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mardi 25 janvier 2011

La première banque chinoise va opérer aux Etats-Unis - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20854 - Finance, lundi, 24 janvier 2011, p. 30

Selon le « Wall Street Journal », ICBC serait sur le point de racheter à Bank of East Asia ses activités aux Etats-Unis. Une preuve de plus de la volonté de Pékin de tisser sa toile financière au-delà des frontières chinoises.

L'offensive financière de la Chine à l'international se poursuit. Une semaine après avoir annoncé ses grands projets d'extension en Europe, la première banque chinoise, ICBC, est sur le point de prendre le contrôle d'une banque de dépôts américaine. D'après le « Wall Street Journal », ICBC, qui est également la première banque au monde, aurait signé un accord pour racheter la majorité du capital de la filiale américaine de Bank of East Asia, une institution dont le siège est situé à Hong Kong, qui possède 13 agences aux Etats-Unis (10 en Californie et 3 à New York) et gère 425 millions de dollars de dépôts.

Optimisme de mise

Le processus sera probablement long avant que ce rachat ne soit avalisé par les autorités américaines. Mais, d'après le journal financier américain, ICBC aurait d'ores et déjà reçu les assurances suffisantes pour être raisonnablement optimiste. Ce serait la première fois qu'une banque chinoise prend le contrôle d'une banque de détail outre-Atlantique.

La stratégie d'internationalisation d'ICBC est manifeste. Après avoir déjà racheté 70 % des activités canadiennes de Bank of East Asia, puis repris récemment à BNP Paribas, pour 1 dollar symbolique, les anciennes activités de courtage de Fortis aux Etats-Unis, il a annoncé, le 17 janvier dernier, l'ouverture de 5 nouvelles antennes sur le sol européen, notamment à Paris. Mais ICBC n'est pas un cas isolé dans le paysage bancaire chinois : Bank of China est actuellement dans la même démarche. Il a récemment annoncé qu'il allait proposer à ses clients sur le sol américain de pouvoir détenir, et échanger, des yuans chinois, une grande première.

C'est donc toute la stratégie financière de la Chine qui se dessine au travers de ces accords, dont le rythme s'est accéléré ces derniers mois.

Pour un yuan international

Géant commercial mais nain financier, la Chine est décidée à gagner en autonomie en matière de financements à l'international. Elle veut donc internationaliser sa devise, ce qu'elle manifeste presque chaque jour actuellement au travers de nouveaux programmes pilotes visant à étendre l'utilisation du yuan au-delà des frontières chinoises. En corollaire à cette stratégie monétaire, la Chine pousse donc ses banques à poser le pied sur de nouveaux territoires, pour tisser une toile qui lui permettra de libeller un nombre croissant de transactions en yuans et de s'affranchir ainsi, progressivement, du tout-puissant dollar américain.

GABRIEL GRESILLON

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

jeudi 20 janvier 2011

Paris déroule le tapis rouge pour la banque chinoise ICBC, la plus grande du monde

Le Monde - Economie, jeudi, 20 janvier 2011, p. 14

Rien n'était trop beau pour accueillir à Paris la première banque du monde : le chinois ICBC, qui avait réservé le palais Brongniart, mardi 18 janvier. Le tout-Paris des affaires était réuni lors d'un dîner pour célébrer l'ouverture de sa première succursale en France, boulevard Haussmann. Pour l'occasion, le logo de l'établissement chinois, omniprésent, était projeté sur les murs de la salle de cotation de l'ancienne Bourse de Paris, baignée de rouge.

La ministre de l'économie, Christine Lagarde, était l'invitée d'honneur de ce dîner placé d'environ 240 personnes, financé par ICBC et animé par une ancienne vedette de la télévision chinoise qui s'exprimait dans un français parfait.

Dans un discours improvisé, Mme Lagarde a fait savoir, sur le ton de la plaisanterie, à Jiang Jianqing, numéro un d'ICBC, qu'il pouvait toujours installer à Paris, en plus de ses agences, " son siège social ", actuellement situé au Luxembourg. " La France est attractive pour les entreprises chinoises, pas seulement parce que nous sommes romantiques ", a-t-elle ajouté. Mme Lagarde s'est ensuite prêtée au jeu du compte à rebours : trois, deux, un, un bouton rouge pressé et la banque est ouverte !

Cartes de visite

Le dîner lancé, les cartes de visite ont commencé à s'échanger. L'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, assis à côté de Jiang Jianqing, le patron d'Axa, Henri de Castries, Maurice Lévy, de Publicis, et le PDG de la Société générale, Frédéric Oudéa, figuraient en bonne place. Une liste qui montre bien l'intérêt suscité par l'arrivée du géant bancaire en Europe. " Il s'agit d'une certaine ouverture des banques chinoises vers l'Europe et les Etats-Unis. Après tout, elles sont quand même les plus grandes du monde ", a ainsi fait remarquer le patron de la Société générale, niant tout sentiment de défiance à l'égard de ces futurs concurrents : " Je les vois plutôt comme des partenaires, les liens sont amenés à se développer. "

Parmi les invités, des membres de la maison mère venus de Chine, des associations chinoises, des ambassadeurs, des représentants de grandes entreprises françaises (Total, Air liquide, BNP Paribas, Sodexo...), Paris-Europlace, l'organisme chargé de défendre les intérêts de la place de Paris, des sociétés chinoises installées en France et vice-versa.

C'est une " bonne opération marketing ", ironise l'un des participants, directeur financier d'une entreprise implantée en République populaire.

Cécile de Corbière

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

mardi 18 janvier 2011

ENQUÊTE - Le chinois ICBC part à la conquête de l'Europe - Anne de Guigné


Le Figaro, no. 20671 - Le Figaro Économie, mardi, 18 janvier 2011, p. 18

Longtemps concentrée sur la Chine, la première banque mondiale s'implante à Paris, au coeur du quartier des affaires. Elle entend accompagner l'explosion des relations commerciales entre la Chine et l'Europe.

Le sigle ne dira rien à personne ou presque. Pourtant Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) est bien la première banque mondiale par la capitalisation boursière. Seulement jusqu'à présent le géant bancaire, cantonné à son - gigantesque - marché domestique, avait peu de visibilité sur le plan international. C'est précisément cela qui est en train de changer. Après avoir montré ses ambitions en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient, l'institution a annoncé hier l'ouverture, dans les jours prochains, de cinq nouvelles succursales à Paris, Bruxelles, Amsterdam, Milan et Madrid. De quoi doubler une présence en Europe qui se limitait au Royaume-Uni, à l'Allemagne, au Luxembourg et à la Russie. Coordonné depuis Luxembourg, son réseau européen est désormais comparable avec celui de sa compatriote Bank of China.

Scénario japonais

Le scénario rappelle celui de l'internationalisation du Japon dans les années 1980. Comme leurs consoeurs japonaises à cette époque, les grandes banques chinoises sortent de leurs frontières afin d'accompagner le développement international des entreprises chinoises, notamment sur le Vieux Continent. Et réciproquement. L'accélération des investissements des intérêts de l'empire du Milieu en Europe est très nette. On a vu ainsi, l'an dernier, Geely racheter le suédois Volvo, ou encore le holding Fusan prendre 7,1 % du Club Med. Des laiteries chinoises sont candidates à la reprise de Yoplait et le chinois Bright Food a longtemps tenu la corde pour l'acquisition de United Biscuits.

Hier, à Luxembourg, le président d'ICBC, Jianqing Jiang, a dressé un tableau euphorique des relations commerciales sino-européennes, rappelant que sur les dix premiers mois de l'année 2010, le volume de leurs échanges avait progressé de 33 % en un an pour frôler les 400 milliards de dollars. « L'économie européenne et l'euro ont rencontré récemment quelques difficultés, mais l'Europe reste l'une des plus importantes entités économiques et politiques du monde », a-t-il affirmé. Il a tenu à bien différencier la stratégie de son institution de celle menée par Pékin. Alors que l'État chinois souscrit aux émissions obligataires des États européens, l'exposition d'ICBC à cette dette publique reste « marginale », a-t-il assuré.

2,5 millions de Chinois en Europe

La banque compte également sur la communauté de 2,5 millions de Chinois vivant en Europe et sur le million de visiteurs annuels pour appuyer son activité. « Nous laissons de larges marges de manoeuvre à nos succursales », a indiqué le président Jiang. Contrairement à Bank of China, qui avait opté pour le quartier chinois lors de son arrivée en France, ICBC s'implante au coeur du quartier des affaires, boulevard Haussmann. Dans un même esprit, à Bruxelles, c'est la prestigieuse avenue Louise qui a été retenue.

La succursale parisienne emploie 25 salariés, dont une moitié de Français. « Nous n'avons pas reçu d'objectifs précis en terme de dépôts ou de crédits », assure Yuqiang Xiao, le directeur général du bureau. Pour fêter cette ouverture, le président de la banque accueille ce soir au Palais Brongniart la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, et une grande partie de l'establishment financier français, dont les PDG de la Société générale et d'Axa.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

vendredi 26 mars 2010

Le chinois ICBC, le groupe bancaire le plus profitable au monde - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20644 - Finance, vendredi, 26 mars 2010, p. 30

La plus grande banque du monde a vu son profit net progresser de 16 % l'an dernier pour atteindre 14,17 milliards d'euros. Elle promet de calmer la croissance de ses prêts et annonce la levée prochaine d'au moins 2,7 milliards de capitaux frais.

Portée par l'explosion l'an dernier du crédit en Chine, Industrial Commercial Bank of China (ICBC), qui est présentée comme la plus grande banque du monde avec une capitalisation de 232 milliards de dollars, a enregistré, en 2009, une progression de son profit net de 16 %. Si ce rythme de croissance, qui a souffert du faible niveau des taux d'intérêt, est bien inférieur aux performances enregistrées par le groupe depuis 2004, il permet tout de même à la société publique de confirmer son statut de banque la plus rentable du monde avec un résultat net de 128,65 milliards de yuans (14,17 milliards d'euros). Fin janvier, la banque américaine Goldman Sachs avait, elle, dévoilé un bénéfice net de 13,4 milliards de dollars (10,04 milliards d'euros).

L'an dernier, le groupe chinois a pleinement participé à la campagne de soutien à l'économie orchestrée par le gouvernement central en validant 16,2 % de prêts de plus qu'en 2008. Sur douze mois, l'ensemble des établissements du pays a signé pour 9.600 milliards de yuans de nouveaux crédits aux entreprises d'Etat et aux véhicules financiers des collectivités locales, qui ont, avec ces capitaux, alimenté un vaste programme d'investissements mais également dopé des placements plus hasardeux en Bourse et dans l'immobilier.

Plus « raisonnable » en 2010

Si cette manne a permis à la nation de générer une poussée de 8,7 % de son PIB, elle a légèrement déstabilisé la confiance des grands groupes bancaires, qui s'interrogent désormais sur la viabilité de beaucoup de leurs clients. Hier, ICBC a indiqué que plus de 60 % de ses nouveaux prêts avaient servi à financer des investissements liés à l'eau, l'environnement, les transports ou des travaux de service public. Parfois difficilement rentabilisés, ces projets pourraient entraîner dans les prochaines années une poussée du taux de créances douteuses de la banque, qui annonçait, fin 2009, un taux de « prêts pourris » limité à seulement 1,54 %. Fin 2008, ce taux, dont le mode de calcul opaque déconcerte les experts étrangers, était officiellement mesuré à 2,29 %.

Soucieuse de contenir les risques, la banque d'Etat a assuré, hier, qu'elle allait se montrer plus « raisonnable » en 2010 et contenir ses prêts, comme le lui a demandé Pékin. « Nous allons accorder plus d'importance au développement durable en changeant notre mode de développement », a pointé, dans un communiqué, le groupe, qui veut travailler au rééquilibrage de ses comptes et redresser son ratio de fonds propres, tombé à 12,36 % fin 2009. ICBC a ainsi confirmé, hier, qu'elle prévoyait d'émettre prochainement 25 milliards de yuans (2,75 milliards d'euros) d'obligations convertibles et qu'elle allait demander à ses actionnaires de valider la vente d'actions sur les places de Shanghai et Hong Kong.

Souffrant toutes des mêmes maux liés à l'envolée des crédits, les grandes banques d'Etat chinoises promettent, comme ICBC, de se montrer plus prudentes. Malgré une hausse de 26 % de son bénéfice net en 2009, à 81,07 milliards de yuans (8,9 milliards d'euros), Bank of China, la troisième banque du pays, s'était engagée, dès mardi, à mieux tenir la croissance de ses prêts et avait, elle aussi, confirmé la prochaine levée de 40 milliards de yuans. Ce soir, c'est China Construction Bank (CCB), la deuxième plus grande banque chinoise, qui devrait s'engager à prêter avec plus modération.

PHOTO - Industrial & Commercial Bank of China (ICBC) Chairman Jiang Jianqing (R) and Chief Risk Officer Wei Guoxiong smile after a news conference announcing the bank's annual results in Hong Kong March 25, 2010. ICBC, the world's most valuable lender, reported a smaller-than-expected 58 percent rise in fourth-quarter profit on a national lending boom, but moved to rein in loans and announced plans to raise funds from the capital markets.

© 2010 Les Echos. Tous droits réservés.

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