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dimanche 10 avril 2011

Comment Obama a appris à faire la guerre - Alexis Lacroix

Marianne, no. 729 - Idées, samedi, 9 avril 2011, p. 82

Le journaliste américain Bob Woodward montre comment l'ancien pacifiste est devenu, une fois à la Maison-Blanche, un chef militaire crédible.

Les Guerre d'Obama, de Bob Woodward, Denoël, 522 p., 23,50 €.

Barack Obama a-t-il l'étoffe d'un président en guerre ? Deux ans et demi après son entrée dans le Bureau ovale, et alors que les "obamo-sceptiques" donnent de la voix, c'est l'interrogation qui saisit des partenaires de l'Amérique. Une interrogation amplifiée depuis que Nicolas Sarkozy et David Cameron, le Premier ministre britannique, ont grillé la politesse à la Maison-Blanche sur le dossier libyen. En fait, rassurez-vous, et lisez les Guerres d'Obama... Si le nouveau livre de l'enquêteur Bob Woodward, l'homme qui a jadis révélé le Watergate avec son collègue Carl Bernstein, est d'importance, c'est qu'il souligne et démontre, avec éloquence, deux choses : 1) que, de tous ceux qui planent sur le mandat d'Obama, le péril qui concerne l'Afghanistan est l'un des plus pressants dans l'esprit du président ; 2) qu'Obama, depuis son élection, s'est mué méthodiquement en chef de guerre, sur ce théâtre d'opérations centre-asiatique comme sur d'autres.

Woodward ne parle pas à la légère. Fort d'un accès aux documents les mieux gardés et de ses conversations avec les 100 principaux acteurs de la politique étrangère des Etats-Unis, il a conçu son ouvrage comme un thriller : le thriller d'une conversion, par étapes, au réalisme guerrier d'un président démocrate qui "n'avait jamais servi dans l'armée [et] ne connaissait presque rien à la chose militaire". Tout commence le 6 novembre 2008, deux jours après son élection. A Chicago, Obama tient une réunion avec le directeur national du renseignement, Mike McConnell. La gravité de la situation constitue une révélation pour lui : "Il y avait 161 000 soldats américains en Irak et 38 000 en Afghanistan." La première menace ne provenait toutefois pas des zones de guerre, "mais du Pakistan, dont l'arsenal nucléaire était fort d'une centaine d'armes". Une autre découverte attendait Obama : celle de l'existence d'une armée clandestine, entretenue par la CIA au Pakistan. Et l'auteur de narrer, après cette prise de conscience inaugurale, le qui-vive du 44e président américain, ses efforts pour convaincre Hillary Clinton de venir travailler à ses côtés, son exaspération croissante, aussi, face au retard accumulé dans le nation building afghan, ou encore la guerre froide prolongée entre la Maison-Blanche et le Pentagone.

Juillet 2010 : Woodward s'immisce, pendant un quart d'heure, dans le Bureau ovale pour un entretien privé : deux mois après l'attentat raté de Times Square, c'est l'occasion de mesurer l'obsession présidentielle de la menace terroriste. Et de rapporter sa confidence : "J'ai dit très tôt, du temps où j'étais sénateur [...] que nous sommes capables d'encaisser le choc d'un attentat terroriste." Devant la stupeur de son interlocuteur, le président précise : "Nous ferons tout notre possible pour l'éviter, mais voyez ce qui s'est passé avec le 11 septembre [...]. Eh bien, nous avons encaissé le coup et nous sommes devenus plus forts. Nous vivons dans un pays fort, puissant, et notre peuple possède une capacité de résilience incroyable." Obama, lors du même entretien, livre sa vision du Pakistan et de sa lutte antiterroriste : "Il a développé sa coopération dans ce domaine, ce qui a obligé Al-Qaida à se terrer de façon non négligeable au cours des dix-huit derniers mois." Sont-ce là les réflexions d'un pacifiste irrepenti ?

Les Guerre d'Obama, de Bob Woodward, Denoël, 522 p., 23,50 €.

© 2011 Marianne. Tous droits réservés.

mardi 30 mars 2010

Le dilemme nucléaire du président Barack Obama - Selig S. Harrison

Le Monde diplomatique - Avril 2010, p. 12 13

Surenchères du Pentagone, pressions des " faucons " japonais

Une dizaine de mots éloquents auront suffi au président Barack Obama pour s'avancer vers l'obtention du prix Nobel de la paix et devenir, à la fois, le héros des militants du désarmement et la bête noire des fanatiques du nucléaire. Lorsqu'il a promis de renouveler et d'étendre les accords conclus avec la Russie sur le contrôle des armes nucléaires - connus sous le nom de traités de réduction des armes stratégiques (Strategic Arms Reduction Treaty, Start) (1) -, qui diminueraient modestement les arsenaux des deux pays, ces derniers n'ont pas été surpris (2). Mais ces croyants acharnés se sont inquiétés lorsqu'il a déclaré, à Prague, le 5 avril 2009 : " Nous réduirons le rôle des armes nucléaires dans notre stratégie de défense nationale. " D'autant plus que le président venait d'entamer la très officielle analyse critique de la position nucléaire (Nuclear Posture Review, NPR) établie à l'arrivée de toute nouvelle administration. Quand il a répété cette déclaration, au mot près, dans son discours du 23 septembre 2009 devant l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU), ils ont manifesté leurs craintes quant à plusieurs questions essentielles :

- La nouvelle doctrine implique-t-elle pour les Etats-Unis de renoncer à l'emploi en premier d'armes nucléaires, comme la Chine et l'Inde l'ont déjà fait et comme l'administration Clinton l'avait promis dans l'accord controversé de 1994 avec la Corée du Nord, certes abrogé par l'administration de M. George W. Bush (lire " Pyongyang dans le collimateur ") ?

- Dans l'éventualité d'une attaque chimique ou biologique, les Etats-Unis excluront-ils une riposte nucléaire ?

- M. Obama acceptera-t-il, comme le lui a récemment demandé Berlin, de retirer d'Allemagne, d'ici quatre ans, les armes nucléaires américaines contrôlées par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) ? En fera-t-il de même avec les autres armes nucléaires tactiques stationnées en Europe ?

- Plus important pour les industries de la défense, limitera-t-il le nombre de bombardiers nucléaires, de sous-marins lanceurs de missiles Trident, de missiles balistiques intercontinentaux ?

Irrésistible déferlante de l'armée rouge

Pour justifier son choix, le comité Nobel norvégien a expliqué qu'il avait " attaché une importance particulière à la vision et à l'action de M. Obama en faveur d'un monde sans armes nucléaires ". Mais il ressort de conversations avec des fonctionnaires et des conseillers étroitement impliqués dans la NPR qu'il donnera sans doute toute satisfaction aux " vrais croyants " du Pentagone dans le texte qui devait être publié le 1er avril 2010. Et ce, malgré les batailles acharnées qui se sont déroulées jusqu'au dernier moment au sein de son administration et qui affectent directement la position américaine dans les négociations en cours avec Moscou sur l'accord Start. Il est d'ores et déjà acquis que le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de défense américaine ne sera pas réduit de manière significative.

Durant la guerre froide, les Etats-Unis avaient affirmé leur droit à les utiliser en cas d'attaque conventionnelle. A l'époque, le bloc soviétique jouissait sur le théâtre européen d'un avantage écrasant en forces armées et en puissance de feu, et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) prédisait même une déferlante irrésistible de ses troupes en cas de conflit. Un raisonnement semblable a été utilisé pour justifier la menace d'emploi en premier dans le cas de la Corée du Nord.

Mais, pour reprendre l'argument de l'ancien ministre des affaires étrangères allemand Joschka Fischer, " il n'y a plus de division blindée qui puisse traverser notre frontière en moins de quarante-huit heures. La politique d'emploi en premier était une réponse à une situation qui a fondamentalement changé (3) ". Quant à la Corée du Nord, son imposante armée d'hier ne peut plus se mesurer aux forces militaires de la Corée du Sud qui se sont développées grâce à l'aide américaine.

Les propositions de renoncer à l'emploi en premier sont souvent écartées comme des rêves naïfs de bonnes âmes qui ne comprennent rien aux dures réalités de la politique internationale. Mais s'en tenir au principe inverse ne paraît pas plus réaliste. " Si nous prenons au sérieux la non-prolifération, fait ainsi observer M. Fischer, les puissances nucléaires actuelles doivent créer un climat de désarmement à même de freiner l'aspiration d'autres pays à passer au nucléaire. " L'article 6 du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), signé en 1968, prévoyait la diminution des arsenaux existants (notamment ceux des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies), en contrepartie du maintien " hors nucléaire " des autres puissances. Mais le rythme infinitésimal de réduction des armements concernés et la menace d'emploi en premier risquent d'amener des Etats à ne plus se sentir liés par le traité.

Un fonctionnaire du Pentagone nous affirme par exemple que " les armes nucléaires doivent dissuader et constituer une réponse à l'utilisation d'armes de destruction massive, contre les Etats-Unis ou leurs alliés ", mettant ainsi dans le même sac le chimique, le biologique et le nucléaire. La Maison Blanche, quant à elle, cherche une formulation suffisamment ambiguë pour suggérer une réduction du rôle des armes nucléaires, comme il a été promis à Prague, tout en laissant ouvertes de larges possibilités d'usage de la force. Certains ont proposé d'écrire que le but unique de ces dernières est d'exercer des représailles, en cas d'utilisation d'armes de ce type par d'autres pays contre les Etats-Unis ou leurs alliés. Le choix du terme " représailles " équivaut ici à une limitation claire de l'action à une riposte.

Plusieurs compromis ont donc été proposés : le droit d'utiliser l'arme nucléaire contre une attaque conventionnelle ou chimique provenant d'un pays qui, comme la Corée du Nord, viole le TNP ; le remplacement de " exercer des représailles " par " répondre à ", expression qui implique qu'une attaque pourrait éventuellement être déclenchée dès que les préparatifs d'une offensive ennemie sont découverts.

Après le discours de Prague, une délégation de " faucons " influents du ministère de la défense japonais a entrepris de faire pression sur l'administration et le Congrès américains. Elle a averti que Tokyo développerait ses propres armes nucléaires si les Etats-Unis excluaient l'emploi en premier contre la Chine et la Corée du Nord ou ne déployaient pas ce que le Japon considère comme des forces nucléaires suffisantes.

La délégation a notamment demandé que les missiles de croisière Tomahawk, dotés d'ogives nucléaires, continuent d'être installés. Or il est prévu de les retirer en 2013 : la marine américaine estime suffisante l'efficacité des sous-marins nucléaires lanceurs de missiles Trident et des bombardiers à longue portée dédiés à la protection du Japon. Huit de ces sous-marins patrouillent constamment le Pacifique nord à portée de cibles désignées, 7 d'entre eux étant en permanence en " alerte rouge " avec un temps de réponse prévu de douze minutes.

" Le vrai gouvernement allemand "

Autant les " vrais croyants " du Pentagone que les faucons de Tokyo veulent que le parapluie nucléaire soit basé sur le concept de " dissuasion élargie " par laquelle les forces américaines ripostent au moyen d'armes de ce type à n'importe quelle attaque, qu'elle soit menée par des vecteurs nucléaires, chimiques, biologiques ou conventionnels. Cette doctrine exprime une ligne dure à l'égard de la Chine et de la Corée du Nord, défendue par le Parti libéral-démocrate (PLD), qui a dirigé le Japon durant les cinq dernières décennies.

L'alternance politique d'août 2009 modifie la situation, le Parti démocrate (PD) partageant plutôt la vision de M. Obama telle qu'elle s'est exprimée à Prague. Le ministre des affaires étrangères Okada Katsuya a plusieurs fois manifesté ce soutien. Lors de la présentation du cabinet, le 16 septembre 2009, il s'est demandé " si les pays qui déclarent leur volonté d'utiliser les armes nucléaires en premier ont encore le droit de parler de non-prolifération nucléaire ". Le 16 octobre, au cours d'une rencontre avec le ministre américain de la défense Robert Gates, M. Okada a émis le souhait de discuter de la question. M. Gates a évité le sujet, mais, lors d'une conférence de presse, il a exprimé le besoin d'une " dissuasion flexible ". Le même jour, à Kyoto, M. Okada a souligné une contradiction dans la politique passée de son pays. " Jusqu'ici, a-t-il noté, le gouvernement japonais a dit aux Etats-Unis : "Nous ne voulons pas que vous excluiez l'emploi en premier parce que cela affaiblirait la force de dissuasion nucléaire." Le Japon n'est pas cohérent quand il appelle au désarmement nucléaire dans le monde tout en exigeant le droit à l'emploi en premier pour lui-même (4). " Répondant aux critiques, M. Okada a déclaré que, si Washington renonçait à l'emploi en premier, " cela ne signifierait pas que le Japon serait à l'extérieur du parapluie. Dans l'éventualité malheureuse où le Japon subirait une attaque nucléaire, nous n'excluons pas une réponse de ce type ".

M. Okada a également scandalisé des faucons, tant à Tokyo qu'à Washington, en déclarant, à propos de la menace de la Corée du Nord, que " des armes conventionnelles suffisent pour y faire face " et qu'une " zone dénucléarisée en Asie du Nord-Est " serait souhaitable. Certes, le premier ministre Hatoyama Yukio s'est montré plus circonspect que M. Okada, et il n'est pas certain que le ministre des affaires étrangères exprime l'opinion de M. Ozawa Ichiro, le dirigeant de son parti, plus belliciste. Des divisions profondes traversent cette formation comme la société dans son ensemble. Un grand nombre de faucons, qui privilégient la dissuasion élargie, sont aussi partisans d'une force nucléaire japonaise indépendante, et ils se saisiraient volontiers d'une divergence avec l'administration Obama pour renforcer leurs arguments.

Aucun va-t-en-guerre à Washington ne prend au sérieux ni M. Okada ni M. Guido Westerwelle, le ministre des affaires étrangères allemand, qui a appelé à plusieurs reprises au retrait des armes nucléaires tactiques américaines de son territoire. Ils regardent les deux hommes comme des figures politiques provisoires qui seront tôt ou tard rejetées. Alors président du conseil de planification politique du département d'Etat dans l'administration de M. William Clinton, M. Morton H. Halperin nous avait confié qu'un haut fonctionnaire de son ministère avait balayé ces déclarations politiques en affirmant : " Ce n'est pas le vrai gouvernement allemand. " Une attitude similaire s'exprime à propos des nouveaux dirigeants japonais.

D'après M. Hans Kristensen, de la Fédération des scientifiques américains, les Etats-Unis conservent " 10 à 20 " bombes nucléaires B-61 à chute libre dans la base militaire de Büchel, dans l'ouest de l'Allemagne, et possèdent un total de 150 à 240 têtes nucléaires en Allemagne, en Belgique, en Italie, aux Pays-Bas et en Turquie. On s'attend à ce que la NPR écarte tout retrait pour deux raisons : la Turquie veut les conserver pour dissuader l'Iran d'une éventuelle attaque nucléaire, et le Pentagone soutient que, puisque l'OTAN doit réviser sa stratégie l'année prochaine, il serait prématuré de les abandonner unilatéralement.

Un autre argument utilisé est que le futur accord Start ne concernera que les arsenaux stratégiques. Il laissera donc un avantage tactique à la Russie dans la mesure où les évaluations font habituellement état de 500 à 1 200 armes nucléaires tactiques américaines, y compris celles présentes en Europe, contre environ 2 000 déployées par la Russie. Moscou en aurait jusqu'à 6 000 en réserve. Ces équipements ont une portée de 450 à 600 kilomètres.

La recherche par l'administration Obama d'une réduction, dans le cadre de l'accord Start, du nombre de têtes nucléaires stratégiques - entre 1 500 et 1 675, contre 2 200 actuellement - a déçu les partisans du désarmement. En effet, la Russie a signalé qu'elle était prête à descendre à 1 000 afin de réduire son budget consacré à la défense, et il existe un consensus ancien, à Washington, sur le fait que ce serait là un bon niveau de sécurité. Même l'intransigeant John Deutch, qui a dirigé la NPR de l'administration Clinton, a défendu cet objectif.

Cependant, aux yeux des experts, la manière dont la " triade " nucléaire (nombre de bombardiers stratégiques, de missiles sur terre et sur mer) sera répartie importe plus que la question des ogives nucléaires. Une lutte acharnée a été menée pour décider s'il fallait réduire la quantité de bombardiers, celle des missiles balistiques intercontinentaux ou celle de sous-marins porteurs de Trident, divergences qui ont retardé la définition de la NPR.

Etonnamment, même l'Air Force Association, qui défend les intérêts de l'armée de l'air, a recommandé que les 114 bombardiers nucléaires B-52 et les B-2 en service soient éliminés progressivement au profit de missiles balistiques intercontinentaux et de sous-marins. En effet, ces derniers seraient plus à même de résister à une première frappe. Cette recommandation a cependant peu de chances d'être retenue, et le nombre de missiles balistiques intercontinentaux - actuellement 450 - va probablement être réduit dans le cadre de l'accord Start. Seuls les 13 sous-marins nucléaires, portant chacun 24 missiles Trident, seront probablement maintenus.

Les membres du Congrès alliés aux " vrais croyants " du Pentagone sont mécontents des réductions prévues. Ils ont menacé de retarder la ratification de l'accord Start s'ils n'obtiennent pas satisfaction sur le projet de loi de modernisation des armes nucléaires américaines. L'administration Bush avait tenté en vain de faire passer un programme controversé, nommé " ogive de substitution fiable ", dont l'objectif était de renouveler l'arsenal des Etats-Unis. M. Obama propose simplement de remettre à neuf les armes existantes (Stockpile Stewardship and Management Program). Mais les 40 sénateurs républicains d'alors, plus le sénateur indépendant Joseph Lieberman, lui ont, le 17 décembre 2009, envoyé une lettre : " Nous ne croyons pas que les nouvelles réductions prévues par le programme Start puissent être dans l'intérêt de la sécurité nationale des Etats-Unis, en l'absence d'un programme significatif de modernisation de notre force de dissuasion nucléaire. " Ils ont notamment demandé une rénovation rapide des ogives nucléaires B-61 et W-76.

La très respectée Arms Central Association a annoncé que le Strategic Command (Stratcom), organe de contrôle militaire des armes nucléaires, et la National Nuclear Security Administration (NNSA) " insistent sur la capacité de concevoir de nouvelles ogives ". L'an dernier, une fuite de la NNSA a révélé un plan destiné à développer les capacités de fabrication de plutonium, au sein des installations de Los Alamos (Nouveau-Mexique), Oak Ridge (Tennessee) et Kansas City (Missouri). La NNSA recherche l'appui du Congrès pour mettre en oeuvre ce programme, qui, s'il était mené à son terme, permettrait aux Etats-Unis de quadrupler leur production annuelle de 20 à 80 unités.

Un emploi tranquille au sein de l'OTAN

Jusqu'ici, le plan de la NNSA n'a pas été soumis au Congrès, mais le simple fait qu'il existe donne une idée de l'importance des intérêts que M. Obama aurait à affronter s'il cherchait à concrétiser sa vision du désarmement nucléaire. Le président semble avoir sérieusement sous-estimé ses ennemis au sein du complexe militaro-industriel, comme il l'avait d'abord fait avec le lobby des assureurs de santé et avec les banques. Non seulement il a conservé M. Gates comme ministre de la défense, mais il n'a pas nommé de civils favorables à ses thèses à des postes-clés du Pentagone, abandonnant la NPR aux faucons. Il a maintenu à son poste le directeur de la NNSA, issu de l'administration Bush, ainsi que tout le personnel responsable du plan de quadruplement des capacités de production de plutonium. A la Maison Blanche, le meilleur avocat du désarmement nucléaire parmi ses conseillers, M. Ivo Daalder, a été relégué avec son approbation à un emploi tranquille au sein de l'OTAN, afin de laisser la voie libre aux membres de la sécurité nationale qui ont les faveurs du Pentagone.

A partir du moment où M. Obama a commencé à multiplier les déclarations sur le besoin de " maintenir une dissuasion forte aussi longtemps qu'existera l'arme nucléaire ", il a perdu la bataille du désarmement nucléaire au profit du belliqueux général Kevin Chilton, commandant de la Stratcom. Le 11 novembre 2009, cet officier a prédit que les Etats-Unis auraient encore besoin d'armes nucléaires dans quarante ans.

Le 15 décembre 2009, à Omaha (Nebraska), lors d'une conférence organisée avec le soutien financier de la Stratcom, par le programme d'information nucléaire, à laquelle participaient 105 experts militaires et spécialistes du contrôle des armements, il s'est montré encore plus clair : " Nous aurons besoin d'armes nucléaires tant que les Etats-Unis existeront. "

Note(s) :

(1) Les accords Start I puis Start II ont été signés au début des années 1990. Ils prévoyaient une réduction substantielle des arsenaux stratégiques des deux Supergrands.
(2) Lire Olivier Zajec, " Subtile partie d'échecs entre Moscou et Washington ", Le Monde diplomatique, avril 2008.
(3) Süddeutsche Zeitung, Munich, 27 novembre 1998.
(4) Masa Takubo, " The role of nuclear weapons : Japan, the US, and "Sole Purpose" ", Arms Control Today, novembre 2009.

PHOTO - US President Barack Obama walks out of the Oval Office at the White House to board the Marine One helicopter to leave for Camp David in Washington on March 26, 2010. Obama and his Russian counterpart Dmitry Medvedev on March 26 finalized a historic new deal to cut long-range nuclear arms, slashing the number of deployed warheads by a third. After months of intense negotiations, they sealed what Obama called 'the most comprehensive arms control agreement in nearly two decades,' as they hailed improved ties that hit a low under US President George W. Bush.

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lundi 15 février 2010

La rencontre Obama dalaï-lama est maintenue - Yves Bourdillon

Les Echos, no. 20615 - Dernière, lundi, 15 février 2010, p. 16

La Maison-Blanche est restée ferme vendredi en rejetant la demande de Pékin d'annuler la rencontre prévue le 18 février à Washington entre Barack Obama et le dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains en exil. Le porte-parole de la présidence américaine, Robert Gibbs, a souligné que la rencontre aurait lieu « comme prévu jeudi prochain », après que Pékin a demandé aux Etats-Unis d'annuler immédiatement cette « décision erronée ». Le dalaï-lama n'avait pas été reçu par Barack Obama lors d'un passage aux Etats-Unis en octobre dernier, afin de ménager Pékin avant la première visite du président américain en Chine peu après.

PHOTO - Tibetan spiritual leader the Dalai Lama attends prayers on the first day of Losar, the Tibetan New Year, in the northern Indian hill town of Dharamsala, February 14, 2010. The Dalai Lama urged Tibetans on Sunday not to celebrate Losar, the Tibetan New Year, just days before his planned meeting with U.S. President Barack Obama which has infuriated China.

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vendredi 5 février 2010

Commerce : les relations entre Washington et Pékin s'enveniment

Les Echos, no. 20609 - International, vendredi, 5 février 2010, p. 7

Les autorités chinoises ont vivement réagi aux attaques du président Barack Obama sur leur politique de change. Les tensions s'exacerbent entre les deux pays sur les questions commerciales, alors que l'administration américaine s'est fixé comme objectif de doubler d'ici à cinq ans ses exportations.

Si la guerre n'est pas officiellement déclarée, cela y ressemble. Hier matin, les autorités chinoises ont vivement réagi aux attaques du président américain, Barack Obama, sur leur politique de change, en particulier sur la sous-évaluation du yuan. « Les accusations et pressions infondées ne vont pas aider à résoudre la question », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ma Zhaoxu. Quelques heures auparavant, s'adressant à un groupe de sénateurs démocrates, le président américain avait ouvert les hostilités en indiquant qu'il faut « être plus dur en qui concerne la mise en oeuvre des règles commerciales en vigueur » et « exercer une pression constante sur la Chine et sur d'autres pays afin qu'ils ouvrent leur marché de façon équitable ». « Le cours des monnaies et leur justesse constituent l'un des défis que nous devons relever au plan international pour faire en sorte que les prix de nos produits ne soient pas gonflés artificiellement et ceux des leurs baissés tout aussi artificiellement », a-t-il poursuivi. Mais, pour Pékin, le taux de change du yuan n'est pas en cause pour expliquer l'importance du déficit commercial américain et les autorités chinoises appelent la partie américaine à considérer la question « sous un jour clair et objectif ».

Equipe interministérielle

Le débat ne date pas d'aujourd'hui et Pékin a régulièrement opposé une fin de non-recevoir aux demandes américaines et européennes de réévaluer sa monnaie, qui ne présenterait pas que des avantages pour la Chine.

Dès lors, l'administration Obama va-t-elle accroître ses pressions sur Pékin et désigner, en avril prochain, lors de l'examen des politiques commerciales des principaux partenaires des Etats-Unis, la Chine comme un pays manipulant sa monnaie ? Barack Obama s'y est refusé à deux reprises et son prédécesseur, George W. Bush, ne l'a jamais fait. Au sein du Sénat, certains parlementaires plaident en ce sens.

En attendant, l'administration américaine va mettre en place une équipe interministérielle et lancer un plan afin d'améliorer la compétitivité du pays et de lutter contre les barrières douanières, a révélé, hier, le secrétaire au Commerce américain, Gary Locke. Ce groupe de travail, qui rendra des comptes directement au président et à son cabinet, réunira des membres des départements américains d'Etat, du Commerce et de l'Agriculture et le représentant spécial du commerce américain, Ron Kirk. Son but s'inscrit dans l'objectif du président, divulgué lors de son discours sur l'état de l'Union, le 28 janvier, de doubler les exportations américaines d'ici à cinq ans.

L'Asie, marché cible

« L'accès aux marchés étrangers sera crucial », a affirmé Gary Locke, indiquant que le gouvernement tenterait de faire tomber les barrières empêchant les entreprises américaines d'obtenir un accès « libre et juste » à ces marchés, tout en continuant à négocier des traités de libre-échange. La veille, Barack Obama avait ciblé l'Asie comme une zone de croissance potentielle de ces exportations. Une légère augmentation des ventes de produits américains dans cette région pourrait aboutir « à la création de centaines de milliers, voire de millions d'emplois » aux Etats-Unis, avait-il souligné.

RICHARD HIAULT

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Sur un air de guerre froide - Mireille Duteil et Caroline Puel (à Pékin)

Le Point, no. 1951 - Monde, jeudi, 4 février 2010, p. 44,45

Prétexte. A l'occasion de la vente d'armes à Taïwan, Pékin et Washington montrent leurs muscles.

Les Etats-Unis ne sont pas en déclin et ne vont pas laisser Pékin leur dicter leur politique. Tel est le message implicite envoyé lundi par l'administration américaine aux dirigeants chinois. La « missive » a pris la forme de l'annonce d'un formidable contrat d'armes de 6,4 milliards de dollars à destination de Taïwan, l'île rebelle aux yeux de Pékin. Dans le lot : des missiles antimissiles Patriot, des navires chasseurs de mines sous-marines et des hélicoptères Black Hawk.

La réaction chinoise est à la mesure de l'annonce américaine : elle n'a jamais été aussi violente. Pékin a rompu son dialogue militaire avec les Etats-Unis et menacé de sanctions des entreprises américaines telles que Boeing. La raison ? Pour la première fois, la Chine se sent en position de force. Elle sait pertinemment que les Etats-Unis ont besoin d'elle. Pékin possède d'énormes liquidités et demeure l'un de ses plus gros prêteurs. Sur la scène internationale, Washington a aussi besoin de la Chine pour peser sur l'Iran et la Corée, deux puissances régionales aux tentations nucléaires évidentes.

Ce face-à-face de titans peut-il aller loin ? Une certitude : leur mauvaise humeur respective se manifeste depuis plusieurs mois. Lors du voyage de Barack Obama en Chine, en novembre, malgré la liste interminable des projets de coopération entre les deux gouvernements, les tensions étaient déjà perceptibles entre les deux pays. Depuis, elles ont empiré. La première manifestation visible de ce bras de fer fut le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, durant lequel Américains et Chinois ne parvinrent pas à s'entendre. Washington a même accusé Pékin d'avoir humilié Barack Obama. Puis, le 21 janvier, les Américains semblaient vouloir marquer un point. Alors que la querelle entre le géant informatique Google et la Chine montait en puissance, Hillary Clinton soutenait l'entreprise américaine au nom de la liberté d'expression. Un discours vu à Pékin comme une nouvelle croisade aux accents de guerre froide.

L'annonce des ventes d'armes à Taïwan par le Pentagone est donc, pour Pékin, la cerise sur un gâteau empoisonné. Elle a été faite - est-ce un hasard ? - le jour même où la secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'en prenait aux dirigeants chinois, qui refusent de durcir leur position contre l'Iran. Téhéran est un fournisseur non négligeable de pétrole et de gaz pour l'ex-empire du Milieu, toujours à la recherche de matières premières. Alors que les Etats-Unis voudraient durcir les sanctions vis-à-vis de l'Iran, l'attitude de la Chine au Conseil de sécurité (abstention ou veto) sera un bon baromètre des futures relations sino-américaines.

La presse chinoise évoque un débat sur le dossier américain au sein des responsables politiques. Des articles condamnent les ventes d'armes à Taïwan, mais d'autres notent que ce contrat a été négocié entre l'administration Bush et l'ex-président taïwanais. Les deux capitales se testent sans rien commettre d'irréparable. Car jamais leurs deux économies n'ont été aussi imbriquées !

La lune : trop chère !

Signe des temps : les Etats-Unis renoncent à la Lune au moment même où la Chine projette d'y poser le pied. Présentant lundi les grandes lignes du budget 2011, Barack Obama a annoncé l'abandon du programme Constellation, qui prévoyait le retour de vols habités vers la Lune et la conquête de Mars : trop cher ! Lancé par George Bush en 2004, Constellation a déjà coûté près de 10 milliards de dollars et la facture finale aurait atteint 100 milliards. Il sera remplacé par un projet moins ambitieux et moins coûteux, axé sur la desserte de la Station spatiale internationale (ISS). Le budget fait en revanche la part belle à la défense, à la sécurité intérieure et à l'aide aux PME, afin de favoriser l'emploi.

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