jeudi 19 mars 2015
jeudi 3 novembre 2011
Les vignerons des côtes à la fête à Hong Kong
Le marché asiatique rassure les vignerons du Bourgeais et du Blayais
Même Montaigne y perdrait son latin. Car si les voyages forment la jeunesse, les responsables viticoles des Côtes de Bourg et des Blaye Côtes de Bordeaux sont en route vers l'éternelle jeunesse !
Que l'on en juge : à peine rentré de Nouvelle-Zélande où il accompagnait une mission du Rugby- Club d'Aquitaine dont il est l'un des membres, le directeur du syndicat viticole des Côtes de Bourg, Didier Gontier, s'envolait pour Hong Kong où se déroulait du 27 au 30 octobre le célèbre Wine and Dine Festival. Un festival auquel les Côtes de Bourg participent pour la deuxième année consécutive. Et où a lieu du 3 au 5 novembre le salon « Wine Fair ».
Premier marché export
De la même manière, après sa tournée parisienne des brasseries, bars à vin et restaurants partenaires de l'opération « Blaye au comptoir », les 18, 19 et 20 octobre dernier, le directeur du syndicat viticole des Blaye Côtes de Bordeaux, Jean Lissague, validait dans la foulée son billet pour... Hong Kong !
Une destination chinoise décidément très courue. Et pour cause : « Ce rendez-vous a été un grand succès pour nos vins », constatait hier Jean Lissague. « Et ce succès est surtout très rassurant pour l'avenir de nos affaires. En effet, la Chine et Hong Kong sont en passe de devenir le premier marché export des vins de Blaye Côtes de Bordeaux, et les perspectives qui s'ouvrent sont gigantesques ».
Salons et missions
Même satisfaction pour les Côtes de Bourg qui animaient un stand de dégustation et de promotion dans le cadre du Village Bordeaux : « Le grand public a répondu massivement sur les premiers jours. Mais c'était également l'occasion pour les professionnels importateurs d'approfondir leurs connaissances des vins de Bordeaux. Et en particulier du positionnement de notre appellation en termes de rapport qualité-prix-plaisir, qui séduit de plus en plus », notait pour sa part Didier Gontier.
Et si ce dernier profitait de sa présence en territoire chinois pour assurer la présence des Côtes de Bourg au salon Wine Fair auprès des 14 000 professionnels attendus, son collègue blayais Jean Lissague attendait beaucoup de la mission de prospection montée avec la CCI de Bordeaux sur Hong Kong, Shenzhen et Macao, à laquelle participaient une dizaine de vignerons blayais.
SYLVAIN VIAUT
© 2011 Sud Ouest. Tous droits réservés.
jeudi 25 août 2011
EXTRAIT - "Le guide des vins de Bordeaux" par Jacques Dupont
Le Point, no. 2032 - Société, jeudi 25 août 2011, p. 62,63
C'est un livre-monstre : 2 000 pages noircies de quelque 3 millions de signes. Elles « résument », si l'on ose dire, vingt-cinq ans de dégustation, 330 carnets accumulés, des kilo-octets de notes enregistrées dans le ventre d'un ordinateur. Chez Grasset, ils n'en sont pas revenus. Leur apporter le tapuscrit a nécessité trois allers-retours. Le tout remplissait un plein carton de déménagement : « L'équivalent des oeuvres complètes de François Nourissier ! » s'est exclamé l'éditeur, qui publie là le plus gros ouvrage de son histoire. Jacques Dupont n'a pas l'habitude de faire les choses à moitié. Château après château, millésime par millésime, seconds vins, il a tout goûté, noté, annoté. Le résultat est indispensable à qui souhaite savoir ce qu'il boit. Mais, attention, malgré ses allures de bible, nulle parole d'Evangile : « J'aime les gens qui cherchent et qui doutent. Je ne prétends pas à l'objectivité. L'honnêteté suffira. » Au commencement est la dégustation, à l'aveugle autant que possible, pour bousculer les certitudes. Mais ce n'est là que le commencement. Ce guide-là est l'oeuvre monumentale d'un grand modeste. Il tient bien davantage du récit de voyage que de la nomenclature. Car le vin selon Dupont est avant tout une histoire d'hommes. Il s'en est fait le conteur.
Marie-Sandrine Sgherri
EXTRAITS
Le guide des vins de Bordeaux par JACQUES DUPONT
La dégustation à l'aveugle n'est pas une fin en soi. Elle permet simplement de se débarrasser du poids des étiquettes et de l'empathie que l'on peut ressentir vis-à-vis de tel ou tel. Je la pratique le plus que je peux, mais elle ne représente qu'une étape. Elle permet de casser les hiérarchies que l'on se fabrique dans nos cervelles. Je m'explique. Pour un dégustateur bien rodé à la chose, s'il goûte les crus classés de pauillac, Pichon-Lalande doit forcément être meilleur que Haut-Bages-Libéral et Grand-Puy-Ducasse. Haut-Batailley sera moins bien noté que Grand-Puy-Lacoste. Et Croizet-Bages doit fermer le ban. J'ai même vu, et je ne suis pas le seul, certains corriger leurs notes après une dégustation à l'aveugle où ils n'avaient pas respecté ce classement obligé. Ils passent ainsi à côté du redressement spectaculaire opéré à Croizet et de certains millésimes délicieux de Ducasse...
Mais l'intérêt principal de la dégustation à l'aveugle tient au repérage. Pourquoi, d'un coup, ai-je porté une appréciation très positive sur ce cru que d'habitude je déguste plutôt mal ou que bêtement je ne connais pas ?
Il suffit d'aller voir. C'est la deuxième étape pour l'approche d'un vin : la rencontre avec la propriété et le vigneron. Dans presque 100 % des cas, on découvre qu'il y a eu changement de génération, de vinificateur, de façon de cultiver la vigne...
Un vin change parce que celui qui l'a conçu a changé.
Le vin n'est pas anonyme, il est le produit d'une rencontre entre un homme - ou de plus en plus une femme - et un sol, un climat (...).
La visite une à une des propriétés viticoles permet d'appréhender cela.
(...) Une heure avec Patrick Grisard, à Cornélie, en Haut-Médoc, une entrecôte partagée dans un cru artisan, la passion tranquille d'un François Despagne à Grand-Corbin-Despagne ou celle vibrionnante des Lascaux en bordeaux supérieur et, je vous le garantis, vous ne goûterez plus jamais leur vin comme avant.
Une part de subjectivité confère au vin son humanité.
Grand-Brun Cru artisan. Surface : 13 ha Propriétaire : Famille Brun Contact : Olivier Brun 33460 Cussac-Fort-Médoc 05.56.58.97.87.
Une des branches Brun, dont les ramifications se coulent dans le paysage viticole de Cussac comme les cèpes dans les forêts du Médoc. Jean-Pierre Brun, frère de Christian (Château de Lauga), a laissé la place à Olivier, son fils. Mais un vigneron n'est jamais vraiment à la retraite. Loin de ses vignes, il dépérit. Donc, Jean-Pierre a choisi l'option retraite active. Son affaire, c'est le marché. Pas celui avec des courbes en pages éco des quotidiens, mais celui de Lacanau ou de Bordeaux le dimanche, où il tient un stand de 6 mètres entre le copain qui vend des huîtres et celui qui produit les beaux canards; en face, le charcutier roi du boudin, « devant chez lui il y a toujours la queue ». Avec son camion jaune « pour bien qu'on le voie », il installe un vrai décor pour les bouteilles et les BIB (Bag in box). Sophie, sa fille, s'occupe de la commercialisation après un long détour par l'épicerie familiale du village et la brocante. A eux deux, ils « font » pas moins de 400 marchés dans l'année. (...)
Depuis 2000, Olivier vinifie les vins du domaine dont il a pris les rênes en 2008. Des vins solides mais sans dureté, des bouteilles qui se gardent, mais que l'on peut boire dans leur jeunesse. Un vignoble soigné par des amoureux de la vigne et du bon-vivre. Sophie a récupéré les locaux de l'ancienne épicerie familiale à Cussac, « face à l'église », pour y vendre le vin. Si elle est absente, elle a laissé son numéro de portable, vous l'appelez : « J'arrive dans les cinq minutes. La route, je la connais; j'y suis née, à l'épicerie ! »
Château Margaux Premier cru classé. Surface : 99 ha, dont 12 de raisins blancs (sauvignon) Propriétaire : Corinne Mentzélopoulos Contact : Château Margaux - 33460 Margaux 05.57.88.83.83 chateau-margaux@chateaumargaux. com.
Racheté en 1977 par André Mentzélopoulos, « un épicier grec », disait-on, propriétaire alors des magasins Félix Potin, Château Margaux était en mauvaise passe. Corinne, la fille d'André, a pris la suite avec l'aide financière de la famille Agnelli (Fiat), devenue en 1990 actionnaire majoritaire. En 2003, Corinne a réussi à racheter les parts des Agnelli. Elle est aujourd'hui la seule propriétaire d'un cru au mieux de sa forme.
Ne pas chercher le superflu, il n'habite pas ici. Quelqu'un m'a dit récemment que le problème de Château Margaux était qu'il ne s'y passait rien, qu'en termes de communication ce n'était pas très bon vis-à-vis des concurrents parce que... Après, je ne sais plus très bien. Parfois, le début est prometteur, puis on s'aperçoit que le reste ne suit pas, alors on débranche.
Si « le problème », c'est la régularité, est-ce vraiment un problème ? S'il faut choisir entre l'image et la bouteille, je laisse l'image aux autres et je prends la bouteille. (... )
Myrat 2e cru classé. Surface : 22 ha Propriétaire : famille de Pontac Contact : Xavier de Pontac 33720 Barsac 05.56.27.15.06 www. chateaudemyrat.fr.
S'appeler Pontac dans le monde viticole bordelais équivaut à se nommer Chanel dans la mode, Voltaire dans la philosophie ou Lumière dans le cinéma, et je pourrais multiplier les comparaisons si je ne craignais pas d'abuser de la patience du lecteur. Les Pontac s'inscrivent en haut de la liste des fondateurs du vin de Bordeaux moderne. C'est un Pontac qui créé le Haut-Brion que l'on connaît et l'impose en tant que grand cru en Angleterre chez les connaisseurs aisés. Aussi la décision prise par le père de Xavier en 1976 fit-elle l'effet d'une très violente douche glacée dans ce même monde viticole bordelais. Il s'agissait ni plus ni moins que d'arracher la totalité du vignoble de Myrat, l'ultime propriété de la famille. C'était au mois d'avril. Le comte de Pontac regardait les bulldozers qui, sur son ordre, broyaient les 22 hectares de vignes d'un des plus fameux crus classés de sauternes. Château Myrat était en quelques jours rayé des cartes viticoles. « Il faudra que les choses changent beaucoup pour qu'un jour à nouveau il y ait ici de la vigne », déclarait le comte. On m'a dit que les gens venaient au bord des parcelles assister immobiles et impuissants au sinistre labeur des engins mécaniques.
(...) En 1988, douze ans après, le comte meurt et les agents de l'Inao prennent contact avec ses enfants. Il y a urgence. (...) Si le cru n'est pas replanté dans les semaines qui suivent, il perdra ses droits et sera définitivement rayé de la carte. Xavier et son frère Jacques n'ont guère le temps de réfléchir. (...) Ils s'appellent Pontac, sont nés audessus d'un chai, leur arbre généalogique se confond avec un très ancien pied de vigne. On plante et autour on se réjouit, on encourage, on aide. La mairie prête une motopompe pour arroser les jeunes plants. En 1990, Xavier sort son premier vin, qui n'a pas encore le droit de s'appeler sauternes ou barsac, la vigne est trop jeune. Mais le vin est délicieux et l'histoire trop belle. (...). Ils avaient tout prévu, les deux frères, sauf la météo à venir. 1991, première récolte en appellation : terrible gel. 1992 : année de la pourriture grise, petite récolte de médiocre qualité. 1993 : gel et pourriture. 1994 : gel. Après, ça s'est arrangé. Malgré tout, les Pontac conservent sourire et bon moral. Mieux, au travers de ces millésimes noirs, ils nous montrent ce dont le terroir de Myrat est capable. Depuis, la vigne s'est enracinée. Il y eut les merveilleux 1997, 2001, 2003 et Myrat figure chaque année parmi les meilleurs de l'appellation. Même son copain Planty, de Château Guiraud, éternel bougon insatisfait, en convient. Xavier est devenu tellement vigneron qu'il a présidé un temps les crus classés en sauternes et barsac. Sa vie a vraiment changé. Avant, il roulait en berline à Paris; désormais affublé d'un imperméable façon Columbo et de cravates qui en savent long sur la vie des célibataires, il cahote dans les chemins au volant d'une Polo plus pourrie qu'un raisin botrytisé de novembre. Le barsac est une vocation.
Le guide des vins de Bordeaux par JACQUES DUPONT
Des millésimes dans l'Histoire
1945 Mouton fête la victoire avec un V sur l'étiquette. L'année est splendide pour les hommes, qui attendaient depuis si longtemps la fin. Le vin aussi.
1956 Les chars sont à Budapest et le gel dans les vignes. Pendant tout le mois de février, il gèle à cep fendre. Une grande partie du vignoble français est détruite. Les oliviers aussi. Du jamais-vu sans doute depuis le terrible hiver et le printemps de 1709.
1958 Le retour du Général n'est que moyennement fêté par la vigne. Météo capricieuse, beaucoup de maladies et des vins légers oubliés depuis longtemps.
1968 Il n'a fait beau que le temps des manifs. Eté maussade, les Russes à Prague, pluies et vents en septembre, vins mauvais.
© 2011 Le Point. Tous droits réservés.
jeudi 11 août 2011
De curieux Château Lafite 82 coulent à flots en Chine
Le Figaro, no. 20847 - Le Figaro, jeudi 11 août 2011, p. 1
On savait la Chine sans limite en matière de contrefaçon, depuis la découverte d'un Apple Store copié de A à Z. L'empire de la copie signe un nouveau fait d'armes avec de faux grands crus. De plus en plus de vins français, plus ou moins orthodoxes, se vendent dans les grandes surfaces chinoises. Coupés à l'eau sucrée, aux colorants ou encore aux arômes artificiels, ils se retrouvent embouteillés sous l'appellation « Vin de Bordeaux », parfois même sous le nom de grands crus avec des millésimes trentenaires. « Il y a plus de Lafite 1982 en Chine qu'il n'en a été produit en France », explique Romain Vandevoorde, importateur de vin à Pékin. D'autres copies sont plus travaillées. En substituant un vin à un autre, des revendeurs peu scrupuleux peuvent afficher des prix mirobolants, dignes de grands crus classés, pour un bordeaux ordinaire. Dans un pays où la consommation de vin reste l'apanage d'une petite élite, plus avide d'afficher un statut social en buvant des nectars étrangers que de déguster pour le simple plaisir du palais, ces faux vins trompent facilement leur public. Mais la consommation comme la connaissance des vins évoluent vite en Chine. L'empire du Milieu est devenu un des dix premiers pays consommateurs de vin en 2008 et pourrait se classer sixième dès 2014. Le temps pour les producteurs de grands crus de se faire connaître des amateurs pour que les papilles ne s'y trompent plus.
JULIE DESNÉ
© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.
mercredi 30 mars 2011
REPORTAGE - Le beaujolais débarque en Mandchourie chinoise
La Croix, no. 38931 - Autrement dit/Reportage, lundi, 28 mars 2011, p. 25Un jeune Français de 28 ans, Claude Maréchal, a fait le pari de séduire les Chinois du nord de la Chine où tout reste à faire dans le commerce du vin.
Claude a réussi son pari ! Son premier conteneur de 10 000 bouteilles de beaujolais est arrivé au port de Dalian il y a quelques jours. Moins d'un an après son arrivée dans cette grande ville industrielle du nord de la Chine, il commence à imposer « son vin » et il espère ne pas s'arrêter en si bon chemin. « Tous les produits français jouissent ici d'un prestige associé au luxe et les Chinois ont les moyens financiers de se les offrir », explique Claude Maréchal, 28 ans, dans sa nouvelle boutique bien située sur l'avenue de la Victoire, à Dalian. « Dans ces provinces du nord de la Chine, le terrain est pratiquement vierge en ce qui concerne le vin, tout reste à faire et j'ai le luxe de pouvoir "éduquer" les clients chinois à d'autres vins que le bordeaux dont l'image domine aujourd'hui le marché. »
Ainsi ce jeune pionnier du beaujolais a organisé en moins d'un an plus d'une vingtaine d'événements promotionnels afin de se faire connaître : dégustations de vin dans les hôtels prestigieux de la ville, invitations d'hommes d'affaires influents, émissions sur les chaînes de télévision nationale ou locale comme CCTV ou Dalian TV. Sans oublier non plus les multiples radios très friandes de sujets un peu exotiques avec un invité français qui saura parler du vin avec amour et romantisme, autres éléments de séduction pour les produits français. « Pour l'instant, j'ai la chance d'être encore le seul dans la région et je suis sidéré par la faculté de découverte et de curiosité des Chinois. Ils ne demandent qu'à goûter, voir, écouter et sont prêts à se lancer dans de nouvelles aventures de façon très émotionnelle, sur un coup de coeur, d'autant que certains d'entre eux sont très fortunés. » Pour l'heure, Claude Maréchal se contente de vendre ses bouteilles entre 450 et 900 yuans (50 et 100 €). Le vin est un luxe, mais les Chinois s'enrichissent et dans les grandes villes comme Pékin, Shanghaï, Hangzhou, Dalian, le niveau de vie ne cesse de progresser.
Claude Maréchal tient à changer l'image du beaujolais considéré en Chine comme un vin de table, somme toute très simple. Lorsqu'il a proposé son projet l'année dernière à la Société des beaujolais Dupeuble, une entreprise familiale d'une dizaine d'employés en France, « cinq jours après ils m'ont dit "banco"... l'aventure chinoise pouvait se poursuivre ». Quelques mois auparavant, cet ancien étudiant en commerce international à l'université de Clermont-Ferrand s'était lancé dans une affaire d'import-export avec la Chine basée à Lyon. Il importait de Chine des lecteurs MP3 et il avait reçu les MP4 avant tout le monde en France. Mais l'affaire a mal tourné et il s'est retrouvé à la case départ. « C'est le côté français qui m'a joué un mauvais tour, pas la partie chinoise. J'avais fait une erreur et déposé le bilan. Je me suis mis ensuite à prospecter les marchés porteurs en Chine. Le vin m'a semblé être le secteur où beaucoup restait encore à faire et je me suis lancé », raconte-t-il.
Depuis, il n'a rien perdu de son enthousiasme, au contraire. « Ici, lorsque je me lève le matin, je me sens optimiste et plein d'énergie. Dans les rues, lorsque j'entends éclater des pétards je me dis que c'est un nouveau magasin ou restaurant qu'on inaugure. L'effervescence enveloppe la ville. Cette frénésie communicative vous prend et ne vous lâche plus. » Aujourd'hui, la seconde phase de son projet est en marche. Il a trouvé une partenaire, Mme Guan Ying, ancienne acheteuse d'alcools et de vins pour une grande société de supermarché chinoise, qui s'est mise à son compte depuis un an. Elle vend d'autres vins venus du monde entier mais elle s'est engagée à mettre en avant son beaujolais. Elle aimerait bien que « Le Château Dupeuble », nom de la boutique, fasse des petits dans toute la Chine.
Depuis son arrivée en Chine, ce jeune Français a appris à aimer ce pays. « Il y a encore de l'avenir ici, tout reste à faire, même si je suis conscient que le système chinois n'est pas parfait. Mais tout le monde essaye de s'en sortir, de réussir... Nous traitons trop les Chinois avec condescendance en France, ce ne sont pas nos esclaves, car s'ils fabriquent nos chaussures, ils font beaucoup mieux que ça ! Ils progressent en tout et j'ai appris ici à être plus humble vis-à-vis d'eux. Lorsque je rencontre un planteur de cacahuètes qui me demande de lui raconter le vin français alors qu'il n'avait jamais rencontré d'Occidentaux auparavant, le moment est magique et merveilleux. Je les écoute aussi et j'apprends. »
De plus en plus autonome grâce à sa maîtrise de la langue, Claude s'est marié avec une jeune femme chinoise très traditionnelle et qui se montre solidaire de son aventure professionnelle. Une fois les barrières linguistiques dépassées, les obstacles culturels se franchissent progressivement, avec plus ou moins de bonheur mais Claude apprend et s'intègre. « Ma vie est ici, désormais. Sur le marché du vin, nous avons encore une fenêtre d'une bonne dizaine d'années de prospérité. » Mais il sait que la concurrence risque d'être de plus en plus rude. D'autres Français vont venir, d'autres pays vinicoles pointent également leur nez et les Chinois, qui apprennent aussi très vite, s'organiseront tôt ou tard eux-mêmes pour monter leur propre filière d'importation. « Déjà, j'en vois certains qui s'y connaissent plus que moi. C'est maintenant qu'il va falloir s'accrocher. »
DORIAN MALOVIC
Une bouteille de vin par personne et par anLe marché du vin en Chine ne cesse de progresser, mais il semble que le vin français reste le favori des nouveaux riches qui ont les moyens de se l'offrir. Selon les derniers chiffres publiés par Ubifrance, la structure française d'aide à l'export, les importations de vins français comptent pour 50 % du marché total chinois. En 2003 pourtant, les importations de vins français n'arrivaient pas à la 20e place.
Alors que le vin produit en Chine domine encore 90 % du marché, la consommation, toujours en hausse, promet encore un bel avenir aux importations. Une étude du Centre international de recherche sur les vins et spiritueux (IWSC), publiée il y a un mois, montre que le marché chinois du vin a augmenté de 100 % entre 2005 et 2009 et qu'il va encore croître de 20 % jusqu'en 2014.
La consommation de vin en Chine atteint aujourd'hui une bouteille par personne et par an mais la Chine a une population de 1,4 milliard d'habitants ! Ce qui représente un doublement de la consommation par rapport à 2005. Et dans ce marché, le vin français commence à prendre sa part.
© 2011 la Croix. Tous droits réservés.
Bruxelles obtient de Pékin un début de protection de ses produits régionaux
Les Echos, no. 20898 - International, vendredi, 25 mars 2011, p. 7Roquefort ou saumon d'Ecosse contre thé Long Jing et porcelaines chinoises : les deux partenaires commerciaux sont désormais prêts à reconnaître et à protéger certaines de leurs productions.
Comment interdire la vente sur le territoire chinois de vins produits localement mais étiquetés « Tokay » ou de fromages autoproclamés « comté » mais affinés à des milliers de kilomètres du Jura ? La question est épineuse, car ces appellations ne sont pas des marques et ne peuvent donc pas être protégées par les moyens habituels. Pour y répondre, l'Union européenne a lancé avec Pékin, en 2006, un dialogue qui vient d'aboutir.
Le commissaire à l'Agriculture, le Roumain Dacian Ciolos (PHOTO), en visite en Chine, a en effet annoncé hier que la Chine et l'Union européenne s'étaient mis d'accord sur une liste de vingt indications géographiques (dix chinoises et dix européennes) qui seraient désormais reconnues comme telles dans les échanges bilatéraux. Côté européen, on trouve par exemple le pruneau d'Agen, le roquefort, le comté, le saumon d'Ecosse ou encore le cheddar. La Chine, elle, va protéger son thé Long Jing, certains fruits et des porcelaines. Mais l'objectif est bien d'étoffer ces deux listes, pour dépasser la centaine d'indications géographiques reconnues.
Boom des produits plus raffinés
La bataille est loin d'être anecdotique. En 2010, les exportations agroalimentaires de l'Europe vers la Chine ont augmenté de 50 % pour s'établir à 3,3 milliards d'euros. « En Chine, c'est la demande de produits élaborés qui augmente de façon exponentielle », note Dacian Ciolos. Plus riches, les Chinois veulent des produits plus raffinés : la consommation de vins et de spiritueux s'envole. Et les fromages ou les viandes connaissent un début de succès.
La question est de savoir si le processus lancé par Bruxelles va assez vite. Les producteurs de Bordeaux en doutent. Ils font partie de la délégation qui accompagne le commissaire en Chine, mais ils souhaitent négocier directement avec les autorités chinoises, à l'image de ce qu'a fait le groupement pour le cognac. Comme l'explique Georges Haushalter, qui préside leur conseil interprofessionnel, « le boom des ventes de bordeaux en Chine est allé si vite que nous étions loin d'imaginer en 2006 à quel point il serait nécessaire, aujourd'hui, de nous protéger ». Combien de fausses bouteilles de Bordeaux sur le sol chinois ? Il n'en a pas la moindre idée mais exhibe volontiers des photos de « Médoc » et autres « Saint-Emilion » made in China.
Gabriel Grésillon
© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.
jeudi 3 mars 2011
Un groupe chinois achète un château du Médoc
La Croix, no. 38909 - Economie, mercredi, 2 mars 2011Le groupe de luxe chinois Tesiro, spécialisé dans la joaillerie, a fait l'acquisition du Château Laulan Ducos qui appartenait à la même famille depuis 1911, a-t-on appris hier. Le PDG de Tesiro veut écouler en Chine la quasi-totalité de la production de 150 000 bouteilles par an en AOC Médoc. Il s'agit de la cinquième acquisition chinoise dans le Bordelais.
© 2011 la Croix. Tous droits réservés.
jeudi 17 février 2011
Le secteur français des vins et spiritueux bénéficie de la demande chinoise
Le Monde - Economie, vendredi, 18 février 2011, p. 16La sortie de crise, ça se fête au cognac et au whisky. Le groupe Pernod Ricard, numéro deux mondial des vins et spiritueux (derrière le britannique Diageo), a annoncé, jeudi 17 février, de bonnes ventes semestrielles, à 4,3 milliards d'euros, en hausse de 13 %. Les marchés duty free, l'Asie et les pays émergents tirent l'activité du groupe, avec une croissance de 29 %. Les pays leaders sont la Chine (le Nouvel An chinois plus précoce y a contribué), l'Inde, le Vietnam et Taïwan.
Le marketing de tous les grands groupes de spiritueux s'est axé sur la valorisation de marques " locomotives " sur les cinq continents. La consommation de produits mondiaux de Pernod Ricard - vodka Absolut, Ricard, les whiskies Ballantine's, Chivas Regal, The Glenlivet, Jameson, le cognac Martell... - a certes marqué le pas pendant la crise financière de 2008-2009, mais les consommateurs des marchés émergents y reviennent quand la période est plus faste.
Pour Pierre Pringuet, le patron du groupe Pernod Ricard, c'est le signe de la justesse de cette stratégie. Seule l'Inde, qui taxe les alcools étrangers à plus de 300 %, se singularise par une consommation centrée sur les whiskies locaux.
Selon M. Pringuet, la bonne nouvelle vient aussi du redémarrage des marchés matures d'Europe et d'Amérique du Nord. " En Europe, où les baisses de chiffre d'affaires se situaient entre - 3 % et - 5 % au plus fort de la crise, on note une reprise de + 2 %. Au Royaume-Uni, en Espagne, la hausse est de 1 % ", indique-t-il. Aux Etats Unis, la progression est de 15 %, mais elle est due pour un tiers au moins à une revalorisation du dollar.
Ces bons résultats sont à l'image de tout le secteur. Le 14 février, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) a annoncé une hausse des ventes à l'export de 18,3 %, à 9,09 milliards d'euros sur l'année 2010. Si l'on en croit le FEVS, ce chiffre représenterait le deuxième excédent commercial de la France, " après l'aéronautique et devant la chimie-parfumerie ", avec un solde positif de 7,9 milliards d'euros, en hausse de 21,5 % par rapport à 2009.
Cognac et vodka
Cette reprise des exportations en 2010, ne gomme pas, loin s'en faut, la chute brutale (- 16,9 % en 2009) due à la crise financière de 2008-2009. Les ventes à l'étranger ont été emmenées par le cognac (+ 33 % en valeur, à 1,85 milliard d'euros) mais aussi par la vodka (+ 40 %, à 332 millions d'euros). Quant aux ventes de champagne à l'étranger, elles ont progressé de 22 % en valeur pour atteindre 1,95 milliard d'euros.
Le vin aussi a connu un rebond avec une hausse des exportations de 11,7 %, à 4,09 milliards. La hausse a été de 16,9 % en valeur pour le bordeaux, de 27,3 % pour le bourgogne, mais de 3,6 % seulement pour le beaujolais. Ces bons chiffres marquent aussi la fin du déstockage massif engendré par la crise.
Yves Mamou
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
jeudi 3 février 2011
VIN - La Chine rêve de châteaux - Ferracci Marie-Thérèse

Valeurs Actuelles, no. 3871 - Jeudi, 3 février 2011, p. 68
Bordeaux Acquisitions de grands crus et riches retours sur investissement sont les objectifs des Chinois.
Ce 24 janvier a marqué un anniversaire : en 2008, Haiyan Cheng, une Chinoise de 30 ans, s'emparait du vignoble Château Latour-Laguens. Pour la première fois en France, la preuve était faite : les Chinois ne sont pas seulement amateurs de grands crus, ils savent aussi repérer les domaines intéressants et les acquérir. La Chine est devenue le premier client à l'export du vin de Bordeaux. En un an, les ventes ont augmenté de 71 %. En cinq ans, elles ont été multipliées par vingt.
Le temps a donné raison aux Chinois. Le coup de coeur de Haiyan Cheng n'était pas une tocade. À la tête d'une société d'importation de vins en Chine, filiale de la société immobilière Longhai International, la jeune femme, qui apprécie particulièrement le Bordelais, prospectait depuis un an dans la région. Elle a tout de suite compris le parti qu'elle pouvait tirer de ce vignoble payé près de 2 millions d'euros. Tenace, elle l'a emporté face à une comtesse luxembourgeoise, à un investisseur belge et à un riche propriétaire maltais.
Réaliste, elle a aussitôt mis en place un programme de restructuration étalé sur six ans et prévu les investissements nécessaires dans le vignoble, dans le chai comme au château lui-même, pour que Latour-Laguens devienne une destination touristique de choix ainsi qu'un vin digne d'un grand cru. Le vin est aujourd'hui classé dans la catégorie AOC bordeaux et bordeaux supérieur. L'encépagement en rouge est constitué de 55 % de merlot, 40 % de cabernet-sauvignon et 5 % de cabernet franc, tandis que l'encépagement en blanc - pour une production dix fois inférieure - est constitué de 40 % de muscadelle, 35 % de sauvignon blanc, 15 % de merlot blanc, le reste étant du sémillon.
À mi-parcours de ce pro gramme de rénovation, les résultats sont déjà perceptibles. Située dans l'Entre-Deux-Mers, la propriété, confiée depuis deux générations à la famille Laguens, n'avait pas été entretenue depuis longtemps. Aucun des enfants ne voulant prendre la succession, le domaine était quasi à l'abandon. Aussi, dès le printemps 2008, plus de 10 000 pieds ont été plantés tandis que la vigne hors d'état de produire des vins de qualité a été arrachée et remplacée.
Un premier résultat a été visible avec la présentation de ce cru aux primeurs de Bordeaux en 2008 puis en 2009 et avec l'obtention de la médaille d'argent pour sa cuvée Bacchus 2008 au concours général agricole de Paris. « Le but est de montrer qu'il existe de très beaux produits à Bordeaux en dehors des grands crus », indiquait à l'époque l'oenologue Stéphane Toutoundji. Il considère que Latour-Laguens, qui sort chaque année 140 000 bouteilles de rouge et 15 000 de blanc, peut encore progresser. Un impératif puisque l'âge moyen du vignoble atteint 25 ans. « D'année en année, je remarque que le terroir est vraiment magnifique et permettra de produire des vins d'une extrême qualité », explique-t-il.
La métamorphose touche aussi le bâtiment. Petit, c'est tout de même un vrai château avec sa tour et son donjon, capable de faire rêver les amateurs de princesses à la Disney venus de l'autre bout du monde. Le lieu se transforme pour accueillir des chambres d'hôtes de grand standing dont l'aménagement, avec des matières nobles, respecte le lieu et la région.
La propriété a donc toutes les qualités pour être la vitrine du groupe chinois, qui pousse les restaurateurs pour que tout soit prêt d'ici quelques mois, notamment la salle de dégustation, placée en contrebas de la cour d'honneur du château. Du 19 au 23 juin prochain, se tiendra en effet à Bordeaux la prochaine édition de Vinexpo. Avant cela, la présentation des primeurs au printemps offrira peut-être une nouvelle bonne surprise.
Château Latour-Laguens sera aussi certainement présent au salon de Vinexpo Asie-Pacifique qui aura lieu à Hong Kong du 29 au 31 mai 2012. Il convient de ne rien négliger pour asseoir la notoriété de ce cru et en faire une marque de grand luxe.
© 2011 Valeurs Actuelles. Tous droits réservés
Pékin investit dans le Bordelais - Valérie Landrieu
Les Echos, no. 20861 - Entreprises et Marchés, mercredi, 2 février 2011, p. 17
Les guides des vins lui prêtent une « rondeur » et « un velouté en bouche ». Le Château de Viaud, un lalande-de-pomerol, est désormais propriété chinoise. Après presque trois ans de discussion, l'entreprise publique Cofco, gros opérateur du secteur agroalimentaire en Chine, et Philippe Raoux, vigneron négociant du Bordelais, sont parvenus à un accord. Le géant chinois obtient les 21 hectares du vignoble AOC pour une dizaine de millions d'euros.
C'est la première fois que l'Etat chinois achète une activité dans les vins de Bordeaux, mais quelques entreprises privées s'y étaient déjà essayées. En 2008, le groupe immobilier Longhai International avait ainsi acheté les 60 hectares, dont 30 hectares de vignes, du Château Latour-Laguens. Depuis, la Chine est devenue le premier importateur des vins de Bordeaux. De quoi motiver Cofco. Le Château de Viaud n'est pas aujourd'hui commercialisé en Chine. La moitié de sa production - de 800 à 1.000 hectolitres par an -part à l'export, quasi exclusivement à destination des Etats-Unis.
Le groupe chinois peut aussi espérer améliorer son savoir-faire. Il est propriétaire d'une marque de vins incontournable en Chine, le Great Wall, qui, au dire des connaisseurs, est de piètre qualité.
Pour Philippe Raoux, le projet ne s'arrête pas là. Un accord a aussi été conclu pour commercialiser en Chine les vins de l'un des trois domaines dont il est propriétaire.
De son côté, Cofco a l'intention de poursuivre son expansion viticole. Le groupe a acheté il y a peu un vignoble au Chili et ne cache pas être intéressé par l'achat d'autres vignobles dans le Bordelais. « Cofco est prêt à regarder d'autres dossiers », explique Guillaume Rougier-Brierre, associé du cabinet d'avocats Gilles Loyrette Nouel qui a conseillé le groupe pour l'opération Château de Viaud. Un projet serait d'ailleurs dans les cartons.
VALERIE LANDRIEU
© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.
jeudi 13 janvier 2011
7e rang mondial de la Chine pour la production de vin
Le Monde - 24 heures dans le monde, jeudi, 13 janvier 2011, p. 2La Chine devrait augmenter sa production de vin de 77 % d'ici à 2014 et, dans le même temps, la production des quatre principaux producteurs que sont la France, l'Espagne, l'Italie et les Etats-Unis baissera. Les Chinois boivent en moyenne un litre de vin par an contre cinquante-six pour un Français. La Chine, qui a déjà doublé sa consommation en cinq ans, devrait l'augmenter de 20 % dans les trois ans.
© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.
mercredi 5 janvier 2011
La Chine, premier client à l'export du vin de Bordeaux
Les Echos, no. 20839 - Entreprises et régions, lundi, 3 janvier 2011, p. 14Les exportations de vins de Bordeaux se redressent, portées par l'Asie, notamment la Chine et Hong Kong. Un mouvement qui ne profite pas à tous les professionnels du vin, comme ceux qui vendent uniquement en vrac.
Après avoir sévèrement reculé en 2009 (- 14 % en volume et - 29 % en valeur), les exportations de vins de Bordeaux reprennent. A fin octobre 2010, elles étaient déjà montées à 1,68 million d'hectolitres, soit une progression de 10 % par rapport à la période précédente (de récolte à récolte), pour 1,39 milliard d'euros (+ 7 %), selon le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB).
Ces indicateurs, regardés à la loupe, puisque l'export pèse un tiers des volumes à Bordeaux, masquent toutefois d'énormes différences. Ainsi, le redressement en Europe reste modeste avec des progressions à un chiffre en Allemagne (+ 1 %) et au Royaume-Uni (+ 4 %) où l'on enregistre même une baisse du chiffre d'affaires. Quant aux Etats-Unis, les ventes reviennent seulement au niveau de l'année précédente. « C'est un marché très cyclique avec une forte sensibilité au millésime », explique Jean-Philippe Code, responsable du service économique du CIVB.
Les vins de Bordeaux progressent en revanche notablement en dehors de l'Europe avec l'Asie comme véritable locomotive et principalement la Chine (+ 71 % sur un an, à 190.000 hectolitres) dont les ventes ont été multipliées par vingt depuis 2005 et par quatre pour Hong Kong. Le Japon a aussi fortement progressé, de 14 % sur un an. Toutefois si le prix d'une bouteille de bordeaux est de 5 euros au départ pour la Chine, il grimpe à 25 euros pour Hong Kong. Conséquence, « si l'on agrège la Chine et Hong Kong, ce pays devient le premier marché à l'export en 2010. Aussi bien en valeur, à 24 %, que désormais en volume, avec 15 % », insiste Jean-Philippe Code. La cote d'amour des Chinois pour le bordeaux permet ainsi à cette appellation de progresser plus vite que l'ensemble des vins tranquilles français qui n'augmentent que de 2 % à l'export sur la même période.
La contrefaçon se développe
Malgré cela, la place de Bordeaux ne parvient pas à rééditer ses performances de 1998, lorsque l'export représentait 40 % des volumes. Cette croissance comporte aussi des risques, comme le note le consultant Christophe Macra, de retour d'un long séjour dans l'empire du Milieu : « En Chine, le vin, c'est la France, et la France, c'est Bordeaux. C'est une chance incroyable. En revanche, si la distribution se développe, même au fin fond de la Chine, elle n'est absolument pas formée. On voit aussi beaucoup d'opportunistes attirés par des gains faciles. La contrefaçon se développe et constitue un réel danger. Et sur les quantités de bordeaux exportées en Chine, je suis certain qu'une partie finit dans des bouteilles de vin chinois tout comme une bonne partie du vin chilien. »
Enfin, cette embellie, essentiellement tirée par le négoce, laisse une bonne partie du vignoble bordelais sur le côté. « Certains souffrent beaucoup, notamment ceux qui vendent uniquement en vrac, via le négoce, sans avoir de partenariat et qui sont soumis aux aléas des cours », reconnaît Jean-Philippe Code. La réforme du marché du vrac constitue d'ailleurs le chantier le plus important mis en place par le CIVB dans le cadre de son plan Bordeaux demain.
Frank Niedercorn
mercredi 15 décembre 2010
Le Château Lafite, dernière bulle spéculative à la mode en Chine
Le Monde - Economie, mardi, 14 décembre 2010, p. 15Peut-être est-ce son nom " Lafei " qui sonne à l'oreille des amateurs chinois ou peut-être est-ce parce qu'il fut l'un des premiers grands crus servis à la table des dignitaires du régime. Le Château Lafite est la dernière passion des Chinois fortunés, qui font grimper son prix.
Trois bouteilles datant de 1869 et conservées dans les caves du château se sont arrachées entre acheteurs chinois pour 1,8 million de dollar d'Hongkong chacune, soit 175 000 euros, lors d'une vente aux enchères organisée par Sotheby's le 29 octobre, un record mondial.
" Lafite a atteint le statut de marque icône en Chine, au même titre que Louis Vuitton, les riches peuvent s'y identifier. Servir ce vin en particulier est le signe que l'on estime ses invités ", explique Rufus Beazley, représentant à Shanghaï des négociants Berry Bros & Rudd.
Cette gloire nourrit un cercle vertueux de hausse des prix qui renforce à son tour son prestige, le plaçant devant les bouteilles de Château Latour ou de Mouton Rothschild dans le coeur des riches consommateurs chinois. Le second vin du domaine, le Carruades de Lafite, bénéficie d'un engouement similaire.
" Ils continuent de le boire "
Se saisissant de cette opportunité, Château Lafite, propriété de la famille Rothschild, a investi en 2009 dans des vignobles de la province du Shandong (est du pays), tandis que le sinogramme du chiffre " huit " sera inscrit en rouge sur les bouteilles du bordeaux de l'année 2008, livrées dès 2011. Sa prononciation " ba " s'approche de celle du mot " prospérité ", une attention qui ne manquera pas de séduire les clients superstitieux. Afin de rivaliser, le Mouton Rothschild ornera ses étiquettes d'un dessin de l'animal du même nom, réalisé par l'artiste Xu Lei.
Ces prix record amènent les observateurs à se demander si le grand cru du Médoc n'est pas à son tour l'objet d'une bulle, au même titre que l'immobilier. Après trois ans d'une politique monétaire laxiste destinée à stimuler l'activité économique en temps de crise, les liquidités chinoises se ruent sur tout actif offrant un bon retour sur investissement.
L'incroyable hausse des prix des terrains dans la province dynamique du Zhejiang aurait donné aux investisseurs une " perspective unique sur le Lafite, constate l'économiste Andy Xie, sur le site d'information Caing. Ils pensent que tout actif suivra la trajectoire observée sur le marché immobilier local. Cela les conduit à spéculer et à thésauriser ".
Mais, prévient M. Xei, alors que le gouvernement a entamé un redressement de la politique monétaire, il pourrait être temps pour les riches de Wenzhou de vendre leurs bouteilles de Lafite.
" Il y a peut-être une part de spéculation mais si les Chinois continuent d'acheter du Château Lafite malgré les prix, c'est d'abord parce qu'ils continuent de le boire ", temporise M. Beazley. Au contraire, note-t-il, certains Occidentaux se contenteraient désormais d'investir dans du Lafite dans l'espoir de le revendre à des clients chinois.
Harold Thibault (Shanghaï, correspondance)
© 2010 SA Le Monde. Tous droits réservés.
jeudi 11 novembre 2010
La Chine préfère le Bordeaux - Catherine Cochard
Le Temps - Culture & Societe, jeudi, 11 novembre 2010Le 16 novembre prochain, Christie's met en vente des millésimes rares, dont un Impérial de Cheval-Blanc 1947 estimé entre 150 et 250,000 dollars. L'acheteur pourrait bien être chinois.
Picasso, Warhol, Lichtenstein, Patek Philippe mais aussi Romanée-Conti ou Montrachet. Depuis quelques années, les noms des grands crus ont rejoint ceux des artistes et marques de montres dans les catalogues de vente aux enchères. Avec un département consacré aux vins, Christie's fait figure de leader dans ce domaine et s'apprête à adjuger à Genève les trésors récoltés par ses experts.
Lors de cette vente en trois sessions (le matin, l'après-midi et le soir), mille lots passeront sous le marteau. Des lots rares par leurs formats - Impérial, Jeroboam, Marie-Jeanne, Magnum -, l'ancienneté des millésimes et leur provenance. «Nous avons rassemblé 460 bouteilles de Romanée-Conti, ce qui est exceptionnel vu la taille du domaine», explique Michael Ganne, spécialiste du département vin de Christie's. A titre comparatif, le vignoble de la Romanée-Conti en Bourgogne fait un hectare alors que celui du Château Lafite Rothschild dans la région de Bordeaux s'étale sur 80 hectares... «La plus ancienne bouteille de l'enchère date de 1937 et la plus récente de 2007. Une collection de cette ampleur prend énormément de temps à être constituée.»
En plus de cet argument, l'expert a d'autres atouts dans ses manches pour rassurer les potentiels acheteurs et exciter leur convoitise. «Nous mettons également en vente des Cheval-Blanc 1947, des grands crus dont on peut garantir la qualité.» Chaque bouteille a été goûtée puis reconditionnée. «Un bouchon n'est pas fait pour durer aussi longtemps. Il devenait donc urgent de les remplacer. Tous les Châteaux (le terme consacré pour parler d'un vignoble dans le Bordelais, ndlr) le font régulièrement avec leur stock. Je peux donc affirmer que ce vin est d'une qualité supérieure et qu'il n'est pas bouchonné.» Un sacré avantage. Reste un point déterminant pour les enchérisseurs: que la traçabilité des millésimes de la vente soit établie. «Les collectionneurs qui se séparent d'une partie de leur cave sont tous connus de nos services. Si le vendeur ne peut pas nous apporter de preuves suffisantes nous contactons le Château ou le Domaine qui a mis en bouteille le vin pour s'assurer de son authenticité.»
Depuis les années 2000, le marché des enchères de vins n'a cessé d'évoluer. «Une première hausse est intervenue en 2005, lorsque les producteurs ont décidé d'augmenter leurs prix, ce qui a eu pour conséquence de faire grimper tous les tarifs, reprend Michael Ganne. Puis une seconde hausse est survenue en 2009, avec les mêmes effets.» Historiquement, c'est en Angleterre que ces enchères ont vu le jour, avec la création en 1966 du département spécialisé de Christie's. «Les Américains ont toujours fait partie des importants collectionneurs de grands crus. Mais aujourd'hui, on constate surtout que l'épicentre du marché s'est clairement déplacé en Asie.» L'Empire du Milieu en pole position. «Depuis environ trois ans, la Chine et Hong Kong se passionnent pour les vins. Auparavant, les taxes d'importation y étaient très élevées, ce qui freinait énormément le développement des enchères. Puis cette taxation a été abolie, ouvrant nettement le marché aux enchérisseurs de ce coin du monde.»
Néanmoins, les maisons de ventes aux enchères européennes n'ont toujours pas le droit d'établir leurs salles de vente en Chine continentale, seulement des bureaux. Du coup, elles se rabattent sur Hong Kong, où le système légal différent de celui en place dans le reste du pays leur permet - en s'associant à un partenaire local - d'y faire des affaires. «Après un recul de 20 à 25% des prix à fin 2008 en raison de la crise, nous sommes revenus aujourd'hui à des niveaux de 2007. Ceci grâce aux Chinois qui achètent en quantité et à des prix très élevés. C'est un marché clé pour nous» Des amateurs riches et nombreux qui ont une préférence marquée pour les bordeaux. «C''est un vin plus simple à comprendre pour commencer qu'un Bourgogne qui nécessite une culture plus pointue.»
S'il y a de fortes chances que les acquéreurs des lots-phares de la vente du 16 novembre viennent d'Asie, les profils des potentiels acheteurs - toutes nationalités confondues - sont connus. L'expert en identifie quatre. Le collectionneur semblable à celui de montres ou de voitures, qui achète beaucoup de bouteilles mais n'a pas pour but de les ouvrir. Celui qui s'intéresse au caractère rare d'un objet comme l'Impérial de Cheval-Blanc 1947. A l'opposé de ce dernier, le connaisseur qui achète pour déguster et va s'intéresser à des formats faciles à ouvrir. Enfin l'amateur qui mise sur des bouteilles à 400 francs, pour se faire plaisir avec un vin de qualité, payé moins cher que dans le commerce.
Mais pour l'heure, le spécialiste prie pour que parmi ces différents enchérisseurs il s'en trouve un pour acquérir la bouteille de vin la plus chère jamais mise en vente: le fameux Impérial de Cheval-Blanc 1947, un flacon d'une contenance de 6 litres qu'il a estimée entre 150 et 250?000 dollars. «Pour ce lot extraordinaire, les acheteurs potentiels se comptent sur les doigts d'une seule main...»
PHOTO - Geneva, SWITZERLAND: Picture taken 11 May 2007 shows a Christie's employee displaying a rare bottle of 1945 vintage Romanee-Conti wine of France during a preview in Geneva. Christie's announced 15 May 2007 that the bottle have been sold 35.000 euros (USD 48.000) among several hundred lots of grand crus during a Christie's sale to support the charitable foundation 'Children Action'. Only 600 bottles of this legendary Burgundy wine were produced.
© 2010 Le Temps SA. Tous droits réservés.
Le vin français absent de l'expo de Shanghaï - Bernard Burtschy
Le Figaro, no. 20615 - Le Figaro et vous, jeudi, 11 novembre 2010, p. 28Le visiteur chinois qui découvrait le pavillon tricolore en est ressorti perplexe : rien sur le vin, rien sur la gastronomie, deux de nos fleurons.
« Mais où est le vin? », s'étonnait la visiteuse chinoise en sortant du magnifique pavillon français de l'exposition universelle de Shanghaï qui vient de battre des records de fréquentation. Du vin, il n'y en avait point, comme il n'y avait rien sur la gastronomie, pas même sur l'industrie française. Certes, quelques animations épisodiques avaient bien eu lieu au cours des six mois, mais rien de vraiment consistant.
Pendant ce temps, les pavillons des principaux concurrents de la France, l'Australie, l'Italie, l'Espagne, l'Afrique du Sud, exposaient des bouteilles sur des centaines de mètres de linéaires, les bars fonctionnaient à plein pendant les six mois : « Décidément, les Français ont l'art de se tirer une balle dans le pied », soulignait un producteur australien, totalement médusé.
Cette absence est d'autant plus inexplicable que les vins français représentent la moitié des importations du marché chinois et qu'elles sont en plein essor. La cote de la France est, en ce domaine, au plus haut. Côté oenotourisme, le vin et la gastronomie sont un des principaux motifs des visites des Chinois en France. Ce n'est pas la peine d'installer un Conseil national de l'oenotourisme pour rater une échéance aussi importante.
Une erreur magistrale
Depuis deux ans, l'Australie fait le forcing et déploie des efforts colossaux pour pénétrer le marché chinois en jouant à la fois le vin et le tourisme, en plein essor, de la Chine vers l'Australie. Les autres concurrents comme l'Espagne font de même. La France vient certainement de commettre une erreur magistrale sur le marché le plus prometteur de la planète. Une erreur qui pourrait se chiffrer par une perte de dizaines de millions d'euros en exportation. B.B.
© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.
jeudi 4 novembre 2010
Champagne - L'art du millésime - Jacoberger-Lavoué Virginie
Valeurs Actuelles, no. 3858 - Dossier spécial, jeudi, 4 novembre 2010, p. 66Dans cette région louée pour ses assemblages, le millésime n'est pas un paradoxe. Son succès illustre le niveau d'exigence de quelques grandes maisons. Elles ont été les premières à connaître un rebond de leurs ventes en 2010.
En Champagne, le coup de frein a été de courte durée. Après une chute des ventes en 2009 (un peu plus de 293 millions de bouteilles vendues soit une baisse de 9,1 % par rapport à l'année précédente) principalement liée au phénomène de déstockage, la région, por tée par de grandes maisons très internationalisées, a retrouvé le sourire.
"Comme tout le monde, nous avons dû traverser cette crise. Mais nous sommes confiants pour l'avenir. En octobre, un rapport du CIVC (Comité interprofessionnel du vin de Champagne) a souligné une évolution positive pour l'ensemble de la filière (+ 8,1 %). Nos chiffres confirment cette tendance. Sur la période juillet-septembre, nos marques G.H. Mumm et Perrier-Jouët ont vu leurs ventes respectivement progresser en volume de 11 % pou G.H. Mumm et de 21 % pour Perrier-Jouët. C'est la conséquence de plusieurs facteurs : une croissance significative de nos ventes en France et une reprise à l'international, notamment sur certains marchés émergents, grâce à la force de distribution du groupe Pernod Ricard », remarque Lionel Breton, président de Martell, Mumm, Perrier-Jouët.
Globalement négative, l'année 2009 est elle-même à nuancer, puisque les ventes en novembre et décembre (en hausse de 5,9 % par rapport à 2008) annonçaient déjà la reprise. « Le champagne est un vrai baromètre du moral des consommateurs. Nous avons tous souffert l'an passé des effets du déstockage, mais sur aucun marché, il n'y eut de véritable désamour du champagne. Aujourd'hui, les stocks diminuent et les ventes repartent. Notre maison a ainsi retrouvé à l'export son niveau de 2008, tout en réorganisant son réseau de distribution, notamment sur des marchés clés, en fort développement, tels que la Russie, où nous avons accru notre présence dès 1990, le Japon qui, malgré la crise, qu'il traverse reste un marché très solide pour le champagne de qualité, et enfin Hong Kong ou l'Espagne. La répartition de nos ventes couvre 100 marchés, dont près de 20 ont été ouverts ces dix dernières années, avec des points de vente stratégiques en Chine, en Thaïlande, au Mexique », révèle Frédéric Rouzaud, directeur général de Roederer, l'une des dernières maisons de champagne indépendantes. Fondée en 1776, elle est la propriété de la même famille depuis 1819. Attentive au développement de son champagne éponyme, la maison est surtout connue pour avoir créé en 1876 la cuvée Cristal, à la demande du tsar AlexandreII - déjà grand amateur de cuvées Louis Roederer -, donnant naissance au concept de «cuvée de prestige».
Aisément identifiable à son flacon transparent, Cristal est unanimement reconnu comme un très grand champagne, voire le plus grand. Avec une identité forte mais raffinée grâce à une proportion importante mais non dominante de chardonnay qui lui confère une grande finesse, un bouquet délicat et un équilibre parfait. « Sa production est limitée et nous sommes loin de satisfaire la demande croissante dont cette exceptionnelle cuvée est l'objet », souligne Frédéric Rouzaud. Malgré la crise, ses ventes sont restées importantes sur ses marchés stratégiques : États-Unis, France, Italie, Grande-Bretagne, Allemagne, Suisse, Belgique, Espagne, Scandinavie, Russie et Japon.
On a beaucoup glosé l'an passé sur un marché des bulles si perturbé que la filière champenoise bradait ses bouteilles - des champagnes d'entrée de gamme vendus 10 euros -, mais force est de constater que, malgré des marchés à l'exportation fortement malmenés (Grande-Bretagne notamment), le haut de gamme et tout particulièrement les cuvées de prestige millésimées ont tenu leur rang.
«Nous proposons actuellement la cuvée 2004 [à partir de 176 euros, NDLR] qui est sans doute la plus jeune cuvée de prestige mise sur le marché. Un millésime qui se distingue par une fraîcheur fuselée », précise Frédéric Rouzaud. Parmi les secrets de Cristal, 55 % de pinot noir, 45 % de chardonnay, 20 % de vins vinifiés en foudres de chêne. Cette cuvée, qui bénéficie d'une maturation moyenne en cave de cinq ans, est élaborée à partir des grands crus de la montagne de Reims, de la vallée de la Marne et de la côte des Blancs.
Le groupe familial, qui commercialise actuellement un Louis Roederer vintage 2004 et un Louis Roederer rosé vintage 2006, aime à rappeler son choix d'acquérir puis de préserver un «vignoble maison» de 214 hectares répartis dans les trois principales zones de production de la Champagne et couvrant les deux tiers de ses besoins. « Grâce à ce riche vignoble, nous avons aussi fait de nos vins de réserve un trésor exceptionnel, fruit d'un fort investissement du groupe », souligne Frédéric Rouzaud, fidèle à cet esprit de «maîtres artisans de la Champagne».
Parmi les autres grandes maisons de champagne, Dom Pérignon doit beaucoup à son histoire - la maison a été créée en hommage au moine cellérier de l'abbaye de Hautvillers, inventeur de la méthode champenoise - mais aujourd'hui peut-être plus encore à son chef de cave, Richard Geoffroy.
Pour les spécialistes de la finance, la marque est la plus rentable des maisons de champagne de LVMH, numéro un mondial du luxe. Pour les amateurs de grands champagnes, elle est surtout synonyme d'« un champagne atypique, toujours millésimé, à l'équilibre remarquable, construit avec panache et la volonté de faire éclore une tension plutôt qu'un harmonieux épanouissement », insiste Richard Geoffroy. Champenois d'origine, il fut médecin avant d'entrer chez Moët & Chandon il y a vingt-cinq ans; plus que tout autre, il a l'art d'élaborer un assemblage avec une précision chirurgicale, mais ne se départit jamais d'une approche sensuelle dans la recherche des saveurs et des textures. C'est à lui qu'appartient la décision de créer «une année Dom Pérignon», à lui qu'incombe la construction d'un grand millésime né de l'observation, à lui aussi que revient le bonheur de sublimer des arômes, de révéler une palette de nuances... Grâce à son talent, sa maison fait toujours figure d'exception, comme en témoigne son Dom Pérignon vintage 2002 (130 euros), tout juste sorti alors que tant d'autres acteurs de référence ont commercialisé ce millésime depuis longtemps. Il ne rappelle aucune signature, offre une tonalité particulière grâce au choix de raisins sélectionnés au meilleur moment.
Chez Bollinger, la vinification s'effectue sous bois
Dans un jeu de complexité, ce dernier millésime allie pureté d'éclat, intensité et maturité. « Je vis une année exceptionnelle, la plus belle de ces dix dernières années. Il y a un buzz autour de Dom Pérignon, une vraie reconnaissance et compréhension de l'exigence de nos assemblages. En 2010, malgré une période économiquement peu prospère, j'ai le sentiment que l'on entre dans une nouvelle ère du goût, celle du XXIe siècle, plus sensible et attentive. Dom Pérignon naît d'une prise de risque, c'est ce qui fait sa magie et sa grandeur et cette identité est aujourd'hui parfaitement comprise par nos clients », assure Richard Geoffroy.
Autre référence, Salon est une maison certes petite, mais si rigoureuse qu'elle a sorti seulement 37 millésimes en un siècle. Né en 1911, du choix d'un esthète, Eugène-Aimé Salon, qui fut le premier à commercialiser un champagne 100 % chardonnay, ce vin est plus que tout autre l'expression d'un terroir, le Mesnil-sur-Oger, d'une quête personnelle - monocépage, monocru- et d'un travail exigeant « grâce à son évolution sur lies, il gagne en complexité », précise-t-on chez Salon, qui propose seulement cette année, un sublime et très rare Salon 1997 (entre 290 et 320 euros), « intrigant par sa volupté et sa minéralité ».
Autre rareté, la maison Bollinger, qui n'a pas pour seul atout d'avoir séduit James Bond. Elle possède un vignoble de 163 hectares construit avec patience et persévérance avec des parcelles dans les meilleurs crus (Cuis, Aÿ, Cramant, Verzenay...). « Et nous pouvons aussi prétendre à une vinification unique en Champagne. Notre parc de fûts est constitué de plus de 3 000 tonneaux anciens. La vinification sous bois s'effectue en fûts âgés d'au moins cinq ans et concerne des raisins issus des meilleures parcelles de pinot noir ou de chardonnay, situées exclusivement dans les premiers et grands crus. Notre intransigeance en matière de savoirfaire nous a sans doute permis de résister mieux que d'autres à la crise. Il y a aujourd'hui une prime à l'authenticité. Notre maison est revenue depuis le début de l'année à des volumes d'exportation antérieurs à la crise avec une hausse de 40 % et de bonnes performances à la fois en Grande-Bretagne, à Hong Kong, en Scandinavie et même en Espagne, pays pourtant en crise, avec une hausse de 57 % de nos exportations », indique son président, Jérôme Philipon.
Chez Bollinger, la Grande Année sort en 2002 (100 euros) et est d'ores et déjà louée pour la netteté de ses arômes. À dominante de pinot noir (62 %), elle repose sur un rare assemblage de 73 % de grands crus et 27 % de premiers crus ! D'autres cuvées d'exception révèlent aussi la singularité du style Bollinger, telles les Vieilles Vignes françaises 2000 (lire page72).
Autre maison indépendante et familiale, Henriot, fondée en 1808, cultive un bel attachement au savoir-faire, au point d'avoir baptisé l'une de ses cuvées d'exception la Cuvée des Enchanteleurs, terme désignant jadis les ouvriers cavistes lorsque la vinification se faisait en barriques (le millésime 1996 de cette cuvée est commercialisé à 76 euros). «Nous vinifions tout séparément, on ne parle donc pas de millésime à la vendange mais au moment de la dégustation des vins clairs. À ce moment-là, le style maison exige que nous respections la parité entre chardonnay et pinot noir et la répartition deux tiers de grands crus et un tiers de premiers crus pour l'élaboration de notre millésimé. Nos chardonnays proviennent essentiellement de Chouilly, Trépail, Avize, Vertus, nos pinots noirs de Mailly, Verzy, Verzenay, Avenay. On cherche à faire le plus beau mariage possible pour obtenir l'élégance, la finesse et la légèreté, caractéristiques du style maison », révèle son chef de cave, Laurent Fresnet. Il vient de présenter son Brut millésimé 2002 (38 euros), « un vin à fort potentiel, à la fois vif et équilibré ». Ce millésime est conçu comme un juste équilibre entre chardonnay et pinot noir, preuve que l'expression d'une année relève toujours du savoir-faire maison.
« Le champagne, c'est le vin de la civilisation », disait Talleyrand, et c'est bien là toute l'approche de la maison Taittinger, qui fait remonter son histoire à Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre, amoureux de Blanche de Castille, et qui rapporta des croisades la rose damascina et de Chypre un plant de vigne, ancêtre du cépage chardonnay, dominant dans ses cuvées et leur conférant finesse et légèreté. « Le chardonnay est plus qu'un cépage, une signature », souligne-t-on dans ce groupe dirigé par Pierre-Emmanuel Taittinger, qui ne cache pas sa fierté d'être à la tête d'une maison « éponyme et indépendante ». « Il y a un engagement de Taittinger que l'amateur de champagne reconnaît; depuis le début de l'année, nos ventes de cuvées spéciales sont en hausse de 30%», révèle-t-il. La maison propose un Taittinger Brut millésimé 2004 (45 euros), structuré et suave et dont la « fraîcheur omniprésente laisse présager une excellente garde ». Côté cuvées de prestige, 2010 voit arriver pour le bonheur des amateurs un Comtes de Champagne blanc de blancs 1999 (120 euros), aérien et généreux ainsi qu'un Comtes de Champagne rosé 2004 qui, en guise de promesse d'avenir, se distingue déjà « par une charpente tannique en train de s'arrondir ».
L'exigence se cultive cependant aussi dans les groupes de spiritueux. «Nous avons pour politique, tant chez G.H. Mumm que chez Perrier-Jouët, de ne lancer des millésimes que lorsque nos chefs de cave le recommandent. Pour G.H. Mumm, par exemple, le millésime doit être l'aboutissement de l'expression d'une année d'exception et du style de la maison incarné par notre cuvée phare : le Cordon rouge », explique Lionel Breton.
Cinquante-quatrième millésime de la maison, le G.H. Mumm Cordon rouge 2002 se révèle aujourd'hui comme une parfaite illustration de ces principes, expression d'un terroir et d'un style vif. Mais en matière de millésime, chez la filiale de Pernod Ricard, il faut surtout citer sa «pépite», la Cuvée R. Lalou, dont le très raffiné millésime 1998 est aujourd'hui commercialisé dans une édition limitée en magnum avec un thermomètre Ercuis 360 euros ou 118 euros le flacon). La cuvée, lancée il y a seulement quelques années, fait référence et a sans doute un peu bousculé le marché des grands champagnes. Mais il y a toujours des maisons au savoir-faire immuable, telle Ruinart, la plus ancienne maison de champagne (créée en 1729 !). Prestigieux ambassadeur du raffiné cépage chardonnay, Ruinart incarne un style à la fois respectueux de la tradition, raffiné mais qui en impose. Alors qu'elle semblait être il y a encore quinze ans un peu comme la «belle endormie» des coteaux champenois, Ruinart a depuis au moins cinq ans, le vent en poupe. La maison semble chaque jour mieux faire valoir son identité et le succès est au rendez-vous. « Ruinart a eu en 2008 et 2009 des résultats très satisfaisants. Nosprincipaux marchés à l'export se sont maintenus et nous sommes donc très confiants cette année», précise son président, Jean-Marc Gallot.
La maison a même un tel moral qu'elle présente cette année son premier coffret contenant la gamme complète de ses champagnes sous le joli nom de L'intégrale de Ruinart. Longue et dense, la dégustation a le goût d'une expérience inédite au gré d'un Dom Ruinart blanc de blancs 1998, le « R » millésimé 2004,le « R » de Ruinart, le Ruinart blanc de blancs, le Ruinart rosé et Dom Ruinart Rosé 1996, soit six flacons d'exception (650 euros le coffret).
Parmi les maisons légendaires, qui réalisent un assemblage sur mesure, Krug a la particularité d'élaborer ses cuvées « en l'absence de hiérarchie, puisque les cuvées sont égales en prestige, égales en distinction, égales en savoirfaire ». L'élégance de son style ? «Tout est écrit, nous confie-t-on, dans le Carnet de vie rédigé en 1848 par Joseph Krug, fondateur de la maison en 1843, et récemment retrouvé. » Il s'est attaché très tôt à la conception de deux champagnes, un au goût unique et généreux qu'il veut recréer chaque année et qui verra jour sous l'appellation Krug Grande cuvée; l'autre reflétant la typicité d'une année, ancêtre des millésimes vus par Krug (tels aujourd'hui le Krug 1998 ou le Krug 1995).
Chez Veuve Clicquot, on rappelle volontiers la devise de la fondatrice de la maison : «Une seule qualité, la toute première ». «Durant cette période difficile, nous avons su protéger nos parts de marché grâce à notre stratégie de valeur et à nos investissements dans l'innovation, et surtout sans jamais sacrifier l'excellente qualité de nos vins », explique son président, Stéphane Baschiera, expert du champagne et ex-président de Ruinart qui lui doit beaucoup. Le choix de déclarer un millésime est celui de son chef de cave, Dominique Demarville, qui prend en compte le niveau qualitatif de l'année et veille que l'élaboration d'une cuvée millésimée n'empêche pas la maison de réaliser une cuvée Carte jaune à la hauteur de ses exigences.
Chez Moët & Chandon, première maison de champagne, qui possède un vignoble immense de plus de 200 crus dont 13 des 18 grands crus et 28 des 41 premiers crus, le millésime est aussi une affaire de rigueur : depuis 1842, seuls 69 Grand Vintage - millésimés - ont été produits. « Le Grand Vintage 2002 est l'expression d'un millésime en soi et en même temps sa sortie est pour nous comme l'aboutissement d'un cycle de création après les Grand Vintage 2000 et 2003; cette trilogie initie une nouvelle philosophie de la maison par rapport à la maturité de ces millésimes et ils constitueront une référence pour les millésimes à venir », explique son chef de cave, Benoît Gouez.
Vendus de 20 à 30 % plus chers qu'un brut sans année, les millésimes relèvent d'une création autrement plus complexe qu'un bon plan marketing. Ils engagent la signature des maisons et les poussent à prendre des risques... même en temps de crise.
Lanson 250 ans d'effervescence
Virginie Jacoberger-Lavoué
Vous allez être accueillis par des figurants en costume d'époque, vous allez être surpris... », prévenait Philippe Baijot, directeur général des Champagnes Lanson, Besserat de Bellefon et Tsarine, quelques jours avant la soirée du 30 septembre célébrant les 250 ans de Lanson à Versailles. Reçus par Philippe Baijot et Bruno Paillard - actionnaire du groupe -, les 1 400 invités conviés à cette soirée dans l'orangerie du château de Versailles ont eu le privilège d'être les premiers à déguster sa cuvée Extra Âge (50 euros), fruit de l'assemblage inédit de trois millésimes exceptionnels, le 1999, le 2002 et le 2003. Présentée en magnum, cette cuvée puise son éclat et sa densité dans son assemblage subtil de grands et de premiers crus de pinot noir et de chardonnay et fait de ce «triple millésimé» un digne héritier des champagnes mythiques de la fin du XIXe siècle. Delamotte... C'est une des légendes de la Champagne qui est à l'origine de la création de cette honorable maison et sans doute cette forte personnalité l'a-t-elle placé d'emblée sous le sceau de l'excellence. François Delamotte (1722-1800) a créé à Reims la maison qui incarne depuis 1760 «l'excellence, tout simplement», selon sa devise. Depuis, son histoire a été façonnée par quelques personnalités comme Nicolas Louis Delamotte (1767-1833), fils de François, Jean-Baptiste Lanson (1777-1858), Victor-Marie Lanson (1808-1893), à ne pas confondre avec Victor Lanson (1892-1979) que son actuel chef de cave de la maison, Jean-Paul Gandon (photo), magicien et mémoire vivante de Lanson, a connu ! L'histoire récente de Lanson a été plus mouvementée. Avant d'être acquise par BCC (Boizel Chanoine Champagne) en 1996 et de retrouver une belle stabilité, elle est passée dans les mains de BSN, LVMH, Marne et Champagne... Autant dire que Philippe Baijot et Bruno Paillard ont été les hommes providentiels de sa renaissance. Encore moribonde dans les années 1980, la maison a pris du galon à l'international (80 % de ses ventes) et acquis depuis 1996 une nouvelle sérénité lui permettant d'enfanter dans le bonheur en 2010 cette exceptionnelle cuvée Extra Âge en marge de son brut, son rosé et autre cuvée si appréciée outre-Manche... Grâce au gardien du style Lanson, Jean-Paul Gandon, qui fêtera d'ici quel ques mois, ses trente-cinq ans de maison. « Les ventes ont repris depuis le dernier trimestre 2009. L'année 2010 confirmera cette reprise et l'export reste le fer de lance de Lanson », estime Philippe Baijot. Toujours tourné vers l'avenir, le dirigeant aime à rappeler la situation un peu particulière de la Champagne par rapport à d'autres vignobles, notamment quant à la révision de sa zone d'appellation. «Avant la crise du phylloxéra, la vigne en Champagne s'étendait sur une surface double de celle d'aujourd'hui. À présent, la quasi-totalité des surfaces en AOC est plantée et il est sain de réfléchir à une augmentation des surfaces pour les générations à venir, selon des critères objectifs de sol, d'exposition et d'histoire. Le champagne représente 10 % des volumes de vins mousseux commercialisés dans le monde. La «bulle» connaît un succès croissant, il ne faut pas que nous soyons marginalisés », conclut-il.
© 2010 Valeurs Actuelles. Tous droits réservés.
lundi 19 juillet 2010
Vin : les ambitions du groupe Castel en Chine - Arnaud de la Grange
Le Figaro, no. 20516 - Le Figaro Économie, lundi, 19 juillet 2010, p. 26Le premier producteur français et européen veut vendre 20 millions de bouteilles cette année aux Chinois.
Terre promise du vin, la Chine est le théâtre d'une nouvelle offensive du groupe Castel. Le premier producteur de vins de France et d'Europe - et troisième mondial - a signé vendredi un nouveau contrat de distribution, en présence du ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, de passage à Pékin. En passant la vitesse supérieure, Castel ambitionne de vendre 20 millions de bouteilles en Chine en 2010. Ce nouveau contrat d'une durée de 11 ans a été signé avec la société chinoise Beijing Hengyi Shengsi, pour la distribution des vins Famille Castel et Baron de Lirondeau. Cette année, la progression des ventes sera à deux chiffres. Castel a opté pour une stratégie de maillage de tout le territoire, en passant des contrats avec 10 sociétés qui distribuent à chaque fois une ou deux de ses marques dans tout le pays. Le groupe a déjà deux coentreprises avec le chinois Changyu, pour notamment l'exploitation d'un château dans le Shandong.
« L'an dernier, nous avons vendu 14 millions de bouteilles en Chine, confie Alain Castel, directeur général de Castel Frères Si nous atteignons notre objectif de 20 millions en 2010, la Chine deviendra notre premier marché à l'exportation. » Le groupe a commercialisé 527 millions de bouteilles l'an dernier, dont 83 millions à l'export. Ses premiers marchés étaient européens.
En proie à la contrefaçon
Mais cette aventure chinoise n'est pas de tout repos. Comme bien d'autres acteurs étrangers, le groupe est confronté à d'ubuesques problèmes de contrefaçon. Une procédure est en cours, après qu'un homme d'affaires eut déposé la marque Castel en chinois. Et depuis peu, le groupe est aussi en guerre sur le nom de sa marque de caviste Nicolas, qu'il voulait lancer en Chine. Une femme d'affaires du Sud a déposé le nom en caractère latin et ouvert des magasins à Wenzhou et Suzhou, copies conformes de ceux de Paris... « Avant de lancer Nicolas en Chine, il nous faut récupérer la marque qui nous appartient », soupire Alain Castel. Une procédure a donc été engagée pour « enregistrement de mauvaise foi ».
Huitième consommateur mondial pour l'heure, la Chine devrait boire 1,26 milliard de bouteilles de vin en 2013, soit près d'un tiers de plus qu'en 2009, selon Vinexpo, le grand salon qui s'est tenu à Hongkong fin mai. La part des vins importés devrait monter à 16 % en 2013. Alors qu'un adulte français boit en moyenne 50 litres de vin par an, un Chinois ne consomme qu'un demi-litre. Mais selon Robert Beynat, directeur général de Vinexpo, « sa consommation devrait passer à 3 litres dans les cinq ans qui viennent, c'est dire l'immense potentiel du marché chinois ». Cette année, les Chinois ont déjà fait exploser les prix des vins de Bordeaux en primeur millésimés 2009.
© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.
lundi 12 juillet 2010
Les grands vins de Bordeaux font tchin-Chine - Laure Espieu
Libération, no. 9069 - Economie, samedi, 10 juillet 2010, p. 12 Alors que le cru 2009 est considéré comme exceptionnel, l'arrivée d'acheteurs chinois fait flamber les prix, avec 35% d'augmentation en moyenne.
L'affaire était entendue dès les dernières vendanges : la vigne avait bénéficié de conditions climatiques parfaites, le 2009 s'annonçait comme un millésime de rêve dans le Bordelais, peut-être même «le meilleur vin depuis 1949», Estimaient les fins palais, et malheur à qui affirmerait le contraire. Car l'aubaine est à la mesure des difficultés de la filière, toujours à la peine pour écouler ses stocks de 2006 et 2007. Une grande année signifie une hausse proportionnelle des prix. Tous les ingrédients sont là : la qualité, certes, accompagnée de notes stratosphériques des dégustateurs, un taux de change largement avantageux pour l'euro, une reprise des marchés traditionnels, Etats-Unis et Grande-Bretagne en tête, et surtout l'arrivée de la Chine et de son milliard de consommateurs qui font brutalement flamber la demande.
Élevage. Pour la toute première fois, les Chinois ont notamment participé cette année à la semaine des primeurs, fin avril. Un mode d'achat spécifique au Bordelais qui permet de déguster le vin avant la fin de l'élevage, et de l'acquérir à l'avance, alors qu'il n'est pas encore mis en bouteille.
Il s'agit, pour les participants, de s'assurer l'accès à des crus très demandés, hautement spéculatifs. «Il y a beaucoup de liquidités, d'argent disponible en Chine, confirme Thomas Jullien, correspondant du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) à Hongkong. Ils recherchent les secteurs spéculatifs, ils ont remonté la filière et ont compris comment elle fonctionne.» En quelques années, le goût aussi s'est forgé et développé. Le représentant en Asie se souvient de ces importateurs qui achetaient sans même déguster. «Il y a peu, ils ne se fondaient que sur la notoriété et le prix. Désormais, ils goûtent, ils ont une clientèle en tête et ils cherchent quelque chose d'adapté.»
Les ambassadeurs du Bordelais n'y sont d'ailleurs pas pour rien. Une dizaine de «séminaires» sont organisés chaque année à travers toute la Chine, auxquels sont invités grossistes, cavistes, restaurateurs, afin de les «former», Et qu'à leur tour, ils puissent ensuite «guider leurs clients». Mais le vrai mouvement de fond, ce sont les autorités locales elles-mêmes, qui l'ont initié. «Pékin a fait la promotion du vin avec de grandes campagnes d'affichage, des films dans les aéroports pour développer son propre vignoble», Explique Sylvie Cazes, présidente de l'Union des grands crus de Bordeaux. Petit à petit, le raisin est donc en train de détrôner les alcools traditionnels de riz ou de sorgho sur les tables chinoises. Et, bien que 90% de la consommation totale se concentre sur des marques locales, les vins de Bordeaux ont su se positionner dans le haut de gamme grâce à leur image de prestige. Du coup, les ventes doublent chaque année depuis cinq ans, et le pays est en train de devenir le premier marché à l'export pour la filière bordelaise. «C'est assez vertigineux», reconnaît Thomas Jullien.
Cet engouement, combiné aux multiples superlatifs qui accompagnent l'arrivée du millésime 2009, contribue à propager une certaine excitation dans le vignoble. Les grands crus ont beaucoup tardé à annoncer leurs tarifs, signe que face à une forte demande, chacun cherche à optimiser son produit.
Inflation. Les mythes de la place ne se sont dévoilés que ces derniers jours. Ils confirment la tendance à une très nette hausse : 35% d'augmentation, en moyenne, sur les étiquettes prestigieuses par rapport à 2005, la dernière année folle. Et beaucoup plus pour les très grandes marques. Latour ou Haut-Brion dépassent ainsi les 200% d'augmentation sans frémir. Une inflation qui inquiète : «Il faut être prudent. On n'est pas seuls au monde avec nos grands millésimes», avertit Francois Levêque, président du syndicat des courtiers. Sylvie Cazes tâche aussi de rester prudente : «Il y a tellement de nouveaux acteurs en Chine que l'on ne sait pas qui va tenir sur la longueur.» Mais à défaut de garanties, l'espoir, lui, est bien au rendez-vous.
PHOTO - A picture taken on June 26, 2010 shows people walking on a dock of the French southwestern city of Bordeaux during the 'Fete du vin' (wine festival). The Fete du vin runs from June 24 to 27, 2010.
© 2010 SA Libération. Tous droits réservés.
mercredi 7 juillet 2010
Les vins de Loire fondent de grands espoirs sur le marché chinois
Les Echos, no. 20711 - Entreprises et régions, vendredi, 2 juillet 2010, p. 18 Face au recul des marchés nord-américain et européen, producteurs et négociants des vins de Loire, notamment de muscadet, cherchent leur salut en Chine. Leurs exportations y ont crû en valeur de 14 % l'an dernier.
Le projet qu'il découvre fait pâlir d'envie Jérôme Choblet, le vice-président d'Interloire, l'interprofession des vins de Loire (47 appellations de Nantes à Blois). Au coeur de la péninsule de Penglai, dans l'est de la Chine, Domaines Baron de Rotschild (DBR) doit planter à l'automne 1.500 pieds de vignes des meilleurs cépages (merlot, cabernet et syrah) sur les 25 hectares du domaine qu'il développe avec le chinois Citic. A l'instar de leurs homologues du Bordelais, les viticulteurs ligériens aimeraient sans doute voir leur production bénéficier d'une telle vitrine en Chine.
Avec 1 % du marché, leur présence y est encore assez confidentielle. Mais la clientèle identifiée par les négociants, estimée à 185 millions de consommateurs, ne cesse d'augmenter avec l'élévation du niveau de vie. Encore infinitésimale (1.607 hectolitres sur 368.000 en 2009), la part de la Chine dans les exportations des vins de Loire bénéficie par contre d'une forte croissance en valeur : + 14 % l'an dernier quand cet indice évoluait négativement sur toutes les autres places à l'export. A en croire les acteurs de la filière, les vins de Loire doivent même à la Chine de s'en être relativement bien sortis en 2009.
L'essentiel des ventes s'opère à Shanghai où se trouvent pratiquement tous les marchands de vin et une grosse partie de la consommation. « Ici, tous les vins français d'appellation sont vus comme des vins haut de gamme », explique Jérôme Choblet. Le muscadet n'a pas cette image de vin ordinaire qui lui est généralement accolée en France. En Chine, la bouteille se vend entre 22 et 85 euros, contre 3,90 à 9,50 euros dans l'Hexagone. « Le Chinois subventionne le consommateur français », observe le représentant de l'interprofession. Soumis en France aux lois de la grande distribution, qui écoule 90 % de la production, les vignerons ligériens regardent de plus en plus vers l'Asie, qui, malgré de lourdes taxes à l'importation, leur assure des marges confortables.
Une image de marque
En Chine, les vins sont surtout consommés sur place par le client final, dans les bars branchés et les boîtes de nuit de Shanghai notamment, où il leur faut se forger une image de marque, comme les champagnes. Les négociants de certaines maisons ont adapté leurs techniques de vente à ces particularismes, avec force conférences de presse, séances de dégustation et créations d'événements.
Pour leur part, la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire et Interloire déploient d'importants efforts de promotion. Cette dernière structure consacre plus de la moitié de son budget export à des actions de communication en Chine : salons itinérants de dégustation dans les grandes villes chinoises, bureau de représentation à Shanghai et Shenzhen, ouverture d'un espace Vins de Loire au Musée des vins de Qingdao. Autant d'initiatives souvent soutenues financièrement par Bruxelles et la région des Pays de la Loire. La mission économique que cette dernière vient d'achever en Chine comptait une importante délégation de représentants de la filière viticole. Rien n'est à négliger pour asseoir la notoriété des vins ligériens, même si certains d'entre eux, bénéficient d'un avantage objectif. « Les Chinois ne supportent pas les tanins, ce qui fait que les rouges sont compliqués à vendre », explique Jérôme Choblet, producteur et négociant de muscadet, qui travaille inlassablement le marché chinois depuis cinq ans. Par chance pour lui, les producteurs de vins d'Alsace, ses seuls vrais concurrents, ne sont pas encore très présents.
JOËL COSSARDEAUX (À SHANGHAI)
© 2010 Les Echos. Tous droits réservés.
mardi 25 mai 2010
La Chine, avenir du vin français - Florentin Collomp
Le Figaro, no. 20469 - Le Figaro Économie, mardi, 25 mai 2010, p. 21 Le salon Vinexpo ouvre à Hongkong aujourd'hui.
La quatrième édition du salon Vinexpo Asie Pacifique ouvre ses portes aujourd'hui à Hongkong (il se tient un an sur deux sur place, l'autre année à Bordeaux) dans une ambiance de franc optimisme. Depuis deux ans, l'Asie est devenue le premier marché pour le vin de Bordeaux devant les États-Unis, et Hongkong en est la plaque tournante. Le Japon devrait être supplanté par la Chine d'ici à 2013PAGE comme premier importateur de la région. « Il y a en Chine une population de 100 à 150 millions de personnes dont les revenus leur permettent de boire du vin. C'est cette clientèle, et pas seulement celle des millionnaires, que nous devons toucher », confie Alain Vironneau, le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). En moyenne, un Chinois ne consomme encore qu'un demi-litre de vin par an.
PHOTO - Potential buyers sample wine at VINEXPO Asia-Pacific in Hong Kong on May 25, 2010. The fourth Asian Vinexpo featuring 840 exhibitors from 32 countries opened in Hong Kong as the global economic crisis pushed exporters to focus on the world's most promising market: China.'A little like 2009 vintage Bordeux, this Vinexpo is exceptional. There are more exhibitors and we expect more than 10,000 professionals, including a large number from China,' said chief executive Robert Beynat.
© 2010 Le Figaro. Tous droits réservés.

