Affichage des articles dont le libellé est Mariage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mariage. Afficher tous les articles

mercredi 21 septembre 2011

REPORTAGE - Un milliardaire sinon rien - Philippe Grangereau

Libération - Grand Angle, mercredi 21 septembre 2011, p. 30

Dans un pays en proie au capitalisme sauvage, un nombre croissant de jeunes filles cherchent le bonheur matériel à tout prix.

Avec ses yeux en amande, son teint pâle et ses manières enfantines, Yang Ziyi, 25 ans, correspond divinement aux canons de la beauté chinoise. Pour souligner sa silhouette innocente, elle porte ce jour-là une simple robe d'été en tissu imprimé. Elle n'aurait aucun mal à trouver un mari sans l'aide d'une agence matrimoniale. Mais la voilà cliente de «Zuanshi wanglaowu» («Papa gâteau»), une agence pékinoise qui promet à ses adhérents de débusquer des époux fortunés. La devise de la maison : «Le mariage est le plus gros investissement de toute la vie.» Tant qu'à faire, autant épouser l'homme de ses rêves, et chez Zuanshi, ils sont triés sur le volet.

«Tous sont millionnaires ou milliardaires, précise l'avenante directrice de l'agence, implantée dans six villes. Nous sommes en pleine expansion car la demande est de plus en plus forte.» Dans le vaste bureau, une douzaine d'employées classent sur ordinateur fichiers et photos. L'officine est prête à tout pour appâter la prospère clientèle masculine : organisation de concours de beauté féminine pour dénicher la perle, déploiement de «chasseurs de têtes» sur les campus universitaires, soirées spéciales... Aux femmes, un prospectus de l'agence promet qu'elles porteront un jour «les chaussures de Cendrillon». Aux nymphes qui ne possèdent pas la «qualité» requise, il est proposé des cours de savoir-vivre. «Une femme, dit la directrice, doit considérer son mari comme un dieu. L'homme et la femme sont égaux, mais chacun doit rester à sa place, sans quoi il n'y a pas de bonheur.»

Virage à 180 degrés

Actrice, Yang Ziyi joue depuis deux ans dans les séries télévisées de propagande produites par les studios de l'Armée populaire de libération. L'une de ces productions, intitulée la Huitième Armée de route, glorifie les sacrifices de l'armée Rouge chinoise, son mode de vie spartiate et ses idéaux révolutionnaires. Mais, pour la starlette, rien n'est plus éloigné de ses aspirations. «Je suis romantique, mais aussi très matérialiste, confie-t-elle. Je suis une enfant unique qui a été gâtée par ses parents. Mes critères pour choisir un homme sont plutôt pragmatiques car la sécurité matérielle est d'une grande importance pour moi.» Son homme idéal doit avoir dix à quinze ans de plus qu'elle, posséder un solide patrimoine, être grand et costaud, et toujours payer l'addition au restaurant. Son physique n'est pas essentiel. «Le mariage d'amour, c'est bien, mais ce n'est pas pour moi, car je suis une fille raisonnable et plutôt traditionnelle.» Yang Ziyi a entendu parler du féminisme, mais pour elle, c'est la planète Mars. Elle explique : «La société chinoise est malade car le pays change trop vite. L'écart entre les riches et les pauvres est devenu si colossal que c'en est impensable. Pour survivre dans cette société, il faut s'adapter, sinon on tombe de l'estrade, on est éliminé sans pitié.»

Le brutal changement de cap vers le capitalisme a bouleversé les valeurs de la société.«L'argent devient un facteur de plus en plus important pour les jeunes femmes au moment de choisir un mari, analyse Li Yinhe, sociologue à l'Académie des sciences sociales. Cela ne veut pas dire que les sentiments n'ont plus d'importance. D'après nos enquêtes, la moitié des couples interrogés se disent heureux ensemble. Mais de plus en plus de femmes sont persuadées qu'il vaut mieux un mariage avec un homme riche qu'un bon boulot.»

Les grands-parents de la jeune génération encouragent ce virage à 180 degrés. Le week-end, dans les parcs publics de la capitale, des centaines de retraités jouent les entremetteurs en brandissant des pancartes vantant la bonne situation de leur petit-fils encore célibataire : «Homme, 27 ans, 1,67 m, bac+3, possède appartement et bon salaire 8 000 yuans [près de 900 euros, ndlr].»«Sans appartement, impossible de trouver un bon parti. Du coup, les parents et toute la famille se saignent aux quatre veines pour donner ce coup de pouce essentiel aux jeunes célibataires», explique la sociologue.

De cette évolution vers le matérialisme, la Chine a vraiment pris conscience l'an dernier, à la faveur d'une émission de télé-réalité qui a conduit le gouvernement à prendre des mesures. Intitulé Si c'est celui-là, le show met en lice, sur la chaîne provinciale Jiangsu TV, une douzaine de jeunes femmes et une poignée de garçons à la recherche de l'âme soeur. Une sorte de L'amour est dans le pré à la chinoise, où les attributs financiers et immobiliers des hommes comptent plus que leurs atouts physiques ou sentimentaux. Au jeu des questions vaches adressées aux garçons, l'une des candidates, nommée Ma Nuo, 22 ans, s'est montrée la plus sévère. Extraits : «Est-ce que tu as une voiture et un appartement ?

- Non, mais j'ai un vélo et, si tu veux, je t'emmènerai en promenade car je sais que je peux rendre heureuse la fille dont je suis amoureux.

- Peut-être, mais moi, je préfère pleurer sur le siège arrière d'une BMW que d'être heureuse sur un vélo...»

Cette réponse est devenue culte en Chine, initiant tout un débat sur le «déclin des valeurs morales». Ce qui n'a pas été du goût des autorités, qui ont imposé à Jiangsu TV de ne plus parler de l'épaisseur des portefeuilles des candidats. Les vidéos de présentation, sous-titrées «Possède voiture et maison» en bas de l'écran, ont été expurgées. Un psychologue, membre du Parti, a été mobilisé pour modérer le show. D'autres émissions du même genre, comme Courir après l'amour, ont été suspendues. «Si nous ne corrigeons pas cette situation, elle aura une influence négative sur l'ensemble de la société», s'est insurgé Zhu Hong, le porte-parole de l'Administration de la radio, du film et de la télévision. «Après le scandale suscité par cette émission, souligne Li Yinhe, il est apparu aux yeux de tous que la honte que pouvait naguère éprouver une femme à l'idée d'épouser un homme pour son argent avait totalement disparu... et que c'était même devenu la meilleure des choses à faire dans la Chine d'aujourd'hui.»

L'horreur du «mariage nu»

Une rumeur, alimentée par la hausse constante de nombre des divorces (2,7 millions en 2010), circule depuis des années : beaucoup de femmes convoleraient désormais pour s'approprier la moitié des biens du mari, en divorçant après un délai d'une brièveté indécente. Pour tenter d'enrayer ce phénomène (que n'étaye aucune statistique officielle, mais qui existe bel et bien), Pékin a modifié en août la loi sur le mariage. Le régime de la «communauté des biens» a été abandonné au profit de celui de la «séparation des biens». Fini l'arnaque nuptiale .

San Mi, 24 ans, est elle aussi en quête d'un mari : il doit avoir plus de quinze ans qu'elle «et bien sûr posséder du patrimoine».«La société chinoise est féroce», juge la jeune femme, récemment émigrée de son Sichuan natal. Elle travaille à Pékin au service après-vente d'un magasin. Son père est instructeur d'auto-école, sa mère enseignante. Elle veut passer sa lune de miel à Tahiti, mais ce n'est pas pour ça qu'elle est «romantique».«Je veux épouser un homme qui me fasse bien vivre, mais pas nécessairement rupin. De toute façon, je déteste les nouveaux riches.» Elle estime malgré tout que «la sécurité matérielle est ce qu'il y a de plus important». Dans une société en mouvement, le salut serait dans un cocon nuptial bien rembourré. «En fait, avoue Yang Ziyi, l'actrice, je voudrais que mon futur mari ressemble à mon père, qui m'a toujours protégée, et qui me donne un sentiment de sérénité matérielle.»

Le cauchemar de Yang, c'est le luo hun («mariage nu»). C'est ainsi qu'on appelle les mariages d'amour; ils sont «nus» car les époux ne possèdent rien, mais s'épousent quand même parce qu'ils s'aiment. Par nécessité, les luo hun existent, mais la société prend presque en pitié ceux qui sont réduits à cette abominable extrémité. Yang a plusieurs copines qui ont réchappé de justesse au luo hun.«Au moment de décider si elles devaient épouser ces garçons qui ne possédaient rien, souvent pas même un appartement, toutes ces amies ont heureusement renoncé, dit Yang avec un soupir de soulagement. Trop galère. Elles sont comme moi : elles refusent de se retrouver dans une classe sociale plus basse. Le mariage doit être une promotion ! Qu'y a-t-il de mal à ça ?»

«Deuxième poitrine»

Certaines se retrouvent dans un entre-deux. Ce sont les ernai («deuxième poitrine»), ces régiments de maîtresses entretenues par des hommes mariés, parfois des étudiantes diplômées, qui vivent dans des appartements offerts par leur «papa gâteau». «Toutes les ernai que je connais, dit Yang, sont assez amoureuses de leur homme, mais ceux-ci refusent toujours de divorcer pour les épouser. Alors beaucoup sombrent dans la mélancolie.»

La multiplication exponentielle des ernai , tout comme l'explosion de la prostitution (une étude de 2005 évalue à 200 000 le nombre de prostituées à Pékin), est un phénomène qui va de pair avec le creusement sidérant des inégalités. D'un côté, les millionnaires; de l'autre, les demoiselles sans dot, souvent issues de la campagne. A l'échelle du pays, ces «concubines» se compteraient par millions. Liu Zhijun, l'ex-ministre des Chemins de fer démis de ses fonctions cette année pour corruption, en entretenait pas moins de 18, selon la presse officielle. «Depuis des millénaires en Chine, jusqu'à la fin des années 40, il était normal pour les hommes aisés d'avoir des concubines. Aujourd'hui, on assiste au retour de cette vieille tradition, après un hiatus qui n'aura duré qu'une soixantaine d'années, commente la sociologue Li Yinhe. Plus un homme a de l'argent, plus il veut s'approprier de femmes.»

La province du Guangdong (sud du pays) a voté, en 2007, un texte proscrivant les «deuxièmes poitrines». La loi s'étant révélée inapplicable, la province fait désormais de la prévention. Depuis mai, elle propose dans les écoles primaires et secondaires des cours pour mettre les écolières dans le droit chemin. Selon le vice-gouverneur, ils se concentrent sur «la confiance en soi et l'amour-propre». Mais le retour de balancier paraît inexorable aux yeux de Li Yinhe. «Le fait est qu'aujourd'hui beaucoup de jeunes femmes aspirent à s'occuper uniquement des enfants et de la cuisine, tandis que l'homme rapporte l'argent à la maison.» La femme ne soutient plus, comme disait Mao, «la moitié du ciel».

© 2011 SA Libération. Tous droits réservés.

mardi 6 septembre 2011

OPINION - En Chine, le mariage arrangé - Alice Ekman


Le Monde - Dialogues, mardi 6 septembre 2011, p. 21

Parmi les nombreux changements qui animent la société chinoise contemporaine, ceux liés au mariage ne sont pas les moins intéressants.

Que ce soit en milieu urbain ou rural, les mariages arrangés sont désormais très minoritaires en Chine. La majorité des jeunes choisissent eux-mêmes leur conjoint(e) et le divorce est répandu (2,5 millions ont été prononcés en 2009, d'après les chiffres du ministère des affaires civiles, soit une augmentation de 8,8 % par rapport à 2008). Même à la campagne, où les entremetteuses sont toujours présentes, les mariages arrangés deviennent rares.

Les Chinois se marient plus tard, surtout en zone urbaine. C'est le résultat d'une politique voulue par le gouvernement (depuis la loi sur le mariage de 1980, l'âge minimum légal pour se marier en Chine est de 20 ans pour les femmes et de 22 ans pour les hommes) et surtout de l'augmentation du niveau d'éducation et de l'amélioration des conditions de vie. A Shanghaï, par exemple, l'âge moyen du mariage était d'environ 32 ans pour les hommes et de 30 ans pour les femmes, d'après les chiffres de janvier 2010 communiqués par le bureau des affaires civiles de la ville.

Les attentes à l'égard du mariage ont elles-mêmes radicalement changé depuis les années 1980, d'autant qu'avec la libération sexuelle, les relations prémaritales ne représentent plus un tabou. Les jeunes Chinois parlent désormais amour, compatibilité de caractères, aspirations communes, attraction physique, alors que les deux générations précédentes ont connu, dans leur majorité, les mariages arrangés et l'ère maoïste, qui imposait l'absence de différentiation homme-femme et la quasi-impossibilité d'exprimer ses sentiments.

L'émission de télé-réalité de la chaîne satellite de la province du Jiangsu " Fei cheng wu rao " (" Pas sincères s'abstenir ") témoigne de ce changement de mentalité. Diffusée tous les samedis soirs à 21 h 10 sur le réseau national, elle met en scène un homme célibataire face à vingt-quatre femmes, qui le questionnent, le notent, l'éliminent, ou éventuellement lui donnent la possibilité d'obtenir un rendez-vous. Toutes sortes de questions sont posées et tous les profils sont représentés parmi ces candidats célibataires, hommes et femmes : beaucoup ont déjà eu des aventures, certains ont des enfants, d'autres sont divorcés... Et cela n'étonne plus les téléspectateurs, très nombreux à suivre le programme.

Malgré tous ces changements, le mariage demeure une obligation sociale en Chine. Avoir des enfants sans se marier est inconcevable pour la majorité des parents, qui, de manière générale, exercent encore une forte influence : beaucoup d'entre eux ne se privent pas de rappeler à leur enfant trentenaire qu'il est temps de se marier et donnent leur avis sur le (ou la) fiancé(e). Or un avis défa-vorable est difficilement contournable, -comme dans les pays voisins de culture confucéenne, tels que la Corée du Sud ou le Japon.

L'influence des parents est d'autant plus forte que la majorité d'entre eux participeront généreusement au financement du mariage et à l'installation du jeune couple : achat de l'appartement - toujours plus problématique avec l'inflation des prix de l'immobilier dans les grandes villes - et large contribution à son aménagement, entre autres.

Ainsi, beaucoup de Chinois finissent par se marier " parce que c'est l'âge ", " parce qu'il le faut bien ". Les hommes sont particulièrement concernés, car ils sont confrontés à un sex-ratio défavorable. En 2010, une étude d'un institut public, la CASS (Chinese Academy of Social Sciences) indiquait qu'en raison du déséquilibre des naissances, plus de 24 millions d'hommes pourraient ne pas trouver d'épouse d'ici à 2020. Le dernier recensement national, dont les premiers résultats ont été publiés fin avril 2011, fait ressortir la persistance d'un surnombre d'hommes - conséquence de la politique de contrôle des naissances et de la pratique de l'avortement sélectif, notamment en zone rurale. Le recensement confirme le déséquilibre des naissances par sexe avec, ces dix dernières années, 100 filles pour 118,06 garçons. Les hommes représentent actuellement plus de 51 % de la population chinoise alors que, dans la plupart des pays, les femmes sont majoritaires.

De manière générale, en ville comme à la campagne, les jeunes célibataires chinois, hommes et femmes, sont de plus en plus nombreux et subissent la pression croissante du mariage à chaque anniversaire. Ainsi on assiste, depuis une dizaine d'années, à une explosion des sites de rencontres sur Internet, des séries télévisées, des boutiques spécialisées dans les grandes villes (à l'instar du " supermarché de l'amour " à Pékin, qui vend des profils de célibataires), des événements de rencontres - souvent organisés par les principaux sites Internet dans les parcs des grandes villes du pays.

A ce jour, plus de 120 millions de Chinois, soit près de 10 % de la population du pays, sont inscrits sur des sites de rencontres - si l'on additionne le nombre de membres affichés par les cinq principaux sites uniquement, sans compter les sites secondaires. Et un phénomène nouveau, encore minoritaire mais qui pourrait prendre de l'ampleur, apparaît au sud du pays, notamment dans les provinces frontalières du Yunnan et du Guangdong : le mariage avec des femmes étrangères, vietnamiennes et cambodgiennes principalement.

L'analyse du contenu des sites de rencontres sur Internet souligne une autre évolution : la modification des critères de sélection de son conjoint. Sur Jiayuan.com (Shiji jiayuan, pour " La rencontre du siècle "), numéro un des agences matrimoniales en ligne du pays avec plus de 40 millions de membres, les centres d'intérêts sont indiqués en dernier sur la fiche du célibataire, bien après le montant de son revenu.

Sur Zhenai.com (Zhen ai wang, pour " Réseau amour chérie "), deuxième site le plus fréquenté, on trouve parmi les dix critères de recherche avancée de l'âme soeur : " Gagne plus de 5 000 yuans par mois ", " Possède une voiture " et " Possède un appartement ". Sur les deux sites, le résumé du profil du célibataire indique son salaire, mais pas ses centres d'intérêts.

Ma Nuo, une candidate de l'émission " Fei cheng wu rao ", a fait scandale en répondant à un célibataire au chômage qui voulait l'inviter à faire une balade sur son deux-roues : " Je préfère pleurer dans une BMW que rire sur ton vélo ! " Sur les blogs, des centaines d'hommes ont crié leur ras-le-bol des filles matérialistes, dont Ma Nuo ne serait qu'un exemple parmi des millions d'autres, leur ras-le-bol des relations amoureuses pragmatiques, initiées sur la base du nombre de mètres carrés de leur appartement ou de la marque de leur voiture.

Ainsi, la société chinoise emprunte un chemin identique à celui de nos sociétés occidentales il y a plusieurs décennies : disparition progressive du mariage arrangé, libération sexuelle, augmentation de l'âge moyen du mariage et de celui du premier enfant. Cependant, dans un contexte de développement économique rapide et face aux écarts de revenus, le mariage est devenu un moyen comme un autre d'accéder à de meilleures conditions de vie. S'il est désormais plus libre en Chine, le mariage demeure une obligation et constitue, dans certains cas, un ascenseur social avant d'être un acte d'amour.

Alice Ekman

Chargée de cours sur la Chine contemporaine à Sciences Po Paris, consultante spécialiste de la Chine

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 29 août 2011

Divorce à la chinoise - Brice Pedroletti


Le Monde - Dernière heure, samedi 27 août 2011, p. 27

Les mariages seraient trop souvent affaires d'argent en Chine. Ou plus exactement, d'appartement. Une jeune fille, dit-on, n'accepte de convoler qu'à condition que son prétendant soit en mesure de fournir un logement au futur couple. C'est l'écho d'une tradition plus ancienne, qui veut que la mariée « appartienne » à sa belle-famille, qui l'accueille sous son toit. Or, avec la bulle immobilière, les prix des appartements ont atteint de tels sommets que les économies des parents ne suffisent plus. Il faut très souvent emprunter - au clan, ou à la banque, et souvent aux deux. Que le couple divorce, et les économies d'une vie se retrouvent, au mieux, amputées de moitié.

C'est que les statistiques du divorce s'emballent : il y avait 17 % de plus de candidats à la séparation en Chine au premier trimestre 2011 qu'en 2010. Et dans près de la moitié des cas, les divorcés ont moins de 35 ans. Des milliers de litiges engorgent les tribunaux - le plus souvent, autour de la question du partage des biens du couple. C'est la raison pour laquelle la Cour suprême a publié, le 12 août, de nouvelles interprétations de la loi sur le mariage. L'une d'entre elles stipule qu'un bien acquis avant le mariage ne pourra être partagé en cas de divorce. « Les parents qui achètent un logement pour leur enfant craignent toujours que le divorce de celui-ci ou de celle-ci conduise à la perte de la propriété familiale », a expliqué le porte-parole de la Cour, Sun Jungong.

Cette décision a fait grand bruit. Car les lois chinoises, notent certains experts, faisaient déjà trop peu pour garantir que les femmes divorcées ne se retrouvent pas sans rien, par exemple en leur accordant une pension. Une internaute, furieuse, a réagi dans un microblog qui a fait le tour de l'Internet chinois : « Finalement, en tant que femmes, on ferait mieux de gagner notre propre argent, d'acheter notre propre logement. Et de recourir à un donneur de sperme anonyme. Comme ça, au moins, quand on se lève le matin pour aller travailler, quand on doit ensuite se coltiner les tâches ménagères et s'occuper de nos beaux-parents, pour découvrir ensuite que notre mari nous trompe, on n'aura plus à s'inquiéter de se faire jeter à la rue au bout du compte ! »

Professeur d'économie à l'université des sciences légales de Pékin, Wang Yong a, lui, prévenu sur son blog, le 21 août, que les femmes chinoises allaient contre-attaquer. Et que la plus grande avancée permise par la loi révisée sur le mariage serait d'avoir lancé une nouvelle coutume : l'inscription, avant le mariage, du nom de la belle sur le titre de propriété de l'appartement.

Il n'a d'ailleurs pas fallu longtemps aux promoteurs immobiliers pour s'adapter aux nouvelles règles du jeu. Sur la dernière publicité du site Anjuke, une sorte de moteur de recherche pour la vente et la location immobilières, on voit, en gros plan, un jeune couple à moto. La jeune fille glisse à l'oreille de son copain : « Il nous faut un appartement de trois pièces ». Dans la seconde image, elle ajoute : «... avec un vestibule ». A la troisième, elle dit : « Et avec la nouvelle loi sur le mariage, il faut inscrire mon nom sur le certificat de propriété ! »

Et l'amour, là-dedans ? Shi Shusi, journaliste au Quotidien des ouvriers, est pessimiste : nous sommes à une époque, analyse-t-il en substance sur son blog, où « la formation d'une famille ressemble de plus en plus à la création d'une entreprise. Les parents des deux conjoints en sont les actionnaires. Les nouveaux mariés en sont les directeurs généraux. L'appartement est à la fois l'actif le plus important de la nouvelle société et la condition de sa création ». Mais que constate-t-il ? « La pression sociale, la routine de la vie de famille, auxquelles il faut ajouter les cas d'adultère, ont conduit un bon nombre de ces corporations matrimoniales... au bord de la faillite. »

Certains couples, pourtant, choisissent de tourner le dos aux conventions matérialistes des nouvelles classes moyennes urbaines. Ils procèdent alors à un « mariage nu » : ils s'unissent sans acquérir d'appartement ni de voiture, voire sans cérémonie. C'est d'ailleurs le thème d'une des séries télévisées les plus populaires du moment, « Luo hun shidai », ou « Le temps des mariages nus », diffusée en juin. On y découvre deux jeunes amoureux. Lui est issu d'une famille pékinoise modeste, qui se creuse la tête pour assurer un avenir décent à son unique rejeton. La grand-mère est même prête à tenir tête aux démolisseurs qui vont raser sa masure de 10 m2, afin de leur arracher un peu plus d'argent : ainsi, elle pourra contribuer à l'achat de l'appartement pour son petit-fils bon à marier. La jeune femme, elle, vient d'un milieu un peu plus aisé. Et sa mère est bien décidée à la voir épouser un beau parti.

Malgré ses récriminations, le couple se marie. « Je n'ai ni voiture, ni argent, ni appartement, et pas de bague en diamant à t'offrir. Mais je t'accompagnerai jusqu'à la fin de tes jours », dit le jeune marié à sa bien-aimée. Ils emménagent dans le petit appartement des parents du jeune homme - où vit désormais aussi la grand-mère. Très vite, les choses se gâtent. La bru dépense trop aux yeux de ses beaux-parents. Elle est affligée par leur parcimonie. Les jeunes mariés décident alors d'économiser par tous les moyens pour acheter leur propre logement - ce qui s'avère impossible, tant les prix sont élevés. A contrecoeur, ils divorcent. Puis, la jeune femme s'apprête à se remarier avec un homme plus riche. A moins qu'elle n'annule tout au dernier moment, et que son ex-mari parvienne à la reconquérir. L'amour va-t-il triompher de la fièvre immobilière ? La réponse sera dans la prochaine saison.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

jeudi 31 mars 2011

Les mâles chinois doivent apporter une dot pour se marier

Le Figaro, no. 20732 - Le Figaro Économie, mercredi, 30 mars 2011, p. 21

La politique de l'enfant unique mais également la préférence des familles asiatiques pour les héritiers mâles ont conduit à des déséquilibres monstrueux entre le nombre d'hommes et de femmes. En Chine les garçons sont désormais plus nombreux de 22 % à la naissance que les filles. Et la génération des moins de 20 ans dégage un « excédent » de 32 millions de mâles. Jusqu'à présent, les chercheurs avaient mis en exergue les méfaits d'une telle disparité, en matière de criminalité notamment. Or Shang-Jin Wei et Xiaobo Zhang, deux économistes travaillant à New York, viennent de démontrer que ce déséquilibre hommes/femmes est au contraire un facteur de croissance économique essentiel.

Environ « 20 % de la progression du PIB par habitant de ces dernières années peuvent être attribués à l'augmentation du ratio entre les deux sexes », estiment-ils dans une étude publiée par le prestigieux National Bureau of Economic Research. Après avoir écumé les statistiques de mariages et de créations d'entreprises, ils ont découvert que les familles devaient accumuler des richesses pour placer leur progéniture « sur le marché du mariage ». Le beau sexe y dicte sa loi. Travailler dur, entreprendre, investir dans les études : il faut constituer une dot pour son garçon ! JEAN-PIERRE ROBIN

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

mercredi 13 octobre 2010

INSOLITE - La « police de l'amour » barre le mariage belge d'une policière chinoise

Le Soir - 1E - ACTU, mercredi, 13 octobre 2010, p. 11

Hubert G., un gérant de sociétés de Waterloo âgé de 60 ans, est un homme en colère contre la « bureaucratie » belge. En 2008, lors d'un voyage en Chine, il rencontre une... commissaire adjoint de la police du Hubei, âgée de 45 ans. Les tourtereaux se plaisent, entament un flirt qui progressivement se transforme en intention de mariage. Hubert ne veut pas rester en Chine. Sa commissaire n'est pas opposée à venir le rejoindre en Belgique. Et l'enfer commence en décembre 2009, lorsqu'il introduit une demande de mariage à l'administration communale. La police locale l'interroge. Lui demande de préciser la couleur préférée de sa promise, la place qu'il occupe dans le lit, s'intéresse à ses relations sexuelles. Ses enfants, âgés de 29 à 40 ans, sont convoqués à la police. On leur demande si cela les dérangerait si leur père avait de nouveaux enfants issus de cette union « chinoise »... malgré l'âge de celui-ci et celui de sa fiancée. Les enfants, interloqués répliquent aux policiers : « notre père mène sa vie comme il l'entend ». D'autres membres de la famille sont interrogés. Et les portes de l'enfer administratif s'ouvrent de plus en plus. Xiao vient en Belgique, sous visa touristique. Elle suit des cours intensifs de français. Mais au bout de trois mois, elle doit retourner en Chine. Son visa a expiré. Les tourtereaux

entendent respecter la légalité. Elle doit fournir une quantité énorme de documents à l'ambassade de Belgique. Le 14 juin, le dossier est complet. Le 21, il est transmis à l'Office des étrangers, où des pertes de pièces se produisent. Hubert fulmine. Le parquet a donné un avis favorable à cette union : il ne s'agit pas d'un « mariage blanc ». Près d'un an après avoir lancé son projet de mariage, Hubert se retrouve face à un incompréhensible mur administratif. La « police de l'amour » est sans pitié...

PHOTO - CHONGQING, CHINA - OCTOBER 18: Models wear new wedding growns on October 18, 2007 in Chongqing Municipality, China. The cost of an average wedding in urban China has hit a new record of 560,000 yuan (US$72,572), with young couples heavily dependent on parents financial aid to pave the way for their marriage, according to a recent survey conducted by the Committee of China Wedding Expo on October 18, 2007 in Chongqing, China. The cost of housing has fueled costs. adding 308,600 yuan on average.

© 2010 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2010

samedi 17 avril 2010

En Inde et en Chine, le mariage vire au casse-tête

Le Monde - Environnement & Sciences, vendredi, 16 avril 2010, p. 6 A l'approche de l'Exposition universelle 2010 de Shanghaï, le ministère chinois de la sécurité publique a mis en alerte la police locale, lui demandant de " réprimer sans faiblesse les activités illégales comme l'utilisation illégale d'armes à feu et d'explosifs, les enlèvements de femmes et d'enfants, le crime organisé et la pornographie en ligne ", rapporte l'agence Chine nouvelle.

Vingt ans après le cri d'alarme lancé par l'économiste indien Amartya Sen - " Il manque 100 millions de femmes " - pour dénoncer les infanticides et le manque de soin apporté aux petites filles en Asie, les scénarios les plus pessimistes, découlant de ce déficit de femmes, se réalisent. Et les preuves s'accumulent des secousses profondes que cette préférence pour les garçons, aggravée par le recours aux avortements sélectifs, provoque dans les sociétés concernées.

Si la Chine et l'Inde " avaient la même proportion d'hommes et de femmes que le reste de la planète, on devrait y dénombrer un excédent de 20 millions de femmes ", estime Christophe Guilmoto, démographe au Centre population et développement (Institut de recherche pour le développement/Institut national d'études démographiques), dans une étude parue fin mars.

Car si le sex-ratio naturel s'établit à 105 naissances de garçons pour 100 filles, ce rapport est inversé par la suite du fait de la surmortalité des hommes. Or, ces deux pays présentent " un surplus apparent de 91 millions d'hommes " en 2010. Les premiers signes de ce déséquilibre sont déjà sensibles, mais le pire reste à venir : " A partir de 2030 ", pronostique M. Guilmoto.

Pilier des sociétés chinoise et indienne, le mariage y vire au casse-tête. En Chine, pays " le plus masculin du monde ", comme le rappelle la démographe Isabelle Attané dans un livre qui vient de paraître (En espérant un fils, INED, avril 2010, 240 p., 25 euros ), 24 millions d'hommes en âge de se marier pourraient ne pas trouver d'épouses. Dans les Etats de l'Inde les plus touchés, comme le Pendjab, où il naît 126 garçons pour 100 filles, ou en Haryana (125 garçons pour 100 filles), " des femmes sont importées qui ne partagent ni la culture ni même la langue des hommes qu'elles épousent ", explique l'anthropologue Ravinda Kaur. Ces jeunes mariées peuvent être achetées, via des " agents " payés à la commission, ou issues d'un trafic. La chercheuse relève aussi le recours à une " polyandrie forcée, plusieurs frères se partageant la même femme ". Les mariages inter-castes sont de plus en plus nombreux, attisant la violence des religieux hindous.

En Chine, avec 122 hommes pour 100 femmes en moyenne (avec des " pointes " à 150 dans certaines provinces du centre et de l'est du pays), un homme sur cinq, parmi les garçons nés dans les années 2000, éprouvera des difficultés à se marier. Pour aborder ce marché du mariage devenu ultra-concurrentiel, les familles épargnent. " Non seulement les ménages qui ont des garçons épargnent plus que ceux qui ont des filles, mais l'épargne augmente quand ils vivent dans les régions où le sex-ratio est le plus biaisé ", affirme Shang-Jin Wei, économiste à l'université de Columbia (New York), dans une étude parue en février.

Les femmes poursuivent, elles aussi, une stratégie, migrant de plus en plus vers les côtes, à la recherche d'un meilleur parti. Mais " cette règle de la rareté ne bénéficie qu'aux deux tiers des femmes qui ont accès au marché de l'emploi et qui ont rompu avec les inerties familiales ", pondère Christophe Guilmoto.

Ce manque de femmes et ces unions mal appareillées aggravent la condition féminine. La psychiatre Sunitha Krishnan, qui dirige une organisation non gouvernementale créée en 1996 pour lutter contre le trafic des femmes et des enfants, tient pour " une évidence " le lien entre ce déséquilibre entre les sexes et la hausse du trafic et des enlèvements de fillettes à des fins de prostitution : " 33 000 fillettes disparaissent chaque année en Inde. Que deviennent-elles ? ", souligne-t-elle.

" Dans certains villages, les femmes sont abandonnées dès qu'elles ont donné naissance à des enfants, des garçons de préférence ", assure George Sabu, médecin et activiste indien. Seule pointe d'espoir : que la création de systèmes de santé et de soins solides, renforçant l'aide aux personnes âgées, " ne rendent plus les garçons aussi indispensables à la famille ", résume le démographe Li Shuzhuo, un des promoteurs de la campagne " Care for girls " lancée en Chine en 2003.

Observant que le ratio des naissances entre filles et garçons est resté stable ces dernières années en Chine, Li Shuzhuo espère que cette absence de dégradation marque le début d'un retour à la normale. Comme cela a été le cas en Corée du Sud, seul pays à avoir retrouvé une proportion quasi normale entre garçons et filles, après des années de préférence masculine.

Brigitte Perucca

© 2010 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Bookmark and Share

vendredi 16 avril 2010

A Pékin, les " marchés aux célibataires " sont devenus une institution - Bruno Philip

Le Monde - Environnement & Sciences, vendredi, 16 avril 2010, p. 6 Dans certaines villes chinoises, il existe une sorte d'institution permettant d'adapter les nécessités du mariage aux évolutions sociales : en fin de semaine, dans plusieurs parcs de Pékin, des parents se retrouvent dans l'espoir de dénicher le (ou la) partenaire idéal(e) pour leur enfant.

C'est le " marché des célibataires " où, dans une poétique traduction chinoise, " le pont des pies " : l'expression se réfère à une vieille légende selon laquelle ces oiseaux auraient un jour formé un pont entre ciel et terre pour permettre à une fée de convoler avec son amant, le bouvier...

Généralement, les époux putatifs n'assistent pas à ce marchandage, qui rappelle la Chine prérévolutionnaire, quand les mariages étaient arrangés par les familles. " Il y a chez ces parents une certaine nostalgie de l'époque où une mariée ne découvrait le visage de son futur époux que le soir de ses noces ", observe le quotidien anglophone China Daily.

Le modus operandi s'est cependant modernisé : les parents discutent, négocient, échangent les numéros de téléphone de leurs enfants et, éventuellement, leurs adresses Internet.

Ces " marchés " sont plutôt fréquentés par des gens issus de milieux modestes, dont les enfants n'ont pas les moyens de fréquenter les soirées et les lieux où les rejetons des classes aisées se comportent de manière souvent désinhibée. La politique de l'enfant unique, imposée en Chine depuis 1979, ainsi que le déséquilibre démographique croissant entre les sexes au profit des garçons, rajoutent aux difficultés inhérentes à la vie en ville.

Les disparités sociales jouent aussi un rôle croissant. " La génération de mes parents ne prêtait aucune attention à la situation économique d'un éventuel partenaire, car les différences étaient réduites. Aujourd'hui, elles se sont accrues, les salaires et le milieu familial sont devenus essentiels. Les filles accepteront un mari parce qu'il a une auto ou une maison ", explique Wang Linye, une jeune journaliste de Pékin.

Lors de certains " marchés des célibataires ", souvent organisés par des agences matrimoniales, les chercheurs d'âmes soeurs - des deux sexes - se déplacent en personne pour se " vendre " sur un podium, où ils défilent en exposant, d'une voix gênée, leurs desiderata. Parfois, sur de petites fiches disponibles pour les visiteurs, les hommes indiquent, outre leur âge et leur profession, le montant de leur salaire, dans l'espoir d'attirer des épouses...

Bruno Philip

PHOTO - WUHAN, CHINA - MARCH 6: Couples take part in a kissing contest during the 2010 Spring Wedding Ceremony Group Buying Fair on March 6, 2010 in Wuhan of Hubei Province, China. The event is one of the largest wedding fairs in central China. According to state media, over 11.45 million Chinese couples registered for marriage in 2009 and the figure is expected to rise this year. The wedding market keeps booming with urban residents consumption on wedding hitting 600 billion yuan (approximately USD 87.90 billion) last year.

© 2010 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Bookmark and Share

jeudi 11 février 2010

INTERNET - Des célibataires chinois(es)...

Le Soir - 1E - PETITE GAZETTE, jeudi, 11 février 2010, p. 44

En raison de la politique de l'enfant unique, de nombreux jeunes qui n'ont ni frère et soeur subissent en Chine la pression de leurs parents pour se marier dès qu'ils approchent de la trentaine. Certains ont trouvé la parade : la location de fiancé(e)s. Sur le web, ils ont placé des annonces pour recruter compagnes ou compagnons afin de faire croire à leurs parents qu'ils vont bientôt se marier.

PHOTO - A photographic assistant makes final adjustments to an engaged Chinese couple posing for their wedding photographs dressed in 'royal' costumes at a studio in central Beijing November 27, 2009. China is in the midst of a golden age of weddings, a boon for businesses from photo studios to global platinum miners. Yet nowhere is the economic impact so potentially profound as in the housing market. A flood of newlyweds such as Meng and Fan buying their first homes could help power China's property sales for years, even as some investors fear that prices are already in dangerous bubble territory. Picture taken November 27, 2009.

© 2010 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2010

Bookmark and Share