jeudi 19 mars 2015
jeudi 2 juin 2011
REPORTAGE - Palo Alto, où bat le coeur de la planète high-tech
Zuckerberg, Jobs, Page et Brin : ils sont tous là. Reportage dans la Mecque de l'Internet.
Le cocktail arrive sur un plateau imitation argent. Ce sera donc un Yum Yum Berry (mangue, citron, ananas et jus de yumberry, fruit rouge d'Extrême-Orient). On avait été tenté par un Passenger (grenade, menthe, citron, eau pétillante, vodka). Mais les arguments de Lulu Almaguer, responsable du bar de l'hôtel Rosewood, situé à Menlo Park, près du campus Stanford, à un quart d'heure du centre de Palo Alto, ont fait mouche.« La dernière fois, Demi Moore en a commandé six ! » Il y a un mois, Mark Zuckerberg est venu au Rosewood prendre un verre avec des investisseurs de Facebook. Et, un peu plus tôt, Steve Jobs a tenu une réunion à huis clos dans la suite Lemon, avec vue sur les montagnes de Santa Cruz. Peu importe que nous soyons au coeur d'un Etat, la Californie, au bord de la faillite ou que les Etats-Unis soient empêtrés dans le chômage, la Silicon Valley, elle, n'a rien perdu de sa vitalité.
Sur la terrasse du Rosewood on donne des soirées de charité, comme celle arrosée de chardonnay, en l'honneur du Lucile Packard Hospital. En plus de faire une bonne action (ticket d'entrée à 25 000 dollars), les financiers, en nombre, se mettent en quête d'un prochain coup ! A la mi-mai, ils ont réussi l'introduction en Bourse du réseau social « professionnel » LinkedIn (+ 105 % le premier jour) et ils préparent activement celle du site de jeux Zynga... La veille, l'hôtel était déjà à la fête : la Cougars Night chaque jeudi soir est un hit.
On croyait cette anomalie de l'Histoire qu'est la Silicon Valley condamnée à disparaître. Enterrée par la Chine, qui comptera dans un an deux fois plus (!) d'internautes qu'il y a d'Américains, ou par l'Inde, vers laquelle on délocalise des services payés moins cher. Mais le comté de Santa Clara, ancienne colonie espagnole autrefois peuplée d'Indiens Ohlone, et sa capitale, Palo Alto (60 000 habitants et 115 000 dollars de revenu annuel moyen par foyer), continuent d'attirer les milliards des fonds d'investissement. Barack Obama, qui voulait se ressourcer alors qu'il était au plus bas dans les sondages il y a sept mois, n'est-il pas venu dîner chez Marissa Mayer, la numéro trois de Google, au coeur de Palo Alto ? Et il y a un mois, c'est du siège de Facebook, dans le nord de la ville, qu'il a lancé sa campagne pour un second mandat.
Vétérans du high-tech. La petite ville s'ordonne autour d'une succession de maisons de style néo-colonial cachées derrière des séquoias (Palo Alto signifie « grand arbre » en espagnol). Des écureuils grimpent sur les toits des 4 x 4. Et si l'on se balade du côté du Farmers Market, un marché bio qui se tient tous les samedis de mai à septembre (en ce moment, c'est la saison des nectarines), ou près du Stanford Theatre, cinéma qui, ces jours-ci, rend hommage à Gene Kelly, on peut croiser des légendes du high-tech : Marc Andreessen, le cofondateur de Netscape, comme Gordon Moore, à qui l'on doit la fameuse loi selon laquelle une même surface de carte électronique reçoit deux fois plus de processeurs tous les dix-huit mois. Des vétérans. Mais il y a aussi des nouveaux venus. A peine arrivé à la tête d'HP, c'est Palo Alto que choisit Léo Apotheker. Il habite à dix minutes en voiture de la résidence de Larry Ellison (Oracle), qui l'avait brocardé devant le monde entier le jour où il a été nommé. Quant à Randi Zuckerberg, la soeur du jeune milliardaire, qui s'occupe des relations extérieures de Facebook, elle donne rendez-vous à l'University Coffee, adresse du centre-ville réputée pour ses muffins... Le gotha de l'Internet vit dans un mouchoir de poche.
Et dire que - le fait est peu connu - sans l'argent de la recherche militaire Palo Alto ne serait peut-être pas ce qu'elle est. En 1941, les Américains, obsédés par les systèmes de radars allemands, mettent en place le Radio Research Laboratory, une équipe de 850 universitaires et haut gradés qui travaille dans le plus grand secret. A l'origine, ce commando est basé à Harvard, sur la côte Est. Il sera confié à Frederick Terman, un professeur d'électronique de Stanford qui, une fois démobilisé, retourne en Californie. Et convainc des chercheurs de haut vol de le rejoindre au sein de l'Electronic Research Lab. Ce sont ces crânes d'oeuf qui vont donner naissance au bouillon de culture de la Silicon Valley. Terman va même pousser deux de ses anciens étudiants qui bidouillaient des transistors au 367 Addison Avenue, au coeur de Palo Alto, à créer leur start-up. Ils s'appelaient Bill Hewlett et David Packard...
Un pèlerinage au Buck's of Woodside illustre l'incroyable essaimage. Le restaurant a été ouvert par Jamis McNiven, fils de militaire passé par Berkeley. C'est ici, avec des dessins griffonnés à même les grosses tables en bois brut, que sont nés les Netscape, Hotmail, PayPal ou même le constructeur de bolides électriques Tesla. Dans cette caverne d'Ali Baba, on déguste des crêpes (spécialité maison) face à la maquette du sous-marin utilisée pour le tournage du film « Das Boot ». Si on lève les yeux, on aperçoit le siège qui a servi pour l'envoi d'un singe dans l'espace à la fin des années 50. Cela n'effraie pas Joan Baez, qui vient ici en voisine, tout comme Larry Ellison ou encore Sergey Brin, qui a éclaté de rire lorsqu'il a découvert une (fausse) plaque d'immatriculation siglée Google accrochée au mur.
Les entrepreneurs les mieux établis ont leur rond de serviette à Il Forniao. C'est ici, au centre de Palo Alto, sur Cowper Street, en contrebas du très chic Garden Court Hotel, que vous serez adoubés, ou non, par l'aristocratie du Web. Le maître des lieux, Steve Boyden, qui cache mal son embonpoint sous un grand tablier blanc, vous toise à l'entrée. Le plus important n'est pas ce que vous mangez, mais où vous êtes placé.
Gourou. Scott McNeally, le cofondateur de Sun Microsystems, choisit souvent une table au centre, tout comme John Doerr. Cet ex-Intel, devenu gourou du fonds Kleiner Perkins Caufield - Byers, a joué un rôle clé dans le financement des débuts d'Amazon et de Google. Sa fortune est estimée par Forbesà 2,2 milliards de dollars. Lorsqu'il a déjeuné avec une de ses filles il y a six mois, Steve Jobs s'est installé à la table la plus discrète, au fond du restaurant. Récemment, l'ancienne secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a été aperçue, tout comme Neil Young, qui, se souvient Boyden,« a sorti sa guitare pour improviser un concert dans la rue ».
Bill Burruss, tenancier depuis près de vingt-cinq ans de la librairie Know Knew Books, regrette l'époque où des fans de Jack Kerouac faisaient étape devant ses rayons avant de se diriger vers Santa Cruz, ex-paradis des hippies devenu celui des surfeurs. The Village Pub a beau avoir des airs de saloon, n'y entre pas qui veut. Le jour de la visite du Point, Michelle Pfeiffer, qui terrorisait le serveur (« Surtout n'allez pas l'embêter, elle est venue dans la Silicon Valley pour être tranquille »), se battait avec un haddock. En face, au Gelato Classico, Evvia Estiatorio régale son (beau) monde de souvlakis accompagnés d'artichauts. Plus chic est le Golf Challenge qui se tient chaque année à Stanford. L'an dernier, on a pu voir sur les greens Carol Bartz, numéro un de Yahoo !
Mais le comble du snobisme, c'est d'aller dans des endroits qui ne paient pas de mine. En mars 2010, alors qu'Apple et Google étaient en plein divorce, on a vu Steve Jobs et Eric Schmidt prendre un verre au Cafe Calafia, petite échoppe proche du Stanford Stadium.« Steve Jobs est mon ami et le restera », avait plus tard expliqué Schmidt, de passage à Paris. Larry Page (Google) n'a rien contre une soirée à The Old Pro, un bar de sport où il faut jouer des coudes pour commander une Gordon Biersch, la bière de Palo Alto. Sur les écrans géants, les clients hurlent à chaque exploit des 49ers, l'équipe locale de football américain - elle doit son nom aux conquérants de la Californie, arrivés en 1849, à l'époque de la Ruée vers l'or.
Ainsi vit Palo Alto. Mais, avec ses maisons dont le prix peut dépasser 20 millions de dollars, ses embouteillages dès 6 heures du matin sur l'autoroute 101 entre San Francisco et San Jose, cela peut-il durer ?« Ne pas être ici, ça fait un peu amateur », explique Andrew Mason, le patron de Groupon. Ce site d'achats groupés qui est en train d'exploser a son siège à Chicago. Mais s'est cru obligé d'ouvrir une antenne près d'Antonio's Nut House, bar à billard de Palo Alto où l'occupation principale est de dépecer des cacahouètes. « Mark » (Zuckerberg), comme Andrew l'appelle, y passe de temps en temps une tête. Palo Alto, ce village...
Guillaume Grallet
La rue des financiers
Située à l'ouest de Stanford, Sand Hill Road abrite une succession de firmes de capital-risque. Parmi elles, Sequoia Capital (Apple, Cisco, Flextronics, YouTube...), Greylock Partners (Digg, LinkedIn...), Draper Fisher Juvertson (Hotmail, Skype, Baidu..), Kleiner Perkins Caufield (Google, Amazon..) ou encore Andreessen Horowitz (Zynga, Digg, Foursquare, Twitter...).
Chiffres
180 milliards de dollars, c'est la valorisation estimée et cumulée de HP et Facebook, qui ont toutes deux leur siège à Palo Alto.
18 c'est le nombre de Prix Nobel qui interviennent à Stanford, l'université voisine, qui a formé les fondateurs de Yahoo !, Google et HP.
7 000 entreprises sont basées à Palo Alto, une concentration ahurissante pour une ville de 60 000 habitants
88 000 ingénieurs travaillent dans la ville
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lundi 16 mai 2011
Yahoo! en conflit ouvert avec son partenaire chinois
Yahoo! et Alibaba s'affrontent durement à la suite du transfert par le champion du e-commerce chinois de la propriété de sa plate-forme de paiement en ligne, Alipay, à une entité à laquelle n'est pas convié son actionnaire américain.
Le portail Internet américain, qui détient 40 % d'Alibaba, l'accuse d'avoir transféré Alipay à une structure contrôlée par son fondateur Jack Ma, en août 2010, sans que l'opération soit " portée à la connaissance ou soumise à l'approbation du conseil de direction ou des actionnaires du groupe Alibaba ". Dans un communiqué transmis au régulateur boursier américain, Yahoo! dit n'avoir été informé de l'opération que le 31 mars.
L'affaire illustre les difficultés éprouvées par les entreprises étrangères désireuses d'entrer sur le marché du Web chinois et d'y rester en selle. Yahoo! a investi, en 2005, 1 milliard de dollars dans Alibaba et confié au même moment au groupe la gestion de ses propres opérations en Chine.
Nouvelles réglementations
M. Ma, icône des affaires dont la fortune a inspiré des biographies, a réussi à créer il y a dix ans un site destiné aux professionnels, Alibaba, mettant en relation clients et fournisseurs aux quatre coins de la planète. Il a par la suite créé Taobao, un site de vente en ligne destiné aux particuliers qui, en s'appuyant sur le bouche-à-oreille, allait réussir à expulser le géant eBay du marché chinois.
Un quart du capital apporté par Yahoo! a été investi dans le développement d'activités extérieures au site Alibaba, dont la création d'un instrument de paiement répondant aux inquiétudes des consommateurs chinois, baptisé Alipay. En bloquant leurs paiements sur un compte tiers jusqu'à confirmation de la livraison du produit commandé, cette plate-forme a permis l'éclosion du e-commerce au pays des 457 millions d'internautes et pourrait à l'avenir concurrencer Paypal en Occident.
En réponse aux accusations de Yahoo! sur le transfert d'Alipay, Alibaba dit avoir discuté à de nombreuses reprises depuis trois ans de " l'imposition imminente de nouvelles réglementations dans l'industrie du paiement en ligne ". La banque centrale chinoise a annoncé son intention de réglementer le secteur en imposant des licences aux acteurs du marché. Les contours de cette réglementation n'ont toujours pas été précisés mais elle devrait permettre de contrôler davantage la présence d'étrangers. Déjà, en 2005, des tergiversations sur la question des paiements en devises étrangères avaient retardé l'arrivée du concurrent américain Paypal, qui ne s'est jamais imposé en terre chinoise.
Le directeur financier d'Alibaba, Joseph Tsai, a jugé samedi 14 mai qu'il est aujourd'hui " inapproprié " pour les entreprises chinoises dans le secteur d'Internet d'avoir de forts capitaux étrangers au regard de l'évolution de la réglementation.
M. Ma cherche depuis longtemps à récupérer les parts de son groupe détenues par Yahoo!. Cette volonté a mené à des discussions avec le portail américain l'an dernier sur le possible rachat d'une partie de ses actions. Ces négociations ont échoué en juin 2010, ce qui a créé chez Alibaba une " perte de confiance en Yahoo! ", a expliqué M. Ma, samedi à Hongkong.
Cette crise a déjà entraîné une dégringolade de 14 % du cours de l'action Yahoo !. Dans un apparent souci d'apaisement, Alibaba, Yahoo! et un autre actionnaire, Softbank, se sont engagés, dimanche, à des " négociations productives " afin de résoudre dès que possible le litige " d'une manière qui serve les intérêts de tous les actionnaires ".
Harold Thibault
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mercredi 2 février 2011
INTERNET - La concurrence fait rage entre les stars chinoises de l'Internet
Bataille rangée dans l'Internet chinois
Comme partout, les affaires en Chine commencent généralement par une belle histoire et s'achèvent souvent en bagarre généralisée. Quand il a cherché un nom pour son entreprise en 1999, Jack Ma a convoqué les mille et une nuits de Shéhérazade, pour trouver Ali Baba, le gentil qui défait les quarante voleurs et aide son village. Son compatriote Robin Li s'est rappelé la dernière phrase d'un vieux poème de l'époque Song. « Après l'avoir cherchée des centaines et des milliers de fois dans la foule, soudain, retournant sur mes pas, je la trouvais là dans la faible lueur d'une bougie. » Il a appelé sa société « Cent Fois », « Baidu » en chinois. Dix ans plus tard, ces deux-là se sont bien éloignés de cette rêverie mélancolique. En août dernier, le porte-parole d'Alibaba a qualifié ses collègues de Baidu de « voyous », lesquels ont répliqué que les gens d'Alibaba n'étaient que de « petites chiennes pleurnichardes ».
Il faut dire qu'entre-temps l'Internet est devenu une chose bien trop sérieuse au pays du milieu pour la laisser aux mains des poètes. Un Chinois sur trois (420 millions) est internaute et dépense de plus en plus sur le Web. Sur Taobao.com, le site de commerce entre particuliers du groupe Alibaba, il s'est vendu pour 60 milliards de dollars de biens l'an dernier, soit le double de l'année précédente. A ce rythme, Jack Ma estime que le volume d'affaires sur les sites du groupe Alibaba pourrait dépasser les ventes de Wal-Mart, le premier distributeur mondial, avant dix ans. Un analyste de la Deutsche Bank estime que le commerce électronique, qui représente 2 % du commerce de détail en Chine, devrait grimper à plus de 7 % dès 2013. Plus qu'aux Etats-Unis !
L'histoire de l'Internet chinois a déjà connu trois périodes qui ont fait émerger trois géants : Alibaba, l'empereur du commerce électronique, Baidu, le roi de la recherche en ligne, et Tencent, le prince de la messagerie instantanée. Leur histoire est caractéristique de la montée en puissance de l'entrepreneuriat chinois. Et de la façon dont l'Etat suit ce mouvement.
1 L'âge de l'effervescence
A la fin des années 1990, de jeunes Chinois reviennent des Etats-Unis la tête pleine des exploits d'Amazon, AOL ou Yahoo ! Ils rêvent de transcrire cette effervescence dans une Chine en pleine ouverture. Pour Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, simple professeur d'anglais à Hangzhou, au sud de Shanghai, un voyage en Californie lui a fait découvrir que les internautes étrangers ignorent tout des productions chinoises. Il développe alors l'intuition que la prochaine adhésion de son pays à l'Organisation mondiale du commerce va offrir une opportunité formidable aux dizaines de millions de PME chinoises, mais qu'elles ne pourront la saisir qu'en se faisant connaître. Il imagine en 1999 un site qui répertorie et met en contact des entreprises occidentales avec des industriels de son pays. Simple annuaire en ligne, le site évolue et devient le portail d'affaires de plus de 50 millions d'utilisateurs, tant pour l'import-export que pour le commerce domestique.
De son côté, Robin Li est développeur informatique aux Etats-Unis et, en 1996, il conçoit ses propres algorithmes de recherche sur Internet. Inspiré par l'exemple de Jerry Yang, le Sino-Américain fondateur de Yahoo!, il décide de créer son entreprise. Il vend son système aux grands portails chinois de l'époque, comme Sina et Sohu.com. Mais ceux-ci, obsédés par le modèle Yahoo!, ne perçoivent pas le potentiel des moteurs de recherche. Et, dans ce domaine, la langue chinoise constitue une sérieuse barrière à l'entrée pour les concurrents. Tout comme elle a permis à Ma Huateng de créer en 1998 sa messagerie instantanée QQ, sur le modèle de celle d'AOL, alors au sommet.
2 L'offensive américaine
Durant la première moitié de la décennie 2000, les ténors américains partent à l'assaut de la Chine. Yahoo!, eBay, Google, Microsoft investissent lourdement pour s'y implanter. Mais les trois mousquetaires de l'Internet chinois, tous financés par du capital-risque américain, avaient déjà pris de l'avance, jouant sur leur connaissance intime de la culture, de la politique et des moeurs des internautes locaux.
Devant la difficulté, les Américains ont sorti le carnet de chèques. En 2005, Yahoo!, accusé d'avoir aidé à l'arrestation d'opposants chinois en communiquant des e-mails, préfère céder son site à Alibaba et investit 1 milliard de dollars pour prendre 40 % du groupe de Jack Ma. Google fait une offre sur Baidu, mais insuffisante. Celui-ci, comme Tencent, fait le choix de la Bourse. Le 5 août 2005, Baidu s'introduit sur le Nasdaq américain. A la fin de la séance, le titre était passé de 27 à 122 dollars. Deux ans après, Alibaba lève 1,7 milliard de dollars sur le même marché américain et triple de valeur dans la journée. Cet argent frais lui permet d'écraser ses prix pour les professionnels et de lancer un nouveau site de commerce entre particuliers, Taobao (« Trouver la perle rare »), directement concurrent d'eBay. En moins de deux ans, il s'accapare 80 % du marché chinois.
Déjà site le plus populaire, Baidu s'appuie sur sa compréhension des « contraintes » politiques de son pays pour marginaliser Google. Quand Paris est en froid avec Pékin, le site de Carrefour devient par miracle introuvable, alors que celui de Google est fréquemment l'objet d'attaques incompréhensibles. Baidu est le champion officiel du pouvoir. Avec ses inconvénients, la censure et ses avantages. Celui-ci ferme notamment les yeux sur ce qui fera la fortune de Baidu, le piratage de la musique. De son côté, Alibaba s'est bien gardé de développer outre mesure Yahoo! Chine. Il a récupéré la technologie et laisse le site s'enfoncer dans la marginalité.
3 Le panier de crabes
C'est le troisième âge de l'Internet chinois, dans lequel nous entrons actuellement. Après la sortie penaude des Américains, la concurrence s'installe entre Chinois. Car ils doivent tous poursuivre leur croissance échevelée, monétiser leur part de marché et exporter leur modèle hors du pays. De plus, le pouvoir chinois n'aime pas que s'installent d'autres monopoles que lui, surtout privés. Il voit donc d'un bon oeil que Baidu s'allie avec le japonais Rakuten (celui qui a racheté le français PriceMinister) pour créer un site de commerce en ligne concurrent de Taobao, tandis qu'il bénit l'alliance entre Alibaba et Microsoft pour lancer un site de recherche, concurrent de Baidu. Déjà très profitable, Tencent, lui, étend son influence à tous les services sur Internet, y compris la recherche.
Tout ce petit monde s'étripe donc joyeusement, d'autant que le flot de nouveaux arrivants ne se tarit pas. En décembre dernier, Dangfang (l'Amazon chinois) et Youku (le YouTube chinois) ont débarqué à la Bourse de New York. L'Internet chinois, qui, comme son gouvernement, aime parler d'harmonie, n'a pas fini de donner des migraines aux stars de la Silicon Valley.
PHILIPPE ESCANDE
Les chiffres clefs Points forts Points faibles
- Plus de 400 millions d'utilisateurs enregistrés.- Effectif : 22.000 personnes.- Activités : commerce interentreprises (Alibaba.com), entre particuliers (Taobao), magasin en ligne (Taobao Mall), paiement (Alipay).- Part de marché de 80 %.- Très bien financé.- Données sur ses clients.- La concurrence chinoise.- Rentabilité faible de Taobao.- Compétition pour les talents.
lundi 31 mai 2010
EBay rêve de son grand retour dans l'empire du Milieu - Yann Rousseau
Après s'être fait damer le pion en Chine en 2006 par les champions locaux Alibaba et Taobao, le géant américain tente de séduire les PME chinoises.
Le géant américain de l'Internet marchand ne peut se résoudre à délaisser totalement le marché chinois et ses 404 millions d'internautes. Quatre ans après avoir décrété un humiliant repli stratégique et confié l'essentiel de ses maigres activités dans le pays au portail Tom Online, le groupe cherche à se repositionner afin de grappiller quelques parts de marchés au leader local Alibaba Group qui gère la plate-forme d'échange entre professionnels Alibaba.com et surtout le puissant Taobao.com qui contrôle 77 % des ventes en ligne aux particuliers chinois. Comme il l'a fait avec la version chinoise de son service de paiement en ligne Paypal, eBay cherche à conquérir les PME chinoises en quête d'une clientèle susceptible d'acheter leurs produits sur des sites internationaux.
Une alliance stratégique
Le groupe de San Jose (Californie) - qui opère toujours le petit site Ebay.cn en mandarin pour les professionnels chinois -a annoncé, vendredi dernier, qu'il venait de nouer un partenariat avec China Post et USPS, le service postal américain. Cette alliance doit permettre de faciliter les échanges de petites marchandises entre les vendeurs chinois et les consommateurs américains via un système pointu de suivi des commandes en ligne. Les particuliers américains pourront ainsi suivre au jour le jour le parcours de tel accessoire pour téléphone portable ou tel gadget électronique commandé sur eBay.com à un vendeur chinois.
Avec cette alliance, le site américain entend compléter sa panoplie de services aux entreprises. Le groupe propose des aides à la traduction, un système de surveillance anti-contrefaçon ou encore une équipe de conseillers en marketing et croit pouvoir séduire les PME chinoises prêtes à rémunérer un service haut de gamme. Taobao, de son côté, ne réclame toujours aucune commission aux vendeurs opérant sur son site et se concentre, malgré une première alliance avec Yahoo! au Japon, sur les échanges domestiques.
PHOTO - CEO of eBay Greater China and APAC Cross-border-trade, Jeff Liao, addresses a signing ceremony in Shanghai on May 28, 2010. US auction site eBay announced a partnership with China Post and the US Postal Service in a new bid to re-establish itself in China, where the market is dominated by homegrown rival Taobao.com. Under the plan, eBay hopes to woo Chinese merchants by developing shipping programmes that make it easier for them to sell to US consumers, eBay officials said.
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mardi 11 mai 2010
Taobao, le « eBay » chinois, se lance à l'assaut du Japon en s'alliant à Yahoo!
Le champion chinois du commerce en ligne va s'allier à Yahoo! Japan avec l'ambition de créer la plus grande plate-forme d'« e-commerce » du monde.
Après avoir contraint l'américain eBay à quitter précipitamment la Chine, avant de s'imposer en moins de sept ans comme le plus grand opérateur de commerce en ligne pour particuliers du pays, le site Taobao - dont le nom signifie littéralement « chercher un trésor » -a annoncé hier qu'il allait désormais s'attaquer aux autres grands marchés asiatiques.
Contrôlé par la plate-forme Alibaba Group, Taobao va, dès le mois de juin, établir sur le site de Yahoo! au Japon une « boutique chinoise » sur laquelle les internautes japonais pourront directement commander, dans leur langue, 50 millions de produits « Made in China ». A la même date, Yahoo! Japan proposera lui, en mandarin, près de 8 millions de produits aux consommateurs chinois sur le site Taobao.
260 millions de clients
Ensemble les deux entreprises affirment pouvoir créer un marché de 260 millions de clients où devraient s'échanger, chaque année, jusqu'à 42,5 milliards de dollars de marchandises. Pour Masayoshi Son, le président du conseil d'administration de Yahoo! Japan, et aussi PDG de Softbank, cette alliance des deux géants pourrait donner naissance à la plus grande plate-forme d'« e-commerce » du monde.
« En volume de transactions, nous allons battre eBay », a lancé le dirigeant japonais, qui a été l'un des architectes du rapprochement entre Taobao et Yahoo ! Japan. Softbank, qui -comme son nom ne l'indique pas -, est le troisième plus grand opérateur de téléphonie mobile du Japon, contrôle en effet 33 % d'Alibaba, la maison mère de Taobao, et 41 % de Yahoo! au Japon. « Il y a dix ans, nous pensions que seules les sociétés américaines de l'Internet pouvaient dominer l'industrie. Mais les choses ont changé », a ajouté Masayoshi Son.
Refusant pour l'instant de comparer ses performances à celles d'eBay ou d'Amazon, Jack Ma, le fondateur et président d'Alibaba Group, a indiqué, de son côté, que cette première percée à l'international servirait de test. « Si Taobao marche bien au Japon, nous croyons qu'il pourrait alors bien fonctionner à l'échelle mondiale », a expliqué cette icône du monde des affaires chinois.
En 2003, lorsqu'il a lancé Taobao, les cadres d'eBay et leurs partenaires chinois d'EachNet - qui contrôlaient alors 90 % du marché chinois du commerce en ligne -s'étaient moqués de son plan de développement basé sur la gratuité. Pour contrer le groupe américain, Jack Ma a en effet laissé, dès le lancement de sa plate-forme, les vendeurs et les acheteurs se croiser sur son site sans payer le moindre frais d'inscription ou la moindre taxe sur les transactions. Pour payer son fonctionnement et dégager des profits - dont les montants restent secrets -Taobao se rémunère sur les seules publicités placées sur son site. Laborieux dans ses débuts, le modèle a finalement séduit les internautes. Ils sont désormais 190 millions à utiliser le site régulièrement et ont généré, en 2009, 29 milliards de dollars de transactions.
YANN ROUSSEAU
PHOTO - HANGZHOU, CHINA - MAY 10: Ma Yun (L), chairman of the Alibaba Group and Masayoshi Son, Chairman and CEO of the Softbank Corportation pose for photos during the press conference on May 10, 2010 in Hangzhou, Zhejiang province of China. Taobao, a subsidiary of Alibaba Group, and Yahoo! JAPAN (TSE/JASDAQ: 4689) will launch on June 1 a complementary cooperative e-commerce initiative aimed at broadening consumer choice while at the same time helping small businesses around the world to recover more rapidly from the recent global financial crisis.
