Affichage des articles dont le libellé est Christine Lagarde. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Christine Lagarde. Afficher tous les articles

lundi 13 juin 2011

Lagarde promet à Pékin plus de poids au sein du FMI - Arnaud de La Grange


Le Figaro, no. 20794 - Le Figaro Économie, vendredi 10 juin 2011, p. 22

Le dépôt des candidatures à la direction générale s'achève aujourd'hui.

Le chef de la diplomatie chinoise ne pouvait être plus diplomate en déclarant que « les jeux sont ouverts », avec de « nombreux candidats », pour le poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI). « Nous avons eu une bonne discussion », a ajouté Yang Jiechi, après avoir reçu Christine Lagarde. Il était inenvisageable que les Chinois se prononcent à ce stade, alors que la date de clôture des candidatures pour la direction du FMI se clôture aujourd'hui. La ministre française de l'Économie s'est dite « très satisfaite » de ses entretiens pékinois, « confiante » et « positive ». Elle a rencontré le gouverneur de la Banque centrale, Zhou Xiaochuan, le vice-premier ministre, Wang Qishan, et le ministre des Finances, Xie Xuren. Tous ces grands acteurs chinois connaissent bien Christine Lagarde, qu'ils ont souvent croisée à Davos ou dans les sommets du G20. La candidate a mis en avant « l'amitié profonde » entre les deux pays, rappelant opportunément qu'elle en était à son 26e voyage en Chine. Elle a aussi salué le « mouvement positif » de l'appréciation du yuan.

La Chine porte une double casquette. La sienne propre, de deuxième économie mondiale. Et celle de chef de file des pays émergents, alors que les BRIC (le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine) ont qualifié d'« obsolète » la règle non écrite attribuant la direction du FMI à un Européen.

Les deux objectifs chinois

Mais ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un candidat commun. Le Quotidien du peuple - voix officielle du Parti communiste chinois - a bien écrit qu'il serait souhaitable que le futur patron du FMI soit chinois. Et le Global Times, tout aussi officiel, a un temps avancé des noms de candidats possibles, comme Zhu Min, conseiller spécial auprès de Dominique Strauss-Kahn et plus haut représentant chinois actuel dans l'institution. Mais de manière réaliste, Pékin semble avoir deux objectifs : faire comprendre que c'est la dernière fois que le poste est attribué presque automatiquement à l'Europe et obtenir plus de poids dans le système. La Chine vise un des quatre postes de directeur général adjoint. Christine Lagarde semble avoir donné des assurances, en déclarant qu'il était légitime que le FMI accueille des représentants chinois « au plus haut niveau de sa direction ». En ajoutant qu'il « serait très logique et probablement désirable » que Zhu Min intervienne à ce niveau-là.

« Je pense que Pékin soutiendra la candidature française, surtout s'il n'y a pas d'autres candidats majeurs, avance Shi Yinhong, professeur de relations internationales à l'Université du peuple, la Chine sait qu'il est encore trop tôt pour avoir le premier rôle, pour elle ou un autre émergent, mais elle veut que les réformes avancent. » Et signifier que c'est bien la fin d'une époque.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

mercredi 8 juin 2011

FMI : Lagarde peine à convaincre New Delhi - Marie-France Calle

Le Figaro, no. 20792 - Le Figaro Économie, mercredi 8 juin 2011, p. 18

L'Inde refuse de soutenir officiellement la candidature européenne. Le futur chef du FMI doit être choisi selon « ses qualités et pas selon sa nationalité », a affirmé, hier, le ministre indien des Finances.

Christine Lagarde s'était donné vingt-quatre heures pour con-vaincre les responsables indiens que même si les pays émergents ont le vent en poupe, elle est la mieux placée elle, l'Européenne, pour remplacer Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI). Pour autant, à l'issue de sa visite marathon, la ministre française de l'Économie, des Finances et de l'Industrie n'a reçu aucun soutien public de ses hôtes.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, Christine Lagarde a lancé lors d'un point de presse : « Le FMI n'appartient à personne ! » Ajoutant : « Je ne suis pas venue chercher des assurances de l'Inde. Ce serait prématuré et arrogant de ma part. »

Après s'être entretenue pendant une demi-heure avec le premier ministre Manmohan Singh, sur lequel elle n'a pas tari d'éloges, la ministre a déjeuné avec Pranab Mukherjee, son homologue des Finances. Puis elle a rencontré Montek Singh Ahluwalia, le vice-président de la commission au Plan. Il y a quelques jours encore, Ahluwalia avait été présenté comme le candidat potentiel de l'Inde. Et, pourquoi pas, des « Brics », le bloc des pays émergents qui compte le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Puis les rumeurs se sont tues. Officiellement, Montek Singh Ahluwalia aurait dépassé l'âge limite pour se porter candidat. En fait, l'Inde aurait décidé de ne pas entrer dans la course. Mais il est peut-être trop tôt, en effet, pour affirmer qu'elle a renoncé à peser sur le choix du futur directeur du Fonds.

« La sélection du directeur général du FMI ou de la Banque mondiale devrait se faire sur la base du mérite, de la compétence et de façon transparente », a martelé Pranab Mukherjee après son déjeuner avec Christine Lagarde. « Puisque le président de la Banque mondiale a toujours été un Américain, et le directeur du FMI un Européen, il serait logique de tenter de persuader le Fonds d'élire à présent un candidat issu d'un pays en développement, dont l'influence sur l'économie mondiale va grandissante », s'insurge de son côté Anant Goenka, un professeur d'économie.

Aujourd'hui en Chine

Défaitiste l'Inde ? « On peut le dire ainsi, mais le silence de Delhi montre surtout que les Indiens font preuve de réalisme, confie B.L. Pandit, directeur de la Delhi School of Economics. Il ne s'agit pas d'une élection démocratique ; la contribution de l'Inde aux réserves du FMI n'est pas très élevée ; enfin, tout le monde ici pense que les jeux sont faits et que, cette fois encore, le poste ira à un Européen... »

Lors du dernier sommet des Brics en Chine, en avril dernier, l'Inde n'avait pas été en reste pour demander une réforme des institutions de Bretton-Woods en faveur des pays émergents. Fin mai, alors que Dominique Strauss-Kahn avait démissionné, Manmohan Singh, en visite à Addis-Abeba, avait tempêté : « La réforme des institutions de Bretton-Woods est une priorité pour les pays en développement ! » Une corde sensible qu'a voulu toucher Christine Lagarde hier, en s'engageant à s'y atteler, si elle était élue.

Vendredi, ce sera au tour du candidat mexicain, Augustin Carstens, de venir « courtiser » les Indiens. Le gouverneur de la Banque centrale de Mexico se serait déjà assuré le soutien du Brésil. Quant à Christine Lagarde, elle sera aujourd'hui en Chine. Pékin serait prêt à soutenir la Française à condition de recevoir en contrepartie le poste de vice-directeur du FMI. Reste que les Brics ne parlent pas d'une seule voix puisqu'au dernier sommet du G8 à Deauville, la Russie, elle, s'est déjà rangée derrière Christine Lagarde. Une gifle pour les émergents.

PHOTO - Pranab Mukherjee, le ministre indien des Finances, a déjeuné avec Christine Lagarde, hier à New Delhi.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

jeudi 2 juin 2011

2012, Tapie dégaine et règle quelques comptes

Le Point, no. 2020 - France, jeudi 2 juin 2011, p. 44,45,46

Propos recueillis par Hervé Gattegno et Franz-Olivier Giesbert

Le Point : On ne vous a pas beaucoup entendu depuis qu'a éclaté l'affaire Lagarde. Vous ne vous sentez pas concerné ?

Bernard Tapie : Je ne le suis pas. Etant à l'époque en liquidation personnelle, je n'ai pu jouer aucun rôle dans les procédures judiciaires qui me visaient, pas plus que dans l'arbitrage qui m'a donné raison. Mes liquidateurs travaillaient sous le contrôle du parquet et du tribunal de commerce. Cela dit, je suis stupéfait de la campagne menée contre Christine Lagarde - même si je n'ai pas trouvé très élégant qu'elle dise qu'elle n'a pas « une tête à être ma copine ». Je la crois rigoureuse et moralement irréprochable.

La voilà pourtant soupçonnée d'« abus d'autorité » par le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal...

Ce magistrat est dans son rôle. Des députés socialistes l'ont saisi d'une plainte, il demande l'« avis » de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République pour savoir si, oui ou non, il y a matière à enquêter. Ce qui est plus contestable, c'est que des commentaires off et des fuites dans la presse insinuent qu'il y aurait eu des irrégularités. Pourtant, Jean-Marc Ayrault, Charles de Courson et François Bayrou avaient saisi le tribunal administratif en formulant les mêmes critiques. Christine Lagarde a été mise totalement hors de cause et tous les appels ont été rejetés. Le principal argument soulevé était qu'un arbitrage serait interdit s'agissant d'une société dont l'actionnaire est l'Etat. C'est ridicule. D'ailleurs, le CDR a déjà réglé plusieurs dossiers par des arbitrages sans que quiconque émette la moindre protestation !

Soupçonnez-vous les plaignants d'agir pour des raisons politiques ?

Evidemment ! Ceux qui veulent saisir la Cour de justice sont des partisans de François Hollande. Ils pensaient ressortir les vieux dossiers du Crédit lyonnais et du CDR pour mettre en difficulté Dominique Strauss-Kahn, parce qu'il est le ministre des Finances qui a réglé la plupart de ces affaires. A ma connaissance, il n'a rien à se reprocher sur ces dossiers, mais on est dans les petites manoeuvres politiciennes...

Et Nicolas Sarkozy ? N'aurait-il pas ordonné à Christine Lagarde de trouver une solution favorable pour vous ?

Pourquoi l'aurait-il fait ? J'ai dit cent fois et je redis que je ne suis pas un ami de Nicolas Sarkozy. Moi, je n'étais pas au Fouquet's. Je rappelle qu'il était ministre du Budget en 1994 et qu'il n'a rien fait quand le fisc s'est ligué avec le Crédit lyonnais pour me faire placer en liquidation - en déclarant des créances dix fois supérieures à la réalité !

Mais vous l'avez soutenu en 2007. Cela valait peut-être un renvoi d'ascenseur ?

Je l'ai soutenu comme des millions de Français. Contre Ségolène Royal, si c'était à refaire, je le referais. Si Nicolas Sarkozy avait vraiment voulu m'avantager, il aurait pu le faire en 2004 : il était ministre des Finances et une médiation avait été tentée entre mes liquidateurs et le CDR. Elle a échoué et il s'est tenu en dehors du processus. Il disposait pourtant d'une note écrite du chef du parquet général de l'époque, Jean-Louis Nadal - le même qui demande aujourd'hui une enquête ! -, qui concluait que l'affaire était mal engagée et qu'elle faisait courir un risque à l'Etat. Dans cette affaire, on oublie toujours l'essentiel : la vente d'Adidas a rapporté à l'Etat (par l'intermédiaire de la banque) cinq fois plus que ce qu'elle m'a rapporté à moi - arbitrage compris. Pour satisfaire mes détracteurs, il aurait mieux valu que j'aie coûté des milliards et qu'il ne me reste plus un sou. C'est une mentalité minable.

Les critiques se focalisent sur les 45 millions d'euros que vous ont attribués les arbitres pour compenser votre « préjudice moral ». Que répondez-vous ?

L'arbitrage précise que cette indemnité devra servir en priorité à rembourser mes dettes. C'est un montant en rapport avec ma situation. Mon cas n'a rien à voir avec l'histoire du type qui se fait couper une jambe par erreur ou qui va en prison pour rien. J'étais ministre, classé septième fortune de France, président d'un club de foot et à la tête d'un groupe industriel en plein essor : on m'a fait tout perdre - même mes droits civiques et de paternité - et ceux qui ont causé ma chute ont gagné 1,5 milliard d'euros sur mon dos ! Croyez-moi, si on me proposait 45 autres millions pour revivre ces quinze années-là, je les refuserais sans hésiter.

Vous avez eu des mots remarqués pour défendre DSK après son arrestation. Vous trouvez qu'il subit un traitement injuste ?

Je n'étais pas dans la chambre, je ne sais donc pas ce qui s'est passé. Vous non plus. Donc je ne ferai pas d'autre commentaire que celui-ci : ce qu'on lui reproche est très grave, ce qu'on lui a infligé est très grave. S'il est coupable, sa vie est foutue et il l'a mérité. Mais s'il est innocent, sa vie est foutue quand même et il ne l'a pas mérité. Il n'y a pas de retour en arrière possible.

Vous avez, vous aussi, connu la chute, la prison. Eprouvez-vous une forme de solidarité avec lui ?

J'ai une vraie pensée pour sa femme et ses enfants. Ce qui fait souffrir le plus, c'est le chagrin qu'on cause à ceux qu'on aime. Quand j'étais en prison et que ma tête était sur tous les kiosques, il a fallu inscrire mes enfants à l'école sous un faux nom. Dans ces cas-là, la vie devient un enfer. Et même si tout démontre un jour que ce dont on l'accuse est un mensonge, il y aura toujours des braves gens pour dire que les détectives ont acheté les témoins ou que les avocats ont payé la victime. Ceux qui l'ont déclaré coupable n'accepteront jamais qu'il ne le soit pas. Ça, en effet, je connais. Depuis 1995, onze procédures m'ont donné raison contre le Crédit lyonnais et le CDR. On trouve encore des gens bien intentionnés pour affirmer le contraire.

Vous vous seriez engagé pour DSK en 2012 ?

Un duel DSK-Sarkozy, ça aurait eu de la gueule ! Deux hommes d'Etat avec des visions différentes, leurs forces et leurs faiblesses. La principale qualité de Sarkozy, c'est qu'au moment où les crises sont à leur paroxysme il concentre toute son énergie et son intelligence pour trouver la solution sans se préoccuper de son image en cas d'échec. Son défaut, c'est de manquer de recul face à ce qui, parfois, mériterait de l'indifférence. DSK, lui, a la compétence, le self-control, la connaissance des problèmes du monde. Pour ce qui est de ses défauts, inutile d'en ajouter...

Maintenant qu'il est hors course, qui voyez-vous à gauche ?

Laurent Fabius est le meilleur, mais pas en situation. Martine Aubry a toutes les qualités pour remplir le vide. Je ne crois pas une seconde en François Hollande. Son bilan à la tête du PS ne plaide pas en sa faveur et je ne suis pas sûr que le moment soit bien choisi pour tenter l'expérience de confier le pays au président du conseil général de la Corrèze. Bien qu'il soit le chouchou des journalistes !

Irez-vous voter à la primaire socialiste ?

Non, parce que je souhaite que les Radicaux de gauche aient un candidat. Les Radicaux n'ont existé que lorsqu'ils ont assumé leur différence et cessé d'être les valets (mal servis) du PS. Dans le passé, nous avons réussi parce que nous exprimions des choses que personne ne disait, sur l'Europe, notamment. Pour exister, il faut un candidat.

Votre ami Jean-Louis Borloo pourrait-il unir derrière lui les deux familles radicales ?

Je n'ai cessé d'y travailler, mais je crains qu'on n'y arrive pas. Les Radicaux de gauche et de droite sont empêtrés dans des accords locaux avec le PS et l'UMP pour des raisons purement alimentaires. Borloo, lui, parle surtout de rassembler les centristes. Mais moi, les centristes, je ne sais pas ce que c'est ! Mitterrand disait : « Etre au centre, c'est n'être ni à gauche... ni à gauche. » C'est le positionnement de François Bayrou. Un ancien UDF qui n'a rien à dire et ne sert plus à rien. J'attends de Borloo qu'il tranche et qu'il élabore un vrai projet, autour des valeurs du radicalisme et de l'humanisme. Quelle que soit mon amitié pour lui - et elle est grande -, je ne m'intéresserai à son aventure que dans ce cadre-là.

Vous êtes entré en politique il y a vingt ans pour lutter contre le Front national. Croyez-vous que Marine Le Pen incarne quelque chose de nouveau ?

Pour moi, elle n'est ni mieux ni moins bien que son père. C'est la même chose. Elle sent la fièvre, elle casse le thermomètre. Hier contre les étrangers, aujourd'hui contre la misère. J'attends qu'elle dénonce le cancer ! Ses postures sociales sont des impostures. Pendant ce temps-là, l'UMP essaie de reprendre le discours anti-immigrés de l'extrême droite parce qu'elle voudrait montrer aux Français qui souffrent qu'elle les comprend. Mais elle s'y prend mal. La réalité, c'est qu'il y a, en France, des médecins camerounais, des chefs d'entreprise algériens, des sportifs fils d'immigrés qui courent sur les stades en portant le drapeau bleu blanc rouge. La personnalité préférée des Français, c'est Yannick Noah. Leur journaliste favori, Harry Roselmack. Le racisme ordinaire en a pris un coup. Il n'empêche qu'il faut être clair dans sa tête et dans son coeur pour être capable de dire qu'un immigré est un petit con ou un voyou si c'en est un. Dans l'intérêt des millions d'autres qui ne le sont pas. Si un jour le FN dépasse 25 % des voix, le pays ne sera plus gérable. Si je sens que la menace est réelle, je m'engagerai à fond. Je me suis présenté aux européennes de 1994 pour faire reculer le FN et pour la première fois le FN est tombé au-dessous des 10 %. S'il le faut, je recommencerai.

Vous, le footeux, qu'avez-vous pensé de l'affaire des quotas de joueurs noirs ?

Encore une démonstration de la folie de notre société. Voilà quelqu'un qui enregistre ce qui se dit dans une réunion et qui menace les instances du foot de le balancer. Sur quoi, après avoir publié le contenu des bandes, de pseudo-journalistes d'investigation font un méli-mélo à partir de déclarations qu'on peut résumer ainsi : « C'est pas normal de continuer à former des joueurs qui choisissent leur deuxième nationalité pour aller jouer ailleurs. » Ceux qui ont dit cela ne sont pas des racistes, mais simplement des abrutis. D'abord, parce que ceux qui peuvent jouer en équipe de France n'hésitent pas : Zidane n'a pas choisi l'Algérie ni Boli, la Côte d'Ivoire. Ensuite, parce que plus on a de gens qui jouent notre football à l'étranger, plus le foot français sera performant. Le Brésil l'a souvent montré. Ce que révèle cette affaire ridicule, c'est que notre pays est en train de se liquéfier sur tous les plans.

Que voulez-vous dire ?

Notre société est malade. On a élevé nos enfants dans l'obsession du principe de précaution. Du coup, cette génération a perdu le goût de ce qui a toujours été ma devise : le risque, le rire, le rêve. Dieu merci, une nouvelle génération arrive, avec une énergie et une créativité fantastiques. Ils représentent notre avenir. J'ai écrit un spectacle pour eux. Ça s'appellera « L'académie de l'espoir ». Avec des acrobates, des acteurs, des musiciens, des chanteurs. Franco Dragone, l'homme-orchestre du Cirque du Soleil, en assurera la mise en scène. Vous allez voir, on va se régaler. Si vous saviez le talent et la richesse de tous ces jeunes ! Y compris les enfants d'immigrés, bien sûr. Il est temps que ces gosses-là prennent nos places...

Encadré(s) :

Sa croisade contre les interdictions bancaires

C'est sa dernière idée : un fonds de garantie pour aider les personnes frappées d'interdiction bancaire à se remettre à flot.« Deux millions de Français sont dans ce cas, explique Tapie au Point. Les deux tiers à cause d'accidents de la vie : la maladie et le chômage, bien sûr, mais aussi le divorce, qui provoque du jour au lendemain des situations dramatiques, dans lesquelles on ne peut plus garder son appartement ni rembourser ses crédits. » L'ancien ministre, qui a fondé avec son fils un site Internet spécialisé dans l'assistance aux consommateurs (bernardtapie.com), dit s'être entretenu du sujet avec le gouverneur de la Banque de France en personne, qui aurait « trouvé le projet génial ». D'ici à fin juin, Tapie annoncera la création de ce fonds, qui se portera caution en faveur de ceux qui « sont en mesure de retrouver une vie normale »(après examen de leur situation). La mise de départ est de 20 millions d'euros : le reliquat, précise-t-il, des fameux 45 millions d'euros que le tribunal arbitral lui a octroyés dans l'affaire Adidas en compensation de son « préjudice moral ».« J'espère que ça fera taire mes détracteurs », espère-t-il. On verra bien

© 2011 Le Point. Tous droits réservés.

mercredi 1 juin 2011

OPINION - L'Europe doit s'effacer - Martin Wolf


Le Monde - Economie, mardi 31 mai 2011, p. MDE2

La place des vieux pays avancés dans l'économie mondiale connaît un déclin rapide. Il est temps pour eux de passer la main.

Le roi est mort, vive la reine ! Dominique Strauss-Kahn, l'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), n'avait pas encore démissionné de son poste que déjà les Européens se rassemblaient autour du nom de Christine Lagarde, la ministre française de l'économie, pour lui succéder. Envolées les promesses d'ouverture dans le choix du nouveau directeur. Les Européens s'en tiennent à un principe simple : ne lâche pas ce que tu détiens.

Mme Lagarde est une candidate parfaitement respectable. Elle est française, condition presque obligatoire, semble-t-il, pour le responsable européen d'une institution internationale. C'est une femme, ce qui constitue sans doute un avantage. Elle a siégé au comité exécutif mondial de Baker & McKenzie, un grand cabinet d'avocats américain, et elle parle couramment l'anglais. C'est une personne sympathique, et qui en impose.

Mais elle n'est pas un candidat idéal : ses capacités en économie sont limitées. Si elle devait accéder à la direction du FMI, elle serait contrainte de s'en remettre à l'avis de son entourage et il serait essentiel que celui ou celle qui remplacera John Lipsky, le sous-directeur adjoint américain, qui doit quitter ses fonctions en août, soit un économiste de premier plan.

Je m'exprime comme si Mme Lagarde devait être choisie. Je suis certain qu'elle le sera. Aujourd'hui, l'Union européenne (UE) détient encore 32 % des votes, et les Etats-Unis 16,7 %. Si ces derniers soutiennent sa candidature, les Européens n'auront aucune difficulté à recueillir les voix additionnelles des pays qui dépendent d'eux.

Pourquoi les Etats-Unis soutiendraient-ils une fois encore les Européens ? Une des raisons est qu'ils n'ont pour l'instant pas remis en cause l'arrangement tacite qui leur réserve la présidence de la Banque mondiale. En fait, les Américains se diront probablement que les chances d'obtenir un financement du Congrès pour les programmes de la Banque mondiale (au premier rang desquels son organisme de prêts préférentiels, l'International Development Association) seraient sans doute proches de zéro si le président de la Banque mondiale n'était pas américain.

Pour être juste avec les Européens, force est d'admettre que l'émergence du FMI au cours de la crise actuelle en tant que fonds monétaire européen de fait leur donne une raison pressante de vouloir contrôler une institution qui a joué un rôle catalytique crucial face aux crises qui touchent non seulement la périphérie de l'Europe, mais le coeur même de la zone euro. En avril 2011, 79,5 % des crédits accordés par le FMI l'étaient à des pays européens.

Les adversaires d'un choix européen affirment bruyamment leur hostilité : a-t-on estimé, soulignent-ils, que le chef du FMI devait être un Asiatique au moment de la crise asiatique de la fin des années 1990 ou un Latino-Américain lors des crises qui ont frappé l'Amérique du Sud dans les années 1980 et 1990 ? Bien sûr que non. Pourquoi donc aurait-on besoin d'un Européen pour réparer les dégâts que les Européens eux-mêmes ont infligés à leurs affaires ? La raison traditionnellement invoquée par les pays avancés est que les institutions internationales doivent être dirigées par leurs ressortissants en raison de leur plus grande compétence. Or, soulignent les critiques, le désarroi européen actuel dément cette proposition.

L'argumentation européenne est plus solide que ne veulent l'admettre ces critiques. La zone euro est une construction très spéciale (et, de mon point de vue, très périlleuse).

Quand le FMI prête à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal, il affecte directement la stabilité monétaire et financière de tous les autres membres de la zone euro. C'est un peu comme s'il sauvait la Californie d'un risque de défaut. Il est compréhensible que les dirigeants de grands pays prêteurs comme la France ou l'Allemagne préfèrent avoir une confiance totale dans la gestion d'une institution qui remplit une fonction à ce point vitale pour eux. C'est pour cette raison que j'ai d'abord pensé que le FMI ne devait pas s'impliquer dans la zone euro : cela finirait par saper son indépendance. Mais si cet argument européen a un poids indéniable, il n'est pas suffisant. Le contre-argument est que l'intérêt des Européens est de bénéficier de la part du FMI de conseils indépendants et non biaisés.

Cela, M. Strauss-Kahn n'était pas en mesure de le faire. Et Mme Lagarde ne sera pas plus indépendante. Pourtant, il faudra bien que quelqu'un fasse comprendre aux Européens qu'une restructuration de la dette sera presque certainement nécessaire et que, par conséquent, il serait préférable de réparer directement les systèmes financiers plutôt que de le faire de façon indirecte en accordant des prêts à des Etats qui pourraient se révéler insolvables.

Tout bien pesé, donc, je ne pense pas que la crise actuelle justifie pleinement l'attribution de la direction du FMI à un Européen. Et cela doit nous inciter à reconnaître les énormes avantages, du point de vue de la légitimité et de l'efficacité, au niveau non seulement du FMI, mais de l'ensemble de l'ordre institutionnel multilatéral, qu'il y aurait à s'orienter vers un choix mondial ouvert du prochain directeur du FMI. Il faut admettre que la place des vieux pays avancés - et en particulier de l'Europe - dans l'économie mondiale connaît un déclin rapide. Selon les propres chiffres du FMI, la part de l'UE dans la production mondiale, à parité de pouvoir d'achat, passera de 25 % en 2000 à 18 % en 2015. L'UE reste surreprésentée au FMI : même après les ajustements, la part des votes des Pays-Bas sera encore de 1,76 %, contre 2,62 % pour l'Inde.

Aussi, la meilleure méthode serait-elle de charger une commission de haut niveau de sélectionner des candidats. Ceux-ci, choisis en fonction de leurs mérites, devront exposer leur conception de l'avenir du FMI : de nombreux chantiers devront être entrepris, parmi lesquels la réforme monétaire mondiale.

Les critères utilisés devront cependant être beaucoup plus que technocratiques. Une compréhension profonde des mécanismes économiques est essentielle. Les candidats devront aussi faire preuve de capacité politique, de fermeté et d'expérience en tant que décideur de haut niveau. La personne choisie devra être prête à assumer les risques liés à un poste dirigeant. M. Strauss-Kahn y excellait.

Pour ma part, je n'exclurais pas a priori un Européen. Mais le moment est venu pour les puissances actuellement aux commandes de reconnaître qu'elles ne peuvent plus continuer à dominer la scène mondiale. Si elles persistaient à vouloir diriger ces institutions, les puissances émergentes finiraient par s'en détourner et par les remplacer par d'autres qu'elles pourraient contrôler. Cela aboutirait à une balkanisation de l'économie mondiale, ce qui, sur le long terme, ne serait à l'avantage de personne.

Les régimes qui ne plient pas sous les vents du changement finissent par être emportés. Les Européens doivent reconnaître cette vérité pendant qu'il est encore temps. Ce ne sera pas le cas. Mais cela s'avérera une grosse erreur.

Cette chronique de Martin Wolf, éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le « Financial Times ». « FT » (Traduit de l'anglais par Gilles Berton).

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

La succession de DSK au FMI : Gordon ou Christine - Stéphane Denis


Valeurs Actuelles, no. 3888 - Tribune, jeudi 2 juin 2011, p. 24

Le choix d'un nouveau directeur général du FMI est considéré en France comme une question de fierté nationale. L'argument le plus employé contre ceux qui réfutent la candidature de Christine Lagarde à cause de l'arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie est qu'ils risquent de priver notre pays d'un poste d'influence et le monde d'une personne ultracompétente.

On se demande comment une femme comme Christine Lagarde a pu se faire piéger dans une sale histoire comme celle des millions de Tapie; peut-être a-t-elle réagi plus en avocat qu'en ministre. Mais cette candidature n'est pas neutre. Elle vise d'abord à conserver la direction du Fonds aux Occidentaux, Europe plus États-Unis. Les pays dits émergents la revendiquent, faisant valoir que les choses ont changé et qu'il serait temps qu'ils puissent décider des affaires des vieilles nations comme celles-ci l'ont fait des leurs durant plus d'un demi-siècle. La première réponse à leur faire est qu'ils ont émergé depuis longtemps et que l'attitude réparatrice est hors sujet. La deuxième, que les Européens et les États-Unis sont les gros contributeurs du Fonds. La troisième, qu'ils gèrent les deux monnaies de réserve, le dollar et l'euro, alors que la Chine, pour ne citer qu'elle, se sert du yuan pour ses seuls intérêts. La quatrième, qu'une personnalité aussi compétente soit-elle restera isolée et sans pouvoir de persuasion si elle ne s'appuie pas sur un pays influent, comme on le voit dans des instances internationales comme l'Onu, ou en Europe avec M. Van Rompuy. Pour toutes ces raisons, le FMI doit rester aux mains qui le tiennent et savent le faire fonctionner. Il reste à savoir comment.

La nomination de Christine Lagarde interviendrait en pleine crise grecque; deux lignes s'affrontent, et Mme Lagarde est farouchement favorable à l'une. La ligne pour laquelle agirait l'actuelle ministre des Finances est celle des banques, privées ou BCE (Banque centrale européenne), à la vérité très proches et dont les dirigeants vivent en parfaite osmose sociale et intellectuelle. C'est normal, ils sont issus des mêmes corps. Elle a pour objectif le financement de la dette et des dépenses courantes grecques par des plans communautaires sur fonds publics, de façon à éviter à la Grèce le recours aux marchés, dont les taux prohibitifs achèveraient sa ruine. En contrepartie, elle exige de la Grèce des réformes significatives et un programme de privatisation accélérée. Sa hantise est une autre politique, la restructuration de la dette grecque. Celle-ci aurait pour conséquence de grosses pertes pour les banques françaises et la BCE, qui a acheté de la dette grecque à un moment particulièrement chaud.

Les marchés ne croient pas que la Grèce, qui a bénéficié de 110 milliards d'euros de prêts, puisse honorer ses échéances. Sa dette globale est estimée à 300 milliards. Les efforts demandés aux Grecs, comme de payer des impôts, restent des voeux pieux. L'absence d'une monnaie compétitive assèche l'activité. Tout le monde s'attend à un deuxième round de la crise grecque, qui suppose qu'on accepte de rééchelonner le remboursement de sa dette, ou qu'on choisisse de la restructurer comme Gordon Brown. L'ex-premier britannique, candidat lui-même à la direction du FMI, mais non soutenu par son gouvernement, le croit inévitable. Cette restructuration se traduirait par une renonciation des créanciers à environ 30 à 50 % de leurs prêts. On comprend qu'ils n'en aient pas envie. Ce qu'on appelle le défaut pur et simple est aujourd'hui le cauchemar de BNP Paribas et de la BCE, d'autant qu'ils redoutent que la contagion ne se répande à l'Irlande, au Portugal et à l'Espagne. Maintenant, réfléchissons : dispenser la Grèce d'avoir recours aux marchés finira par ôter à ses obligations la possibilité d'y retourner un jour.

Compte tenu des prévisions de croissance et d'évolution des comptes publics grecs, autant considérer que les partisans du rééchelonnement vont créer une nouvelle catégorie de pays, celle qui vivra artificiellement et éternellement aux frais des autres, plus riches et mieux gérés. Il y a peu de chances que cette perspective suscite leur enthousiasme. On voit que derrière les questions de façade - la fierté française ou la haine que David Cameron porte à son prédécesseur - le choix du nouveau patron du FMI a de quoi retenir notre attention.

© 2011 Valeurs Actuelles. Tous droits réservés.