dimanche 8 août 2010

BEAUX LIVRES - La soie et le canon


La Soie & le Canon : France-Chine 1700-1860

Editions Gallimard - musée d'histoire de Nantes

Fascination - détestation sont les deux pôles d'une relation ambivalente entre l'Europe et l'Empire du Milieu. En un siècle et demi, de 1700 à 1860, la relation sino-française et la perception occidentale de ce pays lointain ont connu une évolution à deux versants. D'abord marginal, encore aventureux, soumis aux conditions dictées par la Chine, le commerce s'accompagne d'un vif engouement pour les objets rapportés dans les cales des navires et de la découverte éblouie d'une culture raffinée. Puis, dans un mouvement de bascule, les rapports économiques s'inversent au profit de l'Europe, alors que, dans une perspective colonialiste, condescendance et mépris se superposent à l'enthousiasme sinophile.
La mer et l'aventure, la soie, la porcelaine et le thé, la circulation des idées et les Jésuites, le trafic de l'opium et la guerre, la passion et l'humiliation, sont ici éclairés par les contributions des chercheurs et de très nombreuses illustrations, dont certaines totalement inédites.

240 pages - 170 illustrations

Sommaire

1e partie – L’Amphitrite, la Compagnie des Indes et la Chine
L’ouverture du commerce maritime entre la France et la Chine (Ph. Haudrère)
Le voyage de l’Amphitrite (J.-P. Desroches)
Cargaisons de Chine (B. Nicolas)
Factoreries et cohong : les désillusions du « lazaret commercial » (M.-S. de Vienne)
Les ventes de la Compagnie des Indes (B. Nicolas)

2e partie – La Chine bouleverse l’Occident
D’autres hommes à un autre bout du monde (M.-C. Rey)
Le thé (J.-P. Lethuillier)
Le goût pour la Chine, un modèle français ? (M.-C. Rey)
Les Jésuites au XVIIIe siècle (G. Provost)
Les jardins chinois en Europe (M.-C. Rey)
France et Chine : quels échanges musicaux ? (P. Barbier)

3e partie – Le basculement
Opium et canonnières (A. Croix et V. Joly)
Les philosophes et la Chine (R. Depierre)
L’ambassade de Lord Macartney (1792-1794) (J.-P. Desroches)
Le Fils-de-France, ou la difficile renaissance des voyages « à la Chine » (C. de Lalande)
Du Yuanming yuan au château de Fontainebleau (V. Droguet)
Victor Hugo, les civilisés et les barbares (A. Croix)
La présence française en Chine, 1860-1943 (A.-F. Renaudin)

Prix 39 €

La Soie & le Canon : France-Chine 1700-1860

mardi 3 août 2010

Obama veut endiguer l'expansionnisme marin chinois - Renaud Girard


Le Figaro, no. 20528 - Le Figaro, lundi, 2 août 2010, p. 5 L'Amérique tente de contrer les revendications maritimes de Pékin en aidant ses alliés dans la région.

En janvier 2009, après l'investiture d'Obama, le plus « asiatique » des présidents que l'histoire des États-Unis ait jamais connu, maints observateurs des think-tanks de Washington prédirent que la deuxième décennie du XXIe siècle serait stratégiquement dominée par un duopole, appelé Chinamerica. Reposant sur une conception strictement économique des rapports de forces mondiaux, cette vision est en train de voler en éclats, sous le coup des réalités géopolitiques en Asie. Pour l'Amérique, une chose est d'accepter la puissance économique et financière grandissante de la Chine - et donc de reconnaître la prééminence du G20 comme forum de discussion des questions planétaires et de favoriser l'accroissement du rôle de la Chine au sein du FMI -, une autre chose est de laisser à Pékin le leadership politique en Extrême-Orient. Dans cette région qui tire l'économie mondiale, les États-Unis disposent de solides alliés. Au cours du mois de juillet, l'Administration Obama a signifié, par différents messages, qu'elle ne comptait pas les laisser tomber.

Vieille alliée depuis les années 1950, la Corée du Sud a été victime, au mois de mars, d'une provocation militaire orchestrée par le régime stalinien de Corée du Nord, que les dirigeants chinois considèrent comme à moitié fou, mais qu'ils s'abstiennent de ramener à la raison, en dépit des considérables moyens de pression dont ils disposent. Comme l'a montré une enquête internationale, la marine de Kim Jong-il a torpillé dans les eaux internationales, le 26 mars 2010, une corvette sud-coréenne, provoquant la mort de 46 marins.

Au début de la dernière semaine du mois de juillet, les marines américaine et coréenne ont commencé un vaste exercice naval commun en mer du Japon (est de la péninsule coréenne), afin de faire passer un message de fermeté à Pyongyang. Le régime de Pyongyang poussa aussitôt des cris d'orfraie - menaçant notamment les « impérialistes » de représailles nucléaires -, que le département d'État prit avec sang-froid et indifférence. Les protestations chinoises, émises sur un ton bien sûr moins guerrier, furent en revanche considérées avec beaucoup plus de sérieux par la diplomatie américaine.

Lutte d'influence

À la demande des Coréens du Sud, soucieux dans un premier temps de ménager Pékin, l'exercice naval ne se déplaça pas en mer Jaune, à proximité des eaux territoriales chinoises. Mais la véhémence des déclarations publiques chinoises a provoqué un raidissement du Pentagone. La marine américaine a annoncé qu'elle procéderait « prochainement » à un deuxième exercice naval, cette fois dans les eaux internationales de la mer Jaune.

Depuis plusieurs mois, l'Administration Obama élabore une diplomatie sophistiquée, visant à stopper les prétentions hégémoniques chinoises sur les mers d'Asie du Sud-Est, où transite chaque année 50 % du tonnage maritime mondial. Il n'est pas question, pour Washington, d'accepter la nouvelle rhétorique chinoise du « core interest » (intérêts vitaux) concernant ces eaux internationales. La mer Jaune ou la mer de Chine méridionale, ce ne sont pas le Tibet!

La secrétaire d'État américaine tint à assister personnellement, à Hanoï le 23 juillet dernier, au forum des pays de l'Asean (Association des Nations du Sud-est asiatique) consacré à la sécurité régionale. Devant une délégation vietnamienne ayant le plus grand mal à cacher sa satisfaction, Hillary Clinton récusa les prétentions d'aucune nation à s'attribuer un espace économique exclusif en mer de Chine, sous prétexte de contrôle militaire des atolls coralliens inhabités que sont les îlots Spratley et Paracel. En 1974, la Chine délogea les Sud-Vietnamiens des Paracel. En 1988, elle s'empara par la force de récifs dans l'archipel des Spratley, coulant les navires de transport venus en soutien d'une opération de débarquement vietnamienne. Cette minibataille navale entraîna trois années de rupture des relations diplomatiques entre les deux gouvernements communistes « frères » d'Asie du Sud-est. Outre les droits de pêche dans des eaux particulièrement poissonneuses, l'enjeu de cette espace maritime est le pétrole, qui fut découvert par des géologues américains en 1968.

Rendu furieux par le discours de Hillary Clinton, Yang Jiechi, le ministre chinois des Affaires étrangères, quitta la séance pendant une heure. À son retour, il prononça une allocution tonitruante, accusant les États-Unis de fomenter un complot antichinois, moquant le « socialisme » du Vietnam, et déclarant en regardant droit dans les yeux le ministre singapourien : « La Chine est un grand pays, d'autres pays sont des petits pays, et c'est un fait! »

Et mardi, le vice-ministre chinois de l'Information, Dong Yunhu, déclara au Figaro que les Américains n'avaient pas à se mêler des différends maritimes d'une région qui n'était pas la leur, à laquelle ils avaient naguère apporté la guerre, et que tous les problèmes seraient résolus pacifiquement « entre Asiatiques ».

Dans les années 1930, les Japonais expliquaient déjà que l'homme blanc n'avait rien à faire en Asie, où ils avaient l'intention d'édifier, entre peuples indigènes, une « sphère de coprospérité ». On sait où mena cette belle rhétorique...

PHOTO - BEIJING - FEBRUARY 21: US Secretary of State Hillary Clinton (L) looks at Chinese Foreign Minister Yang Jiechi during a press conference on February 21, 2009 in Beijing, China. Clinton is on a three day visit to the Chinese capital, as part of her first diplomatic tour to Asia.

© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

PORTRAIT - Ces femmes qui ont changé l'économie : Nina Wang

Les Echos, no. 20732 - SAGA, mardi, 3 août 2010, p. 9
TRISTAN GASTON BRETON

Epouse et successeur du magnat de Hong Kong Teddy Wang, Nina Wang fut l'une des femmes les plus riches d'Asie. L'une des plus excentriques aussi.

Sexe, argent, kidnapping, meurtre, le tout sur fond de batailles à répétition autour de fabuleux héritages_ La vie de Nina Wang, morte d'un cancer en 2007 à l'âge de soixante-neuf ans, est tout sauf un long fleuve tranquille. Trois ans après sa disparition, les querelles autour de son héritage se poursuivent de plus belle et continuent de passionner Hong Kong et, au-delà, une grande partie de l'Asie. Il faut dire que l'enjeu est de taille. A sa mort, la milliardaire laisse en effet une fortune colossale estimée entre 6 et 13 milliards de dollars américains héritée de son défunt mari, Teddy Wang, le fondateur de l'empire industriel et immobilier Chinachem. A qui ira ce fabuleux magot ? A la fondation caritative Chinachem, gérée par ses frères et soeurs, ou à son conseiller personnel en feng shui, le richissime homme d'affaires Tony Chan Chun ? En 2004, ayant appris qu'elle avait un cancer, Nina avait en effet eu recours aux services de cet adepte de l'art chinois de l'harmonie des énergies et qui, selon certains, était devenu son amant. Ses conseils lui avaient coûté la bagatelle_ de 2 milliards de dollars hongkongais ! En 2007, Tony Chan s'était empressé de revendiquer l'héritage, s'appuyant sur un testament signé en 2006 par la milliardaire, prétendant même, pour appuyer ses droits, avoir eu un enfant avec elle. Las ! Au même moment, la fondation Chinachem excipait d'un autre testament, datant de 2002 celui-là, dans lequel Nina lui léguait toute sa fortune, accusant au passage la partie adverse de n'avoir présenté, en fait de testament, qu'un document sans valeur utilisé lors d'une « cérémonie de prolongation de vie » ! En février 2010, au terme d'une bataille juridique épique, la justice de Hong Kong a reconnu les droits de la fondation et débouté Tony Chan de ses prétentions. Mais celui-ci a déjà fait savoir qu'il avait l'intention de faire appel de cette décision. Le cas Wang n'a certainement pas fini de faire la une de la presse_

Surprenante destinée que celle de cette femme réputée pour son look invraisemblable - à la fin de sa vie encore, elle arborait deux nattes de jeune fille et des mini-jupes aux couleurs criardes -, qui aimait se faire appeler « petite douceur » et dont la silhouette est aujourd'hui immortalisée par une statue à la mode Betty Boop située devant le siège de Chinachem. Célèbre pour ses tenues excentriques, la milliardaire l'était également pour son mode de vie frugal. Nina Wang ne s'habillait en effet que dans des magasins discount, ne quittait jamais un restaurant ou une réception sans emporter avec elle un « doggy bag » et, plutôt que des tables luxueuses, avouait un faible pour les McDonald's, son enseigne de restauration préférée. Son seul signe extérieur de richesse était ces cinquante gardes du corps qui la suivaient en permanence et qui sécurisaient le moindre de ses déplacements. Il faut dire que Nina Wang vivait dans la terreur de subir le même sort que son mari Teddy, kidnappé à deux reprises et finalement assassiné en 1990. L'affaire, en son temps, avait provoqué une première bataille autour de l'héritage du magnat. Une bataille, elle aussi, pleine de rebondissements_

Dans l'ombre de son mari

Tout commence à Shanghai en septembre 1937. C'est là que Nina Wang - de son vrai nom Kung Yu Sum -vient au monde, dans une famille de commerçants prospères. La grande ville de la côte est de la Chine est alors l'objet de furieux combats entre les troupes chinoises de Tchang Kaï-Chek et l'armée japonaise qui finit par l'investir totalement à la fin du mois de novembre. Appartenant à la bonne bourgeoisie, la famille de Kung Yu Sum ne semble pas trop souffrir de l'occupation japonaise. Scolarisée normalement, la jeune fille se lie d'amitié, dès son plus jeune âge, avec Teddy Wang. Né en 1933, celui-ci est le fils de Wang Din-Shin, un important homme d'affaires qui, dans les années 1930, a créé une entreprise de peintures. Les deux jeunes gens se promettent-ils dès cette époque l'un à l'autre, et ce malgré l'hostilité manifeste du père de Teddy ? C'est bien possible. En 1949 en tout cas, lorsque, chassées par l'arrivée de Mao au pouvoir, la famille Wang décide de s'installer dans la colonie britannique de Hong Kong, Teddy n'a rien de plus pressé que de faire venir celle qu'il considère déjà comme sa fiancée. C'est là qu'elle adopte le prénom anglo-saxon de Nina. C'est là également, en 1955, qu'elle épouse Teddy. Wang Din-Shin ne parviendra jamais à aimer sa bru, beaucoup trop entêtée à ses yeux et qui a surtout le tort de ne pas savoir faire la cuisine. Longtemps installée chez ses beaux-parents, comme il se doit dans une famille chinoise traditionnelle, Nina Wang subira de leur part une variété infinie d'avanies et d'humiliations, d'autant plus fortes qu'elle ne donnera aucun enfant à son mari. Cette haine réciproque ressortira plus tard_

Des années durant, Nina Wang se contente de vivre dans l'ombre de son mari. Un homme brillant, au demeurant, et qui, en quelques années, fait de l'entreprise paternelle de peintures un géant industriel de la chimie et de la pharmacie rebaptisé « Chinachem ». Rude en affaires, parfois même brutal, Teddy Wang ne se contente pas de fabriquer des produits chimiques et pharmaceutiques. Dans les années 1960 et 1970, il édifie également un véritable empire immobilier à Hong Kong. Dans l'affaire, Teddy Wang profite à fond du contexte, il est vrai particulièrement favorable. Attirés par la croissance phénoménale de la cité côtière, devenue l'un des grands centres mondiaux de l'industrie du plastique, les habitants des Nouveaux Territoires - ces terres passées sous contrôle britannique et qui représentent plus de 80 % de la surface de Hong Kong -, des paysans pour l'essentiel, revendent en effet en masse les certificats fonciers leur permettant d'exploiter les terres agricoles pour aller travailler dans les usines de la cité. La terre : une ressource précieuse dans une colonie dont 40 % du territoire seulement est constructible. Teddy Wang les rachète systématiquement, et souvent pour une somme bien en dessous de leur valeur réelle. Sur les terres ainsi libérées, il édifie des villes nouvelles complètes destinées à accueillir une population en plein essor. Cette « culbute » fait de lui l'un des hommes les plus riches de Hong Kong. Mais aussi l'un des plus détestés_ Ses programmes immobiliers ont en effet dérangé bien des intérêts, notamment du côté du crime organisé, les fameuses triades, très prospères dans la colonie britannique. Au lendemain de sa disparition, certains commentateurs affirmeront d'ailleurs que ceux qui ne souhaitaient pas sa mort se comptaient sur les doigts d'une seule main_ Teddy Wang, pour l'heure, n'en a cure. Vivant modestement - il est, lui aussi, un adepte des « doggy bags » -et refusant tout garde du corps, il se concentre sur ses affaires, laissant son épouse Nina vaquer à ses occupations.

Une bataille épique

C'est alors que sa vie bascule. Nous sommes le 12 avril 1983. Ce jour-là, alors qu'ils circulent tous deux à bord de sa Mercedes - l'un des rares signes extérieurs de richesse que se permet Teddy -, le couple est attaqué par des hommes armés. Extirpé brutalement du véhicule, le patron de Chinachem est enlevé sous les yeux de son épouse. Il restera séquestré huit jours, enchaîné sur un lit, jusqu'à ce que Nina, contactée par les ravisseurs - membres d'une triade -accepte de verser une rançon de 33 millions de dollars hongkongais. On retrouvera Teddy Wang vivant dans un réfrigérateur cadenassé abandonné au bord d'une route. L'alerte a été sévère. Le magnat, pourtant, ne change rien à ses habitudes, refusant toujours de se faire escorter et conduisant lui-même sa voiture. Cette inconscience lui sera fatale. Le 10 avril 1990, alors qu'il quitte le très select Jockey Club de Hong Kong dont il est membre, Teddy Wang est à nouveau kidnappé. Dans les jours suivants, Nina est sommée de payer une rançon de 60 millions de dollars. Un premier « acompte » de 34 millions de dollars est versé sur-le-champ. Puis plus rien. Les ravisseurs ne se manifesteront plus et on ne reverra jamais Teddy Wang. Des années plus tard, un membre d'une triade arrêté par la police prétendra que le magnat, retenu à bord d'une jonque, a été jeté dans la mer de Chine, enveloppé dans un filet de pêche lesté de pierres_ Ce n'est qu'en 1999 que Teddy Wang sera déclaré officiellement mort. Des rumeurs récurrentes prétendent qu'il est toujours vivant. Nina elle-même le croyait_

Commence alors, pour cette femme restée jusque-là très discrète, une bataille épique dont l'enjeu est l'héritage du magnat, estimé à 130 millions de dollars. D'un côté, le père du disparu, le vieux Wang Din-Shin, alors âgé de quatre-vingt-dix ans mais qui n'a rien perdu de ses préventions contre sa belle-fille. A l'appui de ses dires, un testament datant de 1968 dans lequel son fil lui attribue toute sa fortune. Une décision que Teddy avait prise, selon lui, lorsqu'il avait appris que sa femme entretenait une liaison avec un simple magasinier et qui remplaçait un premier testament de 1960, prévoyant un partage à parts égales de sa fortune entre son père et son épouse_ De l'autre, Nina Wang, bien décidée à faire valoir ses droits et qui, pour ce faire, présente un deuxième testament dans lequel son mari lui cède l'intégralité de sa fortune ! L'affaire, totalement embrouillée, défie la chronique économico-mondaine de Hong Kong, le vieillard accusant sa bru d'être une menteuse doublée d'une catin, celle-ci accusant en retour son beau-père d'être un opiomane ! La justice ne démêlera cet invraisemblable écheveau qu'en 2002. Cette année-là, Nina Wang est en effet accusée d'avoir forgé un faux testament et est déboutée de sa demande. Pas pour longtemps ! En 2005, le jugement est cassé en appel et la veuve Wang lavée de tout soupçon. A cette date, elle est reconnue comme la seule héritière de Teddy Wang, empochant dans l'affaire une somme qui, entre-temps, a atteint les deux milliards de dollars.

Sa bonne humeur intrigue

Ce patrimoine, « petite douceur » saura largement le faire fructifier. Car ce bout de femme haute d'à peine de 1,50 mètre, n'a pas attendu les décisions de justice pour s'installer dans le fauteuil laissé vacant par son défunt mari, et cela sans que, curieusement, le vieux Wang Din-Shin n'y trouve à redire ! Se faisant appeler « Chairlady » - l'équivalent féminin de « Chairman », ou président du conseil d'administration -, Nina a pris fermement en main les destinées de Chinachem, diversifiant le groupe à marche forcée dans les biotechnologies, le transport maritime, le cinéma, la télévision et les jeux vidéo tout en poursuivant les très juteuses affaires immobilières inaugurées jadis par son mari. Pragmatique, Nina a su également nouer d'utiles relations avec le Parti communiste chinois - elle fut même, un temps, déléguée au Congrès national du peuple -s'assurant ainsi des lendemains tranquilles lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, en 1997. Titulaire d'un passeport britannique, elle voyage beaucoup, à Londres bien sûr, où elle achète une belle maison, mais aussi à New York, où on la voit faire la queue comme tout le monde pour acheter son Big Mac, ses mini jupes en cuir ou son billet de cinéma, invariablement suivie de son armée de gardes du corps. Généreuse, elle donne beaucoup d'argent : 7 millions de dollars à l'université de Harvard, 50.000 dollars pour la sauvegarde de l'environnement au Canada, plusieurs millions de dollars à la fondation qu'elle a créée au sein du groupe Chinachem_ Excentrique et superstitieuse, elle n'a peur de rien, allant jusqu'à regretter de n'avoir jamais reçu le prix Nobel de la paix, elle qui, selon ses dires, n'aurait pas ménagé ses efforts pour réconcilier la République de Chine avec le dalaï-lama ! Son allure, son dynamisme, sa modestie et son éternelle bonne humeur amusent autant qu'ils intriguent. Etonnant rappel de sa propre histoire, la bataille juridique qui se livre aujourd'hui autour de son héritage pourrait bien réserver de nouveaux rebondissements !

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REPORTAGE - Areva trouve son salut en Chine - Emilie Torgement

Le Soir - 1E - ECONOMIE, mardi, 3 août 2010, p. 20

Energie Huit milliards d'euros : le plus important contrat du nucléaire civil

Alors que le gouvernement français vient d'annoncer qu'EDF pilotera les projets nucléaires à l'export, l'association EDF-Areva fait déjà ses preuves à Taishan, dans le sud de la Chine : EDF a créé une joint-venture avec la Guangdong Nuclear Power Holding Corp (CGNPC) pour construire deux réacteurs de type EPR ; Areva y a raflé le plus important contrat jamais signé dans l'industrie du nucléaire civil. Huit milliards d'euros pour la conception et l'approvisionnement de ces deux réacteurs troisième génération.

Sous le soleil de plomb, au milieu de l'impressionnant paysage de collines qui donne directement sur la mer de Huangmo, le chantier incarne la démesure des hommes qui prévoient de produire ici 1.660 mégawatts. En plus du futur coeur nucléaire, pour l'instant un gigantesque cylindre rouillé de six mètres de haut, on devine déjà la structure de la salle des machines et celle de la station de pompage d'eau de mer pour le refroidissement. L'exploitation commerciale devrait débuter en décembre 2013.

« Nous sommes parfaitement dans les temps », assure Eric Neisse, le directeur en Chine d'Areva. Le message est clair, le projet chinois ne s'embourbera pas comme le chantier de l'EPR finlandais. Cette première centrale troisième génération d'Okiluoto, trop chère, trop en retard, a suscité les critiques et plombé l'image d'Areva. « A Taishan, nous profitons de notre expérience sur nos autres projets EPR à Flammanville et à Okiluoto, mais surtout de l'implication de notre partenaire chinois, capable de mobiliser de très importantes ressources humaines », explique Rémi Sénac, cet ingénieur qui a travaillé en Finlande avant de rejoindre l'équipe chinoise et qui ne tarit pas d'éloge sur CGNPC.

L'électricien du Guangdong s'est emparé de 70 % de la joint-venture avec EDF et a surtout réclamé d'importants transferts de technologies. Des ingénieurs chinois ont été accueillis au siège d'Areva en France dès les premiers pas de la conception ; aujourd'hui, des équipes essentiellement chinoises poursuivent les études en Chine, à Shenzhen. Côté fabrication, la première tranche sera presque entièrement « made in France » à l'exception de la cuve du réacteur construite par Mitsubishi. La seconde tranche, livrée dix mois plus tard, sera produite par des filiales de la CGNPC, qui auront eu le temps de se former.

L'élève ne risque-t-il pas de dépasser le maître, quitte à se passer de ses services ? « Il y a de la place pour tout le monde, répond Eric Neisse. Taishan doit servir de vitrine à Areva et, nous l'espérons, à nos partenaires chinois pour développer ensemble de nouveaux projets en Chine mais aussi dans le monde entier. » Chez Areva, on veut croire à la « Renaissance nucléaire », le retour de grandes commandes motivées par la lutte contre les gaz à effet de serre après une période difficile pour l'énergie atomique. Si l'entreprise d'Anne Lauvergeon a accepté de telles conditions de transfert de technologies, c'est que cette renaissance passe d'abord par la Chine et que les Français comptent bien avoir leur part de l'alléchant gâteau chinois. Liu Haijun, directeur adjoint de la joint-venture de Taishan, incarne la volonté chinoise quand il annonce face aux immenses tranchées hérissées de grues : « Vous voyez, après Taishan 1 et 2, déjà approuvés, nous prévoyons l'espace pour construire les unités 3 à 6. »

Selon un récent rapport de l'agence internationale de l'énergie (AIE), la Chine est devenue le premier consommateur d'énergie devant les Etats-Unis. Le pays qui tire 70 % de son énergie du charbon voit dans le nucléaire (1 % seulement de son bouquet énergétique) une solution pour développer une économie plus verte tout en s'assurant une indépendance énergétique. Autre point sensible en Chine, les coupures de courant. Selon Wu Wenbing, spécialiste énergie au China Morning Post, journal connu pour son indépendance, alors que les centrales nucléaires chinoises produisent 9 gigawatts, le pays viserait les 70 gigawatts d'ici à 2020.

© 2010 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2010

La pollution chimique dans le nord-est de la Chine s'est étendue

Le Monde - Mardi, 3 août 2010, p. 2

La pollution causée par des produits chimiques déversés dans la rivière Songhua, au nord-est de la Chine, s'est propagée à des fleuves voisins, a indiqué dimanche 1er août l'agence Chine Nouvelle. Des tests ont mis au jour la présence de traces d'un gaz toxique dans les eaux du Heilongjiang. Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la Chine ces derniers jours avaient provoqué l'inondation des entrepôts de deux usines chimiques, emportant, mercredi 28 juillet, près de 7 000 bidons d'acier, dont 3 000 pleins, sur le fleuve Songhua, dans la province de Jilin. Vendredi 30 juillet, les crues avaient également charrié quelque 1 500 tonneaux de résine, pétrole et fertilisant dans le fleuve Yangtsé, dans la province du Hubei, située en aval du barrage des Trois-Gorges et vers lequel convergent les eaux.

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Le ralentissement de l'industrie manufacturière se confirme en Chine

Le Monde - Mardi, 3 août 2010, p. 2

La croissance de l'industrie manufacturière chinoise a continué de ralentir en juillet, pénalisée par les multiples mesures gouvernementales destinées à freiner l'octroi de crédit et la spéculation immobilière. L'indice officiel des directeurs d'achats est tombé à son plus bas niveau depuis dix-sept mois, à 51,2, contre 52,1 en juin, a annoncé dimanche 1er août la Fédération chinoise de la logistique et des achats. " L'économie chinoise ralentit, en raison principalement des mesures de resserrement en cours dans l'immobilier, mais le ralentissement n'est à l'évidence pas aussi sévère que certains le prédisaient ", a commenté Ting Lu, économiste de Bank of America Merrill Lynch à Hongkong. Il a confirmé sa prévision d'une croissance de 10,1 % du produit intérieur brut chinois cette année et de 9 % en 2011.

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Pour limiter la hausse des salaires, Foxconn délocalise dans le centre de la Chine

Les Echos, no. 20732 - Technologies de l'information, mardi, 3 août 2010, p. 15

Le géant de l'électronique grand public Foxconn a décidé d'installer une nouvelle chaîne d'assemblage dans le centre de la Chine, selon les médias officiels du pays. Pris dans la tourmente ces derniers mois, le groupe a commencé à transférer sa production dans les terres pour limiter la hausse des coûts de la main-d'oeuvre. Au total, le groupe prévoit d'investir 740 millions de dollars dans 2 usines implantées dans la capitale de la province pauvre du Henan (centre-est), Zhengzhou. Foxconn, qui fournit notamment des composants électroniques pour Dell, Apple ou HP, a déploré une dizaine de suicides depuis le début de l'année dans ses usines chinoises de Shenzhen. A la suite de ces suicides, le groupe a augmenté de 70 % des salaires des employés dans les unités concernées.

GUILLAUME DE CALIGNON

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dimanche 1 août 2010

PORTRAIT - Han Han, la blog star qui éveille la Chine


Le Monde - Page Trois, lundi, 2 août 2010, p. 3

Une couverture en papier kraft, 120 pages de textes, de photos et de dessins, une trentaine de contributeurs et un buzz à faire pâlir d'envie n'importe quel éditeur : vendu à 500 000 exemplaires dans les deux jours qui ont suivi sa publication en Chine début juillet, Duchang Tuan (" Choeur de solistes ") est un coup de maître.

Son instigateur a pour nom Han Han : 28 ans, blogueur et écrivain star, pilote de rallye et chanteur à ses heures, ce vilain garnement de l'Internet dont les foucades et les sorties suscitent un énorme intérêt dans un pays où l'opinion publique est bourgeonnante, est devenu incontournable. Les filles l'adorent, les dissidents apprécient qu'il ose porter la plume dans la plaie des désordres sociétaux chinois, tandis que ses lazzis contre le système font s'esclaffer un nombre toujours plus nombreux de Chinois.

Qu'il se soit acharné à lancer un magazine à l'âge du Net n'est pas le moindre des paradoxes, pour l'auteur du blog considéré comme le plus lu au monde, avec plus de 400 millions d'accès depuis sa création. Duchang Tuan a été conçu dans un appartement transformé en salle de rédaction, au deuxième étage d'une tour de la grande banlieue ouest de Shanghaï.

Dans le salon, des jeunes gens sont penchés sur des écrans d'ordinateur. Visage fin, cheveux mi-longs, jean et tee-shirt, Han Han est un brin tendu, timide, mais fidèle à la décontraction et au franc-parler de cette nouvelle génération dont il est l'égérie, ceux que l'on désigne en Chine par l'expression ba ling hou, " nés après les années 1980 ".

Nul agent ni attaché de presse à ses côtés, aucune exigence de relecture ne viendront crisper la conversation. A la bonne franquette, il dévore un plat de riz et de crabe dans une boîte en plastique, puis des fraises. Il passe à l'anglais quand on lui parle de rallye, sa passion - il a remporté le championnat de rallye chinois.

D'abord phénomène littéraire autant pour sa précocité que pour son insolence - il quitte le lycée à 17 ans, écrit des best-sellers (six romans et quatre essais), et rejette l'invitation de la prestigieuse université Fudan à Shanghaï. Han Han incarne une sorte de mouvance de fond d'une jeunesse chinoise grandie au temps de l'Internet, ni totalement blasée par les illusions de la consommation, ni révoltée comme l'étaient les protestataires du mouvement étudiant de Tiananmen, en 1989.

Quand il a lancé, en 2009, sur son blog, un appel aux amateurs de belles lettres, et promis aux auteurs publiés une rémunération plusieurs fois supérieure aux tarifs en vigueur en Chine, il a été inondé de textes. Mais le recueil, conçu comme un " espace sans restriction à l'expression littéraire ", est resté plus d'un an au placard : " la ligne rouge n'est pas écrite, n'existe dans aucun document officiel, et est capricieuse ", nous disait le franc-tireur il y a quelques mois.

Il devra composer : Duchang Tuan sera classifié comme livre et non comme média, et l'éditeur en herbes dut faire revoir leurs textes à ses auteurs quand la maison de publication désapprouvait. L'ouvrage décevra " ceux qui veulent améliorer la société ou changer le statut quo ", a-t-il prévenu. On y trouve la ballade poétique d'un chanteur de folk aveugle dans les trains verts de son enfance. Une série de photos de sans domicile fixe qui posent devant des drapeaux chinois. Le professeur d'anglais le plus connu de Chine y narre, lui, ses déboires dans la première école d'anglais qu'il fréquenta il y a de ça quatorze ans.

Han Han ouvre Duchang Tuan avec un texte de présentation, où il raconte dans quelle aventure il va emmener les lecteurs. " Donc ainsi va le monde, les hommes le changent, et les femmes changent la conception qu'ils en ont. Mais il y a toujours des idées du monde qui continuent à se dresser là, stupidement, intransigeantes, qui ne peuvent pas être transformées par la réalité, par les coups durs, même après qu'on s'en soit moqué, et malgré tous les lapins qu'on vous a posés. Ne cessons jamais d'avoir un idéal ! ", encourage-t-il.

Il signe également le dernier texte du magazine, premier feuilleton d'une drôle d'expédition, où le narrateur parti chercher un ami qui sort de prison se fait pincer par la police après avoir fait monter une prostituée dans sa chambre d'hôtel...

Malgré sa notoriété de pop star, Han Han est parfois censuré sur son blog. L'écrire, dit-il, c'est " ouvrir une brèche " dans un pays où la " censure nous étouffe ". " Provoquer une sorte de jaillissement " de la parole et du débat, un peu comme quand " l'oppression sexuelle a pris fin ", énonce-t-il, le regard pétillant de malice. " Savez-vous pourquoi la Chine est incapable de devenir une grande nation de culture ? Parce nous devons commencer chaque discours par "chers dirigeants", et que ces chers dirigeants n'ont pas de culture... qu'ils ont aussi peur de la culture, censurent la culture et contrôlent la culture ! ", a-t-il lancé lors d'une conférence à l'université de Xiamen en début d'année...

Han Han dérange quand il multiplie les commentaires désobligeants sur des officiels, brocarde les excès nationalistes de certains de ses contemporains et titille les thuriféraires de la pensée unique du PC en utilisant une arme dont ces derniers sont dépourvus : l'humour et la dérision.

Cette impertinence, et un art consommé de la métaphore et du jeu de mot grivois, ravissent ses fans, qui l'ont porté au rang de deuxième personnalité la plus influente au monde, dans le vote Internet du magazine américain Time, fin avril. Quelques semaines auparavant, le Nanfang Dushi Bao, le plus progressiste des quotidiens chinois, osait s'engager à ses côtés : " Apportons-lui nous tous notre voix ", recommandait le journal, " il ne s'agit pas de voter pour Han Han l'intellectuel public, ni pour Han Han le leader d'opinion. Mais pour un explorateur qui a clairement pris ses marques vis-à-vis du système ".

L'énergumène a ses détracteurs : les " écrivains officiels " du régime, avec qui il a eu par le passé maille à partir, le honnissent. Un vice-président de l'association des écrivains de la province du Hebei lâche ainsi pour tout commentaire : " Si j'étais son père, je l'aurais déjà battu à mort ! " Un intellectuel pékinois s'interroge : " Han Han, c'est bien. Mais son blog, n'est-ce pas une forme de populisme, quand on sait que tous les intellectuels sont écartés par le pouvoir et n'ont pas droit de cité ? "

Ses adversaires les plus redoutables, il le sait, agissent sous couvert et pourraient un jour faire de lui un " mot sensible ", a-t-il philosophé dans un de ses billets. Pour parer à toute pression, Han Han a demandé à ses parents de prendre leur retraite - son père était chargé de la mise en page de la " une " dans un journal du parti.

Si sa formidable popularité le protège, il botte en touche à l'évocation de sujets politiquement trop " sensibles " : Han Han ne parlera pas du Tibet, des musulmans turbulents du Xinjiang, de la dissidence et de ses héros phares, la plupart en prison. " Tout le monde sait qui a tort et qui a raison, dit-il, sibyllin. Mais les dissidents exigent le multipartisme en Chine, ça ne me semble pas une option réaliste. "

Dans un billet récent, il s'interrogeait sur ces " questions trop directes " que lui posent les journalistes étrangers, dont " la réponse m'obligerait à payer un prix trop élevé, qui pour l'instant, n'est pas nécessaire ". Ajoutant : " Donc je me tais. Mais continuez à poser vos questions, ce sont les bonnes. Dites simplement que la personne n'a pas osé répondre. Pardonnez-moi, s'il vous plaît, ma lâcheté. "


INTERVIEW - " Quel gâchis tout ce sang chaud dans nos coeurs, qui éclabousse le bitume "

Les billets de l'écrivain blogueur sur la corruption et les passe-droits des fonctionnaires, les expulsions forcées ou les difficultés pour la population de joindre les deux bouts font mouche chez les jeunes et moins jeunes, qui y trouvent des échos à leurs problèmes.

Cette position d'éclaireur l'a souvent amené à être comparé à Lu Xun, l'écrivain mythique du début XXe siècle, conscience démocratique de la Chine et mort en 1936 avant de devenir par la suite une icône du régime communiste.

Selon Sebastian Veg, chercheur au Centre d'études français sur la Chine contemporaine à Hongkong, et qui vient de retraduire en français le célèbre recueil de nouvelles Cris de Lu Xun (Editions rue d'Ulm), " Han Han et Lu Xun sont tous deux devenus célèbres en s'en prenant aux expressions du nationalisme chinois. Lu Xun en attaquant le sentiment de supériorité culturelle des adeptes de "l'essence nationale", Han Han en se moquant des promoteurs du boycott de Carrefour après l'affaire du passage de la flamme olympique à Paris et la brouille franco-chinoise. " Poursuivant : " Han Han excelle, comme Lu Xun, dans ce genre, qui consiste à prendre au pied de la lettre les formules de propagande ou les slogans de ses adversaires et à démonter leur hypocrisie... "

Voici quelques exemples tirés du blog de Han Han.

Sur les suicides d'ouvriers chez le sous-traitant Foxconn à Canton. " Pourquoi croyez-vous que nos politiciens paradent ainsi la tête haute sur la scène internationale... ? C'est grâce à vous, chacun et chacune des petits soldats si bon marché de notre main-d'oeuvre. Peu importe que notre socialisme aux caractéristiques chinoises soit ou non un capitalisme aux caractéristiques féodales, vous n'avez, jeunes gens, pas d'autres solutions. Quel gâchis quand même, tout ce sang chaud dans nos coeurs, qui éclabousse le bitume. "

A propos de l'Exposition universelle de Shanghaï. " Le problème pour Haibao - la mascotte de l'Expo - , qu'on a d'abord vu sur le papier, était : que faire pour son derrière ? Fallait-il une queue ? Des fesses ? Une raie des fesses ? Personne n'avait de réponse. On s'est donc aperçu que les statues de la mascotte sont toutes pareilles devant. Certaines ont une raie des fesses, mais la plupart n'en ont pas. Tout ça parce que Google - dont la prononciation en chinois est proche de " raie des fesses " - a quitté la Chine... "

Sur les récents crimes d'enfants dans les écoles. " Dans une société qui n'a pas de soupape, tuer ses membres les plus vulnérables est un exutoire possible. Je conseillerais de déployer tous les effectifs de sécurité qui gardent les bureaux des gouvernements locaux à travers le pays pour protéger nos crèches. Un gouvernement qui ne parvient même pas à protéger ses propres enfants n'est pas digne d'être gardé par autant de gens. "

Brice Pedroletti et Bruno Philip

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La Chine estime avoir dépassé le Japon - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20731 - International, lundi, 2 août 2010, p. 6

Duel. La Chine est devenue la deuxième économie du monde, devant le Japon et derrière les Etats-Unis, a déclaré vendredi le directeur de l'administration des changes. « La Chine, de fait, est déjà la deuxième économie du monde », a estimé Yi Gang dans un entretien accordé au magazine « China Reform » publié sur www.safe.gov.cn, le site Internet de son agence. C'est la première fois qu'un responsable chinois fait une telle déclaration officielle. En 2009, déjà, la Chine avait manqué de dépasser le Japon.

Même si cette affirmation semble difficilement contestable, elle ne se fonde, pour l'heure, sur aucun chiffre officiel et définitif. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le PIB par habitant de la Chine est proche de 3.800 dollars par an, très loin derrière celui du Japon ou celui des Etats-Unis. Selon des projections réalisées par la Banque mondiale ou encore Goldman Sachs, la République populaire pourrait s'emparer de la première place mondiale aux alentours de 2025.

PHOTO - A woman clad in a yukata, or a casual summer kimono, hands out flyers to tourists at a duty-free retail store at Tokyo's Akihabara district July 1, 2010. Japan relaxed its visa requirements for Chinese tourists on Thursday, hoping to attract more well-heeled travellers from its giant neighbour and cash in on demand for electronics, cosmetics and luxury goods. The sign reads, "Welcome Suning Electronics' Tokyo lucky draw winners". To match Reuters Life! JAPAN-CHINA/TOURISTS.

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Un ralentissement scruté de très près par les grandes économies asiatiques

Les Echos, no. 20731 - International, lundi, 2 août 2010, p. 6

La conjoncture américaine décevante n'est pas sans conséquence en Asie. Au Japon, la production industrielle est à la baisse. Et la Chine fait preuve d'une extrême prudence sur le yuan, qui traduit sa fébrilité pour ses exportateurs.

La proposition reste vraie : lorsque les Etats-Unis toussent, l'Asie continue de craindre de s'enrhumer. Au moment où Washington publie des chiffres de conjoncture décevants (voir ci-dessus), les deux poids lourds d'Asie, le Japon et la Chine, constatent également que la reprise économique perd de la vigueur.

C'est au Japon que le phénomène est le plus visible. Si l'on en croit diverses statistiques publiées vendredi, la reprise japonaise s'est essoufflée en juin. Alors que l'indice des prix à la consommation reste à la baisse, le taux de chômage a augmenté pour le quatrième mois d'affilée tandis que la consommation des ménages a reculé de 2,4 % au deuxième trimestre. Mais c'est surtout l'évolution de la production industrielle qui inquiète : elle a baissé de 1,5 % en mai, alors que les économistes s'attendaient, en moyenne, à une très légère hausse. Cette baisse, particulièrement nette dans les secteurs électronique et automobile, est la plus forte depuis février 2009. Elle traduit, d'une part, la fin progressive des mesures de relance, mais aussi un commerce extérieur moins florissant. Dans un pays très dépendant des marchés occidentaux, les exportations ont ainsi connu leur plus faible hausse en un an au mois de juin.

Fébrilité autour du yuan

Après une reprise vigoureuse au premier trimestre 2010 où le PIB a crû de 5 %, le Japon risque donc désormais d'être retombé autour de 1,9 % au deuxième trimestre, selon le consensus des économistes. Une situation qui inquiète les députés de la majorité, dont une partie, échaudée par le revers électoral que leur parti a subi aux récentes élections sénatoriales, demande instamment au Premier ministre de remettre l'accent sur la relance économique plutôt que de se focaliser sur la réduction des déficits.

La Chine ne joue pas dans la même catégorie. Mais elle connaît aussi, à son échelle, un ralentissement : sa croissance s'est assagie à 10,3 % au deuxième trimestre, alors qu'elle avait atteint 11,9 % entre janvier et mars. Certes, ce ralentissement s'explique en bonne partie par les mesures décidées par les autorités, notamment pour calmer le secteur du bâtiment.

Mais les récentes déclarations des autorités sur le yuan laissent aussi penser que Pékin veut actuellement ménager son secteur exportateur. Alors que Pékin avait mis un terme, en juin, à la parité fixe entre sa devise et le dollar, l'hypothèse d'une nette appréciation de la devise chinoise, espérée par nombre de responsables occidentaux, semble de moins en moins probable. L'un des conseillers de la Banque centrale, Zhou Qiren, a récemment évoqué, au contraire, la possibilité d'une légère dépréciation. Même si ce genre de déclaration est à prendre avec précaution, car Pékin veut à tout prix éviter que les marchés ne spéculent à la hausse sur sa devise, elle traduit une fébrilité nouvelle pour les exportateurs chinois. Vendredi, les marchés anticipaient une baisse du yuan de 0,4 % sur un an.

GABRIEL GRÉSILLON

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POLLUTION - 1 500 tonnes ou 90 000 tonnes de pétrole ?

Le Monde - Environnement & Sciences, lundi, 2 août 2010, p. 4

L'importance de la marée noire en Chine aurait été minimisée


Selon Rick Steiner, ancien spécialiste des milieux marins à l'université d'Alaska, aujourd'hui consultant pour Greenpeace, la marée noire qui a pollué le port de Dalian, au nord-est de la Chine, aurait été largement sous-évaluée par Pékin.

Ce ne seraient pas 1 500 tonnes de pétrole qui auraient été déversées dans la mer Jaune, mais entre 60 000 et 90 000 tonnes. - (AP.)

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L'atelier du monde ébranlé par les grèves

Les Echos, no. 20731 - Idées, lundi, 2 août 2010, p. 10

Le travailleur de la « nouvelle Chine », dépeint par « The Economist », sera moins docile et mieux payé. Et cela serait une bonne chose pour la Chine et l'économie mondiale, ajoute le magazine. Ce constat peut étonner, quand on se souvient que c'est sa main-d'oeuvre bon marché qui fut le moteur du miracle économique du pays. Cette même main-d'oeuvre, qui, selon les estimations, a permis à chaque ménage américain de bénéficier de 765 euros supplémentaires par an dans leur budget, notamment grâce à l'introduction de produits à bas prix dans les magasins outre-Atlantique. Et pourtant, les changements que l'on perçoit en Chine pourraient bien aider l'économie mondiale, encore ébranlée par la crise, à renouer avec le plein-emploi, révèle l'hebdomadaire. Les travailleurs chinois voient leur pouvoir de négociation augmenter, du fait de la raréfaction de l'offre de travail et de l'introduction en 2008 d'une loi qui protège leurs droits. Il se font en conséquence plus revendicatifs, en témoignent les 36 grèves survenues dans la province du Guangdong en l'espace de quarante-huit jours. De fait, même si les plus bas salaires chinois correspondent encore à un vingtième du salaire américain moyen, ils ont malgré tout augmenté de 17 % par rapport à l'année dernière. Ces hausses de revenu seraient bénéfiques à la Chine, dont l'économie repose essentiellement sur l'investissement, et trop peu sur la consommation. Or l'on estime qu'une hausse de 20 % de la consommation chinoise augmenterait les exportations américaines de 25 %, source d'une création d'emplois évaluée à 200.000 postes aux Etats-Unis. Par ailleurs, la hausse des salaires chinois éloigne le spectre d'une déflation mondiale, menaçant en ces temps de crise. Quant aux investisseurs internationaux, ceux-ci pourraient trouver une main-d'oeuvre bon marché en Inde, qui, après la Chine, deviendrait l'« atelier du monde ».

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Qiu Ziming, journaliste chinois devenu héros de l'Internet

Le Monde - Samedi, 31 juillet 2010, p. 2

Les autorités chinoises sont revenues, jeudi 29 juillet, sur leur mandat d'arrêt à l'encontre du journaliste du magazine The Economic Observer, Qiu Ziming, 28 ans. Le jeune homme, en fuite depuis plusieurs jours, était accusé de diffamation, après avoir dénoncé les agissements illégaux d'un important producteur de batteries chinois. Il était alors devenu un héros en Chine, en particulier sur Internet, où plus de 86 % des 33 000 internautes interrogés dans le cadre d'un sondage avaient jugé " illégale " la chasse à l'homme lancée par la police.

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Le Chinois Zhang Dali recense l'art de la retouche

Le Monde - Culture, lundi, 2 août 2010, p. 17

Si l'on en croit les images publiées dans la presse chinoise du temps de Mao, le Grand Timonier avait des dents d'une blancheur étincelante, des cheveux de jais, un grain de peau irréprochable. Et les Chinois y croyaient dur comme fer. " La photographie, à l'époque, c'était la vérité ", explique l'artiste chinois Zhang Dali, qui expose aux Rencontres d'Arles d'étonnants travaux sur la manipulation des images en Chine. La commissaire d'exposition, Bérénice Angrémy, précise : " Avant les années 1960, il n'y avait pas de photo d'art en Chine. Et prendre des photos était interdit. Ce qui était publié dans la presse était donc accepté sans aucun recul. "

Zhang Dali, qui s'est fait connaître dans les années 1990 pour ses graffitis sur les murs de Beijing promis à la destruction, a mis cinq ans à faire aboutir son projet : mettre en lumière les montages d'images grossiers et systématiques effectués par le gouvernement chinois bien avant l'ère Photo-shop.

Grâce à des connaissances, il s'est fait discrètement ouvrir la porte des archives de journaux où il a trouvé, et copié, des documents pour le moins parlants, qui courent des années 1930 à 1990. " Au début, j'étais en colère, explique l'artiste. Je me demandais comment ils avaient pu manipuler la réalité comme ça. Ensuite je me suis attaché à montrer comment ils pensaient. Celui qui a le pouvoir peut changer l'histoire. "

Zhang Dali expose à Arles une centaine d'oeuvres où il place côte à côte la photo d'origine et ses divers avatars. Le tout agrémenté d'une touche personnelle : un tampon officiel orné de son nom, Zhang Dali, qu'il s'est fait fabriquer pour l'occasion.

Certains documents rappellent les travaux de l'historien David King sur l'URSS : les politiques sont effacés des images, et de l'histoire, au fur et à mesure de leur disgrâce. Ainsi, entre deux versions de la même photo montrant des officiels du régime, en 1964 puis 1977, un personnage a disparu : Liu Shaoqi, victime d'une purge lors de la révolution culturelle, n'apparaît plus aux côtés de Mao Zedong et Zhou Enlai. Un espace vide a pris sa place, rendant la photo bancale.

Là, l'exposition paraît vraiment lacunaire : Zhang Dali, qui se dit " artiste, pas historien ", n'a volontairement fourni aucune légende. Sauf que l'identité des personnes photographiées, évidente pour un Chinois, ne l'est pas pour les Français. Un peu de pédagogie ne nuirait pas à la force de l'ensemble.

Les images les plus surprenantes, cependant, ne montrent pas des retouches à visée politique mais plutôt esthétique. Les personnages perdent leurs rides, les murs lépreux sont ravalés, les vêtements sales deviennent propres. Dans la photo d'une assemblée prise dans les années 1960, tous les visages fermés ont été remplacés par des faces heureuses et souriantes.

Quant à Mao Zedong, pris en photo pendant l'épisode de la Longue Marche, il devient au fur et à mesure des années et des versions de moins en moins réaliste : colorisé, le visage lissé, isolé de tout contexte, il est hissé au rang de figure idéale, d'image sainte. Comme si le système ne visait plus à donner une vision officielle des choses, mais bien à construire une réalité parallèle et parfaite, celle de l'idéal communiste. A en croire Zhang Dali, tout le monde avait pris le pli. " Les gens qui retouchaient les images n'avaient pas besoin de directives, précise Zhang Dali. Ils embellissaient la réalité par habitude. "

La manipulation des images a-t-elle continué en Chine ? " Elle s'est encore accentuée depuis Tien-anmen ", juge l'artiste. L'arrivée de Photoshop a rendu les choses plus faciles et a surtout fait disparaître toutes les traces. Mais la donne a changé : " Depuis vingt ans, les Chinois ne sont plus aussi naïfs. "

Claire Guillot

" La seconde histoire ", Zhang Dali. -Rencontres de la photographie d'Arles, Espace Van-Gogh. Jusqu'au 19 septembre. De 10 heures à 19 heures. Forfaits festival de 21 ¤ à 35 ¤.

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LITTÉRATURE - Li Po, l'immortel banni sur la terre buvant seul sous la lune


Il aimait les tavernes, les refrains enjoués, les femmes et la lune ronde et pleine. Le poète chinois Li Po (VIIIe siècle) a, selon la légende, trouvé la mort en voulant saisir nuitamment le reflet de la lune dans une eau calme et fraîche. Dans un ouvrage inclassable, Cheng Wing-fun et Hervé Collet reviennent sur le destin et l'oeuvre de ce poète majeur de la dynastie Tang, à l'égal de son ami Tu Fu, faisant alterner anecdotes et poèmes, dont quelques-uns reproduits dans leur édition originale. Des poèmes simples, faits d'oies sauvages, jade, jonques, nuages flottants, « mouettes oisives », « châtaignes givrées », courtisanes de Wu, ivresses fraternelles, puisque « la vie en ce monde n'est guère en accord avec nos désirs »...

Li Po, l'immortel banni sur terre buvant seul sous la lune de Cheng Wing-fun et Hervé Collet, Albin Michel, 222 p., 15 eur.

De tous les grands poètes chinois, Li Po (ou Li Bai, 701-762) est sans conteste celui dont le génie est le plus extravagant. Son contemporain et ami Tu Fu, autre immense poète, disait de lui : "son poème achevé, dieux et diables pleurent". Son imaginaire taoïste débridé et frappant, associé à son amour immodéré pour le vin et à sa vie errante, font de lui une figure iconoclaste et universelle. Autour de ses poèmes, calligraphiés et traduits par leurs soins, Cheng Wing fun et Hervé Collet ont articulé une passionnante biographie de ce sage incongru. Ils parviennent à nous restituer simultanément l’atmosphère historique de la Chine des Tang et la magie discrète et enivrante de la nature éternelle. Cet ouvrage passionnant convie le lecteur à un voyage initiatique sur le Long Fleuve et dans les montagnes sacrées. Il y croisera des ermites taoïstes et des maîtres ch'an, des amis poètes, des courtisanes et le Fils du ciel en personne.

Ed. Albin Michel

LITTÉRATURE - La cithare nue par Shan Sa



Les quatre ans de silence romanesque n'ont pas changé la troublante Shan Sa (photo). Poétesse précoce à Pékin, exilée à 17 ans à Paris après les événements de Tiananmen, écrivain célébré (Goncourt des lycéens 2001), plébiscité (100 000 exemplaires vendus pour « La joueuse de go ») et controversé (elle fit l'objet d'une âpre bataille entre Grasset et Albin Michel), la belle offre aujourd'hui une nouvelle variation exotique sur la Chine éternelle. Après le go, place à un autre art éminent de la civilisation chinoise : la cithare. L'instrument fétiche de Confucius, conçu par le dieu Fu Xi pour reproduire le chant du phénix, sert de fil rouge à deux intrigues jumelées. D'un côté, une aristocrate issue de la caste des Hautes Portes, qui va bien malgré elle devenir impératrice. De l'autre, un modeste luthier, pilleur de tombes à ses heures. Deux cents ans séparent ces héros. Une broutille pour la plume onirique de Shan Sa. Mais, plus que cette histoire d'amour impossible, c'est la plongée dans la Chine des Ve et VIe siècles qui envoûte. En proie aux invasions de tribus nomades, l'empire du Milieu est alors un pays où les guerres intestines, les manoeuvres politiques et les dynasties se multiplient. Shan Sa semble prendre un malin plaisir à dépeindre le caractère dérisoire des luttes de pouvoir, en contraste avec la beauté intemporelle de la musique. Le jeu de cithare plus fort que les jeux d'ego ?

Elle est issue d’un illustre clan de la plaine du Milieu. Dans ses veines coule le sang des plus hautes castes. Otage d’un capitaine de guerre, elle le suit à travers un pays ravagé, de champs de bataille en cités détruites jusqu’aux portes de la Cité Interdite, du trône impérial.
Il est orphelin, pauvre, mais le seul luthier en ces temps d’invasions et de violence à pouvoir fabriquer la fabuleuse cithare aux sept cordes de soie inventée par le dieu Fu Xi. Sous ses doigts, le bois précieux du sarcophage de l’impératrice oubliée se transforme en musique, et l’amour renait, au-delà des siècles.
Shan Sa poursuit une œuvre singulière et puissante centrée sur la Chine où elle est née, qu’elle soit celle des grandes dynasties d’Impératrice ou plus contemporaine de La Joueuse de go, elle y évoque des héroïnes fortes et fragiles qui, face aux aléas de la réalité, vivent la mélancolie et la beauté du monde comme seule source d’harmonie.

Source : Albin Michel

La cithare nue