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mardi 4 octobre 2011

L'image d'Alstom dégradée en Chine après l'accident du métro de Shanghai

La Tribune (France), no. 4820 - Industrie & services, lundi 3 octobre 2011, p. 15

Même si la responsabilité du groupe français a été écartée, la presse chinoise persiste à le pointer du doigt.

La tâche ne va pas être facile pour Alstom. Même si l'opérateur du métro de Shanghai a dédouané la responsabilité du groupe français dans l'accident du métro intervenu la semaine dernière (il proviendrait d'une coupure d'électricité et d'une erreur humaine), le mal est fait. Ses accusations la veille ont fait mouche. Pour la presse chinoise et l'opinion publique, le groupe - à travers son joint-venture chinois, Casco spécialisé dans les systèmes de signalisations ferroviaires - est lié d'une manière ou d'une autre à l'accident du métro de Shanghai mais aussi et celui du TGV en juillet sur la ligne Wenzhou-Ningbo qui a fait 40 morts. Cela après qu'une agence de presse chinoise a dévoilé cette information alors qu'Alstom n'est pas concerné par la signalisation de TGV. Casco a bien diffusé un communiqué pour démentir, rien n'y fait. Vendredi, la position du joint-venture n'est pas mentionnée et dans les principaux quotidiens chinois, Casco est toujours considéré comme le responsable de l'accident du TGV.

Le sujet est particulièrement sensible en Chine. Au-delà des victimes, les deux accidents ferroviaires remettent en cause le modèle de croissance de la Chine qui s'est continuellement vantée d'avoir le réseau TGV le plus important du monde.

Dans la mesure où la confiance dans l'enquête qui devrait déjà être rendue publique, est extrêmement limitée - personne ne croit aux promesses de transparence -, le terrain est donc libre pour que la rumeur coure.

" Notre image est sérieusement atteinte ", s'inquiétait Dominique Pouliquen, président d'Alstom, en Chine vendredi matin. Et les dégâts dépassent largement les frontières de la Chine. La presse internationale a relayé les informations. Dominique Pouliquen avoue recevoir des interpellations des clients du monde entier.

Jugé trop émotif

Pour l'instant, Alstom élabore encore son plan de communication. Sur le terrain, l'entreprise est déjà en contact avec ses clients dans les différentes provinces. Et Casco gère le rapport avec la presse chinoise. Cette dernière était cependant absente lors d'un briefing presse vendredi matin dans les locaux d'Alstom.

Si le groupe français n'exclut pas d'organiser une conférence de presse, le sujet est pour l'heure jugé trop émotif pour une confrontation directe avec la presse chinoise. C'est bien là le problème pour Alstom : comment convaincre rationnellement dans un contexte aussi sensible.

Virginie Mangin, à Pékin

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

lundi 3 octobre 2011

Ecologie : la France compte saisir sa chance en Chine

Les Echos, no. 21030 - International, mardi 4 octobre 2011, p. 8

Lorsque Wen Jiabao, le Premier ministre, a présenté les grandes lignes du douzième plan quinquennal (allant de 2011 à 2015), il était logique d'opposer un certain scepticisme à ses promesses concernant le développement d'une économie plus verte au regard de ce qui avait été promis dans le cadre du plan quinquennal précédent. Cette fois, il s'agit de diminuer l'intensité énergétique de 16 % et l'intensité carbone de 17 %. Ce qui implique de réorienter la croissance économique vers un modèle plus qualitatif et moins intensif : le PIB est censé croître, en moyenne, de 7 % par an.

Six mois plus tard, la mue est peut-être en train de s'amorcer. L'assagissement de la croissance économique est en cours, même si l'objectif des 7 % semble encore hors d'atteinte. En matière énergétique, la Chine a lancé un vaste chantier pour diminuer la déperdition d'énergie sur son réseau électrique. Devant la perspective d'un doublement de la demande de courant entre 2010 et 2020, elle met les bouchées doubles pour développer des technologies de « réseau intelligent », et prévoit d'investir sur cinq ans l'équivalent de 270 milliards d'euros dans ce seul secteur. Ce qui fait aujourd'hui du marché chinois le nouveau centre du monde pour tous les industriels de ce qu'on appelle le « smart grid ».

Wen Jiabao vient par ailleurs d'effectuer des déclarations pour mettre la pression sur les gouvernements locaux, afin que ceux-ci convertissent réellement en actes les lignes stratégiques décidées par Pékin. Sur le terrain, les industriels qui rencontrent des fonctionnaires locaux sont unanimes : le message est en train de passer. Chaque commission pour le développement et la réforme locale se voit fixer des objectifs propres, déclinaisons du plan national. Et l'avancement de carrière des fonctionnaires chinois tient désormais compte de leur politique environnementale.

Opportunité

Dans ce contexte, la France compte bien pousser ses pions. Dans la production ou l'acheminement d'énergie, le traitement de l'eau ou des déchets, ses grands groupes se positionnent. A l'image d'Alstom, qui vient d'annoncer un partenariat avec le groupe chinois Datang pour développer, sur deux sites dans le nord du pays, des technologies de capture et de stockage du dioxyde de carbone. Chacun devra récupérer un million de tonnes métriques de gaz carbonique par an. Quant aux PME, elles devraient également pouvoir saisir cette opportunité. C'est en tout cas le pari que fait Ubifrance, en organisant pour elles, début décembre, des rencontres d'affaires dans trois villes chinoises (Shenyang, Chongqing et Chengdu). En espérant créer un effet d'entraînement dans toute la filière.

Gabriel Grésillon

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lundi 13 juin 2011

DOSSIER - L'oeil de Pékin - Jacques Follorou


Le Monde - Enquête Décryptages, mardi 14 juin 2011, p. 17

L'image d'une Chine prédatrice prête à fondre sur les intérêts économiques occidentaux et les secrets technologiques des pays les plus riches s'est durablement installée dans l'opinion. Il n'est pas une semaine sans que les autorités françaises soient saisies d'informations faisant état de tentatives de captation de données technologiques ou de mise en danger du patrimoine industriel national.

D'un pur fantasme impliquant la Chine dans l'espionnage de la future voiture électrique de Renault qui s'avère n'être qu'une escroquerie interne aux régulières attaques informatiques recensées par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) contre des entreprises ou des administrations françaises et attribuées aux Chinois, la paranoïa anti-Pékin progresse. Entre protection d'une souveraineté industrielle et volonté légitime d'être présent sur ce marché immense, les esprits, en France, s'échauffent vite sur la réalité du danger chinois.

" Il faut ouvrir les yeux, estime le général Daniel Schaeffer, conseil en stratégie d'entreprise à l'international, en Chine et en Asie du Sud-Est, les Français sont souvent responsables de la perte de leur savoir-faire. " L'essentiel des fuites de la technologie française vers l'empire du Milieu serait, en réalité, imputable aux entreprises elles-mêmes.

Parmi les griefs formulés contre la France, on relèverait l'individualisme des industriels nationaux qui, à la différence des Allemands, ne pratiquent aucune entraide; ou encore l'inadaptation de la doctrine sur les questions d'intelligence économique, handicapée par une pensée " policière " incapable d'appréhender la menace dans son ensemble, alors que les Anglo-Saxons étendent la défense du patrimoine à tout ce qui concourt au bien-être d'un pays.

" Les Anglo-Saxons, comme les Asiatiques, ont, de plus, une sensibilité au secret que n'ont pas les Français, qui négligent les mesures de sécurité dans leur travail au quotidien, notamment avec leurs ordinateurs ou leurs téléphones ", regrette Alain Juillet, ancien haut responsable de l'intelligence économique auprès du gouvernement français qui fut auparavant PDG de Marks & Spencer, avant de prendre la tête de la direction du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Une autre faiblesse française résiderait dans la dispersion des forces des industriels face à une organisation chinoise structurée, massive et capable de soutenir une stratégie sur le long terme. En 2006, Xu Guanghua, alors ministre des sciences et de la technologie, avait déploré que plus de 70 % des licences de brevets utilisées sur le territoire chinois appartiennent à des étrangers. Le gouvernement chinois a donc établi un plan permettant, d'ici à 2020, de renverser la tendance, tout en sachant bien qu'il était impossible de réinventer en quinze ans toute la production industrielle du pays.

Pour accélérer le processus, la Chine a introduit le concept de " ré-innovation " portant sur " l'importation, l'absorption, l'assimilation et la ré-innovation du savoir-faire étranger ", comme l'indique le " PRC medium to long term plan 2006-2020 " du ministère des sciences. C'est la première fois, dans l'histoire chinoise, qu'un plan d'acquisition du savoir-faire étranger est aussi institutionnalisé. Les objectifs sont clairement désignés, ils couvrent sept secteurs de pointe et visent aussi bien les laboratoires que les unités de production.

Enfin, la mise en oeuvre de moyens humains est d'une envergure jamais atteinte par d'autres pays. " Près de 80 % du savoir technologique est récupéré par des voies légales, les appels d'offres, la coopération ou le partenariat ", assure un diplomate occidental à Pékin, pour qui " l'espionnage n'est qu'une infime partie des modes de captation de l'information ".

Pourtant, aux yeux des industriels français, la frontière entre le licite et l'illicite est souvent franchie. Ils ont longtemps eu recours au transfert de technologie, pensant qu'ils s'installeraient ainsi durablement en Chine. Mais dès que le partenaire chinois a absorbé le savoir-faire, la coopération est rompue, et il crée une entreprise concurrente. " C'est une vassalisation de l'Europe : on leur cède notre technologie, on devient nos propres concurrents ", résume le général Schaeffer.

En 2009, l'électricien français Schneider Electric, pourtant très implanté en Chine, a même dû régler une amende de 17,5 millions d'euros au profit de la société chinoise Chint pour contrefaçon du disjoncteur C60 qui avait été breveté par... Schneider Electric. Chint avait attaqué le groupe français et obtenu gain de cause devant la cour de Wenzhou, au sud-est du pays. En dépit de cette mésaventure, en novembre 2010, le groupe français a reçu en grande pompe le président chinois, Hu Jintao, en visite en France. " S'ils ont accepté de se rendre chez Schneider, cela signifie que les Chinois considèrent l'entreprise comme un allié sûr, et cela atteste d'une coopération sur le long terme; il ne faut être ni naïf ni paranoïaque ", décrypte un ancien de la DGSE, fin connaisseur de la Chine.

Pour accélérer les transferts de technologie, Pékin a également mis en place des mécanismes politique et protectionniste. Une obligation de transfert technologique pour les entreprises étrangères qui s'implantent en Chine a été introduite en 2009, de même que l'obligation de fournir les codes sources de tous les logiciels des produits importés en Chine, comme ce fut le cas pour du matériel livré par la société Eurocopter, installée à Marseille.

Pour échapper à cette captation parfois sauvage, certaines entreprises françaises refusent de travailler avec les Chinois. Alstom, qui a pourtant cédé son savoir en matière de turbine électrique pour le barrage des Trois-Gorges, a ainsi décliné les offres chinoises de coopération pour le TGV. Résultat, Pékin a fait affaire avec les Allemands et développé le Maglev chinois, une déclinaison moins sophistiquée du train à sustentation magnétique germanique. Les premiers tests ont eu lieu en 2009 et les Chinois sont déjà sur les rangs pour plusieurs appels d'offres internationaux.

" L'industrie va là où il y a le marché ", insiste Hervé Machenaud, directeur général de la production chez EDF et patron du parc nucléaire de l'entreprise en France et à l'étranger. La parole de ce sinophile, qui a joué un rôle central dans la relation franco-chinoise dans le nucléaire, pèse au-delà du seul monde de l'énergie. Il a créé une structure regroupant des entreprises françaises désireuses de travailler en Chine. " Soit on reste enfermé dans nos frontières et dans dix ans on aura disparu, soit on coopère vraiment avec la Chine et les intérêts français seront ainsi vraiment défendus ", estime-t-il. Pékin va bientôt construire vingt réacteurs par an. Or, selon M. Machenaud, les Chinois veulent développer en partenariat avec EDF un réacteur déjà ancien mais rodé, le CPR 1 000. " C'est une chance à saisir pour l'industrie française, qui a été validée par le Conseil de politique nucléaire - le 21 février - ", dit-il.

Cette seule perspective de partenariat entre les Chinois et EDF fait bondir Areva, le constructeur français de centrales nucléaires, pour qui cela revient à créer un concurrent et à dilapider le savoir-faire national. Adepte de la fabrication purement française d'un produit de pointe tel que l'EPR et d'une livraison clés en main, Areva a même demandé à Matignon le départ d'EDF de M. Machenaud, jugé trop pro-Chinois.

A la différence d'autres terres de conquête économique, il n'en va pas simplement, pour la France, de l'avenir de sa balance commerciale et de sa place sur le plus grand marché de la planète. Il s'agit tout autant de ne pas se laisser dépecer par une Chine impatiente et surpuissante qui vise une totale autonomie industrielle en prenant de toutes les manières possibles la technologie là où elle se trouve pour combler ses retards.

Pendant que les industriels français se disputent, les Chinois portent, enfin, leurs efforts sur les laboratoires de recherche occidentaux. Le réseau d'étudiants chinois à l'étranger, le plus vaste au monde, est la principale voie d'alimentation de ce savoir-faire de l'avenir. " La Chine n'envoie pas en France ses milliers d'étudiants au hasard, les lieux de stage sont définis en amont en fonction des priorités de l'industrie chinoise ", explique M. Juillet.

A Paris, confirme-t-on à la DCRI, les stagiaires-étudiants " sont suivis de près par l'ambassade de Chine ", notamment ceux dans les laboratoires des filiales de grands groupes où la surveillance est moindre. Fin 2010, l'actuel ministre chinois des sciences et des technologies, Wan Gang, confirmait que ces stagiaires étaient " un formidable réservoir humain pour l'innovation ".

Là, également, la France paraît hésiter entre l'excès de méfiance et l'angélisme. " Il existe, en France, une logique de rentier et de repli, alors que rien n'est immuable dans le monde ", s'indigne Luu Bang, ex-chimiste du CNRS à Strasbourg mis à la retraite d'office pour " atteinte à la protection du patrimoine scientifique du CNRS ". Arrêté, en 2006, à l'aéroport en partance pour la Chine en possession de fioles contenant des cellules souches produites dans le cadre d'un travail sur les plantes médicinales, il a été blanchi par la justice le 5 décembre 2007. " Cela me fait rigoler quand on parle d'espionnage économique, dit-il, je me rendais à Canton pour un colloque, l'ambassade de France à Pékin savait que j'emportais ces molécules; depuis, beaucoup de brevets sur lesquels je travaillais ont été développés ailleurs, tant pis pour la France. "

Au-delà des craintes, même celles formulées au plus haut niveau de l'Etat, et au regard du volume des échanges économiques réalisés entre la France et la Chine, les preuves de ces intrusions illégales restent peu nombreuses, et le biais judiciaire est rarement requis pour mettre en évidence le vol d'informations ou l'espionnage économique. Selon l'Observatoire des attaques contre la technologie française, au sein de la DCRI, Pékin n'apparaît qu'en troisième ou quatrième position, en fonction des secteurs, du classement des " pays agresseurs ", derrière les Etats-Unis, l'Allemagne et la Russie.

La France n'est pas une victime sans défense. Elle est considérée dans le monde du renseignement comme l'une des nations les plus agressives, comme le soulignent des télégrammes de diplomates américains en poste à Berlin, dévoilés, en janvier, par WikiLeaks. La DGSE met d'ailleurs à la disposition des grands patrons français, dans une pièce sécurisée de son siège à Paris, des documents commerciaux confidentiels dérobés grâce aux moyens satellite, y compris aux Chinois.

Jacques Follorou

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

jeudi 21 avril 2011

Alstom crée avec Shanghai Electric le numéro un des chaudières à charbon

Le Monde - Economie, vendredi, 22 avril 2011, p. 14

Après la catastrophe de Fukushima, qui a semé le doute sur la fiabilité du nucléaire, le charbon redevient-il une énergie d'avenir ? C'est le pari qu'a décidé de faire Alstom. Patrick Kron, son PDG, et Jianguo Xu, le directeur général de Shanghai Electric, ont annoncé, jeudi 21 avril, leur intention de créer une coentreprise détenue à parité, afin de devenir le numéro un mondial de la fabrication des chaudières à charbon.

" Nous sommes présents sur toutes les techniques et toutes les énergies - gaz, pétrole, hydro- électricité, nucléaire, éolien -, et bien sûr le charbon, qui reste une source d'approvisionnement majeure ", soutient M. Kron. Plus de 40 % de l'électricité mondiale est encore produite grâce à la combustion du charbon contre 10 % pour l'énergie nucléaire. " L'Asie, qui dispose de ressources importantes, va représenter dans les cinq a dix ans à venir 80 % de la demande d'équipements à charbon ", poursuit le PDG.

La nouvelle entreprise dénommée Alstom-Shanghai Electric Boilers, dont le siège opérationnel sera basé à Singapour, emploiera 7 500 salariés provenant pour moitié de chaque groupe. Le chiffre d'affaires cumulé atteindra 2,5 milliards d'euros. Les deux partenaires visent la Chine, bien sûr, mais aussi tous les marchés mondiaux.

" Ce partenariat nous donne certes accès au marché chinois toujours difficile à pénétrer, et un atout compétitif majeur en terme de taille et de savoir-faire, mais il est original car il est mondial. Nous exporterons partout où sont les besoins : en Russie, en Inde et dans les pays émergents ", se félicite M. Kron. Et de préciser : " Nos deux groupes conservent leur indépendance et seront concurrents pour la fourniture de centrales clés-en-main ou de services. "

Chaque partenaire apporte son savoir-faire mais aussi ses actifs. Pour Alstom, il s'agit d'usines à Neumark (Allemagne), Chattanooga et Windsor (Etats-Unis), Durgapur (Inde) et Wuhan (Chine), ainsi que de centres d'ingénierie situés à Stuttgart (Allemagne), Ashby (Royaume-Uni), et Massy (France).

Quant à Shanghai Electric, qui se classe parmi les trois premiers fabricants chinois, ses activités sont surtout basées à Shanghaï.

Alstom se fait fort de développer des centrales à charbon propres, en jouant sur tous les leviers : utiliser une mixité de combustibles selon les ressources et les besoins des pays et surtout améliorer l'efficacité des centrales. Les équipements modernes affichent un rendement de 40 % à 50 % et le parc installé de moins de 30 %. Enfin, les équipes de recherche et développement d'Alstom travaillent à mettre au point des systèmes de capture et de stockage de gaz carbonique limitant l'émission de gaz à effet de serre, qui pourraient être mis en oeuvre dès 2015.

Mercredi, le titre Alstom avait bondi à la Bourse de Paris de 4,02 %, anticipant un accord dont l'annonce a été repoussée à deux reprises. Jeudi, à 10 heures, le titre poursuivait sa progression et gagnait encore 1,22 %, à 44,26 euros.

Isabelle Rey-Lefebvre

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lundi 21 mars 2011

En Chine, Alstom investit pour s'imposer sur le marché du transport du courant

Les Echos, no. 20894 - Industrie, lundi, 21 mars 2011, p. 26

Alstom a inauguré vendredi un centre de recherche à Shanghai. Le but est de s'adapter à ce marché devenu incontournable et sur lequel se définissent les normes de demain.

S'adapter au marché chinois pour rester dans la course. C'est pour répondre à cet impératif que la branche d'Alstom spécialisée dans les réseaux électriques a inauguré, vendredi à Shanghai, un centre de recherche et développement spécialisé dans le courant à ultra-haute tension. Le PDG, Patrick Kron, a fait le déplacement pour insister sur l'importance de cet investissement de 47 millions d'euros.

De fait, la Chine est si centrale pour cette industrie qu'y être compétitif semble devenu une condition de survie à long terme. La demande d'électricité devrait plus qu'y doubler d'ici à 2020. Le douzième plan quinquennal prévoit donc un investissement de 2.500 milliards de yuans dans les réseaux (270 milliards d'euros) d'ici à 2015, dont 500 milliards pour les réseaux à ultra-haute tension.

Il y a urgence. Historiquement, le transport électrique était géré par les provinces. D'où l'absence de cohérence du réseau national. Et l'absurdité d'un système dans lequel, selon les mots du représentant en Chine d'un des leaders mondiaux de l'énergie, « on sature le réseau ferroviaire avec des trains bourrés de charbon pour les envoyer dans les zones de consommation d'électricité, plutôt que d'acheminer des électrons, ce qui serait nettement plus logique ».

Vers un « réseau intelligent »

Aujourd'hui le même problème se pose pour l'éolien : d'après une récente étude révélée par le « China Daily », plus de la moitié de l'énergie produite grâce au vent serait ainsi perdue, faute de raccord au réseau.

Au-delà des énormes investissements à venir, la Chine est surtout « en train de définir les normes de demain dans cette industrie », estime Patrick Schuler, qui dirige la stratégie en Chine d'Alstom Grid. D'abord, elle est la première à vouloir transporter, à grande échelle, du courant supérieur à 1.000 kilovolts, ce qui suppose un effort de recherche pour tous les acteurs du secteur.

Ensuite, les stratèges chinois ont fixé l'objectif, à l'horizon 2020, de disposer d'un « réseau intelligent » (« smart grid »). Un terme qui fait référence à la capacité du réseau à limiter au maximum la déperdition d'énergie. Ce qui recouvre plusieurs réalités, comme le fait de gérer un apport d'électricité inconstant en raison du vent (pour les éoliennes) ou de la météo (pour le solaire), ou encore l'optimisation en temps réel du « trafic » électrique, ce qui renvoie au développement de logiciels comme ceux d'Alstom. Bref, il devient impératif de s'adapter et de « devenir chinois en Chine », ajoute Patrick Schuler.

La bataille s'annonce toutefois intense. Grâce à l'acquisition des actifs d'Areva, Alstom n'est certes pas peu fier de s'être fait une petite place, avec ses 12 usines et ses quelque 2.000 salariés en Chine, dans un marché que semblaient s'être tacitement partagé deux géants, ABB et Siemens (au premier le nord du pays, au second le sud). Mais désormais, tous les grands de l'énergie sont là, et multiplient les investissements. China State Grid, qui gère 85 % du réseau du pays, annonce des partenariats tous azimuts, le dernier en date avec l'espagnol Red Electrica. General Electric, plus offensif que jamais, a également signé avec le mastodonte chinois pour coopérer dans la définition des futures normes de « smart grid ».

Gabriel Grésillon

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lundi 13 décembre 2010

Ferroviaire : Alstom veut repartir à l'offensive en Chine - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20821 - Industrie, mercredi, 8 décembre 2010, p. 22

Le groupe français a signé, hier à Pékin, un accord de partenariat que la Bourse de Paris a salué avec enthousiasme. Reste pourtant à convertir le principe d'une collaboration en véritables contrats.

La Bourse de Paris a salué avec enthousiasme, hier, l'annonce par Alstom de la signature d'un « accord de coopération stratégique à long terme » avec le ministère chinois des Transports ferroviaires. Le titre Alstom a bondi de plus de 4 % en matinée, pour terminer en progression de 4,51 %, à 34,085 euros, les investisseurs se réjouissant de voir le champion tricolore reprendre pied sur le premier marché ferroviaire au monde.

Le texte repose sur deux piliers. Le premier consiste en un engagement des deux partenaires à « rapidement développer leur collaboration dans de nombreux domaines clefs du transport ferroviaire ». Sont potentiellement concernés le matériel roulant, qu'il s'agisse des locomotives, de la grande vitesse ou des trains intercités, mais également la signalisation, un domaine où Alstom est « un peu moins actif en Chine qu'ailleurs », reconnaît Patrick Kron, le PDG d'Alstom, venu à Pékin pour l'occasion. L'autre pilier repose sur l'ouverture de voies de collaboration entre le groupe français et des partenaires locaux afin de faire des offres conjointes sur des marchés tiers.

Le texte ne mentionne toutefois, à ce stade, aucun projet précis. Et lorsqu'on l'interroge sur les objectifs que son groupe a en tête, Patrick Kron reste évasif préférant « se donner trois mois pour travailler ensemble sur les deux chantiers qu'ouvre le partenariat » afin d'aboutir rapidement à des propositions concrètes. Mais il se réjouit du fait que l'accord « témoigne de la reconnaissance par le ministère du fait que nous sommes un acteur respectable et qu'il nous fait confiance ».

De fait, c'est peut-être là que réside la bonne nouvelle. Contrairement à la branche énergie du groupe, qui avait opté pour les transferts de technologie, Alstom Transport a préféré renoncer à vendre à la Chine certains de ses produits, son président, Philippe Mellier, allant jusqu'à critiquer ouvertement l'attitude du pays. Sans que cela soit officiellement reconnu, il s'en est suivi une période délicate pour l'entreprise tricolore. Pendant que Siemens et Bombardier vendaient leurs TGV en Chine, le groupe français restait à la traîne. Or celui-ci ne pouvait simplement pas se permettre de rester en marge d'un marché où se construisent « de 7.000 à 8.000 véhicules roulants chaque année », selon Dominique Pouliquen, qui dirige les opérations d'Alstom en Chine.

Un savoir-faire avancé

Le ton a donc changé : Patrick Kron et Dominique Pouliquen estiment que « la question des transferts de technologie est dépassée » car les Chinois disposent désormais d'un savoir-faire avancé, notamment dans la grande vitesse. « Il ne s'agit plus de transférer des savoir-faire, mais de collaborer ensemble, dans une relation équilibrée, sur des projets intelligents, et par exemple de concevoir ensemble certains produits », a tranché le PDG.

Il est vrai que la Chine est désormais le plus grand pays au monde dans le transport ferroviaire, comme en a témoigné l'annonce, la semaine dernière, d'un nouveau record du monde de vitesse pour une rame non modifiée, à 486 km/h. Le canadien Bombardier a d'ailleurs annoncé, hier, la signature d'un texte largement similaire à celui présenté par Alstom. Et tout aussi flou.

GABRIEL GRÉSILLON

Un marché sans équivalent

L'Etat chinois prévoit d'investir 300 milliards de yuans d'ici à deux ans pour l'achat de matériel roulant. Il y a actuellement 86.000 km de lignes dans le pays. L'objectif est d'en avoir 120.000 dans dix ans, dont 50.000 dédiées à la très grande vitesse. Plus de 10.000 km de lignes de grande vitesse et très grande vitesse sont en construction. En 2012, le pays comptera 13.000 km de lignes pour le transport passager, dont 8.000 dédiées à la très grande vitesse.

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mercredi 3 novembre 2010

DOSSIER - Comment la Chine a fait plier Sarkozy



Libération, no. 9168 - Événement, mercredi, 3 novembre 2010, p. 2

Durant la tournée du chef d'Etat chinois, Paris va parler business et tenter de faire oublier la crise tibétaine.

Un tapis rouge, les honneurs militaires et de gros contrats en perspective, rien n'est de trop pour enterrer deux années de froid entre Paris et Pékin. A partir de demain, Nicolas Sarkozy accueille son homologue chinois, Hu Jintao, pour une visite d'Etat de trois jours à Paris et Nice.

Certes, cette visite comporte un volet économique important. La France espère vendre à la Chine une centaine d'Airbus et obtenir la construction des tranches 3 et 4 de la centrale nucléaire de Taishan, dans le sud du pays. Selon Les Echos, Areva devrait officialiser la signature d'un contrat de 3 milliards de dollars avec l'électricien chinois CGNPC pour la livraison de 20 000 tonnes d'uranium sur dix ans. Paris, qui prendra les rênes du G20 le 12 novembre, entend aussi évoquer une réforme du système monétaire international au moment où Pékin est accusé de maintenir son yuan à un niveau sous-évalué.

Tibet. De son côté, la Chine veut «renforcer sa coopération stratégique avec la France».

Dans un entretien au Figaro Hier, Hu Jintao a plaidé pour le développement «à pas assurés» de la coopération économique entre les deux pays. Il souhaite l'élargir à l'environnement, les économies d'énergie et les technologies de l'information.

Mais cette visite vise d'abord à faire oublier la crise née au printemps 2008 autour de la question du Tibet. Quand Sarkozy appelait alors Pékin à la «fin des violences» à Lhassa et menaçait de boycotter la cérémonie d'ouverture des JO en l'absence de pourparlers entre Chinois et Tibétains. Pis, après des mois de tergiversations et de renoncements, il serrait en catimini la main du dalaï-lama en Pologne. Au grand dam des Chinois qui entamaient des mesures de rétorsion.

Depuis, histoire de bien tourner la page, la France a envoyé missi dominici et élus pour réchauffer une relation distendue. En avril, pour la quatrième fois en trois ans, Sarkozy s'est lancé dans une opération séduction envers les «amis chinois». En retour, suprême honneur, son épouse a eu droit à une reprise de deux de ses chansons par la fanfare de l'armée populaire. Pékin avait vraisemblablement oublié que Carla Bruni-Sarkozy avait reçu des mains du dalaï-lama l'écharpe blanche de la félicité tibétaine.

Muet. Surtout, l'Elysée a évité tous les sujets qui fâchent. Le Château est même devenu muet. A la différence de Barack Obama et d'Angela Merkel, Nicolas Sarkozy est resté totalement silencieux après l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo. «La diplomatie française à l'Elysée et au Quai d'Orsay reste sinophile, telle qu'elle a été établie depuis quarante ans par les gaullistes», analyse le sinologue Jean-Luc Domenach.

Le chef de l'Etat semble être revenu à une approche pragmatique avec la Chine. C'est en fait un retour à novembre 2007, quand le Président fraîchement élu et rentré de Pékin trompettait avoir signé pour 20 milliards de contrats. Rendez-vous samedi pour un bilan sonnant et trébuchant des retrouvailles sino-françaises.


Aux petits oignons avec le géant chinois - Arnaud Vaulerin

Depuis deux ans, lobbyistes, hommes politiques et patrons français «amis de Pékin» se démènent pour réchauffer les relations entre Paris et le géant asiatique. En s'appliquant à faire taire les critiques sur les droits de l'homme.

Ils n'auront pas ménagé leurs efforts. Dans la classe politique et les milieux économiques français, nombreux sont ceux qui vont pousser un ouf de soulagement avec la venue de Hu Jintao en France. Depuis 2008, ces amis de la Chine veulent faire oublier le passage calamiteux de la flamme olympique à Paris et la discrète poignée de main de Sarkozy avec le dalaï-lama en Pologne qui ont tant chahuté les relations diplomatiques et parasité le business.

«La page des hésitations est définitivement tournée», assurait dimanche Jean-Pierre Raffarin dans le JDD. L'ancien Premier ministre est le grand ami de Pékin et le monsieur bons offices de la politique française en Chine. Avec ses trente ans d'activisme, le casque bleu Raffarin a toujours eu l'oreille des autorités ces derniers mois, pourtant fâchées par Nicolas Sarkozy, jugé «imprévisible». Les Chinois n'ont pas oublié la visite officielle de Raffarin en 2003, en pleine épidémie du Sras. Lui ne rate jamais l'occasion de fanfaronner à ce sujet. Au pire de la crise tibétaine, au printemps 2008, le sénateur du Poitou s'était rendu à Pékin, porteur d'une lettre de Nicolas Sarkozy et d'un courrier de Jacques Chirac, l'autre grand ami de l'Empire du milieu. A son retour, en partisan de la «non-violence», il se laissait aller sur RTL : «La Chine a quitté la route de la dictature.» En toute logique, il a milité pour que Sarkozy assiste à la cérémonie des JO de Pékin en août 2008. «Raffarin, c'est la clé de voûte du lobby prochinois en France, analyse une sinologue. Il est devenu apolitique, il accompagne la signature des contrats.»

Pacificateur. L'ancien Premier ministre se rend en Chine quatre fois par an. Multiplie les rapports, les échanges avec le ban et l'arrière-ban des autorités chinoises, joue les médiateurs, les pacificateurs. En février 2009, à l'occasion du 45e anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, il débarque à Pékin avec une quinzaine de parlementaires et de personnalités de la société civile. Via sa Fondation Prospective et Innovation, il entend ainsi mettre en oeuvre un programme «Young leaders» destiné à mieux faire connaître la Chine à de jeunes dirigeants politiques français. A leur retour, les élus signent une tribune dans Le Figaro : «La Chine considère que la France, pays "ami", a manifesté une forme d'ingérence dans ses affaires intérieures», écrivent ces huit parlementaires, qui reprennent à leur compte le discours chinois. Ils appellent à «prendre au sérieux, et avec une certaine gravité, les deux avertissements récents donnés par les autorités chinoises» : le report du sommet Europe-Chine qui devait se tenir en décembre 2008 à Lyon et le boycott de la France par Pékin quand, en janvier 2009, le Premier ministre Wen Jiabao a soigneusement évité Paris lors de voyages d'affaires en Europe.

Les autorités françaises ont compris qu'elles risquaient gros à ce moment-là. Les délégations vont alors se multiplier. Les amis de la Chine ouvrent tous les canaux de dialogue possible. En avril 2009, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, est dépêché en mission diplomatique, porteur d'une lettre d'invitation de Sarkozy à Hu Jintao. Six mois plus tard, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, accompagnée des PDG de Danone, EADS et Carrefour, passe trois jours très actifs à Pékin. La ministre est l'une des chevilles ouvrières des retrouvailles avec Pékin. Sa secrétaire d'Etat au Commerce extérieure, Anne-Marie Idrac, qui se rend tous les six mois en Chine, n'est pas en reste. François Fillon prend le même soin à éviter les sujets qui fâchent et à amadouer les Chinois. Même Xavier Bertrand, patron de l'UMP, fait le voyage pour signer un improbable accord avec le Parti communiste chinois qui a fait tousser dans la majorité.

Mais la sinophilie transcende les courants partisans. Jean Besson, sénateur PS de la Drôme, se souvient des «milliards et des contrats perdus» en 2009. Président du groupe interparlementaire France-Chine qui fédère 120 sénateurs de tous horizons, il se campe en «sinoréaliste» : «Il n'est pas possible de faire l'impasse sur la future première puissance économique du monde», dit cet ami de Pékin qui se rend en Chine deux fois par an et qui, par le passé, a multiplié les échanges entre sa région Rhône-Alpes et Shanghai. Il cite Jaurès - «il faut aller à l'idéal et comprendre le réel» - avant d'affirmer que «Nicolas Sarkozy a eu raison de ne rien dire après l'attribution du prix Nobel à Liu Xiaobo. Ça aurait eu des conséquences financières et économiques».

Ce discours est de mise depuis des mois dans les milieux économiques. Le Comité France Chine est l'étage supérieur de la coopération commerciale entre les deux pays. Alstom, Areva, LVMH, Renault, Total... toutes les grandes entreprises adhèrent à cette structure associative qui dépend du Medef. Depuis trente ans, c'est la vitrine du monde des affaires français. Présidé par le PDG de Schneider Electric, Jean-Pascal Tricoire, le comité met en relation les responsables économiques et politiques des deux pays, organise les visites des délégations chinoises en France - comme celle de Hu Jintao - et, tout au long de l'année, prépare des tables rondes entre maires, experts, chefs d'entreprises. On y croise la fine fleur du patronat français, des ministres, un ancien président de la République.

«Tout va bien». A la tête d'un autre organisme, le Cercle franco-chinois, créé sur les conseils de Deng Xiaoping et d'Alain Peyrefitte, Jacques Van Miden s'active pour que les entreprises françaises investissent sur un «marché de 1,3 milliard d'habitants qui, eux, travaillent plus que 35 heures». Expert étranger auprès des autorités de Pékin, il conseille surtout des PME et des PMI et tente de les «introduire dans les instances nationales ou locales». Plus chinois que les Chinois, Van Miden estime qu'«il faut arrêter de tirer sur les ambulances à propos des droits de l'homme. Ils font ce qu'ils peuvent. Ce n'est pas la peine de demander la libération du Prix Nobel, ce sera non».Pour lui, «tout va bien». Il en veut pour preuve les accords de coopération qui se nouent entre collectivités locales françaises et territoires chinois. Comme pour la région Paca, dont le président PS Michel Vauzelle rentre de mission à Canton et à Shanghai. En Paca précisément où Hu Jintao achèvera samedi sa visite d'Etat.

PHOTO - French President Nicolas Sarkozy (L) greets Chinese President Hu Jintao and his wife Liu Yongqing prior to the welome banquet at the Great Hall of people in Beijing on August 8, 2008. World leaders have been arriving in the Chinese capital to attend the opening ceremony of the 2008 Beijing Olympic Games later in the day.

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mardi 2 novembre 2010

ENQUÊTE - Crise : le groupe Alstom à l'entrée du tunnel - Yann Philippin



Libération, no. 9167 - Économie, mardi, 2 novembre 2010, p. 12

Ex-star du secteur ferroviaire et de l'énergie, le français est à la peine. Quatre chantiers l'attendent.

Un grand merci à Noursoultan Nazarbaïev. En accordant jeudi à Alstom une mégacommande de locomotives à 1,3 milliard d'euros, le président kazakh a offert au groupe français une bouffée d'oxygène dont il avait grand besoin. Et un troisième succès en une semaine, si on ajoute une centrale à Singapour et des métros pour Montréal. De quoi calmer le bouillant PDG, Patrick Kron, visiblement énervé lorsqu'on tente, en marge d'une soirée mercredi à Paris en l'honneur de Nazarbaïev, d'évoquer avec lui les difficultés d'Alstom. Il s'expliquera après-demain lors de l'annonce des résultats semestriels. «Kron n'est pas à l'aise en ce moment», compatit un industriel. Il faut dire que le mois d'octobre a été pénible.

Il y a eu l'humiliante défaite du contrat Eurostar, qui a vu la SNCF acheter, pour la première fois de son histoire, des trains à grande vitesse à l'allemand Siemens. Quelques jours plus tôt, Alstom avait annoncé 4 000 suppressions d'emplois dans sa branche énergie (dont 100 en France) pour faire face à la chute des commandes (-36% sur le premier trimestre). Sans compter un cours de Bourse qui sombre : -26% depuis le début de l'année. «Ils sont détestés par les marchés après avoir été des stars. C'est l'investissement que tout le monde regarde comme dangereux», confie un analyste financier.

«Ajuster». Après les années d'euphorie qui ont suivi la quasi-faillite et le sauvetage d'Alstom par Patrick Kron et Nicolas Sarkozy en 2004, le retour sur Terre est brutal. Même si le patron assure que le groupe paie, un peu plus tard que les autres, son tribut à la crise. La consommation électrique mondiale a baissé en 2009 pour la première fois depuis cinquante ans, ce qui a gelé les projets de centrales. «J'avais dit que [...] si le marché ne repartait pas, nous aurions besoin de nous ajuster», a-t-il rappelé. Sauf que la crise a révélé les faiblesses du champion tricolore, qui perd des parts de marché face à Siemens ou à l'américain General Electrics : coûts trop élevés, diversification tardive dans l'éolien, faible présence en Chine. Sans oublier l'arrivée de nouveaux concurrents chinois et coréens qui écrasent les prix. Or, Alstom a réagi après et moins fort que Siemens, qui a supprimé 12 600 postes l'an dernier. La Société générale estime déjà que le plan d'économies ne suffira pas à régler les «problèmes structurels» d'Alstom. Des analystes réclament de nouveaux sacrifices pour préserver la rentabilité. «Ils ont sous-entendu qu'ils le feraient si la reprise ne venait pas», indique l'un d'entre eux. «Il n'y a pas d'autre plan en préparation», assure une source proche du groupe.

«Épouvantables».«Patrick Kron n'est pas du genre à se laisser démonter», dit-on dans son entourage. «Il a prouvé lors de la crise de 2004 qu'il pouvait sortir de situations épouvantables», ajoute un observateur. Le PDG a déjà réorganisé ses deux divisions. Et mise beaucoup sur l'activité de transmission électrique haute tension récemment rachetée à Areva. Pour Alstom, les vraies difficultés ne font que commencer. Passage en revue de ses quatre principaux chantiers.


Résoudre le casse-tête chinois
Rétif aux transferts de technologies, Alstom a du mal à percer en Chine.

C'est l'un des plus gros marchés mondiaux. Mais la Chine ne pèse que 4% des ventes d'Alstom, tous métiers confondus. Malgré ses 6 000 salariés sur place et quelques succès (métros, turbines hydrauliques), le français n'a pas remporté de gros contrats depuis deux ans. La faute à ses concurrents locaux dans l'énergie, qui détiennent 80% du marché. Mais aussi à la méfiance d'Alstom face aux transferts de technologies exigés par les Chinois. Le français a déjà été pillé deux fois. Il a transféré un procédé de dépollution avec interdiction de l'exporter. Mais son partenaire chinois a cessé de payer les royalties et s'en est servi pour remporter un marché en Bulgarie.

Alstom a aussi retrouvé ses technologies dans des trains chinois vendus à l'étranger. D'où son refus de transférer son dernier modèle de TGV, l'AGV. Sauf que le canadien Bombardier et l'allemand Siemens l'ont fait, avec à la clé des mégacommandes pour 240 trains. Siemens a poussé très loin la coopération, allant jusqu'à postuler avec les Chinois pour le TGV saoudien ! «Maintenant que le mal est fait, Alstom pourrait y aller à son tour», suggère un expert. «Ce serait nous tirer une balle dans le pied», réplique une source interne au groupe. Le français pousse quand même quelques pions, comme le montre l'accord signé en septembre avec deux groupes chinois pour se développer dans le transport urbain. «Leur faiblesse chinoise est à double tranchant, conclut un analyste : Ils risquent de perdre de belles opportunités, mais s'exposent moins sur un marché difficile.»


Les groupes asiatiques proposent des prix plus compétitifs.

Il a suffi, le 10 septembre, que le chinois Harbin Power remporte une commande dans le secteur de l'énergie en Inde à un prix massacré pour que l'action Alstom dévisse de 3,98%. Le français a eu beau jurer qu'il «n'a jamais été dans la course» pour ce contrat, ça n'a pas calmé l'inquiétude des marchés. Car Alstom doit affronter de nouveaux rivaux chinois et coréens qui pratiquent des tarifs inférieurs de 30%. Grâce aux transferts de technologies consentis par les Occidentaux, ils fabriquent déjà des turbines, des trains, et même des TGV de dernière génération. Pour l'instant, ils visent surtout les pays émergents... mais se positionnent déjà en Europe et aux Etats-Unis. Selon Morgan Stanley, 79% de l'activité d'Alstom est exposée à cette concurrence low-cost. Sans qu'il ait toujours les armes pour y répondre, à cause d'une présence trop faible dans les pays à bas coûts.

Message reçu 5 sur 5. Alstom a réorganisé sa division énergie pour transférer sa production et même des centres de décision vers l'Inde ou la Chine. «Sur les coûts, on n'a peut-être pas agi assez, mais on fait maintenant le nécessaire», a déclaré aux Echos le patron de la branche, Philippe Joubert. Idem pour les composants. «Un ingénieur installé à Belfort va plutôt acheter autour de Belfort. S'il est en Inde, il cherchera des fournisseurs en Inde.» Le groupe souligne toutefois qu'il réalise la moitié de son business dans les pays émergents. Et qu'il vient d'être sélectionné pour un gros contrat de turbines en Inde... face à un concurrent chinois.

PHOTO - Alstom transport's CEO Phillipe Mellier (R) and Kazakh rail company KTZ CEO Askar Mamine (2nd L) sign agreements as France's President Nicolas Sarkozy (R top) and Kazakhstan President Nursultan Nazarbayev (L top) look on at the Elysee Palace in Paris October 27, 2010.

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mardi 22 juin 2010

ENQUÊTE - Comment Alstom s'est fait piéger par son allié chinois - Claude Barjonet


Les Echos, no. 20703 - L'enquête, mardi, 22 juin 2010, p. 10

Son ancien partenaire le concurrence désormais sur ses propres marchés...

L'industriel français a entamé un long combat judiciaire contre le chinois Insigma, avec lequel il avait noué un accord de licence en 2004. Non content de s'être approprié sa technologie, ce dernier participe maintenant à des appels d'offres financés par l'Union européenne.

La fréquentation des hommes d'affaires chinois de la province côtière du Zhejiang, au sud de Shanghai, ne sourit décidément pas aux industriels français. Il y a un an, Schneider Electric avait dû indemniser son concurrent local Chint après avoir perdu un procès en contrefaçon, au cours duquel il avait pourtant prouvé son antériorité sur les brevets du produit concerné. En octobre dernier, Danone avait rendu les armes dans le conflit l'opposant à Zong Qinghou, son ancien partenaire au sein de la coentreprise Wahaha. C'est désormais au tour d'Alstom de se retrouver piégé par son allié local. Piégé en Chine, mais aussi, et c'est une première, en Bulgarie et en Roumanie... Sur des marchés financés par l'Union européenne. Une histoire si édifiante, qu'elle a récemment conduit le groupe français à raconter ses mésaventures à des députés européens médusés.

Tout commence en 2004, par la signature d'un accord de licence entre Alstom et la société Insigma Technologies. Créée trois ans plus tôt par l'université du Zhejiang, cette start-up se lance d'abord dans les services informatiques, passant notamment des accords de partenariat avec des industriels tels qu'IBM, Intel ou Sony. Mais, très vite, elle se diversifie dans d'autres secteurs. C'est ainsi qu'elle en vient à conclure avec Alstom un accord lui donnant accès, pour le seul marché chinois, à une technologie de « désulfuration humide ». Un procédé de lutte contre la pollution de l'air, qui permet de capter les dioxydes de soufre émis par des centrales thermiques de production d'électricité.

Dans un premier temps, tout se déroule normalement et six projets basés sur cette technologie sont lancés en 2005. « Mais, en 2006, explique-t-on chez Alstom, Insigma cesse de payer les royalties et transfère la licence à une de ses filiales, Insigma M&E, en violation de l'accord de licence. » En mai de la même année, Alstom, qui n'avait jamais rencontré un tel problème en Chine, attaque alors Insigma devant la Cour internationale d'arbitrage de Singapour, comme le prévoit leur accord au cas où surviendrait un litige entre eux. Près de quatre ans plus tard, le 18 janvier 2010, le tribunal de Singapour donne pleinement raison à l'industriel français, jugeant que l'entreprise chinoise a effectivement violé l'accord de licence en arrêtant le paiement des redevances, en transférant la technologie à l'une de ses filiales, en l'utilisant en Chine, mais également - les preuves ne sont à l'époque pas formellement établies -en ayant une « sérieuse intention » d'en faire autant à l'export. La cour condamne en conséquence Insigma à verser 26,6 millions de dollars d'indemnités à Alstom. Un chèque qu'il a cependant du mal à encaisser : en vertu de la procédure dite d'Exequatur, la décision arbitrale de Singapour ne pourra être rendue exécutoire qu'après un jugement prononcé en Chine.

Des années de procédure

Si le tribunal arbitral soupçonne aujourd'hui Insigma d'avoir voulu concurrencer d'emblée Alstom sur des marchés extérieurs, c'est qu'entre la plainte de mai 2006 et le jugement de janvier dernier, l'industriel français a effectivement vu son ancien partenaire débarquer en Europe. Pour ce faire, Insigma - qui n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet -s'est allié à Idreco, une société italienne d'ingénierie. Le duo lance une première offensive en répondant, en 2007, à un appel d'offres pour la centrale électrique roumaine de Rovinari, un marché d'environ 150 millions d'euros. Mais, malgré un prix cassé, ils ne sont pas retenus, leur offre étant jugée techniquement insuffisante. En 2008, en revanche, Insigma et Idreco, toujours moins-disants, remportent contre Alstom et un autre concurrent l'appel d'offres pour la centrale de Maritza East 2 en Bulgarie. Ironie du sort, ce contrat d'une centaine de millions d'euros bénéficie de 36 millions d'euros de financements de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), et de 34 millions provenant du fonds communautaire Ispa, destiné à aider les nouveaux pays entrants à se mettre aux normes de l'Union européenne, notamment en matière d'environnement.

Commence alors, pour Alstom, un kafkaïen parcours judiciaire. Localement, ses avocats saisissent un tribunal administratif, mais sont déboutés en un temps record en première instance, puis en appel, la justice bulgare se déclarant étrangement incompétente dans une affaire bénéficiant d'un financement international. Parallèlement, le groupe français porte le dossier devant la BERD. Mais celle-ci, sans qu'on sache pourquoi, ne remet pas en question l'appel d'offres. Alstom décide alors, en janvier 2009, de porter plainte pour fraude au niveau communautaire. Et pour étayer son dossier, demande au Bureau Veritas un travail qui aurait dû être fait avant même le lancement de l'appel d'offres bulgare : vérifier la réalité des références avancées par Insigma et Idreco en matière d'équipements de désulfuration. En trois semaines, Bureau Veritas apporte la preuve qu'Insigma avait menti.

Cette fois, la BERD et la Commission réagissent, enfin. La première ouvre une enquête en mars 2009 et suspend le financement du projet de Maritza East 2. La seconde lance une autre enquête en juillet, par le biais de l'Organisme de lutte antifraude (Olaf), son bras armé en la matière. Comme la BERD, Bruxelles suspend temporairement ses paiements. Pendant ce temps-là, en Bulgarie, l'affaire tourne au scandale : le ministre de l'Economie, Traicho Traikov, reconnaît publiquement que le consortium Insigma-Idreco « n'avait pas été complètement honnête » dans la présentation de ses références industrielles. Mais, à ce jour, le résultat de l'appel d'offres n'a toujours pas été remis en cause, et les conclusions des enquêtes diligentées par la Berd et l'Olaf n'ont pas été rendues publiques. Un immobilisme qui étonne le député européen Damien Abad (Nouveau Centre) : dans une question écrite posée le 18 mars dernier à la Commission, il demandait : « Sachant que les conclusions de l'Olaf ne sont ni publiques ni communiquées aux parties concernées, par quels moyens l'Union européenne peut-elle mieux exploiter les conclusions sur les actions frauduleuses pour la future attribution de fonds européens au niveau national ou régional ? » A quoi la Commission répondait, le 6 mai, qu'elle « est d'avis qu'il ne serait pas raisonnable d'envisager la publication des conclusions de l'Olaf ». « En effet, poursuit-elle, les enquêtes conduites [par ce dernier] peuvent faire l'objet d'un suivi judiciaire ou administratif », et ses conclusions sont « dans l'attente d'une décision judiciaire, sans préjudice de la présomption d'innocence ». En clair : il y en a encore pour des années de procédure.

Variante roumaine

Seule avancée, si l'on peut dire : face à la suspension des aides de la BERD et de la Commission, la centrale de Maritza doit vite trouver de nouveaux financements, car si son installation de désulfuration n'entre pas en service d'ici à novembre 2011, la Bulgarie pourra être poursuivie pour non-respect de la législation européenne sur la pollution de l'air. Aux dernières nouvelles, souligne un observateur, les Bulgares chercheraient un financement chinois !

Mais Alstom n'en a pas fini avec Insigma... Car, en Roumanie, le groupe va de nouveau se retrouver face à son ancien partenaire. Il s'agit cette fois de la centrale de Craiova. Un contrat de 50 millions d'euros, financé à hauteur de 21,8 millions par le contribuable européen via le Feder (Fonds européen de développement régional), et qui ressemble beaucoup à l'affaire bulgare, avec quelques variantes savoureuses. Au printemps 2009, Alstom, moins-disant, remporte l'appel d'offres, mais le tandem Insigma-Idreco, associé pour l'occasion à l'entreprise roumaine Romelectro, contre-attaque aussitôt. Comme leurs confrères bulgares, les juges roumains tranchent en quelques semaines en faveur du chinois, cassant en juillet l'attribution du contrat à Alstom, au motif que son offre n'était pas conforme techniquement. Ils déboutent en outre le français en appel, en mars 2010, devant le tribunal de Cluj. Il faut dire que le ministre de l'Industrie, Adriean Videanu, s'en est mêlé personnellement, demandant par écrit au juge de rejeter la plainte d'Alstom.

Le plus beau dans l'affaire de Craiova, c'est l'attitude d'un certain Corneliu Ditescu. Au moment du lancement de l'appel d'offres, il dirigeait le complexe de Craiova et était à ce titre membre de la commission d'évaluation. Mais, en octobre dernier, Romelectro, l'associé local d'Insigma, l'embauche pour piloter le projet d'équipement de la centrale de Craiova ! Interrogé par le journal en ligne roumain HotNews.ro, Corneliu Ditescu se contentait, en mars dernier, de déclarer : « Je pense que chaque homme a le droit de travailler où il veut » Pour sa part, Alstom a saisi l'Olaf, au motif, notamment, qu'Insigma avait eu un accès illicite à son offre, et saisi la Direction générale du marché intérieur de la Commission européenne.

Lourdeurs communautaires

Quels enseignements tirer de ces affaires ? Cofondateur du Forum contre la fraude, la contrebande et le crime organisé, créé en octobre dernier pour sensibiliser les autorités européennes à la nécessité de mieux lutter contre ce genre de pratiques, le député européen allemand Andreas Schab salue d'abord la démarche d'Alstom, qui n'a pas craint d'alerter le Parlement européen, alors que, bien souvent, des entreprises victimes de telles pratiques préfèrent se taire. Reste le problème de fond : comment mieux protéger les entreprises européennes contre des violations aussi manifestes des règles du commerce international ? Parmi les pistes envisagées, Andreas Schab demande notamment un renforcement de l'action des douanes et une plus grande transparence des conclusions des enquêtes menées par l'Olaf.

Chez Alstom, on évoque également d'autres actions qui permettraient aux instances communautaires de réagir bien plus rapidement. Comme l'amélioration de la communication entre les différents services communautaires, qui ont par trop tendance à jouer au ping-pong sur un dossier qui devrait être appréhendé globalement. En la matière, il existe par ailleurs des moyens de protection dont l'efficacité n'est plus à démontrer : en vertu de l'article 337 d'une loi sur le commerce extérieur votée en 1930, les Etats-Unis ont par exemple le pouvoir de bloquer rapidement l'offensive d'un fournisseur étranger ne respectant pas les droits de la propriété intellectuelle. Un dispositif dont l'Europe aurait tout intérêt à s'inspirer...

CLAUDE BARJONET

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