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mardi 20 septembre 2011

Le chinois Sany Heavy veut lever E2,4 mds à la Bourse de Hong Kong

Reuters économique - Lundi 19 septembre 2011 - 12:22:06 GMT

Le fabricant chinois de machines-outils Sany Heavy Industry veut lever 3,3 milliards de dollars (2,4 milliards d'euros) à la Bourse de Hong Kong.

Cette opération représenterait la seconde plus importante émission d'actions nouvelles de l'année sur cette place boursière, malgré les conditions difficiles du marché mondial.

La société, qui appartient à l'homme le plus riche de Chine, Liang Wengen, devrait fixer le prix de l'opération à entre 16,13 et 19,38 dollars de Hong Kong par action, soit une valorisation pouvant aller jusqu'à 25,97 milliards de dollars de Hong Kong (2,4 milliards d'euros).

Glencore , le géant suisse du négoce de matières premières, avait fait ses débuts boursiers officiels le 24 mai dernier à Londres et à Hong Kong, après avoir levé 10 milliards de dollars (7,3 milliards d'euros). (Elzio Barreto, Mehdi-Nicolas El Moueffak pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

© 2011 Reuters économique. Tous droits réservés.

lundi 12 septembre 2011

La Bourse de Hong Kong clôture en baisse de 4,21%

AFP Infos Economiques - Lundi 12 septembre 2011 - 10:08:18 GMT

La Bourse de Hong Kong a clôturé en forte baisse lundi de 4,21%, dans un marché inquiet de la crise des dettes souveraines dans la zone euro.

L'indice Hang Seng a cédé 836,09 points à 19.030,54 points, dans un volume d'échanges de 57,74 milliards de dollars de Hong Kong (5,45 milliards d'euros).

Ce niveau est le plus bas en 15 mois pour la place asiatique, et les analystes prévoient déjà que l'indice puisse bientôt descendre aux alentours de 18.800 points.

Les Bourses asiatiques ont toutes clôturé en nette baisse, avec par exemple un repli de 2,31% à Tokyo.

En Europe, les Bourses ont plongé dès l'ouverture, entraînées dans le rouge par les valeurs bancaires, alors que le G7 n'est pas parvenu à calmer les angoisses des marchés qui avaient déjà vécu une journée de panique vendredi.

Les investisseurs craignent que la Grèce ne soit pas en mesure de respecter ses engagements budgétaires, ce qui menacerait de faillite le pays et aggraverait la crise en Europe.

Le ministre allemand de l'Economie Philipp Rösler n'a d'ailleurs pas exclu une faillite ordonnée de la Grèce pour sauver l'euro.

Pendant le week-end, la Grèce a annoncé de nouvelles mesures pour réduire son déficit public d'environ 2 milliards d'euros supplémentaires, et tenté de rassurer ses bailleurs de fonds avant une semaine cruciale pour l'avenir du pays et la zone euro.

Ces incertitudes pèsent lourdement sur les valeurs bancaires, plombées par leur exposition à la dette souveraine mais également par des craintes sur leur solvabilité et leur financement.

A Hong Kong le poids lourd du secteur, HSBC, n'a pas non plus été épargné. Il a reculé de 5,5%, à 61,35 dollars de Hong Kong, soit son cours le plus bas depuis juillet 2009.

Les promoteurs ont également enregistré de fortes baisses, après la publication de faibles ventes immobilières en août en Chine. China Overseas Land a ainsi perdu 7,5% à 14,30 dollars de Hong Kong et China Resources Land 5,3% à 11,06 dollars de Hong Kong.

Cathay Pacific a également baissé de 5,2% à 14,46 dollars et l'exportateur Li & Fung a perdu 4,4% à 14,18 dollars de Hong Kong.

© 2011 AFP. Tous droits réservés.

mercredi 24 août 2011

China Construction Bank veut lever 8,6 milliards d'euros à Hong Kong

La Tribune (France), no. 4792 - Marchés émergents, mercredi 24 août 2011, p. 9

La China Construction Bank (CCB) veut émettre pour 80 milliards de yuans (8,64 milliards d'euros) d'obligations libellées en yuans à Hong Kong. La banque a reçu le feu vert de ses actionnaires pour cette opération visant à consolider ses fonds propres. Les coûts du crédit pour s'endetter en yuans à Hong Kong sont " nettement inférieurs " à la Chine continentale, a expliqué à l'AFP Liao Qiang, analyste chez Standard & Poor's. Le marché des titres libellés en yuans est florissant à Hong Kong, qui sert de laboratoire à l'utilisation croissante de la monnaie chinoise dans les échanges internationaux.

© 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

mardi 21 juin 2011

La Bourse de Hongkong attire toujours - Isabelle Chaperon

Le Figaro, no. 20802 - Le Figaro Économie, lundi 20 juin 2011, p. 26

Les sociétés occidentales veulent être cotées sur la place asiatique même si les introductions de Samsonite et de Prada ont été décevantes.

Un cours de Bourse de Samsonite en chute de 8 % lors de sa première cotation. Une levée de fonds de Prada inférieure de 500 millions de dollars aux attentes de la griffe italienne. Les investisseurs ont rappelé, la semaine dernière, aux firmes occidentales venues se coter à Hongkong que, même aux portes de la Chine, les valeurs ne montent pas jusqu'au ciel. Pour autant, compte tenu de la nervosité actuelle des marchés mondiaux, cela reste une performance. « Depuis deux ans, la moitié des introductions en Bourse dans le monde ont été retirées ou ont vu leur fourchette de prix baisser », relativise Jean Beunardeau, directeur général délégué d'HSBC en France. Et de poursuivre : « Pour Hongkong, ce n'est en aucun cas la fin d'une mode. Les marchés asiatiques ont toujours été volatils, alternant les périodes d'optimisme et de correction. Mais il y a toujours les capitaux nécessaires pour repartir de l'avant car l'Asie connaît une croissance durable, solide, fondée sur des excédents. »

Depuis quelques mois, s'opère une sorte de ruée vers l'Est boursier des fleurons européens : le symbole le plus flagrant est Prada venu se coter à Hongkong plutôt qu'à Milan. Pas une semaine sans qu'une nouvelle rumeur - pas toujours confirmée - ne prête à tel ou tel grand nom un projet de « listing » sur la place chinoise. Un jour, l'enseigne de luxe britannique Burberry, le lendemain, le constructeur de motos italien Ducati. Et même le club de foot anglais Manchester United. BNP Paribas étudie, de son côté, une cotation secondaire à Hongkong. Tout cela s'ajoute au flux continu d'entreprises chinoises qui entrent sur le marché du Sud, comme la banque Everbright.

« Notre équipe de communication financière à Hongkong a travaillé sur 5 IPO la semaine dernière et en prépare 2 pour les deux semaines à venir », calcule Charles Fleming, partner chez Euro RSCG et directeur international de l'agence Porda Havas à Hongkong.

L'espoir d'une prime

Ce n'est pas un hasard si nombre de firmes pressenties sont des marques grand public (à côté des groupes de ressources naturelles comme le russe Rusal). Leur intérêt est de toucher ces centaines de millions de consommateurs potentiels, amateurs de grandes marques, tout en finançant leur développement dans la zone dans de bonnes conditions. Car à Hongkong, dans le cas d'une première cotation, les investisseurs sont prêts à payer une prime pour entrer à bord d'une belle affaire. Le spécialiste des cosmétiques et parfums L'Occitane, première entreprise française à entrer à la Bourse de Hongkong en mai 2010, avait reçu une demande 160 fois supérieure à l'offre ! « L'Occitane s'est introduite sur la base d'un multiple de 22,5 fois les bénéfices. Cela représentait une prime de 2 points par rapport aux grands comparables du secteur quand, normalement, une mise sur le marché subit une décote. Pour les actionnaires, cela représente un fort différentiel de valeur », souligne Jean Beunardeau, chez HSBC.

Vendredi, Prada a dû revoir ses ambitions à la baisse, avec une levée de fonds de 2,1 milliards de dollars contre les 2,6 milliards espérés. Mais la maison familiale italienne reste valorisée avec un multiple de résultat supérieur de 3 points à la moyenne de ses rivaux LVMH, Richemont et Hermès.

À noter cette particularité de la Bourse de Hongkong : les investisseurs n'y jurent que par le bénéfice et n'ont que faire des ratios de cash-flows et autres Ebitda chers aux Anglo-Saxons.

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lundi 13 juin 2011

Mise en garde contre l'appétit pour les groupes chinois

Le Monde - Economie, lundi 13 juin 2011, p. 15

Martin Wheatley, qui dirigeait jusqu'au 8 juin la Commission des titres et des options (SFC) d'Hongkong, a comparé l'engouement des investisseurs pour les sociétés chinoises à la bulle Internet de la fin des années 1990. " Tout le monde veut un morceau de la Chine ", c'est " la nouvelle folie Internet ", déclare-t-il, jeudi 9 juin, au Wall Street Journal.

" Il y a donc eu une ruée vers les sociétés chinoises " sans que les investisseurs se posent les questions habituelles sur les fondamentaux de ces groupes.

Les banques et les maisons de courtage s'occupant des introductions à Hongkong doivent s'améliorer pour tenir à distance les entreprises dont le profil financier ne répond pas aux exigences d'une cotation en Bourse, ajoute M. Wheatley.

L'ancien régulateur a travaillé dix-huit ans au London Stock Exchange (LSE) avant de prendre ses fonctions sur la place asiatique en 2005. - (AFP.)

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

vendredi 3 juin 2011

Hong Kong : nouvelle place forte de l'Art - Judith Benhamou-Huet

Les Echos, no. 20946 - Les Échos patrimoine, vendredi 3 juin 2011, p. 37

Plusieurs fois par an, des records de prix sont annoncés à Hong Kong dans l'art contemporain.

La chose est désormais habituelle : plusieurs fois par an sont annoncés des records de prix dans le marché de l'art asiatique. Le 22 mai dernier, la maison de vente chinoise Guardian a vendu pour l'équivalent de 40 millions d'euros une encre de Qi Baishi (1864-1957), un peintre moderne calligraphe représentant « Un aigle posé sur un pin ». Dimanche dernier lors des enchères consacrées à l'art contemporain asiatique de Christie's Hong Kong, pas moins de 12 records de prix pour des artistes chinois ont été enregistrés. « Désormais le marché des ventes aux enchères en Asie représente 23 % de la part mondiale dépassant ainsi New York et Londres, contre 14 % en 2009 », dit François Curiel, le patron de Christie's à Hong Kong.

Il faut compter avec l'Asie et... les artistes asiatiques. Dans cette course aux transactions, la Chine représente un eldorado pour les opérateurs et Hong Kong sa place avancée. L'ancienne colonie britannique bénéficie de réglementations plus libérales que celle de Chine continentale et, entre autres, la ville est un port franc. Elle subit une censure très modérée par rapport à Pékin et à Shanghai, et attire des visiteurs de tout le Sud-Est asiatique.

C'est aussi à Hong Kong que s'est tenue pour la onzième fois une foire d'art contemporain, du 26 au 29 mai. La manifestation organisée par des Britanniques a été rachetée il y a quelques jours à peine par les organisateurs de la foire la plus respectée au monde, la foire de Bâle (« Les Echos » du 15 avril) : 260 participants cette année contre 100 à peine en 2008. Avec des galeries leaders comme la « multinationale » Gagosian mais encore White Cube de Londres, la galerie de Damien Hirst-Perrotin de Paris - représentant de Murakami -ou Pace de New York, elle attire des poids lourds de l'art occidental.

Peu de collectionneurs en Chine

Mais, voilà, tous les galeristes chinois, comme Xin Dong Cheng de Pékin ou Katie de Tilly à Hong Kong, sont catégoriques : il existe très peu de collectionneurs en Chine. « Le marché n'est pas encore mature ici, remarque Xin Dong Cheng. Les records sont enregistrés pour des oeuvres "classiques". Rares sont les collectionneurs à acheter par goût et implication personnelle. » Les motivations principales des acheteurs d'art actuel en Chine tiennent au prestige social qu'apporte l'art contemporain mais encore à une démarche spéculative ou simplement d'investissement, alors que le gouvernement chinois tente de freiner la spéculation immobilière. Un professionnel raconte, par exemple, qu'un homme d'affaires d'origine chinoise qui a fait fortune dans le commerce du poulet lui a confié avoir acquis pour l'équivalent de 8 millions de dollars d'oeuvres d'art occidentales depuis le début de l'année. Jusqu'alors, il achetait plutôt de jeunes artistes chinois. Mais cela constitue une exception. Les Chinois qui achètent de l'art se tournent en priorité vers l'art chinois. L'une des grandes stars actuelles est le peintre Zeng Fanzhi (né en 1964), qui a représenté très tôt la société chinoise comme une comédie, affublant, entre autres, ses personnages de masques. En 2008 à Hong Kong, une de ses peintures du genre, datée de 1996, a été adjugée pour le prix record de 5,4 millions d'euros, soit 8,5 millions de dollars. A la foire de Hong Kong, la galerie Acquavella de New York proposait une de ses peintures datée de 2005 pour 5 millions de dollars. A l'heure actuelle, l'artiste est aussi au centre d'un vif désir de la part des opérateurs du marché de l'art occidental.

Promesses de nouveaux riches

La galerie Gagosian, qui possède depuis quelques mois une succursale à Hong Kong, pourrait signer un contrat d'exclusivité - hors Chine continentale -avec l'artiste. Le collectionneur, homme d'affaires et propriétaire de la maison de vente Christie's, François Pinault, ne cache pas son admiration pour le peintre qu'il qualifie de « Pollock du XXIe siècle ». C'est d'ailleurs sous l'égide de sa fondation qu'était organisée à Hong Kong dans le même lieu que la foire et que les ventes aux enchères d'art contemporain de Christie's, le Centre des conventions, une exposition consacrée aux nouvelles peintures de l'artiste, qui n'étaient pas à vendre. Parmi les visiteurs de la foire il y avait un contingent de nouvelles fortunes minières du Shan Xi, étrangers à toute culture artistique. L'une d'elles a même débarqué en proclamant : « Quelle est la plus importante oeuvre de la foire ? Je voudrais l'acheter. »

Reste à savoir si les nouveaux riches chinois tiennent leurs promesses... Car, globalement, les participants à la foire avaient très peu vendu durant cette édition 2011.

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mardi 31 mai 2011

Samsonite sera coté à Hongkong - Anne de Guigné

Le Figaro, no. 20785 - Le Figaro Économie, mardi 31 mai 2011, p. 22

La société américaine réalise un tiers de ses ventes en Asie.

Après la société de produits de soins L'Occitane et les maisons de luxe Prada et Burberry, le fabricant de bagages américain Samsonite réfléchit à son tour à une introduction à la Bourse de Hongkong. Le groupe ne communique pas encore officiellement sur ses projets, mais il est déjà bien avancé dans le processus. Il pourrait lever jusqu'à 1,5 milliard de dollars dans l'opération, programmée pour le 16 juin. Le prix définitif de l'action Samsonite sera fixé une semaine plus tôt, le 9 juin.

À l'origine de ce projet se trouve l'actuel propriétaire de la marque, le fonds d'investissement londonien CVC Capital Partners, conseillé par les banques Goldman Sachs, HSBC, Morgan Stanley et RBS. CVC avait racheté le fabricant de bagages pour environ 1,7 milliard de dollars, en octobre 2007.

L'investisseur cherche à ancrer à l'est cette société américaine, fondée à Denver, Colorado, en 1910 et aujourd'hui basée dans le Massachusetts. Samsonite tire en effet déjà près du tiers de ses revenus du continent asiatique : parmi ses cinq principaux marchés figurent la Chine, l'Inde et la Corée, aux côtés des États-Unis et de l'Allemagne. La tendance devrait s'accélérer.

La Chine, principal relais de croissance du groupe

La compagnie considère la Chine comme son principal relais de croissance. Elle a prévu d'ouvrir des magasins dans 140 nouvelles villes. En cinq ans, elle espère faire ainsi passer sa part de marché dans le pays de 12,5 % à 35 %, expliquait Ramesh Tainwala, le président de Samsonite pour la région Asie-Pacifique, en mai. En 2010, les ventes de bagages et accessoires de voyage Samsonite en Chine auraient progressé de 50 %, a déclaré le responsable. Selon le cabinet PriceWaterhouse Coopers, la Chine sera dès 2015 le premier marché mondial du luxe.

Maisons de luxe et fabricants de biens de consommation se tournent vers les Bourses asiatiques - et en priorité celle de Hongkong, la plus liquide - pour se rapprocher de nouveaux investisseurs, mais surtout afin de mettre en valeur leurs marques auprès de puissants clients. L'américain Coach (fabricant de sacs, chaussures, lunettes et autres accessoires de mode) a ainsi annoncé au début du mois son projet de cotation à Hongkong en expliquant qu'il souhaitait par ce biais « mieux faire connaître la marque chez les investisseurs et les consommateurs sur le marché chinois, ainsi que dans toute l'Asie ».

La marque de luxe italienne Prada devrait faire pour ces mêmes motivations ses premiers pas à Hongkong le 24 juin. Elle espère lever jusqu'à 2 milliards de dollars. Il y a un peu plus d'un an, le fabricant de cosmétiques français L'Occitane faisait figure de précurseur en levant 532 millions d'euros sur la place. Son cours de Bourse a depuis bondi de près de 40 %.

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mercredi 11 mai 2011

Taïwan face à la fuite des cerveaux vers la Chine, Hongkong et Singapour

Le Figaro, no. 20767 - Le Figaro Économie, mardi 10 mai 2011, p. 24

Le président de la République lui-même, Ma Ying-jeou, en a fait une question de « sécurité nationale ». Taïwan laisse échapper ses cerveaux vers les pays voisins. Le mois dernier, lors d'une foire de l'électronique organisée à Taïpeh, trois grandes firmes de Singapour spécialisées dans les semi-conducteurs ont tenté de débaucher au nez et à la barbe de ses organisateurs plus de 200 spécialistes taïwanais.

La petite île que la Chine continue de considérer comme une province, alors qu'elle est parfaitement indépendante, est confrontée à une véritable hémorragie. Ses ingénieurs, ses scientifiques, ses chercheurs se laissent tenter de plus en plus facilement par Singapour, Hongkong et même la Chine continentale.

Le Conseil du plan et du développement économique a mené une enquête sur la fuite de ces cerveaux, mais elle garde ses chiffres secrets. Cependant, aujourd'hui, un ingénieur qui gagne 85 000 dollars de Taïwan (NTD), soit environ 2 215 euros par mois, peut espérer toucher sans problème 200 ou 300 euros de plus à Singapour ou à Pékin. Les médecins, le personnel médical et certains universitaires de haut niveau se voient aussi proposer des salaires qui triplent parfois par rapport à ce qu'ils touchent actuellement.

« Un tel écart n'est pas fréquent », juge Chang Chun-fu, directeur général adjoint du Bureau du commerce extérieur et des affaires économiques, « mais c'est un vrai problème qui va nous obliger à recruter à l'étranger ».

Augmenter les salaires

Le gouvernement a promis d'augmenter de 3 % les salaires des fonctionnaires le 1er juillet prochain. Une mesure qui touchera 1,25 million de salariés, et va coûter à l'État quelque 11 milliards de dollars taïwanais (275 millions d'euros). Elle sera financée par les bénéfices des entreprises publiques. Mais c'est une goutte d'eau dans la mer. Même le tout-puissant Institut de recherche sur les technologies industrielles (Itri) reconnaît qu'il n'est pas à l'abri des fuites dans la mesure où la Chine a créé en quelques années 38 instituts parfaitement capables de le concurrencer. Il réclame en vain un déplafonnement des salaires de tous les établissements publics du même type, fixés à 4 624 euros pour leurs dirigeants et à 4 025 euros pour les chercheurs.

Le gouvernement hésite. « Nous ne pouvons pas le faire pour tout le monde, mais on peut imaginer des dérogations », suggère Cheryl Tseng, directrice générale au Conseil du plan et du développement économique. Elle estime surtout que le marché taïwanais n'est pas assez ouvert aux étrangers. Ainsi, un Malaisien qui fera toutes ses études à Taïwan ne pourra être embauché que s'il décroche un salaire minimum de 47 900 NTD (1 200 euros), somme que de nombreuses entreprises ne voudront pas payer. Or, dans le même temps, le Southern Taï-Wan Science Park, l'un des grands parcs scientifiques du pays, offre 7 000 postes vacants. Du coup, le Conseil du travail vient d'annoncer qu'il pourrait assouplir cette loi pour en exempter notamment les Chinois d'outre-mer.

Et Cheryl Tseng d'ajouter : « Ce n'est pas légal d'empêcher les gens de partir, tout ce que l'on peut faire, c'est attirer les étrangers autrement que par l'argent. » C'est aussi ce que pense Chang Chun-fu lorsqu'il souligne que les Chinois, par exemple, peuvent être séduits par une « certaine qualité de vie, une vraie liberté » que peut leur offrir Taïwan.

Mais il a également une autre idée, celle d'embaucher des retraités aux États-Unis et au Japon. « Le salaire est moins important pour eux que l'environnement qu'ils peuvent trouver. Or ils ont, notamment dans les domaines de la santé, une expertise qui peut nous être très utile. » L'expérience a été tentée dans une université du sud de l'île avec des enseignants nippons âgés de plus de soixante ans. Il semble qu'elle donne des résultats tout à fait satisfaisants.

Arnaud Rodier

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mercredi 4 mai 2011

Echec pour la première introduction en Bourse en yuan à Hong Kong

Les Echos, no. 20923 - Marchés, lundi 2 mai 2011, p. 33

L'action du groupe immobilier Hui Xian a dévissé pour son premier jour de cotation à la Bourse de Hong Kong. Le fait qu'elle soit libellée dans la devise chinoise n'a manifestement pas séduit les investisseurs.

L'internationalisation du yuan ne sera pas forcément un long fleuve tranquille. Pour la première fois depuis que Pékin élargit progressivement les possibilités d'utilisation de sa monnaie à l'extérieur de ses frontières, une étape ne s'est pas déroulée comme prévu, vendredi. La première introduction en Bourse à Hong Kong libellée dans la devise chinoise n'a pas connu la réussite espérée. Pour leur premier jour de cotation, les actions de Hui Xian, la branche immobilière de Cheung Kong (un holding détenu par le milliardaire Li Ka-shing), ont dévissé. Elles ont perdu 9,35 % en clôture. Et ce, alors même que le cours de lancement de l'action avait été fixé dans le bas de fourchette, afin de limiter les risques d'une déconvenue.

Malchance

Il y a une bonne dose de malchance dans cette dégringolade imprévue. Comme le note Dariusz Kowalczyk, économiste chez Crédit Agricole CIB, « dans son ensemble, le marché n'était pas très porteur vendredi à Hong Kong et, de plus, le secteur immobilier pâtit actuellement de l'incertitude liée aux mesures prises par Pékin pour freiner sa croissance ». L'action Hui Xian représentait donc, résume-t-il, « le mauvais secteur au mauvais moment ».

Il n'en reste pas moins que le jour de la souscription, la demande pour les actions Hui Xian avait déjà été particulièrement faible. Li Ka-shing, en 2005, avait fait face, lors de la précédente introduction en Bourse de l'un de ses trusts immobiliers, à une demande de 300 fois supérieure au nombre d'actions mises en vente. Cette fois, d'après un communiqué de la Bourse de Hong Kong, la demande n'a été que de 2,2 fois le nombre d'actions disponibles. Un signe que les actions en yuans, plutôt que de séduire des investisseurs alléchés par le potentiel de hausse de la devise chinoise, les ont plutôt refroidis, compte tenu des incertitudes qui entourent l'avenir de cette monnaie, son accessibilité et sa convertibilité.

GABRIEL GRESILLON

PHOTO - Hui Xian Real Estate Investment Trust Chairman and Non-Executive Director Kam Hing-lam, center, toasts with Hong Kong Stock Exchange Chairman Ronald Arculli, left, and Teresa Ko, chairman of the listing committee of the Hong Kong Stock Exchange during the first day of trading at the Hong Kong Stock Exchange in Hong Kong Friday, April 29, 2011. The first yuan-denominated securities to trade outside of mainland China made their debut in Hong Kong Friday in a landmark initial public offering as Beijing seeks to broaden the use of its currency.



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lundi 21 mars 2011

Avec K 11, Adrian Cheng veut marier shopping et art

Les Echos, no. 20894 - Compétences, lundi, 21 mars 2011, p. 15

Son grand-père avait fui le régime de Mao et créé Chow Tai Fook, devenu la première enseigne d'horlogerie-bijouterie en Chine avec plus de 1.000 magasins. Son père a élargi ses activités à l'immobilier, aux casinos, à l'hôtellerie de luxe à Londres et à Los Angeles. Comme d'autres héritiers de la troisième génération, Adrian Cheng aurait pu se contenter de dilapider une fortune estimée à plus de 5 milliards d'euros. Le diplômé de Harvard, passé chez Goldman Sachs et Credit Suisse, a préféré rejoindre la galaxie familiale. Après s'être fait les dents sur le repositionnement des grands magasins New World China, il invente K 11, nouveau concept de « shopping mall » faisant cohabiter galeries d'art, scènes de spectacle et boutiques.

Des artistes en résidence

On connaissait le mariage des genres, largement pratiqué par les marques de luxe qui sponsorisent les artistes et en tirent toutes sortes de bénéfices en termes d'image et de communication. K 11 (une référence « à la coexistence de la matière et du néant », dixit le groupe) est plus ambitieux. Se revendiquant lui-même artiste, le jeune homme (trente et un ans) fait le pari que les jeunes urbains chinois vont très vite passer du stade du luxe ostentatoire et « dur », à base de voitures de luxe et de grosses montres, à celui plus sophistiqué du luxe d'expérience privilégiant voyages, gastronomie ainsi que la contemplation d'oeuvres d'art ou la pratique de disciplines artistiques.

K 11 aura ainsi en résidence plusieurs artistes dont Adrian Cheng se chargera de vendre les oeuvres dans le cadre d'une fondation destinée à promouvoir les jeunes talents. Pour faire bonne mesure, il ajoute une touche d'écologie, puisque les « shopping malls » K 11 sont construits selon des normes et avec des matériaux plus respectueux de l'environnement. Ils se proposent aussi de faire renouer les habitants des mégalopoles chinoises avec la nature, par exemple en pratiquant le jardinage dans des microlopins installés en terrasses ou sur les toits des galeries marchandes.

« Notre démarche forme un tout », expliquait-il lors de son récent passage à Paris pendant la Fashion Week. Occasion pour lui de faire défiler de jeunes créateurs compatriotes et de repérer des marques françaises premium ou de luxe prêtes à tenter l'aventure du marché chinois en s'appuyant sur Luxba (Luxury by Adrian), sa propre société de distribution.

Le premier centre commercial K 11 a ouvert en 2009 à Honk Kong. Il compte 4 galeries d'art et une centaine de boutiques avec, disséminées dans les allées, une vingtaine de vitrines exposant des oeuvres ainsi que des scènes pour performances et spectacles vivants. L'idée pour les visiteurs, qu'ils soient touristes ou résidents, est d'alterner shopping et pauses « arty », sachant que les oeuvres sont elles aussi en vente. Après Hong Kong et Wuhan (dans le centre de la Chine), Shanghai aura son K 11 en 2012, encore plus vaste et plus luxueux. Au total, une dizaine d'ouvertures sont prévues dans les grandes villes de la façade orientale du pays, dont Pékin.

VALÉRIE LEBOUCQ

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vendredi 18 février 2011

ART - La déferlante Hongkong - Roxana Azimi

Le Monde - Argent, samedi, 19 février 2011, p. ARG8

Le curseur du marché s'est irrémédiablement déplacé vers l'est. Hongkong est déjà le troisième centre mondial de ventes publiques après New York et Londres, et devant Paris. " En 2009, le marché des ventes aux enchères s'est transformé, offrant à l'Asie une croissance de 5 %, alors que l'Amérique a perdu 42 % et l'Europe 38 % ", rappelle François Curiel, responsable de la branche Asie de Christie's.

En 2010, environ 25 % de la clientèle globale de Sotheby's était asiatique. Celle-ci n'est plus focalisée sur son patrimoine ancestral, même si l'art classique se taille encore la part du lion. C'est un Chinois qui a acheté une nature morte de Giorgio Morandi pour 1,4 million de livres sterling (1,6 million d'euros), le 9 février, chez Christie's à Londres. Un de ses compatriotes a emporté, en 2010, un diamant en forme de coeur de 28 carats pour 3,7 millions de dollars (2,7 millions d'euros), toujours chez Christie's mais à New York. Sans surprise, les maisons de ventes recrutent massivement des employés sinophones.

Cette montée en puissance des acheteurs asiatiques explique la rapide notoriété acquise par la foire Art HK, dont la quatrième édition se tiendra à Hongkong du 26 au 29 mai. Le salon a rallié les plus grosses pointures internationales, comme Larry Gagosian - qui a inauguré, en janvier, une galerie dans l'ex-colonie britannique - mais aussi David Zwirner et la Galerie Lelong. " Le marché de l'art a toujours suivi la prospérité économique, et Londres ou New York sont bien moins effervescents qu'ils ne l'étaient. Les galeries ont besoin de tenter autre chose ", explique Magnus Renfrew, directeur d'Art HK. La foire a attiré plus de 19 000 visiteurs en 2008 et 46 000 en 2010.

Avantages fiscaux

Cette progression ne doit pas masquer celle, autrement plus spectaculaire, de la Chine continentale. En 2010, la maison de ventes Poly, leader en la matière, a engrangé 1,3 milliard de dollars à Pékin. Mais Hongkong présente deux avantages de poids; son port franc et sa fiscalité amène, alors que la Chine applique une taxe à l'importation de 34 % sur les objets d'art.

Si le Tigre asiatique rugit fortement, d'autres foyers ne sont pas en reste. Sotheby's a ainsi enregistré 32 % de nouveaux acheteurs dans sa vente de calligraphies organisée à Doha, en décembre 2010. " Le marché au Moyen-Orient est celui qui grandit le plus au niveau de Christie's monde. Dans la dernière vente, en octobre, nous avons eu 40 % de nouveaux clients. Le potentiel est énorme ", constate Isabelle de la Bruyère, spécialiste de Christie's à Dubaï. Car, même si l'émirat a été frappé par la crise immobilière, il n'a pas dit son dernier mot. " Dubaï se concentre plus sur le commerce que sur l'immobilier. De toutes les galeries, une seule a fermé ", rappelle Antonia Carver, directrice de la foire Art Dubaï, organisée du 16 au 19 mars. Outre Chantal Crousel, de nouvelles galeries occidentales viendront s'y aventurer, notamment In Situ et Marianne Boesky.

Le gâteau n'est pas encore aussi grand en Inde, bien qu'on joue à l'échelle d'un continent. Depuis la crise, la cote des artistes indiens a chuté. " Les prix ont baissé de 25 %, voire 50 %. On a constaté un rebond du côté des artistes modernes en 2010, mais le contemporain reste lent ", regrette la galeriste de Bombay Shireen Gandhy. Si les tarifs de Subodh Gupta restent stables, ses peintures, elles, n'atteignent pas les niveaux de prix observés aux enchères en 2007.

Malgré tout, quelques collectionneurs sortent du bois, en créant des musées privés, à l'instar de Lekha et Anupam Poddar, et aussi Kiran Nadar. Celle-ci avait surpris son monde en achetant, chez Sotheby's, en juin 2010, un éléphant de Bharti Kher pour 993 250 livres sterling. Les grandes fortunes nationales, comme les Ambani et les Mittal, se mettent au parfum. " Avec chaque vente, ces trois dernières années, nous avons trouvé de nouveaux collectionneurs. Les gens veulent diversifier leurs biens ", indique Yamini Mehta, spécialiste de Christie's.

Un appétit pour l'art palpable lors de l'India Art Summit, en janvier, qui a rassemblé près de 130 000 visiteurs pour le prix d'un ticket de cinéma. " Le marché est neuf, mais nous avons un bagage historique important, remarque Neha Kirpal, directrice de la foire. Les Indiens ont de l'argent. L'art n'a pas reçu autant d'attention, car l'accès en était réduit. Nous évoluons comme un éléphant : lentement, mais sûrement. "

Roxana Azimi

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lundi 31 janvier 2011

Hongkong ferme ses portes aux dissidents chinois

Le Monde - Contre-enquête France, mardi, 1 février 2011, p. 12

Les funérailles de Szeto Wah, chef populaire et respecté du mouvement démocratique d'Hongkong, ont eu lieu samedi 29 janvier à Hongkong, en l'absence de deux dissidents chinois du mouvement de juin 1989. Wang Dan et Wuer Kaixi n'ont pas obtenu de visa, malgré les assurances données au gouvernement hongkongais, et sont restés à Taïwan. Le numéro un hongkongais, Donald Tsang, s'est rendu aux funérailles. Il s'est fait insulter à la sortie de l'église. Crée en 1989 par Szeto Wah lors des manifestations étudiantes à Pékin, le mouvement L'Alliance a aidé des dissidents à sortir de Chine. Chaque année, dans la nuit du 4 juin, il organise une veillée aux bougies pour commémorer le massacre de la place Tiananmen. Hongkong est la seule ville de Chine où l'événement est toléré, même si les organisateurs ont été incités plusieurs fois à renoncer à cette tradition.

Florence de Changy

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samedi 29 janvier 2011

Après dix ans d'hésitations, Prada va enfin s'introduire en Bourse à Hongkong

Le Monde - Economie, samedi, 29 janvier 2011, p. 15

La maison de luxe italienne est toujours détenue par les descendants du fondateur

La cinquième tentative devrait être la bonne. Le groupe de luxe italien Prada, qui avait initialement envisagé une entrée en Bourse le 28 septembre 2001, n'avait depuis cessé de retarder ce projet, en attendant de meilleures conditions de marché. Les attentats du World Trade Center, les épidémies et la crise financière sont la cause des reports. Mais le conseil d'administration du groupe a enfin donné son feu vert, jeudi 27 janvier, à l'opération.

Après une valse-hésitation entre Milan, Londres, New York et Hongkong, c'est l'ancienne colonie britannique qui a été choisie comme place de cotation pour ce groupe familial qui compte, outre Prada, les marques Miu Miu, les chaussures Church's et Car Shoe.

Avec ce choix, la maison montre qu'elle mise sur une forte expansion en Asie et pense y trouver plus facilement des capitaux qu'en Europe ou aux Etats-Unis. Ce qui lui permettrait notamment de se délester d'une dette importante, estimée à un peu plus de 1 milliard d'euros, conséquence d'une série d'acquisitions hasardeuses dans les années 1990.

L'eldorado asiatique n'est pas un vain mot pour ce groupe, qui y réalise aujourd'hui 40 % de ses ventes - dont 19 % en Chine. Rien qu'au premier semestre de son exercice 2010-2011, le chiffre d'affaires de Prada a explosé de 47 % en Asie. Toujours grâce à ce marché, le bénéfice net a triplé sur les neuf premiers mois de l'exercice, à 156 millions d'euros. La plupart des analystes s'accordent à penser que la Chine deviendra, dans le meilleur des cas d'ici à cinq ans, le principal marché du luxe.

La griffe a d'ailleurs présenté, samedi 22 janvier à Pékin, pour la première fois hors d'Italie, sa collection printemps-été 2011. Un défilé ultrachic au Musée de l'académie des beaux-arts, doublé d'un événement mondain en diable, auquel participaient les actrices Gong Li et Maggie Cheung. Le groupe compte aussi ouvrir un studio de design à Hongkong cette année.

La saga de Prada est restée jusqu'à présent strictement familiale : le capital de ce groupe fondé en 1913 par Mario Prada est toujours à 94,89 % entre les mains de la famille et de Patrizio Bertelli, directeur général du groupe et mari de Miuccia Prada. La styliste n'est autre que la petite-fille du créateur, qui avait ouvert sa première boutique dans la galerie milanaise Vittorio-Emanuele, à deux pas du Dôme. Ce temple fort onéreux du bon goût est toujours en activité. La maroquinerie s'est étoffée peu à peu avec les vêtements, les chaussures, les lunettes, le parfum...

Seize boutiques en Chine

Seule une banque, l'italienne Intesa Sanpaolo, détient actuellement 5,11 % du groupe. Elle a d'ailleurs été choisie, comme le Crédit agricole, Uni Crédit et Goldman Sachs, pour cornaquer cette mise en Bourse. Prada a sans doute analysé celle, réussie, du groupe de cosmétique L'Occitane en mai 2010, le premier français coté à Hongkong. L'année dernière, cette place a été la plus prisée pour les introductions en Bourse, avec 31,8 milliards de dollars américains (23,2 milliards d'euros) levés par des sociétés européennes et nord-américaines.

Sans donner de précision sur le montant du capital qui sera coté - un seuil de 30 % est évoqué par des analystes - ni sur le calendrier - avant l'été ? -, la direction de Prada veut poursuivre son expansion. Plus de 85 nouvelles boutiques, dont seize en Chine, doivent être inaugurées cette année, s'ajoutant aux 325 magasins détenus en propre dans 65 pays.

Après avoir subi de plein fouet la crise en 2009, Prada s'est relevé et devrait annoncer prochainement un chiffre d'affaires annuel supérieur à 2 milliards d'euros. Il vise les 3 milliards en 2014 grâce aux pays émergents. Selon des analystes interrogés par Reuters, Prada pourrait être valorisé entre dix et quinze fois son bénéfice avant impôts, ce qui, en s'appuyant sur les résultats semestriels de 2010, donnerait une fourchette comprise entre 4,5 et 6,7 milliards d'euros.

Nicole Vulser

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mercredi 12 janvier 2011

La Banque mondiale émet à Hongkong ses premières obligations libellées en yuans

Le Monde - Economie, vendredi, 7 janvier 2011, p. 13

L'institution appuie l'internationalisation progressive de la monnaie chinoise

La Banque mondiale a émis pour la première fois des obligations libellées en yuans renminbi, mardi 4 janvier, sur la place de Hongkong. Conduite par sa filiale la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), cette opération portait sur 500 millions de yuans (57 millions d'euros, ou 76 millions de dollars) au taux de 0,95 %, d'une durée de deux ans.

La Banque lève régulièrement des fonds sur les marchés internationaux - au meilleur taux, grâce à sa bonne notation AAA - afin de pouvoir prêter aux institutions et aux entreprises des pays en développement à des taux très avantageux. Jusqu'à présent, elle émettait ses obligations dans les principales monnaies mondiales (dollar, euro, livre, yen). En se tournant pour la première fois vers le yuan renminbi, elle poursuit plusieurs buts.

Le premier est de calquer ses monnaies d'emprunt sur la physionomie de son capital. Lorsque la réforme de celui-ci sera parachevée, dans quelques mois, la Chine deviendra le troisième actionnaire de la Banque, derrière les Etats-Unis et le Japon, mais devant les pays européens. Ensuite, l'émission d'obligations en yuans est une façon d'impliquer Pékin encore un peu plus dans l'aide au développement. La Chine contribue déjà au financement des pays les plus pauvres dans le cadre de l'Association internationale pour le développement (AID).

Enfin et surtout, l'institution multilatérale cherche à appliquer les propositions de réforme du système monétaire international exprimées dans les colonnes du Financial Times par son président, Robert Zoellick, le 8 novembre 2010. Afin d'éviter une « guerre des monnaies », il y plaidait pour un rôle accru de l'or, mais aussi pour l'instauration « d'un système international en mesure d'impliquer à la fois le dollar, l'euro, le yen, la livre sterling et le renminbi ». Une façon d'appuyer la politique chinoise, qui prépare pas à pas l'internationalisation de sa devise.

Aujourd'hui, le yuan n'est pas convertible : la Chine pilote son taux de change et en limite l'usage hors de ses frontières. Pourtant, avec Hongkong comme marché pilote, le géant des exportations commence à libéraliser les conditions d'échange de sa monnaie.

Déjà, en 2010, la Banque asiatique de développement et deux multinationales américaines, le fabricant d'engins de chantier Caterpillar et le géant de la restauration rapide McDonald's, ont lancé leurs premiers emprunts en yuans. En outre, la Chine a annoncé au mois d'août qu'elle autorisait les banques étrangères à souscrire à sa dette publique.

« Remplacer le dollar »

Avec la Banque mondiale, c'est la première fois qu'une grande institution internationale fait irruption sur le marché des « dim sum bonds », comme l'ont surnommé les investisseurs, en référence aux raviolis vapeur chinois. « Le montant en jeu n'est pas très important mais le geste est symbolique : c'est un signe de reconnaissance vis-à-vis du yuan comme future grande monnaie », analyse Bei Xu, économiste chez Natixis.

Le renminbi peut-il devenir un concurrent sérieux du dollar au sein du système monétaire ? Il lui faudra d'abord devenir pleinement convertible, au risque de s'apprécier fortement. Soucieux de préserver ses exportations, Pékin ne devrait pas trop se hâter. Mais les investisseurs sont, eux, de plus en plus nombreux à miser sur la monnaie chinoise. « La seule devise que j'imagine pouvoir remplacer le dollar, c'est le renminbi », a déclaré mardi à la télévision indienne le gérant star américain Jim Rogers.

Alain Faujas

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vendredi 17 décembre 2010

La Chine et Hongkong couronnées par Standard and Poors - Arnaud Rodier

Le Figaro, no. 20646 - Le Figaro Économie, vendredi, 17 décembre 2010, p. 23

L'agence de notation salue les « perspectives exceptionnelles de croissance » des deux pays.

Une fois n'est pas coutume, l'agence Standard and Poor's, habituée ces derniers mois à dégrader les pays d'Europe en crise, a relevé hier, sans grand risque, les notes qu'elle attribue à la Chine et à Hongkong. Elles passent respectivement de AA- à A pour l'une et à AAA, soit le meilleur niveau possible, pour l'autre.

« Nous pensons que les autorités chinoises répondront à de futures menaces contre la stabilité financière par des mesures opportunes », affirme l'agence, qui salue les « perspectives exceptionnelles de croissance du pays ». Perspectives dont profite bien évidemment Hongkong grâce à « l'approfondissement des liens économiques » du territoire avec Pékin.

La Chine, dont le PIB (produit intérieur brut) devrait, à 4 193 milliards d'euros, dépasser celui du Japon cette année, prévoit de contenir sa croissance à 8 % en 2011, contre 10 % cette année. Une croissance qu'elle veut maîtriser pour éviter les menaces de surchauffe. C'est la raison pour laquelle elle promet de maintenir inchangé le volume de ses prêts bancaires l'an prochain, autour de 838 milliards d'euros. Une politique monétaire prudente saluée par l'agence Standard and Poor's, qui souligne le faible endettement de la Chine (environ 23 % du PIB) et insiste sur ses énormes réserves de change.

Réévaluer le yuan

Fin octobre, les seuls Chinois du continent étaient toujours les premiers détenteurs des dettes du Trésor américain, avec l'équivalent de 685 milliards d'euros, ce qui n'est pas sans inquiéter Washington. Les États-Unis, qui ont enregistré un déficit commercial de 226 milliards d'euros avec la Chine pour les dix premiers mois de l'année, attendent avec impatience une véritable réévaluation du yuan.

Pékin, pour apaiser les tensions, a laissé sa monnaie remonter de 2,8 % par rapport au dollar depuis l'été dernier. Et, si les autorités continuent d'affirmer que la stabilité du yuan reste une priorité pour l'an prochain, les voix se multiplient pour reconnaître que la Chine devra tôt ou tard le laisser s'apprécier. Il lui faudra évoluer « conformément à la croissance économique du pays », soulignait dernièrement l'un des conseillers du gouvernement. Car la Chine sait qu'une hausse de sa monnaie l'aidera à combattre l'inflation. À 5,1 %, elle était en novembre au plus haut depuis 28 mois. Pékin promet de la maintenir à 4 % l'an prochain, mais avec l'explosion des prix de certains produits ces dernières semaines, comme ceux des légumes (+ 60 %) elle est au centre des préoccupations des ménages chinois, devant les inquiétudes concernant la santé et les tarifs de l'immobilier.

Les autorités doivent en tenir compte si elles veulent éviter les mouvements sociaux.

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jeudi 16 décembre 2010

Hongkong, où le renminbi est roi - Henny Sender

Le Temps - Eclairages, jeudi, 16 décembre 2010

Si on laissait faire les résidents, leur devise serait rattachée au yuan plutôt qu'au dollar américain. Hongkong pourrait réserver un choc à ceux qui pensent que rien ne viendra détrôner le billet vert en tant que principale monnaie de réserve dans le monde. L'ancienne colonie britannique, devenue une «région administrative spéciale» de la Chine, s'avère aussi une région financière spéciale - informellement du moins. Officiellement, le dollar de Hongkong est rattaché au dollar américain. Officieusement, Hongkong est une ville à double monnaie. Si on laissait faire ses résidents, leur devise serait plutôt rattachée au renminbi.

Les propriétaires demandent à leurs locataires de payer leur loyer en monnaie chinoise. De plus en plus d'acquéreurs immobiliers viennent de l'autre côté de la frontière. Et non seulement ils paient leur luxueux logement cash, mais ils le paient en renminbis.

Chacun à Hongkong pense qu'à long terme la monnaie chinoise poursuivra son ascension, tandis que le dollar continuera à fléchir. Etant donné qu'il y a peu d'intérêt à être rétribué sur des dépôts bancaires en dollars américains ou en dollars de Hong­kong, il existe peu d'incitations à en détenir.

De fait, les expatriés espèrent devenir des résidents permanents de Hongkong parce que ce statut leur permet d'acheter des renminbis pour l'équivalent de 2500 dollars américains par jour [2400 francs]. Les économistes de Goldman Sachs prévoient que d'ici à cinq ans les dépôts en renminbis à Hongkong pourraient se monter à plus de 2000 milliards [288 milliards de francs suisses].

Chaque semaine, la liste des entreprises émettant des obligations en renminbis à Hongkong s'allonge, avec ses propres banques territoriales à l'avant-plan.

Certains résidents mutualisent leurs fonds pour investir dans ces émissions. Du fait que la demande d'achat dépasse souvent le nombre de titres émis, les petits investisseurs ne parviennent pas à acquérir autant d'obligations en renminbis qu'ils le souhaiteraient. Les banques suisses offrent des fonds en obligations libellés en renminbis et enregistrés dans les îles Caïmans.

La Réserve fédérale américaine elle-même commence à contrôler l'internationalisation croissante du renminbi. Et pas seulement parce que l'arrimage unilatéral au dollar fait du président de la Fed, Ben Bernanke, le gouverneur effectif de la banque centrale territoriale et le contrôleur de la politique monétaire de Hongkong. Hongkong «est le canari dans la mine de charbon» de ceux qui imaginent que rien ne pourra menacer le statut de monnaie de réserve du dollar américain pendant de nombreuses années encore, déclare un fonctionnaire expérimenté de la Fed. «Malgré le contrôle des mouvements de capitaux en Chine, cela a déjà lieu», selon lui.

«C'est assez exaltant, ajoute Jim O'Neill, économiste et directeur de Goldman Sachs Asset Management. A Hongkong, la Chine mène des expériences afin de déterminer quel devrait être le prix de sa monnaie. L'internationalisation du renminbi ne fait que commencer.»

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mardi 23 novembre 2010

Lucibel ouvre à Shenzhen sa première usine - Denis Cosnard

Les Echos, no. 20810 - Industrie, mardi, 23 novembre 2010, p. 22

Cap sur la Chine pour Lucibel. Cette start-up française démarre cette semaine à Shenzhen, près de Hong Kong, sa première usine au monde. Trois lignes de production, qui doivent assembler de 40.000 à 45.000 lampes à led par mois. La société a obtenu la semaine dernière le feu vert des autorités pour mettre les installations en service. De 35 personnes, l'effectif devrait monter à 70 salariés en quelques mois, puis rapidement à 110, lorsque les capacités auront été doublées - ce qui est envisagé d'ici à neuf mois.

Lucibel pense ainsi atteindre 15 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2011. Un volume qui, selon les projets internes, devrait plus que doubler chaque année pendant la phase de décollage de l'entreprise.

De sérieux avantages

Lucibel a été créé il y a deux ans par Frédéric Granotier, un ex-dirigeant de Poweo. Son idée : profiter de la nouvelle donne provoquée par l'apparition des leds, ces diodes électroluminescentes appelées à remplacer en partie les ampoules à incandescence classiques. Grâce à cette rupture technologique, l'ancien oligopole des industriels de l'éclairage se retrouve concurrencé par une myriade de nouveaux venus. « Rien qu'en Chine quelque 7.000 entreprises fabriquent déjà des lampes led », relève Frédéric Granotier.

Dans ce métier, produire en Chine présente de sérieux avantages. « A Shenzhen, on trouve une main-d'oeuvre abondante, qualifiée et qui coûte moins cher qu'ail-leurs, mais aussi des composants et des machines-outils bon marché », explique le PDG et actionnaire majoritaire de Lucibel. Moyennant un investissement d'un peu plus de 600.000 euros, l'entreprise dispose ainsi d'installations efficaces pour assembler les puces d'origine américaine, l'optique et les éléments d'aluminium nécessaires à la fabrication des lampes.

Cela ne suffit pas. Pour sortir du lot, Lucibel mise avant tout sur l'innovation. « Nos produits reviennent de 30 % à 50 % plus cher que ceux d'entrée de gamme, reconnaît Frédéric Granotier. Mais ils présentent une faible consommation d'énergie, une longue durée de vie et permettent d'intégrer de la lumière dans des objets, des meubles, etc. Pour les clients professionnels, le retour sur investissement va de seize à vingt-quatre mois. » En France, Lucibel espère ainsi installer ses lampes dans les nouvelles cafétérias Casino, après un premier succès à Bordeaux.

Et, à plus long terme, le PDG envisage déjà de se doter d'une usine dans l'Hexagone pour fabriquer les produits les plus innovants en limitant les risques de copie.

DENIS COSNARD

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mercredi 17 novembre 2010

OPINION - Hong Kong redéfinit ses valeurs - Alice Wu


Courrier international, no. 1046 - Les opinions, jeudi, 18 novembre 2010, p. 14

South China Morning Post

(Hong Kong) - L'instauration du salaire minimum à Hong Kong a fait les gros titres de la presse internationale. En juillet [au moment où la loi a été votée], The Economist a parlé du "paradis perdu de Milton". Plus récemment, l'économiste Joseph Stiglitz a dit tout le bien qu'il pensait de cette décision [après la fixation, le 11 novembre, du minimum horaire à 28 dollars de Hong Kong, soit 2,65 euros]. Les économistes ont longtemps débattu du pour et du contre d'une telle mesure, mais ni le catastrophisme des uns ni l'angélisme des autres ne résistent à l'épreuve des faits. Aujourd'hui, un consensus se dégage : dans la mesure où il constitue un facteur économique parmi d'autres, le salaire minimum ne va ni accroître le chômage, ni arracher miraculeusement les pauvres à la pauvreté.

Cela étant, inutile de se voiler la face. Il y a aura des gagnants et des perdants, mais pas autant que voudraient nous le faire croire les deux camps. Les travailleurs du bas de l'échelle, dont les salaires sont proches du salaire minimum [ils peuvent descendre jusqu'à 1,50 euro], seront un peu mieux rémunérés qu'auparavant. Mais cette mesure fera disparaître des emplois et exclura définitivement certaines personnes du marché du travail. Pour ce qui est des entreprises aux faibles marges bénéficiaires, très dépendantes de la main-d'oeuvre, ce sont les consommateurs qui paieront la note, du moins en partie. Certaines de ces entreprises devront mettre la clé sous la porte, tandis que d'autres, plus rentables, s'adapteront. Pour dire les choses simplement, cela sera moins dramatique que ne le prédisent certains, mais pas aussi formidable que l'affirment d'autres - la plupart des politiques entrant dans cette seconde catégorie.

Car, enfin, quel est le sens profond de l'instauration d'un salaire minimum ? Fixer un plancher réglementaire au-dessous duquel les salaires ne peuvent pas descendre est un choix de société, même si certains le font à contrecoeur. Par ce choix, nous définissons ce que nous considérons comme étant juste, et une partie de nos valeurs cessent d'être axées sur le profit. De ce point de vue, établir un salaire minimum ne représente pas une nouveauté absolue pour Hong Kong. Ainsi, nous savons bien que les lois contre les discriminations liées au genre ou à la situation familiale, en vigueur depuis plus d'une décennie, existent parce que les temps ont changé. Nous n'acceptons plus notamment que les employeurs pratiquent la discrimination contre les femmes ou contre ceux, quel que soit leur sexe, qui jouent le rôle de soignants familiaux, sous prétexte que ces personnes ne peuvent pas maximiser leur productivité et, par là même, les profits de l'entreprise. La vie familiale n'est pas une marchandise, mais dans le Hong Kong d'aujourd'hui nous estimons qu'il est juste d'en avoir une. Nous continuerons à redéfinir nos valeurs, à mettre en balance nos coûts non monétaires et nos gains monétaires, à repenser ce que nous considérons comme juste, à ajuster nos priorités et à exiger des protections de base. Sans aucun doute, le débat actuel sur une législation de la concurrence et l'examen à venir d'un projet d'instauration d'une durée légale du temps de travail vont dans le même sens.

Alice Wu

PHOTO - A worker eats lunch in an alleyway behind a restaurant in Hong Kong on November 15, 2010. Hong Kong's GDP rose 6.8 percent year-on-year in the third quarter, saying the economy remained 'robust', according to a government statement released on November 12.

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mardi 16 novembre 2010

Hongkong et Wong Kar-wai - Thierry Jousse

Manière de voir, no. 114 - L'urbanisation du monde, mercredi, 1 décembre 2010, p. 40

Une ville, un cinéaste

Bien que né à Shangaï, Wong Kar-wai est un pur produit de Hongkong, une ville où il est arrivé à l'âge de 5 ans et où il a découvert simultanément le cinéma, la musique et la vie. Le Hongkong de Wong est d'ailleurs fréquemment la ville de ses années de formation, tant l'action de ses films ultra-urbains se situe bien souvent dans les années 1960. De Nos années sauvages à 2046, en passant par le célèbre In the Mood for Love, il s'agit d'une ville fantasmée, habitée par des fantômes et des flux d'un autre temps. Les suaves rengaines latines de Xavier Cugat et de Nat King Cole en sont assurément la bande-son idéale, cocktail glamour de réminiscences pour des musiques importées dans l'île par la colonie philippine. Ce Hongkong des années 1960 est entièrement sous le signe d'une inextinguible mélancolie, une cité désertée, tout en intériorité, comme si la ville réelle avait été vidée de ses habitants pour laisser place à un labyrinthe mental inextricable. Ce Hongkong-là est surtout pour Wong une ville de chambres d'hôtels pour écrivains en mal d'inspiration, d'appartements trop étroits, de restaurants un peu désuets, de rues vides, d'occasions manquées et de peines d'amours perdues. Mais le Hongkong contemporain, en tout cas celui des années 1990, existe aussi dans d'autres films : As Tears Go By, Chungking Express, Les Anges déchus. Et là, la ville speedée, grouillante, étrange, métissée prend le pouvoir... Comme si, en une poignée de films, le cinéma du styliste hongkongais avait réussi à dévoiler toutes les dimensions passées, présentes, futures, de cette ville insulaire hantée par sa fin et par son identité fragmentée.

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jeudi 11 novembre 2010

Hong Kong, paradis du shopping chinois - Jiang Peng

Courrier international, no. 1045 - Asie, mercredi, 10 novembre 2010, p. 38

Au poste frontière de Luohu, à Shenzhen, presque tous les voyageurs qui arrivent de Hong Kong sont lourdement chargés : un sac à dos aux épaules, un grand sac plus un petit sac à la main, sans oublier une valise à roulettes. Mlle Luo, qui adore se rendre à Hong Kong pour y faire ses courses, nous explique qu'on a donné le surnom de "sherpas" à ces voyageurs qui croulent sous le poids des bagages ! Alors que naguère les gens de Shenzhen se rendaient à Hong Kong pour acheter essentiellement des produits de luxe, comme des bijoux ou des cosmétiques de marque, ils remplissent désormais leurs sacs et valises de produits de consommation courante (sel, huile, vinaigre, lait pour bébé ou produits ménagers) pour les rapporter chez eux.

Selon des chiffres fournis par l'office du tourisme de Hong Kong, le nombre de visiteurs chinois sur le territoire de la région administrative spéciale a augmenté de 26,9 % sur un an au cours du premier semestre 2010, avec 10,5 millions d'entrées, tous les records ayant été battus au mois de juin. Alors qu'il devient très tendance pour un habitant de Shenzhen d'aller à Hong Kong acheter ses produits de consommation courante, certains commerçants rusés du territoire ont trouvé de nouvelles techniques de promotion des ventes. Ainsi, selon un internaute, un centre commercial hongkongais propose un billet de bus gratuit pour Shenzhen à toute personne réalisant pour au moins 800 dollars hongkongais [75 euros environ] d'achats dans ses boutiques. Pour Mme Li, retraitée, aller à Hong Kong faire ses courses pour acquérir les produits de consommation courante est devenu une vraie occupation et une passion. A 57 ans, elle puise son inlassable motivation dans le fossé qui se creuse de plus en plus entre les prix pratiqués à Shenzhen et Hong Kong.

Le cours du bol de nouilles

En 2007, Mme Li avait suivi pour la première fois ses enfants dans la région administrative spéciale, où elle avait trouvé les prix particulièrement élevés. "Il fallait alors payer 38 yuans [10 yuans = 1 euro] pour un simple bol de nouilles !" se souvient-elle. Son mari et elle s'étaient empressés de rentrer à Shenzhen après s'être contentés, pour tout achat, d'une paire de chaussures chacun... Par la suite, elle est retournée à Hong Kong tous les trois mois pour acheter du lait premier âge pour son petit-fils. Peu à peu, elle a constaté une baisse des prix à Hong Kong, tandis qu'à Shenzhen les prix des fruits se sont envolés et le bol de nouilles est passé à une trentaine de yuans dans les centres commerciaux. Tout cela parce que le yuan s'est fortement apprécié sur le marché des changes, tandis que le cours du dollar hongkongais a plongé.

L'an dernier, Mme Li a découvert un jour qu'un paquet de mouchoirs en papier ne valait que 2 yuans à Hong Kong contre 3,3 yuans à Shenzhen. Du coup, elle en a acheté de quoi remplir un grand sac qu'elle a rapporté à Shenzhen. La nouvelle s'est répandue dans son quartier et ses voisins ont réagi d'une manière étonnante à ses yeux. "Beaucoup ont approuvé mon geste et ont voulu venir avec moi à Hong Kong."

Mme Li a conservé un ticket de caisse en date du 2 avril qui comporte au total 22 articles de parapharmacie, pour un peu plus de 3 200 yuans. Elle a calculé que si elle avait fait ces mêmes achats à Shenzhen, elle en aurait eu pour plus de 4 000 yuans. Pour elle, le voyage vaut désormais la peine. En outre, le trajet aller-retour ne coûte pas cher du tout et, du point de vue de la qualité, les produits achetés à Hong Kong sont plus sûrs.

Mme Li se souvient qu'en l'an 2000, quand les mesures restreignant l'accès au territoire avaient été levées, les prix pratiqués à Hong Kong avaient considérablement refroidi l'enthousiasme des habitants de Shenzhen, tandis que les produits bon marché de Shenzhen avaient provoqué une ruée vers le nord d'acheteurs hongkongais. "A l'époque, on pouvait voir au poste-frontière de Luohu une foule de Hongkongais chargés de paquets et sacs de toutes tailles, qui rentraient chez eux une fois leurs achats à ­Shenzhen terminés", rappelle-t-elle. Des personnes à bas revenus de Hong Kong avaient même décidé de s'installer à Shenzhen.

Retraite à saute-frontière

Au cours des dix dernières années, l'économie chinoise s'est développée à un rythme incroyablement rapide. Les Chinois enrichis ont commencé à affluer à Hong Kong pour y faire du shopping. Cependant, les touristes de Chine populaire n'ont eu d'yeux que pour les produits de luxe relativement bon marché. La presse évoquait de riches Chinois ayant acheté de nombreux sacs Louis Vuitton. Ces dernières années, le pouvoir d'achat des consommateurs de Chine populaire a fortement augmenté grâce à l'appréciation constante du yuan vis-à-vis du dollar américain ; 100 dollars de Hong Kong valent désormais moins de 87 yuans, contre 97 yuans jadis. Mme Liang, une Hongkongaise qui allait souvent à Shenzhen pour faire ses emplettes, a constaté de facto que les prix à Shenzhen avaient augmenté de 10 à 20 % en l'espace de seulement un semestre. Les produits d'usage courant y coûtent désormais presque aussi chers qu'à Hong Kong, voire plus chers pour certains articles. Aussi, certains Hongkongais qui comptaient passer leur retraite à Shenzhen commencent maintenant à changer d'avis.

Jiang Peng

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