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vendredi 24 juin 2011

RÉCIT - Le dernier baroud d'Anne Lauvergeon - Patrick Bonazza


Le Point, no. 2023 - Economie, jeudi 23 juin 2011, p. 74,75

Areva. Jusqu'au dernier moment « Atomic Anne » a cru conserver son poste. Récit d'un combat féroce.

«Tu es "caramélisée", le président ne te reconduira pas. - N'importe quoi, je prends le pari que je serai reconduite ! »

Elle est comme ça, Anne Lauvergeon. Tout d'un bloc. Ce dialogue avec un de ses visiteurs s'est tenu il y a six mois. Et là, jusqu'à la dernière seconde, elle s'est battue comme une lionne pour obtenir son troisième mandat à la tête d'Areva. Jusqu'à ce que Matignon l'invite le 16 juin pour lui signifier qu'à la fin du mois elle serait remplacée par son numéro deux, un inconnu du grand public, Luc Oursel. Pour empêcher cette issue fatale, elle a décroché in extremis une lettre et un communiqué de soutien des dix-huit membres de son conseil exécutif (moins Oursel...) et de ses syndicats, étonnamment bienveillants. En prime, vingt députés de droite comme de gauche ont demandé son maintien. Enfin, trois candidats à la primaire socialiste - rien que ça ! - , Arnaud Montebourg, François Hollande et Ségolène Royal, se sont souvenus que cette « femme exceptionnelle » avait fait ses armes comme sherpa de Mitterrand. Jusqu'à Rachida Dati, qui s'est dite surprise de la manière « violente et injuste » dont on l'a congédiée...

Sortie dure à avaler, en effet, pour celle qui était atteinte du « syndrome Gomez », ce président qui, après quatorze ans à la tête de l'entreprise publique Thomson, voulait aussi rester. Comme lui, Lauvergeon, aux commandes depuis douze ans (un bail !...), se croyait indéboulonnable. L'entreprise était devenue un peu sa chose. D'ailleurs, n'avait-elle pas déjà sauvé sa tête à deux reprises au moins ? En 2006, Thierry Breton à Bercy s'opposait farouchement à la reconduction de son mandat. Ses bonnes relations avec Jacques Chirac (elle achetait des pièces pour le musée Guimet, apprécié de l'ex-président...) et avec le secrétaire général de l'Elysée de l'époque, Frédéric Salat-Baroux, ont très vite eu raison de l'hostilité du ministre des Finances. Anne Lauvergeon est un redoutable animal politique.

L'an dernier, en mars-avril, Nicolas Sarkozy ne faisait plus mystère qu'il voulait se séparer d'elle, songeant à la remplacer par Yazid Sabeg, le patron de l'entreprise d'électronique de défense CS. Là encore, elle a sauvé sa peau, faisant donner Jean-Cyril Spinetta, le président du conseil de surveillance d'Areva, un vieil ami croisé à l'Elysée sous Mitterrand.« L'un des plaisirs du pouvoir, c'est celui de nommer les gens, avait-il dit en substance à Matignon.Eh bien, si vous virez Anne, vous aurez aussi la joie de me chercher un successeur. » La manoeuvre a réussi. Et Lauvergeon a pu se croire alors invulnérable.

Au point d'ignorer que depuis quelque temps le président lui battait froid. Au Japon, en mars, Lauvergeon, qui s'était invitée sans y être conviée à une rencontre entre le président et des résidents français, avait été évincée par l'ambassadeur. Et le Château, ces derniers temps, ne lui donnait aucun signe. Pas de quoi décourager « Atomic Anne », considérée comme l'une des « femmes les plus puissantes du monde » par Forbes. Elle fait comme si... Apparaissant dans les médias, ne ratant surtout pas la Journée de la femme, histoire de rappeler à tous les machos qu'elle est l'une des rares en France à diriger un colosse industriel. Le vent lui paraît aussi favorable. Car, avec le départ de Claude Guéant de l'Elysée et de Jean-Louis Borloo du gouvernement, ce sont deux opposants, alliés de son ennemi déclaré, Henri Proglio, le président d'EDF, qui prennent du champ.

Petit comité. D'ailleurs, la catastrophe de Fukushima confère un plus à la patronne d'Areva, à son expérience et à son discours sur la transparence et la sûreté nucléaires qu'illustre son produit vedette, le fameux EPR. Et puis, elle peut toujours compter sur le fidèle Spinetta. N'est-ce pas lui qui est chargé d'animer le comité censé sélectionner les candidats ? Sauf que le comité a finalement tourné à vide : le candidat retenu, Luc Oursel, ne figurait même pas sur la liste des six noms proposés à l'Elysée en février. Tout s'est joué en fait dans les derniers jours, en petit comité, à l'Elysée. Le successeur de Lauvergeon devait connaître le nucléaire et ne pas être ouvertement fiché comme proche de Proglio, pour éviter toute polémique.

Le choix est donc tombé sur Oursel, 51 ans. Habile, car le numéro deux d'Areva a été appelé par Lauvergeon, même si l'entourage de cette dernière trouve qu'« ils ne boxent pas dans la même catégorie ». Comme elle, en plus, il est ingénieur des Mines et vient de la gauche. Il n'empêche, d'ordinaire, à des postes aussi stratégiques (la direction d'Areva en est un) le président de la République nomme des gens de confiance, qu'il pratique. Or, apparemment, il n'a vu Oursel pour la première fois que deux jours avant sa nomination. Le parcours du nouveau patron d'Areva ne paraît d'ailleurs pas exceptionnel. Il passe de Schneider (matériel électrique) à Sidel (emballages) puis Geodis (transports), pour débarquer en 2007 chez Areva où, quoique numéro deux, il n'était pas vraiment l'étoile montante. En prime, il n'est pas sûr que ses amis du comité exécutif, qui ont tous « voté » Lauvergeon, réserveront au « traître »(dixit un partisan de l'ex-patronne) un bon accueil. Quant au président Spinetta...

Quel avenir ? Oursel reprend un héritage assez lourd. Lauvergeon est sûrement une fine politique (les écolos s'en sont rendu compte très vite). Mais, en dépit des certitudes des hiérarques socialistes (« ce limogeage n'a pas de motif industriel »), le débat est permis sur la qualité de sa gestion. L'an dernier, pour la première fois de sa courte histoire, Areva a enregistré une perte opérationnelle et cette année sera tout aussi difficile. Les sept réacteurs fermés en Allemagne sont des produits Areva, et l'on pourrait apprendre dans les prochains jours la perte du marché sud-africain au profit de Coréens et de Chinois. Mais cela n'est rien à côté du naufrage de l'EPR en Finlande, accumulant surcoûts et retards, du largage sans préavis par Siemens (qui était actionnaire d'Areva NP, la branche réacteurs), de l'échec du contrat d'Abou Dhabi, de la gamme de réacteurs limitée à l'énorme EPR (1 600 mégawatts), des investissements malheureux dans UraMin au Canada... Tout cela est sur la place publique. Mais Lauvergeon, disent ses détracteurs, a un art consommé de faire porter le chapeau aux autres. Elle accuse, en vrac, de ses échecs les Finlandais, EDF, la banque Rothschild et, très souvent, les politiques et leur pusillanimité. Trop perso, trop directe, Lauvergeon ! Elle a le don d'irriter. Sa stratégie de la tension l'a sans doute desservie pour obtenir de l'Etat des augmentations de capital. Ou pour effectuer des investissements qui semblaient judicieux (le rachat de fabricants d'éoliennes, celui d'Olympic Dam, une méga-mine en Australie...), refusés par la tutelle. Avec les partenaires naturels que sont EDF (avant même l'arrivée de Proglio) et le producteur de turbines Alstom (avant l'arrivée de Bouygues), les relations sont vite devenues exécrables. Des conflits aux effets parfois désastreux (Finlande, Chine). Le successeur de Lauvergeon - dont rien ne dit qu'il sera docile - aura pour première mission de déminer le terrain. Mais qui d'EDF ou d'Areva sera le leader tricolore du nucléaire ? Si Oursel n'est pas recensé comme membre du clan Proglio, il connaît très bien l'un de ses proches, François Roussely, ex-président d'EDF, qui joue dans l'ombre les grands manitous du nucléaire. Oursel et Roussely se sont croisés en 1991 au cabinet de Pierre Joxe, alors ministre de la Défense. Areva penchant du côté d'EDF ? L'autre grand groupe d'électricité, GDF Suez, en prendrait ombrage, car lui jouait à fond... la carte Lauvergeon.

Encadré(s) :

Areva en chiffres (2010)

· Chiffre d'affaires : 9,9 milliards d'euros.

· Bénéfices : 883 millions grâce à la vente de T-D; sinon, pertes opérationnelles de 423 millions.

· Commandes : 44 milliards.

· Employés : 48 000.

· Présence : 100 pays.

De la mine aux réacteurs

Dans le monde occidental, Areva est la seule entreprise nucléaire proposant un modèle intégré. Caractéristique vendue par Anne Lauvergeon sur tous les continents. Areva est en effet présente :

· Dans les mines (numéro un mondial de l'uranium grâce au Niger, au Kazakhstan, au Canada).

· Dans l'enrichissement (le Tricastin).

· Dans la fabrication de réacteurs, des EPR et, avec Mitsubishi, Atmea.

· Dans le retraitement du combustible (la Hague).

Pour devenir comme le russe Rosatom, il lui faudrait aussi produire de l'électricité. Ce serait Areva plus EDF...

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mercredi 2 février 2011

OPINION - Réindustrialisons-nous ! - Anne Lauvergeon

Le Monde - Dialogues, jeudi, 3 février 2011, p. 20

Les Français champions du monde du pessimisme ! C'est à mon sens le résultat de cette pensée politiquement correcte qui théorise soit notre déclin absolu, la disparition de la France dans l'Histoire, soit un réflexe occidentalo-centré qui véhicule, sur papier glacé, l'illusion de la France dans le monde.

Cette schizophrénie nous étreint. Dans un cas, la peur du monde qui change, face à l'irruption de pays émergents sur le devant de la scène internationale, produit une angoisse déraisonnée qui trouble notre analyse. Dans l'autre, la tête enterrée, nous continuons à pérorer, pensant qu'au pire la France, au mieux l'Europe peuvent conserver la position dominante acquise au moment de la révolution industrielle. Puisque le temps est à l'indignation, voici la mienne. Je ne supporte plus ces chevaliers de l'Apocalypse, souvent issus de l'élite, qui enferment notre destin collectif dans une funeste alternative : subir ou mourir.

Je suis à la tête d'un groupe industriel numéro un mondial de l'énergie nucléaire, numéro un en Europe et aux Etats-Unis, en plein développement en Chine et en Inde. De cette expérience, j'ai acquis une conviction forte : priorité à l'industrie.

Soyons lucides. Les décennies à venir continueront d'être celles de la mondialisation mais aussi d'un phénomène neuf, la déglobalisation. Les économies des pays émergents et du monde occidental sont de plus en plus imbriquées, mais le cheminement de ces nouvelles puissances passera aussi par la réponse à leurs besoins internes. La division internationale du travail et de l'intelligence en sera profondément modifiée. Si nous ne réagissons pas dès à présent, nous subirons un appauvrissement collectif durable. Dans ces circonstances, l'indignation ou le fatalisme produiront les mêmes effets.

Je suis partisane d'une troisième voie, celle du pragmatisme. A force de dire que l'époque est à l'incertitude, nous avons perdu toutes nos certitudes. Pourtant, les chiffres l'attestent : sur les 500 plus grandes entreprises mondiales identifiées par le magazine Fortune en 2010, 39 sont françaises ! Ouvrir le débat sur la politique industrielle française nécessite quelques préalables. D'abord, puisqu'il touche la vie de plusieurs millions de personnes, il doit avoir lieu en toute transparence et ne peut se réduire aux intérêts de quelques grands clercs. Ensuite, le temps de l'industrie, particulièrement celui du nucléaire, est celui du temps long. Les changements de cap au gré du vent, les arrangements au petit pied, les querelles de personnes ne sont pas à la hauteur des enjeux. La marque " France " a besoin d'une stratégie solide et durable.

D'ici vingt ans, 250 nouvelles centrales nucléaires seront lancées dans le monde. L'industrie française devra se battre pour tenir son rang de numéro un mondial. L'énergie nucléaire est donc une grande cause nationale. Au coeur de ce secteur, Areva est un formidable atout. Après dix ans de travail, nous avons constitué un groupe intégré, de l'extraction du minerai à la construction de centrales. Après dix ans d'efforts et d'innovation, nous proposons une offre diversifiée dans le nucléaire et les renouvelables adaptée aux besoins de chaque client.

Dans mon esprit, Areva, constitué à plus de 80 % de capitaux publics, est un morceau de France. Chacun en est propriétaire, ses orientations, sa stratégie, ses dirigeants ne peuvent pas être choisis sous le manteau. Ce n'est pas un secret : je suis candidate à un nouveau mandat à la tête de ce groupe. Et je suis prête à débattre de ce qu'il faut faire pour le nucléaire français parce que je souhaite apporter dans le même temps ma pierre au renouveau de l'industrie française.

Dans ce monde où il faut avant tout compter sur ses propres forces, il est urgent de réindustrialiser la France. Et d'abord dans nos têtes. Le mot " industrie " a été banni de notre vocabulaire depuis plus de vingt ans : la douloureuse fermeture des industries primaires, la financiarisation à outrance de l'économie, la nécessaire conversion écologique ont amené nos élites, nos entrepreneurs, nos concitoyens à se détourner de ce modèle de développement, assimilé certes à une histoire " glorieuse ", mais dépassée. Et pourtant, l'innovation a changé radicalement ce secteur.

A la sollicitation de la seule force des hommes, se sont substituées des technologies plus sûres et plus valorisantes. Ce changement a été peu perçu et l'industrie peine, à l'exception notable du secteur de l'énergie, à attirer les jeunes ingénieurs. Une autre preuve ? Le déficit d'investissement en France dans l'industrie est chiffré à 100 milliards d'euros. Mais l'industrie ne peut se nourrir de discours, elle doit s'appuyer sur la force de l'exemple.

Il y a dix ans, le nucléaire était perçu comme ringard et sans avenir. Nous avons refusé la résignation et avons parié sur nos chances. Ainsi, en 2000, notre usine de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) semblait condamnée : l'unique client, EDF, après l'équipement du parc français ne passait plus que des commandes sporadiques. J'ai refusé la décision de fermeture qui m'était proposée et fait le pari de transformer un arsenal en usine globale.

Dix ans plus tard, elle est toujours là mais plus grande, avec deux fois plus de salariés et un chiffre d'affaires multiplié par dix. On y voit des gros composants industriels destinés aux Etats-Unis, à la Finlande, la Chine ou à EDF, qui à travers cette internationalisation a pu garder son fournisseur national près de chez lui.

Chez Areva, le contre-pied de cette tendance au déclin industriel français s'est traduit par 26 000 recrutements en trois ans, une recherche et développement puissante (10 % de notre chiffre d'affaires) et 70 % de nos investissements en France alors même que nos marchés sont majoritairement à l'exportation.

Je suis convaincue qu'avec une ferme volonté, des choix solides, une ambition partagée, nous pouvons redresser la tête : il n'y a pas de fatalité au " déclin français " en matière industrielle. Il n'y a pas de fatalité au déclin français.

Anne Lauvergeon

Présidente du directoire d'Areva

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mercredi 15 décembre 2010

EDF pourrait concevoir un réacteur avec les Chinois - Thibaut Madelin

Les Echos, no. 20826 - Industrie, mercredi, 15 décembre 2010, p. 24

Pour étoffer sa gamme, l'électricien public étudie l'hypothèse du développement d'un réacteur de troisième génération de 1.000 mégawatts avec son partenaire chinois CGNPC, lequel serait concurrent de l'Atmea conçu par Areva et Mitsubishi.

Henri Proglio n'a pas fini de secouer la filière nucléaire française. Hier, le patron d'EDF a annoncé que la compagnie électrique voulait développer son propre réacteur de 1.000 mégawatts (MW). « EDF souhaite engager des études de développement d'un réacteur de 1.000 MW conçu à partir de l'expérience du parc français de 900 mégawatts qui a été un véritable succès », a-t-il déclaré devant la commission de l'économie du Sénat. Exploitant de centrales nucléaires, EDF est aussi, depuis des années, l'un des rares électriciens à concevoir lui-même certains de ses réacteurs.

Objectif avancé hier par Henri Proglio : disposer « d'une gamme diversifiée permettant de répondre aux besoins mondiaux et préparant sur le très long terme le renouvellement du parc français dans des conditions optimales de sûreté et de compétitivité ».

EDF affirme que plusieurs options sont ouvertes pour se doter d'un outil de moyenne puissance. L'une consiste à adopter le réacteur Atmea de 1.100 MW développé par Areva et son partenaire japonais Mitsubishi Heavy Industries. « Nos équipes travaillent dessus », souligne un dirigeant. L'autre, plus inattendue, vise à développer un réacteur avec son allié chinois CGNPC. « L'idée est de développer un réacteur de troisième génération sur la base du CPR-1000 », précise une source proche du dossier.

Ce produit chinois de deuxième génération a été conçu à partir du réacteur français de 900 MW de Framatome, importé par la Chine dans les années 1990. Développer la génération suivante permettrait à EDF et CGNPC d'aborder des marchés comme l'Afrique du Sud. Chez EDF, on préfère parler d'un réacteur « universel », sans nationalité.

L'Atmea certifié fin 2011

Henri Proglio avait l'intention de signer un protocole d'accord pour étudier ce codéveloppement avec CGNPC lors de la visite à Paris du président chinois, Hu Jintao, début novembre. Mais le projet a été bloqué la veille par l'Elysée. Sa signature aurait sans doute fait des vagues. Même si François Roussely, l'ancien patron d'EDF à qui Nicolas Sarkozy avait confié une mission sur la filière nucléaire, milite pour un tel développement, il ne manquerait pas de fragiliser Areva et son réacteur Atmea.

Selon la patronne du groupe Anne Lauvergeon, celui-ci sera certifié « aux alentours de l'automne 2011 » par l'Autorité de sûreté nucléaire française. Areva et GDF Suez veulent notamment proposer l'Atmea en Jordanie, qui attend des offres en janvier pour son programme nucléaire. La réflexion d'EDF portant sur l'étude d'un réacteur potentiellement concurrent au moment où Areva est en train de conclure son augmentation de capital a sans doute joué un rôle dans la décision de l'Elysée.

EDF ne veut pas seulement travailler avec les Chinois, même si c'est avec eux que le patron de la production et de l'ingénierie, Hervé Machenaud, entretient les relations les plus étroites. Henri Proglio envisage également de coopérer avec le russe Rosatom autour de ses réacteurs VVER. Il compte enfin sur l'EPR de 1.600 MW d'Areva, qu'il souhaite optimiser à partir du retour d'expérience des chantiers en cours.

THIBAUT MADELIN

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lundi 6 décembre 2010

Nucléaire : et si, pour l'EPR, l'espoir venait de Chine ?

Les Echos, no. 20819 - Une, lundi, 6 décembre 2010, p. 1

La construction des réacteurs nucléaires de troisième génération accumule les difficultés sur les deux premiers chantiers, en France et en Finlande. Mais celui de Taishan, en Chine, avance bien. Avec une mise en service prévue en 2013, il pourrait être le premier EPR au monde à fonctionner. Il deviendrait la vitrine d'une technologie dont Areva veut redorer le blason. Anne Lauvergeon, patronne du groupe nucléaire, l'assure : le réacteur chinois ne dépassera pas 3 milliards d'euros et produira de l'électricité 16 % moins chère que celle de l'AP 1.000 de Westinghouse.

ARNAUD LE GAL

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jeudi 25 novembre 2010

REPORTAGE - Le chantier de l'EPR avance plus vite que ceux de Flamanville et d'Olkiluoto


Le Monde - Economie, jeudi, 25 novembre 2010, p. 18

En Chine, le chantier de l'EPR avance plus vite que ceux de Flamanville et d'Olkiluoto

Face à la mer de Chine méridionale, les ouvriers en bleu de travail et casque jaune s'activent. " Ils ne chôment pas ", lance Rémi Sénac, représentant d'Areva à Taishan, dans le sud-est de la Chine (Guangdong), où la construction de deux EPR va bon train. L'avancement du chantier des réacteurs nucléaires de troisième génération vendus à la Chine en novembre 2007 fait la fierté du groupe français. En comparaison, ses projets en Finlande et à Flamanville (Manche), sont à la traîne.

Le bâtiment du premier réacteur, pour l'instant un cylindre de métal de 39 mètres, trône au centre d'un terrain lunaire de 450 hectares où se relaient une vingtaine de grues. A quelques pas, le dôme qui fermera cette boîte nucléaire d'une puissance de 1 660 mégawatts n'attend plus que deux anneaux.

La symbolique étape de sa levée sur le bâtiment est promise pour mai 2011, tandis qu'elle ne devrait intervenir qu'un mois plus tard sur le chantier français, pourtant lancé avant. Selon le calendrier actuel, la durée de construction de l'EPR finlandais est de 86 mois - entre la coulée du premier béton et la mise en service commerciale - contre 54 mois assortis de deux années de retard dans le Cotentin, et seulement 52 mois en Chine.

Ce décalage s'expliquerait par l'apprentissage. L'ingénierie des deux réacteurs chinois bénéficie des retours d'expérience des chantiers européens, une " raison fondamentale ", expliquant cette rapidité, selon Areva. Le " saucissonnage " des contrats de sous-traitance a ainsi été limité pour simplifier la tâche. Certaines méthodes de soudage ont été corrigées.

Le partenaire d'Areva, China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), l'un des deux géants chinois du nucléaire civil, bénéficie en parallèle de l'expérience de ses sous-traitants, hyperactifs depuis le milieu des années 1980, au cours desquelles la Chine s'est tournée vers l'atome dans l'espoir de réduire sa dépendance au charbon. " Leurs entreprises de génie civil n'ont jamais cessé de faire des centrales depuis ", constate Roger Seban, vice-directeur général de la coentreprise par laquelle EDF s'est associé au projet.

La clé du succès repose aussi sur la main-d'oeuvre chinoise (9 000 personnes sont actuellement mobilisées sur le chantier). Au lieu des " trois-huit " pratiqués en Europe, les ouvriers de Hua Xing, le bétonneur de la première tranche de Taishan, travaillent par quarts de dix heures, sept jours sur sept.

Un système d'intéressement financier au respect des délais explique la motivation des troupes, tant des travailleurs que des cocontractants. " Un des facteurs très importants de l'économie des projets repose sur le respect du planning initial ", explique Eric Neisse, directeur adjoint d'Areva en Chine. CGNPC étant mis en concurrence avec une autre entreprise appartenant comme elle au gouvernement central et ayant de son côté adopté la technologie de troisième génération américaine de Toshiba-Westinghouse, on imagine qu'il a tout intérêt à finir dans les temps.

Malgré les typhons

Paradoxalement, le chantier chinois concentre davantage d'obstacles que ses deux cousins européens. La province du Guangdong, dont l'activité industrielle nourrit d'importants besoins en énergie, est balayée chaque été par les typhons. Il a donc fallu construire une digue le long de la côte et des tranchées canalisant les pluies de la mousson sur les collines alentours. L'eau de mer étant plus chaude, un tunnel de quatre kilomètres est nécessaire, pour chacun des réacteurs, afin de la puiser au large et de garantir leur refroidissement.

Les deux réacteurs, qui ont dix mois d'écart, devraient donc être mis en service respectivement à la fin de l'année 2013 et à l'automne 2014. D'ici là, Areva espère avoir lancé la construction d'EPR supplémentaires, par le biais de sa nouvelle coentreprise Wecan, dans laquelle son partenaire chinois CGNPC est majoritaire, condition sine qua non pour avancer dans ce domaine stratégique intéressant beaucoup la Chine. Le site de Taishan peut d'ailleurs en accueillir six, ne manque-t-on pas de souligner. La construction de deux d'entre eux n'attend plus que le feu vert du gouvernement chinois. Les travaux de terrassement ont déjà été réalisés, par anticipation.

Harold Thibault

PHOTO - BEIJING, CHINA - DECEMBER 21: French Prime Minister Francois Fillon (L) and Chinese Vice-Premier Li Keqiang (R) unveil a plaque at a ceremony confirming a nuclear power cooperation deal with China in the Great Hall of the People on 21 December 2009 in Beijing, China. Fillon is on a three-day official visit to China aimed at improving the Sino - French bilateral relationship which was damaged after President Nicolas Sarkozy met with the Dalai Lama. Fillon is accompanied on the trip by finance minister Christine Lagarde and a number chief executives from within French industry as the two nations seek to develop trade co-operation through various projects.

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mercredi 3 novembre 2010

DOSSIER - Comment la Chine a fait plier Sarkozy



Libération, no. 9168 - Événement, mercredi, 3 novembre 2010, p. 2

Durant la tournée du chef d'Etat chinois, Paris va parler business et tenter de faire oublier la crise tibétaine.

Un tapis rouge, les honneurs militaires et de gros contrats en perspective, rien n'est de trop pour enterrer deux années de froid entre Paris et Pékin. A partir de demain, Nicolas Sarkozy accueille son homologue chinois, Hu Jintao, pour une visite d'Etat de trois jours à Paris et Nice.

Certes, cette visite comporte un volet économique important. La France espère vendre à la Chine une centaine d'Airbus et obtenir la construction des tranches 3 et 4 de la centrale nucléaire de Taishan, dans le sud du pays. Selon Les Echos, Areva devrait officialiser la signature d'un contrat de 3 milliards de dollars avec l'électricien chinois CGNPC pour la livraison de 20 000 tonnes d'uranium sur dix ans. Paris, qui prendra les rênes du G20 le 12 novembre, entend aussi évoquer une réforme du système monétaire international au moment où Pékin est accusé de maintenir son yuan à un niveau sous-évalué.

Tibet. De son côté, la Chine veut «renforcer sa coopération stratégique avec la France».

Dans un entretien au Figaro Hier, Hu Jintao a plaidé pour le développement «à pas assurés» de la coopération économique entre les deux pays. Il souhaite l'élargir à l'environnement, les économies d'énergie et les technologies de l'information.

Mais cette visite vise d'abord à faire oublier la crise née au printemps 2008 autour de la question du Tibet. Quand Sarkozy appelait alors Pékin à la «fin des violences» à Lhassa et menaçait de boycotter la cérémonie d'ouverture des JO en l'absence de pourparlers entre Chinois et Tibétains. Pis, après des mois de tergiversations et de renoncements, il serrait en catimini la main du dalaï-lama en Pologne. Au grand dam des Chinois qui entamaient des mesures de rétorsion.

Depuis, histoire de bien tourner la page, la France a envoyé missi dominici et élus pour réchauffer une relation distendue. En avril, pour la quatrième fois en trois ans, Sarkozy s'est lancé dans une opération séduction envers les «amis chinois». En retour, suprême honneur, son épouse a eu droit à une reprise de deux de ses chansons par la fanfare de l'armée populaire. Pékin avait vraisemblablement oublié que Carla Bruni-Sarkozy avait reçu des mains du dalaï-lama l'écharpe blanche de la félicité tibétaine.

Muet. Surtout, l'Elysée a évité tous les sujets qui fâchent. Le Château est même devenu muet. A la différence de Barack Obama et d'Angela Merkel, Nicolas Sarkozy est resté totalement silencieux après l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo. «La diplomatie française à l'Elysée et au Quai d'Orsay reste sinophile, telle qu'elle a été établie depuis quarante ans par les gaullistes», analyse le sinologue Jean-Luc Domenach.

Le chef de l'Etat semble être revenu à une approche pragmatique avec la Chine. C'est en fait un retour à novembre 2007, quand le Président fraîchement élu et rentré de Pékin trompettait avoir signé pour 20 milliards de contrats. Rendez-vous samedi pour un bilan sonnant et trébuchant des retrouvailles sino-françaises.


Aux petits oignons avec le géant chinois - Arnaud Vaulerin

Depuis deux ans, lobbyistes, hommes politiques et patrons français «amis de Pékin» se démènent pour réchauffer les relations entre Paris et le géant asiatique. En s'appliquant à faire taire les critiques sur les droits de l'homme.

Ils n'auront pas ménagé leurs efforts. Dans la classe politique et les milieux économiques français, nombreux sont ceux qui vont pousser un ouf de soulagement avec la venue de Hu Jintao en France. Depuis 2008, ces amis de la Chine veulent faire oublier le passage calamiteux de la flamme olympique à Paris et la discrète poignée de main de Sarkozy avec le dalaï-lama en Pologne qui ont tant chahuté les relations diplomatiques et parasité le business.

«La page des hésitations est définitivement tournée», assurait dimanche Jean-Pierre Raffarin dans le JDD. L'ancien Premier ministre est le grand ami de Pékin et le monsieur bons offices de la politique française en Chine. Avec ses trente ans d'activisme, le casque bleu Raffarin a toujours eu l'oreille des autorités ces derniers mois, pourtant fâchées par Nicolas Sarkozy, jugé «imprévisible». Les Chinois n'ont pas oublié la visite officielle de Raffarin en 2003, en pleine épidémie du Sras. Lui ne rate jamais l'occasion de fanfaronner à ce sujet. Au pire de la crise tibétaine, au printemps 2008, le sénateur du Poitou s'était rendu à Pékin, porteur d'une lettre de Nicolas Sarkozy et d'un courrier de Jacques Chirac, l'autre grand ami de l'Empire du milieu. A son retour, en partisan de la «non-violence», il se laissait aller sur RTL : «La Chine a quitté la route de la dictature.» En toute logique, il a milité pour que Sarkozy assiste à la cérémonie des JO de Pékin en août 2008. «Raffarin, c'est la clé de voûte du lobby prochinois en France, analyse une sinologue. Il est devenu apolitique, il accompagne la signature des contrats.»

Pacificateur. L'ancien Premier ministre se rend en Chine quatre fois par an. Multiplie les rapports, les échanges avec le ban et l'arrière-ban des autorités chinoises, joue les médiateurs, les pacificateurs. En février 2009, à l'occasion du 45e anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, il débarque à Pékin avec une quinzaine de parlementaires et de personnalités de la société civile. Via sa Fondation Prospective et Innovation, il entend ainsi mettre en oeuvre un programme «Young leaders» destiné à mieux faire connaître la Chine à de jeunes dirigeants politiques français. A leur retour, les élus signent une tribune dans Le Figaro : «La Chine considère que la France, pays "ami", a manifesté une forme d'ingérence dans ses affaires intérieures», écrivent ces huit parlementaires, qui reprennent à leur compte le discours chinois. Ils appellent à «prendre au sérieux, et avec une certaine gravité, les deux avertissements récents donnés par les autorités chinoises» : le report du sommet Europe-Chine qui devait se tenir en décembre 2008 à Lyon et le boycott de la France par Pékin quand, en janvier 2009, le Premier ministre Wen Jiabao a soigneusement évité Paris lors de voyages d'affaires en Europe.

Les autorités françaises ont compris qu'elles risquaient gros à ce moment-là. Les délégations vont alors se multiplier. Les amis de la Chine ouvrent tous les canaux de dialogue possible. En avril 2009, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, est dépêché en mission diplomatique, porteur d'une lettre d'invitation de Sarkozy à Hu Jintao. Six mois plus tard, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, accompagnée des PDG de Danone, EADS et Carrefour, passe trois jours très actifs à Pékin. La ministre est l'une des chevilles ouvrières des retrouvailles avec Pékin. Sa secrétaire d'Etat au Commerce extérieure, Anne-Marie Idrac, qui se rend tous les six mois en Chine, n'est pas en reste. François Fillon prend le même soin à éviter les sujets qui fâchent et à amadouer les Chinois. Même Xavier Bertrand, patron de l'UMP, fait le voyage pour signer un improbable accord avec le Parti communiste chinois qui a fait tousser dans la majorité.

Mais la sinophilie transcende les courants partisans. Jean Besson, sénateur PS de la Drôme, se souvient des «milliards et des contrats perdus» en 2009. Président du groupe interparlementaire France-Chine qui fédère 120 sénateurs de tous horizons, il se campe en «sinoréaliste» : «Il n'est pas possible de faire l'impasse sur la future première puissance économique du monde», dit cet ami de Pékin qui se rend en Chine deux fois par an et qui, par le passé, a multiplié les échanges entre sa région Rhône-Alpes et Shanghai. Il cite Jaurès - «il faut aller à l'idéal et comprendre le réel» - avant d'affirmer que «Nicolas Sarkozy a eu raison de ne rien dire après l'attribution du prix Nobel à Liu Xiaobo. Ça aurait eu des conséquences financières et économiques».

Ce discours est de mise depuis des mois dans les milieux économiques. Le Comité France Chine est l'étage supérieur de la coopération commerciale entre les deux pays. Alstom, Areva, LVMH, Renault, Total... toutes les grandes entreprises adhèrent à cette structure associative qui dépend du Medef. Depuis trente ans, c'est la vitrine du monde des affaires français. Présidé par le PDG de Schneider Electric, Jean-Pascal Tricoire, le comité met en relation les responsables économiques et politiques des deux pays, organise les visites des délégations chinoises en France - comme celle de Hu Jintao - et, tout au long de l'année, prépare des tables rondes entre maires, experts, chefs d'entreprises. On y croise la fine fleur du patronat français, des ministres, un ancien président de la République.

«Tout va bien». A la tête d'un autre organisme, le Cercle franco-chinois, créé sur les conseils de Deng Xiaoping et d'Alain Peyrefitte, Jacques Van Miden s'active pour que les entreprises françaises investissent sur un «marché de 1,3 milliard d'habitants qui, eux, travaillent plus que 35 heures». Expert étranger auprès des autorités de Pékin, il conseille surtout des PME et des PMI et tente de les «introduire dans les instances nationales ou locales». Plus chinois que les Chinois, Van Miden estime qu'«il faut arrêter de tirer sur les ambulances à propos des droits de l'homme. Ils font ce qu'ils peuvent. Ce n'est pas la peine de demander la libération du Prix Nobel, ce sera non».Pour lui, «tout va bien». Il en veut pour preuve les accords de coopération qui se nouent entre collectivités locales françaises et territoires chinois. Comme pour la région Paca, dont le président PS Michel Vauzelle rentre de mission à Canton et à Shanghai. En Paca précisément où Hu Jintao achèvera samedi sa visite d'Etat.

PHOTO - French President Nicolas Sarkozy (L) greets Chinese President Hu Jintao and his wife Liu Yongqing prior to the welome banquet at the Great Hall of people in Beijing on August 8, 2008. World leaders have been arriving in the Chinese capital to attend the opening ceremony of the 2008 Beijing Olympic Games later in the day.

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mardi 2 novembre 2010

EXCLU - Gros contrats en vue pour Areva en Chine - Thibaut Madelin

Les Echos, no. 20796 - Industrie, mardi, 2 novembre 2010, p. 24

Areva à la veille de la signature d'un contrat d'uranium géant avec la Chine

Le groupe nucléaire public devrait officialiser un contrat de fourniture d'uranium d'environ 3 milliards d'euros avec CGNPC, avec lequel il négocie par ailleurs une commande de deux réacteurs EPR supplémentaires. Le projet de coopération avec CNNC pourrait également être ravivé.

La visite en France du président chinois Hu Jintao, qui commence jeudi, devrait être l'occasion pour Areva de ramasser une belle moisson de contrats avec ses partenaires asiatiques. « Nous sommes optimistes sur le développement de la coopération entre les deux pays dans l'énergie nucléaire et l'aviation civile », déclarait la semaine dernière la vice-ministre des Affaires étrangères Fu Ying à la presse, ajoutant : « Nous espérons conclure certains accords et produire des résultats concrets. »

Selon nos informations, Areva pourrait non seulement annoncer une avancée dans ses négociations avec CGNPC pour la commande de deux réacteurs EPR supplémentaires, mais il devrait aussi officialiser un contrat de livraison d'uranium de l'ordre de 3 milliards de dollars avec l'électricien chinois. L'accord porterait sur la fourniture de 20.000 tonnes d'uranium sur dix ans. Un contrat record pour l'industrie et un tour de force pour le groupe public tricolore, premier producteur mondial d'uranium avec 8.600 tonnes par an.

Initialement, l'électricien chinois devait racheter à Areva 49 % de la société minière canadienne UraMin, que le français avait acquise en 2007 pour 1,9 milliard d'euros. Sur ce plan, les négociations ont échoué l'an dernier, mais CGNPC veut sécuriser son approvisionnement en uranium. Le contrat qui doit être finalisé lui donne une visibilité sur dix ans à un prix moyen d'environ 75 dollars par livre. Actuellement, le minerai cote 52 dollars la livre, contre 36 dollars il y a un an. De cette manière, l'électricien se couvre contre des hausses de cours intempestives et Areva réduit la volatilité de son portefeuille minier.

Pour l'électricien du Guangdong, le besoin en uranium ne cesse de croître. Areva avait signé en novembre 2007 un contrat de 8 milliards d'euros pour la livraison dedeux EPR de 1.600 mégawatts sur son site de Taishan. Les groupes sont en discussions depuis plusieurs mois pour une nouvelle commande de deux réacteurs. Ici, les négociations continuent et une commande ferme parait peu probable dès cette semaine, même si CGNPC est réputé très favorable à l'EPR et se réjouit de l'avancée rapide des travaux sur les deux premières tranches. En revanche, une déclaration d'intention est attendue. Mais Areva reste extrêmement prudent : « Les discussions avec nos partenaires chinois se poursuivent », déclare un porte-parole.

Vers une « nouvelle page » ?

Troisième volet des négociations franco-chinoises, la reprise des discussions entre Areva et l'autre groupe nucléaire, CNNC. Celles-ci avaient été ouvertes en novembre 2007 avec l'objectif « d'ouvrir la voie à une coopération industrielle dans l'aval du cycle ». Derrière ces mots barbares, l'idée de construire en Chine une usine de retraitement comme celle de la Hague, en France. Un tel projet se chiffre autour d'une quinzaine de milliards d'euros. Si personne n'attend de réalisation concrète sur ce terrain, l'intention d'avancer pourrait être soulignée entre la France et la Chine, sachant que toute signature nécessite au préalable un accord politique au niveau des Etats. Or, les pouvoirs publics français sont divisés. Certains estiment dangereux d'exporter une technologie proliférante. D'autres soulignent au contraire que à l'inverse de l'Inde, la Chine a signé le traité de non-prolifération.

Dans l'immédiat, toutefois, Areva et CNNC pourraient signer un contrat dans l'amont du cycle, plus précisément dans l'une des étapes permettant de transformer le minerai d'uranium en combustible. Pour le géant chinois du nucléaire, qui travaille essentiellement avec l'américain Westinghouse pour les réacteurs, cette coopération pourrait aussi s'élargir à d'autres aspects, dont l'uranium.

« L'affaire n'est pas bouclée », prévient cependant un expert du dossier, qui estime que, au fond, tout dépendra du signal que va vouloir envoyer le président Hu lors de sa visite. « La dernière fois ça s'était tranché dans la dernière nuit. » Les négociations interviennent néanmoins dans un contexte de détente entre la France et la Chine. En 2008, ulcérés par le soutien réservé au dalaï lama, les Chinois avaient bloqué toute négociation. En début de cette année, le président Nicolas Sarkozy est venu faire allégeance à Pékin, avec la volonté d'ouvrir une « nouvelle page » dans les relations bilatérales. Six mois plus tard, l'étape des contrats pourrait être franchie. Si tel était le cas, ce serait un succès de la diplomatie française, mais aussi d'Anne Lauvergeon. Il arriverait à point nommé pour la patronne d'Areva, affaiblie ces derniers temps face à la montée en force du patron d'EDF, Henri Proglio, dans la filière nucléaire française.

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mardi 3 août 2010

REPORTAGE - Areva trouve son salut en Chine - Emilie Torgement

Le Soir - 1E - ECONOMIE, mardi, 3 août 2010, p. 20

Energie Huit milliards d'euros : le plus important contrat du nucléaire civil

Alors que le gouvernement français vient d'annoncer qu'EDF pilotera les projets nucléaires à l'export, l'association EDF-Areva fait déjà ses preuves à Taishan, dans le sud de la Chine : EDF a créé une joint-venture avec la Guangdong Nuclear Power Holding Corp (CGNPC) pour construire deux réacteurs de type EPR ; Areva y a raflé le plus important contrat jamais signé dans l'industrie du nucléaire civil. Huit milliards d'euros pour la conception et l'approvisionnement de ces deux réacteurs troisième génération.

Sous le soleil de plomb, au milieu de l'impressionnant paysage de collines qui donne directement sur la mer de Huangmo, le chantier incarne la démesure des hommes qui prévoient de produire ici 1.660 mégawatts. En plus du futur coeur nucléaire, pour l'instant un gigantesque cylindre rouillé de six mètres de haut, on devine déjà la structure de la salle des machines et celle de la station de pompage d'eau de mer pour le refroidissement. L'exploitation commerciale devrait débuter en décembre 2013.

« Nous sommes parfaitement dans les temps », assure Eric Neisse, le directeur en Chine d'Areva. Le message est clair, le projet chinois ne s'embourbera pas comme le chantier de l'EPR finlandais. Cette première centrale troisième génération d'Okiluoto, trop chère, trop en retard, a suscité les critiques et plombé l'image d'Areva. « A Taishan, nous profitons de notre expérience sur nos autres projets EPR à Flammanville et à Okiluoto, mais surtout de l'implication de notre partenaire chinois, capable de mobiliser de très importantes ressources humaines », explique Rémi Sénac, cet ingénieur qui a travaillé en Finlande avant de rejoindre l'équipe chinoise et qui ne tarit pas d'éloge sur CGNPC.

L'électricien du Guangdong s'est emparé de 70 % de la joint-venture avec EDF et a surtout réclamé d'importants transferts de technologies. Des ingénieurs chinois ont été accueillis au siège d'Areva en France dès les premiers pas de la conception ; aujourd'hui, des équipes essentiellement chinoises poursuivent les études en Chine, à Shenzhen. Côté fabrication, la première tranche sera presque entièrement « made in France » à l'exception de la cuve du réacteur construite par Mitsubishi. La seconde tranche, livrée dix mois plus tard, sera produite par des filiales de la CGNPC, qui auront eu le temps de se former.

L'élève ne risque-t-il pas de dépasser le maître, quitte à se passer de ses services ? « Il y a de la place pour tout le monde, répond Eric Neisse. Taishan doit servir de vitrine à Areva et, nous l'espérons, à nos partenaires chinois pour développer ensemble de nouveaux projets en Chine mais aussi dans le monde entier. » Chez Areva, on veut croire à la « Renaissance nucléaire », le retour de grandes commandes motivées par la lutte contre les gaz à effet de serre après une période difficile pour l'énergie atomique. Si l'entreprise d'Anne Lauvergeon a accepté de telles conditions de transfert de technologies, c'est que cette renaissance passe d'abord par la Chine et que les Français comptent bien avoir leur part de l'alléchant gâteau chinois. Liu Haijun, directeur adjoint de la joint-venture de Taishan, incarne la volonté chinoise quand il annonce face aux immenses tranchées hérissées de grues : « Vous voyez, après Taishan 1 et 2, déjà approuvés, nous prévoyons l'espace pour construire les unités 3 à 6. »

Selon un récent rapport de l'agence internationale de l'énergie (AIE), la Chine est devenue le premier consommateur d'énergie devant les Etats-Unis. Le pays qui tire 70 % de son énergie du charbon voit dans le nucléaire (1 % seulement de son bouquet énergétique) une solution pour développer une économie plus verte tout en s'assurant une indépendance énergétique. Autre point sensible en Chine, les coupures de courant. Selon Wu Wenbing, spécialiste énergie au China Morning Post, journal connu pour son indépendance, alors que les centrales nucléaires chinoises produisent 9 gigawatts, le pays viserait les 70 gigawatts d'ici à 2020.

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