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mardi 11 octobre 2011

Un village chinois s'offre un hôtel plus haut que la tour Eiffel


Le Figaro, no. 20898 - Le Figaro Économie, mardi 11 octobre 2011, p. 21

Joli cadeau ! Le village chinois de Huaxi, province du Jiangsu, a fêté ses 50 ans en inaugurant une tour de 328 mètres de haut, soit quatre mètres de plus que la tour Eiffel. Avec cet investissement de 360 millions d'euros, Huaxi, ville de 50 000 habitants, toujours officiellement classée comme « village », veut prouver qu'elle a tout d'une capitale.

Selon le China Daily, son principal édile, Wu Renbao, a décidé - en cours de chantier - de rehausser l'hôtel Longxi pour imiter au mètre près le plus haut bâtiment de Pékin. « Huaxi devait suivre les pas du comité central du Parti communiste chinois », a affirmé Wu Renbao.

Connu en Chine comme un « village socialiste modèle », Huaxi accueille le « Huaxi Group » composé de 2 000 actionnaires, exclusivement des résidents locaux. Enrichis par la sidérurgie et le textile, ces actionnaires sont contraints de réinvestir dans de nouveaux projets, dont cet étonnant bâtiment, sur une base... obligatoire.

Détail : le 5-étoiles abrite un boeuf d'une tonne, en or, acheté 35 millions d'euros. C'est un bon placement, souligne Wu Renbao qui assure que l'animal, symbole de la volonté et du pragmatisme, s'est déjà apprécié de 30 % depuis son achat. Apparemment Huaxi est aussi en passe de devenir un « village capitaliste modèle ».

CHARLES GAUTIER

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

jeudi 29 septembre 2011

Hainan, le paradis balnéaire des riches Chinois - Julie Desné


L'Expansion, no. 767 - Décryptages Le monde, octobre 2011, p. 32

Dans une paillote de bois en bord de plage, Yinli sirote une piña colada. La jeune Shanghaienne pourrait être entre Monaco et Cagnes-sur-Mer, comme nombre de ses compatriotes, qui affectionnent de plus en plus la Côte d'Azur. Il n'en est rien. Cadre dans une multinationale, elle n'est pas sortie de ses frontières et goûte les plaisirs du bord de mer à Hainan.

Cette île du sud de la Chine à la végétation luxuriante, face aux côtes vietnamiennes, est devenue en quelques années l'une des destinations favorites des vacanciers chinois. "On est à deux heures de vol de Shanghai. C'est très pratique, on peut venir pour un week-end", explique Yinli entre deux gorgées. En 2009, pas moins de 23 millions de touristes - chinois et étrangers - s'étaient rendus à Hainan, selon les chiffres du gouvernement local.

Ritz-Carlton côtoie Sheraton ou Marriott

La classe moyenne supérieure et les riches Chinois en ont déjà fait une destination de prédilection. Selon le rapport Hurun, équivalent chinois du classement des fortunes établi par Forbes, Hainan est, avec la province du Yunnan, la destination domestique préférée des millionnaires chinois. En particulier les alentours de Sanya, à la pointe méridionale de l'île.

Derrière de majestueux palmiers se découvre la baie de Yalong. Plus de 7 kilomètres de sable blanc, où les plus grandes enseignes de l'hôtellerie mondiale - Ritz-Carlton, Sheraton et Marriott - se côtoient. Chacun y va de ses transats de bois et de ses parasols permanents plantés sur la plage, derrière laquelle on trouve également de luxueuses piscines. Certains confient qu'ils enregistrent ici leurs plus forts taux d'occupation en Chine, avec près de 85 % de moyenne sur l'année.

Rien d'étonnant si les marques de luxe lorgnent sur cette île chinoise que le gouvernement central a surnommée dans ses plans le "Hawaii de l'Orient". D'autant que les autorités locales ont lancé cette année un programme de détaxes qui vise d'abord les touristes étrangers - souvent asiatiques -, mais qui pourrait à terme s'adresser également aux Chinois. Une sorte de duty free géant planté en mer de Chine.

Au centre de Sanya, les millionnaires font déjà leurs emplettes. En avril, la ville a accueilli la deuxième édition du premier salon chinois qui leur est consacré, le Hainan Rendez-Vous. Lamborghini, Bénéteau ou Airbus se sont retrouvés sur les pontons de la marina Visun, propriété d'un magnat de l'immobilier local. Chemise hawaïenne et lunettes Gucci sur le nez, Jun Yang examine avec attention les finitions d'une Rolls-Royce sous un soleil de plomb. Entrepreneur à Hefei, il profite de ses vacances dans la région pour regarder les offres du salon. "Ils ont des bijoux, des oeuvres d'art et même des appartements", note le quadragénaire, qui s'attarde dans la zone des voitures. A quelques mètres, on ne compte plus les yachts de luxe. Une fois la nuit tombée, le salon s'y prolonge en petites fêtes privées, à la manière des nuits tropéziennes.

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mercredi 21 septembre 2011

La croisière nord-coréenne n'amuse pas le Sud - Eva John

Libération - Monde, mercredi 21 septembre 2011, p. 9

«La beauté des monts Geumgang rayonne à 30 kilomètres à la ronde», dit un proverbe coréen. Pas étonnant que ce coin de paradis du côté nord du 38e parallèle ait été choisi par le pays communiste pour la croisière qu'il a lancée en fanfare fin août. Une centaine de journalistes et d'hommes d'affaires venus notamment de Chine et des Etats-Unis ont été invités à inaugurer le circuit et à visiter les installations touristiques pour éventuellement y investir. Une preuve, selon Park Chol-su, le vice-président du groupe d'investissement nord-coréen Taepung, de la nouvelle «ouverture au monde» de son pays. A l'en croire, l'été prochain, près de 4 000 touristes étrangers vogueront sur la mer du Japon à bord du vieux ferry Mangyongbong.

Mais le projet fait grincer des dents les Sud-Coréens. Les «monts de diamant» symbolisaient jusqu'à récemment le rapprochement intercoréen. Dès 1998, un complexe touristique géré en majeure partie par l'opérateur sud-coréen Hyundai Asan accueille des visiteurs du Sud. En dix ans, ils sont 2 millions à avoir profité de cette occasion unique de franchir la zone démilitarisée. D'émouvantes réunions de familles séparées y sont aussi organisées. Jusqu'à ce jour de 2008, où une touriste est abattue par des soldats nord-coréens. Séoul suspend immédiatement les voyages et rapatrie des centaines d'employés. Les magasins, les hôtels et le golf sont laissés à l'abandon. Pendant trois ans, le régime communiste, privé de ce considérable flot de devises, appelle à la reprise des visites organisées. En vain. Le 22 août, il annonce brutalement la saisie des infrastructures sud-coréennes, dont la valeur dépasse les 318 millions d'euros. Hyundai Asan et les autres investisseurs n'ont pas d'autre choix que de faire évacuer les 14 salariés encore présents sur le site.

Le bras de fer s'est à l'évidence durci. Séoul ne tarde pas à dénoncer la «décision unilatérale» et la «perte de crédibilité» de son voisin. Pourtant, le 30 août, le ministre de la Réunification, connu pour sa fermeté envers le Nord, est remplacé par un proche du Président, plus conciliant. Les relations sont particulièrement tendues entre les deux pays depuis le bombardement de l'île de Yeonpyeong l'an dernier et l'attaque du navire sud-coréen Cheonan en mars 2009. Le Sud devrait prochainement appeler les investisseurs du monde entier à boycotter le nouveau projet touristique de Pyongyang.

«De toute façon, sans les touristes sud-coréens, le projet n'est pas viable, prédit Andrei Lankov, spécialiste de la Corée du Nord. Avec cette croisière, Pyongyang entend juste accentuer la pression sur Séoul pour la reprise des circuits intercoréens. Et il est bien probable que le prochain gouvernement, qui sera élu en décembre 2012, cédera à ces revendications.»

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mardi 20 septembre 2011

La presse à l'assaut des touristes chinois - Anne Feitz

Les Echos, no. 21020 - High-tech & Médias, mardi 20 septembre 2011, p. 25

Est-ce un nouveau filon pour les journaux ? L'appétit des touristes chinois pour l'Europe et ses boutiques chics a en tout cas donné des idées aux éditeurs : on a vu naître ces dernières semaines plusieurs titres à leur intention, histoire d'attirer les grands annonceurs du luxe. « Le Figaro » a ainsi lancé début juillet un trimestriel, baptisé « Paris chic », qui reprend des articles, traduits en chinois, du supplément « Et vous » (culture, mode, shopping), ainsi qu'un guide pratique du shopping (plans, adresses). Gratuit, ce titre grand format de 32 pages a été tiré à 220.000 exemplaires, dont 70.000 ont été distribués en France et le solde en Chine. Dans le même esprit, l'allemand Axel Springer va lancer cet automne à Genève un magazine touristique et horloger en chinois, lui aussi gratuit et diffusé à 20.000 exemplaires.

Annonceurs alléchés

« Les touristes chinois sont fous de produits de luxe : ils dépensent plus que les Japonais, et presque autant que les Russes », explique Eileen Le Muet, éditrice internationale du « Figaro ». Et leur engouement pour Paris ne se tarit pas : ils devraient être 800.000 à visiter la capitale cette année. « "Le Figaro" a travaillé plus de sept mois sur "Paris chic", autant pour affiner son contenu que ses lieux de distribution, en Chine ou à Paris », explique Eileen Le Muet. Les annonceurs ont en tout cas été séduits : l'éditeur a souhaité limiter le nombre de pages de publicité à un tiers du total... mais la pagination du numéro 2, prévu pour le 29 septembre, est montée à 42 pages. Selon Eileen Le Muet, l'initiative suscite aussi un grand intérêt de la part des grands quotidiens américains ou européens. Et des éditeurs de magazines féminins déjà présents en Chine réfléchissent de même au moyen de toucher ces touristes si dépensiers. Condé Nast réfléchit ainsi à un projet autour de sa marque phare « Vogue », qui pourrait être lancé l'an prochain.

Anne Feitz

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mardi 9 août 2011

Macao, le futur Miami chinois

Le Figaro, no. 20845 - Le Figaro Économie, mardi 9 août 2011, p. 23

L'ex-comptoir portugais se rêve dans dix ans en un« Miami chinois ». Macao, dont le centre historique, avec ses ruelles étroites, ses églises séculaires et ses places pavées avec des arcades, ressemble à s'y méprendre à une ville du Portugal, ne veut plus être « l'enfer du jeu ». « Elle veut se lancer dans l'industrie du divertissement, de la création, du tourisme et de la finance », explique Stéphane Cieniewski, chef du service économique au consulat de France à Hongkong. La prochaine connexion autoroutière avec l'aéroport international de Hongkong devrait l'y aider.

Ville franche

La ville, paradis des casinos, deux fois plus importante que Las Vegas, a déjà commencé sa mue. Les autorités n'accordent plus de licences pour construire de nouveaux casinos. Elles envisagent même de faire passer l'âge légal, pour parier, de 18 ans à 21 ans. Une petite révolution dans cette petite presqu'île qui attire tous les ans plusieurs millions de touristes chinois (2,2 millions pour le seul mois de juin) venus spécialement jouer dans les casinos, toujours interdits en Chine.

Pour réussir son changement, Macao mise aussi sur le projet de Hengqin, une île qu'elle développe conjointement avec la ville de Zhuhai. Celle-ci est appelée à devenir l'une des principales villes franches du sud de la Chine avec, notamment, un centre d'affaires et financier, une université de médecine chinoise, une zone industrielle... De nombreux autres projets similaires sont en cours dans la province du Guangdong.

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vendredi 24 juin 2011

La France, destination favorite des riches touristes chinois

Les Echos, no. 20958 - Services, mercredi 22 juin 2011, p. 25

Ils sont presque un million de Chinois désormais à disposer de plus de 1 million d'euros de patrimoine. Leur goût pour le voyage augmente. La France en profite.

Il a trente-neuf ans, il aime de plus en plus voyager, de préférence en France, apprécie le golf et ses goûts sont plus raffinés qu'auparavant : tel est le portrait-robot du « multimillionnaire » chinois -en yuans -si l'on en croit le rapport Hurun qui fait référence sur cette question. Ce profil est devenu presque banal dans l'empire du Milieu où l'on dénombre 960.000 individus ayant un patrimoine supérieur à 10 millions de yuans (1,1 million d'euros).

D'après les auteurs de l'étude, réalisée auprès de 463 personnes disposant de plus de 10 millions de yuans de patrimoine et 45 ayant plus de 100 millions, le tourisme devient désormais un but en soi pour ces millionnaires. Ils prennent en moyenne quinze jours de vacances par an et partent trois fois à l'étranger dans l'année. Et c'est la France qui s'impose comme leur destination favorite. Numéro deux en 2010, elle est désormais citée en premier par 13 % d'entre eux, devant les Etats-Unis (12,7 %). Une récente étude de KPMG, qui établissait que les achats des riches Chinois étaient moins liés à des questions de statut qu'auparavant, et plus en lien avec l'art de vivre.

Ces voyageurs sont également des consommateurs enthousiastes. D'après une autre étude, de la société Global Blue, ce sont les touristes chinois qui consomment le plus dans le monde, juste devant les Russes. Les montres et les bijoux représentent 31 % de leurs achats, juste devant les vêtements et les accessoires de mode. Comme en témoigne le succès des Galeries Lafayette à Paris (« Les Echos » d'hier).

De fait, leur pouvoir d'achat a augmenté rapidement, en ligne avec la croissance chinoise et avec celle de l'immobilier, sachant que cette population est le plus souvent propriétaire de plusieurs appartements. Or, le mètre carré a augmenté en moyenne de 13,7 % en 2010 en Chine. L'appréciation du yuan joue également en leur faveur, diminuant mécaniquement le prix des marchandises qu'ils achètent hors de leurs frontières. Pour tout ce qui concerne les produits de luxe, leur consommation est, en outre, dopée à l'étranger par le niveau élevé des taxes pratiqué en Chine -allant jusqu'à 60 %. Un biais qui semble toutefois appelé à se résorber : la presse chinoise vient de rapporter que Pékin envisagerait de nettement réduire ces taxes, dans le but de stimuler la consommation intérieure.

Scolarité en pays anglophones

Mais s'ils cèdent volontiers aux charmes de la France pour le tourisme, ce sont bien les pays anglophoneset les Etats-Unis en tout premier lieu qui les séduisent pour ce qui concerne les études de leurs enfants. Ils sont 30 % à citer ce pays comme destination favorite, devant le Royaume-Uni (21 %) puis le Canada (14 %). Le sujet est fondamental pour ces derniers. Et plus ils sont riches, plus ils cherchent à scolariser leur progéniture hors du territoire chinois. Une ruée qui a des répercussions sur le marché immobilier dans certains pays. A Vancouver par exemple, l'envolée du mètre carré serait liée en partie à la volonté d'acheteurs chinois de scolariser leurs enfants sur place.

GABRIEL GRESILLON

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mardi 7 juin 2011

TOURISME - Les naufrages dans la baie d'Halong inquiètent les autorités françaises


Le Monde - Rendez-vous, mardi 7 juin 2011, p. 25

La baie d'Halong, l'un des joyaux du tourisme vietnamien qui aligne ses pains de sucre d'une irréelle splendeur en mer de Chine du Sud, est-elle en train de devenir une zone à risque pour les voyageurs ? En moins de deux ans, trois bateaux en piteux état dont les propriétaires proposent des " croisières " bon marché, ont coulé au large de cette baie classée dans la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco.

A Hanoï, la communauté étrangère et les diplomates s'inquiètent de la fréquence de ces naufrages au cours desquels, en tout, dix-sept voyageurs étrangers ont péri. " Nous sommes profondément préoccupés ", indique au Monde l'ambassade de France au Vietnam.

Le 24 septembre 2009, un premier bateau équipé de couchettes avait sombré avec trente et une personnes à bord. Cinq touristes s'étaient noyés, dont un Français, deux Britanniques et deux Vietnamiens. Version officielle des autorités provinciales : " une tornade " aurait été la cause du naufrage. Mais selon certains rescapés, il se serait agi d'une " simple averse ". Ce qui donne une idée de l'état de la jonque...

Le 17 février 2011, peu avant 5 heures du matin, un autre bateau appartenant au même propriétaire - il avait pris la précaution de changer le nom de sa compagnie depuis la précédente tragédie - sombre à nouveau en baie d'Halong. L'accident fait douze morts parmi le groupe de touristes endormis, dont une jeune Française, Laëtitia, une orthophoniste de 27 ans, fille du journaliste du Monde Michel Noblecourt, un Britannique, deux Russes, deux Américains, un Japonais, deux Suédois, un Suisse, un Australien et un Vietnamien. L'enquête diligentée par les autorités vietnamiennes a conclu à une succession d'erreurs, - vannes non refermées, absences de rondes de nuit... Des poursuites judiciaires, dont une plainte contre X pour " homicide involontaire ", sont en cours. Le capitaine a été arrêté ainsi qu'un mécanicien.

Les autorités locales ont ordonné l'inspection de 135 " navires de croisière " voguant dans la baie. Les vérifications ont montré que seule une trentaine de bateaux présentaient des normes de sécurité suffisantes pour passer la nuit en mer. Le " comité populaire " -d'Halong a fixé à juin la date limite pour que les propriétaires mettent leurs bateaux en conformité avec les règles de sécurité adéquates.

Mais le 8 mai, un nouveau naufrage s'est produit, sans toutefois faire de victime : les vingt-huit Français, des retraités, ont pu être évacués avant que le bateau ne sombre car, fort heureusement, l'accident a eu lieu de jour.

La porte-parole du ministère vietnamien des affaires étrangères, Nguyen Phuong Nga, a assuré que " des mesures très énergiques ont été prises pour enquêter et reconstituer " ce qui s'est passé afin d'" éviter que ce même genre d'événements se reproduise à l'avenir ".

En ce qui concerne le dernier incident, les versions diffèrent entre les Vietnamiens et les touristes : selon Dang Huy Hau, le vice-président de la province de Quang Ninh, dont Halong est le chef-lieu, le bateau a sombré après une collision avec un autre esquif. Mais une touriste française présente sur le bateau, Josette Farret, citée par l'Agence France-Presse, affirme qu'il n'y a " absolument pas eu de collision ".

"Jeter le doute "

L'une des explications à la répétition de ces drames, analyse un observateur français à Hanoï, est le décalage existant entre l'explosion du tourisme au Vietnam et le manque de réglementations appropriées ainsi que la formation insuffisante des personnels.

Le dernier incident renouvelle les inquiétudes de l'ambassade de France : " Ce nouveau naufrage est de nature à jeter le doute sur la qualité des contrôles entrepris, ces derniers mois, par les autorités vietnamiennes. "

Une difficulté supplémentaire : l'imposition des réglementations en matière de sécurité est du ressort des autorités provinciales et non nationales. " Si ces autorités ne prennent pas des mesures pour réorganiser le secteur du tourisme et si les manquements ne sont pas sanctionnés, elles risquent de tuer la poule aux oeufs d'or ", fait-on savoir à l'ambassade de France à Hanoï.

De son côté, le ministère des affaires étrangères a renforcé la mise en garde figurant sur son site Internet, à la rubrique " Conseil aux voyageurs ", pour les touristes désireux de naviguer en baie d'Halong.

Bruno Philip

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samedi 9 avril 2011

Disney à la conquête de la Chine - Julie Desné



Le Figaro, no. 20741 - Le Figaro Économie, samedi, 9 avril 2011, p. 23

Le groupe américain a posé hier la première pierre de son parc d'attractions de Shanghaï, une première en Chine continentale. Ce projet représente un investissement de 2,6 milliards d'euros.

Signe des temps modernes, Mickey Mouse, incarnation de l'Amérique, se sinise. Vêtu d'une tenue traditionnelle chinoise, à l'instar d'autres personnages du panthéon Disney, la célèbre souris assistait à la cérémonie donnée pour la pose de la première pierre du parc Disneyland de Shanghaï, qui ouvrira ses portes en 2016. Ce premier parc de Chine continentale s'ajoute au Disney de Hongkong qui attire déjà des millions de Chinois.

Tambours, chants chinois et dragons se mêlaient à l'univers féerique de Hollywood. Et après presque une décennie de négociations, le studio américain va enfin voir crépiter ses feux d'artifice dans le ciel chinois. « Aujourd'hui est un jour très très spécial dans l'histoire de Walt Disney », a lancé Robert Iger, PDG de la compagnie, qui avait fait le déplacement à Shanghaï pour l'occasion.

Pour s'allier les officiels et séduire un public, familiarisé avec l'univers Disney depuis peu, le studio a adapté son offre. Comme hier, Minnie revêtira sans doute chaque jour sa qipao (robe traditionnelle chinoise). Un immense lac artificiel de 400 000 mètres carrés et des canaux seront construits dans le parc, rappelant furieusement les paysages de cette région du delta du Yang Tsé.

Par ailleurs, il est convenu que les spectacles, donnés dans le château le « plus haut et le plus grand de tous les Disneyland », seront spécialement mis au point pour le public local. « Ce sera authentiquement Disney et distinctement chinois », tranchait, le patron de Disney, qui vise 7,3 millions de visiteurs la première année. À terme, l'entreprise américaine table sur une clientèle potentielle de 330 millions de Chinois urbains.

Le coût de la première phase du projet se chiffre à 2,6 milliards d'euros, répartis entre Disney, qui détient 43 % de la société exploitante, et son partenaire chinois Shengdi, consortium de groupes chinois issus de l'immobilier, des médias et de l'hôtellerie. C'est presque le budget du site de l'Exposition universelle que la métropole a accueilli l'an dernier. Près de 500 millions d'euros seront, en outre, investis dans les infrastructures annexes.

La municipalité met beaucoup d'espoir dans cet immense parc. « Le projet va permettre à Shanghaï d'améliorer son image de destination touristique internationale », a ainsi déclaré Han Zheng, maire de Shanghaï, hier matin. Il assistait en compagnie du premier secrétaire du Parti communiste de Shanghaï, Yu Zhengsheng, à la pose de la première pierre. Deux présences remarquées dans un pays où le protocole est strict et les huiles ne se déplacent que pour les très grandes occasions.

Offre alléchante

Pourtant les discussions avec les autorités chinoises ont été longues. Disney avait pensé un temps profiter de son offre alléchante de parc à thème pour négocier un package, incluant la possibilité de lancer sa chaîne de télévision et de distribuer plus largement ses productions. C'était sans compter l'extrême sensibilité du gouvernement central sur la question. L'industrie des médias reste étroitement contrôlée par Pékin et seulement vingt films étrangers sont autorisés à sortir sur les écrans chaque année.

En attendant, Disney continuera de séduire les centaines de millions d'enfants chinois via ses écoles d'anglais, très populaires auprès de la classe moyenne, et ses peluches vendues à partir de l'année prochaine dans son propre réseau de magasins.

PHOTO - SHANGHAI, CHINA - APRIL 08: In this handout photo provided by Disney Parks, officials from the Chinese government, the Shanghai Shendi Group and The Walt Disney Co. gathered in Shanghai April 8, 2011 for the official groundbreaking ceremony for the Shanghai Disney Resort in Shanghai, China. Taking part in the ceremony were (pictured, L-R): Zhao Shaohua, China's Vice Minister, Ministry of Culture; Thomas O. Staggs, chairman of Walt Disney Parks and Resorts; Robert A. Iger, Walt Disney Co. president and CEO; Yu Zhengsheng, Shanghai Party Secretary; Han Zheng, Mayor of Shanghai; Jiang Zengwei, Vice Minister, Ministry of Commerce; and other Chinese officials.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

mercredi 16 février 2011

TOURISME - Tous en ligne - Corinne Scemama

L'Express, no. 3111 - économie INTERNET, mercredi, 16 février 2011, p. 68-70

Toujours plus de particuliers passent par le Web pour préparer voyages ou vacances. Les professionnels se ruent vers ce créneau. Avant qu'il affiche complet.

C'est une vague de fond que rien ne semble pouvoir arrêter. Malgré l'épisode du volcan islandais, la crise économique, ou même les événements en Tunisie et en Egypte, le tourisme en ligne poursuit son irrésistible ascension. Cette année, il passe même à la vitesse supérieure. Déjà champion du e-commerce, avec des sites comme Voyages-sncf.com, Lastminute ou Expedia, le secteur affiche, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), un taux de croissance de 20 % et un chiffre d'affaires de l'ordre de 12 milliards d'euros.

Le mouvement est irréversible : déjà plus de 90 % des vacanciers s'informent sur Internet avant de partir. Et, dans les années à venir, ils seront de plus en plus nombreux à acheter via la Toile. Cette "révolution en marche", selon Bruno Despujol, consultant au cabinet Oliver Wyman, permet de rebattre les cartes dans un domaine encore très éclaté, et ouvre la voie aux grandes manoeuvres. Les rachats et les concentrations se précipitent déjà en ce début d'année, à l'image de la spectaculaire fusion d'Opodo avec Go Voyages et eDreams, annoncée le 9 février. Le trio franco-espagnol, spécialiste des vols secs (sans prestations hôtelières), va donner naissance à un géant européen du voyage en ligne, forçant ses concurrents à bouger. "Ceux qui ne réagiront pas rapidement mourront", prévient Jean-Pierre Nadir, président d'Easyvoyage, site de conseil et de comparaison de vols et de séjours, qui vient de racheter trois de ses concurrents européens.

L'ampleur du phénomène a pris tout le monde de court. "Le e-tourisme n'en finit pas de surprendre par son dynamisme", s'enthousiasme Denis Philipon, un ancien de Lastminute, aujourd'hui patron de Voyage-Privé. Que la quasi-totalité des voyageurs achète ses billets de train sur Internet, faisant de voyages-sncf.com le leader du secteur, passe encore. Mais que le marché dans son ensemble accélère aussi rapidement sa mue est plus étonnant. En moins de dix ans, Internet est devenu le seul canal d'information des vacanciers. "Il a permis davantage de transparence sur les prix, tout en désinhibant le consommateur", analyse Jean-Pierre Nadir.

Mais le vrai déclencheur de cette croissance exponentielle est sans aucun doute l'émergence des compagnies low cost. En incitant les touristes à acheter séparément leurs billets d'avion et leurs chambres d'hôtel, elles ont élargi la clientèle et fait exploser le marché du séjour. Surtout en Europe, où plus personne ne fait appel à un voyagiste pour un week-end à Vienne ou à Rome.

Une fois le voyageur rassuré sur la sécurité de son règlement en ligne (voir l'encadré ci-contre) et devenu expert dans la comparaison des prestations, grâce à des sites comme Tripadvisor et Easyvoyage, plus rien n'empêche l'achat de produits simples, comme les billets d'avion. A présent, près de une vente sur deux (40 %) d'un vol sec s'effectue en ligne via des sites tels que eBookers, Go Voyages ou Opodo. Même progression pour les chambres d'hôtel proposées sur la Toile. Plus lents à se développer, parce qu'ils engagent davantage les vacanciers, les "séjours club" deviennent aussi un nouvel eldorado du e-tourisme. "Les ventes en ligne ne représentent encore que 20 % du total. Mais, avec un rythme de croissance de 10 % par an, Internet va devenir un point de passage obligé pour commercialiser des "packages"", estime un expert.

Un marché aussi effervescent ne pouvait qu'attiser les convoitises. Peu enclins à laisser les grands sites généralistes, comme Lastminute ou Expedia, conquérir la clientèle des internautes, les tour-opérateurs se sont lancés eux aussi dans la bataille. Des géants du tourisme européen, tels Thomas Cook ou TUI (Nouvelles Frontières, Marmara), ont développé leurs propres sites marchands pour vendre en direct leurs produits et diviser leurs coûts de distribution par deux. Mais, jusqu'ici, cette incursion n'est pas un franc succès. Ils ne manient pas aussi bien la technologie et le marketing du Web que les "pure players", comme Promovacances, producteur et vendeur de séjours uniquement sur la Toile.

Trop d'acteurs, une offre surabondante et peu différenciée, et des prix bas : la concentration est inévitable. "Le marché est encore très fragmenté. Et tout le monde ne peut pas gagner d'argent", explique Guillaume Cussac, patron d'eBookers France. D'autant que les marges demeurent faibles. "Il faut atteindre une certaine taille critique pour peser sur les fournisseurs - compagnies aériennes et hôteliers - et pour garantir les meilleurs prix", précise Nicolas Brumelot, directeur général de Go Voyages. Faire sa place au soleil nécessite aussi de gros moyens. "Le clic coûte cher", explique un patron de site. Et le ticket d'entrée est de plus en plus élevé. A moins de trouver des partenaires solides, comme l'a fait Go Voyages avec Axa Private Equity.

C'est dire que "la course au volume n'est pas terminée", affirme Bruno Despujol. "On n'a encore rien vu", ajoute Frédéric Vanhoutte, président de Level.com, l'association des agences en ligne. "Le potentiel est énorme et le marché, pas encore mature", conclut Franck Brault, consultant chez SKP. Bref, il est urgent de se positionner, tant qu'il en est encore temps, comme l'a fait Denis Philipon. Cet entrepreneur ingénieux a choisi un créneau inexploité dans le voyage : les ventes flash de séjours dégriffés. Le succès a été fulgurant : après seulement cinq ans d'existence, Voyage-Privé caracole en tête des sites.

Cette évolution n'ira pas sans heurts pour les acteurs traditionnels, notamment les agences, qui, jusqu'ici, "ont étonnamment résisté", observe un consultant. Pour combien de temps ? "Sur les billets d'avion, c'est déjà fichu. D'ici à cinq ans, on passera à 80 % de ventes sur Internet", explique un patron de site. Sur les séjours balnéaires, les agences en ligne ont toutes les chances d'accaparer 50 % du marché. D'autant qu'elles offrent de plus en plus de conseils personnalisés. Seuls les produits sophistiqués, séjours à la carte et autres circuits, échappent encore aux géants de l'Internet. Ils exigent trop d'expertise. Aux agences traditionnelles de relever le défi. "Nous ne pouvons exister que si nous apportons de la valeur ajoutée", affirme, conscient, Jean-Pierre Mas, président du réseau Afat.

La bagarre risque d'être rude. Il reste, selon les experts, cinq ans pour faire partie des futurs happy few du e-tourisme. A l'horizon 2015, l'univers français du voyage sera totalement transformé, avec trois ou quatre géants européens du "e-travel", détenteurs de 70 % des parts de marché, aux côtés de quelques sites très spécialisés, comme la France du Nord au Sud ou Travelski, et les agences traditionnelles les plus performantes. Voilà les vacanciers prévenus.

© 2011 L'Express. Tous droits réservés.

Intercontinental va lancer une chaîne en Chine

Les Echos, no. 20871 - Services, mercredi, 16 février 2011, p. 25

Intercontinental Hotels Group va lancer une nouvelle chaîne d'hôtels en Chine d'ici à la fin de l'année, a annoncé hier son directeur général Andrew Cosslett, à l'occasion de la présentation des résultats annuels du géant britannique de l'hôtellerie. Cette chaîne investira le segment du milieu-haut de gamme, entre les enseignes Crowne Plaza et InterContinental. Pour Andrew Cosslett, le marché chinois de l'hôtellerie détrônera le marché américain en 2025, devenant le premier au monde. L'an dernier, Intercontinental a accru de 12 % son nombre de chambres en Chine. Sur un marché mondial en nette reprise, le groupe a réalisé en 2010 un chiffre d'affaires de 1,6 milliard de dollars (+ 6 %) et un résultat net de 293 millions, soit + 37 % en un an mais - 3 % hors éléments exceptionnels.

MYRIAM CHAUVOT

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

jeudi 27 janvier 2011

TOURISME - La Chine devient la troisième destination mondiale

La Croix, no. 38880 - Jeudi, 27 janvier 2011

La Chine devient la troisième destination mondiale. L'Organisation mondiale du tourisme (OMT) a indiqué hier que la Chine a pris en 2010 la troisième place en termes de nombre de touristes étrangers, avec environ 55,98 millions de visiteurs. Elle devance ainsi l'Espagne. Les États-Unis restent numéro deux (60,88 millions de touristes) et la France garde la première place (74,2 millions de visiteurs). Selon l'OMT, la Chine devrait être la première destination en 2020.

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mercredi 22 décembre 2010

L'appel du kangourou : ces jeunes Français qui partent en Australie

L'Express, no. 3103 - société TENDANCE, mercredi, 22 décembre 2010, p. 42

Il n'y a pas que le Canada ! Près de 20 000 jeunes Français partent chaque année en Australie chercher un job et l'aventure. Grâce à un visa spécial.

Un dimanche au Café Oz, à Paris. Des centaines de jeunes, loin de la trentaine pour la plupart, scrutent discrètement les badges nominatifs de leurs voisins. La bière délie les langues. Certains prennent fébrilement des notes. On se croirait à un rendez-vous de "speed dating" sans jolies filles ni baratin survolté. Ici, on ne cause pas d'apéros avec possible liaison à la clef, mais d'Australie. Le pays des kangourous et des grands espaces est devenu en quelques années le nouvel eldorado des jeunes Français. Depuis la création en 2003 du Working Holiday Visa (WHV), qui permet aux 18-30 ans de différents pays de sillonner l'île-continent tout en vivant de petits boulots, le nombre des volontaires à l'exil temporaire ne cesse de croître. 6 125 visas ont été délivrés en 2005 dans l'Hexagone, contre 11 005 en 2007, pour atteindre 18 172 en 2009. "C'est l'une des plus fortes progressions enregistrées en Europe, essentiellement grâce au bouche-à-oreille", précise l'ambassadeur d'Australie en France, David Ritchie. D'autres pays comme le Japon, la Nouvelle-Zélande ou le Canada délivrent ce fameux visa vacances-travail. Mais, contrairement à l'Australie, ces derniers ont instauré des quotas pour limiter le nombre de candidats.

Devant un tel succès, Christian Bollaert a eu l'idée d'organiser des journées G'days (1) pour "Good day", le "bonjour" australien, au Café Oz. Ceux qui reviennent d'Australie (étiquettes orange) sont invités à partager leur expérience, transmettre leurs bons plans et leurs conseils aux candidats au départ (étiquettes blanches). Business is business : des représentants de compagnies aériennes, d'agences d'assurances, ou des organisateurs de circuits touristiques sont aussi fréquemment de la party.

"Quitte à galérer, autant être en tongs"

Mer, plage, soleil, sites naturels, croissance insolente, taux de chômage dérisoire... le pays d'Oz a tout pour plaire. "Le plus gros investissement est le billet d'avion, explique Cédric devant une poignée de candidats globe-trotteurs. Sur place, c'est le règne de la débrouille. Beaucoup achètent un van pour sillonner le pays et le revendent en fin de séjour. La colocation, le covoiturage sont également des solutions très pratiquées." Ophélie et Alexandre, fans de plongée, prévoient de se jeter dans les vagues de l'océan Pacifique dès février prochain. Pas de boulot, pas d'enfants. Pour ce couple, "c'est le moment où jamais". Lorsque la crise a commencé, les organisateurs des G'days ont pensé que le phénomène allait se dégonfler. Or c'est exactement le contraire qui s'est produit. "Les jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail se disent que, quitte à galérer, autant être en tongs et maillot de bain", explique Christian Bollaert. Confirmation de Virginie, titulaire d'un MBA en stratégie consulting : "Voilà plusieurs mois que j'envoie des CV pour rien. L'Australie sera une expérience en plus, et je vais pouvoir perfectionner mon anglais."

Partir pour mieux revenir... ou pas. Accoudé au bar, Gregory, ingénieur, espère bien trouver, là-bas, un poste longue durée dans l'informatique. Même si ce n'est pas le but premier du WHV, valable seulement un an, mais renouvelable si l'on a travaillé au moins trois mois dans des secteurs où le manque de main-d'oeuvre est le plus criant, tel le "fruit picking" (récolte de fruits). Le titre magique s'obtient en quelques clics sur Internet. "Ça ne m'a pris que vingt minutes chrono", assure Grégory. Une bagatelle, comparé aux vingt-deux heures d'avion qui vous attendent...

Amandine Hirou

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lundi 20 décembre 2010

DERNIER CHIFFRE - Augmentation de 30 % de touristes chinois à Taiwan

La Croix, no. 38847 - Monde, lundi, 20 décembre 2010, p. 4

4 000 touristes chinois continentaux pourront chaque jour venir visiter Taïwan dès le mois de janvier prochain au lieu des 3 000 jusqu'ici autorisés, soit une augmentation de 30 %. De janvier 2010 à la mi-décembre, le nombre de séjours à Taïwan par des touristes chinois s'est élevé à 1,13 million et les agences touristiques demandent une autorisation pour que 5 000 touristes chinois puissent entrer quotidiennement.

PHOTO - Tourist walk on a beach during the local music festival "Spring Wave and Spring Scream" in Kenting, southern Taiwan April 4, 2010.

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jeudi 16 décembre 2010

Shangri-La, le luxe à la chinoise - Marie Bordet

Le Point, no. 1996 - Economie, jeudi, 16 décembre 2010, p. 74,75,76,77

Palace. Robert Kuok, le magnat hongkongais de l'hôtellerie, débarque à Paris. Portrait.

Même la tour Eiffel a été exceptionnellement fermée au public. La neige a dégringolé sur Paris et tout s'est brutalement déglingué. Onze centimètres de poudreuse, ça suffit pour dire adieu à la voiture, au bus et à l'avion. Grosse pagaille et atmosphère de fin du monde dans la capitale. Au 10 de l'avenue d'Iéna, l'adresse de l'hôtel Shangri-La à Paris (connue des seuls initiés pour l'instant), il est midi et on ne sait encore rien du désordre qui règne dans la ville. Comme si les majestueuses grilles en fer forgé de l'ancienne demeure particulière de Roland Bonaparte, petit-neveu de Napoléon 1er, avaient le pouvoir de protéger des débordements de la nature. Dans ce nouvel écrin du luxe parisien, tout est en place. Les maîtres d'hôtel ont revêtu leurs uniformes dorés, les nappes ont été repassées au moins trois fois, les couverts en argent ont été polis et repolis, et les bougies parfumées ont été disposées en des points stratégiques. Sous la gigantesque verrière à structure métallique, agrémentée de son tout aussi gigantesque lustre Murano, les premiers « clients » du restaurant La Bauhinia sont attablés pour le déjeuner.

En ce mercredi 8 décembre, une assemblée hétéroclite de fournisseurs, d'agents de voyage, de journalistes, de concierges et de femmes de chambre teste la cuisine de Philippe Labbé, le chef cuisinier du Shangri-La Paris. Cobayes consentants et ravis, qui font joyeusement exploser le budget « coupes de champagne ». Ils dégustent, au choix, de la sole de petit bateau, du dos de chevreuil de chasse rôti, du coeur de filet de saumon de Norvège, du poulet Hainan - la poule au pot chinoise- ou un curry laksa - à base de vermicelles de riz. Après le repas, ils plancheront sur le questionnaire détaillé. Donneront leurs impressions, évalueront la qualité du service à table et jugeront les différents plats.« Je travaille sur ce projet depuis plus d'un an, raconte Philippe Labbé, ancien chef de La Chèvre d'or, dans le village d'Eze, qui n'avait pas volé ses 2 étoiles Michelin.J'ai conçu le plan des cuisines, commandé le matériel et constitué ma brigade. Tout est prêt. Je suis impatient de cuisiner dans un lieu vivant, avec de vrais clients. »

Petit parfum d'Asie. A J - 9, l'hôtel est en rodage, encore fermé au public. La répétition générale s'est bien passée, à quelques détails près. Les choses sérieuses débutent vraiment le 17 décembre, avec l'ouverture officielle de ce palace totalement inédit à Paris.

Une paire de vases Ming encadrent la magistrale porte d'entrée. Ils sont en porcelaine fine, décorés de pivoines, les fleurs emblématiques de la Chine. Fabriqués sur mesure, ils pèsent 450 kilos chacun et ont été livrés par bateau.« Dès l'accueil, ces oeuvres d'art donnent un petit parfum d'Asie à cet immeuble historique parisien, dit Alain Borgers, directeur de l'établissement.Nous sommes un groupe asiatique et nous en sommes fiers. » C'est la première fois qu'une marque chinoise investit l'hôtellerie de luxe à Paris, et elle ne manque pas d'ambition. Ce palace entend figurer dans le Top 5 des meilleurs établissements de la Ville lumière. Rien que ça.

Sauf que le Shangri-La part avec un handicap...« Dans le marché des palaces parisiens, c'est la localisation qui fait la différence, explique Dominique Desseigne, le propriétaire du Fouquet's Barrière.Le Shangri-La est magnifique, mais il est un peu excentré. Les touristes étrangers aiment être au coeur de la ville et faire les boutiques chics à pied. » L'avenue d'Iéna est un peu éloignée des mythiques Champs-Elysées ou de la place Vendôme. Le quartier est résidentiel. Un peu trop calme...« C'est vrai, nous n'avons pas l'avenue Montaigne à nos pieds, convient Tony Le Goff, chef concierge de l'hôtel.Mais notre environnement culturel est exceptionnel, avec le musée Guimet, le musée Galliera, le palais de Tokyo ou le musée de l'Homme. Nous sommes dans un Paris plus confidentiel, que nous nous ferons une joie de faire découvrir à nos clients. »

En fait, l'argument de vente numéro un - est-ce suffisant ? - sera d'abord l'immeuble lui-même et son histoire. L'hôtel particulier de Roland Bonaparte, infatigable voyageur, géographe érudit et botaniste accompli... C'est dans ce palais construit en 1891, assis sur la colline de Chaillot, qu'il recevait l'aristocratie, les hommes de sciences et de lettres. Le prince contemplait d'abord l'imposante façade en pierre de taille de style Louis XIV, puis entrait dans le vestibule revêtu d'un dallage de cinq variétés de marbre. Il pouvait faire un tour dans le fumoir qui jouxtait la salle de billard ou grimper quatre à quatre l'escalier d'honneur qui menait aux salles de réception et à ses appartements privés. Dans l'autre aile, Roland Bonaparte pouvait profiter de son immense bibliothèque - 200 000 ouvrages et 6 kilomètres de rayonnages -, de sa collection de souvenirs napoléoniens, et travailler dans son cabinet d'étude. Ses écuries donnaient sur la rue Fresnel. On se croirait dans « Sissi impératrice ».

Tête-à-tête avec la Tour Eiffel. Cent dix-neuf ans plus tard, cette noble demeure contient désormais (après quatre années de travaux d'Hercule) 54 chambres et 27 suites, la plupart disposant d'une magnifique vue sur la Seine. L'inflation ayant fait son oeuvre, en plus d'un siècle, le prix de la chambre démarre à 750 euros. Les trois suites les plus chères s'échelonnant entre 9 000 et 18 000 euros la nuit ! Avec une attention toute particulière : de nombreuses baignoires ont été orientées de façon à offrir un émouvant tête-à-tête avec la vieille dame de fer. Enfin, pour ceux qui en auraient l'envie et les moyens - 25 000 euros la nuit -, on peut privatiser tout le 7e étage et disposer d'un appartement de 500 mètres carrés, comprenant 4 chambres et plusieurs terrasses. 370 employés veilleront sur les jours et les nuits des clients de l'hôtel.

Robert Kuok est impatient de dormir chez lui, dans son hôtel parisien. Le propriétaire du groupe Shangri-La, amoureux de la France et de ses vins, en a longtemps rêvé...« Il a cherché un emplacement pendant plus de vingt ans, raconte Alain Borgers.Il est très vite tombé amoureux de cet hôtel particulier. Il adorait son passé, son emplacement, ses vues et ses terrasses. Mais il le trouvait trop petit. Il a visité de nombreux autres bâtiments, mais il revenait toujours avenue d'Iéna. Il a fini par le racheter à l'Etat français en 2006. » Kuok n'a pas usurpé son surnom de « Tycoon invisible ». Il cultive la discrétion, fuit les mondanités et les photographes. Cela n'empêche pas cet homme de 87 ans d'être à la tête de la 33e fortune mondiale. Il pèse 14,5 milliards de dollars, confortablement coincé entre Steve Ballmer (Microsoft) et George Soros dans le classement Forbes des milliardaires 2010. Chinois de la diaspora, il naît en Malaisie, où son père a émigré au début du XXe siècle, en provenance de la région du Fujian. Sa famille gère un petit commerce de riz et lui offre des études dans le prestigieux Raffles College de Singapour, où il se fait d'influents amis pour la vie - dont Lee Kuan Yew, Premier ministre de la cité-Etat pendant trente ans.

Le jeune homme se met vite à son compte et gagne ses premiers sous dans le commerce du sucre. Ce n'est qu'un début... Il est aujourd'hui quasi impossible de donner des contours précis à son empire, tant il est étendu. Robert Kuok, marié deux fois et père de huit enfants, a des intérêts dans l'hôtellerie de luxe (Shangri-La), l'immobilier, les transports maritimes, l'extraction minière, les assurances, l'alimentation animale, le pétrole, les banques et les médias (il est actionnaire du South China Morning Post, influent quotidien de Hongkong). Son terrain de jeu, c'est toute la région Asie-Pacifique. Malin, il a investi très tôt en Chine. Encore plus malin, il n'en a pas bougé après les événements de Tiananmen, alors que beaucoup d'investisseurs avaient décampé. Les Chinois s'en souviennent, et ce n'est pas un hasard s'il préempte les plus jolis lieux pour ses hôtels Shangri-La dans l'empire du Milieu...

Du Qatar aux Seychelles.« Si la marque Shangri-La est peu connue en France, elle est très réputée en Asie. C'est la première chaîne hôtelière de luxe de la région », assure Georges Panayotis, président du cabinet d'études MKG, spécialisé dans l'hôtellerie. Au printemps 1971, Robert Kuok inaugure son premier établissement à Singapour. Le groupe Shangri-La, coté à la Bourse de Hongkong et présidé par son fils aîné, Ian Kuok, gère aujourd'hui 70 établissements 5 étoiles en Asie et dans le Pacifique et a une volonté farouche de conquérir le « RDM » (reste du monde).« Les portes de la Chine se sont ouvertes, explique Brendan Inns, vice-président chargé de la communication.Les Chinois s'enrichissent vite, ils voyagent de plus en plus, pour les affaires et pour les loisirs. Notre expansion mondiale répond à leurs besoins. » Objectif : 100 hôtels d'ici à 2013. Dans les cartons, un palace à Vienne, à Londres, à Moscou, au Canada, en Mongolie, au Qatar ou aux Seychelles.« Notre adresse parisienne nous permet de positionner la marque pour la première fois en Europe, commente Vincent Le Gorrec, directeur des ventes et du marketing.La France est une destination mythique et incontournable. On dispose d'un endroit sublimement restauré, qui a une âme et une histoire, et auquel on apporte une sensibilité asiatique. On va bousculer le petit monde des palaces parisiens ! »

Le patriarche Robert Kuok a misé gros sur Paris. La note a été relevée avec des piments chinois, elle avoisine plus ou moins 300 millions d'euros !« La feuille de route était simple : créer un palace contemporain aux normes de confort actuelles (climatisation, ascenseurs, spa, piscine), tout en gardant l'esprit de la résidence privée du XIXe siècle », se souvient Claire Mabon, collaboratrice du décorateur Pierre-Yves Rochon. Facile à dire... Elle va d'abord s'appliquer à remonter le temps. Visite le château de Malmaison (la demeure de Napoléon Bonaparte et de l'impératrice Joséphine), lit des ouvrages sur l'Empire et le Directoire, fouille dans les archives en quête de tissus de l'époque. Le précédent occupant, le Centre français du commerce extérieur, composé de nombreux bureaux, avait détruit l'harmonie du bâtiment.« Il a fallu créer une réception et des alcôves pour la conciergerie. Mais la conception des chambres a été l'exercice le plus complexe, car rien n'existait, continue Claire Mabon.L'idée de départ était de créer 118 chambres. On a modifié les plans dix fois, mais c'était mission impossible. On s'est arrêté à 81 chambres... »

Pendant quatre ans, l'architecte et les décorateurs ont fait régulièrement le voyage à Hongkong, les valises débordant de croquis et de propositions. Ruth Kuok (la fille de Robert) veille à tous les détails. Elle prône un luxe non ostentatoire. Pas de couleurs trop vives, mais du bleu Nattier, du vert céladon et du jaune doré. Elle déniche peintures sur soie, vases, meubles laqués en Chine ou aux puces de Saint-Ouen.« Son goût est sûr et précis, dit Claire Mabon.Pour les tableaux, par exemple, il fallait éliminer les scènes de guerre et de chasse et les portraits de personnes connues. » Autre contrainte inédite, les règles du feng shui. Un art chinois millénaire dont le but est d'harmoniser l'énergie d'un lieu de manière à favoriser le bien-être et la prospérité de ses habitants. Un maître feng shui a choisi la date d'ouverture du palace et a posé certaines règles : jamais de miroirs face à face et pas de miroir devant les lits.« Si tout avait été visé par un maître feng shui, on aurait ouvert en 2015 ! » s'amuse Claire Mabon.

C'est la fameuse touche asiatique... Qu'on retrouve dans la carte des cocktails. Elle est parsemée d'ingrédients originaux, tels que le wasabi, la sauce soja, le poivre du Sichuan et le gingembre. Le Red Flag a tout pour être un must : vodka + soja + sel fumé + wasabi ! Les amateurs auront également le loisir d'étudier la carte d'une quinzaine de thés - les employés reçoivent une formation spécifique sur l'art de le servir. En février, L'Abeille, le restaurant gastronomique français, ouvrira ses portes. Quelques mois plus tard, le troisième restaurant de l'hôtel, le Shang Palace - gastronomique cantonais - complétera l'offre culinaire.« Quand les Français partent en voyage, ils ont envie d'un steak-frites au bout de trois jours, explique Arnaud Duhem, le directeur de la restauration.Pour les clients chinois, c'est la même chose. Nous voulons leur faire plaisir, en leur proposant leurs plats préférés. » En espérant qu'ils séduisent aussi... les Français.


« Nouveaux » palaces parisiens

Le Royal Monceau

37, avenue Hoche, 8e

Ouverture : octobre 2010

139 chambres et suites; 10 appartements privés

Propriétaire : Qatari Diar

Le Shangri-La

10, avenue d'Iéna, 16e

Ouverture : 17 décembre 2010

81 chambres et suites

Propriétaire : Robert Kuok

Le Mandarin oriental

247, rue Saint-Honoré, 1er

Ouverture : juin 2011

150 chambres et suites

Propriétaire : Jardine Matheson (groupe de Hongkong)

Le Peninsula

19, avenue Kléber, 16e

Ouverture : 2013

200 chambres et suites

Propriétaire : Qatari Diar

Une nuit à 18 000 euros
Claire Meynial

Dans la suite Impériale bleu et gris (ci-contre) trône un baldaquin. Comme les autres, elle est tapissée de tissus fin XIXe, réédités par les maisons Pierre Frey et Lelièvre.

Notre préférée reste la suite Panoramique sur le toit, plus moderne et aux premières loges de Paris. Grâce aux 14 mètres de baie vitrée, on croit toucher la tour Eiffel.

Loin des centres d'affaires, certes, mais à deux doigts du mythe.

A partir de 750 E la chambre, 995 E la chambre Eiffel, 1 595 E la suite, 2 865 E la suite Eiffel, 18 000 E la suite Impériale.

L'hôtel Shangri-La à Paris

20 000 m2 de superficie totale

15 000 couverts en argent

10 000 verres

8 000 luminaires

25 000 pièces de porcelaine

10 000 m2 de tissu pour les rideaux

280 kilomètres de câbles électriques

159 fenêtres donnant sur la tour Eiffel

95 000 feuilles d'or utilisées pour la restauration des salons historiques du 1er étage

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lundi 13 décembre 2010

Club Med, l'ami chinois - Corinne Scemama

L'Express, no. 3101 - économie TOURISME, mercredi, 8 décembre 2010, p. 94,96

Fosun : retenez bien ce nom. Ce conglomérat est déjà le deuxième actionnaire du voyagiste qui prend pied dans le pays. Et ses dirigeants ont de grandes ambitions.

Il y fera sacrément froid. Mais pour rien au monde Guo Guangchang, président de Fosun, ne ratera l'inauguration, le 15 décembre, du premier village du Club Méditerranée en Chine. Ce jour-là, la réception à Yabuli (Mandchourie), station de ski réputée de l'empire du Milieu, en présence du patron du voyagiste, Henri Giscard d'Estaing, sonnera le départ de l'aventure chinoise de la marque au trident. Celle-ci passe aujourd'hui par un partenariat stratégique avec Fosun, deuxième actionnaire du Club Med avec 7,1 % du capital, et dont la participation, selon nos informations, devrait être portée à 10 % d'ici à la fin de l'année.

Une association inimaginable il y a à peine un an. Fort d'un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros, Fosun, un des principaux conglomérats chinois privés du pays, ne s'était jamais jusqu'ici intéressé au tourisme. Fondé en 1992 par quatre jeunes diplômés de l'université de Fudan (Shanghai), le groupe a commencé sa fulgurante ascension en misant sur la pharmacie avant de se lancer dans les mines d'or, l'acier, l'immobilier, puis les médias et Internet. "Ils se sont développés de manière opportuniste", souligne un expert. Profitant de la croissance exponentielle chinoise, "ils ont toujours su choisir les secteurs les plus prometteurs", ajoute André Loesekrug-Pietri, conseiller de Fosun et président du fonds d'A Capital Asia.

Lorsque le Club a recherché un partenaire local pour faire de la Chine son principal relais de croissance - avec l'objectif d'ouvrir cinq villages et de conquérir 200 000 clients d'ici à 2015 - Fosun n'était pas le premier sur la liste. Mais le groupe a su rapidement s'imposer aux yeux des négociateurs. "Nous cherchions un associé solide, montrant un véritable intérêt pour l'international", se souvient Thierry Dana, conseil du Club Med pour la Chine. Or, s'il n'est encore jamais sorti des frontières, le conglomérat peut faire valoir une assise financière exceptionnelle et une expertise dans l'immobilier, essentielle pour dénicher les meilleurs emplacements.

Guo Guangchang (voir l'encadré) et ses trois complices n'avaient "jamais entendu parler du Club Med avant le 23 mars 2010", s'amuse André Loesekrug-Pietri. Ce qu'ils désiraient avant tout ? Investir dans le luxe. Pas exactement le créneau du voyagiste. Mais ils cherchaient une nouvelle diversification. Guo a fini, au bout de deux mois et demi de palabres, par être séduit. "Le déclic a eu lieu lorsque, en visite dans un village du Club, il a vu des tables de huit personnes. Il s'est dit que cette conception des vacances correspondait à la mentalité des Chinois, connus pour se déplacer en tribu", explique André Loesekrug-Pietri.

La nature de l'accord, ensuite, a séduit les dirigeants de Fosun. Grâce à sa prise de participation, le groupe siège au conseil d'administration du Club Med et participe aux décisions à l'échelle mondiale. Il est force de proposition aussi pour construire, financer ou trouver les tours de table nécessaires à l'installation de villages en Chine.

Un accord gagnant-gagnant : il donne aux Chinois une vraie notoriété internationale et il crédibilise la stratégie de développement du Club en Asie. Laquelle pourrait s'accélérer encore. "Nous n'allons pas nous limiter à cinq villages d'ici à 2015", confiait cet été Guo Guangchang au quotidien Les Echos. Diplomate, le patron de Fosun répète qu'il s'agit d'un partenariat à long terme, amical, pour bien faire comprendre qu'il ne veut pas racheter le Club - d'ici à juin 2012, il ne peut d'ailleurs pas accroître sa participation au-delà de 10 %. Mais le jeune patron compte bien se servir de sa position d'actionnaire de référence (au côté de la Caisse des dépôts du Maroc) pour développer la marque au trident à marche forcée. Deux milliards de Chinois voyagent à l'intérieur du pays. Le pari de Fosun ? Qu'une partie d'entre eux deviennent des GM accros aux "crazy signs" et au nouveau Club "convivial et haut de gamme". En commençant, dès cet hiver, à Yabuli.



Fosun : le jeu de guo


Corinne Scemama

Ne dites pas à Guo Guangchang qu'il dirige l'un des plus grands conglomérats privés de Chine, il se croit professeur de philosophie. A 43 ans, le patron de Fosun continue de mettre en avant ses études à l'université de Fudan (Shanghai), là où il a rencontré ses trois camarades cofondateurs du groupe. Histoire de montrer que, même riche - avec 1 milliard d'euros, il est classé 20e dans la liste Forbes des grandes fortunes chinoises- il a su rester modeste. Malgré les distinctions qu'il a reçues, il continue à consulter ses collègues avant de prendre ses décisions : pour le Club Med, il a fait en sorte que chacun des associés rencontre Henri Giscard d'Estaing. Mais n'allez pas croire que ce patron adepte de tai-chi soit un doux rêveur : il a de l'ambition pour son groupe et espère atteindre le niveau de ses deux modèles, Li Ka-shing, le nabab hongkongais, et Warren Buffett, le milliardaire philanthrope.


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samedi 30 octobre 2010

Les Chinois peinent à récupérer les trésors pillés du Palais d'été de Pékin en octobre 1860

Le Monde - Culture, lundi, 1 novembre 2010, p. 19

Cent cinquante ans après le sac du Palais d'été par les troupes franco-britanniques, l'administration de tutelle du Yuanmingyuan - ou jardin de la clarté parfaite - converti aujourd'hui en parc, cherche tant bien que mal à promouvoir la restitution des objets pillés, et aujourd'hui disséminés à l'étranger, dans des musées ou des collections privées. " C'est un très long processus, qui ne fait que commencer ", dit au Monde Wu Yinghong, porte-parole du Yuanmingyuan à Pékin.

Malgré les réactions patriotiques que suscite encore dans l'opinion publique l'humiliation de la Chine au temps des guerres de l'opium, le gouvernement chinois reste visiblement en retrait. En raison de la complexité des considérations légales et historiques liées à l'événement, et aussi parce qu'il ne souhaite pas voir sa politique étrangère du moment parasitée par une question qui n'est pas jugée prioritaire.

Dans une lettre ouverte présentée lors d'une cérémonie, lundi 18 octobre, date anniversaire de l'incendie de ce qui était alors un vaste ensemble de résidences impériales sous la dynastie des Qing - la plus grande partie du pillage avait eu lieu les 7 et 8 octobre 1860 -, l'administration du Yuanmingyuan " propose aux institutions et aux individus détenteurs de reliques en provenance de l'ancien Palais d'été de les restituer ".

Elle enjoint aussi " tous les gens qui aiment la paix dans le monde à s'opposer à la vente aux enchères et au commerce de reliques du Yuanmingyuan ". Et enfin, appelle à davantage de " collaboration et de communication " autour de la protection de l'héritage du Yuanmingyuan. Désigné porte-parole pour la restitution des reliques, Jackie Chan, la vedette du cinéma hong-kongais, a été le premier signataire de la lettre, que tout visiteur de l'ancien Palais d'été pourra signer, pendant une durée d'an.

Cet appel, retransmis à la télévision de Pékin, reflète les difficultés rencontrées par les chasseurs de reliques chinois : " Chacun des palais du Yuanmingyuan contenait un inventaire détaillé des objets qu'il recelait. Mais ils ont probablement été brûlés ", signale Wang Daocheng, spécialiste de l'histoire des Qing à l'université du Peuple de Pékin, et membre de la Yuanmingyuan Society, un comité d'experts de l'ancien Palais d'été. " On connaît mal ce qui reste et où se trouvent les objets à l'étranger ", ajoute M. Wang, qui relate les difficultés rencontrées par une mission d'universitaires chinois partis aux Etats-Unis en novembre 2009 : " Les musées pensaient qu'ils étaient là pour récupérer des objets. Or l'idée était juste de les répertorier. Les visites qui étaient prévues en Europe et au Japon ont été repoussées, car il faut qu'elles se fassent dans un climat plus amical ", explique-t-il.

Principale résidence des empereurs mandchous, qui ne demeuraient qu'occasionnellement dans la Cité interdite, les quelque deux cents palais et pavillons du Yuanmingyuan regorgeaient de calligraphies, de soie, de bijoux, de jade, de porcelaines, comme en rend compte, dans Le Sac du Palais d'été (éditions du Rocher, 2003), l'un des ouvrages les plus complets consacrés à l'événement, l'historien français Bernard Brizay, qui a compilé les témoignages de nombreux participants de l'expédition - officiers, soldats ou diplomates anglais et français.

Ces trésors forment une partie des quelque 1,64 million d'objets chinois que l'Unesco estime, selon l'agence Xinhua, dispersés à travers le monde. Leur apparition dans des ventes aux enchères est susceptible de déclencher l'alarme en Chine, comme en février 2009, lors de la vente par Christie's de deux têtes de bronze provenant d'une fontaine du Palais d'été, appartenant à la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent : le marchand d'art chinois qui s'en porta acquéreur ne put payer et sa tentative de récupération des têtes - dont rien n'atteste toutefois qu'elles furent emportées par les troupes franco-britanniques - se solda en fiasco pour la Chine.

" Racheter des objets, comme les têtes du zodiaque - quatre autres têtes provenant de la fameuse fontaine, qui en comportait douze, sont au Poly Art Museum, à Pékin - , fait s'envoler les prix. Le Bureau national du patrimoine culturel a donc demandé l'an dernier aux musées de ne plus acheter ! ", explique M. Wang.

Quant aux négociations intergouvernementales, elles buttent sur le délai maximum de cinquante ans prévu par les traités internationaux pour la réclamation d'objets antiques volés ou exportés illégalement. " La seule voie est celle du don de la part des détenteurs ", affirme l'expert, citant le cas d'une compagnie d'assurances américaine qui avait acquis la fenêtre d'un pavillon en cuivre et l'a rendue à la Chine. Ou d'une famille de NéoZélandais, venus le 18 octobre, faire don de vases qu'ils avaient hérités de leurs ancêtres...

Brice Pedroletti

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jeudi 28 octobre 2010

TOURISME - Anhui, voyage dans le temps - Claire Meynial

Le Point, no. 1989 - Voyages, jeudi, 28 octobre 2010, p. 142,143

Faste passé. A la découverte des villages Ming et Qing, dans la Chine d'antan.

Wang Yong-rong, 80 ans, passe le rasoir sur la nuque de son client, 86 ans. La chaise de barbier défoncée trône entre des panneaux de bois ciselé. Au mur, un portrait de Mao. Le coiffeur n'obtint-il pas sa maison du Guomindang, qui avait expulsé une riche famille de Chengkan ? Des Ming (1368-1644) jusqu'au milieu des Qing (1644-1912), l'Anhui prospéra grâce au commerce des « quatre trésors du lettré », encore vendus dans la Vieille Rue de Tunxi. Papier, encre, pierre et pinceau s'étalent dans les maisons à pignons en forme de tête de cheval. Avant d'être punis par la Révolution culturelle, les marchands édifièrent de grandioses villas et entrèrent en confucianisme.

Intégrité, charité, piété filiale, chasteté... les sept paifang, arches honorifiques de Tangyue, prouvent que la famille Bao respectait ces vertus. La troisième célèbre la femme de Bao Wenling, vingt ans de veuvage et pas un amant. Puis l'Anhui aligna les lauréats aux concours mandarinaux dont l'académie de Hongcun forma des cohortes. Les Chinois hilares y posent sous les linteaux ajourés représentant de la glace brisée : il fallait étudier malgré le froid. Dehors, une grand-mère lave son linge dans les eaux troubles du lac du Sud. Selon le fengshui, qui a dicté les plans de Hongcun, il représente l'estomac d'un buffle. Les canaux figurent ses intestins, les ponts, ses pattes et la colline, sa tête. Des peintres en herbe s'exercent devant l'étang de la Lune, gommant les touristes attirés par le décor de « Tigre et dragon ». Ang Lee a tourné ici et à Nanping, village de 1 100 ans où Zhang Yimou a aussi réalisé « Ju Dou ». Il est midi, les habitants rentrent des champs. Certains, accroupis devant leur porte encadrée de banderoles du Nouvel An, mangent des nouilles. D'autres posent riz, légumes et porc sur les tables ouvragées. Ils touchent un pécule pour laisser entrer les visiteurs. A Xidi, 224 demeures Ming et Qing ont survécu : murs chaulés, tuiles bleu-gris, puits de lumière et étang. Sur la console, une horloge, un vase et un miroir, signifiant par homophonie « Pour toujours, paix et sécurité ». Dans les huit maisons reliées des Wang, à Guanlu, le dédale de salons raffinés contraste avec la triste modernité. Des posters sont punaisés sur les boiseries, les câbles du poste télé grimpent sur les colonnes, un tas de grains attend dans la cuisine. Le propriétaire, un membre du PC local, calligraphie avec soin. Entre deux âges, l'Anhui est comme la brume sur les falaises de Huangshan piquées de pins centenaires. Paysage d'estampe, Chine d'un autre temps.

Encadré(s) :

Carnet pratique

Y aller

Paris-Shanghai. 11 h de vol puis Shanghai-Tunxi/Huangshan, 1 h de vol. Air France, 36.54, www.airfrance.fr, puis China Eastern Airlines.

Maison de la Chine. Eloge de la Chine ancienne, 10 j. depuis Shanghai, base 2 à partir de 1 520 E/pers. Ch. double, petit déj., transferts, vols, train, excursions et visites avec chauffeur et guides. 01.40.51.95.00, www.maisondelachine.fr.

Dormir

Hôtel international de Tunxi. Pas de charme particulier pour cet hôtel tout neuf, parfait à la sortie de l'avion et pour rayonner dans la région. A 5 min en taxi de la Vieille Rue. Ch. très propres, bien équipées. A partir de 460 RMB (env. 50 E). 31, Huang Shan Road. (86) 559.256.5678.

Maison d'hôtes Zhulanjiuba.« La barrière des cochons » est une maison en ruine, vieille de 400 ans. Ch. petites, confort modeste, le luxe réside dans la situation, à Xidi, classé au patrimoine de l'Unesco. 5 ch. (demander la suite), jolie terrasse, vraie expérience chez l'habitant. Le personnel ne parle pas l'anglais. http://blog.sina.com.cn/zhulanjiuba (en chinois, mais donne une idée des chambres). A partir de 300 RMB (env. 33 E). (86) 559.5154555.

Maison d'hôtes de Bishan. La deuxième maison de Mme Han Yu, plus spacieuse et vieille de 200 ans. 9 ch., pour certaines joliment décorées (lits traditionnels), une suite avec mezzanine dans ce qui fut la salle d'étude des enfants de la famille. Pièce principale meublée comme les maisons des marchands, avec pendule, miroir et vase. Maison de thé dans le jardin, salons sous la toiture, terrasse, salle de lecture, très bonne cuisine. Pas plus d'anglais. A partir de 600 RMB (env. 65 E). Anhuisheng Huangshanshi Xidixian, Bishan Zen. (86) 559.515.4555.

Ming Qing Huizhou. Huangzhong. 28 chambres dans ce petit hôtel ouvert par un peintre de la région. Si les ch. standard sont neutres, la décoration des suites est réussie. Agréable jardin, où le propriétaire a disposé des pierres sculptées de caractères chinois. 480-880 RMB (62-95 E). Yi County. (86) 559.2079.555.2099.

Se restaurer

Yi Lou. Dans la Vieille Rue de Tunxi, une excellente occasion de tester des plats de toute la Chine, comme les raviolis du Nord. Grande fraîcheur des produits, vaste choix, lieu apprécié des touristes (la Vieille Rue est le seul intérêt de Tunxi), mais aussi des familles locales. Env. 100 RMB (11 E).

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mardi 19 octobre 2010

En Chine, le sac du Palais d'été est commémoré en toute discrétion

La Croix, no. 38795 - Culture, lundi, 18 octobre 2010, p. 21

Cent cinquante ans après sa destruction, le site de l'ancien Palais d'été mal valorisé prouve le manque d'intérêt du gouvernement chinois pour son patrimoine culturel.

Sur les sentiers de l'ancien Palais d'été, au nord-ouest de Pékin, les touristes enjambent quelques ruisseaux sous les ombrages. Cette promenade bucolique est pourtant bien loin de restituer ce qui fut jadis l'une des splendeurs de la Chine impériale. De ce joyau architectural et paysager, mis à sac et incendié par les troupes franco-britanniques le 18 octobre 1860, il ne reste aujourd'hui plus que quelques colonnades en ruine et des fondations fissurées.

Pourtant, de nombreux Chinois demeurent très attachés à ce site, et le sac du Palais reste perçu, cent cinquante ans plus tard, comme un viol barbare de leur culture. « Les Français et les Anglais ont agressé et détruit notre beau palais, nous ne pourrons jamais l'oublier ! » s'emporte un vieux touriste, tandis qu'une femme renchérit en qualifiant « d'animaux » les responsables du saccage. Si le ressentiment anti-européen reste aussi virulent, c'est que le souvenir de ce violent épisode de la fin de la seconde guerre de l'opium est inculqué à l'école dès le plus jeune âge, et entretenu par les médias.

À tel point qu'en février 2009, la mise aux enchères par Pierre Bergé de deux têtes de bronze pillées dans le palais, avait déclenché une vive protestation de la part de la Chine. Une colère largement attisée par la presse officielle dans un contexte de tension diplomatique avec la France.

Cette année, le ton est radicalement différent. Les médias sont même quasi muets. D'abord parce que les relations franco-chinoises se sont beaucoup réchauffées. Ensuite, parce « qu'on ne fête pas l'anniversaire d'une humiliation », glisse un historien pékinois. Peut-être aussi parce que les responsables du parc du Yuanmingyuan (le nom chinois du Palais d'été) se font très discrets depuis l'abandon en septembre de l'inventaire mondial des objets volés lancé en grande pompe un an plus tôt. Un échec dû, officiellement, à un manque de financement, mais que l'un des six experts de la mission, cité anonymement par le site d'information Allaboutnews.net, explique autrement : « La tâche est simplement trop difficile. » La Chine estime à 1,5 million le nombre d'objets du palais éparpillés dans près de 50 pays...

« À peine 130 éléments sont exposés ici, explique Liu Yang, un conservateur à l'Académie de recherches historiques de Pékin. Et ce sont des débris sans aucune valeur. » Rien de comparable avec la somptueuse collection de pièces issues du pillage, conservée au château de Fontainebleau et dont une photographie est accrochée au mur. Le jeune homme ne s'en offusque pas : « La seule chose qui compte, c'est que ces trésors soient bien préservés. »

Il fait partie de ces Chinois qui ne militent pas pour le retour des pièces éparpillées. Une jeune historienne à Pékin, explique, sous couvert d'anonymat : « Si ces pièces n'avaient pas été envoyées en Europe, il est probable qu'elles auraient été détruites par les Japonais pendant la guerre, ou par les Chinois eux-mêmes pendant la Révolution culturelle. Au moins, en France, elles sont bien protégées. » Et de poursuivre, très critique : « Il n'y a aucun système efficace de protection du patrimoine culturel en Chine, car le seul objectif du gouvernement est d'investir dans des activités qui rapportent de l'argent », explique-t-elle.

Signe de ce désintérêt des autorités, il y a encore quelques années, le palais était presque laissé à l'abandon. Autour de la partie accessible au public, qui ne représente qu'une toute petite partie des 350 hectares du site originel, des paysans avaient commencé à cultiver la terre, avant d'être récemment expulsés sous la pression indignée du public. De temps à autre, d'ambitieux projets se font jour, dont l'idée d'une reconstruction du palais à l'identique. Écartée par le gouvernement, elle garde des partisans actifs. « Ce n'est tout simplement pas possible, rétorque la jeune historienne de Pékin, parce que nous ne savons pas précisément à quoi ressemblait le palais originel. »

La construction d'un musée présentant la globalité du site est aussi régulièrement évoquée. « Mais nul ne sait si ça se fera un jour, notamment en raison du financement. », note Liu Yang, avocat spécialisé dans le rapatriement des antiquités chinoises (homonyme du premier). Même scepticisme à propos du projet de restauration de l'entrée d'origine du Palais d'été... Pour l'instant, seule une reconstitution en images de synthèse des édifices originels est en cours à l'université de Tsinghua.

RAMBAUD Manuel

PHOTO - Visitors walk along the 728m Long Corridor of the Summer Palace in Beijing September 11, 2010. The Summer Palace, which was built in 1750 as an imperial garden and temporary palace of the royal family in the Qing Dynasty, was burned down by the Anglo-French forces in 1860 and rebuilt in 1888.

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mercredi 7 juillet 2010

REPORTAGE - Les touristes se pressent à Tumen, en Chine, balcon sur la Corée du Nord

Le Monde - International, mardi, 6 juillet 2010, p. 6

Location de télescopes, vente de bibelots, cigarettes, et même escapades en radeau vers l'autre rive, tout un commerce s'est développé côté chinois.

Elle est si calme cette frontière, si paisible dans la torpeur d'un après-midi de juillet. On a du mal à s'imaginer que là-bas, passé la rivière Tumen, commence un autre monde. Entre la ville chinoise du même nom et Namyang la nord-coréenne, de l'autre côté du pont, deux univers se font face.

Côté chinois, Tumen aligne les bâtiments modernes de sa douane, ses parcs, ses immeubles récents et jouit d'une vie nocturne relativement animée compte tenu de son éloignement des grands centres. Le soir, le petit peuple vient déguster des brochettes sur la promenade en lorgnant vers la Corée du Nord. De jour, un commerce bizarre s'est développé pour les touristes, dont beaucoup en provenance de Corée du Sud, venus éprouver une sorte de frisson devant le pays interdit : outre des télescopes loués l'équivalent d'un demi-euro pour observer l'autre rive, on y achète de méchants bibelots, des cigarettes nord-coréennes, mais aussi russes - la frontière de la Fédération de Russie n'est qu'à une heure et demie de route, plus à l'est - dont les paquets sont ornés de photos de femmes nues.

Côté nord-coréen, le premier bourg de la province du Nord-Hamgyong semble figé : dans Namyang, on aperçoit quelques immeubles un peu décrépis, des balcons où sèche du linge, seul signe visible, même à la jumelle, de la présence d'êtres humains. Pour le reste, on dirait un gros village abandonné. La nuit, de rares lumières y clignotent.

Sur la route qui longe la frontière, un pont dynamité par les Japonais lors de leur débâcle en 1945 forme un balcon au-dessus de la Corée du Nord. Sur la rive ensablée, on voit un paysan conduire un char à boeuf. L'atmosphère est d'une absolue tranquillité. Aucun soldat n'est visible, de part et d'autre. Sur la berge opposée, nulle trace de mécanisation, de route goudronnée. Une drôle de pancarte bilingue demande, en chinois et en coréen, au voyageur voyeur : « Prière de ne pas se moquer des gens de l'autre côté »...

Plus au sud, le long de la Tumen, en face d'une petite gare nord-coréenne où l'on distingue le portrait de Kim Il-sung, père de la patrie nord-coréenne et de l'actuel dirigeant Kim Jong-il, une poignée d'enfants s'éclaboussent en riant dans la rivière, large d'à peine quelques dizaines de mètres. Tout près du rideau de fil de fer barbelé construit côté chinois.

Pékin a une obsession et c'est l'une des raisons de son soutien à Pyongyang : empêcher, en cas de déstabilisation du régime, l'arrivée en masse de réfugiés. En de nombreux endroits de la frontière, les soldats chinois ont érigé des kilomètres de palissades. Une bien faible barrière, cependant, qui n'empêche pas des réfugiés fuyant la misère et la faim de passer en territoire chinois. Souvent, des Nord-Coréens traversent nuitamment la rivière pour quelques heures afin de rapporter de la nourriture. Côté chinois, la « préfecture coréenne autonome de Yanbian », une région qui compte 39 % d'habitants d'origine coréenne, établis là depuis des lustres, est pour les gens venus de l'autre côté la promesse d'un soutien non négligeable, ne serait-ce que sur le plan linguistique.

Début juin, beaucoup plus au sud, près de la ville frontalière de Dandong, une fusillade a rompu le calme habituel de la frontière : des soldats nord-coréens ont tiré sur des trafiquants chinois, sans doute en train d'échanger de la nourriture contre du cuivre. Trois sont morts. Pékin a réagi de manière inhabituellement abrupte contre son allié de Pyongyang, dont l'économie est sous perfusion chinoise. La Corée du Nord a présenté de plates excuses. Un journal de Chine a spéculé sur l'incident en laissant entendre que les gardes-frontières incriminés auraient pu confondre les Chinois avec « des espions sud-coréens ». Certaines informations font plutôt penser que ces derniers se seraient enfuis après une altercation avec un soldat nord-coréen qu'ils payaient, mais peut-être plus assez, pour les laisser se livrer à leurs petites affaires...

A Tumen, tout près du pont enjambant la rivière, un autre commerce s'est développé : une Chinoise a fait construire de petits radeaux pour touristes. Avec l'accord des autorités locales nord-coréennes, des gondoliers à chapeau conique emmènent les voyageurs pour une courte escapade le long de la Corée du Nord. Il n'y a rien à y voir, car la rive est de ce côté obstruée par une épaisse végétation, mais cela n'a pas d'importance, les affaires de Mme Zhang marchent bien. Chinois et touristes sud-coréens sont ravis d'aller faire une balade le long de l'une des frontières les plus mystérieuses du monde. « Vous ne les voyez pas, explique la dame en désignant l'autre rive, mais ça fourmille de soldats enterrés dans des trous. Il y a quelques années, ils sortaient quand les touristes arrivaient. Les Sud-Coréens, souvent, leur jetaient de la nourriture. C'est fini, les autorités nord-coréennes nous ont dit par l'intermédiaire de la police chinoise que tout contact entre touristes et soldats était désormais interdit. »

Ce qui n'est pas fini en revanche pour Mme Zhang, c'est le juteux petit business entre elle et des Nord-Coréennes qui lui vendent un vin de riz douceâtre, opaque et blanc, qu'elle fait déguster bien frais à ses clients. « Elles le concoctent à la maison », dit-elle en brandissant une morue séchée, qui vient, elle aussi, de Corée du Nord...

Des informations alarmantes filtrent depuis l'autre côté. Selon un homme d'affaires qui se rend régulièrement en Corée du Nord et demande à garder l'anonymat, de graves pénuries alimentaires affectent de nouveau cette province. Il montre la photo d'un homme d'une effrayante maigreur qu'il a prise lui-même au printemps. « La situation alimentaire est désastreuse, surtout depuis quelques mois, dit-il. Ça me fait penser aux années 1990. » A l'époque, entre 600 000 et un million de Nord-Coréens sont morts de faim. L'homme voit plusieurs raisons derrière ces graves pénuries : « les mauvaises récoltes, la gestion désastreuse de l'agriculture par le régime, la réévaluation du won, la monnaie nord-coréenne, qui a ruiné beaucoup de gens, l'impact des sanctions internationales et de celles adoptées par la Corée du Sud », en mai, après le torpillage, dont elle accuse Pyongyang, d'une corvette sud-coréenne, qui avait fait quarante-six morts.

Bruno Philip

PHOTO - Chinese tourists look across the border to North Korea on "Broken Bridge" in Dandong on May 26, 2009 which used to connect China and North Korean before it was bombed by the US during the Korean war and is now a tourist attraction on the Yalu River. North Korea will "pay a price" if it continues to carry out nuclear weapon and missile tests in violation of international law, US ambassador to the United Nations Susan Rice said in reaction to Pyongyang test-firing two short-range missiles on May 26.

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mardi 15 juin 2010

DOSSIER - Le titre Club Med s'envole après l'entrée au capital du chinois Fosun

Les Echos, no. 20698 - Services, mardi, 15 juin 2010, p. 26

Après une hausse du titre de 9 % vendredi suite à l'annonce du retour aux bénéfices après deux ans de pertes, la prise de participation du conglomérat chinois Fosun, rendue publique dimanche, a de nouveau fait grimper la valeur de plus de 7 % hier à Paris, sur la promesse d'une croissance accélérée en Chine.

Hier à la Bourse de Paris, le titre Club Med s'est envolé, terminant en hausse de 9,13 %, à 13,75 euros, après l'annonce la veille par le groupe touristique de l'arrivée dans son capital du conglomérat chinois privé Fosun, à hauteur de 7,1 %. Les deux groupes ont, par ailleurs, noué un « partenariat stratégique » pour la construction et l'exploitation de complexes touristiques haut de gamme en Chine. Vendredi, l'action s'était déjà appréciée de plus de 9 %, après la présentation des comptes du premier semestre de l'exercice en cours, marqués par un retour au profit après deux ans de pertes (« Les Echos » du 14 juin).

Pour Anne Bonal, analyste chez Gilbert Dupont, ce partenariat « est une bonne chose car Fosun a fait part de sa volonté de rester actionnaire du Club Med sur le long terme, ce qui consolide la structure capitalistique de ce dernier et lui permet d'accélérer l'ouverture de ses villages chinois ». L'analyste souligne, par ailleurs, que Fosun est très présent dans l'immobilier, ce qui est bien en phase avec le choix de la firme au trident de privilégier l'« asset light », c'est-à-dire d'opérer en contrat de management plutôt qu'en propriété. Le conglomérat chinois intervient aussi dans les médias et la communication, « ce qui va faciliter la distribution des produits Club Med en Chine en faisant connaître la marque et favoriser l'essor de la clientèle chinoise dans les autres villages de par le monde », poursuit Anne Bonal, qui se félicite que tous les clignotants opérationnels et financiers soient au vert. Elle s'attend en outre à des tensions sur le titre dans les prochains mois, Fosun ayant fait part de son souhait de monter encore au capital.

Actionnaires propriétaires

« Cette percée sur la Chine, cela fait plus d'un an que le Club Med en parlait », observe de son côté Sébastien Valentin, analyste à la Société Générale, qui estime ce mouvement « positif non seulement au regard de la présence renforcée que cela donne au groupe dans ce pays, mais aussi comme validation de la stratégie à long terme du PDG, Henri Giscard d'Estaing, de créer des partenariats avec des actionnaires propriétaires comme avec Fipar ou Rolaco ». Depuis 2004, le patron du Club Med opère une montée en gamme qui s'est traduite par une cinquantaine de fermetures de villages et par la rénovation de plus de 70 autres. Du coup, le courtier s'est fixé un objectif de cours à 18 euros.

« La Chine offre un grand potentiel au niveau touristique, avec des revenus globaux estimés à plus de 120 milliards d'euros et une croissance à deux chiffres », renchérit de son côté Jean-Marie Lhomé, d'Aurel BGC. Or la marque au trident veut faire de l'empire du Milieu son deuxième marché après la France, d'ici à fin 2015. Pour y parvenir, il a déjà prévu d'inaugurer en novembre dans la station de ski réputée de Yabuli au nord-est du pays, un hôtel de luxe de 284 chambres, propriété de Melco China Resorts (Wisecord Holding), et étudie un projet de village balnéaire ainsi qu'un autre site « découverte ». L'objectif est d'ouvrir 5 « villages » haut de gamme, toujours à l'horizon de 2015 et d'y attirer 200.000 clients chinois contre un peu plus de 30.000 pour 2010. Selon Guo Guangchang, le président du conseil d'administration de Fosun, les visées du Club Med rejoignent la stratégie de son groupe d'investir dans les secteurs porteurs de l'économie chinoise. La direction du groupe français se réserve toutefois la possibilité, tout en entretenant des relations privilégiées avec Fosun, de collaborer avec d'autres partenaires chinois pour la réalisation de ces complexes touristiques.



Le marché touristique progresse de 22 % par an en moyenne dans le pays - Martine Robert

Les Chinois sont désormais quatrième au classement mondial des touristes qui dépensent le plus. Reste à savoir s'ils se laisseront séduire par le concept « tout compris » du Club Med.

Le marché chinois du tourisme est passé de 228 millions d'euros en 1978 à 115 milliards en 2008, soit une croissance annuelle de 22 % en moyenne depuis trente ans. En 2020, ce secteur devrait représenter 11 % du PIB de la Chine, soit 360 milliards d'euros. « Nous intéressons beaucoup les autorités politiques comme les acteurs économiques chinois car le marché des vacances reste à développer, avec un potentiel énorme. Notre notoriété et notre puissance commerciale nous permettent de "créer" une destination en un an alors qu'un village ne fait généralement pas le plein avant quatre à cinq ans », explique Anne Yannic, directeur général France, Belgique et Suisse du Club Med.

Cette année, le nombre de voyages domestiques est estimé à 2,1 milliards. Une quinzaine de « corners Club Med » ont déjà été implantés dans des agences de voyages chinoises et un site Internet dédié, doté d'un moteur de réservation, sera lancé cette année. Mais la marque au trident compte aussi sur sa nouvelle vitrine à Yabuli pour donner aux Chinois l'envie d'aller séjourner dans ses autres resorts, notamment en Asie où elle est bien implantée. Car le nombre de Chinois voyageant à l'étranger est en plein boom.

Une manne alléchante

En 2009, plus de 42 millions d'entre eux ont franchi les frontières nationales, soit une hausse de 5,2 % par rapport à 2008. Ils étaient moins de 7 millions en 2001. Cette manne est d'autant plus alléchante que, d'après des statistiques chinoises, les dépenses globales de ces voyageurs ont connu l'an dernier une hausse de 21 % sur un an, pour s'établir à 43,7 milliards de dollars. Les Chinois sont désormais quatrième au classement mondial des touristes qui dépensent le plus.

Seul bémol : rapportées au nombre de voyageurs, les dépenses restent limitées à 1.000 dollars par personne. Et ces voyageurs sont encore très dépendants des tour-opérateurs : souvent pris en charge par des réseaux chinois, ils dorment dans des hôtels à petit budget, font de même sur le plan de la nourriture, et réservent leur argent pour les achats de souvenirs et de cadeaux, souvent des produits de luxe.

Itinérants et économes aujourd'hui, les Chinois sauront-ils se laisser séduire demain par le concept « tout compris haut de gamme by Club Med », cher à Henri Giscard d'Estaing ? Pour l'analyste de la Société Générale Sébastien Valentin, le risque est modéré car le Club Med vise une niche : essentiellement celle de familles chinoises aux revenus élevés. Ce qui doit représenter autour de 0,2 % seulement de la population totale.


Un conglomérat dénicheur de tendances en Chine - Yann Rousseau

Le groupe, qui veut internationaliser ses investissements, a toujours tenté de coller aux nouveaux besoins de la classe moyenne chinoise.

Dès janvier, les cadres de Fosun avaient laissé entendre qu'ils préparaient des investissements spectaculaires à l'étranger. Expliquant alors au « Wall Street Journal » que la consommation de la population chinoise allait prochainement avoir des répercussions considérables sur l'économie mondiale, Liang Xinjun le PDG du conglomérat, avait révélé qu'il comptait entrer au capital de sociétés occidentales ou japonaises cherchant à pénétrer un marché local souvent difficile à décrypter. « Dans les prochaines années, nous allons assister à une révolution de la consommation », avait martelé le dirigeant, dont le groupe a toujours basé sa réussite sur l'anticipation des grands bouleversements de l'économie chinoise.

En 1992, lorsqu'ils ont réuni 4.000 dollars pour initier Fosun, les quatre fondateurs du groupe, qui s'étaient rencontrés sur le campus de l'Université de Fudan à Shanghai, avaient immédiatement décidé de miser sur la conversion progressive du pouvoir communiste au capitalisme. Ils ont dès lors guetté les nouveaux besoins de la classe moyenne chinoise, tout en suivant la progressive privatisation d'industries clefs dans le pays. Guo Guangchang, le président de la structure, a d'abord poussé les investissements dans le secteur de la pharmacie, qui s'ouvrait progressivement aux entrepreneurs non étatiques, et connu ses premiers succès en commercialisant un test de diagnostic de l'hépatite A. Six ans plus tard, la filiale pharmaceutique de Fosun faisait partie des premières sociétés privées à être autorisées à s'introduire sur la Bourse de Shanghai.

Diversification

Diversifiant très tôt ses opérations, le groupe s'est aussi lancé dans l'immobilier avec sa filiale Shanghai Forte, l'un des premiers développeurs à offrir des appartements à prix modérés, puis dans le secteur minier, l'acier et enfin dans la distribution. Profitant de ses bonnes relations avec le régime communiste Guo Guangchang, qui a siégé au Congrès national du peuple de 2003 à 2008, a réussi à préserver la plupart de ses sociétés de l'appétit de contrôle de Pékin.

Souvent comparé dans le pays au puissant conglomérat Hutchison Whampoa du « tycoon » hong-kongais Li Ka-shing, Fosun aime aussi rapprocher sa stratégie d'investissement de celle de Berkshire Hathaway du milliardaire Warren Buffett. « Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de savoir ce que ces groupes ont fait, mais pourquoi ils l'ont fait », commentait, il y a quelques années, Guo Guangchang, dans le « South China Morning Post ». L'an dernier, l'homme d'affaires, âgé d'à peine quarante-trois ans, était décrit par Forbes comme la vingtième plus grande fortune de Chine. Le conglomérat affichait, lui, un bénéfice net de 4,647 milliards de yuans (560 millions d'euros) pour un chiffre d'affaires de 34,855 milliards de yuans.


Le tourisme s'ajoute à six métiers

Le conglomérat Fosun s'est bâti autour de trois métiers : la pharmacie, l'immobilier, l'acier. Fosun Pharma a été introduit en 1998 à la Bourse de Shanghai ; Shanghai Forte Land est coté à Hong Kong en 2004, tandis que Fosun Steel est né de l'acquisition en 2003 pour quelque 200 millions de dollars de la Nanjing Iron and Steel au chiffre d'affaires de 1,8 milliard de dollars, saluée à l'époque comme un coup de maître.Le groupe est également présent dans les mines, l'assurance ou les médias. Il a notamment acquis son compatriote coté au Nasdaq de New York, Focus Media, géant de la publicité digitale en extérieur.La maison mère, Fosun International, a, elle, été introduite à Hong Kong en 2007.

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