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jeudi 3 novembre 2011

Hubert Védrine : « Respecter le peuple grec »


Charente Libre - Toutes Actualités, jeudi 3 novembre 2011, p. 40

Dans une interview exclusive, l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine défend l'initiative du Premier ministre Grec et met en garde contre «l'arrogance» des dirigeants européens. Hubert Védrine donne ce soir une conférence à Poitiers sur le thème: «L'Europe face à la crise».

Le coup d'éclat de Papandreou est-il légitime ?

Hubert Védrine. Sa démarche est aussi légitime que celle du Bundestag qui exige de prendre sa part à la décision européenne. Jusqu'ici, Papandreou a fait preuve d'un courage extraordinaire. Personne n'aurait pu assumer des mesures aussi impopulaires en Grèce où il y a déjà eu treize grèves générales. Il faut avoir une légitimité politique forte pour pouvoir convaincre les gens d'accepter des mesures aussi rigoureuses, même si elles sont totalement justifiées. Avec sa très courte majorité, Papandreou a pris l'initiative du référendum pour se sortir d'un piège politique total. Si on veut que le «oui» l'emporte, il faut que les dirigeants européens arrêtent de prendre un ton arrogant et paternaliste pour «convoquer» Papandreou et affirmer qu'il est «déloyal». Les nations et les peuples d'Europe sont encore souverains, même s'ils ont délégué une part de leur souveraineté. Et il serait inacceptable que les Etats-membres de l'UE perdent le pouvoir de voter leurs budgets au profit d'une gestion technocratique au niveau supranational. Face à la révolte grecque, les fameux ministres des Finances d'une virtuelle Europe «fédérale» n'auraient pas tenu quinze jours. Il faut respecter le peuple grec et trouver des arguments dans le calme pour que les Grecs puissent comparer les conséquences du oui et du non au référendum.

Existe-t-il néanmoins un risque réel que la Grèce sorte de la zone euro ? Quelles seraient les conséquences pour les autres membres ?

Oui, bien sûr. Si c'est «non», cela signifiera qu'il n'y a plus personne capable de faire accepter par le peuple grec les sacrifices que les pays européens demandent en échange de leur aide. La Grèce est un petit pays et son retrait ne serait pas de nature à mettre en péril l'ensemble de la zone Euro. Les pays les plus importants, à commencer par l'Allemagne, ne peuvent pas prendre le risque de voir disparaître l'Euro. Si l'Allemagne se retrouvait avec un Mark qui serait alors énormément réévalué, ses exportations s'effondreraient.

Il y a un intérêt vital des uns et des autres à trouver une solution. Et si on est obligé finalement de gérer la sortie de la Grèce il faut le faire sans tomber dans des convulsions verbales.

Les craintes soulevées par la participation de la Chine au sauvetage de l'Euro sont-elles justifiées ?

Elles sont très exagérées. Nous sommes contents que la Chine investisse à l'extérieur et que nos entreprises trouvent des marchés en Chine. On ne peut pas être horrifiés a priori que la Chine entre, avec d'autres pays émergents, dans le fonds annexe au Fonds de soutien européen. La question et savoir comment fonctionnera ce Fonds.

Propos recueillis par Dominique Garraud

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vendredi 18 mars 2011

Hubert Védrine : «Protéger un peuple qui appelle à l'aide»

Libération - Événement, vendredi, 18 mars 2011, p. 89

Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, apporte son soutien à une intervention en Libye.

Ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002 sous le gouvernement de Lionel Jospin, Hubert Védrine a souvent critiqué la théorie du devoir d'ingérence. En 2003, il avait condamné l'invasion américaine en Irak. Il explique à Libération pourquoi, aujourd'hui, il soutient une intervention en Libye.

Faut-il intervenir en Libye ?

Il aurait fallu le faire plus tôt, il y a une dizaine de jours, quand son camp était groggy, pour dissuader Kadhafi de lancer sa contre-attaque. Je pense qu'il aurait alors suffi d'afficher une détermination, peut-être même sans avoir à frapper des aérodromes militaires, ou alors très peu, pour être efficaces. Encore aujourd'hui, ne rien faire serait lourd de conséquences. Le monde arabe tout entier observe ces événements dont le déroulement pèsera sur la suite dans un sens ou dans l'autre.

Par le passé, notamment en 2003 au moment de la guerre d'Irak, vous avez pris position contre le devoir d'ingérence. En quoi la situation libyenne est-elle différente ?

Parce qu'il ne s'agit pas d'un caprice idéologique ni d'un prétendu plan d'imposition de la démocratie par la force, mais d'une situation de détresse. J'ai toujours été hostile au concept français, contre-productif, de «droit» ou de «devoir» d'ingérence, très peu différent de ce qu'ont fait pendant longtemps les puissances coloniales qui prétendaient toujours intervenir au nom de la «civilisation». Le devoir d'ingérence est un concept très unilatéral, du Nord vers le Sud, qui avait d'ailleurs coalisé contre lui presque tous les Etats membres des Nations unies. Il y a dix ans, j'avais soutenu Kofi Annan et le grand diplomate algérien Mohamed Sahnoun, qu'il avait chargé d'une mission sur le sujet, quand ils avaient proposé à l'Assemblée générale, en substitut à la notion d'ingérence, la notion de «responsabilité de protéger». On peut critiquer, ou refuser, l'ingérence; en revanche, il est difficile de refuser de protéger un peuple qui appelle à l'aide contre un régime ubuesque ! Ou alors le discours sur la «communauté internationale» est du vent !

Au Kosovo en 1999, j'avais considéré que nous ne pouvions plus ne pas agir, et je l'avais assumé tout en disant que c'était «une exception, pas un précédent». En Irak, en 2003, évidemment non, il n'y avait à la guerre de George W. Bush aucune justification autre que mensongère, sinon les arrière-pensées des néoconservateurs. En Libye en ce moment, oui, notre responsabilité de protéger est engagée.

Le Conseil de sécurité devait se prononcer hier soir sur des mesures de protection des populations civiles comprenant des frappes militaires, mais excluant une force d'occupation au sol. Les pays arabes en seraient partie prenante. Que vous inspire ce dispositif ?

C'est très important que la Ligue arabe se soit montrée courageuse, certains pays arabes encore plus. Je veux croire qu'il n'est pas trop tard pour bâtir une coalition ad hoc, donc pas «Otan», pas uniquement occidentale, agissant ponctuellement à la demande d'insurgés libyens contre un pouvoir répressif dont le monde arabe s'est totalement démarqué. C'est urgent.

En cas d'intervention, comment éviter que ne se reproduise le chaos irakien ?

Personne ne défend, me semble-t-il, l'idée d'une intervention terrestre et durable type «Irak 2003», qui est le contre-exemple parfait, et qui a sûrement contribué à inhiber Obama trop longtemps. S'il y a une action en Libye, ce sera juste pour protéger des populations courageusement insurgées d'une répression violente. Le reste est l'affaire des Libyens. Les pays arabes l'entendent certainement ainsi.

La position très en pointe de la France est à la fois louée et critiquée : selon vous, l'erreur de Paris a-t-elle été de se précipiter ou de ne pas aller assez vite ?

Sur le fond, la fermeté française n'est pas critiquable, au contraire. La méthode - diplomatie de perron, annonces prématurées... - n'a pas été la meilleure. Au-delà de cela, mises à part la Grande-Bretagne et une disponibilité arabe nouvelle, il y a eu l'hésitation américaine, les atermoiements européens, le refus de principe russe et chinois, le blocage allemand ! Cela faisait beaucoup. Mais si Alain Juppé réussit à obtenir cette nuit, à New York, le vote d'une résolution qui demande de protéger les civils «par tous les moyens», la situation peut peut-être encore être renversée. Il le faut. À défaut, cette tragédie libyenne va peser négativement sur la suite des révoltes arabes, encourager les répressions, fragiliser les démocratisations et souligner l'impuissance occidentale et internationale. Si c'est l'inverse, les perspectives de démocratisation - long et difficile processus ! - seront meilleures. Mais cela restera la responsabilité des peuples arabes eux-mêmes.

Propos recueillis par Eric Aeschimann, Marc Semo

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jeudi 27 janvier 2011

OPINION - Les Européens se sentent dépossédés de leur pouvoir politique et démocratique

Libération - Rebonds, vendredi, 21 janvier 2011, p. 25

Sortir de la fâcherie, rien de plus nécessaire pour que l'Europe reparte d'un bon pied. Commençons par parler vrai. Ce n'est pas l'Europe qui a «fait la paix», mais les Etats-Unis, avec l'URSS. Des leaders européens ont ensuite tiré parti de cette situation pour créer entre les peuples d'Europe des solidarités, afin d'empêcher tout retour à la guerre. Mais il n'y avait plus de risque de conflit entre pays européens, ne serait-ce que parce qu'ils étaient tous engagés dans des alliances contrôlées de l'extérieur. La construction européenne ne s'est pas faite grâce à l'enthousiasme des peuples. Ils n'en ont même jamais fait la demande, ils avaient d'autres soucis. Ce sont les gouvernements démocratiques et des avant-gardes intellectuelles ou politiques qui ont pris les initiatives clefs : la création de la Ceca en 1950, le traité de Rome en 1957.

La première raison de la fâcherie est que les Européens ne se sentent pas entendus, voire se sentent dépossédés, même si les décisions européennes sont ratifiées par les Parlements nationaux, ou européen. Lorsqu'il a fallu interroger les peuples par voie de référendum, on n'a pas tenu compte de leur réponse quand elle était «mauvaise» ! On ne peut pas s'étonner du malaise démocratique. Rien ne prouve que «intégration», panacée pour les élites, soit un mot agréable aux citoyens. Accuser de «souverainistes», comme si c'était honteux, ceux qui restent attachés à l'espace national de la démocratie est politiquement maladroit. La conquête de la souveraineté n'a-t-elle pas été une victoire de la démocratie et des peuples européens ? Parlons plutôt d'un «exercice en commun de la souveraineté» pour ne pas renforcer chez les Européens le sentiment d'être encore plus dessaisis de leur pouvoir politique et démocratique.

L'autre grande raison de la fâcherie est l'orientation ultralibérale imposée par les élites européistes et la Commission à la construction européenne dont la relance dans les années 1980, a coïncidé avec le raz-de-marée mondial de l'ultralibéralisme. Si cette construction s'était faite sans la dérégulation de Thatcher et Reagan et le consensus de Washington, et les excès idéologiques de la Commission et de la Cour de justice, l'Europe aurait pu être dans le monde le vecteur d'une vision sociale démocrate au lieu de quoi on a eu la jungle et le casino financier ! Coïncidence tragique pour l'Europe. On avait vanté aux Européens une Europe capable de les protéger de la mondialisation, tout en tirant parti de ses aspects positifs, mais ils ont le sentiment que l'Europe ne s'est montrée forte que pour démonter les systèmes de protection sociale. Les classes moyennes, qui bénéficient d'une protection sociale élevée, ont beaucoup à perdre, contrairement à celle des pays émergents, pour qui l'avenir ne peut être que meilleur. D'où la méfiance.

Il est urgent de combler ce fossé mortifère entre les élites, intégrationnistes et européistes et la population. Il faut stopper toute fuite en avant fédéraliste, y compris dans les mots. Les demandes des peuples doivent être prises en compte, sans qu'on les disqualifie comme étant des souverainistes. Les «euro-hostiles» sont peu nombreux. Il y a beaucoup d'«eurosceptiques», qui aimeraient bien être à nouveau pour l'Europe, mais n'y croient plus vraiment. Ce n'est pas en parlant de nouveaux abandons de souveraineté que l'on résorbera ce fossé. Il faut une stabilisation institutionnelle et géographique, un compromis historique Europe-nations, développer des politiques nouvelles à géométrie variable. Si l'Europe donne le sentiment de comprendre les enjeux du monde nouveau, dans quelques années, les Européens auront changé d'avis.

Par Hubert Védrine Ancien ministre socialiste des Affaires étrangères

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jeudi 11 novembre 2010

Hubert Védrine : « La guerre des monnaies est en cours »

Le Figaro, no. 20615 - Le Figaro Économie, jeudi, 11 novembre 2010, p. 17

L'ex-ministre PS des Affaires étrangères ne croit pas à un accord systématique avec la Chine.

« La guerre des monnaies est en cours. » Le stade de la menace est donc déjà dépassé, pour Hubert Védrine, invité hier soir du « Talk Orange-Le Figaro ». Alors que Nicolas Sarkozy est aujourd'hui à Séoul pour le G20, le sommet des dirigeants des principaux pays riches et émergents, l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères pointe les États-Unis « qui gèrent leur monnaie de façon économique, mais aussi politique, la Chine qui la gère de façon carrément politique et la zone euro qui la gère de façon, disons, idéaliste ». « Et ces entités, dit-il, utilisent la baisse de valeur des monnaies pour favoriser les exportations. »

Alors que la France hérite aujourd'hui de la présidence du G20, Hubert Védrine indique qu'elle proposera sans doute « la mise en place d'un système monétaire international ». « Le président ne peut pas escamoter la question, c'est une vieille position française, droite et gauche confondue... » Mais il prévient : le G20 « n'est pas un gouvernement du monde. Ce n'est pas une entité en soi. À l'intérieur, la compétition continue, chacun a sa propre stratégie, sujet par sujet. » Le mieux à espérer, estime-t-il, « c'est que les intérêts des principales entités convergent à peu près ». Pour Hubert Védrine, « c'est comme une infernale réunion de copropriétaires qui n'aurait pas de fin ».

Accords idéaux

Parmi eux : la Chine, sur laquelle « on ne peut pas faire l'impasse », reconnaît Védrine, soutenant pour partie la volonté du chef de l'État de miser sur cette puissance. « Mais on n'arrivera pas à un accord systématique avec la Chine, sur la monnaie par exemple, puisqu'ils sont largement une partie du problème », prévient-il. Pour lui, l'idéal, dans le G20, c'est « l'accord entre Européens, l'alliance avec les États-Unis aussi souvent que c'est possible, sujet par sujet, et un accord avec un ou deux des émergents ». « En commençant peut-être par les démocrates, précise-t-il, les Indiens, les Brésiliens, mais aussi la Chine. » Hubert Védrine indique qu'il faut « se protéger » du risque « complètement tragique » de voir l'Occident, « dans son Olympe », attaqué « par une coalition des émergents ».

À quelques jours du remaniement, il a en outre souhaité « bonne chance » au prochain ministre des Affaires étrangères, dont la marge de manoeuvre « est faible dans la pratique actuelle des institutions, c'est un euphémisme ».

Sophie De Ravinel

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

lundi 31 mai 2010

LITTÉRATURE - Le Temps des chimères - Hubert Védrine

Le Monde - Analyses, vendredi, 19 février 2010, p. 2

Hubert Védrine veut en finir avec le droit-de- l'hommisme européen. Sur TV5, l'ancien ministre des affaires étrangères a lancé, le 14 février, un appel : " Il faut arrêter cette évolution qui a dominé depuis vingt/vingt-cinq ans " en Europe. Elle accréditait l'idée que la politique étrangère, c'est la défense des droits fondamentaux - prioritairement.

Dans la préface de son dernier livre (Le Temps des chimères, Fayard), M. Védrine interpelle les droits-de-l'hommistes : quel bilan après un quart de siècle de prosélytisme ? La question, légitime, est adressée aux ONG, à la presse, à ceux qui ont milité pour que les droits de l'homme soient au coeur de la politique étrangère.

Le temps des chimères : Articles, préfaces et conférences (2003-2009)

Hubert Védrine observe que les Occidentaux pèsent moins dans le monde d'aujourd'hui. Ils ont perdu le monopole de la puissance économique, mais aussi celui de dire la norme du droit et de la morale. La planète se soucie de moins en moins de ce que les Américains et les Européens peuvent bien penser. Or la mise en avant des droits de l'homme, écrit-il, " découle d'une vision séculaire selon laquelle tout s'organise à partir de l'Occident ". Avec la montée de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de quelques autres, tout ne " s'organise plus autour de l'Occident ".

M. Védrine pense juste, souvent. Il a l'expérience de l'action, mais il est aussi un homme de réflexion. Il n'est pas contre la défense des droits de l'homme, il s'oppose à ce qu'elle devienne le principal déterminant des relations que l'Europe ou les Etats-Unis ont avec le reste du monde. Là, il se trompe. Il y a beau temps que les droits de l'homme ne pèsent plus guère dans la diplomatie des Etats-Unis ou des Européens. Le droit-de-l'hommisme est mort, enterré au cimetière des illusions nées de la fin de la guerre froide.

L'administration Obama dit que la relation que les Etats-Unis entretiennent avec la Chine est trop importante pour être altérée par la question des droits de l'homme. La Chine peut tout se permettre, ou à peu près. Sous patronage onusien, il y a une commission Goldstone pour juger le comportement d'Israël à Gaza; il n'y en a pas pour juger celui des forces de l'ordre chinoises au Tibet ou au Xinjiang.

Il a fallu attendre dix jours de manifestations pour que Barack Obama ait un mot de sympathie à l'adresse des Iraniens qui défient le régime de M. Ahmadinejad. Les Européens n'ont pas jugé bon de diminuer le niveau de leur représentation diplomatique à Téhéran. Pour les meilleures raisons économiques, Berlin et Paris font les yeux doux à Moscou.

Derrière la Chine, les puissances émergentes développent une conception fondamentaliste de la souveraineté nationale : pas question de s'immiscer dans leurs affaires intérieures. La nouvelle doctrine, c'est non à l'ingérence, surtout au nom des valeurs. Le relativisme culturel progresse. On prend le pari : dans ce monde-là, M. Védrine en viendra vite à regretter les droits-de-l'hommistes.

Alain Frachon


© 2010 SA Le Monde. Tous droits réservés.

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jeudi 18 février 2010

CITATION - Védrine : « Les Européens doivent recevoir ensemble le dalaï-lama »

Le Monde - International, mardi, 16 février 2010, p. 7

Alors que Barack Obama devrait recevoir dans les prochains jours le dalaï-lama à Washington, l'ancien ministre français des affaires étrangères Hubert Védrine a déclaré, dimanche 14 février, sur TV5, que « les Européens devraient recevoir tous ensemble » le chef spirituel tibétain, « une fois par an, par exemple en marge d'un Conseil européen ». M. Védrine estime, pour autant, que tout discours des Occidentaux sur les droits de l'homme en Chine ne « doit pas faire croire qu'on est capable de changer la situation ». « On a trop menti là-dessus », dit-il. « Il faut arrêter cette évolution qui a dominé depuis vingt, vingt-cinq ans, dans les pays européens notamment, consistant à croire que la politique étrangère est devenue ça », la défense des droits fondamentaux.

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mercredi 28 octobre 2009

AUDIO - Alexandre Adler et Hubert Védrine : Priorités de la politique étrangère

Quels sont les priorités pour la politique étrangère de la France ? C'est la question que se pose le chroniqueur historien Alexandre Adler à l'occasion de la promotion du livre de Hubert Védrine "Le temps des chimères : Articles, préfaces et conférences (2003-2009)". L'ancien ministre des affaires étrangères était l'invité des "Matins de France culture" le 26 octobre 2009.
tilidom.com
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jeudi 15 janvier 2009

Hubert Védrine plaide pour un retour au réalisme

Le Monde - Analyses, jeudi, 15 janvier 2009, p. 2

EXTRAIT : Hubert Védrine plaide pour un retour au réalisme : " On ne peut plus continuer le prosélytisme occidental comme si rien ne s'était passé. " Pour lui, le monde n'est pas encore " post-américain ", selon l'expression de l'éditorialiste Fareed Zakaria, mais le " monopole occidental sur l'Histoire " est fini. Pour l'ancien ministre, " un jour on se dira peut-être que les droits-de-l'hommistes n'auront pas eu plus d'influence sur la Chine que les missionnaires catholiques ".

ANALYSE - Hubert Védrine et l'Amérique de Barack Obama

La démocratisation est-elle " un objectif légitime " des politiques occidentales ? Cela fait onze ans que Madeleine Albright et Hubert Védrine débattent de la question. L'ex-secrétaire d'Etat américaine entend encore la voix de son homologue français, interrompant le ronron des conférences téléphoniques sur le Kosovo. " Paris demande la parole ! " Aujourd'hui, les points de vue se sont rapprochés. " Madeleine " est moins flamboyante. La faute à George Bush, dit-elle, qui a donné " une mauvaise réputation à la démocratie ". Hubert Védrine, lui, craint une coalition du monde multipolaire contre " nous, les Occidentaux ", mais il voit les Etats-Unis en posture favorable pour continuer à dominer, ce dont il ne semble pas se formaliser.

Invité à Washington par la Brookings Institution et l'ambassade de France à l'occasion de la parution en anglais de son livre Continuer l'Histoire (Fayard, 2007) - sous un titre très " Star Wars " : History Strikes Back (" L'Histoire contre-attaque ") -, M. Védrine a discuté avec son ancienne homologue et livré ses réflexions sur l'état du monde à quelques jours de l'investiture, le 20 janvier, de Barack Obama. M. Védrine continue à se méfier des idéalistes. Plus que les " vieilles idées des Lumières ", il pense que c'est peut-être la défense de l'environnement qui deviendra la valeur universelle de demain. Pour lui, les Occidentaux ont péché par arrogance depuis la chute de l'URSS : " On se prenait pour les maîtres du monde sur l'Olympe. On décidait de qui on sanctionne, qui on bombarde... "

Aujourd'hui, pour l'ancien ministre des affaires étrangères de Jacques Chirac et de Lionel Jospin, de 1997 à 2002, les maîtres " ne contrôlent plus vraiment le système ". Il suffit de voir " l'absence impressionnante de résultats " de la diplomatie occidentale : " On n'a même pas réussi à convaincre les Birmans " de laisser entrer l'aide humanitaire. Pour Hubert Védrine, les Occidentaux tâtonnent, s'emmêlent dans leurs priorités. " On fait pression sur un pays dont on va avoir besoin la semaine suivante pour faire pression sur un autre ", souligne-t-il.

Hubert Védrine plaide pour un retour au réalisme : " On ne peut plus continuer le prosélytisme occidental comme si rien ne s'était passé. " Pour lui, le monde n'est pas encore " post-américain ", selon l'expression de l'éditorialiste Fareed Zakaria, mais le " monopole occidental sur l'Histoire " est fini. Pour l'ancien ministre, " un jour on se dira peut-être que les droits-de-l'hommistes n'auront pas eu plus d'influence sur la Chine que les missionnaires catholiques ".

Le bilan " désastreux " de la politique de George Bush donne, selon Hubert Védrine, à Barack Obama une réelle marge de manoeuvre. " Tout le monde a confiance en lui, alors que personne ne sait ce qu'il pense ou ce qu'il va faire ", a-t-il constaté.

Du simple fait d'avoir décrété qu'il dialoguerait avec les dictateurs, il incarne la rupture avec le dogmatisme précédent. Déjà, par le seul fait de cette proposition, Barack Obama a entraîné une discussion au sein du pouvoir iranien.

Sur le dossier israélo-palestinien, M. Védrine pense aussi que les Etats-Unis ont les moyens de " retourner la situation ". L'ancien ministre des affaires étrangères l'a dit à ses interlocuteurs : " Imaginez le rayonnement qu'aurait un président américain qui réglerait le problème palestinien. L'Amérique a cette carte. Comment peut-elle s'en priver ? " Reste la question de fond : " Devons-nous traiter avec le reste du monde ou devons-nous le changer ? " Barack Obama n'a pas encore livré le fond de sa pensée. Pour l'instant, sa priorité est de réparer.

Corine Lesnes Correspondante à Washington

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vendredi 7 novembre 2008

OPINION - La bataille de la régulation - Hubert Védrine

Le Monde - Dialogues, jeudi, 6 novembre 2008, p. 23

Tout le monde se prétend aujourd'hui en faveur du rétablissement de contrôles sur le système financier. Les Etats doivent battre le fer tant qu'il est chaud et ne pas laisser les « dérégulateurs » reprendre la main.

Sans aller jusqu'à un Livre noir de la dérégulation, il ne faut pas oublier, au moment où s'engage une difficile bataille pour la régulation, l'action et les arguments de ceux, quels qu'ils soient, qui, depuis trente ans, n'ont eu de cesse de déréglementer sans cesse plus, car ils n'ont pas disparu. Ils se sont affranchis des dernières règles prudentielles et de bon sens et ont discrédité le rôle de tous ceux qui tentaient de résister à cette marée. Pour « libérer la croissance », mais aussi pour des perspectives de gains faramineux, ils ont laissé transformer impunément l'économie mondiale réelle en un gigantesque casino. Nous allons en vivre les conséquences financières, économiques, sociales, politiques.

Maintenant, il faut redonner au capitalisme et à l'économie de marché des règles saines. Evidemment pas pour les asphyxier, mais pour sauver leur capacité créatrice en les organisant. La prétendue autorégulation ayant failli, ces nouvelles règles de prudence et ces mécanismes de contrôle devront être imposés à l'intégralité des acteurs de l'activité bancaire et financière qui ont été irresponsables, à tous les organismes, y compris de supervision, qui ont été à la fois trop nombreux et complaisants.

Qui doit mener cette bataille ? A l'évidence, les gouvernements. Relégitimés au bord du gouffre, ils doivent désormais assumer sans faiblir et aussi longtemps que nécessaire leurs responsabilités. Qui est en faveur d'une nouvelle régulation ? En théorie, tous les partis de gauche en Europe, tous les gouvernements de la zone euro, et même ceux de l'ensemble des Vingt-Sept, y compris le britannique, les institutions européennes, les organisations multilatérales, par définition régulatrices, les dirigeants américains eux-mêmes, jusqu'à un certain point, et dans certaines conditions, les pays émergents. Sans compter les pays non encore émergents et les opinions publiques.

Alors, tout le monde serait brusquement converti à la régulation, et personne, aucun pays, personne ne serait contre ? Bien sûr que non. Derrière l'apparente quasi-unanimité actuelle, les forces idéologiques, politiques, économiques et financières de dérégulation, qui ont imposé leur ligne depuis trente ans et sont actuellement sur la défensive, n'ont pas désarmé.

D'autre part, dès que l'on va aborder le détail des mesures, des désaccords vont se faire jour entre les gouvernements, sur le rythme, la sévérité, les modalités, etc., des nouvelles règles, de même que sur la composition et le rôle des organismes et institutions de régulation, ou encore sur le rôle de l'Etat, plus ou moins directif et durable.

Les patronats et les banques qui n'acceptent le sauvetage par l'Etat que contraints et forcés vont essayer de réduire les contreparties, de contester la nécessité de la « moralisation », de recouvrer au plus tôt une entière liberté. La nécessité de ne pas compromettre par des règles trop strictes la relance économique sera invoquée. Certains essaieront même, par un réflexe à courte vue, de reporter le processus pourtant vital de conversion des économies prédatrices en économies écologiques. Or celui-ci doit absolument se poursuivre.

Ce serait donc une erreur de croire que la bataille pour la régulation est gagnée d'avance. Cela sera beaucoup plus compliqué qu'à Bretton Woods, qui s'était ramené finalement à une victoire du secrétaire américain au Trésor sur Keynes. Nicolas Sarkozy a raison, sur la lancée des réunions de crises récentes, de vouloir mettre à profit jusqu'à la dernière minute sa présidence européenne pour impliquer dans ce mouvement l'administration américaine sortante, puis la nouvelle, ainsi que la Chine et les autres pays émergents (sans oublier les pays du Golfe). Il faut s'attendre cependant à ce que les uns et les autres posent leurs propres conditions, et être prêts à y répondre.

La configuration des réunions d'octobre et de novembre, possible parce que décidée à chaud, va préfigurer celle des nouvelles enceintes et institutions : un Eurogroupe plus politique, renforcé, reformaté depuis la réunion de Paris, qu'il faut absolument pérenniser; un G8 élargi à un G20 présidé par Gordon Brown, et qu'il faudra, lui aussi, réunir plusieurs fois; un FMI réformé possible superviseur financier d'ensemble; un jour, peut-être un Conseil économique et social des Nations unies rehaussé au niveau des dirigeants politiques pour harmoniser les nouvelles règles financières, commerciales, sociales, environnementales et mondiales.

Ce combat ambitieux aura de vraies chances d'aboutir s'il est mené en harmonie par la France et l'Allemagne (c'est indispensable, mais ce n'est pas encore le cas), ainsi qu'avec la Grande-Bretagne. En ce moment, pour quelque temps, un agenda commun est possible. En étroite association bien sûr avec les membres du nouvel Eurogroupe, et le reste des Vingt-Sept.

La France n'arrivera pas à changer les règles des présidences, c'est même maladroit de l'avoir évoqué, mais elle peut ainsi mettre en marche dans les deux mois les bons engrenages en jouant de tout le clavier bilatéral et multilatéral, politique et économique. En particulier, en faisant acter le principe d'une réunion régulière en 2009 de l'Eurogroupe nouvelle manière. Et en saisissant la période de quelques mois pendant laquelle la nouvelle administration américaine sera réceptive et disponible.

De leur côté, les gauches européennes, qui n'avaient pas attendu, elles, la catastrophe pour mettre en garde contre les dangers de la déréglementation sauvage, à l'exception, maintenant corrigée, du Parti travailliste britannique, devraient se faire entendre haut et fort. Elles en auraient la légitimité. Où sont-elles passées ? Elles doivent se rassembler. Etablir leurs propres propositions, précises et concrètes, domaine par domaine, institution par institution. Fixer leur propre agenda pour la régulation, le faire connaître dès avant le G20 élargi du 15 novembre. Maintenir la pression quand l'élan régulateur s'essoufflera.

Cette crise aiguë constitue la première occasion sérieuse de redonner au monde des règles économiques raisonnables depuis que, à partir de 1971, les Etats-Unis ont jeté à bas le système qu'ils avaient installé en 1945. Et que, en 1989-1991, l'occasion de la refondation n'a pas été saisie parce que les Occidentaux croyaient alors que leur triomphe tiendrait lieu de règles universelles. Crise, prise de conscience, révision des dogmes, départ de l'administration Bush, le moment est réellement historique. Il ne faut pas le manquer. Régulateurs de tous les pays, unissez-vous !

Note(s) :

Ancien ministre

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vendredi 7 décembre 2007

ANALYSE - Discussion sur la Chine - Hubert Védrine

BFM Chine Hebdo + Radio86

Hubert Védrine, était l’invité de Chine Hebdo samedi 1er décembre pour une discussion à bâtons rompus sur la Chine. Les relations franco-chinoises, la Chine dans la mondialisation et ses implications, le rapport de force EU-Chine à construire, le yuan, l’embargo : autant de sujets décryptés par l’ancien Ministre des Affaires étrangères.

Hubert Védrine, Ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002. Il est l’auteur du Rapport sur la France et la mondialisation et de Continuer l’histoire parus aux éditions chez Fayard respectivement en 2007.

Sur l’embargo


Écoutez l'interview de Hubert Védrine / Radio 86

"La France pense depuis des années, et je partage ce point de vue, que l’embargo, décidé après Tiananmen, n’a plus de raison d’être et qu’il devrait être levé. L’embargo en tant que tel n’a plus de sens par rapport à un pays avec lequel on a les relations que l’on voit, avec lequel on signe ces grands contrats et qui est dans l’OMC.".

La sous-évaluation du yuan
"C’est un sujet extrêmement important. Le problème économique de l’Europe, c’est la sous-évaluation du dollar et du yuan" explique Hubert Védrine. Selon l'ancien Ministre des affaires étrangères, l'Europe doit utiliser sa force monétaire notamment pour "rétablir un pouvoir de force avec la Chine. C’est un domaine dans lequel l’Europe a une unité de manoeuvre, avec la zone euro, la banque centrale et les Européens ont une approche commune" explique t-il. Il existe cependant des divergences entre les grands Européens, notamment la France et l’Allemagne, sur le fait de savoir si l’Euro trop fort est dangereux ou pas. "Mais une convergence européenne est en train de se construire sur ce point et il faut avoir une vraie politique de la monnaie en Europe pour peser face à la Chine.

L’Europe face aux fonds souverains
Face à la montée des fonds souverains, l’Allemagne a préparé un projet de loi selon lequel le gouvernement pourra freiner les investisseurs étrangers qui pourraient menacer "la sécurité allemande" ou "l’ordre public". Une proposition qui a été soutenue notamment par Nicolas Sarkozy. "Angela Merkel a posé une bonne question[I] explique Hubert Védrine. [i]Il n’y a aucun pays au monde pays au monde, ni même les Etats-Unis, qui soit complètement ouvert. Les fonds souverains, compte-tenu des moyens dont ils disposent, sont devenus un vrai problème. Il y a un travail à faire pour que l’Europe adopte une politique par rapport aux fonds souverains, non pas pour les interdire, ni pour s’en protéger mais pour leur imposer des règles : des règles de transparence et de réciprocité".
Selon Hubert Védrine, il faut que les pays européens, comme les Américains dans certains cas, assument le fait que l’on puisse dire « non » aux investissements étrangers. "Le président américain a une très grande liberté dans ce domaine, qui je pense manque à l’Europe" assure t-il. Face au fonds souverain chinois, il s’agit donc de "mettre en place des règles du jeu plus que d’interdire ou d’empêcher.

Chine et environnement
Je suis convaincu que la Chine sera dans l’accord qui viendra après Kyoto, d’autant plus que l’administration américaine suivante ne pourra pas rester en dehors". Selon Hubert Védrine, le choix de l’environnement sera également lié à des conditions internes. En effet parmi les nombreuses manifestations qui éclatent en Chine, une grande partie d’entre elles est liée à des conditions de vie dégradées par des problèmes de pollution. A terme, la Chine va devoir se joindre au reste du monde pour modifier les modes de production industrielle et agricole, les transports, le mode de vie, l’habitat "pour transformer la croissance actuelle dangereuse pour l’humanité future, prédatrice, irresponsable en une croissance écologique".

L’émergence de la Chine et la politique des autres puissances envers elle
"La question de la place et de la stratégie de la Chine dans la mondialisation concerne bien sûr au premier chef la Chine mais peut-être plus encore le reste du monde" explique Hubert Védrine. Si tout le monde est conscient aujourd’hui des mutations provoquées par l’émergence chinoise, l’avenir dépendra de l’interaction dans les années à venir entre les décisions et la politique des dirigeants chinois, et la politique et l’attitude de chacun des autres grands pôles envers elle. Quelle doit justement être la position de l’Europe face à la Chine ? "Elle doit rétablir un rapport de force avec la Chine pour être pise au sérieux explique Hubert Védrine. Aujourd’hui la Chine est vue à la fois comme un immense marché, un partenaire économique, un allié conjoncturel, un concurrent économique, industriel ou énergétique, un adversaire ou un rival, politique ou stratégique, voire une menace stratégique. " La proportion entre ces approches variera non seulement en fonctionde l'attitude de la Chine mais aussi de celle des autres pays vis-à-vis de la Chine."

Souvenirs de Chine
"Le souvenir qui se détache, c’est le fait d’avoir été le preneur de notes lors de l’entretien entre François Mitterand et Deng Xiaoping en 1983 explique Hubert Védrine. J’étais fasciné de voir François Mitterrand et de voir ce petit homme qu’était Deng Xiaoping, si petit qu’il ne dépassait pas du fauteuil dans lequel il était assis. Il avait une une voix pas très forte. C’était en 1983 mais il avait déjà pris des orientations nouvelles la Chine depuis 1978 et on avait déjà l’intuition que la moindre orientation changerait la face du monde. C’est c’est encore plus vrai avec le recul. Je suis encore plus impressioné aujourd’hui quand j’y repense. On voit qu’il a plus changé la face du monde que Mao Zedong. Ce qui se passe maintenant, c’est le résultat de l’orientation qu’il a donnée."

En savoir plus sur Hubert Védrine:www.hubertvedrine.net/

Source du texte: Marion Zipfel