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lundi 4 octobre 2010

ARCHIVES - Des Chinois, et moi et moi, et moi... - Pierre Haski et Caroline Puel

Libération, no. 9141 - LeMag, samedi, 2 octobre 2010, p. MAG16

Dans les archives de «Libé», il y a 11 ans. La Chine s'apprête à fêter avec faste les 50 ans de la République populaire. Mais le régime communiste saura-t-il gérer l'appétit de vivre d'une société qui goûte à la nouvelle prospérité?

Par Caroline Puel et pierre Haski (Libération du 1er octobre 1999).

«Avec Mao, la Chine a appris à se tenir debout, avec Deng à s'enrichir, et avec Jiang Zemin à être puissante.» Cette trilogie présentée par un dignitaire du régime se veut le résumé de cinquante ans d'histoire de la République populaire. Elle a le triple avantage de donner une image de continuité entre des périodes et des hommes qui ont suivi des politiques opposées, d'éviter de poser des questions sur les zones d'ombre de ce demi-siècle, comme le sanglant «bond en avant» de Mao, qui a fait des dizaines de millions de morts dans les années 50, et surtout, aujourd'hui, de tailler une cote sur mesure au président Jiang Zemin, troisième «timonier» d'une Chine qui décolle.

Chambardement. La République populaire présente, à l'heure de ses 50 ans, un double visage en apparence contradictoire. Au sommet, l'un des derniers régimes communistes de la planète prône la stabilité, en gérant son évolution politique à l'allure d'un escargot, et sans prendre de gants. A l'intérieur du pays, l'économie et la société vivent le plus grand chambardement qu'un gouvernement puisse imaginer, et cependant encouragé par le régime lui-même. Il s'agit de l'émergence d'une économie qui emprunte beaucoup au capitalisme le plus sauvage, rebaptisé ici du doux nom d'«Économie socialiste de marché», Qui permet une véritable révolution de la société, laquelle donne plus de droits à l'individu, sauf un... celui de contester le régime.

Ce découplage de la politique et de l'économie a doublement porté ses fruits : le Parti communiste chinois s'est maintenu au pouvoir alors que l'Union soviétique et ses satellites ont été balayés dans la foulée de la chute du mur de Berlin. Mais surtout, il a permis le prodigieux bond en avant - véritable celui-là - de l'économie chinoise passée, en vingt ans de réformes, à la dixième place dans le monde, avant de se classer un jour à la première, une belle revanche sur l'histoire. Et le niveau de vie des Chinois de connaître, au passage, une réelle amélioration, même si elle est profondément inégale selon les régions et selon les couches sociales.

Ce triomphe apparent du régime, célébré à satiété à l'occasion de cet anniversaire, a, bien sûr, ses revers de médaille. La dynastie communiste maintient, pour assurer sa survie, un énorme appareil policier dont elle n'hésite pas à se servir - les chars place Tiananmen il y a dix ans, le démantèlement du Parti démocrate l'an dernier, l'envoi des dissidents en exil... -, et une machine de propagande efficace, comme l'ont montré les mobilisations contre l'Otan ou contre la secte Falungong.

La réussite économique a, elle aussi, un coût. Cette marche forcée vers la modernité a créé une immense masse de laissés-pour-compte : nouveaux chômeurs d'un secteur d'Etat dégraissé sans ménagement, ou paysans pauvres attirés par l'éclat des villes. Des dizaines de millions de personnes qui pourraient menacer la stabilité du pays si la croissance économique rapide des dernières années ne permettait plus de les absorber dans son sillage.

Le développement anarchique a également produit ses fruits amers que le communisme prétendait avoir éradiqués : corruption effrénée, retour de la prostitution ou de la criminalité...

Pari. Ce décalage entre les sphères politique et économique constitue le principal pari de la Chine actuelle. Au nom des valeurs permanentes d'une culture plusieurs fois millénaire et de l'ampleur de sa population (1,25 milliard d'habitants), la société chinoise acceptera-t-elle le «marché» que lui propose le pouvoir : enrichissez-vous et vivez comme vous le souhaitez, à condition toutefois de ne pas franchir la ligne rouge de la revendication politique ?

Ou, au contraire, la transformation de cette société - émergence d'une petite bourgeoisie, naissance d'une classe d'entrepreneurs exigeants, circulation de l'information par l'Internet ou des médias moins coincés - rendra-t-elle insupportable, à une Chine devenue moderne, le maintien d'institutions non démocratiques ?

Il est d'autant plus difficile de répondre à cette question que, dans la phase de découverte de la prospérité toute récente que traverse la Chine, les aspirations politiques sont assurément passées au second plan. L'argent facile ou tout simplement un logement et une voiture sont devenus les valeurs refuge des enfants de Tiananmen, et il ne reste plus qu'une poignée d'irréductibles pour chercher à combattre de front un régime bardé d'autant d'atouts.

Adhésion. Beaucoup voient en fait dans l'émergence d'une nouvelle génération de responsables politiques, administratifs et dans la société civile, l'espoir d'une évolution progressive du régime vers plus d'ouverture. Un processus graduel qui se ferait, aussi, par le biais de l'insertion de la Chine dans une communauté internationale avec laquelle elle a longtemps entretenu une méfiance réciproque.

Certains de ces réformistes de l'intérieur voient par exemple dans l'adhésion du pays à l'Organisation mondiale du commerce la clé de son insertion dans un corps de règles qui garantirait sa modernisation à long terme. Pour la première fois de son histoire, la Chine s'ouvrirait ainsi volontairement au monde.

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vendredi 26 mars 2010

ARCHIVES - La visite en France de M. " K "

Le Monde - Analyses, samedi, 27 mars 2010, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

Invité en France au titre de chef du gouvernement d'un grand peuple hier allié et toujours ami, M. Khrouchtchev n'a pas laissé ignorer qu'il était avant tout un communiste, persuadé de la valeur universelle et de la victoire finale de son système. Hier matin, il s'est jeté dans les bras de MM. Maurice Thorez et Jacques Duclos à la Maison de Lénine. C'est par une profession de foi dans cette idéologie qu'il a achevé son intervention devant la presse.

On saura gré au maître de l'URSS de sa franchise. Elle peut aider à dissiper les illusions entretenues, ici ou là, sur les rapports du régime actuel et de la Russie éternelle. Certes ce régime évolue vers moins de rigidité : la présence en France de M. " K " en est à elle seule une preuve; il n'est pas douteux non plus que le tonus révolutionnaire soit en nette perte de vitesse et que la voiture et la datcha commencent à prendre la place, dans les rêves de la classe dirigeante, de la parousie bolchevique. Enfin il est bien évident que pour un homme dans la position de M. Khrouchtchev le souci quotidien de l'Etat national passe le plus souvent avant le prosélytisme.

M. " K " n'admet-il pas lui-même qu'il peut exister des limites infranchissables à l'expansion de sa foi ? Dès hier, il a reconnu qu'il n'existait pas d'espoir de convertir le général de Gaulle. Croit-il avoir plus de chances avec la majorité des Français ? Ceux-ci admirent certes les grandioses réalisations techniques de l'URSS et de la Chine. Ils n'ignorent pas le prix payé et ne pensent pas, en dépit du retard que leur a aimablement prêté M. Khrouchtchev, qu'un pays comme le nôtre ait besoin de recourir à ces thérapeutiques de choc.

(27-28 mars 1960.)

© 2010 SA Le Monde. Tous droits réservés.

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jeudi 19 novembre 2009

ARCHIVES - Le voyage de Nixon à Pékin, «aussi creux qu'un vase Ming»

Le Temps - Zooms, mercredi, 18 novembre 2009

Au moment où Barack Obama finalise son opération séduction en
Chine, rappel d'un autre événement: en 1972, pour la première fois de l'histoire, un président américain foulait le sol chinois: Richard Nixon.

Claude Monnier, 29 février 1972

«Les réactions au communiqué Nixon-Chou En-lai sont plus intéressantes que le communiqué lui-même, qui était aussi creux qu'un vase Ming. Dès avant le voyage du président américain, tout le monde savait que rien de concret, d'immédiat, ne pouvait sortir de ce «sommet» spectaculaire, et pourtant tout le monde, hommes d'Etat, journalistes, et, par millions, simples curieux, se sont jetés sur les 1500 mots signés dimanche [...], comme s'il devait sortir quelque vérité révélée. [...]

M.?Nixon n'allait pas en Chine pour négocier, mais pour marquer, par une grande fête, les retrouvailles sino-américaines. Il fallait que tout le monde, urbi et orbi, et back home, soit touché par l'événement, y participe en quelque sorte. [...]

Toute la planète a été invitée à participer, et, grâce au reportage TV en direct, elle aurait joué ce jeu. Cependant les images étaient plates, dépourvues de tout contenu: Chou, Mao, Nixon exigeaient d'être vus et revus, mais refusaient d'être entendus. [...]

Les journaux, ayant été invités à envoyer une cohorte de reporters sur les traces du président [...], n'ont rien eu de substantiel à se mettre sous la dent. Pour cette raison, ils ont imaginé des histoires de contacts secrets entre M.?Nixon et des émissaires nord-vietnamiens, suggéré un marchandage secret par lequel Pékin aurait poussé Hanoï à finir la guerre, à condition que les Américains retirent leurs troupes de la mer de Chine, et ainsi de suite.

M.?Nixon avait besoin de publicité, pour des motifs électoraux et de gloire personnelle, mais il n'avait nul désir que les gens se posent trop de questions sur la signification de ce voyage. [...]

M.?Nixon repart, sans fanfares, sans discours, avec un texte insipide. Déjà les analystes américains ajustent leurs stylos: dans le Herald, par exemple, Joseph Kraft ne titre-t-il pas: «Sous la mousse de la visite, on trouve une victoire chinoise.»

En fait, nous croyons qu'il n'y a ni victoire ni défaite. Ou plutôt si, il y a une victoire, celle du bon sens, celle du retour à l'évidence, Tout le reste sera oublié par l'Histoire.»

29 février 1972

© 2009 Le Temps SA. Tous droits réservés.

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lundi 2 novembre 2009

ARCHIVES - Conflit autour des frontières sino-indiennes

Le Monde - Analyses, samedi, 31 octobre 2009, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

Au moment où les quatre grands sont en train de modifier les données traditionnelles de la guerre froide, celle-ci allume de nouveaux foyers dans des secteurs d'où elle était bannie : conflit sino-indien opposant les Deux Grands asiatiques.

Certes, il paraît peu vraisemblable que la Chine communiste cherche une épreuve de force contre l'armée indienne. En faisant mouvement à travers les passes de l'Himalaya, les détachements chinois semblent vouloir pourchasser les rebelles tibétains et les empêcher de se regrouper dans les lamaseries dispersées dans ces parages. Il n'en reste pas moins que, loin de minimiser le différend, le gouvernement chinois l'a envenimé en présentant au gouvernement indien des revendications territoriales considérables.

La volonté des dirigeants soviétiques de garder leur objectivité en ne prenant pas position pour la Chine méritait d'être signalée. Ces conseils de modération n'ont pas été entendus par le gouvernement de Pékin, dont l'intransigeance met M. Nehru dans une position difficile. On voit d'ailleurs mal ce que la Chine peut avoir à gagner dans ces développements au moment où le Parti communiste indien paraît plus faible que jamais.

La question des frontières himalayennes semble même devoir précipiter une scission entre l'aile droite du parti, qui s'est prononcée au Parlement pour l'intégrité du territoire indien, et entend ménager M. Nehru, et l'aile gauche, qui prône une politique d'opposition rigoureuse. La rentrée parlementaire indienne doit avoir lieu et l'on peut s'attendre à un combat en règle où se jouera le sort du neutralisme indien.

(31 octobre 1959.)

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vendredi 8 mai 2009

ARCHIVES - Guerre froide en Extrême-Orient - Michel Tatu

Le Monde - Analyses, jeudi, 7 mai 2009, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

LE GOUVERNEMENT soviétique vient de mettre le Japon en garde contre toute installation d'armes atomiques sur son territoire. Dans une note remise au gouvernement japonais par l'ambassade soviétique à Tokyo, le gouvernement soviétique se déclare alarmé par « les nombreuses informations de presse » relatives à l'approvisionnement en armes nucléaires des bases américaines en territoire nippon, voire à la dotation des forces nationales en fusées et en armes atomiques.

En présence de ces menaces, le gouvernement soviétique annonce qu'il se réserve le droit de prendre « toutes mesures dictées par les intérêts de sa sécurité » et, faisant sans doute allusion à la Chine, laisse entendre que « d'autres pays voisins du Japon ne pourraient pas non plus rester indifférents devant la transformation de l'archipel nippon en place d'armes atomiques américaines ».

Si le ton de l'avertissement n'est pas nouveau, on note cependant la place importante « aux propositions constructives » par lesquelles Moscou relance l'idée d'une neutralisation du Japon et son projet de « zone de paix » en Extrême-Orient. Un traité garantissant la neutralité du Japon pourrait être signé, rappelle le gouvernement soviétique, soit directement entre l'URSS et le Japon, soit à trois avec la participation de la Chine, à quatre en y ajoutant les Etats-Unis, ou même avec la caution des Nations unies.

En ce qui concerne la « zone de paix », qui serait d'abord une zone désatomisée, elle pourrait intéresser « d'autres Etats extrême-orientaux », et englober tout le bassin de l'océan Pacifique. C'est dire que ce serait un des plus sûrs moyens de prévenir l'entrée de la Chine dans la course à l'armement atomique.

(7 mai 1959.)

PHOTO - Mariage du Prince Akihito le 10 avril 1959 / AP

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LIRE : Sato envisageait une frappe contre la Chine

lundi 27 avril 2009

ARCHIVES - Le successeur de Mao Tse-toung est désigné

Le Monde - Analyses, mardi, 28 avril 2009, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

L'ACCESSION de M. Liu Shao-chi (Liu Shaoqi) à la présidence de la République populaire de Chine et le maintien de M. Chou En-lai (Zhou Enlai) au poste de premier ministre semblent indiquer que rien n'est changé dans le " système " chinois. Bien que les observateurs aient souvent relevé dans le passé, ancien ou récent, des rivalités personnelles et des conflits sur des points de doctrine entre ces deux hommes, leur coexistence est, en fait, la clé de voûte de la direction collégiale qui, sous l'égide de Mao Tse-toung, gouverne la Chine continentale depuis bientôt dix ans. Quant aux permutations opérées aux différents échelons de la hiérarchie gouvernementale, elles confirment également la permanence du " système ".

La promotion de M. Liu Shao-chi ne constitue nullement une surprise, puisque, avec le maréchal Chu Teh, M. Chou En-lai et Mme Sun Yat-sen (Soong Ching-ling, il était un des favoris de la course à la magistrature suprême. On a dit depuis longtemps du nouveau président qu'il était l'éminence grise du régime, mais, en fait, il en était très ouvertement le n° 2, après Mao : n° 2 du gouvernement en tant que président du comité permanent de l'Assemblée nationale (poste aussi important que celui de premier ministre) et n° 2 du Parti communiste en tant que premier vice-président du comité central. Plus jeune que Mao, le nouveau président de la République paraît apte à mener plusieurs tâches de front.

C'est manifestement la polyvalence de M. Liu qui a décidé le comité central du Parti communiste, dont la décision vient d'être entérinée à Pékin par le Soviet suprême, à le préférer au maréchal Chu Teh, qui au titre de vice-président de la République était l'héritier présomptif de Mao Tse-toung.

(28 avril 1959.)

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DERNIER ARTICLE "Archives : il y a 50 ans": Portrait de la Chine en 1958

vendredi 10 avril 2009

ARCHIVES - Portrait de la Chine en 1958

Le Monde - Analyses, vendredi, 10 avril 2009, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

LE MOMENT est venu, croyons-nous, de brosser le tableau de la Chine dans la deuxième moitié de 1958. A l'heure des communes. Deux nouveaux mouvements vont la frapper avec la venue du printemps 1958. Le premier est le " Bond en avant ", qui déclenche une accélération draconienne du rythme de production et un redoublement de l'effort de travail. Le second, un peu plus tard, est le mouvement des communes, qui abolit toute propriété privée, envoie au travail des millions de femmes, bouleverse la vie familiale et impose une discipline quasi militaire à cinq cents millions de paysans.

La Chine apparaît alors semblable à un pays frappé par la mobilisation générale et la guerre, mais c'est une guerre d'un type jamais vu, qui fait rage sur le front de la production, et dont les héros sont tués par l'excès de travail. Le relèvement brutal des objectifs de la production et l'obligation pour tout Chinois valide de travailler de ses mains produisent partout un climat de labeur forcené. Comme sous le souffle d'une vraie guerre, il n'y a pas une vie humaine qui ne se trouve changée ou bouleversée. Nous parlerons tout à l'heure des remous qui se produisent parmi les paysans. Le choc n'est pas moindre à la ville et dans la classe ouvrière. Les intellectuels, les fonctionnaires et les employés de bureau vont à l'usine ou à la mine. Les étudiants deviennent ouvriers ; les enfants eux-mêmes, dans les écoles, sont mis à des travaux manuels souvent fort pénibles. Les femmes deviennent ouvrières. Tous les métiers non indispensables sont abolis. Ceux qui les pratiquaient rejoignent les masses de main-d'oeuvre non qualifiée que le parti manipule à son gré.

(10 avril 1959.)

Robert Guillain

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DERNIER ARTICLE : ARCHIVES - Pékin dissout le gouvernement tibétain

PHOTO - Wang Guangyi

lundi 30 mars 2009

ARCHIVES - Pékin dissout le gouvernement tibétain

Le Monde - Analyses, mardi, 31 mars 2009, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

DANS une ordonnance, diffusée samedi par l'agence Chine nouvelle, le gouvernement chinois indique que des membres du gouvernement local tibétain et des milieux réactionnaires " en collusion avec l'impérialisme " ont rassemblé des bandes, provoqué une insurrection, pillé le peuple et se sont emparés du dalaï-lama. Dans la nuit du 20 mars, ces éléments ont poussé l'armée tibétaine locale et des bandes rebelles à attaquer les unités de la garnison chinoise à Lhassa.

Le document déclare que ces actes illégaux constituent " une trahison à l'égard de la mère patrie " et une " rupture " des mesures d'unification. " Afin de sauvegarder l'unification du Tibet et l'unité nationale et pour permettre au commandement de la région militaire du Tibet de liquider la rébellion ", le gouvernement chinois a décidé de dissoudre, à dater du 20 mars, le gouvernement local tibétain. Désormais ses fonctions seront exercées par le comité préparatoire pour la région autonome du Tibet (organisme sino-tibétain créé en 1956, mais qui n'a pratiquement pas fonctionné).

Pendant l'absence forcée du dalaï-lama, président du comité préparatoire, le panchen-lama exercera les fonctions de président de cet organisme. En même temps, divers remaniements sont opérés dans le comité préparatoire et 18 " traîtres " sont relevés de leurs postes de membres et de toutes les autres fonctions qu'ils occupaient. Ils seront punis conformément à la loi.

L'ordonnance conclut en formulant l'espoir que le nouveau comité préparatoire guidera désormais les destinées civiles et religieuses du peuple tibétain vers l'union totale et que les Tibétains mettront tout en oeuvre pour aider l'armée chinoise à écraser l'insurrection.

(31 mars 1959.)

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mercredi 25 mars 2009

ARCHIVES - Des nouvelles du Tibet

Le Monde - Analyses, mercredi, 25 mars 2009, p. 2

Il y a 50 ans dans le Monde

LES NOUVELLES sensationnelles concernant les batailles rangées opposant les forces chinoises qui occupent le Tibet aux résistants tibétains, le caractère généralisé de la révolte ou le sort du dalaï-lama, que l'on dit être prisonnier des Chinois, ont provoqué à travers le monde une vive émotion.

Cependant des informations de ce genre circulent à peu près à longueur d'année depuis qu'à la fin de 1950 les communistes chinois ont annexé le Tibet, mais les journaux indiens sont généralement les seuls à leur accorder une place de choix. Cela dit, il ne fait néanmoins pas de doute que l'autorité de Pékin a le plus grand mal à s'établir sur ce territoire.

Les Chinois avaient cru se prémunir contre l'agitation intérieure en s'assurant du concours du dalaï-lama qui, depuis 1951, paraissait bien rallié à la cause chinoise. Le bruit court actuellement qu'il a pourtant montré quelque sympathie pour les rebelles et qu'en punition il a été fait prisonnier par les Chinois et emmené à Pékin. Mais, même privés de l'appui du dalaï-lama, les Chinois disposent d'un atout majeur : l'assurance que l'Inde - seul Etat qui pourrait aider les rebelles tibétains - n'entend pas se mêler des affaires du Tibet, dont elle a reconnu l'annexion par la Chine en 1954.

M. Nehru, qui se préoccupe suffisamment de la situation pour avoir fait un voyage au Bhoutan, près de la frontière tibétaine, a réaffirmé sa volonté hier même devant le Parlement indien.

Il n'y aura donc pas d'internationalisation de l'affaire du Tibet mais, en Inde, les adversaires de M. Nehru, qui lui reprochent ses sympathies pour le monde communiste, ne manqueront pas d'exploiter ce nouvel argument, en l'accusant d'ignorer ce " nouveau Budapest ".

(25 mars 1959.)

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mercredi 17 décembre 2008

HISTOIRE - Mao quitte la présidence - Robert Guillain

Le Monde - Dernière heure, mercredi, 17 décembre 2008, p. 27

IL Y A 50 ANS DANS " LE MONDE "
(17 décembre 1958.)

M. MAO TSE-TOUNG ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat de président de la République populaire chinoise, a annoncé officiellement aujourd'hui M. Chen Yi, ministre des affaires étrangères, devant le corps diplomatique, apprend-on de source bien informée.

M. Chen Yi a annoncé que M. Mao Tse-toung restera président du comité central du Parti communiste, et concentrera ses efforts sur la direction de la politique du parti et de l'Etat. Il n'a pas dit quel serait son successeur ; on note cependant qu'il restera le chef du Parti communiste chinois, ce qui veut dire en fait le premier personnage de la Chine.

" On a dit, a ajouté M. Chen Yi, que la décision de M. Mao Tse-toung avait été provoqué par l'échec de la création de communes populaires et de la campagne pour la production d'acier dans toute la Chine. C'est faux : le système des communes populaires a été adopté par tout le pays, et la campagne de l'acier sera développée. Le prestige du président Mao Tse-toung grandira encore dans l'avenir. "

Cela dit, les informations filtrant de Pékin confirment le sentiment que la naissance des communes populaires avec les extraordinaires bouleversements qu'elle impose à la vie de cinq cents millions de paysans a créé une crise sérieuse, se traduisant à la base par de grandes difficultés dans la mise en place du système, et au sommet par une lutte des tendances au sein du parti. Si Mao Tse-toung change de poste, ce pourrait être pour arbitrer ou même pour mieux commander.

Robert Guillain

(17 décembre 1958.)

PHOTO - In the photo released by China's Xinhua News Agency, Mao Anqing , first left, the second son of the late founder of China's communist government, Mao Zedong, third left, and Mao Anqing's wife Shao Hua, right, pose for a family photo in spring, 1962.

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