de l'Internet chinois a déjà connu trois périodes qui ont fait émerger trois géants : Alibaba, l'empereur du commerce électronique, Baidu, le roi de la recherche en ligne, et Tencent, le prince de la messagerie instantanée. Leur histoire est caractéristique de la montée en puissance de l'entrepreneuriat chinois. Et de la façon dont l'Etat suit ce mouvement.

1 L'âge de l'effervescence

A la fin des années 1990, de jeunes Chinois reviennent des Etats-Unis la tête pleine des exploits d'Amazon, AOL ou Yahoo ! Ils rêvent de transcrire cette effervescence dans une Chine en pleine ouverture. Pour Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, simple professeur d'anglais à Hangzhou, au sud de Shanghai, un voyage en Californie lui a fait découvrir que les internautes étrangers ignorent tout des productions chinoises. Il développe alors l'intuition que la prochaine adhésion de son pays à l'Organisation mondiale du commerce va offrir une opportunité formidable aux dizaines de millions de PME chinoises, mais qu'elles ne pourront la saisir qu'en se faisant connaître. Il imagine en 1999 un site qui répertorie et met en contact des entreprises occidentales avec des industriels de son pays. Simple annuaire en ligne, le site évolue et devient le portail d'affaires de plus de 50 millions d'utilisateurs, tant pour l'import-export que pour le commerce domestique.

De son côté, Robin Li est développeur informatique aux Etats-Unis et, en 1996, il conçoit ses propres algorithmes de recherche sur Internet. Inspiré par l'exemple de Jerry Yang, le Sino-Américain fondateur de Yahoo!, il décide de créer son entreprise. Il vend son système aux grands portails chinois de l'époque, comme Sina et Sohu.com. Mais ceux-ci, obsédés par le modèle Yahoo!, ne perçoivent pas le potentiel des moteurs de recherche. Et, dans ce domaine, la langue chinoise constitue une sérieuse barrière à l'entrée pour les concurrents. Tout comme elle a permis à Ma Huateng de créer en 1998 sa messagerie instantanée QQ, sur le modèle de celle d'AOL, alors au sommet.

2 L'offensive américaine

Durant la première moitié de la décennie 2000, les ténors américains partent à l'assaut de la Chine. Yahoo!, eBay, Google, Microsoft investissent lourdement pour s'y implanter. Mais les trois mousquetaires de l'Internet chinois, tous financés par du capital-risque américain, avaient déjà pris de l'avance, jouant sur leur connaissance intime de la culture, de la politique et des moeurs des internautes locaux.

Devant la difficulté, les Américains ont sorti le carnet de chèques. En 2005, Yahoo!, accusé d'avoir aidé à l'arrestation d'opposants chinois en communiquant des e-mails, préfère céder son site à Alibaba et investit 1 milliard de dollars pour prendre 40 % du groupe de Jack Ma. Google fait une offre sur Baidu, mais insuffisante. Celui-ci, comme Tencent, fait le choix de la Bourse. Le 5 août 2005, Baidu s'introduit sur le Nasdaq américain. A la fin de la séance, le titre était passé de 27 à 122 dollars. Deux ans après, Alibaba lève 1,7 milliard de dollars sur le même marché américain et triple de valeur dans la journée. Cet argent frais lui permet d'écraser ses prix pour les professionnels et de lancer un nouveau site de commerce entre particuliers, Taobao (« Trouver la perle rare »), directement concurrent d'eBay. En moins de deux ans, il s'accapare 80 % du marché chinois.

Déjà site le plus populaire, Baidu s'appuie sur sa compréhension des « contraintes » politiques de son pays pour marginaliser Google. Quand Paris est en froid avec Pékin, le site de Carrefour devient par miracle introuvable, alors que celui de Google est fréquemment l'objet d'attaques incompréhensibles. Baidu est le champion officiel du pouvoir. Avec ses inconvénients, la censure et ses avantages. Celui-ci ferme notamment les yeux sur ce qui fera la fortune de Baidu, le piratage de la musique. De son côté, Alibaba s'est bien gardé de développer outre mesure Yahoo! Chine. Il a récupéré la technologie et laisse le site s'enfoncer dans la marginalité.

3 Le panier de crabes

C'est le troisième âge de l'Internet chinois, dans lequel nous entrons actuellement. Après la sortie penaude des Américains, la concurrence s'installe entre Chinois. Car ils doivent tous poursuivre leur croissance échevelée, monétiser leur part de marché et exporter leur modèle hors du pays. De plus, le pouvoir chinois n'aime pas que s'installent d'autres monopoles que lui, surtout privés. Il voit donc d'un bon oeil que Baidu s'allie avec le japonais Rakuten (celui qui a racheté le français PriceMinister) pour créer un site de commerce en ligne concurrent de Taobao, tandis qu'il bénit l'alliance entre Alibaba et Microsoft pour lancer un site de recherche, concurrent de Baidu. Déjà très profitable, Tencent, lui, étend son influence à tous les services sur Internet, y compris la recherche.

Tout ce petit monde s'étripe donc joyeusement, d'autant que le flot de nouveaux arrivants ne se tarit pas. En décembre dernier, Dangfang (l'Amazon chinois) et Youku (le YouTube chinois) ont débarqué à la Bourse de New York. L'Internet chinois, qui, comme son gouvernement, aime parler d'harmonie, n'a pas fini de donner des migraines aux stars de la Silicon Valley.

PHILIPPE ESCANDE


Les chiffres clefs Points forts Points faibles

- Plus de 400 millions d'utilisateurs enregistrés.- Effectif : 22.000 personnes.- Activités : commerce interentreprises (Alibaba.com), entre particuliers (Taobao), magasin en ligne (Taobao Mall), paiement (Alipay).- Part de marché de 80 %.- Très bien financé.- Données sur ses clients.- La concurrence chinoise.- Rentabilité faible de Taobao.- Compétition pour les talents.

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