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mercredi 16 mars 2011

Bye-bye, Barbie ! En Chine, la culture vire au rouge - Wei Gu

Le Monde - Economie, mercredi, 16 mars 2011, p. 20

A Shanghai, le magasin phare de l'américain Mattel consacré à Barbie a fermé ses portes, mais les icônes made in China ne sont pas encore de taille à remplacer la célèbre poupée. Pékin s'est donné cinq ans pour promouvoir les médias et les arts autorisés par l'Etat, mais la censure et l'accès restreint au marché risquent de contrarier cette initiative en faveur de la « culture rouge ».

La Chine a de bonnes raisons de vouloir mettre en avant la culture nationale. Si la part des services à haute intensité de main-d'oeuvre dans le produit intérieur brut (PIB) atteignait 47 % dans cinq ans, contre 43 % aujourd'hui, le bénéfice serait double : ces activités créatrices d'emplois sont moins nocives pour l'environnement que l'industrie lourde. Les dépenses de l'Etat consacrées aux médias et à la culture devraient augmenter de 19 % en 2011, alors que, dans l'ensemble, les dépenses publiques ne progresseront que de 13 %.

La production culturelle n'est pas un secteur facile. La vidéo promotionnelle consacrée à une série de personnalités chinoises, diffusée sur les écrans géants de Times Square, à New York, avant la visite du président, Hu Jintao, en janvier, n'a pas convaincu les cybercitoyens. La nouvelle station de télévision « rouge » créée dans la mégapole de Chongqing, qui ne programme que des émissions « pour tous publics », sans publicité, ne se vante pas d'avoir conquis de larges parts d'audience.

Le premier problème tient à l'exclusion des médias étrangers. Dix ans après l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le cinéma étranger ne représente toujours qu'un tiers du temps de projection total. La télévision limite à 25 % le temps d'antenne imparti aux productions étrangères. La concurrence a souvent l'effet d'un catalyseur du développement; on ne voit pas pourquoi les médias feraient exception, surtout si la Chine espère un jour exporter sa culture.

Censure draconienne

Ensuite, loin de s'adoucir, la censure chinoise devient plus draconienne. Les entreprises locales obéissantes sont les premières à en profiter : le moteur de recherche Baidu a vu sa part de marché dépasser les 80 % lorsque Google s'est retiré de l'empire du Milieu.

L'organe du Parti communiste, l'agence de presse Xinhua, a désormais son propre moteur de recherche. Mais les usagers ne sont pas nécessairement ravis de sentir flotter un parfum de propagande, et ils pourraient, dès lors, passer par des voies illégales pour chercher leurs informations.

Si la Chine tient réellement à promouvoir la culture, elle ferait bien de laisser les médias privés donner libre cours à leur créativité. Sans quoi, c'est en pure perte qu'elle gonflera le budget de la culture. Pas un seul groupe de médias publics ne figure sur la liste des dix sites Web les plus consultés. Barbie n'a peut-être pas de leçon à donner aux dirigeants chinois en matière de culture, mais les rideaux baissés devant les vitrines de sa boutique inspireront peut-être à ces derniers quelques réflexions salutaires sur les dépenses inconsidérées.

(Traduction de Béatrice Laroche)

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mardi 7 décembre 2010

Jouets Disney : des sous-traitants chinois épinglés - Arnaud Vaulerin

Libération, no. 9197 - Économie, mardi, 7 décembre 2010, p. 16

A trois semaines de Noël, c'est un rapport accablant sur les conditions de travail dans l'industrie du jouet en Chine. Basée à Hongkong, l'ONG Sacom a mené une enquête entre mai et octobre chez Sunny Toys et Crown-Ace Toys, deux sous-traitants de Disney et de Walmart. Sacom liste nombre d'abus et de violations des droits fondamentaux des travailleurs : amendes punitives, interdiction de parler ou de se rendre aux toilettes, privation de jour de repos, retards de paiement, discrimination sexuelle, heures supplémentaires obligatoires, etc. Chef de projet à Sacom, Debby Chan précise que ces pratiques défient la «législation chinoise dans ces usines pourtant certifiées par la Fédération internationale des industries du jouet», qui affirme s'assurer de conditions de travail «sûres et humaines».

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jeudi 18 novembre 2010

Des jouets non toxiques au pied du sapin - Rafaële Rivais

Le Monde - Rendez-vous, vendredi, 19 novembre 2010, p. 24

Quels jouets pourra-t-on offrir aux enfants afin qu'ils s'amusent en toute sécurité ? L'ONG internationale Women in Europe for a common future (WECF), qui rassemble des organisations féminines et environnementalistes présentes dans une quarantaine de pays, de l'Europe à l'Asie, a proposé plusieurs pistes de réflexion lors du colloque qu'elle a consacré à ce sujet, jeudi 18 novembre à Paris. Un terrain qu'elle a déjà partiellement défriché grâce au petit guide de conseils aux parents intitulé Protéger les enfants en évitant les substances toxiques (téléchargeable sur le site Wecf.eu), dont la réalisation a été financée par des fonds européens et rhônalpins.

Peluches C'est le cadeau par excellence des tout-petits. Mais le doudou couvert de poils longs ou rembourré de matière synthétique est susceptible de contenir des allergènes ainsi que des retardateurs de flammes bromés - destinés à empêcher le feu de se propager, mais dangereux pour la santé. WECF conseille de choisir des produits en fibres naturelles ou bio, et de les laver avant leur première utilisation. 60 millions de consommateurs, le magazine de l'Institut national de la consommation (INC), qui a testé 66 jouets en décembre 2009, conseille en outre de vérifier que les yeux, le museau et la bouche sont bien accrochés, et qu'aucun élément ne pourra être détaché, puis avalé, inhalé ou enfoncé dans les oreilles.

Poupées Elles peuvent contenir de nombreuses substances toxiques. En 2009, 60 millions de consommateurs constatait que " deux poupées très prisées des enfants, Dora l'exploratrice (Mattel) et le Swimmer Beedibies (Corolle), contenaient des phtalates parmi les plus préoccupants (respectivement du BDP et du DEHP), à des taux toutefois inférieurs aux seuils fixés par la réglementation ". WECF conseille de choisir des poupées en tissu ou en coton bio et de les laver avant utilisation.

Jouets en bois Y aura-t-il moins de risques du côté des jouets en bois - chaises de poupées, puzzles, marionnettes ? Pas du tout : les jouets en bois vernis peuvent contenir du formaldéhyde, une substance cancérigène. Dans treize jouets testés sur quinze, le magazine de l'INC a trouvé soit du formaldéhyde, soit des métaux lourds, soit les deux à la fois. WECF conseille de choisir des jouets en bois brut non vernis (hêtre ou érable).

Maquillages Sur cinq coffrets testés par 60 millions de consommateurs, un seul ne contenait pas de métaux lourds. WECF suggère de prendre des produits avec colorants alimentaires et sans conservateurs. L'organisation déconseille aussi l'achat de jouets parfumés, car les parfums peuvent déclencher des allergies. Le label Nordic Swan a éliminé les parfums de la liste des ingrédients qu'il autorise.

Objets lumineux Mieux vaut éviter les veilleuses ou les jouets contenant des diodes électroluminescentes (LED), comme l'a indiqué récemment l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Lorsqu'elles sont très riches en lumière bleue, elles peuvent être particulièrement nocives pour les yeux des enfants.

Jouets écologiques L'ONG invite les parents à consulter les sites qui proposent des jouets écologiques (à base de bois brut, de colorants alimentaires et de produits bio), tels que Brindilles.fr, Natiloo. com, ou Lethichou.com. Leurs produits pouvant être un peu plus chers qu'ailleurs, surtout s'ils sont cousus à la main et en France... Elle conseille d'" acheter moins de jouets, mais d'acheter de la qualité ".

WECF préconise le choix d'objets disposant de la vignette Ökotest, du nom d'une revue allemande de consommateurs qui note les produits de consommation courante en fonction de leur danger pour l'environnement et la santé. Elle suggère aussi d'opter pour des labels tels que SpielGut ou GS. Tous deux sont allemands. SpielGut est décerné par une association composée de pédagogues, psychologues, médecins, techniciens, spécialistes en design, chimie ou électronique, et de parents, qui testent bénévolement la qualité des jouets, et garantissent qu'ils ne présentent pas de substances toxiques. GS certifie qu'un produit est conforme aux exigences techniques définies dans le cadre de la loi allemande.

" Hélas, il n'y a pas de label français, déplore Anne Barre, la présidente de WECF France. Le marquage CE, obligatoire sur les jouets dans l'Union européenne, ne constitue pas une garantie de sécurité pour les consommateurs car il ne fait pas l'objet d'un contrôle indépendant. " Avec ce logo, le fabricant se contente de déclarer s'être conformé à la réglementation européenne, mais aucun organisme tiers ne l'a vérifié.

Lorsque les organismes de contrôle comme la répression des fraudes, en France, interviennent, quantité d'objets ayant pourtant ce logo CE sont retirés du marché.

On en retrouve la liste sur le site Rapex de l'Union européenne (ec. europa.eu), qui facilite l'échange d'informations sur les objets dangereux. On y apprend qu'en 2009 28 % des objets rappelés étaient des jouets, soit à peu près autant qu'en 2008 (32 %) et 2007 (31 %). 38 % étaient chinois et 29 % d'" origine inconnue " - vraisemblablement chinoise. D'ailleurs, 85 % des jouets sont importés de Chine, et 60 % des objets rappelés, toutes catégories confondues, venaient de ce pays.

Certaines entreprises comme Lego, Playmobil, Bioviva Papili (doudous) ou Happy to see you (poupées) font des efforts pour remplacer les substances dangereuses par d'autres, moins nocives, comme l'impose le règlement européen Reach sur l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques. Ces enseignes devaient présenter leurs travaux lors du colloque de WECF France.

Rafaële Rivais

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