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mardi 3 mai 2011

L'équipementier chinois attaque son compatriote ZTE pour violation de brevets

Les Echos, no. 20924 - High-tech & Médias, mardi 3 mai 2011, p. 26

En revendiquant son appartenance au camp des défenseurs de la propriété intellectuelle, il veut montrer patte blanche en Europe et surtout aux Etats-Unis.

Deux sociétés chinoises en conflit devant des tribunaux européens, ça n'est pas banal. Comment le régime pourrait-il tolérer une rupture si évidente de « l'harmonie » ? Et pourtant, jeudi dernier, Huawei a annoncé qu'il portait plainte contre son compatriote ZTE. Ce concurrent aurait violé une dizaine de ses brevets sur le LTE (la norme de quatrième génération de téléphonie mobile) et utilisé sans en avoir le droit une marque déposée par Huawei pour ses clefs 3G. Celui-ci a attaqué à Paris, en Hongrie et en Allemagne. ZTE, qui plaide non-coupable, a aussitôt menacé d'en découdre.

Pourquoi l'Europe, et non la Chine ? La 4G n'est déployée dans aucun des pays en question. La situation est tout autre pour les clefs 3G, un marché dont Huawei détient près de la moitié au niveau mondial et qui est trusté par les deux groupes chinois en Europe. « Il est indéniable que ZTE y vend une grande quantité de produits violant notre propriété intellectuelle », explique le directeur juridique de Huawei, Song Liuping, dans un entretien avec « Les Echos ». La marque litigieuse a en effet été déposée dans plusieurs pays européens, mais pas à Pékin.

Montrer patte blanche

En portant plainte en Occident, Huawei a surtout choisi de revendiquer haut et fort sa présence dans le camp de la propriété intellectuelle. Les actions en justice font l'ordinaire des groupes de télécoms. Ericsson vient d'attaquer ZTE pour violation de brevets 2G et 3G en Italie, au Royaume-Uni et en Allemagne. Huawei a récemment mis un terme à sa procédure contre Nokia Siemens Networks, qui risquait de s'emparer de technologies brevetées par Huawei en rachetant certains actifs de Motorola Solutions. Le groupe aspire désormais à la « normalité ». Avec 10 % de son chiffre d'affaires consacrés à la R&D, il s'enorgueillit de nombreuses innovations et n'a pas besoin de casser les prix pour gagner des marchés. Arrivé tard dans le mobile, Huawei n'avait pas de propriété intellectuelle dans la 2G, peu dans la 3G, mais il participe à part entière au processus de standardisation actuel de la 4G. « Nous avons beaucoup investi dans le LTE et possédons 15 % des brevets essentiels », estime Song Liuping.

Huawei veut aussi montrer patte blanche aux Etats-Unis. Une étrange malédiction frappe le groupe, qui n'a encore jamais signé de contrat avec un grand opérateur américain. Il a pourtant réalisé 700 millions de dollars de chiffre d'affaires sur place l'an dernier, avec 1.000 employés. En octobre, Sprint-Nextel était sur le point de choisir Huawei, mais l'administration Obama l'en a dissuadé. De même, toutes les tentatives d'achat d'entreprise outre-Atlantique se sont soldées par un refus du comité chargé d'agréer les investissements étrangers sensibles (CFIUS), de 3Com à 3Leaf. L'équipementier est soupçonné d'être un agent du gouvernement de Pékin, car son fondateur, Ren Zhengfei, est un ancien de l'armée populaire de libération. « Il y a des rumeurs sur nos supposés liens militaires avec le gouvernement chinois. Elles ne sont pas vraies. Nous sommes une entreprise 100 % privée et notre principal centre d'intérêt est le business », rétorque Song Liupin. « Monsieur Ren a quitté l'armée depuis longtemps. Il y a des militaires retraités aux Etats-Unis qui travaillent dans des entreprises privées ! » assène-t-il. Huawei ne prend plus de pincettes et parle désormais dans ses réunions avec les analystes de « protectionnisme ».

Solveig Godeluck

PHOTO - He Shiyou, ZTE corporation's head of cellphones, speaks during an interview at the Shanghai May 17, 2010. China's No.2 telecommunications equipment maker ZTE Corp expects group revenue to grow by about 30 percent over the next few years, fuelled by the rapid rise of its cell phone unit, He said.



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Huawei l'ambitieux vise 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires

Les Echos, no. 20924 - High-tech & Médias, mardi 3 mai 2011, p. 26

Le groupe chinois, deuxième équipementier mondial de télécommunications avec 14 à 15 % de part de marché, va développer sa propre marque dans le mobile, ouvrir des boutiques vitrines et se diversifier auprès des entreprises.

Les grosses berlines roulent au ralenti sur la voie rapide ultralarge qui mène à la zone économique spéciale de Shenzhen. Il y a toujours du monde dans cet îlot industriel du sud de la Chine. A gauche, les usines du taïwanais Foxconn, qui assemble l'iPad et l'iPhone : 400.000 ouvriers entassés dans des dortoirs. A droite, le siège de Huawei, le deuxième équipementier mondial de télécommunications avec 14 à 15 % de part de marché, juste derrière Ericsson. Près de 40.000 personnes se pressent chaque jour dans cette ville champignon, semée de bâtiments au design orgueilleux. Ce sont essentiellement des cols blancs, ingénieurs télécoms et diplômés de marketing, car Huawei s'est concentré depuis l'origine sur la conception des réseaux et des terminaux téléphoniques plutôt que sur la production, qui n'occupe que 5 % de son effectif. A contrario, 46 % des 110.000 salariés du groupe à l'échelle mondiale se consacrent à la R & D. Un chercheur coûte en Chine quatre à cinq fois moins cher qu'à l'Ouest.

Il y a là un entrepôt ultramoderne de 11.000 mètres carrés, où les composants étiquetés avec une puce sont manipulés par des automates et seulement 35 employés ; un centre de formation qui mobilise un millier de professeurs dispensant leur enseignement à 20.000 salariés ou clients chaque année ; un « data center » ; une bibliothèque ; un centre de tests où l'on fait subir les pires mauvais traitements aux équipements ; une « Maison-Blanche » copie de l'originale avec ses pilastres blancs et son showroom géant, où les délégations d'honorables visiteurs africains ou européens se succèdent. A l'heure du déjeuner, une foule compacte de jeunes gens (moyenne d'âge : 29 ans) marche droit sur les cantines, qui ressemblent à des supermarchés avec huit caisses et des dizaines de milliers de baguettes dans des seaux. Les immeubles d'habitation sont environnés de piscines, de terrains de sport, d'une clinique. Les salons de réception donnent sur un jardin paysager luxuriant, là où, neuf ans plus tôt, on ne voyait que la terre aplanie par les bulldozers.

Une irrésistible ascension

Un nouveau bâtiment est d'ailleurs en construction pour accueillir une partie des 26.000 embauches prévues cette année. Car Huawei a gardé le profil de croissance d'une « petite jeune » (+ 29 % par an depuis cinq ans), malgré la crise de 2009. Le chiffre d'affaires a atteint 28,2 milliards de dollars l'année dernière. « Nous sommes prêts pour le prochain bond, nous avions prédit une croissance de 20 % en un an, mais nous avons fait + 24 % ! », s'est émerveillé le contrôleur de gestion du groupe, Fan Chen, lors d'une conférence d'analystes à Shanghai la semaine dernière.

Le rythme devrait se tasser cette année, avec un objectif de 31 milliards de dollars. Mais le groupe, qui dispose de 5,8 milliards de dollars de cash et d'une marge opérationnelle de 15,8 %, voit l'avenir très loin et veut devenir « une entreprise de 100 milliards de dollars dans dix ans », a confié Richard Yu, le directeur marketing.

Pour cela, Huawei va se diversifier au-delà des télécoms, qui lui offrent trop peu d'espace. Le chinois développe ses services informatiques aux entreprises, avec une offre de « cloud » (stockage des applications et données à distance). Il veut également vendre 80 % de ses terminaux sous sa propre marque au lieu d'apposer celle des opérateurs, inversant la proportion de 2010. L'an dernier, il a vendu 40 millions de cartes de type clef 3G, 31 millions de mobiles dont 3 millions de « smartphones » et 40 millions de « box » Internet et assimilés. Huawei va donc lancer des campagnes publicitaires et ouvrir 5 magasins vitrines en Chine pour accompagner sa montée en gamme. Peut-être les Européens vont-ils bientôt apprendre à prononcer « Hua-wei », eux aussi.

Solveig godeluck

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jeudi 14 avril 2011

Foxconn, le fabricant de l'iPad, est prêt à investir 12 milliards de dollars au Brésil

Les Echos, no. 20912 - High-tech & Médias, jeudi, 14 avril 2011, p. 22

Le taïwanais négocie un projet d'investissement de 12 milliards de dollars sur cinq ans. Evoqué lors de la visite de la présidente brésilienne Dilma Rousseff à Pékin, celui-ci prévoit la construction d'une usine d'écrans numériques.

Le montant est impressionnant. Douze milliards de dollars sur cinq ans. Terry Gou, le patron de Foxconn, vient de dévoiler son projet aux autorités brésiliennes, en vue, notamment, de la construction d'une usine d'écrans numériques à cristaux liquides pour ordinateurs et tablettes. Il s'agirait de la première installation du genre dans l'hémisphère Sud, selon les autorités brésiliennes, tout le matériel étant jusqu'à présent importé de Chine, du Japon et de la Corée du Sud. De surcroît, le fabricant taïwanais s'engagerait à assembler au Brésil toute une gamme de produits high-tech, . A la clef, la création de 100.000 emplois, assure Foxconn, dont 20.000 postes d'ingénieurs. Le groupe dirigé par Terry Gou dispose déjà de cinq unités d'assemblage au Brésil, et il laisse entrevoir maintenant les contours d'une « ville numérique » dans ce pays pour accueillir ce projet. Foxconn ne détaille pas pour l'instant la répartition de ses investissements.

Un saut qualitatif pour le pays

Mais son plan répond aux attentes politiques du Brésil, qui souhaite privilégier la production locale plutôt que l'importation de produits de haute technologie, comme les écrans numériques (à eux seuls, ces derniers auraient coûté l'an dernier 3 milliards de dollars au pays). Le Brésil ne recherche « pas seulement des transferts de technologie, a souligné la présidente, Dilma Rousseff, lors de sa visite d'Etat en Chine, mais des mécanismes conjoints de recherche technologique qui permettent de mettre au point des produits légitimement binationaux ».

Toutefois, les obstacles sont de taille. Les exonérations fiscales peuvent éventuellement convaincre certains investisseurs récalcitrants de venir au Brésil, mais il faudra renforcer les réseaux de fibre optique et la logistique pour écouler la production, comme le reconnaît le ministre brésilien de la Science et de la Technologie, Aloizio Mercadante. Le manque de main-d'oeuvre qualifiée paraît être également un sérieux handicap. La Banque nationale de développement brésilienne pourrait être appelée à financer une partie du projet, jugé stratégique.

Dans un premier temps, Foxconn devrait d'abord assembler les iPad d'Apple au Brésil avant la fin de l'année, selon les anticipations d'Aloizio Mercadante. Le taïwanais dispose d'ores et déjà d'un beau parc au Brésil, où il a investi 700 millions de dollars en cinq ans, et d'un large éventail de clients. Au-delà d'Apple, il assemble des ordinateurs pour le compte de HP depuis 2007, de Dell et, plus récemment, des portables de la ligne Vaio de Sony à Jundiai, près de São Paulo. Il produit en outre des téléphones mobiles pour Motorola et Sony Ericsson dans son usine d'Indaiatuba, également dans l'Etat de São Paulo. Depuis la zone franche de Manaus, en Amazonie, Foxconn assemble et distribue des appareils photo numériques Sony et des téléphones Nokia. La production locale d'écrans numériques serait un saut qualitatif important.

Il a par ailleurs, annoncé un nouvel investissement de 200 millions de dollars dans un centre de R&D au Brésil. Huawei a aussi dévoilé un plan de 350 millions de dollars sur dix ans. De quoi alimenter les ambitions du Brésil de moderniser son parc de haute technologie et de ne pas demeurer une simple plate-forme pour le montage de composants importés.

THIERRY OGIER

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lundi 21 février 2011

La proximité d'Huawei avec l'Etat chinois lui fait perdre un gros contrat américain

Le Monde - Economie, mardi, 22 février 2011, p. 16

Le leader chinois des équipements de télécommunications a subi un nouveau revers aux Etats-Unis. Huawei a dû renoncer à acquérir des brevets appartenant à 3Leaf Systems. Le groupe avait négocié l'achat de technologies de cette entreprise spécialisée dans l'optimisation de mise en réseau d'ordinateurs, pour 2 millions de dollars (1,5 million d'euros), sans soumettre l'accord à l'autorité américaine chargée d'examiner l'implication des prises de participation étrangères sur la sécurité nationale.

S'étant saisi lui-même du dossier, le Comité sur les investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS) a rendu un avis défavorable, s'inquiétant des liens de Huawei avec le gouvernement chinois et lui suggérant de faire marche arrière de sa propre initiative. L'entreprise a d'abord persisté, avant de se rétracter, vendredi 18 février, pour éviter la désapprobation du président américain.

Un temps perçu comme un simple copieur, Huawei s'est imposé comme un concurrent sérieux de Cisco Systems, après avoir devancé Alcatel-Lucent et Nokia-Siemens. Présente dans le monde entier, l'entreprise a fait la démonstration de ses capacités d'innovation propres depuis ses bureaux de recherche de Shenzhen. Elle commercialise dans les pays occidentaux des téléphones portables équipés d'Android, le logiciel pour mobile de Google.

Les soupçons de proximité avec le gouvernement de Pékin lui ont déjà valu un échec aux Etats-Unis en 2008, quand Huawei tentait, aux côtés du fonds d'investissement Bain Capital, d'investir 2,2 milliards de dollars dans 3Com, un fournisseur de routeurs pour l'accès à Internet.

Cette fois encore, l'histoire de son fondateur, Ren Zhengfei, ex-officier de l'Armée populaire de libération, membre du Parti communiste chinois et de son Congrès national, s'est retournée contre ses projets en Amérique. Dans une lettre au secrétaire au commerce, Gary Locke, les sénateurs Jim Webb et Jon Kyl s'inquiétaient, le 11 février, des liens de M. Ren avec l'armée chinoise et des contrats passés par Huawei avec Saddam Hussein, les talibans et les Gardiens de la révolution en Iran.

Lignes de crédit généreuses

Pour preuve de son indépendance, Huawei répète que son capital est détenu à 100 % par ses salariés. L'entreprise n'étant pas cotée en Bourse, elle n'est pas soumise aux mêmes exigences de transparence financière que ses concurrents.

Huawei, comme son concurrent chinois ZTE, est aussi dans le collimateur de la Commission européenne, qui dispose de preuves des généreuses lignes de crédit que leur accordent les banques publiques chinoises, selon un rapport dévoilé à la presse début février. Huawei aurait ainsi bénéficié de 30 milliards de dollars de la Banque chinoise de développement. Le groupe s'est défendu en répondant que ce soutien était destiné à ses clients et non à lui-même.

" Huawei est en avance sur le peloton, et son lien avec la Chine le tire presque plus vers le bas, en termes de perception, qu'il ne l'aide par les financements à l'exportation et autres soutiens ", analyse Duncan Clark, président de BDA, un cabinet de consultants spécialiste des nouvelles technologies installé à Pékin.

Le champion chinois des nouvelles technologies aura bientôt l'occasion d'évaluer à nouveau cet équilibre. Huawei a proposé d'offrir un réseau de téléphonie mobile d'une valeur de 50 millions de livres sterling (59 millions d'euros) pour les souterrains du métro londonien afin que ses passagers puissent téléphoner depuis les rames, dans un délai record avant les Jeux olympiques de 2012, révèle le journal Sunday Times. Un accord pourrait être signé début avril, mais l'offre est déjà confrontée à l'opposition de parlementaires conservateurs, arguant d'un risque potentiel pour la sécurité nationale.

Harold Thibault

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vendredi 3 décembre 2010

La Chine monte en puissance dans les puces - Maxime Amiot

Les Echos, no. 20818 - High-tech & Médias, vendredi, 3 décembre 2010, p. 26

La Chine avale les compétences les unes après les autres. Déjà poumon mondial de l'électronique grand public, elle devient également l'un des centres de l'industrie des semi-conducteurs, comme le révèle une étude du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC). L'empire du Milieu est d'abord le plus grand utilisateur de puces au monde, avec 41 % de la consommation mondiale en 2010, contre 38 % en 2009, et un marché local de 101 milliards de dollars. Loin devant les Etats-Unis (17 % de la consommation mondiale), le Japon (16,9 %) et l'Europe (13,2 %). Le développement fulgurant des industriels de la high-tech dans l'empire du Milieu -allant des géants locaux, comme Lenovo ou Huawei, aux sous-traitants des grands groupes internationaux, comme Foxconn ou Quanta -, qui fabriquent tous des produits à base de semi-conducteurs, a naturellement favorisé cette tendance. Les chiffres sont d'ailleurs impressionnants : en 2009, selon PwC, 44,9 % des téléphones portables produits dans le monde étaient fabriqués en Chine. Ce chiffre atteint 60,9 % pour les PC, 48,3 % pour les téléviseurs et 80 % des appareils photos.

150 « fabs »

Mais l'expertise chinoise se situe désormais dans toute la chaîne de l'électronique. Ces dernières années, les grands groupes de semi-conducteurs y ont accéléré la relocalisation de leur process de fabrication. D'abord des activités à faible valeur ajoutée -assemblage, test -, mais de plus en plus des métiers de production, voire de R&D. La Chine concentre désormais 9,4 % de la capacité mondiale de production de puces, à 1,7 million de plaque de silicium par mois. En 2003, le pays ne pesait que 3 % des capacités mondiales. On y dénombre 150 « fabs », ces usines de fabrication qui requièrent un investissement unitaire compris entre 1 et 5 milliards de dollars. Les industriels les plus implantés ? Intel, le leader mondial des microprocesseurs, avec 2,3 milliards de dollars de revenus en 2009, en hausse de 50 %. Loin devant Hynix-Numonyx, SMIC et Freescale. Jusqu'ici centrée sur des sites d'assemblage de test et de R&D -son centre de R&D pour toute l'Asie est à Zizhu, à proximité de Shanghai -, Intel accroît encore sa présence cette année, avec l'ouverture, en octobre dernier, de sa première « fab », à Dalian, dans le nord-est du pays.

Certes, la Chine a encore des marges de progression. A l'échelle mondiale, ce sont le Japon et Taiwan qui disposent des plus grandes capacités de production de semi-conducteurs, suivis des Etats-Unis. Mais l'appétit chinois n'est certainement pas rassasié.

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jeudi 25 novembre 2010

ENQUÊTE - ZTE, un dragon sur la ligne - Emmanuel Paquette


L'Express, no. 3099 - économie ENQUÊTE, mercredi, 24 novembre 2010, p. 78-80,82

Le géant chinois de la téléphonie demeure inconnu du grand public. Pourtant, des équipements aux mobiles, il est déjà l'un des premiers mondiaux. Visite du siège, à Shenzhen, pour comprendre pourquoi, à l'Ouest, il fait trembler Etats et concurrents.

Les regards du monde entier se tournent avec effroi vers un ancien village de pêcheurs du sud de la Chine. Les Etats-Unis ou l'Inde y décèlent une menace pour leurs intérêts vitaux. Et l'Europe, un danger mortel pour son industrie de pointe. Leurs peurs portent des noms exotiques, presque imprononçables pour des Occidentaux : Huawei et ZTE.

Situés au nord de Hongkong, à l'embouchure du delta de la rivière des Perles, les deux mastodontes des télécommunications aux ascensions vertigineuses ont vu le jour il y a plus de vingt ans à Shenzhen. Les cannes de pêcheurs ont vite laissé place aux lignes téléphoniques, et la petite ville de quelques dizaines de milliers d'habitants s'est transformée en une mégalopole de 11 millions d'âmes. Suivant les préceptes de Deng Xiaoping, à l'origine de cette zone économique spéciale, les deux groupes ont décidé de ne pas se "comporter comme des femmes aux pieds bandés" pour s'étendre par-delà leurs frontières. Et, à présent, non seulement ils déstabilisent les champions du secteur, mais ils inspirent aussi craintes et crispations aux gouvernants. En témoignent les derniers événements : le Congrès américain vient de dévoiler un rapport explosif. Que dit-il ? Durant dix-huit minutes, des données sensibles émises par la Nasa, le Département de la Défense ou encore le Sénat ont été détournées. Une partie de leurs mails a été déroutée vers China Telecom. L'accusé dément. Mais qu'importe. Voilà un nouveau coup dur pour l'image des télécoms chinois, et donc de Huawei et de ZTE.

Trois fois plus petit que son frère ennemi, Zhongxing Telecommunication Equipment (ZTE) - traduisez "La prospérité de la Chine" - n'en est pas moins inquiétant. Moins agressive aussi et plus accommodante avec ses clients, cette entreprise (5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel) réalise déjà la moitié de ses revenus à l'étranger. Son siège pour l'Europe et l'Amérique du Nord se trouve à Boulogne-Billancourt, et un de ses centres de recherche est implanté à Poitiers. Du Brésil à l'Ouzbékistan, ses produits se vendent dans plus de 140 pays et sa présence dans l'univers du grand public, même si sa marque demeure encore inconnue, fait de lui un acteur de poids. Le groupe écoule des millions de clefs 3G pour connecter les ordinateurs à l'Internet sans fil, mais aussi des mobiles à foison. N° 4 mondial, il se paie même le luxe de devancer l'inventeur du célèbre BlackBerry, et s'apprête à commercialiser ses premières tablettes tactiles (voir l'encadré). ZTE a également réussi à se hisser dans le top 5 mondial des équipements pour les réseaux mobiles, talonnant le français Alcatel-Lucent.

Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de déambuler quelques minutes dans les méandres de son quartier général. A l'ouest de Shenzhen, dans la zone industrielle, où déferlent des vagues de voitures, se dresse l'unique tour qui domine la ville - un bâtiment de verre à la forme triangulaire, surmonté des trois lettres bleutées. Dans son salon de démonstration, le groupe aligne derrière une vitrine ses antennes et téléphones mobiles. Un vrai musée. A côté des premiers terminaux du début des années 2000, au design grossier, les produits plus récents sont exposés, jusqu'aux derniers smartphones à écran tactile et aux lignes épurées.

La recette miracle : faire moins cher que les autres

La société apprend vite, très vite. Pas le temps de s'attarder, le visiteur est invité à prendre place dans un véhicule électrique pour se rendre à l'étage des lignes de production. De jeunes employés s'activent autour de machines débitant à un rythme effréné des circuits intégrés. A quelques mètres de là, dans une salle de contrôle, des dizaines d'opérateurs, casque sur les oreilles, micro aux lèvres, scrutent attentivement une mappemonde où des points s'allument dès qu'un problème technique est signalé chez un client. "Au moindre souci, ils peuvent dépêcher rapidement une armada d'ingénieurs chez les opérateurs, souligne le président d'un grand acteur des télécoms français. Cette proximité leur permet de se forger une véritable expérience." Déjà, le groupe compte plus de 24 000 personnes dédiées à la recherche et au développement. Plus d'un tiers des effectifs.

Le tigre des télécoms ne mise pas seulement sur l'innovation. La recette miracle reste simple mais toujours aussi efficace : faire moins cher que les autres. "Dans les équipements de réseaux, leurs prix sont inférieurs de 30 à 50 % à ceux des fabricants occidentaux", estime un expert industriel.

Pour comprendre ce tour de force, il suffit d'interroger les employés du siège : leurs salaires sont de 150 euros par mois et ils ne comptent pas leurs heures. Un avantage qui n'est pas du goût de tous. Le syndicat des télécommunications, appuyé par Alcatel-Lucent et par le finlando-allemand Nokia Siemens, a envoyé une pétition aux députés européens. "La progression de ces sociétés est spectaculaire mais nous subissons une concurrence déloyale. Non seulement leurs salaires sont plus bas, mais ils sont appuyés par les banques chinoises. Je ne comprends pas l'atonie de l'Europe", note un des signataires de la pétition, Philippe Saint-Aubin, d'Alcatel-Lucent. Mis à l'index, l'accusé se défend : "Les 15 milliards de dollars de crédits alloués par nos financiers sont destinés à nos clients, pas à nous", précise David Dai Shu, porte-parole de ZTE.

Cette accointance avec les banques a également été pointée du doigt par la société belge Option. Ce spécialiste des clefs 3G a demandé à la Commission européenne d'ouvrir une enquête pour dumping et subventions illégales à l'encontre de ZTE et Huawei. En quatre ans, Option a vu sa part de marché fondre en Europe de 70 % à 5 %. Le conflit a pris fin dès que le plaignant a reçu un chèque de 27 millions d'euros...

Comme dans les équipements, la société réplique à l'identique sa stratégie à bas coût dans les mobiles. Tout est bon pour réaliser des économies : en Inde, par exemple, le cordon d'alimentation pour recharger les téléphones avait d'abord été réduit de 50 centimètres... "Mais nous nous sommes rendu compte qu'il y a peu de prises de courant là-bas. Nous avons donc dû revenir à un cordon de 3 mètres", souligne Lin Cheng, président de ZTE pour l'Europe de l'Ouest.

Si le chinois utilise sa stratégie low cost pour gagner des parts de marché sur les Occidentaux, d'autres reproches bien plus graves pèsent sur lui. Car, derrière ce champion national, la main du pouvoir central n'est pas loin. Hou Weigui, le fondateur, officiait à Xi'an dans un centre de recherche en électronique appartenant au gouvernement. "Nous sommes très transparents, plaide Lin Cheng. D'ailleurs, nous sommes cotés en Bourse et n'importe qui peut acheter nos titres sur le marché." Pourtant, le premier actionnaire, le holding Zhongxingxin, lui-même sous la coupe d'intérêts gouvernementaux, détient plus d'un tiers du capital de l'entreprise. Cette proximité suscite des inquiétudes. "Les équipementiers chinois ne livrent jamais totalement les secrets de leurs logiciels. Il est donc possible qu'ils puissent intercepter nos communications sans que l'on s'en aperçoive", explique un acteur des télécommunications.

La concurrence occidentale est tenue à distance

Cette crainte est partagée par de nombreux Etats. Et soulève des réactions défensives. Ainsi, sous la pression du Pentagone et de parlementaires américains, l'opérateur Sprint n'a pas hésité à écarter les deux candidats chinois d'un contrat de plusieurs milliards de dollars pour son futur réseau mobile. Les autorités indiennes, elles, ont fait part des mêmes préoccupations cet été. "Sous couvert de protection de la sécurité intérieure, nous voyons apparaître des réflexes protectionnistes", répond ZTE. De son côté, le gouvernement français n'a pas hésité à conseiller à Free d'utiliser des équipements tricolores pour constituer son futur réseau mobile.

Cette levée de boucliers est pour l'heure sans effet sur la croissance de l'entreprise. Car son potentiel reste immense. L'un de ses plus grands partenaires, China Mobile, affiche à lui seul 554 millions d'abonnés. Et, en six mois, ce géant a enregistré 31,7 millions de nouveaux clients, soit... la moitié de la population française. Et ce n'est pas tout. Pour promouvoir ses équipementiers, la Chine a développé sa norme de prochaine génération pour la 3G. Un moyen de tenir la concurrence occidentale à distance et de laisser ZTE s'approprier plus d'un tiers de ce marché.

En Europe et aux Etats-Unis, la société peut continuer d'avancer librement ses pions sur les terminaux, sujet moins sensible que les équipements. Majoritairement réalisés pour le compte des opérateurs, ses téléphones commencent peu à peu à arborer sa marque. Nulle question de déployer des moyens publicitaires colossaux comme Nokia ou Samsung, ni de concurrencer la qualité d'un iPhone ou d'un HTC. Mais, avec des opérations de parrainage ciblées, les dépenses en marketing ont déjà été multipliées par deux en un an. Présente au Royaume-Uni avec Vodafone et aux Etats-Unis avec Verizon, l'entreprise s'est associée à Bouygues Telecom en France pour proposer plusieurs smartphones à écran tactile sous sa propre marque. Une lente montée en gamme pour vendre des produits plus chers.

Le temps joue en sa faveur. La société de Shenzhen ne fait qu'appliquer la maxime de Deng Xiaoping : "Gardons notre sang-froid, maintenons profil bas. Ne jamais prendre l'initiative, tout en visant quelque chose de grand."

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