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mercredi 7 septembre 2011

Chine : Dell s'associe à Baidu pour percer dans les terminaux mobiles

Les Echos, no. 21011 - High-tech & Médias, mercredi 7 septembre 2011, p. 23

Le numéro trois mondial des PC va proposer dans l'empire du Milieu des tablettes et des téléphones équipés de Baidu Yi-Yi, le système d'exploitation développé par le leader chinois des moteurs de recherche.

Dell a décidé de se donner les moyens de contrer le développement d'Apple en Chine. Le numéro trois mondial des PC a annoncé hier qu'il avait noué un partenariat avec Baidu, le géant chinois des moteurs de recherche. L'objectif est de fournir ensemble aux consommateurs chinois des tablettes, mais également des téléphones. A Dell, la fabrication des appareils, à Baidu, celle du système d'exploitation. Selon la presse chinoise, les premiers produits pourraient être disponibles dès novembre prochain.

Un accord gagnant-gagnant

« Pour les deux entreprises, ce partenariat présente l'intérêt d'être associé à un acteur solide et reconnu », note Ben Cavender, principal associé chez China Market Research, à Shanghai. La notoriété de Dell est forte en Chine, tandis que celle de Baidu est écrasante : avec presque 80 % des recherches en ligne, le moteur chinois a marginalisé Google, surtout depuis que ce dernier s'est mis en retrait du marché local en refusant de se plier aux consignes d'autocensure fixées par Pékin. Ce partenariat doit contribuer à accélérer la diversification du moteur de recherche chinois. Avec une marge de progression désormais limitée dans la recherche en ligne et une position dominante dans la publicité en ligne, il « cherche par tous les moyens à diversifier son offre et à devenir une marque internationale », analyse Ben Cavender. Il a par exemple offert aux internautes chinois un service de microblogging, mais son succès a été limité. Baidu s'étend aussi géographiquement, à l'image de sa tentative d'implantation au Japon, dans la recherche et le commerce en ligne.

Aujourd'hui, c'est le potentiel des terminaux mobiles qui intéresse Baidu. La start-up chinoise mise pour cela sur son nouveau système d'exploitation. Baptisé Baidu Yi-Yi, qui signifie « facile » en chinois, il a été partiellement dévoilé à la presse la semaine dernière. S'il est basé sur l'architecture d'Android, le système d'exploitation de Google, il présente la particularité d'intégrer directement les services de Baidu (cartographie, lecteur de livres électroniques, kiosque musical Ting...)

Du côté de Dell, l'accord doit permettre de se relancer dans la mobilité. Les « smartphones » du fabricant pèsent très peu sur le marché mondial, tandis que sa tablette tactile, la Streak, n'est pour l'heure pas parvenue à percer. Enfin et surtout, il s'agit de se renforcer sur le marché chinois, qui est devenu le premier marché mondial de PC au deuxième trimestre, devant les Etats-Unis. Troisième fabricant derrière Lenovo et Acer, le groupe texan en fait une priorité et avait déjà annoncé, en 2010, sa volonté d'y investir 100 milliards de dollars d'ici à 2020. Il devra toutefois compter avec Apple, dont la présence en Chine se renforce. Au troisième trimestre de son exercice fiscal, publié fin juillet, la firme à la pomme tirait déjà 13,3 % de ses revenus de l'empire du Milieu, contre 4 % il y a un an. Hier, elle a annoncé l'ouverture de son premier magasin à Hong Kong.

MAXIME AMIOT

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

samedi 20 août 2011

Le moteur de recherche Baidu affronte l'ire des médias officiels chinois

Le Monde.fr - Samedi 20 août 2011

Pris dans une vague de critiques, le moteur de recherche Baidu a dû faire amende honorable, vendredi 19 août à la télévision chinoise. Wang Zhan, vice-président des ventes de l'entreprise, a présenté des excuses aux "utilisateurs affectés par des informations frauduleuses". Il a notamment promis que Baidu s'efforcerait de mieux filtrer les informations illégales."Nous passons en revue nos ventes et nos procédures d'approbation pour tenter de combler les lacunes dès que possible", a-t-il ajouté dans des commentaires publiés vendredi par la presse.

La chaîne de télévision CCTV s'en était déjà pris dans le passé à Baidu. Elle a de nouveau attaqué en début de semaine cette compagnie qui représente plus des trois-quarts du marché de la recherche sur Internet en Chine, dans une émission qui évoquait des fraudes par des annonceurs de Baidu. Selon la chaîne économique de CCTV, de faux billets d'avion ont été vendus par des annonceurs sur le moteur de recherches.

Le Quotidien du Peuple, porte-parole du Parti communiste au pouvoir, avait lui aussi critiqué Baidu mardi dans un éditorial. Le journal estime que le moteur de recherches pourrait être "abandonné" par les internautes s'il ne se concentrait que sur ses bénéfices à court terme. La télévision d'Etat avait déjà mis en cause Baidu en 2008 pour ses pratiques publicitaires, poussant la compagnie à une importante réorganisation d'une partie de ses opérations.

POSSIBLE MACHINATION ?

Bill Bishop, analyste indépendant installé à Pékin et conseiller pour des start-up Internet, a évoqué plusieurs théories pour expliquer ces critiques. Notamment de possibles machinations montées par des concurrents. "Baidu est réellement en situation de monopole dans la recherche sur Internet, écrit-il sur son blog DigiCha. Il est peu probable que le gouvernement apprécie le pouvoir de Baidu sur le marché, et le reportage de CCTV est peut-être le signe que Baidu va devoir s'attendre à un examen accru et à des réglementations."

La société est l'une des plus grosses valeurs Internet mondiales, avec une capitalisation de 48 milliards de dollars (33,6 milliards d'euros). Le moteur de recherche a des concurrents chinois plus petits que lui et sa domination pourrait irriter ceux qui sont soutenus par des organes étatiques, tels Le Quotidien du Peuple ou l'agence Chine nouvelle, selon des analystes.

Les actions de Baidu ont perdu plus de 14 % de lundi à jeudi sur le Nasdaq, l'indice à dominante technologique de la Bourse de New York.

LEMONDE.FR avec AFP

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vendredi 24 juin 2011

ANALYSE - L'Internet sur mesure façonné par la Chine - Arnaud de La Grange

Le Figaro, no. 20806 - Le Figaro, vendredi 24 juin 2011, p. 2

Protégés de la concurrence par la censure, des sites chinois explosent sur un marché national d'un demi-milliard d'internautes. Au point de donner le jour à un Web parallèle, avec ses caractéristiques propres, et ses limites.

Le paradoxe est aussi étonnant que savoureux. Si, par essence, Internet est censé se jouer des frontières, unifier un monde qui n'en demande pas toujours tant, c'est pourtant dans ses espaces virtuels qu'une logique de « blocs » est en passe de se reconstituer. Avec d'un côté une planète « libre », celle de Google et de Facebook. Et de l'autre un monde chinois et « communiste », celui de Baidu et Renren. Entre les deux, un mur, comme il se doit. Ce qu'on appelle, avec un clin d'oeil pour la mythique grande muraille, le « Great Firewall ».

Caricatural, bien sûr, mais pas dénué de fondement. Un Internet aux « caractéristiques chinoises », pour reprendre l'expression consacrée quand Pékin veut parler de sa spécificité politique ou économique, a bel et bien vu le jour. Et la plus grande cyberpopulation au monde - près d'un demi-milliard d'internautes chinois - échange, se rencontre ou commerce sur des sites que le reste de la planète ignore. Des géants du Web sont nés. Renren, le Facebook chinois, a fait une entrée en fanfare le mois dernier à Wall Street. Tout un symbole.

Pour naître et croître, les grands sites Internet chinois ont, à l'évidence, bénéficié de la censure qui a frappé leurs concurrents occidentaux. Qu'ils soient bridés, comme Google, ou purement et simplement bloqués, comme YouTube, Facebook ou Twitter. Le voile noir sur ces derniers sites est tombé au lendemain des sanglantes émeutes dans la région du Xinjiang, à l'ouest du pays, en juillet 2009, afin d'éviter qu'informations et mots d'ordre ne circulent. C'est un peu comme si Pékin voulait créer un vaste Intranet chinois. Il est transparent qu'a été favorisé le développement de champions chinois du Web, bien plus faciles à contrôler. Mais, plutôt que ce coup de pouce très politique, les patrons de ces grands sites de l'Empire préfèrent expliquer que le public chinois est naturellement porté vers des outils plus proches culturellement de lui.

Débuts en Bourse flamboyants

Les histoires des temps pionniers du secteur rappellent celles entendues de l'autre côté du Pacifique. Ainsi, pour Renren et le parcours de son fondateur. Un doctorat américain de l'université du Delaware en poche, Wang Xing revient à Pékin où il tente de lancer une version locale de Friendster. Échec. Deux ans plus tard, il entend parler d'un nouvel outil, Facebook, et décide de le copier. Ou, disons, de s'en inspirer fortement. L'ancien diplômé de la prestigieuse université de Tsinghua vise essentiellement les étudiants, et son premier bébé s'appelle d'ailleurs « Xiaonei », soit « sur le campus », avant d'être rebaptisé « Renren ». La légende raconte que le jeune homme voulait alors contribuer à « bâtir un monde meilleur ». Et qu'il a commencé en 2005 flanqué de deux partenaires, avec 300 000 yuans (environ 30 000 euros), en louant trois petits appartements contigus aux abords de l'université. Là, ils ont passé des semaines entières, reclus, se nourrissant de nouilles instantanées et de lignes de code... En 2006, Wang vend, pour 4 millions de dollars. Il doit se dire qu'il aurait mieux fait d'attendre un peu.

Aujourd'hui, Renren - dont le nom signifie « tout le monde » - est le réseau social le plus populaire en Chine. Il revendique près de 120 millions d'« utilisateurs activés », avec deux millions de nouveaux membres par mois. Une banderole, dans une salle de détente du QG, proclame que « chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen »... Malgré les avertissements de certains analystes estimant que le groupe baigne dans un certain « flou », ses débuts en Bourse à New York ont été flamboyants. Son PDG, Joseph Chen, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l'université de Stanford, a expliqué que son objectif était de « révolutionner la façon dont les gens en Chine se connectent, communiquent, s'amusent et font leurs achats ». L'autre grand réseau social chinois, Kaixin - qui signifie « heureux » -, a dès l'origine visé une autre cible, les cols blancs. Son patron a d'ailleurs un autre profil. Cheng Binghao était directeur des technologies de Sina, le plus grand portail Internet du pays, quand il a démissionné pour créer Kaixin.

Existe-t-il réellement un « internaute chinois », avide d'outils spécifiques, plus proches culturellement ? Oui et non. « Je ne crois qu'à moitié à cette spécificité Internet chinoise, commente Renaud de Spens, spécialiste de l'Internet chinois. Quand on regarde de près, on voit d'ailleurs qu'il y a très peu de différences. Les interfaces, les fonctionnalités se ressemblent terriblement. Même s'il y a bien sûr des particularités, comme l'accent mis sur les gadgets ou les jeux. » Professeur à l'École normale de Pékin et spécialiste du sujet, Liu Deliang estime, lui, que ces sites sont bien différents, « sur le fond, en voyant toujours les choses, notamment l'information, sous l'angle chinois, et sur la forme, en utilisant des éléments graphiques chinois, comme la couleur rouge ». Certes, Kaixin s'est drapé de carmin, mais Renren affiche, lui, un bleu très « facebookien ». Dans un entretien avec un journal de Canton, Cheng Binghao s'est défendu d'avoir copié Facebook et a expliqué qu'il avait beaucoup innové, afin de coller aux goûts des internautes chinois. Notamment avec le jeu « paroles sincères », inspiré d'un divertissement très populaire chez les jeunes cadres. Ou avec l'application « acheter une maison », répondant à l'aspiration première de la classe moyenne.

La popularité de ces réseaux fait peur à certains. L'Armée populaire de libération (APL) vient ainsi d'interdire les réseaux sociaux à ses 2,3 millions de membres, par peur de la « fuite de secrets ».

« Jeu social » et rencontres en ligne

Si tous ces sites sont à l'évidence des rejetons des grands aînés occidentaux, « ils ont aussi développé des applications parfois supérieures à celles de leurs inspirateurs », constate Renaud de Spens. Weibo, le Twitter chinois, qui rencontre un immense succès, permet d'échanger des photos plus facilement que son grand frère occidental. De la même façon, Renren a une application qui permet de voir qui consulte votre profil. Une fonction utile et plaisante pour certains, mais qui suscite aussi des critiques chez les internautes chinois, dérangés par son côté « mouchard ». Baidu propose une encyclopédie du type Wikipédia, très bien faite. Le Google chinois a aussi fait un tabac avec son moteur de recherche MP3 - donc avec le téléchargement de musiques illégales. Sous le feu des critiques, notamment américaines, il a annoncé qu'il allait lancer ce mois-ci Baidu Ting, un service légal de musique avec un volet réseau social.

Une grande partie de la population chinoise s'accommode de cet Internet en partie coupé du reste du monde. Même si les intellectuels jugent Google supérieur pour leurs recherches. Ou si les étudiants se sentent isolés. Phoebe, 26 ans, qui vient d'étudier deux ans à Philadelphie, a à la fois un profil Renren et un profil Facebook, avec l'obligation de contourner la censure si elle veut consulter ce dernier. « Renren me fait rester dans nos frontières, dit-elle. Facebook me permet de garder le lien avec mes amis de l'étranger. » Ajoutant : « La différence est aussi qu'ici on va beaucoup sur ces réseaux pour jouer. Et pour des rencontres sentimentales. » Le « jeu social » est l'objet d'une véritable folie en Chine. Renren a fait un tabac avec son jeu Happy Farmer, vite imité par son concurrent Kaixin et son Happy Garden. L'affaire est financièrement très juteuse. Le grand fabricant américain de chips Lay's a ainsi utilisé Happy Farmer pour lancer une grande campagne chinoise, qui s'est révélée extrêmement efficace.

Pas un jeune sans son compte QQ

Le dating porte aussi les sites au septième ciel. Le South China Morning Post racontait récemment comment Dong, une jeune enseignante pékinoise de 26 ans, s'était fait « brancher » de manière on ne peut plus directe sur Renren. Par un jeune collégien lui expliquant qu'il n'était « pas mauvais », sachant qu'il parlait là d'une matière peu académique. « Je dis des choses que je suis absolument incapable de dire dans la vie réelle, explique Zhang, un étudiant de 23 ans. Vous savez, on n'est pas encore très à l'aise avec le flirt, ici. » Là encore, les ressorts se retrouvent en Occident. Mais, dans une culture où les verrous sociaux sont encore forts, où le mariage arrangé par les parents est encore très répandu, la bascule est spectaculaire. Le mois dernier, le premier site Internet chinois de rencontres - il revendique une part de marché de 44 % -, Jiayuan.com, s'est aussi lancé en Bourse à New York.

Pas un jeune Chinois ne vit sans son compte QQ, le plus populaire des sites de chat.Si l'engouement est aussi fort pour tous ces sites, « c'est sans doute parce que cette capacité d'expression est nouvelle en Chine et qu'elle est plus compliquée dans d'autres champs de la vie quotidienne, à la différence de l'Occident », avance le professeur Liu Deliang. Peut-être aussi parce que ces réseaux sociaux collent à la culture traditionnelle des guanxi, ce tissu de relations indispensable pour réussir socialement et dans les affaires en Chine.

Les nouveaux empereurs du Web chinois, en tout cas, se portent bien. L'an dernier, Robin Li, le patron de Baidu, 44 ans, a bondi de la 14e à la 2e place du classement des milliardaires chinois, avec une fortune estimée à plus de 7,2 milliards de dollars. Cette dernière aurait plus que doublé depuis les déboires de Google, Baidu dominant désormais 73 % du marché chinois. Mais les sites chinois sauront-ils partir un jour à l'assaut du monde ? La censure qui les a aidés à grandir risque cette fois-ci de les handicaper pour devenir des champions internationaux. Les grands murs, l'histoire l'a souvent montré, isolent autant qu'ils protègent.

Chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen...

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vendredi 20 mai 2011

Plainte contre Baidu et l'Etat chinois aux Etats-Unis - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20937 - High-tech & Médias, vendredi 20 mai 2011, p. 27

C'est un procès atypique qui se profile dans l'Etat de New York. Huit militants des droits de l'homme chinois basés aux Etats-Unis ont conjointement attaqué en justice, hier, le moteur de recherche Baidu et l'Etat chinois au motif que le premier, se conformant aux exigences du second, censure, dans le résultat des requêtes qui lui sont soumises, les contenus pouvant porter préjudice au pouvoir chinois. Plutôt que d'exiger de Baidu qu'il cesse cette pratique, les plaignants exigent une compensation de 16 millions de dollars, soit 2 millions pour chacun d'eux. Leur avocat, Stephen Preziosi, estime en effet qu'il serait « sans espoir d'attendre de Baidu qu'il change ». Les plaignants pointent notamment la censure qui aurait frappé certains de leurs écrits ainsi que la « couverture d'événements en faveur de la démocratie ». Ils accusent aussi Baidu d'avoir bloqué l'accès à leurs travaux sur le sol américain, où la liberté de parole est censée être garantie.

Vive réaction de Pékin

La direction de Baidu s'est, pour l'instant, refusée au moindre commentaire sur cette affaire très politique. Les autorités chinoises, en revanche, ont vivement réagi. Jiang Yu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a fait remarquer qu'un tribunal étranger n'a pas la moindre légitimité pour statuer sur des politiques décidées en Chine. Mais elle a également déclaré que la Chine « garantit la liberté d'expression des citoyens dans le respect de la loi », avant d'estimer que sa réglementation en la matière est conforme aux normes internationales.

Un peu plus d'un an après le retrait de Google de la Chine en raison de son refus de se soumettre aux règles de censure chinoise, le moteur Baidu est plus que jamais au sommet de sa forme sur son marché national. Comme le relève Elinor Leung, analyste chez CLSA, il a atteint une « situation de quasi-monopole » et ne cesse de distancer Google, qui renvoie désormais les internautes vers son serveur non censuré de Hong Kong. Baidu continue de voir sa part de marché augmenter, et gère les trois quarts des recherches sur Internet en Chine. Au moment où le commerce en ligne décolle dans le pays et où la pertinence des résultats de Baidu semble largement supérieure à celle de ses concurrents locaux, le premier moteur de recherche chinois fait partie des chouchous des analystes. Cette affaire, à défaut de mettre en danger sa suprématie sur son territoire, confirme que son expansion à l'international risque d'être plus épineuse.

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mardi 12 avril 2011

Facebook cherche une porte d'entrée en Chine - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20910 - High-tech & Médias, mardi, 12 avril 2011, p. 22

Interdite jusqu'ici en Chine, la société américaine semble en passe de s'allier avec Baidu, le moteur de recherche leader de l'Internet chinois, pour lancer un site de réseaux sociaux.

Le match entre Google et Facebook va-t-il également se dérouler sur le sol chinois ? Ces derniers temps, le premier réseau social mondial ne cachait pas son intérêt pour le marché chinois. Il avait déclaré être « actuellement en phase d'étude et d'apprentissage sur la Chine ». La visite de Mark Zuckerberg, en décembre dernier, avait toutefois été présentée officiellement comme « des vacances ». Pour autant, l'arrivée de Facebook dans l'empire du Milieu pourrait être imminente, si l'on en croit le site Internet chinois sohu.com. Celui-ci a en effet révélé hier que Facebook serait en passe de prendre pied sur le marché chinois pour lancer un site de réseaux sociaux conforme aux exigences de censure du parti communiste. Et, d'après Sohu.com, c'est avec Baidu que Mark Zuckerberg, numéro un du groupe américain, s'apprêterait à créer ce réseau social. Une information relativisée toutefois dans la soirée par une source proche de Facebook citée par Bloomberg, qui assurait que les discussions exploratoires ne déboucheraient « pas forcément sur un accord ».

Baidu est le moteur de recherche star de l'Internet chinois, qui gère plus de deux tiers des requêtes des internautes, aux dépens de Google, en voie de marginalisation en Chine. Il est vrai que le moteur américain s'est lui-même tiré une balle dans le pied en annonçant, l'an dernier, son refus de continuer à se plier aux exigences de censure du régime. Il réoriente désormais les internautes vers son site non censuré de Hong Kong. Facebook fait partie, avec YouTube et Twitter, des sites dont l'accès est bloqué en Chine : le régime redoute leur caractère viral. Les récents mouvements pro-démocratiques dans le monde arabe ont conforté Pékin dans cette analyse. Cela ne signifie pas pour autant que les applications de type Web 2.0 soient inexistantes dans l'empire du Milieu. Mais Pékin exige qu'elles soient gérées par des entreprises chinoises, qui appliquent les règles d'autocensure et veillent au contenu des messages échangés. Twitter est donc remplacé par le service de microblog mis en place par le portail Internet Sina. Et si Facebook est interdit, son équivalent chinois, Renren, se porte à merveille. Il revendique 160 millions d'utilisateurs et prévoirait de s'introduire en Bourse aux Etats-Unis, avec l'objectif de lever 500 millions de dollars. Pour l'heure, ni Facebook, ni Baidu n'ont fait de commentaire.

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mercredi 16 mars 2011

Bye-bye, Barbie ! En Chine, la culture vire au rouge - Wei Gu

Le Monde - Economie, mercredi, 16 mars 2011, p. 20

A Shanghai, le magasin phare de l'américain Mattel consacré à Barbie a fermé ses portes, mais les icônes made in China ne sont pas encore de taille à remplacer la célèbre poupée. Pékin s'est donné cinq ans pour promouvoir les médias et les arts autorisés par l'Etat, mais la censure et l'accès restreint au marché risquent de contrarier cette initiative en faveur de la « culture rouge ».

La Chine a de bonnes raisons de vouloir mettre en avant la culture nationale. Si la part des services à haute intensité de main-d'oeuvre dans le produit intérieur brut (PIB) atteignait 47 % dans cinq ans, contre 43 % aujourd'hui, le bénéfice serait double : ces activités créatrices d'emplois sont moins nocives pour l'environnement que l'industrie lourde. Les dépenses de l'Etat consacrées aux médias et à la culture devraient augmenter de 19 % en 2011, alors que, dans l'ensemble, les dépenses publiques ne progresseront que de 13 %.

La production culturelle n'est pas un secteur facile. La vidéo promotionnelle consacrée à une série de personnalités chinoises, diffusée sur les écrans géants de Times Square, à New York, avant la visite du président, Hu Jintao, en janvier, n'a pas convaincu les cybercitoyens. La nouvelle station de télévision « rouge » créée dans la mégapole de Chongqing, qui ne programme que des émissions « pour tous publics », sans publicité, ne se vante pas d'avoir conquis de larges parts d'audience.

Le premier problème tient à l'exclusion des médias étrangers. Dix ans après l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le cinéma étranger ne représente toujours qu'un tiers du temps de projection total. La télévision limite à 25 % le temps d'antenne imparti aux productions étrangères. La concurrence a souvent l'effet d'un catalyseur du développement; on ne voit pas pourquoi les médias feraient exception, surtout si la Chine espère un jour exporter sa culture.

Censure draconienne

Ensuite, loin de s'adoucir, la censure chinoise devient plus draconienne. Les entreprises locales obéissantes sont les premières à en profiter : le moteur de recherche Baidu a vu sa part de marché dépasser les 80 % lorsque Google s'est retiré de l'empire du Milieu.

L'organe du Parti communiste, l'agence de presse Xinhua, a désormais son propre moteur de recherche. Mais les usagers ne sont pas nécessairement ravis de sentir flotter un parfum de propagande, et ils pourraient, dès lors, passer par des voies illégales pour chercher leurs informations.

Si la Chine tient réellement à promouvoir la culture, elle ferait bien de laisser les médias privés donner libre cours à leur créativité. Sans quoi, c'est en pure perte qu'elle gonflera le budget de la culture. Pas un seul groupe de médias publics ne figure sur la liste des dix sites Web les plus consultés. Barbie n'a peut-être pas de leçon à donner aux dirigeants chinois en matière de culture, mais les rideaux baissés devant les vitrines de sa boutique inspireront peut-être à ces derniers quelques réflexions salutaires sur les dépenses inconsidérées.

(Traduction de Béatrice Laroche)

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mercredi 2 février 2011

INTERNET - La concurrence fait rage entre les stars chinoises de l'Internet

Les Echos, no. 20861 - Compétences, mercredi, 2 février 2011, p. 12

Bataille rangée dans l'Internet chinois

Comme partout, les affaires en Chine commencent généralement par une belle histoire et s'achèvent souvent en bagarre généralisée. Quand il a cherché un nom pour son entreprise en 1999, Jack Ma a convoqué les mille et une nuits de Shéhérazade, pour trouver Ali Baba, le gentil qui défait les quarante voleurs et aide son village. Son compatriote Robin Li s'est rappelé la dernière phrase d'un vieux poème de l'époque Song. « Après l'avoir cherchée des centaines et des milliers de fois dans la foule, soudain, retournant sur mes pas, je la trouvais là dans la faible lueur d'une bougie. » Il a appelé sa société « Cent Fois », « Baidu » en chinois. Dix ans plus tard, ces deux-là se sont bien éloignés de cette rêverie mélancolique. En août dernier, le porte-parole d'Alibaba a qualifié ses collègues de Baidu de « voyous », lesquels ont répliqué que les gens d'Alibaba n'étaient que de « petites chiennes pleurnichardes ».

Il faut dire qu'entre-temps l'Internet est devenu une chose bien trop sérieuse au pays du milieu pour la laisser aux mains des poètes. Un Chinois sur trois (420 millions) est internaute et dépense de plus en plus sur le Web. Sur Taobao.com, le site de commerce entre particuliers du groupe Alibaba, il s'est vendu pour 60 milliards de dollars de biens l'an dernier, soit le double de l'année précédente. A ce rythme, Jack Ma estime que le volume d'affaires sur les sites du groupe Alibaba pourrait dépasser les ventes de Wal-Mart, le premier distributeur mondial, avant dix ans. Un analyste de la Deutsche Bank estime que le commerce électronique, qui représente 2 % du commerce de détail en Chine, devrait grimper à plus de 7 % dès 2013. Plus qu'aux Etats-Unis !

L'histoire de l'Internet chinois a déjà connu trois périodes qui ont fait émerger trois géants : Alibaba, l'empereur du commerce électronique, Baidu, le roi de la recherche en ligne, et Tencent, le prince de la messagerie instantanée. Leur histoire est caractéristique de la montée en puissance de l'entrepreneuriat chinois. Et de la façon dont l'Etat suit ce mouvement.

1 L'âge de l'effervescence

A la fin des années 1990, de jeunes Chinois reviennent des Etats-Unis la tête pleine des exploits d'Amazon, AOL ou Yahoo ! Ils rêvent de transcrire cette effervescence dans une Chine en pleine ouverture. Pour Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, simple professeur d'anglais à Hangzhou, au sud de Shanghai, un voyage en Californie lui a fait découvrir que les internautes étrangers ignorent tout des productions chinoises. Il développe alors l'intuition que la prochaine adhésion de son pays à l'Organisation mondiale du commerce va offrir une opportunité formidable aux dizaines de millions de PME chinoises, mais qu'elles ne pourront la saisir qu'en se faisant connaître. Il imagine en 1999 un site qui répertorie et met en contact des entreprises occidentales avec des industriels de son pays. Simple annuaire en ligne, le site évolue et devient le portail d'affaires de plus de 50 millions d'utilisateurs, tant pour l'import-export que pour le commerce domestique.

De son côté, Robin Li est développeur informatique aux Etats-Unis et, en 1996, il conçoit ses propres algorithmes de recherche sur Internet. Inspiré par l'exemple de Jerry Yang, le Sino-Américain fondateur de Yahoo!, il décide de créer son entreprise. Il vend son système aux grands portails chinois de l'époque, comme Sina et Sohu.com. Mais ceux-ci, obsédés par le modèle Yahoo!, ne perçoivent pas le potentiel des moteurs de recherche. Et, dans ce domaine, la langue chinoise constitue une sérieuse barrière à l'entrée pour les concurrents. Tout comme elle a permis à Ma Huateng de créer en 1998 sa messagerie instantanée QQ, sur le modèle de celle d'AOL, alors au sommet.

2 L'offensive américaine

Durant la première moitié de la décennie 2000, les ténors américains partent à l'assaut de la Chine. Yahoo!, eBay, Google, Microsoft investissent lourdement pour s'y implanter. Mais les trois mousquetaires de l'Internet chinois, tous financés par du capital-risque américain, avaient déjà pris de l'avance, jouant sur leur connaissance intime de la culture, de la politique et des moeurs des internautes locaux.

Devant la difficulté, les Américains ont sorti le carnet de chèques. En 2005, Yahoo!, accusé d'avoir aidé à l'arrestation d'opposants chinois en communiquant des e-mails, préfère céder son site à Alibaba et investit 1 milliard de dollars pour prendre 40 % du groupe de Jack Ma. Google fait une offre sur Baidu, mais insuffisante. Celui-ci, comme Tencent, fait le choix de la Bourse. Le 5 août 2005, Baidu s'introduit sur le Nasdaq américain. A la fin de la séance, le titre était passé de 27 à 122 dollars. Deux ans après, Alibaba lève 1,7 milliard de dollars sur le même marché américain et triple de valeur dans la journée. Cet argent frais lui permet d'écraser ses prix pour les professionnels et de lancer un nouveau site de commerce entre particuliers, Taobao (« Trouver la perle rare »), directement concurrent d'eBay. En moins de deux ans, il s'accapare 80 % du marché chinois.

Déjà site le plus populaire, Baidu s'appuie sur sa compréhension des « contraintes » politiques de son pays pour marginaliser Google. Quand Paris est en froid avec Pékin, le site de Carrefour devient par miracle introuvable, alors que celui de Google est fréquemment l'objet d'attaques incompréhensibles. Baidu est le champion officiel du pouvoir. Avec ses inconvénients, la censure et ses avantages. Celui-ci ferme notamment les yeux sur ce qui fera la fortune de Baidu, le piratage de la musique. De son côté, Alibaba s'est bien gardé de développer outre mesure Yahoo! Chine. Il a récupéré la technologie et laisse le site s'enfoncer dans la marginalité.

3 Le panier de crabes

C'est le troisième âge de l'Internet chinois, dans lequel nous entrons actuellement. Après la sortie penaude des Américains, la concurrence s'installe entre Chinois. Car ils doivent tous poursuivre leur croissance échevelée, monétiser leur part de marché et exporter leur modèle hors du pays. De plus, le pouvoir chinois n'aime pas que s'installent d'autres monopoles que lui, surtout privés. Il voit donc d'un bon oeil que Baidu s'allie avec le japonais Rakuten (celui qui a racheté le français PriceMinister) pour créer un site de commerce en ligne concurrent de Taobao, tandis qu'il bénit l'alliance entre Alibaba et Microsoft pour lancer un site de recherche, concurrent de Baidu. Déjà très profitable, Tencent, lui, étend son influence à tous les services sur Internet, y compris la recherche.

Tout ce petit monde s'étripe donc joyeusement, d'autant que le flot de nouveaux arrivants ne se tarit pas. En décembre dernier, Dangfang (l'Amazon chinois) et Youku (le YouTube chinois) ont débarqué à la Bourse de New York. L'Internet chinois, qui, comme son gouvernement, aime parler d'harmonie, n'a pas fini de donner des migraines aux stars de la Silicon Valley.

PHILIPPE ESCANDE


Les chiffres clefs Points forts Points faibles

- Plus de 400 millions d'utilisateurs enregistrés.- Effectif : 22.000 personnes.- Activités : commerce interentreprises (Alibaba.com), entre particuliers (Taobao), magasin en ligne (Taobao Mall), paiement (Alipay).- Part de marché de 80 %.- Très bien financé.- Données sur ses clients.- La concurrence chinoise.- Rentabilité faible de Taobao.- Compétition pour les talents.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

lundi 6 décembre 2010

WIKILEAKS - Pékin impliqué dans le piratage de Google - Arnaud de La Grange



Le Figaro, no. 20636 - Le Figaro, lundi, 6 décembre 2010, p. 9

Des notes diplomatiques américaines publiées par WikiLeaks mettent en cause deux hauts dirigeants chinois.

Voilà qui, de toute évidence, embarrasse fort les dirigeants chinois et les représentants de Barack Obama à Pékin. Les dernières livraisons indiscrètes du site WikiLeaks concernent des dépêches diplomatiques mettant en cause deux hauts dirigeants chinois dans l'affaire du piratage de Google, au début de l'année.

Un télégramme rédigé par l'ambassade américaine en Chine, cité par le New York Times, explique qu'« un contact bien placé (un Chinois lié par sa famille à l'élite politique, NDLR) affirme que le gouvernement chinois a coordonné les récentes intrusions dans les systèmes de Google ».

Le problème de cette note, estampillée « secret », c'est qu'elle n'en reste pas à une mise en cause générale ou à celle d'un obscur institut d'informatique. Elle rapporte que « ces opérations ont été pilotées au niveau du comité permanent du bureau politique » du parti. Soit le saint des saints du pouvoir chinois. Deux de ses neuf membres auraient coordonné l'affaire : Li Changchun, numéro cinq et patron de la propagande, et Zhou Yongkang, le plus haut responsable chinois en matière de sécurité.

Une armée de pirates

Une note plus ancienne, datant de 2009, montrerait que Li Changchun aurait demandé de s'en prendre à Google après avoir réalisé que le moteur de recherche pouvait guider vers des récits peu à son avantage... Et une autre source affirme qu'un officiel de haut rang « travaille activement avec le moteur de recherche chinois Baidu contre les intérêts de Google en Chine ».

On apprend aussi que Pékin aurait mené une offensive contre Google Earth, demandant aux autorités américaines d'obtenir de la firme californienne qu'elle réduise la résolution d'images montrant des installations sensibles en Chine. Et menaçant de « conséquences graves » si elles étaient utilisées par des terroristes. D'autres câbles des diplomates américains affirment que les autorités chinoises ont recours à une armée de pirates informatiques « patriotes ». Une note du 3 novembre 2008 évoque une attaque d'envergure, qui n'avait pas été rendue publique, menée par des pirates basés à Shanghaï et liés à l'armée chinoise.

En mars dernier, Google avait annoncé qu'il n'obéirait plus à l'ordre du gouvernement chinois de censurer son moteur de recherche, après avoir été victime d'attaques informatiques coordonnées. Les comptes de messagerie Gmail de dissidents chinois avaient notamment été piratés. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, avait demandé des « explications » à Pékin.

« Absurde » WikiLeaks

Le New York Times avait alors révélé que des attaques auraient été lancées depuis deux écoles chinoises, l'une d'elles entretenant des liens avec l'Armée populaire de libération (APL). La traque serait ainsi remontée à la prestigieuse Shanghai Jiaotong University et au plus obscur Lanxiang Vocational College, un établissement du Shandong qui formerait entre autres des informaticiens militaires. Selon des experts américains, un « consultant chinois indépendant », mais travaillant pour le gouvernement, serait à l'origine d'un code qui a été utilisé dans les attaques informatiques. S'attendant à des révélations la concernant, la Chine avait dès jeudi qualifié d'« absurde » le contenu du sulfureux site, sans plus de commentaires.

À Pékin, on redoute d'autres analyses déplaisantes faites depuis l'ambassade américaine. WikiLeaks avait déjà suscité l'attention courroucée des dirigeants chinois l'été dernier, quand le site avait mis en ligne une série de vidéos censurées sur les émeutes de Lhassa de 2008. Au mois d'août 2010 aurait même été convoquée une réunion au sommet pour organiser la riposte sur ces fuites, ainsi que sur celle du site chinois Boxun. Un défi nouveau et déstabilisant pour un régime qui a érigé en dogme la confidentialité, et fait un usage des plus larges de la notion de « secret d'État ».

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lundi 29 novembre 2010

PORTRAIT - Robin Li, fondateur du moteur Baidu, règne sur l'Internet du pays

Le Figaro, no. 20629 - Le Figaro Économie, samedi, 27 novembre 2010, p. 25

CERTAINES FORTUNES se bâtissent dans la lutte. Le combat de Baidu contre Google sur le marché chinois aura indéniablement payé. Six mois après la fermeture de l'édition chinoise du moteur de recherche californien, Robin Li, charismatique fondateur de la compagnie chinoise cotée au Nasdaq, se hisse au rang de deuxième homme le plus riche de Chine.

Sa fortune, aujourd'hui estimée à 7,2 milliards de dollars par le magazine Forbes, a doublé en à peine un an. Une courbe exponentielle qui suit les résultats de sa compagnie, hausse de 76 % des revenus au troisième trimestre, et de sa capitalisation boursière. Cotée au Nasdaq, Baidu vaut 37,5 milliards de dollars contre 21 milliards pour Yahoo!.

Pas de doute : depuis le départ de Google, Baidu se porte bien. Le numéro un chinois a conforté sa place avec plus de 70 % de parts de marché. Il semble loin le temps où la compagnie californienne jouait les business angels en investissant - 2,6 % - dans le capital d'une jeune pousse chinoise prometteuse. C'était en 2004 et en 2006, la création de Google.cn mettait fin au partenariat.

Plus fort que Google

C'est précisément à cette période que Robin Li entre dans la légende. Le 5 août 2005, Baidu est introduit sur le Nasdaq et le titre bondit de 354 % lors de la première séance. Du jamais-vu depuis l'éclatement de la bulle Internet. Depuis, Baidu est resté un nom largement ignoré du grand public en France et même aux États-Unis. Mais en Chine, les yuppies ont fait de son dirigeant un héros des temps modernes.

Quatrième enfant et seul fils d'une fratrie de cinq, originaire de la province du Shanxi dans le centre du pays, il intègre la très prestigieuse université de Pékin à la fin des années 1980. L'ingénieur informaticien complète ensuite son cursus aux États-Unis, à l'université de Buffalo dans l'État de New York et commence à travailler du côté de la Silicon Valley notamment. En 1999, il décide de retourner en Chine et fonde avec un ami biochimiste, Éric Xu, et 1,2 million de dollars levé auprès d'investisseurs américains, le moteur de recherche Baidu, littéralement « cent degrés », en référence à la métaphore d'un poème chinois de la dynastie Song évoquant la recherche d'un amour perdu dans la foule. Après des débuts hésitants, le moteur chinois devient leader sur le marché national en quatre ans.

Aujourd'hui, rien ne semble arrêter cette ascension irrésistible. Pas même Google donc. La firme californienne a bien tenté de contourner l'obstacle Baidu en misant dans le pays sur l'Internet mobile et son interface pour smartphones, Android. Mais les ambitions de Baidu pourraient encore contrecarrer ces plans. En septembre dernier, lors de sa grand-messe annuelle à Pékin, la Baidu Technology Innovation Conference, Robin Li a lancé son système baptisé Box Computing. Cette « boîte », déclinable sur PC et téléphones portables, propose une plate-forme d'applications, de la télévision par Internet aux jeux, en passant par les e-books. Destinée au colossal marché chinois qui compte déjà 420 millions d'internautes, elle peut aussi être programmée en différentes langues. Une façon de rappeler les ambitions internationales du très local Baidu. Malgré sa position dominante sur le marché domestique, Robin Li n'ignore pas la concurrence montante de ses propres compatriotes. Persuadé de l'importance d'une implantation à l'étranger pour sa crédibilité à domicile, il a déjà lancé en 2007 une édition japonaise de son moteur de recherche et la Toile nipponne sera une des priorités à l'international du milliardaire chinois.

L'Asie en général intéresse le jeune dirigeant, qui espère bien attirer l'attention d'investisseurs de la région lors d'une nouvelle entrée en Bourse prévue en Chine. Aucun calendrier n'a encore été annoncé, mais une chose est sûre : le deuxième homme le plus riche de l'empire du Milieu n'est pas encore allé au bout de ses ambitions.

Julie Desné

Le commerce en ligne chinois s'ouvre aux grandes marques

DISTRIBUTION L'e-commerce chinois a longtemps fait peur. Plus qu'ailleurs, les marques avaient peur de dégrader leur image sur une toile chinoise confuse. Mais la superpuissance du géant chinois de l'e-commerce Taobao, qui détient 75 % des parts de marché de la vente en ligne et a écrasé son homologue américain eBay en à peine deux ans, a fini d'impressionner les nouveaux entrants. La seule perspective d'accéder au marché virtuel le plus important du monde, avec 420 millions d'internautes - dont un tiers sont des acheteurs aujourd'hui, a fini de vaincre les réticences.

Armani est un des premiers noms du luxe à sauter le pas. L'italien a lancé hier son site de ventes en ligne pour Emporio Armani. En réalité, la Chine est devenue incontournable pour les acteurs du luxe. Le cabinet de conseil Boston Consulting Group estime que l'empire du Milieu deviendra le premier marché de l'industrie dans moins de cinq ans. Le groupe Armani tire déjà 10 % de ses ventes mondiales de la Chine et espère encore doper ses ventes avec son site. De son côté, le site italien Yoox, qui a conçu la plate-forme en ligne d'Armani et travaille pour Dolce & Gabbana, Valentino, Roberto Cavalli ou Ermenegildo Zegna, a aussi des visées chinoises. Il prévoit de lancer d'autres sites monomarques en 2011 et une version chinoise de son propre site en 2012.

Wal-Mart va ouvrir son magasin en ligne

Avec une progression de 117 % des ventes en ligne en 2009, à 30 milliards d'euros, le marché chinois continue d'aiguiser les appétits. Depuis 2006, Sephora étend sa pénétration géographique du marché grâce à ses ventes par Internet. L'an dernier, le japonais Uniqlo se lançait en partenariat avec Taobao, avec l'objectif de porter ses ventes en ligne à 10 % de ses revenus en Chine. Plus récemment, Apple a ouvert son magasin en ligne le mois dernier, comme volet de sa stratégie de reconquête du marché chinois. Gap a lancé sa plate-forme de ventes ce mois-ci, en même temps que son premier magasin à Shanghaï, dans l'espoir de rattraper le retard pris sur ses rivaux Zara et H& M. Et enfin, le géant de la distribution américain Wal-Mart est le dernier en date à avoir annoncé son intention d'ouvrir un site d'e-commerce. Il ne restera pas le dernier bien longtemps.

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vendredi 29 octobre 2010

Le magazine Forbes recense 128 milliardaires chinois

La Croix, no. 38805 - Vendredi, 29 octobre 2010, p. 6

Le nombre de Chinois richissimes a augmenté de 49 en un an.

Le magazine Forbes recense 128 milliardaires chinois. Le nombre de Chinois richissimes a augmenté de 49 en un an. Seuls les États-Unis font mieux avec 400 milliardaires. À 65 ans, Zong Qinghou, fabricant de boissons non alcoolisées et de laitages Wahaha, qui a mis fin l'an dernier à son partenariat conflictuel avec Danone, a vu sa fortune croître de 8 milliards de dollars (5,7 milliards d'euros) en un an. Il est suivi par Robin Li, cofondateur du moteur de recherches chinois Baidu.

lundi 25 octobre 2010

Baidu affiche une santé de fer et multiplie les initiatives

Les Echos, no. 20791 - High-tech & Médias, lundi, 25 octobre 2010, p. 24

Le leader local de la recherche sur Internet bénéficie de l'éviction progressive de Google du marché chinois. Ses résultats financiers ont plus que doublé en un an, dépassant toutes les attentes.

Jusqu'où ira Baidu ? Le moteur de recherche star de Chine a présenté, vendredi, des résultats financiers qui traduisent une santé de fer. Sur un an, le chiffre d'affaires de la société a augmenté de 76,4 % pour atteindre 2,26 milliards de yuans (243 millions d'euros) au troisième trimestre de l'exercice 2010. Et le bénéfice net a plus que doublé, augmentant de 112 % pour atteindre 1,05 milliard de yuans (113 millions d'euros). Les pronostics des analystes ont été dépassés, et la Bourse de New York a salué ce résultat en propulsant pendant quelques instants le cours de l'action Baidu à son record historique de 2005.

Plusieurs facteurs expliquent ce succès. Bien que personne ne le clame haut et fort chez Baidu, le premier est politique. Depuis que Google a ouvertement refusé, en janvier dernier, de se plier aux règles de censure chinoises, et a entamé un bras de fer avec les autorités, le moteur de recherche américain a vu ses parts de marché baisser de 3 points de pourcentage dans le pays.

Par un simple jeu de vases communicants, c'est Baidu qui a récupéré cette partie de trafic. Il gère désormais 73 % des requêtes sur Internet, contre 70 % il y a un an. Un glissement qui s'est traduit sur les revenus publicitaires : ceux-ci ont doublé puisque les annonceurs chinois ont eu tendance à se rediriger vers Baidu, un moteur de recherche nettement plus fréquentable aux yeux du pouvoir_

La firme chinoise a, par ailleurs, lancé, en décembre dernier, un programme baptisé « Phoenix Nest », dont l'objectif est d'augmenter les ventes de mots clefs. Elle a enfin lancé un service de téléchargement qui permet notamment d'accéder à des livres électroniques.

A l'assaut du e-commerce

Mais avec une part de marché qui confine au monopole, Baidu sait désormais que pour croître, il lui faut à tout prix aller plus loin sur la voie de la diversification. D'où l'annonce, vendredi, d'une hausse des investissements. Au troisième trimestre, ils ont atteint 246 millions de yuans (26 millions d'euros), contre 181 millions (19 millions d'euros) trois mois plus tôt. D'où, surtout, l'objectif affiché de devenir un acteur incontournable du e-commerce chinois.

La semaine dernière, Baidu a lancé, en partenariat avec le japonais Rakuten, une plate-forme de commerce électronique dont l'objectif est d'utiliser les requêtes des internautes pour les aiguiller vers les produits qui leur conviennent. Baidu s'attaque ainsi au géant local du e-commerce, dénommé Alibaba. Un site chinois, cette fois. Qui ne devrait pas, contrairement à Google, déposer les armes avant le combat.

GABRIEL GRESILLON

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jeudi 29 juillet 2010

Google rompt avec deux agences publicitaires en Chine

Le Monde - Mercredi, 28 juillet 2010, p. 11

Google a confirmé, mardi 27 juillet, avoir rompu les liens avec deux agences publicitaires en Chine. Il s'agirait des sociétés Universal Internet Media et Xian Weihua Network. Depuis mars, le géant de l'Internet a engagé un bras de fer avec le gouvernement chinois pour que celui-ci cesse de censurer son site. Même s'il a obtenu le renouvellement de sa licence d'exploitation le 9 juillet, l'américain a perdu du terrain en Chine, face au chinois Baidu.

PHOTO - The homepages of Baidu and Google are seen on a computer screen in this illustration photo April 29, 2010. Top Chinese Internet search firm Baidu Inc. smashed quarterly profit forecasts as advertisers flocked to its new keyword system amid Google Inc's high-profile departure from China, sending its shares skyrocketing.

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