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mercredi 7 septembre 2011

Droits de douane sur les pneus: Pékin "regrette" la décision de l'OMC


AFP - Journal Internet - Mardi 6 septembre 2011 - 06:39:37 GMT

La Chine a déclaré mardi "regretter profondément" le rejet en appel, par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), de sa plainte concernant l'augmentation des droits de douanes imposés par Washington aux importations de pneus chinois.

"La Chine regrette profondément cette décision" rendue publique lundi, a indiqué le ministère du Commerce dans un communiqué.

"La Chine demande aux Etats-Unis d'en finir aussi vite que possible avec ses mesures protectionnistes et de garantir un climat de concurrence équitable pour les sociétés chinoises", a-t-il ajouté.

L'OMC a confirmé en appel le rejet d'une plainte de la Chine concernant l'augmentation des droits de douanes imposés par Washington aux importations de pneus chinois, selon la décision d'appel publiée lundi.

A Washington, le représentant au Commerce extérieur américain, Ron Kirk, a estimé que cette décision qui compte 123 pages constituait une "énorme victoire pour les Etats-Unis, de même que pour les entreprises et travailleurs américains".

L'affaire concerne un décret signé en 2009 par le président américain Barack Obama instaurant des droits de douane supplémentaires sur toutes les importations de Chine de pneus pour véhicules de tourisme et véhicules légers pour une période de trois ans, à titre de mesure de sauvegarde, pour protéger l'industrie américaine du pneu.

La Chine avait alors saisi l'OMC pour contester cette mesure.

Une première décision avait été rendue en décembre 2010, donnant raison aux Etats-Unis.

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mercredi 4 mai 2011

Pascal Lamy ne veut pas croire à la mort de Doha - Ram Etwareea

Le Temps - Economie, mercredi 4 mai 2011

L'OMC maintient la Conférence ministérielle du 15 au 17 décembre à Genève

«C'est le moment, pour autant qu'il y en ait un, de penser et d'agir de façon systémique.» Nullement découragé par l'échec la semaine dernière de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de présenter un projet d'accord des négociations du Cycle de Doha, son directeur, Pascal Lamy, a exhorté mardi les pays à redoubler d'efforts, à faire des compromis et à reprendre les discussions.

Le directeur de l'OMC a accueilli avec un certain soulagement une proposition européenne de débloquer les négociations, notamment sur la réduction des droits de douane sur les produits industriels, ce qui a constitué le point d'achoppement. L'Union européenne espère qu'un compromis sera possible entre les Etats-Unis et la Chine, les deux pays dont les positions sont à présent très éloignées.

«Nous n'avons pas l'impression que ces derniers soient enchantés, mais il faut donner la chance à toutes les initiatives, a expliqué hier un diplomate qui a participé hier à la réunion du Conseil général, l'instance suprême de l'OMC. Nous savons que Chinois et Américains, appuyés par les Brésiliens et les Indiens, cherchent bilatéralement un compromis.»

Pour l'heure, Pascal Lamy ne voit pas d'autre alternative que de persévérer. «Il sait que Doha est réellement menacé de mort, mais en même temps, il ne peut pas mettre à la poubelle dix ans de travail, poursuit un autre diplomate. D'autant plus que les pays ont beaucoup à gagner même dans l'état actuel de négociation.»

Muni de son bâton de pèlerin, Pascal Lamy compte assister à trois conférences ministérielles (Organisation de coopération et de développement économiques à Paris; Pays les moins avancés à Istanbul; Coopération économique pour l'Asie-Pacifique au Montana, Etats-Unis) en mai et demander aux hommes politiques de prendre leur responsabilité. Il a convoqué une réunion du Conseil général à fin mai pour faire le point à partir de ses consultations.

«Il n'appartient pas au directeur de l'OMC de jeter l'éponge ou de songer à un plan B, explique l'un de ses proches. Invoquer un plan B signifie l'échec du plan initial qui est de parvenir à un accord de Doha d'ici à la fin de l'année, tel que l'avait décidé le G20 en décembre dernier.»

Par ailleurs, l'OMC veut maintenir sa conférence ministérielle prévue du 15 au 17 décembre 2011 à Genève. Au départ, les ministres devaient y signer l'accord de Doha. «Cette perspective étant désormais improbable, ils devront décider de la suite à donner aux négociations, explique un diplomate. Ils pourront se donner un nouveau délai ou encore réduire les ambitions de Doha.»

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mercredi 2 février 2011

TERRES RARES - Bruxelles prêt à une stratégie plus agressive - Anne Bauer

Les Echos, no. 20861 - International, mercredi, 2 février 2011, p. 9

La Commission européenne veut soulever la question de l'accès aux matières premières dans tous les accords commerciaux bilatéraux qu'elle conclut.

La Commission européenne veut bien apporter son appui à la présidence française du G20 pour lutter contre la spéculation agricole, mais elle s'inquiète aussi, et de façon plus pressante, des menaces qui pèsent sur l'approvisionnement de l'industrie européenne dans un certain nombre de minerais. Ceux-ci forment le coeur de la communication intitulée « Relever les défis sur les marchés des produits de base et des matières premières », qui est présentée aujourd'hui à Bruxelles.

En juin dernier, le commissaire chargé de l'Industrie, Antonio Tajani (PHOTO), avait publié un document qui identifiait 14 minerais dont l'approvisionnement était jugé critique à un horizon de 10 ans. Parmi ceux-ci se trouvent les fameuses terres rares, dont la Chine détient le quasi-monopole et dont elle a arrêté l'exportation vers le Japon pendant deux mois à la suite d'un conflit territorial. Or ce monopole devrait perdurer au moins encore une douzaine d'années, avant que d'autres projets ne se développent ailleurs dans le monde. Le gouvernement central chinois ne cesse de renforcer son contrôle sur ses terres rares, particulièrement utilisées dans les industries de pointe comme l'énergie solaire et éolienne, et il a récemment invoqué des raisons environnementales auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), afin de défendre sa nouvelle politique de quotas d'exportation.

A Bruxelles, on estime urgent de doter le continent d'une stratégie plus agressive pour sécuriser l'approvisionnement de l'Union. D'autant que la demande en minerais des pays émergents ne cesse d'augmenter, créant de plus en plus de tensions sur les prix. Antonio Tajani propose donc de réinscrire la question de l'accès aux ressources au coeur de la politique commerciale européenne. Déjà, en juin 2009, l'Union européenne s'était jointe aux Etats-Unis pour porter plainte contre la Chine auprès de l'OMC, afin de protester contre des restrictions d'exportations chinoises sur des matières comme la bauxite, le coke, le manganèse, le zinc, etc., qui sont autant de minerais utiles à la production d'acier, d'aluminium ou à l'industrie chimique.

Davantage de transparence

Dans sa communication, le commissaire propose de soulever la question de l'accès aux matières premières dans tous les accords commerciaux bilatéraux qu'elle conclut. Elle suggère aussi de suspendre les préférences douanières qu'elle accorde aux pays en développement dans le cadre de sa politique de développement, si les pays concernés prennent des mesures de restriction des exportations dans ce secteur des matières premières dites « critiques ». Enfin, elle souligne qu'il faut par ailleurs mobiliser une politique d'aide envers les pays africains pour les aider à développer leurs projets miniers dans des règles de bonne gouvernance et en appuyant l'Initiative pour la transparence des industries extractives, une initiative internationale appuyée par les Nations unies qui demande aux industries extractives davantage de transparence sur les contrats qu'elles passent avec les Etats.

Par ailleurs, la communication propose de renforcer la politique de recyclage des équipements électroniques, afin que ce gisement de matières premières reste bien en Europe et ne fasse pas l'objet d'exportations plus ou moins légales vers des pays tiers. A cet égard, la Commission suggère de mieux contrôler dans les ports les exportations de cargos pleins de vieux ordinateurs, vieilles voitures ou tous autres objets qui mériteraient d'être considérés comme un gisement de matières recyclables et non comme des objets de seconde main exportables vers la Chine, le Nigeria, ou l'Inde, où ils sont finalement recyclés dans des conditions environnementales impropres.



Des projets se développent hors de Chine
Laurence Boisseau

Le prix des terres rares a beaucoup grimpé. A terme, les nouveaux projets de développement hors de Chine pourraient changer la donne.

Dépendre d'un fournisseur unique, en l'occurrence la Chine, n'a rien de confortable. Surtout quand ce dernier baisse de manière inattendue et massive (40 %) ses quotas d'exportation et provoque une flambée des prix. En 2010, le néodyme, qui appartient à la famille des terres rares, très recherché pour ses qualités magnétiques et utilisé dans les microphones ou les voitures électriques, a grimpé de presque 100 % ; le dysprosium qui sert d'aimant permanent, de 91 %. A court terme, il y a de fortes chances que la tendance perdure. La Chine exploite 95 % des gisements de terres rares. La demande est toujours aussi forte ; l'offre est tendue. D'autant que l'ex-empire du Milieu a décidé de préserver davantage son environnement - une préoccupation qui n'était pas cruciale ces dernières années -et de juguler la production illégale de terres rares estimée entre 10.000 et 15.000 tonnes (soit 10 % de l'offre) en 2009.

Gisement en Australie

Mais, à force de craindre une pénurie, la donne pourrait bien changer. Ces terres ne sont pas si rares. Ces minerais existent un peu partout. « D'ici à 2015, six projets majeurs devraient pouvoir commencer à extraire ces minerais », commente Christophe Churet, analyste chez SAM Group à Zurich. Le plus avancé est celui de Lynas Corp. qui a prévu d'exploiter le Mount Weld, un gisement de terres rares dans l'Ouest australien. Il devrait être opérationnel dès cette année. L'américain Molycorp, qui a racheté la mine de Mountain Pass, en Californie, mine qui permettait aux Etats-Unis il y a vingt ans d'être le premier producteur de terres rares, devrait pouvoir extraire ces métaux dès l'an prochain. Selon Mike Elliott, responsable mondial du secteur mines chez Ernst & Young, ces deux mines pourraient à terme contribuer pour 25 % de la production mondiale de terres rares. Le canadien Great Western Minerals Group et Rareco ont obtenu un droit minier pour exploiter la mine de Steenkampskraal en Afrique du Sud. Enfin, des entreprises allemandes s'apprêtent à signer des accords de coopération avec le Kazakhstan. « D'ici à 2013-2016, la production pourrait bien dépasser la demande, surtout si certaines applications comme les voitures électriques ou les turbines à vent ne rencontrent pas le succès escompté. Alors, les prix baisseront, inéluctablement », commente Christophe Churet.

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OMC - Pascal Lamy veut révolutionner la façon de mesurer le commerce mondial

Le Temps - Economie, mercredi, 2 février 2011

«Made in China» est en réalité «Made in World»

Pour les Etats-Unis, la Chine, à cause de ses exportations massives, est responsable de leur déficit commercial qui ne cesse de se creuser. Mais pour l'Organisation mondiale du commerce (OMC), cette tension repose sur une façon obsolète de mesurer les échanges internationaux et qui donne une vision peu précise de la réalité.

Raison pour laquelle le gendarme du commerce mondial veut ouvrir un chantier pour revoir les techniques statistiques pour mesurer les échanges. Il ouvre le débat de mercredi à vendredi à Genève en présence de quelque 150 statisticiens issus de tous les continents.

Pascal Lamy, directeur de l'OMC, a donné le ton dans une chronique publiée la semaine passée dans le Financial Times. Il affirme que les tensions commerciales internationales disparaîtront dès qu'on changera la façon de mesurer les échanges. A présent, ils sont comptabilisés comme si un produit était fabriqué dans un seul pays alors même que, désormais, la chaîne de production implique une multitude de pays.

Il donne l'exemple d'un iPod assemblé en Chine par Apple, mais dont la recherche, design, marketing sont réalisés aux Etats-Unis et dont les composants sont fabriqués dans plusieurs pays. Citant une étude de la Banque asiatique de développement, il écrit que l'exportation de l'iPod contribue à creuser le déficit commercial américain avec la Chine de 1,9 milliard de dollars en 2006 alors même que la valeur ajoutée chinoise n'est que de 73,5 millions de dollars. Pascal Lamy estime que le déficit commercial américain avec la Chine, qui s'élevait à 252 milliards de dollars en novembre 2010, serait réduit de moitié, voire plus si le contenu importé des exportations était pris en compte.

L'OMC attend encore les premières réactions officielles de ses membres. Les Etats-Unis s'exprimeront sur la révolution proposée ce vendredi. Mais la Chine, par le biais du Quotidien du peuple, organe officiel de Pékin, épouse totalement la thèse de l'OMC.

«Evaluer le commerce mondial en se conformant au principe du pays d'origine ne reflète pas la complexité du commerce, où la conception, la fabrication et l'assemblage des produits impliquent plusieurs pays», explique un responsable de l'Institut national chinois de l'OMC. Le journal fait remarquer que, de janvier à novembre 2010, les exportations des entreprises étrangères installées en Chine ont totalisé 779 milliards de dollars, soit 54% des exportations totales.

Ram Etwareea

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mardi 25 janvier 2011

ANALYSE - L'Orient et l'Occident doivent coopérer - Martin Wolf


Le Monde - Economie, mardi, 25 janvier 2011, p. MDE2

La taille d'un pays est un facteur important de l'analyse économique. Si nous ne considérons que le niveau moyen de développement de la Chine, nous voyons un pays d'un niveau de vie équivalent à celui de la Thaïlande. Si nous ne prenons en compte que sa taille, nous voyons la deuxième économie du monde, le plus gros exportateur - si nous considérons les différents pays de l'Union européenne (UE) comme des économies séparées -, le deuxième importateur et le détenteur des plus grosses réserves de devises.

Les dirigeants chinois sont, naturellement et légitimement, attentifs à maintenir la stabilité et à atteindre la prospérité. Le reste du monde, de façon non moins naturelle et légitime, se demande comment Pékin va exercer sa puissance et sa responsabilité croissantes.

Jusqu'à présent, l'ajustement à l'émergence de la Chine a été très efficace, notamment si l'on réfléchit au fossé existant entre ce pays et les puissances actuelles dans les domaines de la culture, de l'histoire et des systèmes politiques. L'économie chinoise s'est montrée dynamique et de plus en plus guidée par le marché. L'Occident, en retour, s'en est accommodé. C'était la meilleure chose à faire.

Il suffit de comparer les coûts dévastateurs du protectionnisme américain et de la Grande Dépression dans l'entre-deux-guerres, à l'ouverture de plus en plus grande de l'économie chinoise et à la réussite de sa réponse keynésienne aux défis de la récente " grande récession ". Pensez aussi à l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et à la capacité impressionnante du monde à s'ajuster à la croissance rapide du commerce chinois, qui est passé de 4 % des échanges mondiaux, il y a une dizaine d'années, à 10 % aujourd'hui.

Chine et Occident ont de quoi être fiers. Mais cela ne signifie pas que tout s'est passé sans difficulté. Les deux parties ont commis des erreurs dans la gestion de leur interaction économique.

Ainsi, Pékin a laissé exploser ses exportations et son excédent des comptes courants afin de masquer le développement d'une économie intérieure de plus en plus déséquilibrée. La consommation des ménages chinois s'est effondrée, passant de 46 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000, ce qui était déjà un niveau faible, à tout juste 35 % en 2008.

En partie en raison de sa décision de maintenir son taux de change à un faible niveau, la Chine est devenue la principale économie excédentaire du monde, avec un surplus des comptes courants atteignant aujourd'hui 11 % du PIB, et des réserves de devises équivalant à environ 50 % du PIB. C'étaient là des investissements stupides résultant de politiques stupides. Il est absurde que Pékin se plaigne aujourd'hui de la vulnérabilité chinoise par rapport aux politiques budgétaires et monétaires américaines qui en a résulté (de façon en outre inutile).

Pendant ce temps, les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux ont laissé l'afflux d'épargne à bas prix, provenant en partie de Chine, susciter une flambée de l'endettement du secteur financier, de celui des ménages, de la consommation privée et de la construction résidentielle. Si les excédents d'épargne des pays émergents ne furent pas la cause principale de la crise financière, ils y contribuèrent.

Heureusement, l'essentiel de ce qui doit être fait pour parvenir à une économie mondiale mieux équilibrée et moins instable est dans l'intérêt économique des deux parties. Et cela devient de plus en plus évident au fur et à mesure que la Chine se trouve confrontée à des pressions inflationnistes et aux effets décalés de la flambée du crédit qui fut utilisée pour compenser la baisse des exportations pendant la crise.

De toute évidence, une forte appréciation réelle du taux de change chinois est inévitable. Ce serait également le moyen de faciliter une réorientation de l'économie vers un meilleur ancrage dans la consommation intérieure. Toutefois, une hausse du taux de change nominal serait un bien meilleur moyen de réaliser la nécessaire appréciation réelle qu'une hausse de l'inflation.

Un tel rééquilibrage économique n'est cependant qu'un élément de l'agenda. La Chine est aux prises avec les défis que pose l'accession à une croissance rapide, largement partagée et écologiquement durable.

En face, le reste du monde doit apprendre à s'ajuster à l'impact croissant de l'empire du Milieu. En s'attaquant à ces défis, Pékin et ses partenaires doivent avoir à l'esprit deux considérations.

La première, c'est que les conséquences politiques et économiques d'une rupture des relations entre la Chine et l'Occident seraient catastrophiques. Au mieux, il serait impossible de maintenir la prospérité et d'affronter les défis communs qu'entraîne la pression de l'humanité sur les ressources mondiales. Au pire, cela pourrait signifier la guerre.

La seconde, c'est qu'il est crucial de renforcer la légitimité et l'efficacité de la gouvernance mondiale. Pékin voit peut-être ces structures internationales comme des inventions occidentales, sinon comme des contraintes imposées par l'étranger. Elles restent pourtant le meilleur moyen de gérer un monde dans lequel aucun pays - même aussi puissant que les Etats-Unis ou que pourrait l'être la Chine - ne peut obtenir seul ce qu'il veut procurer à sa population.

Quel est dans ces conditions l'agenda économique sur lequel les deux parties doivent s'accorder ? On le connaît bien : maintenir un commerce ouvert; assurer l'ajustement extérieur; réformer le système monétaire international; gérer les ressources mondiales communes; maîtriser les conflits potentiels liés à l'accès aux ressources naturelles.

La toute récente visite du président Hu Jintao à Barack Obama a été l'occasion pour les deux hommes de peser les responsabilités qui leur incombent. Chine et Etats-Unis entretiennent une grande méfiance l'un envers l'autre. Tous deux détestent se voir imposer des limites à leur liberté. Chacun juge inacceptables certains des comportements de l'autre.

Les deux pays, pourtant, doivent aussi être conscients que ce qui les attend, c'est une relation durable et intense. La technologie et les réalités économiques ont en effet rendu le monde plus petit que jamais. Et le développement de la Chine est en train de mettre un terme à la suprématie occidentale incontestée sur le monde. Orient et Occident doivent donc coopérer... ou périr.

Par Martin Wolf

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mercredi 15 décembre 2010

L'OMC donne des munitions à Washington contre Pékin - Pierre de Gasquet

Les Echos, no. 20826 - International, mercredi, 15 décembre 2010, p. 8

Au lendemain de la décision de l'Organisation mondiale du commerce approuvant les droits de douane américains sur les pneus chinois, Pékin a annoncé son intention de faire appel sur fond de tensions persistantes.

Les tensions entre Pékin et Washington ne sont pas près de se dissiper. Alors que la 21e commission mixte paritaire américano-chinoise sur le commerce a démarré hier ses travaux à Washington, Pékin a annoncé sa décision de faire appel de la décision de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a donné raison, lundi, à Washington sur les importations de pneus chinois.Si Washington y voit une « victoire majeure pour les Etats-Unis », Pékin persiste à y déceler surtout « une mesure protectionniste visant à rejeter sur d'autres des pressions politiques internes ». Cette passe d'armes intervient au moment où plusieurs sénateurs américains militent encore, sans trop d'espoir, pour inclure une loi punitive anti-dumping visant les exportations chinoises, déjà adoptée par la Chambre fin décembre, dans le compromis fiscal qui doit être voté par le Congrès d'ici à la fin décembre.

« La Chine s'inquiète beaucoup des conséquences négatives de cette décision et va examiner en détail le rapport des experts de l'OMC en faisant appel au moment opportun afin de préserver les intérêts légitimes de l'industrie chinoise », a souligné le ministre du Commerce chinois. Pékin souligne que les importations américaines des catégories de pneus visés ont progressé de 21 % tandis que les prix à l'importation ont grimpé de 30 %. En septembre 2009, Barack Obama a signé un décret imposant des droits de douane de 35 % (30 %, la deuxième année et 25 % la troisième) sur les importations de pneus chinois, dont le niveau massif aurait provoqué la perte de 5.000 emplois selon certaines estimations. Selon Washington,les importations de pneus chinois ont plus que triplé en quatre ans pour atteindre 1,8 milliard de dollars, tandis que la production américaine a fondu de 25 % sur la même période.

Ce n'est pas la première fois que l'OMC donne raison à Washington. Déjà le 22 octobre, elle avait partiellement rejeté les accusations de Pékin sur des mesures « anti-dumping » imposées par les Etats-Unis à des importations chinoises de tuyaux en acier, pneus et sacs en tissu plastifié, dans un jugement mixte du 22 octobre. Mais l'OMC avait aussi indiqué que les Etats-Unis avaient agi de façon contraire aux règles du commerce international sur 5 des 17 points listés dans les conclusions par l'organisation basée à Genève. Selon le règlement de l'OMC, Pékin dispose de 60 jours pour faire appel de son jugement.

La Chine est devenue en 2010 le pays le plus contesté à l'OMC. Sur les 12 plaintes déposées depuis janvier auprès de l'Organe de règlement des différends de l'OMC, 4 impliquent la Chine, dont 3 l'accusent notamment de pratiquer des droits de douane prohibitifs restreignant l'accès à son marché aux exportateurs mondiaux. De son côté, Pékin a déposé 5 plaintes à l'encontre des Etats-Unis. Le 29 septembre, l'OMC a donné raison à la Chine en condamnant une loi américaine limitant les exportations de volailles chinoises.

Même si les tensions sur le yuan se sont un peu apaisées, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, doit encore publier son rapport sur les taux de change en se réservant de qualifier Pékin de « manipulateur de devises ».

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jeudi 21 octobre 2010

Accusé d'être en contradiction avec l'OMC, Pékin nie en bloc

Les Echos, no. 20786 - International, lundi, 18 octobre 2010, p. 10

Si la Chine a restreint ses exportations de terres rares, c'est en conformité avec les règles de l'OMC, qui autorisent la protection de la rareté et de l'environnement, affirme Pékin.

Face à ceux qui lui reprochent d'agir à l'encontre des règles du commerce international en freinant drastiquement le rythme de ses exportations de terres rares, Pékin nie en bloc. Déjà, fin septembre, le ministre du Commerce, Chen Deming (PHOTO), avait estimé que son pays respectait intégralement les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Non, Pékin n'avait décrété aucun embargo sur ces substances. Si le Japon se plaignait subitement de ne plus recevoir ses livraisons, cela devait être dû, avait-il sous-entendu, aux sentiments personnels des chefs d'entreprise, qui, comme un seul homme, avaient décidé de cesser leurs exportations vers le pays du Soleil-Levant. A l'évidence, il devait s'agir d'une protestation unanime à la suite de l'arrestation, par la marine japonaise, de citoyens Chinois navigant dans des eaux que se disputent les deux pays.

« Politique de restriction »

Depuis, le discours a changé. Le Premier ministre, Wen Jiabao, n'a pas nié qu'il y ait des restrictions aux exportations, mais ses déclarations, en Europe, sous-entendent que celles-ci sont conformes aux règles de l'OMC dans la mesure où il s'agit de protéger des ressources rares du pays, une exemption que prévoient effectivement les règles du commerce international. Vendredi, Pékin a évoqué une autre raison. Yao Jian, un porte-parole du ministère du Commerce, a explicitement reconnu l'existence d'une « politique de restriction ». Mais il a estimé qu'elle était « en ligne avec les règles de l'OMC » car elle découle exclusivement « d'inquiétudes pour la protection de l'environnement ». De fait, l'extraction de ces matériaux est une activité très polluante, ce qui explique pourquoi la plupart des pays producteurs aient peu à peu abandonné cette activité, laissant à la Chine plus de 90 % de la production mondiale.

Pékin dispose donc d'un certain nombre d'arguments pour faire face à ses détracteurs sur ce dossier. Surtout, ceux qui envisagent, en Europe, au Japon ou aux Etats-Unis, d'intenter contre elle une action à l'OMC savent que rien n'est joué d'avance. Pour une raison simple : si chacun peut constater la quasi division par quatre en un an du quota d'exportations de terres rares de Chine, personne n'est en mesure de présenter un texte officiel chinois pour justifier cette baisse. Difficile d'intenter une action à l'OMC lorsque l'on n'est pas en mesure de prouver la nature de la faute.

Gabriel GRESILLON

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mercredi 13 octobre 2010

OPINION - Ce qu'il faut exiger de Pékin - Martin Wolf


Le Monde - Economie, mardi, 12 octobre 2010, p. MDE2

Il apparaît de plus en plus nécessaire de mener une guerre monétaire contre la Chine. Les avantages politiques et économiques à attendre d'une offensive contre la politique de taux de change de Pékin sont de plus en plus convaincants. L'idée est naturellement profondément dérangeante, mais j'ai cessé de penser qu'il puisse y avoir une alternative.

Nous devons nous poser quatre questions. La Chine manipule-t-elle sa monnaie ? Si oui, est-ce important ? Que peut-on raisonnablement demander à la Chine ? Enfin, les autres pays peuvent-ils, sans subir de trop gros dommages collatéraux, infléchir la politique de Pékin ?

La première question est la plus facile. Si la décision d'investir la moitié du PIB d'un pays dans des réserves de devises n'est pas une manipulation monétaire, alors qu'est-ce qui l'est ? De surcroît, en supprimant les effets monétaires d'une telle politique, le gouvernement chinois entrave également le mécanisme d'ajustement habituel dans un régime à taux fixe, comme l'expliquait déjà le philosophe écossais David Hume au XVIIIe siècle.

Deuxième question : cela est-il important ? En vérité, il s'agit d'une politique protectionniste. En maintenant son taux de change à un niveau faible, la Chine subventionne la production de ses exportations et de ses substituts d'importation. Du fait que la Chine est à présent le plus gros exportateur de la planète, cela se traduit par une distorsion significative du commerce mondial.

L'excédent des comptes courants chinois est loin d'être l'unique explication du déficit américain des comptes courants. Mais il est également vrai que la politique monétaire chinoise influence fortement celle d'autres pays; que les pays à hauts revenus importateurs de capitaux sont incapables de faire un usage productif de l'excédent d'épargne des pays émergents; et que le flux net de fonds des pays pauvres vers les pays riches est parfaitement pervers.

De plus, si les pays à hauts revenus tels que les Etats-Unis veulent parvenir à une plus grande prudence des ménages et renforcer leur discipline budgétaire, ils doivent soit bénéficier d'un vigoureux boom de l'investissement, soit aller vers un excédent des comptes courants. Mais ils ont probablement besoin des deux.

Or la Chine pourrait, à raison de 300 milliards de dollars par an, faire évoluer son excédent des comptes courants vers le déficit.

Ce qui nous amène à la troisième question : que peut-on raisonnablement demander à la Chine ? Un ajustement du taux de change nominal n'est une condition ni nécessaire ni suffisante pour rééquilibrer l'économie mondiale : pas nécessaire, car une hausse de l'inflation pourrait provoquer des changements dans les prix relatifs; insuffisante, parce qu'elle nécessiterait quand même une augmentation de la dépense intérieure chinoise par rapport à la production. Dans le meilleur des cas, un ajustement du taux nominal de change ne peut être qu'un élément facilitant la mise en place d'une palette plus large d'ajustements souhaitables.

Ainsi, parmi les options possibles, les autorités chinoises pourraient freiner leur intervention, mettre un terme à la suppression de ses effets monétaires et fixer des objectifs à la demande intérieure réelle, à la consommation des ménages et au compte courant. Simultanément, la Chine devrait exiger des initiatives complémentaires ailleurs, notamment aux Etats-Unis.

Dans d'éventuelles discussions en ce sens, il faudra veiller à apaiser les inquiétudes de Pékin, qui redoute qu'une appréciation significative du taux de change non seulement porte tort à l'industrie des exportations, mais risque aussi d'entraîner la Chine dans une " décennie perdue ", similaire à celle qu'a connue le Japon dans les années 1990.

Mais, comme le souligne Gabriel Stein, de Lombard Street Research, dans un article publié en juin, les situations des deux pays sont très différentes : la Chine possède un potentiel de croissance beaucoup plus important que le Japon de la fin des années 1980, car le PIB nippon par tête était d'ores et déjà (à parité de pouvoir d'achat) proche de celui des Etats-Unis, tandis que celui de la Chine actuelle n'en représente que moins d'un cinquième. Surtout, le potentiel de hausse de la consommation chinoise est énorme. Cela nécessitera des changements structurels dans l'économie. Mais ceux-ci seraient largement dans l'intérêt du peuple chinois.

Dernière question : comment faire pour convaincre ou contraindre Pékin à changer de politique ? La négociation reste un espoir. Les autres membres du G 20 devraient s'unir pour appeler à ce changement. Mais si les négociations continuent à ne rien donner, il faudra envisager d'autres solutions.

Une des possibilités serait de surtaxer les importations. Fred Bergsten, du Peterson Institute, à Washington, a tout récemment appelé à une intervention monétaire équivalente, et Daniel Gros, du Centre for European Policy Studies, à Bruxelles, recommande la réciprocité des mouvements de capitaux : les pays concernés pourraient empêcher l'achat de leurs instruments financiers par d'autres pays, à moins que ces derniers reménagent un accès réciproque à leurs propres marchés financiers. Cette idée rendrait d'ailleurs plus efficace le projet Bergsten.

Je trouve les propositions d'intervention sur les marchés financiers beaucoup plus séduisantes que celles prévoyant des mesures contre les échanges, comme l'a proposé récemment la Chambre des représentants à Washington.

En premier lieu, des mesures contre les échanges seraient forcément discriminatoires : il n'y a aucune raison de s'en prendre à la totalité des importations dans le seul but d'infléchir le comportement de la Chine. En outre, elles constitueraient presque à coup sûr une violation des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Une guerre commerciale pourrait être très dangereuse. Insister en revanche pour que la Chine cesse d'acquérir les dettes d'autres pays tant qu'elle exerce un contrôle étroit sur les apports de capitaux serait une réponse plus directe et plus proportionnée. Elle contribuerait surtout à faire progresser le monde vers l'ouverture des marchés.

Certains redoutent qu'une cessation des achats par la Chine des obligations gouvernementales américaines reconduise à un effondrement. Rien n'est moins probable, étant donné les gigantesques excédents financiers des secteurs privés mondiaux et le rôle que continue à jouer le dollar. Et si cela affaiblissait le dollar, ce serait d'ailleurs un avantage, et non un inconvénient.

L'économie mondiale post-crise ne fonctionnera pas tant que l'économie nationale la plus dynamique restera le plus gros exportateur mondial de capitaux. De plus, la Chine s'est considérablement surprotégée. Adopter une série de mesures qui transformeraient la Chine en un importateur net serait bénéfique aussi bien pour sa propre population que pour le reste du monde. Il est grand temps de dépasser le stade de la seule rhétorique. Il est urgent d'agir.

Par Martin Wolf

© 2010 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 12 juillet 2010

La Chine, terre inhospitalière pour l'industrie étrangère - Marie de Vergès

Le Monde - Economie, lundi, 12 juillet 2010, p. 11

Le climat des affaires se dégrade : lois discrétionnaires, opacité des appels d'offres, avantages aux groupes locaux.

Plus d'une longue semaine d'attente aura été nécessaire à Google pour obtenir de la Chine le renouvellement annuel de sa licence d'exploitation. Pékin l'a finalement accordée vendredi 9 juillet, neuf jours après la date d'expiration et alors qu'un bras de fer oppose depuis plusieurs mois le géant de l'Internet américain au gouvernement chinois, entre cyberattaques et problèmes de censure. Les déboires de Google, mais aussi l'affaire du minier anglo-australien Rio Tinto, sont aujourd'hui les symptômes les plus spectaculaires d'un durcissement du climat des affaires pour les entreprises étrangères présentes sur le marché chinois.

Interventionnisme politique, application discrétionnaire des lois, opacité des appels d'offres, contrefaçon... Les groupes occidentaux semblent tolérer de moins en moins ces règles du jeu bien particulières. La frustration grandit comme en témoigne cet aveu amer du patron de General Electric, Jeffrey Immelt, lors d'un dîner avec des industriels italiens, début juillet : « Je suis très préoccupé par la Chine », affirmait-il, disant y rencontrer « les pires conditions de travail depuis vingt-cinq ans. » Le patron du conglomérat américain n'a pas apprécié de voir ses propos rapportés en « une » du Financial Times. Mais si la discrétion reste de mise pour une entreprise souhaitant se développer en Chine, le ras-le-bol de M. Immelt semble très largement partagé.

C'est ce qui ressort d'une enquête publiée fin juin par la chambre de commerce européenne à Pékin. Parmi les quelque 500 entreprises ayant participé à l'étude, presque 80 % d'entre elles se disent confiantes sur l'évolution de la croissance chinoise. Pourtant, seules 34 % sont enthousiastes quant aux perspectives de bénéfices. « Un hiatus », souligne le président de la chambre, Jacques de Boisséson.

Bien sûr, la hausse des coûts salariaux et la concurrence croissante des groupes chinois expliquent ce pessimisme. « Mais il y a aussi la façon arbitraire dont la réglementation est appliquée, une concurrence qui n'est pas équitable entre compagnies européennes et chinoises », poursuit-il. Ainsi, près de 40 % des entreprises sondées s'attendent à une augmentation des mesures discriminatoires. Elles ne sont que 10 % à croire à une amélioration.

Fin 2009, l'inquiétude s'est accrue avec l'apparition d'une nouvelle directive favorisant « l'innovation indigène » - donc chinoise - pour l'attribution de marchés publics. « Ils l'ont finalement retirée, mais en précisant qu'ils travaillaient à une autre version », indique M. de Boisséson.

Déjà, le lourd et peu transparent processus de certification (CCC) requis pour toute une série de produits est un véritable casse-tête. Sans compter les procédures pour répondre aux appels d'offres qui, dans certains secteurs, sont assortis de critères excluant de facto les étrangers. Pour les fins connaisseurs du milieu des affaires chinois, la tendance n'est pas près de s'inverser. Les Occidentaux risquent de devoir se faire à ces méthodes, car la compétition sera toujours plus rude.

« On leur déroulera de moins en moins le tapis rouge », affirme Jacques Gravereau, président de l'institut HEC Eurasia. « Pendant longtemps, les Chinois ont cherché à attirer les capitaux et les technologies étrangères, rappelle-t-il. Mais maintenant qu'émergent leurs propres multinationales, ils veulent les protéger quitte à contourner les règles de l'OMC [Organisation mondiale du commerce] quand cela les arrange, de façon très adroite. »

C'est le cas de l'éolien. Pékin a d'ambitieux projets pour développer cette énergie et y a beaucoup investi en 2009 dans le cadre de son plan de relance. Pourtant, aucun fabricant d'éoliennes étranger n'a remporté de contrat à cette occasion. Alors qu'en 2005 les Occidentaux possédaient 75 % de ce marché en Chine, ils sont depuis systématiquement écartés au profit des sociétés nationales.

Autre cas de figure : celui de l'acier. Le leader mondial du tube sans soudure, Vallourec, très actif en Chine, aime à contrôler toute la chaîne de fabrication de ses fameux tubes. Pourtant, le groupe français qui voulait ouvrir sa propre aciérie s'est vu opposer une fin de non-recevoir. Priorité aux sidérurgistes locaux.

Se développer ailleurs

Dans certains secteurs comme l'automobile, les compagnies désireuses de s'implanter en Chine sont tout bonnement contraintes à la coentreprise. Avec la menace de connaître, au bout du compte, un scénario à la Danone : la « trahison » du partenaire qui, par des circuits parallèles ou après rupture du pacte, distribue de son côté les produits élaborés ensemble.

Pourtant, les entreprises ne peuvent ni ne veulent bouder ce gigantesque marché qui compte « 80 millions de consommateurs très solvables », selon M. Gravereau. Ainsi, Peugeot a conclu, vendredi, sa deuxième joint-venture avec un partenaire chinois, le constructeur Changan.

Début juillet, M. Immelt indiquait que la Chine restait importante pour General Electric. Mais qu'il réfléchissait aussi, dorénavant, à se développer ailleurs, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Amérique latine...

PHOTO - BEIJING - MARCH 08: Two waiters await orders in the Shanghai's meeting room of The Great Hall Of The People during day four of National People's Congress (NPC) on March 8, 2010 in Beijing, China. Chinese Premier Wen Jiabao has announced a 43.3 billion yuan plan to stimulate employment, and extend a program to create jobs for more than 9 million people entering the urban work force.

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Yuan : le Congrès américain critique l'inertie du Trésor - Pierre de Gasquet

Les Echos, no. 20717 - International, lundi, 12 juillet 2010, p. 5

Selon le rapport semestriel du Trésor sur la politique des changes, la monnaie chinoise reste sous-évaluée, mais la récente décision de Pékin de désindexer le yuan du dollar est un signal encourageant.

"Délirant" : c'est ainsi que l'ancien chef économiste de Merrill Lynch et actuel spécialiste de la Chine à l'International Strategy & Investment Group (ISI), Donald Straszheim, juge le dernier rapport semestriel du Trésor sur la politique de changes, publié jeudi soir. Trois semaines après la décision de Pékin, le 19 juin, de mettre fin à l'indexation du yuan sur le dollar (rétablie en juillet 2008), le Trésor américain s'est abstenu de désigner la Chine comme un « manipulateur de devise », en misant sur la vague promesse d'une réévaluation progressive. Cette position a été vivement critiquée par plusieurs membres, démocrates et républicains, du Congrès, qui y voient le signe d'un certain laxisme vis-à-vis de Pékin et menacent d'adopter des mesures de rétorsion législatives.

« Ce rapport est aussi décevant que sans surprise. Il est clair qu'il reviendra désormais au Congrès de faire ce qui s'impose : interpeller la Chine pour manipulation de devise », a déclaré le sénateur démocrate Charles Schumer. Le républicain Charles Grassey est encore plus critique : « Tout le monde sait que la Chine manipule sa monnaie. Si le président continue à éviter de le reconnaître, le Congrès devra agir. » Persuadés que le yuan reste sous-évalué de 40 %, plusieurs élus du Congrès militent pour l'adoption d'une nouvelle loi imposant des droits de douane punitifs sur certains produits chinois. Tout en reconnaissant que la désindexation du yuan est une « première étape », le président du comité des voies et des moyens de la Chambre des représentants, Sander Levin, suggère, quant à lui, d'explorer la voie d'une plainte devant l'OMC.

Le bénéfice du doute

« Nous allons continuer à contrôler étroitement l'appréciation du renminbi et à oeuvrer en faveur d'une expansion des exportations américaines vers la Chine et d'un soutien à l'emploi aux Etats-Unis, en étroite collaboration avec le Congrès », a assuré le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, en marge de la publication du rapport. Tout en reconnaissant qu'il faudra du temps pour apprécier la réévaluation du yuan, Washington lui accorde ainsi le bénéfice du doute. Le rapport note que les exportations américaines vers la Chine ont d'ailleurs rebondi plus rapidement au second semestre 2009 (+ 15 % en rythme annuel contre - 13 % vers le reste du monde), progressant même de 40 % au premier trimestre 2010 (contre + 20 % vers le reste du monde). Mais il conclut aussi que l'accumulation continue de réserves de devises étrangères par la Chine (2.454 milliards de dollars à la fin juin) combinée avec la persistance du niveau des excédents courants chinois « suggèrent que le renminbi reste sous-évalué ».

« Le secrétaire au Trésor a, en substance, certifié que la Chine était innocente au deuxième trimestre. Ce faisant, Washington relève la barre pour son propre camp : c'est complètement délirant », a confié, vendredi, l'économiste Donald Straszheim à Bloomberg, rejoignant ainsi le scepticisme des économistes sur l'effectivité de la promesse de réévaluation progressive du yuan à court terme. Certains experts estiment toutefois que Pékin pourra difficilement s'abstenir de toute forme de réévaluation significative d'ici au prochain sommet du G20, à Séoul, les 11 et 12 novembre.

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mercredi 7 juillet 2010

OPINION - Si, la Chine est une démocratie - Jin Chunlei

Le Monde - Dialogues, mercredi, 7 juillet 2010, p. 20

Réponse à Guy Sorman, qui dénonce les abus du régime communiste.

Lisant quotidiennement Le Monde, que je considère comme un journal de référence, quelle n'a pas été ma surprise de lire une tribune titrée « J'accuse le régime chinois » (Le Monde du 7 juin), signée par Guy Sorman, qui comportait une mise en cause extrêmement partiale et grossière de mon pays, avec des arguments infondés.

D'abord, je ne suis pas d'accord quand l'auteur affirme que « la Chine considère la croissance comme son destin ». La croissance, tout comme la démocratie, est un moyen au service d'une fin qui consiste à développer le pays et à édifier une vie heureuse et digne pour son peuple.

A mon avis, une croissance sans démocratie est impossible, une démocratie sans croissance est catastrophique. La Chine n'aurait pu, en l'absence de démocratie, poursuivre sa croissance continue pendant plus de trente ans. Le processus de démocratie en Chine accompagne toujours le développement économique et social. Un pays n'a pas le droit d'imposer sa conception de la démocratie aux autres, car la réalité est différente dans chacun. Je suis toujours frappé quand on se contente de juger les autres à partir de ses propres opinions politiques.

Ensuite, je m'inscris en faux contre l'affirmation que « le non-droit à la démocratie est assez bon pour les Chinois ». Dès 1919, les Chinois ont réclamé le droit à la démocratie et à la science. En 1949, ils ont été émancipés et libérés. Pendant plus de trente ans, grâce à des réformes et à une ouverture incessantes, ils ont pu jouir du droit à la nourriture, à l'habillement, au logement, à l'éducation et à la politique. Les élections directes sont effectuées au niveau des villages. Tout cela constitue un progrès gigantesque dans l'histoire chinoise.

Pas de jugements tout faits

Troisièmement, je ne suis pas d'accord pour comparer le docteur Sun Yat-sen [1866-1925, qui proclame la République en 1912] à n'importe qui. Le docteur Sun a été le pionnier de la révolution chinoise. Grâce à lui, le régime féodal qui régnait depuis plus de deux mille ans a été renversé. C'est un grand homme respecté par tous les Chinois. Chaque année, lors de la fête nationale, son portrait est hissé sur la place Tiananmen. Il peut être soulagé d'apprendre que la Chine est devenue un pays puissant, prospère et démocratique.

Quatrième désaccord : on prétend que « les paysans chinois sont privés d'écoles et de toute médecine ». Il est vrai que le niveau de vie à la campagne reste moins élevé qu'en ville. Mais l'espérance de vie des Chinois est passée de 35 ans en 1949 à 72 ans en 2009, le revenu annuel des paysans augmente sans cesse, les entreprises rurales se développent, plus de 100 millions de paysans viennent travailler en ville chaque année. L'urbanisation en Chine est de l'ordre de 42 % aujourd'hui, de 50 % attendus en 2015. Pour la première fois, les paysans chinois n'ont pas besoin de payer leur impôt agricole, l'assurance-vie minimale s'applique dans tout le pays. Bien sûr, ce n'est pas suffisant, mais on ne s'arrêtera pas là.

Enfin, je ne suis pas d'accord quand on dit que « le pouvoir de la Chine devient arrogant » et « la Chine respecte de moins en moins les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ». Les Chinois ne sont pas un peuple arrogant. Mais ils savent défendre leurs intérêts vitaux. Pour s'adapter à l'OMC, la Chine a modifié 2 300 lois et règlements avant son entrée dans cette organisation en 2001. Depuis lors, elle n'a cessé d'assouplir ses règlements pour s'adapter aux règles de l'OMC.

Pour une meilleure compréhension de la Chine, il faut donc abandonner l'esprit figé de la guerre froide et les jugements tout faits. Il faut voir la Chine d'une façon globale et visionnaire.

Conseiller de presse près l'ambassade de Chine en France

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ANALYSE - GE : « Je t'aime moi non plus », version mandarin

Les Echos, no. 20714 - Les stratégies, mercredi, 7 juillet 2010, p. 9

Il souffle un drôle de vent sur la Chine d'aujourd'hui. Tantôt brise rafraîchissante pour les investisseurs et entrepreneurs qui tentent d'échapper à la morosité occidentale, tantôt vent mauvais quand les mêmes hommes d'affaires ont l'impression que les dés sont pipés, qu'ils n'auront que les miettes du festin qui se prépare. Espoir et amertume. Jeffrey Immelt, le patron de General Electric, la plus grande entreprise manufacturière du monde, est passé récemment par ces deux sentiments. En octobre 2009, il publiait un article passionnant dans la « Harvard Business Review » (1) détaillant la façon dont les pays émergents, et particulièrement la Chine, étaient en train de modifier radicalement le mode d'organisation des grandes multinationales. Et puis, jeudi dernier, face à un parterre d'industriels italiens, il confiait sa lassitude devant l'attitude des autorités chinoises « dont on n'est pas sûr qu'elles veuillent que l'on réussisse ». Alors pratiquons comme le Général et partons vers l'Orient compliqué avec des idées simples. Que se passe-t-il ? Faut-il y aller ? Comment faire ?

Que se passe-t-il ?

Catastrophe, au moment où la Chine passe du statut d'atelier du monde à celui de premier marché du monde, alors que les industriels occidentaux sur place salivent en contemplant les courbes de ventes d'ici à 2020 (un marché automobile qui quadruple tous les dix ans_), voilà que tout d'un coup sortent de terre, comme champignons après la pluie, des myriades de concurrents. Et le pouvoir a l'outrecuidance de vouloir les favoriser, quel toupet !

Revenons sur terre. L'affaire se mijote depuis plus de dix ans. Comme le raconte Edward Tse, le patron des activités chinoises du consultant Booz Allen & Company dans un livre récent (2), sur le plan de l'offre, la Chine est le pays le plus ouvert du monde. Toutes les grandes sociétés mondiales y sont présentes. A chaque fois coexistent désormais marques étrangères et locales. Adidas et Nike se retrouvent face à Li Ning ou Dongxiang, Alcatel et Siemens face à Huawei et ZTE. L'automobile voit carrément s'opposer près de 23 constructeurs internationaux face à une quarantaine d'acteurs locaux ! En fait, la Chine est aujourd'hui le marché le plus compétitif du monde. Un vrai « stress test » de la compétitivité de son offre.

C'est l'ancien Premier ministre Zhu Rongji qui est à l'origine de cette transformation. Vers la fin des années 1990, conscient que les réformes économiques n'allaient pas assez vite, il a pris quatre décisions qui ont forgé le destin du pays : élargissement des zones économiques spéciales et adhésion à l'OMC, qui ont accru l'afflux de capitaux et d'entreprises étrangères, privatisation du parc immobilier, restructuration du secteur financier et enfin, plus incroyable encore, il a orchestré la destruction d'un grande partie du secteur des entreprises publiques. Des dizaines de milliers d'entreprises fermées, plus de 30 millions de travailleurs mis au chômage. Un remède de cheval que n'auraient même pas imaginé les plus libéraux des économistes américains.

Résultat, c'est sur ces ruines qu'a été bâtie l'économie chinoise. Ses profits sont passés de 0,5 % du PIB à près de 6 % en 2007. Le secteur privé employait à cette date plus de 80 millions de personnes, contre 24 dix ans auparavant. Cela a surtout donné naissance à toute une génération d'entrepreneurs, ce que n'avait pas prévu le pouvoir. Ils ont créé Huawei, le roi des télécoms, Lin Ning, géant du sportswear fondé par un ancien champion olympique, ou Cherry, la première marque automobile chinoise.

Mélange détonant qui a vu l'ouverture aux investissements étrangers favoriser par contrecoup un entrepreneuriat débridé, proche de celui de Taiwan (auquel il est très lié) mais bien différent de la Corée et du Japon. Résultat de tout cela, les places sont chères, les marges sont minces, les pratiques parfois douteuses. Beaucoup d'étrangers ont connu leur « affaire Danone », où un ancien partenaire rompt le pacte en copiant ou distribuant pour son propre compte le produit élaboré en commun.

Mais, en revanche, la croissance est forte (10 % par an depuis dix ans) et elle a donné naissance à un mouvement de consommation qui n'en est qu'à ses débuts. On s'inquiétait il y a encore peu de la trop grande propension des Chinois à l'épargne, au détriment de la consommation. C'est de moins en moins le cas, notamment du fait de l'arrivée d'une nouvelle génération dans la vie active, celle née dans les années 1980, plus hédoniste et urbaine.

Faut-il y être ?

Il ne faut plus voir la Chine comme une base de délocalisation, mais comme la source de sa croissance future. Deux à trois fois plus rapide que dans les pays développés. Comme le souligne Jeffrey Immelt, le patron de General Electric, le marché international pour une entreprise ne se divise plus entre les Etats-Unis, l'Europe, le Japon et le reste du monde, mais entre les régions riches en ressources (Moyen-Orient, Brésil, Canada, Australie, Russie), les régions riches en habitants (Chine, Inde), et le reste du monde. Un sacré changement de paradigme. Et puis, sur le plan défensif, il vaut mieux être là où le marché est le plus compétitif, ne serait-ce que pour ne pas perdre du coin de l'oeil les futurs concurrents qui viendront un jour sur votre terrain. Cela est d'ailleurs vrai pour tous les pays émergents. Pour d'autres, la réponse est plus mitigée. Il faut y être uniquement si son produit est à forte valeur ajoutée, pas sur des segments banalisés où la concurrence est trop rude et parfois biaisée. Surtout si les autorités encouragent les concurrents locaux. Mais, pour cela, il convient d'être sûr que les produits banals en question ne viendront pas un jour envahir son propre marché domestique_

Comment faire ?

Comme aurait pu dire La Palice, pour vendre aux Chinois, il faut leur proposer un produit dont ils ont envie et/ou besoin. Et, curieusement, ils n'ont pas forcément les même goûts que les Occidentaux ! Parce qu'ils n'ont pas les mêmes niveaux de vie ou d'infrastructures et pas la même culture. Il faut donc concevoir des produits adaptés, innovants, différents. Or ce n'est pas facile pour une entreprise habituée à concevoir des produits standards et à les vendre partout dans le monde, en les adaptant à la marge.

Jeffrey Immelt, patron de GE, propose de faire l'inverse en décentralisant l'innovation, au besoin en concevant des produits totalement différents, qui pourront eux-mêmes être ensuite vendus dans le monde entier. C'est ce qu'il appelle la « reverse innovation ». Une véritable révolution culturelle pour des groupes comme le sien dont toute l'organisation est bâtie sur la « glocalisation », autrement dit la conception d'un produit mondial, généralement en fonction des besoins occidentaux. Il raconte l'histoire d'une équipe en Chine qui a conçu un appareil médical à ultrasons portable. Moins performant et sophistiqué, il coûte 15 % du prix d'une machine standard mais peut être utilisé simplement par tous les médecins de campagne. Le produit a fait un tabac en Chine et a trouvé son marché aux Etats-Unis dans les applications mobiles, comme les urgences.

Mais, pour cela, il a fallu tout changer. D'abord donner une autonomie complète à de petites équipes dédiées, à la fois en développement et en vente. Leur demander de construire une offre de zéro, tout en leur donnant accès à toutes les ressources technologiques et marketing de GE, et surtout s'assurer qu'elles seront suivies par un haut dirigeant pour arbitrer les inévitables conflits avec les équipes en place. En fait, comme toute rupture, ce ne sont pas les grosses structures qui peuvent en être à l'origine. Tout juste peuvent-elles en recueillir les fruits, à condition de savoir gérer le dilemme entre autonomie et efficacité par l'effet d'échelle.

Les préoccupations du patron de GE rejoignent celles de tous les chefs d'entreprise, qui se demandent s'il est opportun d'installer des laboratoires de recherche en Chine. C'est déjà trop tard pour se poser la question. Les Chinois savent désormais tout faire, de la molécule à l'avion. Comme l'ont appris avant eux leurs voisins japonais ou coréens et, bien avant, les Américains. Il faut donc apprendre à vivre avec eux, à profiter de leur extraordinaire dynamisme, sans crainte mais les yeux ouverts.

PHILIPPE ESCANDE

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Le climat se tend entre les étrangers et la Chine - Arnaud Rodier

Le Figaro, no. 20503 - Le Figaro Économie, samedi, 3 juillet 2010, p. 22

Les chefs d'entreprises étrangères sont de plus en plus nombreux à dénoncer la multiplication des mesures discriminatoires et inutilement compliquées prises à leur égard par l'administration chinoise.

La polémique enfle de jour en jour. Après les Européens, c'est au tour du patron de General Electric d'accuser la Chine de mettre des bâtons dans les roues des entreprises étrangères. « Je suis vraiment inquiet, je ne suis pas certain qu'au bout du compte ils veuillent que nous y réussissions », s'est-il plaint devant un parterre d'hommes d'affaires italiens, rapportait hier le Financial Times.

Mardi dernier, c'était un rapport de la Chambre de commerce européenne à Pékin qui reprochait à la Chine de multiplier les mesures discriminatoires. Il dénonçait une « application discrétionnaire des lois et des règlements », des processus d'enregistrement inutilement compliqués et des « incohérences dans l'application des critères nationaux ».

À Pékin, de nombreux chefs d'entreprise le disent à mot couvert : il est de plus en plus difficile de travailler en Chine. « On leur fait comprendre qu'ils peuvent partir s'ils ne sont pas contents », note un avocat d'affaires. Dès le mois d'avril, le journal du parti, le China Daily, avait flairé le vent de révolte et se faisait presque menaçant. « Quand des entreprises étrangères rencontrent des difficultés dans leurs projets (...), si elles ne font que se plaindre et que les médias étrangers amplifient les plaintes sans analyser le fond et en calomniant l'économie chinoise, ils finiront par retarder le processus d'amélioration de l'environnement des investissements », écrivait-il.

Drôle de manière d'apaiser les esprits quand le président Hu Jintao affirme vouloir « prendre des mesures concrètes pour rejeter toute forme de protectionnisme et soutenir sans équivoque le libre-échange ».

L'Organisation mondiale du commerce souligne dans son dernier rapport « l'intérêt pour la Chine et pour ses fournisseurs étrangers d'une libéralisation plus rapide des industries de services chinoises ». Mais Pékin, qui, dans un geste de bonne volonté, va abandonner le 15 juillet les abattements de taxes à l'exportation sur certains produits sensibles, préfère croire que les étrangers « grognent » à cause des salaires.

Hausse du coût du travail

« Les plaintes formulées par les entreprises en disant qu'elles souffrent d'un environnement législatif qui se détériore ne sont pas justifiées », affirme Liu Shenjun, directeur adjoint du centre de recherche Lijiazui à Shanghaï, qui juge qu'elles sont surtout « inquiètes au sujet de l'augmentation du coût du travail ». De fait, le taïwanais Foxconn va déménager une partie de sa production de Shenzhen à Tianjin dans le Nord et dans le Henan pour payer ses ouvriers moins cher. Et les grèves qui se multiplient chez Honda, chez Toyota et, depuis hier, chez Mitsumi Electric, alourdissent le climat social.

Le premier ministre, Wen Jiabao, reconnaît que la « situation intérieure reste compliquée ». Mais toutes ses velléités d'amélioration de la situation administrative pour les entreprises se heurtent aux gouvernements locaux qui, de l'aveu du China Daily, « ne sont pas en mesure d'appliquer les lois du gouvernement central ». Des gouvernements locaux de surcroît lourdement endettés (entre 700 milliards et 1 300 milliards d'euros), qui craignent une crise financière et traînent les pieds pour obéir à Pékin. En attendant, Google n'a toujours pas obtenu le renouvellement de sa licence qui a expiré mercredi.

PHOTO - Unidentified delegates speaks before the opening of the World Trade Organization's (WTO) General Council in Geneva October 20, 2009.

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lundi 28 juin 2010

OPINION - Une aubaine pour Pékin - Bruno Philip

Le Monde - Samedi, 26 juin 2010, p. 9

La Chine, qui dispose d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, entend assurer sa position grandissante au premier plan de la scène mondiale tout en continuant à se présenter comme un pays en développement : elle refuse de se faire accrocher l'embarrassante étiquette de puissance majeure, qui ne présente pas que des avantages diplomatiques...

Pour Pékin, la formation d'un G20 a ainsi été une aubaine : appartenir à ce club élargi de pays réunis pour des raisons purement économique, à l'exclusion de toute autre valeur, lui a permis de sortir de son rôle marginal dans le G8 - auquel la Chine n'a d'ailleurs jamais voulu formellement adhérer. Elle se sent plus à l'aise dans un groupe où les pays émergents sont fortement représentés.

« Pékin veut maintenir d'étroites relations avec des pays comme le Brésil, l'Inde, l'Indonésie ou le Mexique; le G20 permet à la Chine de rehausser son statut international et même d'en faire un acteur central dans les circonstances actuelles où elle apparaît comme le principal créditeur du monde face à des puissances industrialisées qui sont presque toutes débitrices ou endettées », analyse Jean-Pierre Cabestan, spécialiste de la politique étrangère chinoise et professeur à l'université baptiste de Hongkong.

La Chine a recours à des stratégies diverses et complémentaires afin de poursuivre son ascension, qu'elle qualifie d' « émergence pacifique » : elle veut imposer son image d'interlocuteur indispensable. Elle n'hésite pas à jouer des différences entre le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC), auprès de laquelle elle se plaint, à tort ou à raison, des mesures « protectionnistes » américaines ou européennes tout en défendant son propre marché dont elle limite l'accès aux étrangers.

Elle a aussi recours aux méthodes douces, son fameux « soft power » : en vantant la culture millénaire chinoise, en multipliant les projets d'aide au développement de pays pauvres et en promouvant la langue chinoise dans le monde, elle espère améliorer une image très dégradée par les pratiques autoritaires et brutales de son régime.

« Multilatéralisme »

« Cacher ses talents en attendant son heure », recommandait, dans les années 1980, l'ancien numéro un chinois, Deng Xiaoping. Désormais, s'il joue encore formellement sur le registre de l'humilité, cet empire solidement ancré au milieu du monde donne de la voix dans le concert discordant de la scène mondiale.

Avec le pragmatisme et l'intelligence stratégique qui la caractérisent, la Chine sait faire le dos rond quand les pressions sont trop fortes après avoir résisté autant que possible et le plus longtemps possible : elle martèle son opposition à des sanctions contre l'Iran au nom du principe cardinal de « non-ingérence dans les affaires intérieures d'autrui », mais elle s'est jointe récemment à une résolution de sanctions contre Téhéran votées à l'Organisation des Nations unies (ONU). Elle critique son embarrassant allié nord-coréen quand il dépasse le degré acceptable de provocations, tout en le défendant quand la Corée du Sud accuse son voisin nordiste d'avoir torpillé un de ses navires de guerre... En même temps, à l'exception de la France, la Chine est le membre permanent des Nations unies qui aligne le plus grand nombre de missions de maintien de la paix.

Il existe une « volonté très nette des dirigeants chinois de faciliter l'émergence d'une multipolarité dans laquelle la Chine aurait une place importante. Pékin s'est mué en champion du multilatéralisme, refusant toute forme d'hégémonie d'une puissance sur la scène internationale. Cette stratégie, que nous qualifierons de propre aux puissances moyennes, a le mérite de servir l'image de la Chine sur la scène internationale », observe Barthélémy Courmont dans son Chine, la grande séduction, essai sur le soft power chinois (Choiseul, 2009).

G20 ou G2 ? : Entre les deux pôles de cette alternative, Pékin ne choisit pas vraiment : comme l'avance encore Jean-Pierre Cabestan, « la Chine laisse les Américains propager ce concept de G2 [laissant entendre que les affaires mondiales sont gérées par Pékin et Washington] qui sert ses intérêts en ce sens, qui la place au-dessus des autres grandes puissances. En d'autres termes, la Chine ne se perçoit plus simplement comme une grande puissance, mais comme la seule grande puissance capable de se mesurer avec les Etats-Unis ».

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jeudi 24 juin 2010

INTERVIEW - Pascal Lamy : "Les pays les plus pro-mondialisation sont les plus pauvres"

Le Monde - Economie, vendredi, 25 juin 2010, p. 13

A la veille du sommet du G20, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, évoque l'avenir de la mondialisation et de sa gouvernance, la régulation, la crise de l'euro et les autres grands sujets économiques du moment.

Quelles décisions prendra le G20 ?

Le G 20 ne " décide " pas. Au G20, les dirigeants auront une discussion politique sur des orientations. Ce n'est pas le gouvernement du monde, mais un élément du système actuel de gouvernance mondiale : le G20 dispose de la capacité d'impulsion; l'ONU a la légitimité; les organisations internationales offrent leur expertise, leur capacité d'édicter des règles et de mobiliser des ressources.

Le spectacle du G20 est d'abord destiné aux opinions publiques nationales. Il n'y a pas d'électeur international. Mais être au G20, c'est aussi partager ses problèmes, apprendre à tenir compte des conséquences internationales de ses actes. Ce qui importe, ce ne sont pas les grandes déclarations finales, mais les décisions nationales qui n'ont pas été prises car elles auraient été contraires à l'intérêt collectif.

Le G20 a plutôt été efficace depuis la réunion de Washington en novembre 2008 ?

Le premier test du G20 fut de faire face à la crise. Il a fallu mettre 1 000 milliards de dollars sur la table. Les gouvernements l'ont fait dans des conditions de coopération correcte. Le deuxième sujet, la régulation financière, est plus difficile. Rien ne sera fin prêt pour le Canada. Il faudra attendre, au mieux, la réunion de Séoul en novembre. Je ne crois guère à une taxe expiatoire sur les banques : in fine, le consommateur paiera à la place du contribuable. L'important est de bâtir un encadrement prudentiel international contraignant, sachant que la surrentabilité de l'industrie financière d'avant crise en sera durablement diminuée.

A chaque fois, les dirigeants exhortent à clore le cycle de Doha. Le président Nicolas Sarkozy doute de son utilité.

Les dirigeants savent que le système OMC - Organisation mondiale du commerce - a tenu bon. Tout le monde pensait que la violence économique et sociale du choc de la crise provoquerait un choc protectionniste. Il n'a pas eu lieu. Voilà un succès invisible du G20, surtout pour les pays en développement qui sont davantage tributaires d'un commerce international ouvert. Le cycle de Doha n'est pas encore achevé, mais 80 % du travail est fait. Il faut le clore. Les accords bilatéraux ne sont pas une solution pour résoudre des problèmes comme les subventions agricoles, ou les barrières non tarifaires.

Ne s'est-on pas trompé en voulant déréguler l'agriculture, notamment européenne ?

La première vraie réforme de la PAC - politique agricole commune - , en 1992, visait à vider les lacs de lait et les stocks de beurre et de viande européens. Le soutien par les prix garantis aux agriculteurs avait conduit à des surproductions coûteuses. On a estimé qu'il valait mieux que les agriculteurs puissent réagir davantage aux signaux du marché. Mais ne caricaturons pas les contraintes de l'OMC. Lorsque le cycle de Doha sera conclu, les Américains et les Européens pourront encore soutenir leur agriculture à hauteur de 100 milliards d'euros par an chacun. Les droits de douanes resteront trois à quatre fois supérieurs à ceux de l'industrie. La spécificité de l'activité agricole est donc, de fait, reconnue. Mais il faut que les pays moins développés puissent mieux valoriser leur potentiel agricole. Le monde en a besoin.

Justement, on a le sentiment que la mondialisation n'est plus un jeu à somme positive, que toute la rente est captée par la Chine.

Les Chinois se sont substitués aux Japonais des années 1970 dans les cauchemars occidentaux. Si un ouvrier chinois est payé dix fois moins qu'un ouvrier européen, c'est avant tout parce qu'il faut huit Chinois pour produire ce que produit l'Européen. La Chine est une vaste usine d'assemblage de produits largement fabriqués ailleurs. Prenez un iPod : il est fabriqué en Chine, mais son coût est fait de 5 % de salaires chinois, 15 % de redevances américaines et 40 % de valeur ajoutée japonaise, car c'est là qu'est produite la puce électronique de base. L'idée que les travailleurs européens ou américains sont en concurrence individuelle directe avec leurs collègues chinois ne correspond pas à la réalité. Mais la perception demeure.

Oui, mais ils vont finir par nous rattraper...

Bien sûr qu'ils vont se rapprocher progressivement des pays riches, tout le monde le souhaite. Mais la règle de base de la division internationale du travail demeure : vous gagnez en efficacité en vous spécialisant; et il y a de la place pour tout le monde si l'on réduit la pauvreté. Cette efficacité s'appelle croissance, et donc possibilité de réduire la pauvreté

La stratégie allemande de faire la course à la productivité n'est-elle pas destructrice ?

Si l'Allemagne est désormais le premier exportateur agricole et alimentaire en Europe, ce n'est pas en raison d'un dumping monétaire, salarial ou environnemental. C'est la productivité, l'innovation, qui fait la croissance.

Il règne un esprit peu favorable à la mondialisation en Europe.

La mondialisation provoque des réactions identitaires, modelées par l'idée qu'on a de l'avenir. Les pays les plus pro-mondialisation sont les plus pauvres. Les plus optimistes. Les Européens sont les plus pessimistes : ils ont le modèle social de loin le meilleur. Pour le maintenir, ils ne peuvent compter que sur la croissance et la démographie. Ils n'ont aucune des deux. Pour y remédier, ils n'ont que trois solutions : rogner sur leur système social, accepter l'immigration, faire des réformes de structure qui augmentent le potentiel de croissance. Plus facile à dire qu'à faire ! Aucun continent n'a une équation aussi difficile à résoudre.

La crise remet-elle en cause les bienfaits de la globalisation ?

La globalisation, c'est, entre autres, l'ouverture des économies les unes aux autres. Cette crise ne trouve pas son origine dans l'interdépendance. Elle s'explique par le fait que l'industrie la plus globalisée, la finance, n'était pas soumise à des disciplines contraignantes. La preuve : le Canada, dont l'économie est imbriquée avec celle des Etats-Unis, a passé la crise dans le calme, tandis que le système américain explosait. Aux Etats-Unis, la finance était mal régulée, à la différence du Canada. Le problème n'était donc pas l'ouverture mais la régulation.

Ne vous êtes-vous pas fourvoyé en défendant la mondialisation heureuse ?

Je n'ai jamais parlé de mondialisation heureuse. J'ai toujours parlé de la nécessité de la maîtriser. Avec la révolution des technologies de l'information, nous vivons une révolution comparable à l'invention de la machine à vapeur ou de l'électricité : une croissance inédite, poussée par la technologie et l'expansion territoriale des économies. Le résultat est là : des centaines de millions de personnes sont sorties de la pauvreté.

En contrepartie, il faut lutter contre les inégalités. Si on veut que la politique rattrape l'économie, il faut davantage de régulation et de redistribution nationale et si possible supranationale. Ce saut est très difficile. L'objectif d'aide au développement est de 0,7 % du PIB. Le budget européen est inférieur à 1 %. Les budgets nationaux entre 20 % et 50%. On ne redistribue vraiment que si le sentiment d'appartenir à une communauté est fort.

Mais les pays de la zone euro ont convergé beaucoup moins qu'espéré depuis Maastricht.

Regardez ce qu'il est advenu de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne depuis vingt ans, et des pays de l'Est depuis la chute du mur : en matière d'infrastructures, d'éducation, de santé, tous ces pays ont énormément bénéficié de l'intégration européenne. Les dirigeants et les pays de l'Union européenne ont sagement décidé que la Grèce resterait dans l'euro.

Les Allemands sont-ils viscéralement attachés à l'euro ?

Les Allemands sont viscéralement attachés à une monnaie stable qui protège de l'inflation. L'Europe a un problème démographique majeur avec une population vieillissante. Je ne vois pas une population vieillissante plébisciter l'inflation ! L'Europe vit une réplique sismique de la faillite de Lehman Brothers. La force de l'euro avait masqué un certain nombre de déséquilibres, dus au relâchement délibéré des disciplines du pacte de stabilité, qui a donné la main aux marchés.

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jeudi 17 juin 2010

COMMERCE - La Chine et l'Europe s'interrogent sur leur avenir commun

Les Echos, no. 20700 - International, jeudi, 17 juin 2010, p. 11

La crise suscite interrogations et inquiétudes en Chine comme en Europe. Car le partenariat commercial entre les deux puissances s'est élargi à d'autres domaines - gouvernance mondiale, aide au développement, enjeu climatique, etc.

Et si les entreprises européennes avaient « trop misé » sur la Chine ? La question vient de la Commission européenne et du numéro deux de la Direction générale du commerce, Mauro Petriccione. « Elles ont investi. Or les changements espérés tardent à venir. La Chine, elle, se demande si elle n'a pas trop ouvert son économie aux étrangers. » Le débat est symptomatique de l'évolution de la relation sino-européenne. Il était hier le thème d'un colloque au ministère de l'Economie, à Paris. Longtemps limité à une relation commerciale, le dialogue Union européenne-Chine s'est élargi au changement climatique, à l'aide publique au développement ou à la réforme du système monétaire international. Cela s'accompagne d'inquiétudes.

« Il reste des lacunes importantes en matière de transparence commerciale », critiquait fin mai le représentant européen à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), John Clark. Les entreprises présentes en Chine s'efforcent pourtant de faire bonne figure. « Pour toute entreprise globale, il faut être en Chine !, lance le président du comité France-Chine du Medef, Jean-Pascal Tricoire - le patron de Schneider Electric. On n'est pas en Chine pour être en Chine, mais parce qu'il y a des partenaires aux intérêts convergents. » Louis Gallois est, lui aussi, fier d'y être. Pourtant, il s'interroge. « Ne sommes-nous pas en train de préparer nos concurrents ? Peut-être, probablement même. Mais ce partenariat nous a donné accès au marché le plus dynamique du monde dans nos métiers. » Les entreprisesprésentes en Chine ont « plus de doutes qu'avant, poursuit Mauro Petriccione. Evidemment qu'il faut être en Chine, mais il faut y être bien ! »

D'autres inquiétudes

La Chine suscite d'autres inquiétudes. Les 13 contrats de plusieurs centaines de millions d'euros signés lundi avec la Grèce ne laissent pas indifférents. « C'est une très bonne nouvelle que l'intérêt chinois se porte sur la Grèce, mais aussi une très mauvaise au moment où le pays est en crise et où les actifs sont dépréciés », commente François Godement, directeur de l'Asia Centre de Sciences po. Le rôle de la Chine en Afrique inquiète aussi. « La Chine ne pille pas l'énergie et les matières premières des Africains. Seulement 11 % du pétrole africain sont exportés vers la Chine contre 36 % vers les Etats-Unis et 33 % vers l'Europe », rétorque l'ambassadeur de Chine en France, Kong Quan.

Il y a « beaucoup de difficultés dans la relation Europe-Chine », admet le directeur général adjoint du Trésor au ministère de l'Economie, Benoît Coeuré. A l'heure où, selon lui, « la clef de la reprise est aux mains des autorités chinoises - et non du G20 », il veut toutefois voir le bon côté des choses. Sur le plan financier, la Chine a été « pourvoyeuse de stabilité », juge-t-il. Les problèmes de propriété intellectuelle et d'accès aux marchés publics ? « Tout cela est sans doute vrai, souligne la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. Mais nous sommes désireux de voir des entreprises chinoises s'implanter en France et des entreprises françaises s'implanter en Chine. »

On est à la fin d'une époque, observe François Godement. « L'éléphant chinois est entré dans tous les circuits de l'économie européenne. Il y est entré commercialement et il est à la veille de le faire dans les domaines financier et monétaire. Il ne faut pas le craindre, mais les Européens doivent répondre de façon coordonnée et lucide. » Le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn se veut, lui aussi, confiant. Il s'attend « à une réévaluation progressive du yuan ». « Attention, cependant, à ce que les Européens laissent aux Chinois la place qu'il [leur] revient », prévient-il. A défaut, le seul débat des années à venir « serait entre la Chine et les Etats-Unis ». A l'automne 2009, les dirigeants chinois ont qualifié la relation Chine-Etats-Unis comme étant la plus importante, rappelle François Godement.

MARIE-CHRISTINE CORBIER

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mardi 1 juin 2010

L'OMC ménage la politique commerciale chinoise - Arnaud Rodier

Le Figaro, no. 20475 - Le Figaro Économie, mardi, 1 juin 2010, p. 21

L'organisme se garde bien d'envenimer la querelle sur le yuan.


On se serait attendu à une volée de bois vert sur le yuan, accusé d'être volontairement sous-évalué par les Américains et les Européens. Il n'en est rien. Le rapport qu'a rendu public hier l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la Chine l'évoque, mais se retranche, sans prendre parti, derrière les souhaits du Fonds monétaire international (FMI) de voir Pékin accepter, un jour, de réévaluer sa monnaie.

Pour son troisième rapport sur la politique commerciale de la Chine depuis l'adhésion de cette dernière à l'organisation en décembre 2001, l'OMC ménage Pékin et insiste davantage sur les efforts qu'elle a faits que sur les conflits qu'elle a provoqués.

Elle souligne qu'elle a levé de nombreuses restrictions sur les investissements étrangers, dans les services, les télécommunications et le tourisme « même s'il en subsiste encore ».

Elle observe que la Chine prend petit à petit conscience de l'importance de la propriété intellectuelle en même temps qu'elle fait tomber un grand nombre de barrières douanières.

Tout au plus, l'organisation regrette-t-elle que l'abandon des restrictions gouvernementales n'aille « pas aussi vite pour les exportations que pour les importations ». Elle dénonce en particulier les interdictions qui pèsent sur les ventes de matières premières et « donnent un avantage déloyal aux entreprises chinoises ». En faisant cela, Pékin les rend « plus chères pour les industriels étrangers et plus avantageuses pour ses propres usines ».

Pas un mot sur Doha

Mais l'OMC reconnaît en même temps que la Chine, très dépendante de ses exportations, est particulièrement vulnérable face à la crise qui secoue l'Europe et les États-Unis. Elle rappelle que l'an dernier les exportations chinoises ont chuté de 16 % tandis que ses importations baissaient de 11 %. Une situation qui, remarque-t-elle, peut être une source de conflit au sein des membres de l'organisation en ajoutant que l'an dernier les Chinois ont été impliqués dans 15 plaintes, 4 en tant que plaignants et 11 comme accusés.

Loin d'attaquer Pékin, l'OMC lui conseille plutôt de rééquilibrer progressivement ses deux moteurs de croissance que sont les exportations et la consommation intérieure. Mais pour y parvenir, il lui faudra d'abord, insiste-t-elle, réaliser des réformes sociales en profondeur, notamment en matière de couverture maladie et d'indemnités de chômage.

Pas un mot non plus sur le cycle de Doha pour la libéralisation du commerce, dont le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, avoue qu'il est « dans l'impasse », notamment à cause des Chinois.

PHOTO - World Trade Organisation (WTO) director general Pascal Lamy looks on during a press conference on March 26, 2010 at the agency's headquarters in Geneva. World trade is expected to grow 9.5 percent in 2010, after suffering its biggest collapse since World War II in 2009, the head of the World Trade Organisation Pascal Lamy said. China overtook Germany last year to become the world's top exporter with some 1.20 trillion dollars worth of merchandise exported, World Trade Organization data showed.

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