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lundi 7 novembre 2011

ANALYSE - La rivalité Chine-Etats-Unis au menu des sommets d'Asie

Le Monde - Géo & Politique, lundi 7 novembre 2011, p. PEH7

12-13 et 14-19 NOVEMBRE |SOMMETS DE L'APEC À HAWAÏ (ÉTATS-UNIS) ET DE L'ASEAN À BALI (INDONÉSIE)

Signe de l'importance stratégique de la zone Pacifique, le président américain Barack Obama se rendra en personne aux deux grands sommets asiatiques qui se tiennent à quelques jours d'intervalle à la mi-novembre. " Le Pacifique a contribué à forger ma perception du monde ", rappelait, en 2009, M. Obama, qui est né à Hawaï et a grandi en Indonésie. A cette proximité personnelle s'ajoute une priorité stratégique pour les Etats-Unis, sur fond de rivalité croissante avec la Chine dans la région.

APEC, Asean : qu'est-ce que c'est ? Dans la région Asie-Pacifique, deux cadres de discussions économico-politiques gagnent en importance. Le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), dont le sommet se tient les 12 et 13 novembre à Honolulu, à Hawaï (Etats-Unis), regroupe 21 pays riverains du Pacifique. L'organisation a vu le jour en 1989 sur la base d'une proposition émise à Séoul, en Corée du Sud, par le premier ministre australien de l'époque, Bob Hawke. Il partait du développement des échanges commerciaux entre les nations de cette vaste zone et de l'avancée de l'intégration économique en Europe et en Amérique du Nord. Douze pays ont contribué à la création du Forum. Il représente 54,1 % du commerce mondial et 40 % de la population de la planète.

L'APEC, cadre non contraignant, travaille à la réduction des tarifs douaniers, à la facilitation des échanges, à la coopération sur la santé et, depuis 2001, à la lutte contre le terrorisme. En 1994, ce forum avait adopté, à l'occasion du sommet organisé à Bogor, en Indonésie, une série d'objectifs pour la suppression des taxes douanières à l'horizon 2010. En 2008, la moyenne de ces taxes avait baissé à 6,6 %, contre 16,9 % en 1989.

Deux ans plus tard, au Japon, les pays membres ont formulé la " vision de Yokohama " en faveur d'une plus grande intégration économique et d'une sécurité accrue, qui passent par la concrétisation du projet de zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Pour y parvenir, plusieurs propositions sont sur la table. Les Etats-Unis comptent sur le Partenariat trans-Pacifique (PTP). Lancé en 2005 par le sultanat de Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, ce cadre propose la création d'un espace sans taxe douanière. En 2008, les Etats-Unis ont décidé de négocier pour y adhérer. L'Australie, la Malaisie ou encore le Pérou ont suivi, et le PTP intéresse la Chine, la Corée du Sud et les Philippines. Avec retard, à cause de la catastrophe de Fukushima du 11 mars, le Japon a promis d'engager des négociations.

Deuxième cadre de discussions, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) a vu le jour en 1967 à Bangkok (Thaïlande), en pleine guerre froide, avec pour objectifs de favoriser la croissance, d'encourager la coopération et, à l'époque, de lutter contre le communisme.

Réunie à Bali du 14 au 19 novembre, elle compte aujourd'hui dix membres, contre cinq au départ. Le Timor-Oriental pourrait la rejoindre en 2015. L'adhésion de la Birmanie en 1997 a soulevé des questions sur l'importance des valeurs démocratiques au sein de l'organisation. Au final, l'Asean a, en 2003, adopté la déclaration Bali Concord II, dans laquelle les Etats membres affirment l'importance de la démocratie pour la paix et la stabilité.

L'organisation plaide pour une coopération accrue dans les domaines sociaux, environnementaux, culturels ou encore sécuritaires : des points qui apparaissent dans le projet de Communauté de l'Asean que les pays membres souhaitent créer d'ici à 2015. Dans cette optique, l'Asean a signé des accords de libre-échange avec la Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud. Elle dispose d'un siège d'observateur à l'Assemblée générale de l'ONU.

Son développement en a fait un acteur incontournable du dialogue régional. Avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, elle a formé, après la crise asiatique de 1997, l'Accord de libre-échange est-asiatique (Eafta ou Asean + 3), à l'origine de l'initiative de Chiang Maï (Thaïlande) conclue en 2000 pour limiter les risques de crise financière dans la région. A cette Asean + 3 se sont jointes l'Australie, l'Inde et la Nouvelle-Zélande pour donner naissance au Partenariat économique global pour l'Asie de l'Est (Cepea ou Asean + 6).

L'Asean est aussi au coeur du sommet de l'Asie de l'Est, qui réunit 18 pays, dont la Russie et les Etats-Unis, et qui se veut un forum d'échange sur le commerce, l'environnement et l'énergie. Depuis 2007, il est organisé dans le prolongement du sommet de l'Asean.

Espaces de dialogue ou de rivalité ? Preuve de l'importance grandissante de la région, sur les plans tant économiques que politiques, ces organisations sont aussi devenues, ces dernières années, des lieux de rivalité, principalement entre la Chine et les Etats-Unis.

En 2009, le président Obama avait affirmé la volonté américaine de ne pas être écarté de l'Asie. " Je souhaite que chaque Américain sache que nous avons un intérêt dans l'avenir de cette région car ce qui se passe ici a un impact direct sur nos vies ", avait-il déclaré, témoignant d'une évolution des priorités de Washington, de l'Atlantique vers le Pacifique.

Or, dans cette zone, l'influence américaine se heurte à celle de la Chine, dont le développement rapide de l'outil militaire - avec notamment son projet de construction de porte-avions - s'accompagne de revendications territoriales plus affirmées. Un incident sérieux a opposé le pays au Japon en septembre 2010, au sujet de la souveraineté sur les îles Senkaku, appelées Diaoyu en Chine.

En mer de Chine méridionale, des heurts ont eu lieu cette année avec les marines vietnamienne et philippine autour des îles Spratly et Paracel. La domination de ces archipels inhabités suscite des convoitises, car ils abriteraient de riches réserves halieutiques et d'importants gisements de pétrole et de gaz. Leur contrôle et l'étendue de la zone économique exclusive chinoise suscitent des interrogations dans cette région, importante route maritime et commerciale.

Ces questions reviennent à chaque rencontre de l'APEC ou de l'Asean. En juillet, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des pays de l'Asean, Pékin a accepté de discuter pour calmer les tensions en mer de Chine méridionale. Mais le dossier est loin d'être clos.

L'activisme chinois est une aubaine pour les Etats-Unis, qui en profitent pour conforter les alliances existantes avec les nations de la région, comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines. Ils se sont également rapprochés du Vietnam, avec lequel ils ont organisé des manoeuvres navales...

Quels sont les enjeux des sommets à venir ? Les questions sécuritaires vont occuper une place non négligeable au sommet de l'Asean, auquel se rendra Barack Obama. Sur les questions territoriales, les participants devraient rappeler leur volonté de garantir la libre navigation en mer de Chine méridionale et le respect des règlements internationaux sur la souveraineté. Ils devraient chercher à faire avancer le dialogue Asean-Chine, qui sera lancé au même moment, avec l'appui des Etats-Unis.

La Chine a certes accepté ces pourparlers mais reste réticente. Soumise en interne à la pression des tendances nationalistes, elle pourrait réaffirmer sa volonté de discuter au cas par cas, avec chacun des pays concernés.

L'Asean pourrait accepter d'être présidée par la Birmanie en 2014. Une demande en ce sens a été déposée par le gouvernement birman, issu des élections de 2010, et qui a commencé en octobre à libérer des prisonniers politiques. Il a reçu l'appui de l'opposante Aung San Suu Kyi qui, libérée après sept ans d'assignation à résidence, a accepté un dialogue avec le régime.

Sur le plan économique, l'Asean devrait poursuivre les discussions sur des zones de libre-échange avec ses partenaires au sein de l'Asean + 3 (une option privilégiée par la Chine), et ceux de l'Asean + 6, ce que préférerait le Japon, qui souhaite contrebalancer la puissance chinoise en intégrant l'Inde.

Le sommet de l'APEC devrait quant à lui se concentrer sur le projet de Partenariat trans-Pacifique (PTP), que les Etats-Unis veulent finaliser. Ce projet est considéré comme une avancée potentielle vers la réalisation de la zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Le président Obama, qui a dit en 2010 vouloir multiplier par cinq les exportations américaines, y voit également un bon moyen de soigner son image sur le plan intérieur, à un an de la présidentielle : la majorité républicaine du Congrès pourrait avoir du mal à s'opposer à ce projet. Un succès de Washington sur le PTP serait également une façon de contrer les rivaux chinois.

Mais au sein de l'APEC, le Partenariat trans-Pacifique en tant que base de départ pour la FTAAP ne fait pas l'unanimité. Pour parvenir à cette vaste zone de libre-échange, d'autres idées sont avancées. L'une d'elles propose de partir du cadre de l'Asean.

Philippe Mesmer

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mercredi 15 décembre 2010

WIKILEAKS - Washington, le régime birman et le bouclier chinois

Le Monde - Mardi, 14 décembre 2010, p. 21

Si les Birmans peuvent avoir, à juste titre, l'impression que leur situation ne s'est pas améliorée ces dernières années, leur sort n'en a pas moins été un sujet de préoccupation pour la diplomatie américaine.

Selon les câbles du département d'Etat et de ses ambassades en Asie, obtenus par WikiLeaks et consultés par Le Monde, la Chine, acteur essentiel sur ce sujet, se présente alternativement aux Américains comme exaspérée par des dictateurs intraitables ou comme favorable au statu quo, en faisant valoir les risques que présenterait pour elle l'instabilité chez ce voisin difficile.

En juin 2006, le sous-secrétaire d'Etat chargé de l'Asie-Pacifique, Chris Hill, déjeune à Pékin avec son homologue chinois, Wu Dawei, qui lui confie sa frustration à l'égard du régime birman, " où une seule personne prend toutes les décisions importantes ".

Le Chinois raconte qu'au cours d'une visite officielle en Birmanie son interlocuteur birman lui a lu pendant douze heures la même page d'éléments de langage, et que la junte n'avait même pas jugé utile d'informer Pékin du déplacement de la capitale de Rangoun vers Naypyidaw. La Chine, résume Wu Dawei, soutient la Birmanie non pas parce qu'elle aime son régime, mais parce que la situation volatile, en particulier celle des minorités ethniques près de leur frontière commune, lui fait craindre un afflux de réfugiés.

En 2007, la Chine oppose son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Birmanie, mais les Chinois expliquent aux Américains qu'ils ne veulent pas d'un affrontement avec eux, et commencent à leur demander de travailler directement avec le chef de la junte, le généralissime Than Shwe. " L'objectif principal de la Chine est le maintien de la stabilité, dit le vice-ministre chinois des affaires étrangères, Cui Tiankei, à l'ambassade à Pékin. Les Birmans sont réputés pour leur patience, donc nous devons avoir une approche à long terme. La gouvernance en Birmanie est peut-être mauvaise, mais pas de gouvernance du tout serait encore pire. "

Les Chinois ne sont pas les seuls dans l'embarras : les pays de l'Asean, l'Association des pays de l'Asie du Sud-Est, se révèlent incapables de gérer les conséquences de la répression sanglante de 2007. Le fondateur de Singapour, Lee Kuan Yew, confie au nouveau sous-secrétaire d'Etat pour l'Asie, Thomas Christensen, son mépris pour ces généraux " épais et stupides " et leur " mauvaise gestion " des ressources naturelles de la Birmanie. Traiter avec eux, c'est comme " parler à des morts ", dit-il.

Le 14 décembre 2007, Thomas Christensen a des entretiens à Pékin. Il demande aux Chinois de faire pression sur la junte birmane pour une ouverture politique, fait valoir que le statu quo est une menace pour la stabilité. Les Chinois ne se montrent guère réceptifs. Le ministre adjoint des affaires étrangères, He Yafei, souligne que " l'histoire de la Birmanie est longue et compliquée ", que la communauté internationale doit faire preuve de " patience ". Il ne faut pas que le régime " se sente le dos au mur ".

Après le cyclone Nargis, en 2008, la junte semble comprendre le bénéfice qu'elle peut tirer d'une coopération internationale et, au fil des mois, fait savoir aux Américains qu'elle est prête à dialoguer.

Dans une analyse transmise à Washington en avril 2009, le chargé d'affaires américain à Rangoun, Larry Dinger, se montre sans illusions sur ces généraux despotes, " xénophobes " (ce qui les rend imperméables aux pressions chinoises), " paranoïaques à l'égard des Etats-Unis " (ils ont cru à une invasion quand un porte-hélicoptères chargé d'aide humanitaire s'est approché des côtes birmanes après le cyclone), obsédés par " l'unité et la stabilité de l'Etat ", " ignorants des réalités ", car mal informés par un entourage qui ne leur délivre que les bonnes nouvelles.

Toutefois, il se peut qu'ils cherchent une " stratégie de sortie ". Le chef de la junte, Than Shwe, " aurait mentionné au président indonésien Yudhoyono sa volonté d'éviter de comparaître devant un tribunal international ". Et les Américains relèvent, chez certains responsables militaires birmans, une réticence croissante à une dépendance excessive à l'égard de la Chine.

Pour encourager le dialogue, le chargé d'affaires suggère à Washington d'accepter le nom officiel de Myanmar au lieu de Birmanie, " vestige de l'ère coloniale ", d'élever les relations diplomatiques au niveau d'ambassadeur et, surtout, d'augmenter l'aide humanitaire, dramatiquement nécessaire. " Une telle aide, souligne-t-il, aurait un effet subversif en permettant de construire des structures de société civile et en montrant à la population que le monde extérieur lui vient en aide, pas le régime. "

En août 2009, la visite du sénateur démocrate Jim Webb offre aux généraux birmans la possibilité d'un premier contact direct avec un représentant des Etats-Unis. Au cours de leur entretien, le généralissime Than Shwe s'abstient de se lancer dans une diatribe contre Aung San Suu Kyi lorsque le sénateur soulève son cas. Le sénateur aura d'ailleurs l'autorisation de la rencontrer.

En octobre, à Pékin, les Etats-Unis, qui ont réexaminé leur politique birmane, soumettent aux Chinois leurs préoccupations, à la fois sur le blocage politique birman et sur les risques de prolifération nucléaire. De nouveau, l'analyse chinoise diffère de la leur : une responsable de la diplomatie chinoise, Yang Yanyi, fait valoir les " pas positifs " accomplis par le régime birman, qui " fait de son mieux ".

Certes, reconnaît la Chinoise, " le peuple birman reste mécontent de l'état des choses ", mais " le régime ne peut pas être remplacé ". Elle conseille aux Etats-Unis d'engager un dialogue positif avec la junte, " sur une base d'égalité ", en évitant de commencer par les questions difficiles. Le généralissime Than Shwe, affirme-t-elle, est quelqu'un " d'accès facile ", mais qui doute des intentions américaines. Et la Chine, avertit Mme Yang, " ne laissera pas la Birmanie tomber dans le chaos ".

Sylvie Kauffmann

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mercredi 17 novembre 2010

ANALYSE - Face à la Chine, les Etats-Unis déploient une nouvelle stratégie en Asie


Le Monde - International, jeudi, 18 novembre 2010, p. 6

ANALYSE - Face à la Chine, les Etats-Unis déploient une nouvelle stratégie en Asie du Sud-Est

L'administration Obama vient d'amorcer le retour des Etats-Unis en Asie du Sud-Est, tablant sur le fait qu'un nouvel engagement dans une région au fort potentiel de développement contribuera à équilibrer l'irrésistible montée en puissance de la Chine.

L'Asie du Sud-Est avait été ignorée par George Bush, qui préféra se concentrer sur l'Inde, le vieux rival prosoviétique de l'Amérique au temps de la guerre froide, mais désormais perçue par les Etats-Unis comme l'un des contrepoids à la République populaire.

Le récent voyage de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, au Vietnam, au Cambodge et en Malaisie, précédant, la semaine dernière, la tournée asiatique du président Barack Obama, a démontré sans ambages le nouvel intérêt des Etats-Unis pour cette partie de l'Extrême-Orient.

L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) est certes un sous-ensemble flou réunissant des pays qui se vouent parfois une solide inimitié et éprouvent souvent les plus grandes difficultés à trouver un terrain d'entente diplomatique. Mais cet appendice du continent asiatique, fort de plus de 580 millions d'habitants, présente aux yeux des Américains un intérêt stratégique non négligeable. L'Asean est, en effet, en partie une région maritime, surtout l'immense archipel indonésien composé de 15 000 îles et où Barack Obama vient de se rendre.

Cette réalité géopolitique est au centre des préoccupations américaines : M. Obama avait rappelé avant d'entamer sa tournée que les Etats-Unis sont une puissance maritime. Il sous-entendait ainsi que Washington a tout lieu de s'inquiéter des capacités à venir de la marine chinoise, à un moment où Pékin se concentre sur la modernisation de cette dernière dans le but avoué, à plus ou moins long terme, de faire pièce au contrôle du Pacifique par les Américains.

La nouvelle agressivité chinoise en mer de Chine du Sud, où les îles Spratley et Paracel, archipels inhabités mais faisant l'objet d'un conflit territorial mettant aux prises la Chine, le Vietnam, Taïwan, les Philippines, la Malaisie et Brunei, inquiète également certains pays de l'Asean, par ailleurs de plus en plus dépendants de leurs relations économiques avec Pékin.

Les Etats-Unis comptent sur cette inquiétude pour pousser leurs pions. Christian Caryl, de Foreign Policy Magazine, remarquait récemment que " les revendications chinoises en mer de Chine du Sud ont été élevées à un niveau d'"intérêt national primordial" comparable au Tibet et à Taïwan; cela a provoqué la colère des pays de la région ".

Robert D. Kaplan, auteur d'un ouvrage sur l'océan Indien et l'importance qu'il revêt pour le " futur du pouvoir américain ", renforçait la logique d'un réengagement américain en Asie en écrivant dans l'International Herald Tribune que les " divisions artificielles " de l'Asie héritées de la guerre froide ne sont plus de mise : " Désormais, avance-t-il, le Moyen-Orient, l'Asie du Sud et l'Asie de l'Est font partie d'un même continuum. En termes géopolitiques, la visite du président - américain - dans quatre pays - asiatiques - est centrée sur un seul défi : la montée en puissance de la Chine sur terre et sur mer. "

Un observateur étranger résidant à Djakarta estime que, même si les échanges commerciaux sino-indonésiens atteindront cette année une trentaine de milliards de dollars, l'Indonésie a besoin des Américains. Ne serait-ce que pour éviter une trop grande dépendance à l'égard de la Chine qui lui fournit des centrales thermiques.

Quelques jours avant l'arrivée du chef de l'exécutif américain, le Jakarta Globe insistait sur la rivalité sino-américaine en Indonésie. Il rappelait que le président de l'Assemblée populaire de Chine, Wu Bangguo, venait de se rendre en visite officielle à Djakarta où il avait évoqué la perspective d'investissements chinois en Indonésie à hauteur d'une cinquantaine de milliards de dollars d'ici à 2014.

Chercheur au Centre des études stratégiques et internationales indonésien (CSIS), Evan A. Laksmana, a une vision plus nuancée de la réponse indonésienne à la " séduction " américaine : " L'Indonésie ne se sentirait pas à l'aise si elle devait se prononcer entre la Chine et les Américains (...) Mais il est vrai que les pays de l'Asean possédant une surface maritime n'ont nulle envie d'étreindre une Chine qui peut se montrer très arrogante. "

Membre de la même institution, Jusuf Wanandi ajoutait, dans un éditorial du Jakarta Post, que " le président Obama a compris que les Etats-Unis doivent dépendre - dans la région - d'alliés et d'amis. Et la présence américaine en Asie orientale est importante parce que cela permet à l'Indonésie de mener une politique étrangère indépendante ".

Bruno Philip

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jeudi 28 octobre 2010

L'Asie du Sud-Est réunie sous la pression du yuan - Arnaud Rodier

Le Figaro, no. 20603 - Le Figaro Économie, jeudi, 28 octobre 2010, p. 19

Les pays de l'Asean, la Chine, le Japon, la Corée, l'Inde et l'Australie se retrouvent au Vietnam.

Hanoï accueille ce matin les dix pays de l'Asean, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (1), avant de s'ouvrir samedi à la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l'Inde, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce double sommet au Vietnam promet d'être très largement centré sur la monnaie chinoise, le yuan, que le monde entier juge sous-évaluée. Hier encore, le patron du FMI (Fonds monétaire international) pour l'Asie a demandé à Pékin de « faire en sorte qu'elle s'apprécie ».

Au lendemain de la réunion des ministres des Finances du G20 en Corée du Sud, qui se sont mis d'accord pour éviter une guerre des monnaies et pour réclamer que les taux de change soient « déterminés par le marché », l'avertissement s'adresse aussi à tous les pays d'Asie qui maintiennent artificiellement bas leurs taux de change pour aider leurs exportateurs.

Ce problème est d'ores et déjà au centre d'une réunion ouverte hier, à Hanoï également, entre les dirigeants d'entreprise de la région. Tous souhaitent un meilleur environnement des affaires, tant sur le terrain commercial que sur celui des investissements. Ils veulent renforcer les réseaux routiers, ferroviaires, maritimes et aériens de l'ensemble des pays de l'Asean et notamment construire pas moins de 42 nouveaux ports. Mais ils savent que la réussite de ces projets passe aussi par un équilibre monétaire bien compris de tous. La Chine, dont l'accord de libre-échange avec l'Asean est entré en vigueur au premier janvier de cette année, est évidemment l'interlocuteur tout-puissant du sommet de Hanoï.

Américains et Russes invités

Ensemble, l'empire du Milieu et les pays de l'Asie du Sud-Est représentent un PIB (produit intérieur brut) cumulé de 6 000 milliards de dollars (4 350 milliards d'euros). Et leurs échanges commerciaux auront dépassé 200 milliards de dollars cette année.

Mais, surtout, Pékin voit dans l'Asean le moyen de promouvoir le yuan comme moyen de paiement pour remplacer le dollar. Pour le moment, ses expériences dans ce domaine sont limitées à Hongkong, à Macao et à quelques autres pays de la région. Or, la Chine a besoin de tester sa monnaie, qui n'est toujours pas convertible, sur un nombre croissant de marchés étrangers pour vérifier son poids sur l'échiquier international.

C'est d'autant plus important pour elle qu'elle est engagée dans une crise diplomatique avec le Japon, à propos des îles de Senkaku (Diaoyu en chinois) et que le sommet de Hanoï va cette année dépasser le seul cadre asiatique. Les Américains, représentés par Hillary Clinton, et les Russes sont en effet invités pour la première fois à participer aux débats dimanche. Une initiative qui devrait se reproduire l'an prochain et les années suivantes.

(1) Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Birmanie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam.

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vendredi 26 mars 2010

L'Asie lance un accord d'échange de devises


Le Figaro, no. 20418 - Le Figaro Économie, jeudi, 25 mars 2010, p. 26

Les pays d'Asie ont lancé hier un accord d'échange de devises (swap) de 120 milliards de dollars destiné à fournir de la liquidité en cas de nouvelle crise financière. Il concerne la Corée du Sud, la Chine, le Japon et les dix pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean).

PHOTO - Chinese central bank governor Zhou Xiaochuan smiles before a working session of the 50th Inter-American Development Bank's (IADB) general assembly in Medellin March 30, 2009. China and Argentina have agreed a 70 billion yuan ($10.2 billion) currency swap so the Latin American country can pay for Chinese imports in yuan, according to Zhou and the Xinhua news agency on Monday. The swap was signed in Medellin on the sidelines of the annual meeting of the IADB.

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mercredi 10 mars 2010

Les pays asiatiques mettent en place un fonds d'urgence - Jessica Berthereau

Les Echos, no. 20632 - International, mercredi, 10 mars 2010, p. 8

Un fonds de 120 milliards de dollars entre la Chine, la Corée du Sud, le Japon et les pays de l'Asean devrait permettre de prévenir les crises de liquidités.

Un « fonds monétaire asiatique » verra le jour, le 24 mars prochain, sous la forme d'un fonds d'urgence en devises de 120 milliards de dollars. Destiné à prévenir toute crise de liquidité dans la région, il réunit la Chine, le Japon et la Corée du Sud ainsi que les dix pays membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est. Il s'agit d'une version améliorée du dispositif de solidarité régional né en 2000 sous le nom d'initiative de « Chiang Mai ».

L'idée d'un fonds monétaire asiatique avait émergé au sortir de la crise de 1997-1998. La Thaïlande, l'Indonésie et la Corée du Sud avaient alors dû emprunter de fortes sommes au Fonds monétaire international (FMI). Au prix d'une réduction drastique de leurs dépenses publiques, de la privatisation d'entreprises d'Etat et de la hausse de leurs taux d'intérêt.

La mise en place d'un fonds régional s'est finalement fait attendre, découragée par le FMI et les Etats-Unis mais aussi par les rivalités nationalistes, dont la région est coutumière. La solidarité régionale s'est donc limitée dans un premier temps à une série d'accords bilatéraux d'échanges de devises. Les Etats ainsi liés s'engagent à se fournir mutuellement des réserves quand l'un des deux est en danger, par exemple sous le coup d'une attaque spéculative sur sa monnaie.

Mécanisme de solidarité

Le projet d'un véritable mécanisme de solidarité est revenu sur la table au plus fort de la crise financière, quand les pays asiatiques ont manifesté l'intention de se doter d'un fonds d'échanges de devises de 80 milliards de dollars. Finalement, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et les membres de l'Asean ont ratifié en décembre dernier l'inauguration de ce fonds avec une dotation plus forte de 120 milliards de dollars.

Financé à 80 % par la Chine, le Japon (38,4 milliards de dollars chacun) et la Corée du Sud (19,2 milliards de dollars), ce fonds permettra aux pays signataires, s'ils venaient à avoir un besoin urgent de liquidités, d'obtenir très rapidement un prêt d'un montant calculé en fonction de leur propre contribution.

PHOTO - A general view shows the 3rd ASEAN Political and Security Council's meeting in Vietnam's central Danang resort city January 14, 2010. Foreign ministers of the Association of Southeast Asian Nations (ASEAN) are in Danang for the two-day meeting.

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