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mardi 20 septembre 2011

Google+ peut-il faire de l'ombre aux start-up liées à Facebook ?

Les Echos, no. 21020 - Innovation, mardi 20 septembre 2011, p. 9

Réseaux sociaux facebook a fait naître une multitude de jeunes pousses. doivent-elles changer de stratégie ?

Depuis deux ans, les start-up françaises de jeux et de contenus sociaux sont les chouchous des investisseurs, qui ont déjà misé une quarantaine de millions d'euros sur leur potentiel. La plupart d'entre elles ont bâti leur modèle économique sur leur interaction avec la star du secteur : Facebook, riche de 750 millions d'utilisateurs. Le lancement fin juin par Google d'un concurrent direct de Facebook, Google+, remet-il en cause le modèle économique de ces start-up ? Et quelles sont, aujourd'hui, leurs perspectives de développement, en France comme à l'international ?

Une des particularités de Facebook est qu'il s'est développé en s'appuyant sur un important réseau de partenaires de toutes tailles. Cet « écosystème » comprend pêle-mêle des éditeurs de jeux, comme Zynga (ou, en France, Kobojo et Iscool Entertainment), des sites d'achats groupés comme Groupon, des distributeurs de musique (Spotify et Deezer) ou de télévision (Canal + et TF1 en France, Hulu outre-Atlantique), des sites de voyages... « Nous essayons de créer une plate-forme où rien n'est exclusif, où tous sont traités de la même manière : grandes entreprises qui veulent devenir " sociales " , start-up sociales qui deviendront des grandes sociétés », explique Julien Codorniou, directeur du développement de Facebook en France.

De multiples start-up

Cette ouverture, alliée à la promesse de pouvoir tirer profit du succès phénoménal des réseaux sociaux, a fait naître une multitude de start-up en France. « Les modèles économiques qui croisent contenu et microtransactions sont très rentables sur Facebook : ils demandent relativement peu de capitaux pour être déployés sur tout le réseau », analyse Guillaume Lautour, du capital-risqueur Idinvest, qui a notamment financé un éditeur de solutions de fidélisation sur Facebook, IFeelGoods, et les éditeurs de jeux Kobojo et Pretty Simple. Résultat, on trouve désormais des start-up liées à Facebook dans à peu près tous les domaines : des régies et des agences de développement d'applications pour des marques, comme MakeMeReach, qui a levé avant l'été 3 millions d'euros, des contenus proches des médias, de la vidéo à la demande, des sites de rencontres, du tourisme... Une variété qui ne cesse de croître et sur laquelle Facebook entend bien garder son avance : Mark Zuckerberg doit annoncer après-demain l'arrivée de nouveaux services à l'occasion de la conférence mondiale des développeurs.

Pour l'heure, Google n'affiche pas la même volonté de créer un « écosystème ». Seuls quelques partenaires triés sur le volet, comme Zynga, ont pu prendre pied sur Google+, qui reste pour l'instant fermé aux start-up. Et son interface de programmation d'applications (API), indispensable pour développer des services compatibles n'a été présentée qu'en fin de semaine dernière, dans une version non définitive. Quant à son audience, Google+ est encore trop jeune pour qu'elle soit significative : en août, le site de mesure Comscore l'évaluait à 25 millions de personnes dans le monde.

Implantations locales

En attendant de savoir s'ils pourront ou pas monter à bord de Google+, les éditeurs d'applications français pour réseaux sociaux peuvent adopter une autre stratégie pour se développer : se tourner vers des réseaux fortement implantés localement. La prédominance de Facebook dans les réseaux sociaux n'est en effet pas universelle. « Il est probable que le principal concurrent de Facebook viendra de Chine, où le marché est encore très atomisé », analyse Frédéric Tardy, qui dirige l'Atelier BNP Paribas à San Francisco. Par exemple, Kobojo veut déployer une stratégie « hyperlocale » en renforçant l'identité culturelle de ses prochains jeux. Pour ce faire, il prévoit de s'implanter dans Mail.ru, le principal réseau en Russie, mais aussi dans QZone et PapayaMobile en Chine, VZ en Allemagne, le réseau mobile OpenFeint aux Etats-Unis...

L'Internet mobile représente en effet une faiblesse de Facebook, où des services rivaux comme Twitter et des jeux sociaux comme Foursquare se développent rapidement. Et où, grâce à Android et au rachat de Motorola, Google est déjà solidement implanté. Celui-ci a laissé entendre que son réseau social ne forme que le début d'une initiative plus importante. Elle vise à se rapprocher de l'internaute, en lui permettant d'insérer dans l'interface virtuelle des éléments de sa vie réelle : ce que l'on résume, dans la Silicon Valley, par l'expression de « Web au carré », successeur du Web 2.0.

Des acquisitions, comme celle des guides gastronomiques Zagat la semaine dernière, signalent en tout cas que Google a adopté une stratégie de contournement par l'Internet mobile et l'information locale, les deux talons d'Achille de Facebook. Le géant sait qu'il lui faudra changer les règles du jeu pour réussir. Et il s'y est attelé.

JEAN ROGNETTA

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

vendredi 24 juin 2011

ANALYSE - L'Internet sur mesure façonné par la Chine - Arnaud de La Grange

Le Figaro, no. 20806 - Le Figaro, vendredi 24 juin 2011, p. 2

Protégés de la concurrence par la censure, des sites chinois explosent sur un marché national d'un demi-milliard d'internautes. Au point de donner le jour à un Web parallèle, avec ses caractéristiques propres, et ses limites.

Le paradoxe est aussi étonnant que savoureux. Si, par essence, Internet est censé se jouer des frontières, unifier un monde qui n'en demande pas toujours tant, c'est pourtant dans ses espaces virtuels qu'une logique de « blocs » est en passe de se reconstituer. Avec d'un côté une planète « libre », celle de Google et de Facebook. Et de l'autre un monde chinois et « communiste », celui de Baidu et Renren. Entre les deux, un mur, comme il se doit. Ce qu'on appelle, avec un clin d'oeil pour la mythique grande muraille, le « Great Firewall ».

Caricatural, bien sûr, mais pas dénué de fondement. Un Internet aux « caractéristiques chinoises », pour reprendre l'expression consacrée quand Pékin veut parler de sa spécificité politique ou économique, a bel et bien vu le jour. Et la plus grande cyberpopulation au monde - près d'un demi-milliard d'internautes chinois - échange, se rencontre ou commerce sur des sites que le reste de la planète ignore. Des géants du Web sont nés. Renren, le Facebook chinois, a fait une entrée en fanfare le mois dernier à Wall Street. Tout un symbole.

Pour naître et croître, les grands sites Internet chinois ont, à l'évidence, bénéficié de la censure qui a frappé leurs concurrents occidentaux. Qu'ils soient bridés, comme Google, ou purement et simplement bloqués, comme YouTube, Facebook ou Twitter. Le voile noir sur ces derniers sites est tombé au lendemain des sanglantes émeutes dans la région du Xinjiang, à l'ouest du pays, en juillet 2009, afin d'éviter qu'informations et mots d'ordre ne circulent. C'est un peu comme si Pékin voulait créer un vaste Intranet chinois. Il est transparent qu'a été favorisé le développement de champions chinois du Web, bien plus faciles à contrôler. Mais, plutôt que ce coup de pouce très politique, les patrons de ces grands sites de l'Empire préfèrent expliquer que le public chinois est naturellement porté vers des outils plus proches culturellement de lui.

Débuts en Bourse flamboyants

Les histoires des temps pionniers du secteur rappellent celles entendues de l'autre côté du Pacifique. Ainsi, pour Renren et le parcours de son fondateur. Un doctorat américain de l'université du Delaware en poche, Wang Xing revient à Pékin où il tente de lancer une version locale de Friendster. Échec. Deux ans plus tard, il entend parler d'un nouvel outil, Facebook, et décide de le copier. Ou, disons, de s'en inspirer fortement. L'ancien diplômé de la prestigieuse université de Tsinghua vise essentiellement les étudiants, et son premier bébé s'appelle d'ailleurs « Xiaonei », soit « sur le campus », avant d'être rebaptisé « Renren ». La légende raconte que le jeune homme voulait alors contribuer à « bâtir un monde meilleur ». Et qu'il a commencé en 2005 flanqué de deux partenaires, avec 300 000 yuans (environ 30 000 euros), en louant trois petits appartements contigus aux abords de l'université. Là, ils ont passé des semaines entières, reclus, se nourrissant de nouilles instantanées et de lignes de code... En 2006, Wang vend, pour 4 millions de dollars. Il doit se dire qu'il aurait mieux fait d'attendre un peu.

Aujourd'hui, Renren - dont le nom signifie « tout le monde » - est le réseau social le plus populaire en Chine. Il revendique près de 120 millions d'« utilisateurs activés », avec deux millions de nouveaux membres par mois. Une banderole, dans une salle de détente du QG, proclame que « chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen »... Malgré les avertissements de certains analystes estimant que le groupe baigne dans un certain « flou », ses débuts en Bourse à New York ont été flamboyants. Son PDG, Joseph Chen, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l'université de Stanford, a expliqué que son objectif était de « révolutionner la façon dont les gens en Chine se connectent, communiquent, s'amusent et font leurs achats ». L'autre grand réseau social chinois, Kaixin - qui signifie « heureux » -, a dès l'origine visé une autre cible, les cols blancs. Son patron a d'ailleurs un autre profil. Cheng Binghao était directeur des technologies de Sina, le plus grand portail Internet du pays, quand il a démissionné pour créer Kaixin.

Existe-t-il réellement un « internaute chinois », avide d'outils spécifiques, plus proches culturellement ? Oui et non. « Je ne crois qu'à moitié à cette spécificité Internet chinoise, commente Renaud de Spens, spécialiste de l'Internet chinois. Quand on regarde de près, on voit d'ailleurs qu'il y a très peu de différences. Les interfaces, les fonctionnalités se ressemblent terriblement. Même s'il y a bien sûr des particularités, comme l'accent mis sur les gadgets ou les jeux. » Professeur à l'École normale de Pékin et spécialiste du sujet, Liu Deliang estime, lui, que ces sites sont bien différents, « sur le fond, en voyant toujours les choses, notamment l'information, sous l'angle chinois, et sur la forme, en utilisant des éléments graphiques chinois, comme la couleur rouge ». Certes, Kaixin s'est drapé de carmin, mais Renren affiche, lui, un bleu très « facebookien ». Dans un entretien avec un journal de Canton, Cheng Binghao s'est défendu d'avoir copié Facebook et a expliqué qu'il avait beaucoup innové, afin de coller aux goûts des internautes chinois. Notamment avec le jeu « paroles sincères », inspiré d'un divertissement très populaire chez les jeunes cadres. Ou avec l'application « acheter une maison », répondant à l'aspiration première de la classe moyenne.

La popularité de ces réseaux fait peur à certains. L'Armée populaire de libération (APL) vient ainsi d'interdire les réseaux sociaux à ses 2,3 millions de membres, par peur de la « fuite de secrets ».

« Jeu social » et rencontres en ligne

Si tous ces sites sont à l'évidence des rejetons des grands aînés occidentaux, « ils ont aussi développé des applications parfois supérieures à celles de leurs inspirateurs », constate Renaud de Spens. Weibo, le Twitter chinois, qui rencontre un immense succès, permet d'échanger des photos plus facilement que son grand frère occidental. De la même façon, Renren a une application qui permet de voir qui consulte votre profil. Une fonction utile et plaisante pour certains, mais qui suscite aussi des critiques chez les internautes chinois, dérangés par son côté « mouchard ». Baidu propose une encyclopédie du type Wikipédia, très bien faite. Le Google chinois a aussi fait un tabac avec son moteur de recherche MP3 - donc avec le téléchargement de musiques illégales. Sous le feu des critiques, notamment américaines, il a annoncé qu'il allait lancer ce mois-ci Baidu Ting, un service légal de musique avec un volet réseau social.

Une grande partie de la population chinoise s'accommode de cet Internet en partie coupé du reste du monde. Même si les intellectuels jugent Google supérieur pour leurs recherches. Ou si les étudiants se sentent isolés. Phoebe, 26 ans, qui vient d'étudier deux ans à Philadelphie, a à la fois un profil Renren et un profil Facebook, avec l'obligation de contourner la censure si elle veut consulter ce dernier. « Renren me fait rester dans nos frontières, dit-elle. Facebook me permet de garder le lien avec mes amis de l'étranger. » Ajoutant : « La différence est aussi qu'ici on va beaucoup sur ces réseaux pour jouer. Et pour des rencontres sentimentales. » Le « jeu social » est l'objet d'une véritable folie en Chine. Renren a fait un tabac avec son jeu Happy Farmer, vite imité par son concurrent Kaixin et son Happy Garden. L'affaire est financièrement très juteuse. Le grand fabricant américain de chips Lay's a ainsi utilisé Happy Farmer pour lancer une grande campagne chinoise, qui s'est révélée extrêmement efficace.

Pas un jeune sans son compte QQ

Le dating porte aussi les sites au septième ciel. Le South China Morning Post racontait récemment comment Dong, une jeune enseignante pékinoise de 26 ans, s'était fait « brancher » de manière on ne peut plus directe sur Renren. Par un jeune collégien lui expliquant qu'il n'était « pas mauvais », sachant qu'il parlait là d'une matière peu académique. « Je dis des choses que je suis absolument incapable de dire dans la vie réelle, explique Zhang, un étudiant de 23 ans. Vous savez, on n'est pas encore très à l'aise avec le flirt, ici. » Là encore, les ressorts se retrouvent en Occident. Mais, dans une culture où les verrous sociaux sont encore forts, où le mariage arrangé par les parents est encore très répandu, la bascule est spectaculaire. Le mois dernier, le premier site Internet chinois de rencontres - il revendique une part de marché de 44 % -, Jiayuan.com, s'est aussi lancé en Bourse à New York.

Pas un jeune Chinois ne vit sans son compte QQ, le plus populaire des sites de chat.Si l'engouement est aussi fort pour tous ces sites, « c'est sans doute parce que cette capacité d'expression est nouvelle en Chine et qu'elle est plus compliquée dans d'autres champs de la vie quotidienne, à la différence de l'Occident », avance le professeur Liu Deliang. Peut-être aussi parce que ces réseaux sociaux collent à la culture traditionnelle des guanxi, ce tissu de relations indispensable pour réussir socialement et dans les affaires en Chine.

Les nouveaux empereurs du Web chinois, en tout cas, se portent bien. L'an dernier, Robin Li, le patron de Baidu, 44 ans, a bondi de la 14e à la 2e place du classement des milliardaires chinois, avec une fortune estimée à plus de 7,2 milliards de dollars. Cette dernière aurait plus que doublé depuis les déboires de Google, Baidu dominant désormais 73 % du marché chinois. Mais les sites chinois sauront-ils partir un jour à l'assaut du monde ? La censure qui les a aidés à grandir risque cette fois-ci de les handicaper pour devenir des champions internationaux. Les grands murs, l'histoire l'a souvent montré, isolent autant qu'ils protègent.

Chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen...

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

jeudi 2 juin 2011

REPORTAGE - Palo Alto, où bat le coeur de la planète high-tech

Le Point, no. 2020 - Economie, jeudi 2 juin 2011, p. 82,83,84,85

Zuckerberg, Jobs, Page et Brin : ils sont tous là. Reportage dans la Mecque de l'Internet.

Le cocktail arrive sur un plateau imitation argent. Ce sera donc un Yum Yum Berry (mangue, citron, ananas et jus de yumberry, fruit rouge d'Extrême-Orient). On avait été tenté par un Passenger (grenade, menthe, citron, eau pétillante, vodka). Mais les arguments de Lulu Almaguer, responsable du bar de l'hôtel Rosewood, situé à Menlo Park, près du campus Stanford, à un quart d'heure du centre de Palo Alto, ont fait mouche.« La dernière fois, Demi Moore en a commandé six ! » Il y a un mois, Mark Zuckerberg est venu au Rosewood prendre un verre avec des investisseurs de Facebook. Et, un peu plus tôt, Steve Jobs a tenu une réunion à huis clos dans la suite Lemon, avec vue sur les montagnes de Santa Cruz. Peu importe que nous soyons au coeur d'un Etat, la Californie, au bord de la faillite ou que les Etats-Unis soient empêtrés dans le chômage, la Silicon Valley, elle, n'a rien perdu de sa vitalité.

Sur la terrasse du Rosewood on donne des soirées de charité, comme celle arrosée de chardonnay, en l'honneur du Lucile Packard Hospital. En plus de faire une bonne action (ticket d'entrée à 25 000 dollars), les financiers, en nombre, se mettent en quête d'un prochain coup ! A la mi-mai, ils ont réussi l'introduction en Bourse du réseau social « professionnel » LinkedIn (+ 105 % le premier jour) et ils préparent activement celle du site de jeux Zynga... La veille, l'hôtel était déjà à la fête : la Cougars Night chaque jeudi soir est un hit.

On croyait cette anomalie de l'Histoire qu'est la Silicon Valley condamnée à disparaître. Enterrée par la Chine, qui comptera dans un an deux fois plus (!) d'internautes qu'il y a d'Américains, ou par l'Inde, vers laquelle on délocalise des services payés moins cher. Mais le comté de Santa Clara, ancienne colonie espagnole autrefois peuplée d'Indiens Ohlone, et sa capitale, Palo Alto (60 000 habitants et 115 000 dollars de revenu annuel moyen par foyer), continuent d'attirer les milliards des fonds d'investissement. Barack Obama, qui voulait se ressourcer alors qu'il était au plus bas dans les sondages il y a sept mois, n'est-il pas venu dîner chez Marissa Mayer, la numéro trois de Google, au coeur de Palo Alto ? Et il y a un mois, c'est du siège de Facebook, dans le nord de la ville, qu'il a lancé sa campagne pour un second mandat.

Vétérans du high-tech. La petite ville s'ordonne autour d'une succession de maisons de style néo-colonial cachées derrière des séquoias (Palo Alto signifie « grand arbre » en espagnol). Des écureuils grimpent sur les toits des 4 x 4. Et si l'on se balade du côté du Farmers Market, un marché bio qui se tient tous les samedis de mai à septembre (en ce moment, c'est la saison des nectarines), ou près du Stanford Theatre, cinéma qui, ces jours-ci, rend hommage à Gene Kelly, on peut croiser des légendes du high-tech : Marc Andreessen, le cofondateur de Netscape, comme Gordon Moore, à qui l'on doit la fameuse loi selon laquelle une même surface de carte électronique reçoit deux fois plus de processeurs tous les dix-huit mois. Des vétérans. Mais il y a aussi des nouveaux venus. A peine arrivé à la tête d'HP, c'est Palo Alto que choisit Léo Apotheker. Il habite à dix minutes en voiture de la résidence de Larry Ellison (Oracle), qui l'avait brocardé devant le monde entier le jour où il a été nommé. Quant à Randi Zuckerberg, la soeur du jeune milliardaire, qui s'occupe des relations extérieures de Facebook, elle donne rendez-vous à l'University Coffee, adresse du centre-ville réputée pour ses muffins... Le gotha de l'Internet vit dans un mouchoir de poche.

Et dire que - le fait est peu connu - sans l'argent de la recherche militaire Palo Alto ne serait peut-être pas ce qu'elle est. En 1941, les Américains, obsédés par les systèmes de radars allemands, mettent en place le Radio Research Laboratory, une équipe de 850 universitaires et haut gradés qui travaille dans le plus grand secret. A l'origine, ce commando est basé à Harvard, sur la côte Est. Il sera confié à Frederick Terman, un professeur d'électronique de Stanford qui, une fois démobilisé, retourne en Californie. Et convainc des chercheurs de haut vol de le rejoindre au sein de l'Electronic Research Lab. Ce sont ces crânes d'oeuf qui vont donner naissance au bouillon de culture de la Silicon Valley. Terman va même pousser deux de ses anciens étudiants qui bidouillaient des transistors au 367 Addison Avenue, au coeur de Palo Alto, à créer leur start-up. Ils s'appelaient Bill Hewlett et David Packard...

Un pèlerinage au Buck's of Woodside illustre l'incroyable essaimage. Le restaurant a été ouvert par Jamis McNiven, fils de militaire passé par Berkeley. C'est ici, avec des dessins griffonnés à même les grosses tables en bois brut, que sont nés les Netscape, Hotmail, PayPal ou même le constructeur de bolides électriques Tesla. Dans cette caverne d'Ali Baba, on déguste des crêpes (spécialité maison) face à la maquette du sous-marin utilisée pour le tournage du film « Das Boot ». Si on lève les yeux, on aperçoit le siège qui a servi pour l'envoi d'un singe dans l'espace à la fin des années 50. Cela n'effraie pas Joan Baez, qui vient ici en voisine, tout comme Larry Ellison ou encore Sergey Brin, qui a éclaté de rire lorsqu'il a découvert une (fausse) plaque d'immatriculation siglée Google accrochée au mur.

Les entrepreneurs les mieux établis ont leur rond de serviette à Il Forniao. C'est ici, au centre de Palo Alto, sur Cowper Street, en contrebas du très chic Garden Court Hotel, que vous serez adoubés, ou non, par l'aristocratie du Web. Le maître des lieux, Steve Boyden, qui cache mal son embonpoint sous un grand tablier blanc, vous toise à l'entrée. Le plus important n'est pas ce que vous mangez, mais où vous êtes placé.

Gourou. Scott McNeally, le cofondateur de Sun Microsystems, choisit souvent une table au centre, tout comme John Doerr. Cet ex-Intel, devenu gourou du fonds Kleiner Perkins Caufield - Byers, a joué un rôle clé dans le financement des débuts d'Amazon et de Google. Sa fortune est estimée par Forbesà 2,2 milliards de dollars. Lorsqu'il a déjeuné avec une de ses filles il y a six mois, Steve Jobs s'est installé à la table la plus discrète, au fond du restaurant. Récemment, l'ancienne secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a été aperçue, tout comme Neil Young, qui, se souvient Boyden,« a sorti sa guitare pour improviser un concert dans la rue ».

Bill Burruss, tenancier depuis près de vingt-cinq ans de la librairie Know Knew Books, regrette l'époque où des fans de Jack Kerouac faisaient étape devant ses rayons avant de se diriger vers Santa Cruz, ex-paradis des hippies devenu celui des surfeurs. The Village Pub a beau avoir des airs de saloon, n'y entre pas qui veut. Le jour de la visite du Point, Michelle Pfeiffer, qui terrorisait le serveur (« Surtout n'allez pas l'embêter, elle est venue dans la Silicon Valley pour être tranquille »), se battait avec un haddock. En face, au Gelato Classico, Evvia Estiatorio régale son (beau) monde de souvlakis accompagnés d'artichauts. Plus chic est le Golf Challenge qui se tient chaque année à Stanford. L'an dernier, on a pu voir sur les greens Carol Bartz, numéro un de Yahoo !

Mais le comble du snobisme, c'est d'aller dans des endroits qui ne paient pas de mine. En mars 2010, alors qu'Apple et Google étaient en plein divorce, on a vu Steve Jobs et Eric Schmidt prendre un verre au Cafe Calafia, petite échoppe proche du Stanford Stadium.« Steve Jobs est mon ami et le restera », avait plus tard expliqué Schmidt, de passage à Paris. Larry Page (Google) n'a rien contre une soirée à The Old Pro, un bar de sport où il faut jouer des coudes pour commander une Gordon Biersch, la bière de Palo Alto. Sur les écrans géants, les clients hurlent à chaque exploit des 49ers, l'équipe locale de football américain - elle doit son nom aux conquérants de la Californie, arrivés en 1849, à l'époque de la Ruée vers l'or.

Ainsi vit Palo Alto. Mais, avec ses maisons dont le prix peut dépasser 20 millions de dollars, ses embouteillages dès 6 heures du matin sur l'autoroute 101 entre San Francisco et San Jose, cela peut-il durer ?« Ne pas être ici, ça fait un peu amateur », explique Andrew Mason, le patron de Groupon. Ce site d'achats groupés qui est en train d'exploser a son siège à Chicago. Mais s'est cru obligé d'ouvrir une antenne près d'Antonio's Nut House, bar à billard de Palo Alto où l'occupation principale est de dépecer des cacahouètes. « Mark » (Zuckerberg), comme Andrew l'appelle, y passe de temps en temps une tête. Palo Alto, ce village...

Guillaume Grallet

La rue des financiers

Située à l'ouest de Stanford, Sand Hill Road abrite une succession de firmes de capital-risque. Parmi elles, Sequoia Capital (Apple, Cisco, Flextronics, YouTube...), Greylock Partners (Digg, LinkedIn...), Draper Fisher Juvertson (Hotmail, Skype, Baidu..), Kleiner Perkins Caufield (Google, Amazon..) ou encore Andreessen Horowitz (Zynga, Digg, Foursquare, Twitter...).

Chiffres
180 milliards de dollars, c'est la valorisation estimée et cumulée de HP et Facebook, qui ont toutes deux leur siège à Palo Alto.

18 c'est le nombre de Prix Nobel qui interviennent à Stanford, l'université voisine, qui a formé les fondateurs de Yahoo !, Google et HP.

7 000 entreprises sont basées à Palo Alto, une concentration ahurissante pour une ville de 60 000 habitants

88 000 ingénieurs travaillent dans la ville

© 2011 Le Point. Tous droits réservés.

mercredi 11 mai 2011

INTERVIEW - Facebook, un monde de Bisounours

Le Soir - NO_EDITION - NO PAGELEVEL, mercredi 11 mai 2011, p. 0

Des fêtes dévoilées, des sourires et des pauses standardisées et obligatoirement cooool, bouches ouvertes ou en coeur, doigts écartés peace and love, des échographies sur le "wall", des soirées solitaires animées par les amis du Net... Facebook s'est imposé aujourd'hui dans le quotidien de tout un chacun, faisant de ses 600 millions d'inscrits des soi-disant "amis", toujours connectés, toujours exhibés, toujours voyeurs, toujours heureux et de plus en plus transparents. Facebook nous aurait-il transformés en êtres narcissiques et superficiels ? Facebook nous aurait-il tués, comme le suggère le titre du livre " Facebook m'a tuer" écrit par Thomas Zuber et Alexandre des Isnards ? Interview croisée des deux auteurs.

Facebook est-il assassin ?
Le titre est un clin d'oeil à l'affaire Omar Raddad qui a marqué la France en 1991. C'est une boutade à prendre au second degré. Facebook nous déshumanise. Il change complètement nos rapports aux autres sans que nous nous en rendions compte. Pourtant, les changements induits ne sont pas anodins.

Quels sont ces changements ?
Facebook nous met en relation avec une multitude d'amis tout en nous offrant la possibilité de peu nous impliquer. Vous pouvez avoir de nombreux contacts tout en maintenant les autres à distance.

Vous êtes invités à une fête via Facebook ?
Vous pouvez répondre par oui, non ou peut-être. En optant pour cette dernière option, vous gardez la possibilité de choisir quelque chose de mieux jusqu'à la dernière minute. Quand vous participez à un tchat à plusieurs, vous ne devez même pas annoncer que vous vous déconnectez. Vous zappez d'une personne à l'autre beaucoup plus rapidement et facilement. Vous pouvez mettre fin à une conversation sans même prévenir. Les relations sont démultipliées mais virtuelles - on ne peut pas voir, ni sentir, ni toucher la personne - et beaucoup plus superficielles. On est d'ailleurs tous " amis" sur Facebook. Pour entrer en relation avec un autre membre du réseau, on doit être obligatoirement son "ami". Tout le monde s'aime, s'envoie des câlins virtuels. C'est le monde des Bisounours, aseptisé, pacifié et qui évite tout conflit. C'est l'univers de Disney en permanence. Et dès que vous voulez éjecter un de vos amis, vous le supprimez en un clic, discrètement, sans que l'intéressé ne soit au courant. Les conflits sont ainsi évités. Tout le monde est ami et tout le monde est cool et prend la pause. Sur Facebook, chacun veut se présenter de la façon la plus positive et la plus cool. C'est le règne obligé de la "coolitude". Et il faut aussi se montrer le plus souvent possible.

"Facebook flatte le narcissisme de chacun et l'amplifie à la vitesse du numérique."


Vos critiques sont nombreuses. Pourtant, Facebook n'est qu'un outil de communication.
Nous ne croyons pas que ce soit un simple outil. Facebook modifie les règles de communication et les rapports aux autres. Grâce à lui, vous obtenez des informations sur les personnes avant de les rencontrer ; vous ne les abordez plus de façon neutre mais avec des a priori. Il n'y a plus de mystères lors des réelles rencontres. Facebook nous transforme en little brothers. Sans compter que vous pouvez être rapidement débordés par les choix que vous faites. Si vous ne prenez pas garde quand vous téléchargez une application, comme celle de la société éditrice de jeux Zynga, vous donnez accès à toutes vos données personnelles et celles de vos amis. Sur les pages Facebook, dans la colonne de droite, vous trouvez d'ailleurs des publicités qui sont adaptées à votre profil et votre âge.

Rien n'est positif ? Facebook n'est-il pas un acteur de révolution ?
C'est de l'angélisme que d'avancer le fait que Facebook a aidé les révolutions de rue. Voyez au Soudan ou en Chine, les pouvoirs se servent du Net comme moyens de surveillance de la population. Mark Zuckerberg veut d'ailleurs pénétrer le marché chinois - il en espère 500 millions d'internautes - en donnant des garanties à l'État et affirmant aux autorités que Facebook est un instrument neutre.

Des millions de personnes sont sur Facebook. Quels conseils leur donneriez-vous pour la meilleure utilisation possible de Facebook ?
Il faut partir de l'idée que c'est un moyen de communication mondaine contre lequel il est difficile de se protéger ; les règles de confidentialité changent d'ailleurs toutes les six semaines. Croire qu'on conserve une vie privée quand on est sur Facebook est erroné. Mais on peut essayer d'être vigilant. Il ne faut pas chercher à être sincère mais se mettre en scène.

"Facebook m'a tuer" , éd. Nil, 286 p., env. 18 euros.

© 2011 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2011

mardi 3 mai 2011

Le Facebook chinois cherche des amis sur le Nasdaq - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20924 - High-tech & Médias, mardi 3 mai 2011, p. 27

Principal réseau social chinois avec ses 160 millions d'abonnés revendiqués, le site Renren.com prévoit de lever autour de 690 millions de dollars. Le marché devrait suivre, même si les analystes pointent du doigt les faiblesses de la société.

Ce n'est pas parce que Facebook est interdit en Chine que les Chinois sont en retard dans les réseaux sociaux. La preuve : le groupe Renren, propriétaire du site Renren.com, principal réseau social chinois, doit s'introduire cette semaine sur le Nasdaq. D'après les dernières estimations, la société, qui revendique 160 millions d'utilisateurs, pourrait lever autour de 690 millions de dollars. Renren prévoirait d'investir 180 millions de dollars dans la R & D, une somme équivalente pour son marketing et le reste dans des opérations de croissance externe.

Le marché américain va-t-il réserver au Facebook chinois un accueil aussi enthousiaste que celui auquel ont eu droit les stars de l'Internet local que sont Baidu ou Youku ? Il y a des chances : la Chine a beau compter le plus grand nombre d'internautes au monde, son taux de pénétration n'est encore que de 35 %, contre près de 80 % au Japon et en Corée du Sud. Mais également du fait que la pertinence du « business model » n'est plus à démontrer : Renren ressemble beaucoup à Facebook, dont la valorisation avoisine aujourd'hui les 70 milliards de dollars, au moins... Surfant sur cette confiance, Renren a d'ailleurs annoncé, la semaine dernière, qu'il allait augmenter de 30 % le prix des actions mises en vente.

Pour autant, les analystes invitent à la prudence. D'abord parce que Renren n'est pas le seul à avoir investi le secteur des réseaux sociaux. Tous les grands noms de l'Internet chinois s'y intéressent. Et le principal concurrent de Renren, Kaixin001, qui revendique 120 millions d'utilisateurs, prévoirait également de s'introduire en Bourse aux Etats-Unis à brève échéance. Les relations entre ces deux sociétés sont tumultueuses, Renren ayant été condamné en justice pour avoir, à ses débuts, copié le design, mais également le nom de domaine de Kaixin001.

Un certain flou

Autre point d'interrogation : le flou qui entoure la société. Elle a récemment revu à la baisse la croissance du nombre de ses utilisateurs uniques. Et admet également des « déficiences significatives » dans sa propre gestion financière. Les interférences politiques locales pourraient entraver le développement du site en Chine. Tenu à l'autocensure, Renren prévient qu'il bloquera les contenus « socialement déstabilisants » et tout ce qui « porterait préjudice à la dignité nationale ». Enfin, cette introduction en Bourse intervient au moment où l'on s'attend à une correction, après un enthousiasme excessif concernant les valeurs Internet chinoises. Renren.com, qui n'a pas encore fait la preuve de sa capacité à être rentable, pourrait en faire les frais.

Gabriel Grésillon

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mardi 12 avril 2011

Facebook cherche une porte d'entrée en Chine - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20910 - High-tech & Médias, mardi, 12 avril 2011, p. 22

Interdite jusqu'ici en Chine, la société américaine semble en passe de s'allier avec Baidu, le moteur de recherche leader de l'Internet chinois, pour lancer un site de réseaux sociaux.

Le match entre Google et Facebook va-t-il également se dérouler sur le sol chinois ? Ces derniers temps, le premier réseau social mondial ne cachait pas son intérêt pour le marché chinois. Il avait déclaré être « actuellement en phase d'étude et d'apprentissage sur la Chine ». La visite de Mark Zuckerberg, en décembre dernier, avait toutefois été présentée officiellement comme « des vacances ». Pour autant, l'arrivée de Facebook dans l'empire du Milieu pourrait être imminente, si l'on en croit le site Internet chinois sohu.com. Celui-ci a en effet révélé hier que Facebook serait en passe de prendre pied sur le marché chinois pour lancer un site de réseaux sociaux conforme aux exigences de censure du parti communiste. Et, d'après Sohu.com, c'est avec Baidu que Mark Zuckerberg, numéro un du groupe américain, s'apprêterait à créer ce réseau social. Une information relativisée toutefois dans la soirée par une source proche de Facebook citée par Bloomberg, qui assurait que les discussions exploratoires ne déboucheraient « pas forcément sur un accord ».

Baidu est le moteur de recherche star de l'Internet chinois, qui gère plus de deux tiers des requêtes des internautes, aux dépens de Google, en voie de marginalisation en Chine. Il est vrai que le moteur américain s'est lui-même tiré une balle dans le pied en annonçant, l'an dernier, son refus de continuer à se plier aux exigences de censure du régime. Il réoriente désormais les internautes vers son site non censuré de Hong Kong. Facebook fait partie, avec YouTube et Twitter, des sites dont l'accès est bloqué en Chine : le régime redoute leur caractère viral. Les récents mouvements pro-démocratiques dans le monde arabe ont conforté Pékin dans cette analyse. Cela ne signifie pas pour autant que les applications de type Web 2.0 soient inexistantes dans l'empire du Milieu. Mais Pékin exige qu'elles soient gérées par des entreprises chinoises, qui appliquent les règles d'autocensure et veillent au contenu des messages échangés. Twitter est donc remplacé par le service de microblog mis en place par le portail Internet Sina. Et si Facebook est interdit, son équivalent chinois, Renren, se porte à merveille. Il revendique 160 millions d'utilisateurs et prévoirait de s'introduire en Bourse aux Etats-Unis, avec l'objectif de lever 500 millions de dollars. Pour l'heure, ni Facebook, ni Baidu n'ont fait de commentaire.

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vendredi 18 mars 2011

FACEBOOK - Un chef d'Etat en tee-shirt - Guillaume Grallet

Le Point, no. 2009 - Economie, jeudi, 17 mars 2011, p. 76,77,78,79,80

Facebook. L'influence de Mark Zuckerberg s'étend des révolutions arabes à la table d'Obama. Enquête.

Mark Zuckerberg a un nouveau voisin. La cinquantaine, petite moustache, break gris banalisé... Dès qu'un véhicule s'approche d'Amherst Street, paisible ruelle de Palo Alto, à une demi-heure de San Francisco, Mike replie en un clin d'oeil son journal pour se jeter sur son talkie-walkie. Il y a encore un mois, il faisait dans l'accompagnement de fourgons blindés. Maintenant, il est en poste devant la résidence de Zuckerberg. Tout ça parce que, depuis février, Pradeep Manukonda, un Californien de 31 ans, se rendait régulièrement devant le domicile du patron de Facebook, affirmant qu'il était « prêt à mourir pour lui ». Cet halluciné a désormais interdiction de se tenir à moins de 300 mètres de l'intéressé. Voilà comment Zuckerberg fait l'objet d'une surveillance 24 heures sur 24. Une forme de reconnaissance. Enfin, à 26 ans, le milliardaire est pris au sérieux !

Facebook, l'entreprise de Zuckerberg, n'est-il pas le dernier endroit chéri des VIP ? Une visite au siège, au 1669 California Street, à 200 mètres de la résidence du boss, est édifiante. Il n'est que 7 h 30 ce vendredi quand déjà une limousine se présente au poste de sécurité. Cinq autres suivront avant le déjeuner. Le 19 janvier, la pop-star Katy Perry avait poussé la chansonnette, quatre mois après le rappeur Kanye West. Le 29 novembre, Bush, venu y présenter ses Mémoires, racontait les piques échangées avec Poutine à propos de leurs chiens. Pour sa part, Obama n'a pas hésité : quand, le 17 février, il a dîné avec les pontes de la Silicon Valley, il n'a placé à sa droite ni Larry Ellison (Oracle) ni Eric Schmidt (Google), mais bien Mark Zuckerberg, le plus jeune de la tablée...

Zuckerberg ? Le « patron high-tech le plus mal habillé du monde », selon les lecteurs d'Esquire. Lui qui, il y a sept ans, ne pouvait parler à une fille que derrière un écran d'ordinateur tient sa revanche. C'est parce qu'il était refoulé des soirées de Harvard qu'il a lancé un trombinoscope géant.

Maître du monde. Aujourd'hui, son site, toujours pas coté en Bourse, est valorisé à plus de 65 milliards de dollars, montant déduit de l'offre récente faite par General Atlantic, un fonds d'investissement, d'acquérir 0,1 % des parts de Facebook. Pas étonnant que l'on atteigne pareils sommets : aux Etats-Unis, les internautes passent plus de temps sur Facebook que sur Google. D'Hermès à Air France, plus aucune entreprise ne conçoit de marketing sans lancer sur Facebook, ici, un concours, là, des promos à destination d'une communauté de fans. Mieux même, certaines entreprises n'existeraient pas sans Facebook. C'est le cas de l'éditeur de jeux conçu pour le réseau social Zynga (1 500 employés après quatre ans).

Elu « homme de l'année » par Time, Zuckerberg ajoute le pouvoir à la richesse. Sorte de chef d'Etat en tee-shirt. Cette consécration n'est-elle pas arrivée trop vite ? A la mi-décembre, on le voyait encore siffler des Budweiser à l'Antonio's Nut House, un bar de Palo Alto où le sport national consiste à décortiquer des cacahouètes. Aux toilettes, des blagues potaches -« Prière de ne pas jeter les cigarettes dans la cuvette, cela leur donne mauvaise haleine ».« Un jour, il est même passé derrière le comptoir », se souvient José, serveur depuis quinze ans. Depuis, une poignée d'admiratrices fait chaque week-end le pied de grue en espérant claquer une bise au nouveau maître du monde.

Mark Zuckerberg est aussi devenu une star au Moyen-Orient. Parce qu'il était révolté par la mort d'un jeune Egyptien tabassé à mort par les autorités, Wael Ghonim a créé une page sur Facebook baptisée « Nous sommes tous des Khaled Saïd ». Cette page a recueilli plus d'un demi-million de messages de soutien...« Avec Facebook, je me suis rendu compte que je n'étais plus seul », a expliqué Ghonim, qui, avant la chute d'Hosni Moubarak, a passé onze jours derrière les barreaux pour son acte de « cyberdissidence ». Depuis, il veut à tout prix rencontrer Zuckerberg...« Si vous voulez mettre en place un plan Marshall pour le Moyen-Orient libre, n'envoyez pas de nourriture, mais de la bande passante », s'enflammait début mars Jeff Jarvis, professeur de journalisme à l'université Columbia.

Le voisinage de Zuckerberg ne ressemble ni à Beyrouth ni à Grosny. La maison qu'il loue près de 10 000 dollars par mois se trouve à proximité du campus arboré de Stanford, paradis des écureuils. Le dimanche, quand il se rend en sandales au marché bio Farmer's Market, il lui arrive de croiser Terri Hatcher, la Susan de « Desperate Housewives », ou Condoleezza Rice, l'ancienne prêtresse de la diplomatie américaine. A bord de sa berline Acura noire, il lui faut moins d'un quart d'heure pour se rendre chez Steve Jobs, avec lequel il a parlé mi-octobre de l'intégration de Facebook dans Ping, un service musical de la firme à la pomme. Dès qu'il le peut, Zuckerberg se réfugie au Lotus Thai Bistro, modeste restaurant sur California Avenue.

Sur une table au fond à droite, il y déguste un poulet à la mangue en compagnie de sa petite amie, Priscilla Chan. L'ex-étudiante en biologie rencontrée il y a six ans à Harvard (et qu'il a depuis recrutée dans sa firme) lui a fait jurer de lui consacrer chaque semaine cent minutes d'affilée. En tête-à-tête, hors du bureau et de la maison.

Croisade. L'ordinateur du patron de Facebook reste toujours branché, comme s'il cherchait en permanence à repousser les limites de son site. Facebook est un « pays » avec 600 millions de « citoyens ». Sur le site, on peut s'envoyer des courriels sans passer par les Yahoo !, Gmail ou autres MSN. Il y a trois mois, Facebook a lancé BranchOut. L'idée ? Supplanter le site de relations professionnelles LinkedIn. Ces jours-ci, il s'attaque à la vidéo : Warner lance aux Etats-Unis un service de vente de films que l'on pourra payer grâce aux Facebook credits, une monnaie virtuelle. Bref, tout est fait pour que, une fois choisi Facebook, on n'ait plus à en sortir.

Résultat, les revenus publicitaires sont passés de 775 millions de dollars en 2009 à 2 milliards en 2010, et l'on s'attend à une progression à trois chiffres cette année. Symbole de cette expansion débridée : la société va déménager en juin à Menlo Park, à moins de 5 kilomètres du siège actuel, dans les anciens locaux de Sun Microsystems, où elle disposera de plus de 100 000 mètres carrés.

C'est là que Facebook va poursuivre son offensive. Son service est déjà disponible sur les dernières télévisions LG et Samsung. Et Zuckerberg veut mettre le paquet sur les appareils mobiles. Déjà, dans le monde, 200 millions de personnes utilisent Facebook sur leur téléphone portable.« Le téléphone va vous appeler davantage que vous ne vous en servez pour appeler », s'enthousiasme Henri Moissinac, le Français qui gère tout le développement mobile du site californien. Un petit exemple ? Grâce à la géolocalisation, un restaurant sera en mesure de vous faire des offres au fur et à mesure que vous vous en approcherez. Facebook veut s'imposer aussi dans la cuisine.

« Des marques d'électroménager réfléchissent à intégrer une fonction Facebook sur les frigos : alors que vous recevez des amis à dîner, vous déciderez quels plats préparer en fonction des ingrédients qu'ils aiment », explique Christian Hernandez, responsable des partenariats chez Facebook. La voiture et l'avion sont aussi dans le collimateur de l'entreprise...

Une seule terre de conquête lui résiste pour l'instant : la Chine ! Tout n'est peut-être pas perdu. La petite amie de Zuckerberg, Priscilla Chan, d'origine chinoise, pourrait l'aider à y mettre un pied. Depuis qu'elle s'est installée chez lui en octobre, il étudie le mandarin tous les jours. En décembre, les deux tourtereaux sont partis parcourir la Chine. A Pékin, accompagné de Priscilla, il a déjeuné à la cantine de Baidu, le Google chinois, avec son grand patron, Robin Li. Apparemment, il n'est pas rebuté par la concurrence locale, qui devrait pourtant lui donner du fil à retordre. Avec Renren, qui s'apprête à entrer au Nasdaq, la Chine a déjà son Facebook.

Pour mobiliser ses troupes, Mark Zuckerberg veille sur l'ADN de son entreprise. A l'entrée du siège de Facebook, un panneau « HACK » incite les employés à rester hors des sentiers battus, tout comme le cri de guerre « Move fast and break things »(« Aller vite et briser les tabous ») placardé au mur. Les clins d'oeil à la contre-culture sont omniprésents, à l'instar des références à Thor, un superhéros vengeur des BD Marvel Comics du début des années 60. Le thème de la bar-mitsva de Mark n'était-il pas « Star Wars », une autre référence chez les geeks ? Bousculer donc, au risque de choquer; il y a encore trois ans, on pouvait lire sur sa carte de visite : « Je suis le PDG, garce ! »

Assurance. Et si Zuckerberg était trop sûr de lui ? Jouissant d'une position inexpugnable en possédant 25 % du site, il sous-estime peut-être les embûches. Ses rivaux ont l'arme au pied. Google, qui peut compter sur Android, ne le laissera pas s'emparer du gâteau du mobile sans coup férir. Des « bébés Facebook », comme le site de questions/réponses Quora, fondé par des transfuges, sont en embuscade... Le danger, c'est qu'il se laisse griser par son irrésistible réussite. Zuckerberg, qui a eu le beau rôle au Proche-Orient, sera montré du doigt à chaque dérapage. Ce fut le cas en septembre quand un pasteur de Floride a appelé sur Facebook à brûler des exemplaires du Coran. De même, est-il normal qu'au nom des bonnes manières le tableau de Courbet « L'origine du monde » soit banni du réseau social ?

Mark Zuckerberg reste muet. Sûrement pas par ignorance. Le timbre rentré de sa voix croqué dans le film « The Social Network » ne doit pas tromper : « Zuck » est tout sauf un benêt. De son enfance à Dobbs Ferry, banlieue chic de New York, ce fils d'une psychiatre et d'un dentiste a hérité d'une éducation classique. L'ancien amateur d'escrime lit le français, le grec ancien, l'hébreu et le latin. Il est fasciné par « L'énéide », de Virgile, dont il a récité un passage lors d'une réunion d'investisseurs. Sera-t-il aussi persévérant qu'Enée, qui a trouvé le bonheur après des années de combat sans merci ? Lui pense qu'il n'est qu'au début de son épopée.


Attention, intox !

Sur Facebook, le risque de perdre le contrôle de son compte est réel. Le 8 juillet, un message attribué au top-modèle Irina Shayk annonçait son mariage avec Cristiano Rinaldo : une « farce ». Le 23 janvier, une brève postée sur la page officielle de Nicolas Sarkozy annonçait qu'il ne se représenterait pas en 2012 : l'oeuvre d'un pirate... Enfin, Mark Zuckerberg a fait lui-même les frais d'un détournement d'identité. Le 26 janvier, un message annonçait sa volonté de transformer Facebook en coopérative : absolument pas à l'ordre du jour.

Il aime

Les « carnitas » : sandwichs au porc braisé, servis avec du guacamole.

Les « hacklatons » (contraction de « hack » et « marathons ») : compétitions de hackers.

Le « giving pledge » : initiative lancée par Gates et Buffett qui recommande de donner la moitié de sa fortune.

Il n'aime pas

Le film « The Social Network », qui le dépeint comme un être asocial.

Les frères Winklevoss, qui lui réclament de l'argent parce qu'ils revendiquent l'idée du site.

Qu'on publie des photos non autorisées de lui.

Les haricots.

Les précédents "maîtres du monde"

Lou Gerstner

IBM, créé en 1911 Patron de 1993 à 2002. On reprochait à « Big Blue » de vouloir acheter la planète à force d'acquisitions. Effectifs actuels : 400 000 salariés

Bill Gates

Microsoft, fondé en 1975 A dû affronter des procès à répétition pour abus de position dominante par l'UE et les Etats-Unis au milieu des années 90. Effectifs actuels : 89 000 salariés

Steve Jobs

Apple, fondé en 1976 Ses détracteurs regrettent le système fermé qu'il a créé autour de ses smartphones et ses tablettes. Effectifs actuels : 49 400 salariés

Larry Page

Google, fondé en 1998 On lui reproche, ainsi qu'à Sergey Brin, cocréateur de Google, de vouloir contrôler l'information du monde. Effectifs actuels : 20 000 salariés

Facebook en chiffres

2 000 employés

65 milliards de dollars de valorisation (+ 40 % en deux mois)

600 millions d'utilisateurs réguliers Principaux investisseurs : Digital Sky Technology, Goldman Sachs, General Atlantic

6 C'est le nombre de «milliardaires Facebook ». Quatre dirigeants ou cofondateurs (dont Zuckerberg, avec 13,5 milliards de dollars) et deux investisseurs bien inspirés.

Ordinateur : 400 millions d'utilisateurs

Téléphone mobile : 200 millions d'utilisateurs

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mardi 22 février 2011

Renren, le Facebook chinois, prévoit d'entrer en Bourse - Julie Desné

Le Figaro, no. 20701 - Le Figaro Économie, mardi, 22 février 2011, p. 24

C'est bien connu, parfois l'élève dépasse le maître... ou, tout au moins, le prend un peu de vitesse. La plus populaire des copies chinoises de Facebook pourrait entrer avant son modèle américain en Bourse. Certes, Renren (littéralement « tout le monde » en chinois), fondé en 2005, n'a pas encore, avec 160 millions d'inscrits, l'envergure du réseau social de Mark Zuckerberg (plus de 500 millions de membres). Mais son introduction en Bourse, prévue cette année aux États-Unis avec une levée de 500 millions de dollars, pourrait être une première dans le monde des réseaux sociaux outre-Atlantique.

Alors que le PDG de Facebook s'est rendu en Chine en décembre, alimentant des rumeurs d'implantation, les ersatz locaux de sites occidentaux aiguisent l'appétit des investisseurs, intéressés par leur extraordinaire base domestique de près de 460 millions d'internautes.

Fin 2010, le spécialiste des ventes de livres online Dangdang et le site de partage vidéo Youku, équivalent de YouTube, levaient respectivement 272 millions et 233 millions de dollars au Nasdaq. Ironie du sort, la plupart des modèles étrangers, comme YouTube, Facebook ou encore Twitter, sont eux bloqués par la censure.

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jeudi 17 février 2011

Washington s'engage pour la liberté d'Internet - Laure Mandeville

Le Figaro, no. 20697 - Le Figaro, jeudi, 17 février 2011, p. 8

La diplomatie américaine ajoute à ses missions la défense des droits « de parole, d'assemblée et d'association en ligne ».

Surfant sur le rôle clé de Facebook et Twitter dans le déclenchement des révolutions populaires qui ont eu raison des dictateurs d'Égypte et de Tunisie, Washington se pose à nouveau en tombeur des « murs virtuels » qui s'érigent sur Internet. Dans un discours prononcé mardi à l'Université George-Washington dans la capitale fédérale, face à un public d'étudiants et de têtes pensantes du « cybermonde », Hillary Clinton a retrouvé les accents reaganiens déjà employés il y a un an pour affirmer l'engagement vigoureux de l'Amérique à défendre la liberté de la Toile, « cet espace public du XXIe siècle », à la fois « agora, salle de classe, salle de marchés, café et boîte de nuit », qui rassemble 2 milliards d'utilisateurs.

Pour la secrétaire d'État américaine, « la défense des libertés de parole, d'assemblée et d'association en ligne » doit devenir un élément clé de la politique étrangère des États-Unis. Ce plaidoyer s'inscrit dans le sillage de la philosophie américaine depuis les origines, pariant sur l'ouverture comme force de progrès. Même si l'Amérique est consciente qu'il faut engager « une conversation sérieuse sur les règles » permettant d'assurer ce principe de liberté, « les bénéfices » de la libre utilisation d'Internet sont « bien supérieurs aux coûts », a lancé Hillary Clinton à la face des gouvernements qui, de la Chine à la Russie en passant par la Syrie, Cuba ou la Birmanie, invoquent « la sécurité » pour organiser « la répression » en ligne. Avis aux régimes autoritaires : l'Amérique se range du côté des internautes.

Cela fait près d'un an que la diplomatie américaine mûrit sa position, peaufinant les contours des technologies et des stratégies qu'elle entend utiliser pour voler au secours des cyberactivistes. En janvier 2010, le bras de fer de Google avec la Chine a servi de sonnette d'alarme. Depuis, la petite équipe chargée de gérer le dossier Internet au département d'État s'est renforcée, débouchant sur la création d'un nouveau bureau qui sera chapeauté par Christopher Painter, avec la casquette de « coordinateur des cyberaffaires », a précisé Hillary Clinton...

Alors qu'un tout récent rapport du Congrès s'étonne de la lenteur avec laquelle le département d'État s'est saisi des 30 millions de dollars qui avaient été débloqués par ses soins cette année (50 millions depuis 2008), la patronne de la diplomatie américaine a annoncé que 25 millions de dollars seraient utilisés pour aider les experts d'Internet à développer des technologies permettant de contourner les barrières érigées par les régimes non démocratiques, ou pour former les cyberactivistes soucieux de se protéger de la censure ou de la répression. « Il n'y a pas d'application » magique, a riposté Clinton aux critiques acerbes des sénateurs, pariant sur une multiplicité de techniques. Elle a précisé que le département d'État avait commencé d'envoyer des messages Twitter en arabe et en farsi la semaine dernière. Des programmes similaires devraient être lancés en russe, en chinois et en hindi très prochainement...

« Droit à la confidentialité »

Certains cyberexperts soulignent pourtant qu'il y a une certaine hypocrisie, voire schizophrénie, à défendre la liberté planétaire d'Internet tout en renforçant les contrôles sur la Toile à l'intérieur des États-Unis et en affûtant ses armes pour prendre en chasse l'organisation WikiLeaks. Le fait que les dispositions du Patriot Act, qui permet une surveillance d'Internet pour raisons de sécurité nationale, aient pour l'essentiel été reconduites par la Chambre des représentants est révélateur de cette contradiction, notent-ils. Le discours de Hillary Clinton a coïncidé très exactement avec les demandes formulées par les juristes du département de la Justice d'avoir accès aux comptes Twitter du patron de WikiLeaks, Julian Assange, du soldat Bradley Manning, accusé d'être à l'origine de la fuite de millions de câbles confidentiels américains, et de deux autres personnes.

Mais Clinton a réfuté toute contradiction, rappelant que la « défense de la liberté » d'Internet devrait nécessairement respecter l'indispensable équilibre entre « liberté et sécurité » et entre « transparence et confidentialité » pour être viable. Hillary Clinton n'a pas caché que son pays se battrait avec énergie contre les dangers de la Toile, du « terrorisme » d'al-Qaida au « cybercrime ». Devançant les critiques à propos de WikiLeaks, elle a souligné que le problème était lié « au vol » d'information qui l'avait précédé, non à Internet en tant que tel. « Des documents gouvernementaux ont été volés, exactement comme dans une valise », a-t-elle poursuivi, plaidant pour « le droit à la confidentialité » de certaines activités gouvernementales. « Le fait que WikiLeaks ait utilisé Internet n'est pas la raison pour laquelle nous l'avons critiqué », a insisté Clinton.

Le représentant d'une compagnie privée se demande néanmoins si l'Amérique ne court pas le risque d'apparaître, avec un tel agenda, comme le marionnettiste en chef de « cybercomplots » destinés à défaire toutes les dictatures du monde, vu le vent de changement qui souffle sur le Moyen-Orient. « Il faut absolument que l'effort de défense de la Toile soit international », note-t-il. Il explique aussi que les compagnies privées font face à un dilemme puisqu'il leur faut veiller à protéger les activistes qui utilisent leurs plates-formes, tout en développant leurs entreprises dans chaque pays. « Nous ne voulons surtout pas apparaître comme l'instrument du gouvernement » américain, souligne-t-il.

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mercredi 16 février 2011

Le chinois HTC lance le premier « Facebook phone » - Marc Cherki


Le Figaro, no. 20696 - Le Figaro Économie, mercredi, 16 février 2011, p. 23

Les téléphones ChaCha et Salsa seront disponibles en mai.

Après l'iPhone d'Apple et la myriade de Google Phone, il faudra bientôt compter avec les « smartphones » de Facebook. Deux appareils conçus par le fabricant chinois HTC, le ChaCha et le Salsa, ont été annoncés hier au Mobile World Congress, à Barcelone. Pour l'occasion, Mark Zuckerberg, le patron du réseau social, a fait une apparition au moyen d'une retransmission vidéo. Le fondateur de Facebook a salué le partenariat avec l'industriel taïwanais HTC qui « offre la meilleure expérience pour Facebook ».

Déjà, sur les 550 millions d'utilisateurs de Facebook, 200 millions y accèdent régulièrement depuis un smartphone. À première vue, l'intérêt d'un bouton Facebook ne paraît donc pas flagrant. Le réseau social propose depuis longtemps une application pour tous les smartphones quelle que soit la marque du fabricant. Mais HTC a poussé l'intégration plus loin. « Si l'on n'avait fait qu'un raccourci vers une application, cela aurait été trop peu imaginatif », a déclaré John Wang, patron du marketing de HTC.

Mettre son profil facilement à jour

Le bouton Facebook de ces deux téléphones déclenche en fait plusieurs actions, selon l'endroit où l'on se trouve. Une pression permet de poster de nouveaux statuts, de partager ses photos, les liens des articles que l'on lit, ainsi que la musique que l'on écoute. Le bouton clignote discrètement lorsqu'une action est disponible.

Ces nouveaux smartphones Facebook doivent être disponibles au deuxième trimestre et l'opérateur américain AT & T a déjà décidé de les proposer. Dans l'Hexagone, « ils devraient être commercialisés en mai. Nous visons, en priorité, un public de 15 à 24 ans », précise Frédéric Tassy, le patron de HTC France.

Les HTC Salsa et ChaCha ne seront pas les seuls à intégrer profondément Facebook. Le britannique INQ a déjà présenté un téléphone similaire il y a quelques jours. La stratégie de Facebook est de multiplier les partenariats de ce genre, plutôt que de concevoir son propre téléphone. Du moins pour l'instant.

Marc Cherki et Benjamin Ferran À Barcelone

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The new HTC Desire S is displayed at the GSMA Mobile World Congress in Barcelona February 15, 2011. The GSMA Mobile World Congress, representing the interests of the worldwide mobile communications industry, will take place from February 14-17 in Barcelona.

The new HTC ChaCha is pictured at the Mobile World Congress in Barcelona February 15, 2011. The GSMA Mobile World Congress, representing the interests of the worldwide mobile communications industry, will take place from February 14-17 in Barcelona.


samedi 15 janvier 2011

TUNISIE - La "révolution Facebook" - Martine Gozlan


Marianne, no. 717 - Monde, samedi, 15 janvier 2011, p. 46

La Tunisie, l'un des régimes les plus verrouillés au monde, vit une révolte qui a déjà fait plus de 50 morts. Récit d'une insurrection qui se propage aussi grâce aux réseaux sociaux.

Tunisie - La fille en jeans jaillit de la foule et s'accroche aux grilles, les bras en croix. A gauche, la haie de flics casqués, à droite celle des policiers en civil. Elle a 20 ans et le visage âpre de ces pasionarias qui, dans le monde entier, génération après génération, immortalisent l'instantané des révolutions. Elle n'a pas de voile, ce n'est pas une islamiste. Elle crie : "N'ayez pas peur de la police, n'ayez pas peur des balles ! Où est la liberté alors qu'on est en train de nous massacrer ? Le fils du peuple est nu et il a faim, mais il sera plus fort que les Trabelsi !"

Les Trabelsi : la famille de Leila Ben Ali, l'épouse du président, le clan haï par les Tunisiens. Où la jeune fille a-t-elle puisé la force de hurler ces mots au coeur de la capitale, place Mohamed-Ali, sous le balcon de l'UGTT, l'Union générale des travailleurs tunisiens, le syndicat unique complètement dépassé par sa base ? Ses aînés l'observent dans la foule, sidérés. Et, finalement, les larmes aux yeux, emportés. "Karama Wataniyia ! Dignité nationale ! Ben Ali dehors !" scandent les manifestants. Une sono crache à pleins décibels l'hymne national pour couvrir leurs slogans. Le secrétaire général adjoint du syndicat, Abid Brighi, a quitté le balcon, affolé. Une nouvelle génération de la colère remplace ses syndicalistes muets depuis deux décennies. Ce sont les huées de la jeunesse qui ont arraché in extremis au leader de l'UGTT le "soutien au mouvement populaire", la "condamnation de ceux qui répondent avec des balles aux besoins des travailleurs". Mais les rebelles ne s'en contentent plus. "Mohamed Bouazizi, tu nous as légué le lait de la révolte !" hurlent-ils, soudés autour de l'ombre du suicidé de Sidi Bouzid. On est le samedi 8 janvier, la semaine sera sanglante.

Dimanche 9 janvier, à l'aube, une poignée de militants épuisés boivent le premier café à une terrasse de l'avenue Habib-Bourguiba qui compte autant de flics en civil que de pigeons. Il y a là Attia Othmani et ses camarades de la région de Sidi Bouzid. Prof de philo maintes fois arrêté, aujourd'hui en liberté provisoire, Othmani est membre du Parti démocratique progressiste, une opposition légale mais constamment réprimée. Ce matin-là, on dénombrait déjà 24 morts (le chiffre montera à plus de 50 victimes le 11 janvier) à Kasserine et Thala, ces puits de misère, à 50 km de la frontière algérienne par laquelle se glissent les contrebandiers de pétrole protégés par les gros bonnets du gouvernorat. Partout grossissaient les cortèges, dans des zones dissemblables. Dans le centre, à Djelma, bourgade abandonnée où une famille sur 10 compte un harraga, un clandestin prêt à risquer sa vie sur la Méditerranée du désespoir. A l'est, sur la côte, à Sousse, la ville natale de Ben Ali, en apparence si prospère, les facs commencent à s'embraser. Attia Othmani est stupéfait : "Je me bats depuis des années dans l'espoir et le désespoir ; j'essaie de faire bouger les gens mais c'était impossible parce que la peur vivait en eux. Aujourd'hui, ils se dressent d'un seul élan..."

C'est que le peuple nouveau est arrivé. Tagueur et rappeur, armé de téléphones portables et de réseaux sociaux qui lui communiquent en un éclair la douleur de ses frères. Les jeunes insurgés ne se "réveillent" pas : ils n'étaient pas endormis. Ils se fichent des indics et des lacrymogènes, bravent même les balles : ils n'avaient pas peur.

Des instants partagés

"Le régime s'est complètement trompé, il croyait que les jeunes étaient apolitiques, qu'ils se connectaient sur Facebook simplement pour s'amuser. Ben Ali et ses sbires n'auraient jamais pensé qu'Internet deviendrait un instrument de subversion. L'opposition non plus d'ailleurs !" résume une contestataire de longue date, la cinquantaine usée par la peur. En arrivant chez elle, on est prié d'éteindre son téléphone portable, d'enlever la batterie et de l'enfouir au fond de son sac "parce qu'on est écouté même quand on ne parle pas". L'angoisse a paralysé sa génération. "Tout le monde s'est trompé, répète-t-elle, les jeunes sont plus inventifs que nous ! Ils n'ont pas les divergences idéologiques qui nous minaient, seulement des convergences sur la manière de vivre."

Vivre, pour les jeunes de Tunisie et d'ailleurs, c'est partager l'instant. Dès que les vidéos relaient les manifestations locales de solidarité, le suicide par le feu de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre, déclenche des millions d'instants partagés. Un nouvel outil médiatique se greffe sur le malheur social et le fait enfin exister. Sous la chape de secret, le pays bouge depuis longtemps. Au sud, dans la région des mines de phosphate, Gafsa s'était soulevé le 5 janvier 2008 pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui : chômage, corruption et répression. Le mouvement dure six mois ! Dans un black-out total : le régime embastille tous les leaders. Le seul journaliste qui couvre les événements, Fahem Boukadous, écope de quatre ans de prison. La révolte reste circonscrite à la région.

Trois ans plus tard, tout le monde est journaliste sur son portable et sur Facebook. En moins d'un mois, l'onde de choc tunisienne se propage à une telle échelle et une telle vitesse qu'elle alerte la Maison-Blanche. Washington invite le régime de Carthage à la "retenue". La révolution du Web et des réseaux, amie de toutes les jeunesses, haïe des petits et grands tyrans, braque les projecteurs sur l'étrange pays du Jasmin en sang. Elle transforme ainsi un acte isolé en révolte de masse contre une conjonction d'asphyxies : le chômage des diplômés, la censure des internautes, l'impossibilité de sortir du pays - sauf vers l'Algérie et la Libye -, alors que l'Européen repu de Facebook et de libertés débarque en Tunisie pour bronzer. Sans oublier, bien sûr, l'aversion pour un régime qui s'enkyste dans l'archaïsme politique et policier. La rage face à la morgue des affairistes proches du pouvoir, au bling-bling des privilégiés du premier cercle. Dans la minuscule Tunisie, riches et pauvres se côtoient, les mondes se frôlent, les haines se croisent. A La Marsa, banlieue chic de Tunis, un bachelier éboueur ramasse les ordures à mains nues devant les villas bourgeoises. Mais cette constellation de rancoeurs ne suffisait pas à l'embrasement des derniers jours. Pour que la Tunisie de la protestation devienne celle de l'insurrection, il fallait un élément décisif : la riposte du pouvoir.

Il y a une faille de taille chez les dictateurs : l'incapacité totale à comprendre le peuple qui subit leur loi. Cette paresse les conserve dans le formol pour une durée qu'ils croient éternelle. A long terme, elle fait leur perte.

"Si le pouvoir continue à se crisper, j'ai peur que la Tunisie ne sombre dans l'anarchie ! Dans notre histoire, il est très rare qu'on tire sur le peuple et tout le pays est sous le choc..." : Noura Bensaad, enseignante et écrivain, fait partie de ces nombreux intellectuels apolitiques qui réclament depuis longtemps une ouverture. La crise actuelle la désespère, le bain de sang la bouleverse. Le 11 janvier, à Tunis, elle a tenté de rejoindre le rassemblement auquel avaient appelé les artistes devant le théâtre municipal, avenue Habib-Bourguiba. Mais le coeur de la capitale était truffé de policiers en civil et le petit rassemblement avait déjà été dispersé avec brutalité. Noura s'installe néanmoins en haut des marches. Trois policiers s'approchent, lui donnent l'ordre de circuler et la poussent au bas des marches en l'insultant. "Le président avait dit dans son discours que les manifestations pacifiques ne posaient aucun problème, c'était faux, résume Noura. A croire que même un citoyen isolé représente un danger..."

Universités bouclées

Sousse, lundi 10 janvier. Le quartier universitaire se dresse le long de la route nationale, près du faubourg Erriadh, à quelques kilomètres du centre-ville. La Tunisie est le seul pays du monde arabe a avoir réussi le pari de l'éducation, du primaire au supérieur. Chaque année, 80 000 nouveaux diplômés sortent de l'université. Il est 15 heures et une assemblée générale se tient sur le campus. De la route, on distingue un étudiant qui harangue ses camarades. Comme partout, à l'entrée, un rang serré de policiers en civil. Une heure plus tard, dans son allocution télévisée qui alterne promesses sociales et menaces directes, Ben Ali annoncera la fermeture temporaire de toutes les universités, lycées et collèges du pays. On ne discute pas, on boucle.

La veille, comme l'avant-veille, la faculté de lettres de Sousse s'est mobilisée. A la façon des jeunes Tunisiens : on passe les examens et on manifeste entre deux sessions. Pas question de brader la réussite : c'est parce qu'on la leur vole que les désespérés s'immolent. La police a tabassé et tiré. Des grenades lacrymogènes, non des balles comme à Kasserine, au coeur d'une misère et d'un chaos à l'algérienne. On est à Sousse, ville riche, paraît-il.

Mais les étudiants sont pauvres. Originaires du Centre et de l'Ouest, ils réclament des aides depuis plusieurs années. En 2007, 19 d'entre eux avaient été inculpés pour avoir mangé sans payer au restaurant universitaire. Par quelle aberration cette vieille affaire est-elle brusquement jugée le 22 décembre dernier, cinq jours après l'immolation de Mohamed Bouazizi ? Pourquoi le procureur, bafouant la loi, refuse-t-il aux accusés l'accès à la salle d'audience ? Six sont condamnés à trois mois de prison ferme. Un vent d'indignation souffle sur le campus. Résultat : les facs de Sousse sont les premières du pays à rejoindre le mouvement social. Le 9 janvier, les étudiants manifestent pacifiquement en apprenant le massacre de Kasserine. Sans raison, la police charge. Du coup, les jeunes du quartier qui entourent les facs participent aux accrochages. Ils se poursuivent tard dans la soirée. "Si la police n'était pas intervenue, la manifestation se serait déroulée et dispersée dans le calme", affirme Djamel Msallem, enseignant, président de la section locale de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme.

Il est 18 heures et la route des facultés est brusquement coupée. Encore une fois la police a chargé pour empêcher toute manifestation. Sur les talus, les habitants d'Erriadh observent de loin les affrontements. "Ils tirent, ils tirent !" crient les ados du coin. Un keffieh plaqué sur le bas du visage pour se protéger des gaz, ils ont pris possession de la route, y compris dans la direction de Tunis, et commencent à caillasser les voitures. De l'autre côté, les unités spéciales de la police se concentrent sur leur obsession de la manif étudiante qui ne doit pas exister sous le ciel tunisien.

On rebrousse chemin vers le centre du faubourg. Un soleil crépusculaire illumine des terrains vagues plantés d'oliviers et jonchés d'ordures. "La police a lancé des gaz sur le collège et l'école primaire !" crient deux gamines. C'est que les étudiants ont fui vers le coeur d'Erriadh et les flics les serrent de près. L'odeur de lacrymogène se rapproche. Des jeunes stagnent en scrutant l'horizon. Etudiants ou habitants d'Erriadh ? On ne sait pas, tout se confond dans la même fièvre, il y a aussi des vieux et des femmes, tétanisés. Brusquement, panique, tout le monde reflue. Une estafette blanche surgit, fonce au coin de la rue à droite. Un policier dressé sur le marchepied tire une grenade sur la première maison, là où un étudiant a tenté de trouver refuge. Des cris. On redémarre en trombe. Toutes les rues sont bloquées par la police. La seule par laquelle rejoindre la route de Tunis est barrée par les ados en keffieh. On les voit, à l'intersection de la nationale, rouler d'énormes pierres. Erriadh est une souricière. On est pris entre l'émeute et la police. Mais c'est la police qui, comme la veille, a déclenché l'émeute des ados du quartier en frappant la manifestation pacifique de la faculté de droit. "Un étudiant, Maher Dabar, a eu la jambe écrasée par un véhicule de la police qui lui a foncé dessus", explique Djamel Msallem. Une allégorie de ce qui se passe dans tout le pays. Un vague aperçu, mille fois moins grave, du processus qui a mené à la tragédie de Kasserine, une ville en proie au pillage le 11 janvier, au lendemain des massacres.

Mercredi 12 janvier. On s'est battu toute la nuit dans les cités d'Ettadhamen, une banlieue qui est à Tunis ce que Stains ou La Courneuve sont à Paris. La capitale tremble : "S'ils tirent à Ettadhamen, là c'est vraiment le chaos qui nous menace !" Il n'y aurait pas de morts. L'armée et les forces antiémeutes sont postées devant l'ambassade de France et aux carrefours stratégiques. Ben Ali a limogé le ministre de l'Intérieur : après Kasserine, il faut faire un exemple. Vers 14 heures, brouhaha sur l'avenue Bourguiba : une manifestation descend de la médina vers le centre. Des habitants du souk El-Jezira, tous originaires de Gafsa et de Sidi Bouzid. Charge, dispersion. Une demi-heure plus tard, la vie a repris son cours, Tunis commence à s'habituer à l'imprévisible. M.G.


OÙ SONT LES ISLAMISTES ?

Ils ont toujours été le meilleur alibi de Ben Ali : la propagande a immédiatement évoqué la présence d'islamistes pour expliquer la contagion de la colère. C'est douteux. Même si Rached Ghannouchi, le leader exilé du parti interdit Ennahda, soutient le mouvement de loin, aucun slogan, sur place, ne trahit l'influence salafiste. Beaucoup de Tunisiens laïcs s'alarment précisément de cette discrétion : et si les islamistes profitaient de la crise pour négocier leur retour en grâce et leur réintégration dans la vie politique ?

LE MAGHREB AUSSI VICTIME DE LA CRISE
Hervé Nathan

Le Maghreb flambe et les Occidentaux font mine de s'étonner. Vu du nord de la Méditerranée, l'Algérie et la Tunisie étaient jusque là déclarées "hors de la crise". L'archaïsme de leur système financier les avait préservées des folies des subprimes et leurs banques étaient déclarées saines. La manne pétrolière devait permettre à l'Algérie de soutenir sa croissance démographique. Ajoutons le "calme" politique obtenu par deux régimes autoritaires, et la messe était dite : au sud, rien de nouveau !

On pouvait pourtant anticiper aisément les tensions sociales. Pour deux raisons :

1) La flambée du prix des matières premières agricoles. Depuis l'annonce des mauvaises récoltes en Russie à l'été 2010, puis des inondations en Australie, les cours mondiaux du blé ont augmenté de 80 %. Ceux du sucre de 45 % et ceux de l'huile de palme de 60 %. Tous ces produits sont à la base de la consommation alimentaire au Maghreb. Les tensions sur les prix ont provoqué la valse des étiquettes, jusqu'à + 30 %, sur les produits de première nécessité.

Depuis 2008, lorsque la hausse des cours avait provoqué les émeutes de la faim en Afrique, en Asie et en Amérique latine, les mesures indispensables étaient connues : éradication de la spéculation, réduction de la culture des agrocarburants qui concurrencent l'alimentation humaine, aide à l'investissement dans l'agriculture des pays importateurs, constitution de stocks pour les mauvaises années. Des remèdes aussi vieux que la Bible, lorsque Joseph mettait les surplus de récoltes de Pharaon à l'abri dans des greniers ! Mais, en deux ans, rien n'a été fait. Les spéculateurs sont toujours à l'oeuvre et aux Etats-Unis la surface consacrée à l'éthanol représente 38 % des terres céréalières ! Quant aux stocks, les ultralibéraux les considèrent comme nuisibles pour les marchés...

2) L'austérité générale décrétée par l'Union européenne, premier marché de la Tunisie. La faible demande européenne, qui compte pour 73 % des exportations du pays, a fait baisser la croissance de la Tunisie à moins de 4 % en 2010, et a achevé un modèle intenable. La Tunisie s'est spécialisée dans la sous-traitance industrielle et le tourisme bas de gamme alors qu'elle forme 80 000 diplômés par an, pour lesquels elle n'offre que 20 000 postes. Les dizaines de milliers de jeunes, qui ne peuvent plus émigrer en Europe, sont condamnés à l'économie informelle et au désespoir.

Là encore, aucun effet de surprise ne peut être invoqué puisque ce constat était, dès 2007, à la base de l'Union pour la Méditerranée (UPM) souhaitée par Nicolas Sarkozy. Il s'agissait d'investir massivement dans le Sud, mais pour l'heure rien ne s'est concrétisé. Les projets sont quasi ficelés, les financements aussi (il faut trouver 50 milliards d'euros sur dix ans, c'est possible), les entreprises sont dans les starting-blocks. Il manque juste un traité qui protège les investissements de la corruption. Mais le blocage est politique : aucune réunion au niveau ministériel de l'UPM n'est encore programmée.

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mardi 21 décembre 2010

OPINION - Le déclin programmé de Facebook - Hervé Fischer

Libération, no. 9209 - Rebonds, mardi, 21 décembre 2010, p. 20

Qui oserait nier aujourd'hui l'importance des médias sociaux. Ils nous apparaissent comme des incontournables, que la contamination virale nourrit sans cesse. Nous courons entre MySpace, YouTube, Facebook, Classmates, Twitter, etc. anxieux d'être présents partout. Le fondateur de Linkedln (70 millions d'usagers), Reid Hoffman, a pu affirmer que «MySpace c'est le bar, Facebook c'est le barbecue au fond du jardin, et Linkeldln c'est le bureau». Ces médias sociaux se sont multipliés : Flickr, Myheritage, Trombi, Last.fm, Plexo aux Etats-Unis, Viadeo en France, Xing en Allemagne, Jobssip en Espagne, Renren Xiaonei en Chine (une imitation de Facebook qui se traduit ainsi «les gens sur le campus»), et même en Afrique, sur téléphone mobile : iYam.mobi, lancé par Fritz Ekwoge.

Facebook, qui a juste six ans d'existence, augmente son nombre d'usagers d'un million par trimestre, à en croire les chiffres faramineux et non vérifiables qui sont annoncés, atteignant les 600 millions en cette fin de 2010. Ses revenus, de près de 635 millions en 2009, atteindraient le milliard pour 2010. Selon l'institut américain Hitwise, Facebook pourrait se prévaloir de 3% de visiteurs uniques de plus que Google et de plus de pages vues. Simultanément l'annonce du réseau Google Me est encore une fois reportée. Facebook constituerait 25% du trafic internet aux Etats-Unis. Alors que le désir de socialiser ne risque pas de diminuer, ni le sentiment de solitude de nos masses individualistes, comment peut-on annoncer aujourd'hui le déclin prévisible de Facebook ? Il y a bien des raisons. Facebook est d'abord un réseau d'adolescents en quête d'amis - c'est devenu une sorte de compétition d'en afficher toujours plus -, et comme tous les engouements auxquels s'identifient successivement les générations de jeunes, avec des modes vestimentaires, des groupes musicaux ou des danses, la génération Facebook va vieillir et passer la main. On entend déjà de plus jeunes déclarer que Facebook, c'est inintéressant. Nous observons la même éphémérité dans la succession des modes pour les outils numériques. Ainsi, les montres digitales, qui avaient envahi à juste titre le marché, ont presque disparu. La mode est revenue aux grandes aiguilles sur de larges cadrans. On ne parle quasiment plus du jeu Second Life, qui avait tant de succès il y a trois ans, avec sa spéculation foncière, et qui battait sa propre monnaie, convertible en dollars. Chacun voulait y créer son avatar, tandis que les grandes institutions et les multinationales y investissaient pour ouvrir des vitrines et des commerces. Malgré le goût actuel pour la transparence et l'authenticité, les réseaux d'amis tels que Facebook provoquent de plus en plus de méfiance. Il est vrai qu'en exhibant ainsi leur vie privée, beaucoup de jeunes se fichent ingénument d'eux-mêmes, et que ces données personnelles sont aussitôt utilisables pour le meilleur et pour le pire. Une enquête récente menée par Iligo, une agence française d'analyse des comportements des consommateurs, révèle que 80% des internautes n'ont pas confiance dans la politique de confidentialité des médias sociaux qu'ils utilisent. Dans le cas de Facebook, le plus en vue, de nombreuses polémiques ont obligé ses dirigeants à reculer et à faire d'apparentes concessions. Il n'en demeure pas moins qu'il est compliqué d'en sortir et que si vous y parvenez, le site vous «rassure» en vous indiquant que si vous changez d'avis et voulez plus tard vous réinscrire, vous y retrouverez aussitôt toutes les données personnelles que vous y avez mises - celles que précisément vous venez d'essayer d'effacer définitivement pour protéger votre vie privée et votre avenir ! Ces deux faces de Facebook, l'une de gentille convivialité, l'autre d'exploitation commerciale sournoise de ces données privées, sont terriblement contradictoires. Tim Berners-Lee, l'inventeur du Web, voici juste vingt-cinq ans, vient de publier une mise en garde insistante sur le «caractère fermé» de la plateforme Facebook. Nous ajouterons que malgré l'annonce récente de Facebook d'offrir désormais un mode d'échange facile, rapide et convivial qui allait rendre obsolète le «vieux courriel», ce réseau n'offre guère d'innovations dans ses fonctionnalités. En outre, il manque de profondeur, se dédiant à des échanges superficiels et sans contenus. Je vois mal, enfin, comment cette plateforme surmontera encore longtemps la contradiction évidente entre les relations naïves d'adolescents et les usages adultes corporatifs ou professionnels, tels que les campagnes politiques, commerciales, humanitaires, les débats littéraires, scientifiques, historiques, universitaires, etc. Encore deux faces de Facebook qui ne s'accordent pas. Les clientèles ne sont pas les mêmes, les activités non plus et cette plateforme est manifestement trop large pour ne pas apparaître bientôt fragile et non pertinente. En outre, l'abus commercial d'exploitation des données personnelles, qui incite beaucoup d'utilisateurs à quitter Facebook, a suscité une initiative alternative, celle de Diaspora à New York, en mai 2010, qui propose une plateforme en logiciel libre avec code source ouvert, qui permet à tous les usagers de contrôler les orientations, les politiques et les usages du site. Les médias sociaux ne disparaîtront pas, mais ils vont se segmenter davantage, pour mieux répondre à des besoins plus spécifiques de groupes plus définis. Et dans la lutte entre les empires numériques Microsoft, Google et Facebook, c'est ce dernier qui est le plus fragile, malgré l'excès de ses succès actuels, ou plutôt à cause de cet engouement superficiel et non structuré. Les communications sans contenu sont comme l'eau, qui se répand successivement en vases communicants. Autre métaphore : les contaminations virales sont comme les bancs de poissons ou les volées de perroquets, elles se déplacent rapidement et en bloc. L'avenir prochain de Facebook est plus qu'incertain. Entraîné par son succès, on ne voit pas comment il pourrait se reconfigurer en ciblant mieux ses objectifs et ses fonctionnalités avant de perdre les faveurs de la prochaine vague d'adolescents et des usagers adultes qui s'y sont accrochés.

Par Hervé Fischer Président de la Fédération internationale des associations de multimédia

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lundi 13 décembre 2010

Les clones de Facebook en Chine tentés par la Bourse


Le Monde - Economie, lundi, 13 décembre 2010, p. 13

Oak Pacific Interactive (OPI), l'un des principaux groupes chinois de réseaux sociaux, a engagé des banques d'investissement en vue d'une introduction en Bourse en 2011 aux Etats-Unis. OPI est propriétaire de Renren, le plus grand réseau social sur Internet en Chine, du site commercial Nuomi et du site de loisirs Mop. Il serait ainsi le premier, parmi les nombreux clones chinois de Facebook désireux de tenter l'aventure boursière, à officialiser son projet. TaoMee, réseau qui cible les enfants, consultera des banques d'investissement au premier trimestre 2011, selon une source proche du sujet. Les réseaux sociaux chinois ont gagné en popularité en Chine ces dernières années, réalisant l'essentiel de leurs revenus grâce à la publicité en ligne. Ils bénéficient également de l'absence de concurrence : Facebook et Twitter sont interdits en Chine.

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mardi 30 novembre 2010

ANALYSE - Facebook, miroir magique - Philippe Rivière


Le Monde diplomatique - Décembre 2010, p. 28

Un réseau social insatiable

Il y a quelques jours Facebook m'a demandé de changer de nom. Non pas que je m'étais choisi un pseudonyme ordurier, incitant à la haine raciale ou usurpant celui du tout-puissant Mark Zuckerberg (le patron, fondateur et principal actionnaire de ce site Internet), voire similaire à une marque déposée. Mais je m'étais inventé un patronyme composé de caractères braille. Les ingénieurs du site californien avaient soudain décidé que cela n'était plus typographiquement correct.

A l'inscription, Facebook avait validé mon existence en vérifiant un code secret envoyé sur mon téléphone. Il avait aussi insisté pour que je lui donne le mot de passe de mon courrier électronique, afin de récupérer mon carnet d'adresses et ainsi faciliter le repérage de mes contacts - mes " amis ", dans la terminologie maison.

Policée en permanence par des algorithmes, en vertu de conditions d'utilisation que personne ne lit, la page bleue de Facebook offre un cocon douillet à ses membres, qui peuvent s'y connecter pour discuter sans se voir envahis de messages parasites. Les publicités sont relativement discrètes, et l'on peut à loisir regarder les photos de ses amis, s'amuser ou s'indigner des mêmes informations qu'eux, jouer aux mêmes jeux, suivre les événements de leur existence les plus triviaux comme les plus heureux. Les messages échangés couvrent tout le spectre de la pensée humaine, de l'indispensable " je prends ma douche " à la réflexion pointue sur l'art contemporain, en passant par les faire-part de naissance (1).

Sur Facebook, les interactions sont toujours positives : on peut, en cliquant sur le bouton ad hoc, " aimer " quelque chose, pas le détester ; on est averti quand on gagne un nouvel ami, pas quand il nous quitte. Divers contrôles protègent l'utilisateur : ainsi, le voyageur qui se connecte depuis un endroit inhabituel se voit soumis à un interrogatoire (ludique) à base de photos, afin de prouver son identité. Tout cela ne va pas sans arbitraire. Des pages sensibles - comme celle d'un groupe de soutien au soldat Bradley Manning, accusé d'avoir transmis des informations secrètes sur la guerre d'Irak au site WikiLeaks - sont parfois suspendues sans explication, puis rétablies quelques jours plus tard... Pour limiter certains abus, les membres sont invités à dénoncer d'un clic les messages nuisibles, et le site suspend alors le compte des utilisateurs incriminés. Une brèche dans laquelle se sont engouffrés des activistes de toute sorte, organisant par cette méthode la déconnexion de leurs adversaires politiques (2). Facebook cède aussi parfois à la tentation de la censure, et bloque des liens vers des sites de partage de fichiers ou vers des performances artistiques et politiques - comme Seppukoo.com, qui permet aux internautes... d'effacer leurs données de Facebook.

Ce savant mélange de vie privée et de voyeurisme, ce régime doucereux de transgression modérée et de liberté surveillée a constitué la recette gagnante de M. Zuckerberg. Grâce à cela, il a réussi le tour de force de rassembler cinq cents millions d'inscrits, dont 50 % se connectent chaque jour, pour un total de sept cents milliards de minutes chaque mois. Et deux cents millions de personnes consultent le " réseau social " par téléphone mobile. Parti de rien - ou presque, le prestige de l'université Harvard n'étant pas négligeable dans son démarrage fulgurant en février 2004 -, Facebook est désormais, avec seulement mille sept cents employés, le plus gros site Internet de la planète.

Librement fournies par les internautes, les données personnelles attirent les convoitises. Elles permettent aux agents du marketing de s'offrir un ciblage - par sexe, âge, date d'anniversaire, langue, pays, ville, niveau d'éducation, centres d'intérêt, etc. - bien plus précis que les sondages des médias traditionnels. Avec une audience qui approche celle de la télévision. Le 22 novembre, la marque de luxe Louis Vuitton s'adressait ainsi sans intermédiaire à 1 664 789 internautes. Autant de personnes qui, en cliquant sur un bouton " J'aime ", avaient incité leurs amis à en faire autant. Sur la page du maroquinier, les contenus proposés vont des défilés de mode au journal de voyage " au coeur de l'Afrique " du chanteur Bono.

Parmi les pages populaires, celles des marques comme Starbucks, Coca-Cola ou les biscuits Oreo drainent une audience de dix à vingt-cinq millions de personnes. Mais les grandes marques ne sont pas les seules à exploiter ce filon. A leur échelle, l'artisan local, l'auteur modeste et la petite entreprise profitent de ce même système pour se mettre en valeur. Le Monde diplomatique n'y échappe pas : sa page Facebook, ouverte fin 2009 à l'initiative d'une lectrice, rassemble déjà 45 861 membres.

En permettant à chacun de polir sa marque personnelle, Facebook est le miroir magique de notre époque égotiste et publicitaire. L'expérience Facebook procure à l'utilisateur la sensation d'être en permanence en représentation devant cent trente personnes (nombre moyen d'amis) applaudissant chaque geste et chaque bon mot. Plus la projection électronique de notre être reflète la vérité de notre personnalité - ou de notre désir -, plus on se laisse griser par son reflet (3). Ce sentiment conduit chacun à alimenter sa page, de façon parfois compulsive, en publiant ses goûts, son adresse, sa position en temps réel grâce à diverses techniques de géolocalisation, ou la chronique de ses démêlés amoureux.

Mais Facebook ne compte pas s'arrêter là : de site clos, il cherche désormais à s'étendre à l'ensemble de la Toile. Introduit en avril 2010, le bouton " J'aime " est une fonctionnalité d'apparence anodine que chaque webmestre peut intégrer sur son site pour faciliter le buzz ; grâce à cet ingénieux système déjà installé sur un million de sites, l'entreprise se vante de pouvoir pister nominativement les visites sur la Toile de cent cinquante millions de personnes chaque mois, affinant ainsi leur profilage. Pour mieux servir (et cerner) l'internaute, Facebook vient par ailleurs de lancer une messagerie électronique regroupant courriels, SMS et discussion instantanée. En concurrence frontale avec Google, l'autre point de contrôle géant du Net.

Facebook assure que seuls nos amis ont accès à cette masse de textes et d'images qui se déverse continûment dans ses bases de données. Après une enquête du Wall Street Journal révélant que certains des plus gros opérateurs de jeux sur Facebook recelaient les identifiants personnels des joueurs et de leurs amis, la société a décrété en novembre 2010 une " tolérance zéro " pour les courtiers en données, et assure qu'elle " n'a jamais vendu et ne vendra jamais les informations des utilisateurs ".

En 1993, un dessin publié dans le New York Times expliquait que, " sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien ". En 2010, l'anonymat est en passe d'être aboli. " Avec quatorze photos de vous, nous avons la capacité de vous identifier, rappelait le président-directeur général de Google, Eric Schmidt, à la conférence Techonomy, le 4 août 2010. Vous croyez qu'il n'y a pas quatorze photos de vous sur la Toile ? Il y a les photos Facebook. " Un état de fait non seulement irrévocable, mais à ses yeux nécessaire : " Dans un monde de menaces asymétriques, le véritable anonymat est trop dangereux. (...) Il nous faut un service fiable de vérification d'identité - et le meilleur exemple aujourd'hui d'un tel service est Facebook. (...) Les gouvernements finiront par l'exiger. " S'il reste possible de tricher, cela sera à l'avenir plus difficile. Les architectes du monde en ligne et les dirigeants politiques entendent " civiliser " un Internet libre perçu comme une zone de non-droit. S'ils parviennent à le domestiquer, donner son identité réelle sera le prix à payer pour y participer de plein droit. La Toile servait jusqu'ici d'image pour désigner un système décentralisé de réseaux informatiques interconnectés. Nul n'imaginait qu'une araignée frétillante viendrait s'installer en son centre pour épier tous les internautes.


(1) Miyase Christensen, " Facebook is watching you ", Manière de voir, n° 109, " Internet, révolution culturelle ", février-mars 2010.
(2) Cf. Fabrice Epelboin, " http://fr.readwriteweb.com/2010/05/14/a-la-une/guerre-civile-sur-facebook/ ", ReadWriteWeb France, 14 mai 2010.
(3) Plus que The Social Network (David Fincher, 2010) - qui reste un excellent film sur Harvard, l'informatique et le pouvoir -, c'est Catfish, un documentaire de Henry Joost et Ariel Schulman, qui capte l'essence de Facebook (DVD à paraître en janvier 2011).

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