mercredi 30 juin 2010

LITTÉRATURE - Le Vampire du Milieu par Philippe Cohen et Luc Richard




Faut-il avoir peur de la Chine ? La Chine s'est éveillée, et elle est en train d'endormir le reste du monde, affirment Philippe Cohen, rédacteur en chef à Marianne, et Luc Richard, essayiste et auteur de nombreux ouvrages sur la Chine. "Le vampire du milieu" se veut une enquête sur la réalité du régime chinois, et le nouveau pouvoir d'influence du pays de Confucius. Sa thèse ? La croissance chinoise ne nous apporte pas que du bonheur. Les auteurs, qui souhaitent provoquer le débat sur ce qu'ils appellent « l'arrogance » chinoise, décrivent un empire en transition, mais avide de puissance. « La Chine et son régime libéral-communiste, écrivent-ils, vampirisent les pays voisins comme les productions industrielles des pays éloignés. Elle vampirise par ses multiples contrefaçons comme elle mêle intimidation et séduction envers le grand rival, les Etats-Unis. »

Un des points sur lesquels reviennent MM. Cohen et Richard est l'idée selon laquelle il faudrait « donner du temps » à la Chine pour qu'elle rejoigne peu à peu le peloton des démocraties développées. Mais les écarts de coûts de production entre la Chine et l'Europe ne se sont pas réduits; ils augmentent même, soutiennent les auteurs, chiffres à l'appui.

Malgré tout, comme tout vampire qui se respecte, la Chine a -quelques points de vulnérabilité. Les auteurs en citent quatre : la -bulle immobilière, une démographie défavorable, la dépendance vis-à-vis du dollar, et enfin la dégradation de l'environnement.

(Source : Philippe Arnaud / Le Monde)

Le Vampire du Milieu - Philippe Cohen et Luc Richard - Mille et une nuits, 320 pages,18,50 euros

Site de l'édition : Mille et une nuits

mardi 29 juin 2010

Hélène star en Chine

Le Figaro, no. 20503 - Le Figaro et vous, samedi, 3 juillet 2010, p. 36




Impossible de se promener à Shanghaï sans entendre la chanson Je m'appelle Hélène. Le CD est un phénomène de société. Grâce à ces couplets, Hélène Rolles, l'interprète d'Hélène et les garçons est aujourd'hui l'une des Françaises les plus célèbres en Chine.

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lundi 28 juin 2010

G20 - Obama soigne ses alliés asiatiques - Virginie Robert

Les Echos, no. 20707 - International, lundi, 28 juin 2010, p. 6

A Toronto, le président américain a eu des rendez-vous avec cinq chefs d'Etat de la région et a invité le président chinois pour une troisième visite d'Etat.

Des six rencontres bilatérales programmées par le State Department à l'occasion du G20, cinq se sont déroulées entre Barack Obama et des homologues asiatiques. Le nouveau Premier ministre britannique, David Cameron, a été l'exception. Nouvellement élu, il a pu échanger une bière avec le président américain pour célébrer la « relation spéciale » entre leurs deux pays. Le sort de BP ainsi que la marée noire dans le golfe du Mexique ont été évoqués, mais aussi l'Iran et l'Afghanistan. Pour le reste, ce sont les chefs d'Etat de la Chine, de la Corée du Sud, du Japon, de l'Inde et de l'Indonésie qui ont eu droit à des entretiens privés. « Le leadership des Etats-Unis en Asie est une question importante pour le président et il va de pair avec notre objectif d'augmenter nos exportations. Les questions de sécurité, notamment en ce qui concerne la Corée du Nord sont également centrales », explique un diplomate américain.

Samedi, le G8 a unanimement condamné l'attaque de la Corée du Nord, qui a torpillé un navire sud-coréen il y a plusieurs semaines. A Lee Myung Bank, le président de la Corée du Sud, Barack Obama a promis de relancer un accord commercial entre les deux pays resté au point mort.

« Renforcer la communication »

Le président américain a profité du G20 pour inviter le président chinois Hu Jintao à une visite d'Etat, qui sera la troisième depuis janvier 2009. Les deux pays ont vivifié leur dialogue, même s'il reste heurté. La Chine est devenue l'allié incontournable, tant au plan économique qu'au plan diplomatique. Aucune sanction sur l'Iran ou sur la Corée du Nord ne peut être acquise sans son appui. Et l'amélioration de la balance commerciale et de la balance des paiements américaines dépend à la fois de la consommation intérieure de la Chine et de son taux de change. Obama a approuvé la décision du gouvernement chinois de laisser peu à peu le yuan s'apprécier par rapport au dollar, mais il a souligné que son « implémentation serait très importante ». De son côté, a assuré le président Hu, « nous voulons renforcer la communication et la coordination avec les Etats-Unis sur les questions régionales et internationales majeures ». De nombreux différends opposent les deux nations, comme par exemple l'annulation par la Chine de contrats d'armement, après que les Etats-Unis eurent décidé de livrer des armes à Taiwan pour 6,4 milliards de dollars.

Dimanche, le président américain a aussi rencontré le nouveau Premier ministre japonais, Naoto Kan, le Premier ministre indien, Manmohan Singh, et a petit-déjeuné avec le président de l'Indonésie, Susilo Bambang Yudhoyono. Après avoir reporté à deux reprises un voyage en Indonésie, Barack Obama devrait finalement s'y rendre à l'automne lors d'une grande tournée en Asie qui aura lieu avec le prochain G20, à Séoul.

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OPINION - Une aubaine pour Pékin - Bruno Philip

Le Monde - Samedi, 26 juin 2010, p. 9

La Chine, qui dispose d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, entend assurer sa position grandissante au premier plan de la scène mondiale tout en continuant à se présenter comme un pays en développement : elle refuse de se faire accrocher l'embarrassante étiquette de puissance majeure, qui ne présente pas que des avantages diplomatiques...

Pour Pékin, la formation d'un G20 a ainsi été une aubaine : appartenir à ce club élargi de pays réunis pour des raisons purement économique, à l'exclusion de toute autre valeur, lui a permis de sortir de son rôle marginal dans le G8 - auquel la Chine n'a d'ailleurs jamais voulu formellement adhérer. Elle se sent plus à l'aise dans un groupe où les pays émergents sont fortement représentés.

« Pékin veut maintenir d'étroites relations avec des pays comme le Brésil, l'Inde, l'Indonésie ou le Mexique; le G20 permet à la Chine de rehausser son statut international et même d'en faire un acteur central dans les circonstances actuelles où elle apparaît comme le principal créditeur du monde face à des puissances industrialisées qui sont presque toutes débitrices ou endettées », analyse Jean-Pierre Cabestan, spécialiste de la politique étrangère chinoise et professeur à l'université baptiste de Hongkong.

La Chine a recours à des stratégies diverses et complémentaires afin de poursuivre son ascension, qu'elle qualifie d' « émergence pacifique » : elle veut imposer son image d'interlocuteur indispensable. Elle n'hésite pas à jouer des différences entre le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC), auprès de laquelle elle se plaint, à tort ou à raison, des mesures « protectionnistes » américaines ou européennes tout en défendant son propre marché dont elle limite l'accès aux étrangers.

Elle a aussi recours aux méthodes douces, son fameux « soft power » : en vantant la culture millénaire chinoise, en multipliant les projets d'aide au développement de pays pauvres et en promouvant la langue chinoise dans le monde, elle espère améliorer une image très dégradée par les pratiques autoritaires et brutales de son régime.

« Multilatéralisme »

« Cacher ses talents en attendant son heure », recommandait, dans les années 1980, l'ancien numéro un chinois, Deng Xiaoping. Désormais, s'il joue encore formellement sur le registre de l'humilité, cet empire solidement ancré au milieu du monde donne de la voix dans le concert discordant de la scène mondiale.

Avec le pragmatisme et l'intelligence stratégique qui la caractérisent, la Chine sait faire le dos rond quand les pressions sont trop fortes après avoir résisté autant que possible et le plus longtemps possible : elle martèle son opposition à des sanctions contre l'Iran au nom du principe cardinal de « non-ingérence dans les affaires intérieures d'autrui », mais elle s'est jointe récemment à une résolution de sanctions contre Téhéran votées à l'Organisation des Nations unies (ONU). Elle critique son embarrassant allié nord-coréen quand il dépasse le degré acceptable de provocations, tout en le défendant quand la Corée du Sud accuse son voisin nordiste d'avoir torpillé un de ses navires de guerre... En même temps, à l'exception de la France, la Chine est le membre permanent des Nations unies qui aligne le plus grand nombre de missions de maintien de la paix.

Il existe une « volonté très nette des dirigeants chinois de faciliter l'émergence d'une multipolarité dans laquelle la Chine aurait une place importante. Pékin s'est mué en champion du multilatéralisme, refusant toute forme d'hégémonie d'une puissance sur la scène internationale. Cette stratégie, que nous qualifierons de propre aux puissances moyennes, a le mérite de servir l'image de la Chine sur la scène internationale », observe Barthélémy Courmont dans son Chine, la grande séduction, essai sur le soft power chinois (Choiseul, 2009).

G20 ou G2 ? : Entre les deux pôles de cette alternative, Pékin ne choisit pas vraiment : comme l'avance encore Jean-Pierre Cabestan, « la Chine laisse les Américains propager ce concept de G2 [laissant entendre que les affaires mondiales sont gérées par Pékin et Washington] qui sert ses intérêts en ce sens, qui la place au-dessus des autres grandes puissances. En d'autres termes, la Chine ne se perçoit plus simplement comme une grande puissance, mais comme la seule grande puissance capable de se mesurer avec les Etats-Unis ».

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OPINION - Sans la Chine, point de salut - Olivier Pastré

Le Monde - Dialogues, samedi, 26 juin 2010, p. 20

Il y a deux ans à peine, lorsque l'on évoquait en France l'absolue nécessité d'intégrer la Chine au coeur de la gouvernance mondiale, on ne rencontrait, dans le meilleur des cas, qu'un intérêt poli, le plus souvent teinté d'un brin de condescendance. « Grâce » à la crise, on a enfin compris que la Chine constituait - avec, mais à un moindre degré, le Brésil et l'Inde - un point de passage obligé de la reprise de la croissance mondiale.

Si l'on veut se projeter dans l'avenir des relations franco-chinoises, il faut commencer par faire siennes trois certitudes : la Chine représentait, en 1820, 40 % du PIB mondial : bien plus que ce que représentent les Etats-Unis aujourd'hui - et la Chine n'a pas oublié cette antique splendeur -; le dollar, monnaie mondiale, ne se maintient à son niveau actuel que parce que la Chine accepte d'investir ses 2 500 milliards de dollars de réserve de change majoritairement - mais de manière précaire, compte tenu de l'état des comptes publics américains - en bons du Trésor émis par l'Oncle Sam.

Les plus grandes entreprises françaises voient leur avenir indissolublement lié au bon vouloir des autorités chinoises, qui contrôlent à la fois les usines les plus performantes, en termes de rapport qualité/prix, et le marché intérieur qui, à l'échelle mondiale, croît le plus rapidement.

Si l'on accepte ces trois incontournables prémisses, le choix est vite fait. Il faut le plus vite possible tourner le dos à ce qui constitue aujourd'hui la pensée « politiquement correcte » dans nos élites hexagonales, qui sont passées, plus nolens que volens, de l'indifférence à la méfiance. Il faut donc cesser de considérer que la Chine n'a pour seul objectif que de nous inonder de tee-shirts, de nous voler nos technologies et, crise aidant, de nous racheter à vil prix les fleurons de notre CAC 40. A cette stratégie de la défiance, il faut substituer une stratégie de la confiance « bien comprise » (qui, comme la charité, commence par elle-même...).

Il n'y a rien à attendre de l'Europe dans ce domaine. Incapable de structurer une véritable politique économique commune, comme l'ont, une fois de plus, démontré les atermoiements qui ont présidé à la gestion de la crise grecque, l'Europe est incapable, à 27, de nourrir un dialogue constructif avec aucune des deux seules véritables puissances mondiales, les Etats-Unis (comme en témoignent les stériles débats qui opposent nos deux continents sur la gouvernance financière) et la Chine.

Une certaine influence

La France doit donc, plus que jamais, se doter d'une stratégie autonome vis-à-vis de la Chine. La France ne représente que peu de chose aujourd'hui pour la Chine : des produits de luxe, une compétence reconnue dans certaines industries considérées comme stratégiques (nucléaire, aéronautique...), une certaine influence (à défaut d'une influence certaine) sur quelques négociations internationales (climat, droits de l'homme...). Rien de plus. Mais aussi rien de moins. A nous de nous servir de ces avantages comparatifs pour faire de la Chine, sinon un véritable partenaire, au moins un allié.

Dans ce registre, il est trois mesures qui pourraient nous permettre de renforcer rapidement et durablement nos relations avec la Chine. Commençons par accepter - sans pour cela céder à l'irénisme - d'opérer des transferts de technologie dans les industries qui comptent aux yeux des dirigeants chinois (aéronautique, défense - comme nous sommes en train de le faire avec la Russie -, banque - pour faire pièce aux offensives anglo-saxonnes dans ce domaine -, mécanique au sens large - pour contrer les ambitions allemandes dans ce domaine...)

En deuxième lieu, misons gros sur l'éducation. Nos étudiants ont autant besoin de s'ouvrir à la Chine que les étudiants chinois ont de besoins en formation extérieure. Cessons, dans ce domaine, de vendre nos diplômes, afin d'organiser un véritable « échange de cerveaux ». Enfin, troisième piste, plus « vernaculaire » : pourquoi ne décentraliserions-nous pas notre coopération avec la Chine ?

Nos régions, en mal de projets internationaux crédibles, ne pourraient-elles pas s'associer de manière opérationnelle avec certaines régions chinoises afin de nouer des partenariats qui ne soient pas seulement culturels ?

Voici trois pistes de réflexion - et surtout d'action - qui pourraient permettre à la France de densifier ses relations avec ce nouvel empire que constitue la Chine. A la veille du G20 de Toronto, qui doit définir une nouvelle « feuille de route » pour la gouvernance mondiale, n'est-il pas temps d'intensifier nos relations avec un pays dont dépend plus que jamais la future croissance mondiale ? On peut balayer cet argument d'un revers de main, en considérant que nous resterons ad vitam aeternam le centre du monde. C'est vous qui voyez...

PHOTO - Canada's Prime Minister Stephen Harper (L) looks on with Peter Milliken, Speaker of the House of Commons (R) as China's President Hu Jintao looks up after signing the visitors guest book on Parliament Hill in Ottawa June 24, 2010.

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ANALYSE - Taiwan, l'accord au cou - Philippe Grangereau

Libération, no. 9058 - Monde, lundi, 28 juin 2010, p. 6

Le pacte commercial signé demain avec la Chine est vu comme une annexion rampante.

Taiwan tomberait-elle dans un piège tendu par la Chine ? Un accord de libre-échange historique entre la République de Chine (nom officiel de Taiwan) et la Chine populaire doit être signé demain à Chongqing, dans la province du Sichuan. Il risque de bouleverser à jamais les relations entre les deux Chines, séparées depuis soixante et un ans.

Ce pacte commercial est une «chausse-trape» Qui conduira à une «funeste réunification», avertissent les partisans du Parti démocrate progressiste (DPP), qui ont protesté par dizaines de milliers, samedi, dans les rues de Taipei, capitale de l'île nationaliste. «Protégeons Taiwan !» scandaient les manifestants en exigeant un référendum. Le président taïwanais, Ma Ying-jeou, a négocié cet accord en secret avec Pékin, en dehors du cadre parlementaire. Il prend en traître les 23 millions de Taïwanais, s'est insurgé le Taipei Times : «On sait bien qu'au fond, le Président veut une réunification. Ce pacte va nous lier économiquement, puis politiquement avec la Chine.» «Heureusement qu'on a encore un système démocratique pour protéger Taiwan», s'est écrié l'ex-président Lee Teng-hui, 87 ans, principal détracteur de l'Accord cadre de coopération économique (ECFA). Lee accuse carrément Ma et son parti, le Kuomintang (KMT), de «coopérer avec les communistes de Chine pour unifier Taiwan».«Ma Ying-jeou n'est pas qualifié pour être président», a tonné Lee, qui s'est joint à la manifestation organisée par le DPP.

«Front uni». Ma certifie que l'accord n'a «rien à voir avec la politique» et qu'il sortira Taiwan de son marasme économique. Les clauses de l'ECFA sont singulièrement favorables à l'île. Pékin s'engage à réduire ses droits de douane sur 539 produits; en échange, Taiwan diminuera ses taxes à l'import sur un volume de 250 produits d'une valeur presque cinq fois moindre. Les banques taïwanaises s'installant sur le continent bénéficieront des mêmes privilèges que celles de Hongkong... qui fait officiellement partie de la Chine.

Beaucoup de Taïwanais voient dans cet accord l'application de la fameuse tactique communiste du «Front uni», visant à placer l'adversaire dans un état de dépendance afin de mieux l'étouffer.

L'un des points délicats porte sur la capacité conditionnelle accordée à Taiwan par Pékin de pouvoir signer des accords de libre-échange avec d'autres pays. Pour se faire, Taipei aura besoin, au coup par coup, de l'aval de Pékin ! La Chine refusera sans doute que Taiwan utilise, dans ces accords bilatéraux, son nom officiel de «République de Chine». Depuis le rapprochement entre les deux Chine, suite à l'élection à la présidence taïwanaise de Ma Ying-jeou en 2008, ces disputes sémantiques ont été gelées. Taipei et Pékin s'accordent à dire qu'il n'y a «qu'une seule Chine» mais qu'elles divergent sur sa définition. Pékin a cessé de faire référence à sa «politique d'une seule Chine», ainsi qu'à son engagement à «reprendre Taiwan par la force si nécessaire». Ma Ying-jeou surveille lui aussi son langage. Il a affirmé, à propos des rapports avec Pékin, qu'il ne fallait pas parler de «relations internationales», ni de «relations entre deux pays», ni de «deux Chine». Il s'agit, selon lui, de «relations spéciales»...

Pékin table sur le fait que l'ancienne Formose finisse par succomber à la force de gravitation du marché chinois. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'île (87 milliards de dollars d'échanges en 2009). Des centaines de milliers de Taïwanais vivent en Chine, où ils ont investi plus de 150 milliards de dollars. Les touristes chinois peuvent se rendre à Taiwan par des vols directs depuis 2008.

Échecs. La Chine populaire, qui garde 700 missiles pointés sur l'île, a néanmoins tiré les leçons de l'échec de ses tactiques martiales d'antan. Pékin avait tenté d'influencer les élections de 1996 à Taiwan, en tirant des missiles dans le détroit. Ces manoeuvres ont eu l'effet inverse, favorisant l'accession au pouvoir du DPP indépendantiste (2000-2008). Les Chinois espèrent cette fois que la manière douce favorisera la réélection de Ma Ying-jeou en 2012. Sur le long terme, cette stratégie consiste à rendre une réunification inexorable. Demain, l'ECFA doit être signé à Chongqing, capitale provisoire de la République de Chine qui fut dirigée par le KMT de Tchang Kaï-chek durant la guerre contre le Japon (1937-1945). Tout un symbole car, à l'époque, le Parti communiste et le KMT étaient alliés.

PHOTO - Chen Yunlin (L), the head of a semi-official Chinese agency, shakes hands with Taiwan's envoy Chiang Ping-kun, chairman for the Strait Exchange Foundation (SEF) in Chongqing, Sichuan province on June 28, 2010. Taiwan's top China envoy hailed a far-reaching trade pact with the mainland as a historic agreement ushering in a new era for the former bitter rivals.

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Séoul commémore la guerre de Corée dans la tension - Sébastien Faletti

Le Figaro, no. 20496 - Le Figaro, vendredi, 25 juin 2010, p. 5

Séoul commémore la guerre de Corée dans la tension Soixante ans après le début de ce conflit meurtrier, la péninsule reste le dernier théâtre de la guerre froide.

Ce jour-là, la guerre froide est devenue chaude. Le 25 juin 1950, il y a tout juste soixante ans, les troupes du dictateur nord-coréen Kim Il-sung se ruaient au sud du 38e parallèle, avec l'appui de Staline, pour conquérir en quelques semaines Séoul et presque l'ensemble de la péninsule. Une offensive éclair qui allait déclencher l'intervention des États-Unis, puis de la Chine, pour déboucher sur le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale. Une boucherie qui a fauché entre deux et quatre millions de vies, dont 36 000 GI et sans doute un million de Chinois. Une guerre oubliée chez les seize nations, dont la France, venues au secours du camp capitaliste sous la bannière de la toute jeune ONU.

Mais, à Séoul, cet anniversaire est plus que jamais d'actualité, en pleine escalade des tensions avec Pyongyang. Depuis le torpillage de la corvette Cheonan, le 26 mars, en mer Jaune, par un sous-marin nord-coréen, comme l'accuse le Sud, les deux Corées sont à nouveau à couteaux tirés. Un drame qui vient rappeler que les deux soeurs ennemies sont toujours techniquement en guerre, en dépit de la fin des hostilités décrétée en 1953, au lendemain de la mort de Staline. 73 % des Sud-Coréens s'attendent à de nouveaux accrochages militaires, révèle un récent sondage.

Une ambiance tendue qui plane sur les cérémonies du souvenir menées par le président Lee Myung-bak, apôtre d'une ligne dure contre le Nord et qui multiplie les déclarations martiales depuis le naufrage de la corvette. Le dirigeant conservateur a donné le ton en invitant George W. Bush, qui avait placé la Corée du Nord sur l'« axe du Mal » lorsqu'il était à la Maison-Blanche. Alors que Washington et Séoul s'apprêtent à faire une démonstration de force navale en mer Jaune, la semaine prochaine, Lee veut saisir l'opportunité de l'anniversaire de l'agression nord-coréenne pour afficher son inflexibilité face à Kim Jong-il.

Pyongyang dans la brèche

Mais cette ligne dure apparaît en décalage croissant avec l'opinion publique, qui a sanctionné le parti présidentiel lors des élections régionales du 2 juin. Les stratèges conservateurs espéraient profiter du drame du Cheonan pour rafler des voix en agitant la menace nord-coréenne : les électeurs ont répondu par la défiance. Un camouflet qui sanctionne la gestion gouvernementale de la crise du Cheonan. « Le gouvernement nous cache quelque chose », explique Hyunsoo Hur, un employé de banque de 41 ans qui n'a rien d'un révolutionnaire. 40 % des moins de 40 ans ne croient pas aux résultats de l'enquête menée par des experts sud-coréens, américains et britanniques, qui accuse Pyongyang. Sur les blogs, les rumeurs d'une bavure de l'US Navy ont grand succès. Au point d'inquiéter le gouvernement, qui a tenté de neutraliser certains de ces blogs à la veille du scrutin, déclenchant un effet boomerang dans les urnes.

Une défiance qui affaiblit la position de la Corée du Sud à l'ONU à l'heure où elle peine à convaincre Pékin et Moscou de condamner Pyongyang. Comble de l'embarras, l'un des groupes civiques les plus en vue du pays, People's Solidarity for Participatory Democracy, a envoyé une lettre au Conseil de sécurité pour contester les résultats de l'enquête, déclenchant la furie des diplomates. La Corée du Nord s'est immédiatement enfoncée dans la brèche en menaçant d'une action militaire en cas de condamnation à l'ONU. Pris en tenaille entre les risques de dérapages frontaliers et la tiédeur de soutien de l'opinion, le gouvernement a baissé le ton en reportant l'installation sur le front de haut-parleurs crachant des slogans anticommunistes. Ce week-end, au sommet du G20 à Toronto, Lee Myung-bak jouera des coudes pour arracher une condamnation de Pyongyang. Un défi de taille alors que Dmitri Medvedev et Hu Jintao affichent leur scepticisme.

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La Chine s'éveille au calcul intensif - Pierre Le Hir

Le Monde - Sciences, samedi, 26 juin 2010, p. 18

L'empire du Milieu se hisse à la seconde place mondiale, derrière les Etats-Unis, en puissance cumulée de superordinateurs stratégiques pour la recherche et l'industrie.

Mao aurait parlé d'un « grand bond en avant ». A juste raison. La Chine vient de se propulser à la seconde place du « Top 500 », le classement des supercalculateurs les plus puissants de la planète, actualisé tous les six mois (www.top500.org). Une performance qui reflète le renforcement très rapide de son potentiel d'innovation scientifique et technologique.

« Nébuleuse » (Xingyun en chinois), construit par la compagnie nationale Dawning, possède une puissance effective de 1,27 pétaflop. C'est-à-dire qu'il peut effectuer 1,27 million de milliards d'opérations par seconde. Il n'est surclassé que par le « Jaguar » américain, une machine de 1,75 pétaflop, installée à l'Oak Ridge National Laboratory (Tennessee) du département à l'énergie. Mais sa puissance théorique - différente de celle mesurée en test réel - est supérieure à celle du système américain : 2,98 contre 2,33 pétaflops.

Pour la nation dont les manuels retiennent, au chapitre du calcul, qu'elle a inventé le boulier, il ne s'agit pas d'une percée isolée. Certes, les Etats-Unis continuent de dominer la scène mondiale du calcul intensif, avec 282 des 500 premières machines, devant l'Europe qui en compte 144. La Chine n'en place que 24 dans ce palmarès, derrière le Royaume-Uni et la France, à égalité avec l'Allemagne et devant le Japon.

Mais, en puissance cumulée, elle arrive désormais au second rang, avec plus de 9 % des capacités mondiales de calcul. Très loin derrière les Etats-Unis (55 %), mais devant l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et le Japon. « Les Chinois ne s'affirment pas seulement comme utilisateurs de supercalculateurs, mais aussi comme constructeurs, Dawning étant une entreprise d'Etat », commente Gérard Roucairol, président de l'association Teratec. Signe de l'engouement pour le calcul à haute performance, celle-ci vient d'y consacrer, à l'Ecole polytechnique de Palaiseau (Essonne), un forum international qui a réuni 700 experts.

Quel usage la Chine va-t-elle faire de ce cerveau de silicium, destiné au Centre national de calcul de Shenzhen, au sud du pays ? Selon une note du service de veille technologique de l'ambassade de France, reprenant les informations lapidaires données par Pékin, il sera utilisé « en calcul scientifique, en séquençage génétique et en recherche intelligente sur Internet ». Plus largement, suppose M. Roucairol, « dans des domaines stratégiques touchant à la souveraineté nationale ».

L'une des premières missions dévolues au calcul intensif relève en effet de la défense. Ainsi, le superordinateur Tera-100 dont vient de se doter, à Bruyères-le-Châtel (Essonne), la direction des applications militaires du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), est voué à la simulation des armes nucléaires. Conçu par le groupe français Bull - seul constructeur européen à jouer dans la cour des grands -, il affiche une puissance théorique de 1,25 pétaflop qui, une fois passé les tests, devrait le placer dans le peloton de tête du « Top 500 ».

La climatologie et la météorologie sont, elles aussi, gourmandes en calculs de pointe. « Ils permettent désormais de s'attaquer à la modélisation de systèmes naturels de très grande taille », indique Patrick Mascart, du Laboratoire d'aérologie de Toulouse (CNRS-université Paul-Sabatier).

La biologie et la pharmacologie en sont également de grandes consommatrices. « Pour comprendre et moduler le fonctionnement des molécules du vivant, il faut simuler leur comportement à l'échelle atomique », explique Richard Lavery, de l'Institut de biologie et chimie des protéines (CNRS-université de Lyon).

C'est encore le cas des sciences de la Terre, pour modéliser la dynamique interne du globe ou simuler l'aléa sismique. Les géophysiciens sont aujourd'hui capables de « prédire en temps réel les secousses secondaires après un séisme, comme celui de L'Aquila », relate Dimitri Komatitsch, du Laboratoire de modélisation et imagerie en géosciences (CNRS-université de Pau et des pays de l'Adour).

« Le champ des applications du calcul intensif ne cesse de s'élargir », observe Gérard Roucairol. Dans l'industrie : aéronautique, automobile, prospection pétrolière, centrales nucléaires, conception de matériaux... Mais aussi dans l'imagerie médicale, la prévention des risques (par exemple pour la modélisation des feux de forêt), la finance (calcul de risques de placements), l'agriculture (simulation de l'évolution de plantes), l'urbanisme et le développement durable (étude de mouvements de population ou de flux de pollution), ou encore la création artistique (images virtuelles).

Longtemps à la traîne, l'Europe met les bouchées doubles. Une quinzaine de pays, dont la France, se sont associés pour financer plusieurs machines pétaflopiques. L'une d'elles devrait rejoindre le Très Grand Centre de calcul (TGCC) de l'Essonne, où va sortir de terre une technopole d'un millier de chercheurs et d'ingénieurs, consacrée à la conception et à la simulation numériques à hautes performances.

La course est sans fin. L'Américain Intel, numéro un mondial des microprocesseurs, l'Institut belge de recherche en microélectronique et composants (IMEC) et cinq universités flamandes annoncent la création, à Louvain, d'un laboratoire dédié à la prochaine génération de supercalculateurs, qui devrait voir le jour à l'horizon 2020. Celle de l'exaflop : un milliard de milliards d'opérations par seconde.

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Produits de base : la Chine emploie la manière forte pour résorber les surcapacités

Les Echos, no. 20706 - Marchés, vendredi, 25 juin 2010, p. 15

A compter de la mi-juillet, les ristournes des taxes à l'export consenties à plus de 400 produits de base -l'acier, le cuivre raffiné, le nickel, l'étain ou le plomb, entre autres -seront purement et simplement abolies.

Pékin a décidé d'employer la manière forte pour effacer les surcapacités qui affectent l'industrie des produits de base du pays. Cette semaine, le ministère des Finances et le fisc ont annoncé qu'à compter du 15 juillet, 406 produits de base ne bénéficieraient plus d'aucun rabais sur les taxes à l'exportation. Parmi les principales marchandises visées par cette mesure : l'acier, le cuivre raffiné, le nickel, l'étain, le plomb, le zinc, le molybdène, le magnésium, le cobalt, le bismuth, le zirconium, l'antimoine, le ferrochrome, le thallium, le vanadium, le béryllium ainsi que plusieurs de leurs produits dérivés et alliages respectifs, sans oublier l'éthanol, l'amidon de maïs, certaines matières plastiques, le caoutchouc, plusieurs types de verre et certaines catégories d'engrais chimiques.

L'objectif clairement affiché par les autorités chinoises est de parvenir à des restructurations et des consolidations importantes des différentes industries qui s'y réfèrent. Les rabais qui vont être abolis vont des 9 % actuels pour la sidérurgie aux 5 % pour l'éthanol, l'amidon de maïs et la plupart des non ferreux. L'impact le plus conséquent sur les exportations se vérifiera donc sur les produits de l'acier. Les ventes à l'étranger de produits sidérurgiques de l'ancien empire du Milieu ont bondi de 127 % en rythme annuel dans les cinq premiers mois de 2010.

Gagnants et perdants

La réduction prévisible des capacités de la sidérurgie -appelée de leurs voeux par les gouvernants chinois depuis longtemps -aura un effet positif sur les prix et sur les marges des concurrents des aciéristes locaux. En revanche, les conséquences pourraient être négatives pour les grands producteurs de minerai de fer, dont une partie conséquente de leurs débits est absorbée par cette nouvelle puissance industrielle globale. Le prix spot aux ports commerciaux chinois des fines de minerai avec une teneur en fer de 62 % ont chuté de l'ordre de 45 dollars la tonne, à 143 dollars, en deux mois. Quant aux exportations chinoises de cuivre et d'autres métaux de base, elles ont peu de chances de diminuer sensiblement en volume, estiment les experts. Entre janvier et mai, les quantités exportées de produits du cuivre raffiné se sont envolées de 76 % par rapport à la même période de 2009.

MASSIMO PRANDI

PHOTO - CHENGDE, HEBEI - OCTOBER 11: A worker stands by the molten iron flowing up in the iron-smelting workshop at Chengde Steel Plant on October 11, 2007 in Chengde of Heibei province, China. The annual production of Chinese steel will reach 480 million tons in 2007, increase by 14 per cent compared with 2006. , according to Chinese official media.

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Les cinq religions officielles

La Croix, no. 38699 - Religion et spiritualité/Dossier, samedi, 26 juin 2010, p. 13

Bouddhisme. C'est une des deux religions (avec le protestantisme) qui se développent le plus rapidement. Introduit dès le premier siècle après Jésus-Christ en Chine, le bouddhisme est aujourd'hui la religion la plus pratiquée, avec plus de 43 000 temples recensés et au moins 100 millions de fidèles.

Christianisme. Le protestantisme et le catholicisme ne se développent pas à la même vitesse. En 1947, ils représentaient entre 2 et 3 % de la population. Mais les protestants connaissent un essor sans précédent depuis une quinzaine d'années pour compter entre 40 et 70 millions de fidèles. Les catholiques seraient entre 12 et 14 millions avec une division toujours sensible entre les « officiels », associés au système politique mais en grande partie reconnus par Rome et les « clandestins », non liés au système, reconnus aussi en grande partie par Rome. Une telle division n'existe pas chez les protestants mais la diversité des protestantismes les rend fragiles.

Taoïsme. Cette sagesse fondée sur l'enseignement du dao (la voie) est à la base même de la spiritualité chinoise, racine de la culture et de la pensée. Si on estime à près de deux millions le nombre de « pratiquants », au moins 200 millions de Chinois se disent inspirés par le taoïsme. À lire sur le sujet le dernier livre de Cyrille J.D Javary Les Trois Sagesses chinoises, Éd. Albin Michel, 247 p., 17 €.

Islam. La religion musulmane n'est pas en expansion et se cantonne à une minorité nationale. Il y aurait au total près de 20 millions de musulmans en Chine, principalement les Huis dans le sud-ouest du pays et les Ouïghours dans la province du Xinjiang au nord-ouest du pays.

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Le bouddhisme vit un plein éveil en Chine - Dorian Malovic

La Croix, no. 38699 - Religion et spiritualité/Dossier, samedi, 26 juin 2010

Un pèlerinage au mont Wai Bo Lao Mu, montagne sacrée dans la province nord du Liaoning, révèle un regain de curiosité pour cette religion de la part des jeunes, des femmes... et des moins jeunes !

Le bus stationné devant le grand temple bouddhiste Hua Gong de Dalian n'attend plus que les derniers retardataires pour partir. L'ambiance est bon enfant et le soleil réchauffe les coeurs en ce printemps qui tarde à arriver dans ces lointains confins du nord de la Chine. Personne ne s'est engagé seul dans ce pèlerinage au mont Wai Bo Lao Mu, montagne sacrée du bouddhisme dans cette province froide du Liaoning, frontalière de la Corée du Nord. À deux, trois ou quatre, les petits groupes se trouvent un siège où l'on dégustera plus tard petits pains vapeur, saucisses chinoises, poulet mariné, légumes séchés et fruits frais. Nourritures terrestres indispensables avant de se plonger, le lendemain, l'espace d'une journée, dans une longue marche nourrie de méditation, d'incantations et de prosternations. Auparavant, il faudra faire cinq bonnes heures de bus, s'installer dans un petit hôtel pour la nuit et repartir à l'aube vers la montagne sacrée.

Pas de chants religieux ni de prières durant le trajet pour la cinquantaine de Chinois qui ont pris deux jours de congé pour cette démarche spirituelle. « C'est intéressant de remarquer que l'année dernière il n'y avait pratiquement que des personnes âgées », explique Yan, 19 ans, pianiste talentueux au Conservatoire de Pékin, jeune fidèle convaincu qui va au temple chaque semaine, même si sa famille ne pratique pas. Tout juste évoquera-t-il une grand-mère qui lui aurait parlé du Bouddha dans son enfance, mais on sent qu'il a découvert seul cet univers religieux et qu'il y trouve sérénité et réconfort. « La religion existe pour moi, mais ce n'est pas elle qui dicte mon comportement, ce sont deux espaces bien séparés, analyse-t-il. Mais j'en ai besoin. » Après quelques heures à partager le même espace roulant et profitant des arrêts sur les aires d'autoroute, les langues se délient, on se présente, on parle, on partage sa nourriture, on rigole.

Près de la moitié des pèlerins vivent leur première expérience spirituelle, convaincus par un ou une amie, un collègue ou un cousin. « Je n'ai pas pris d'appareil photo », annonce d'emblée Xiao Xiaoxi, 25 ans, une jeune cadre d'une banque ayant fait des études en Écosse, accompagnée de deux copines athées mais curieuses. « Ce n'est pas une escapade touristique dans les montagnes comme le font les Chinois pendant le week-end, dit-elle, j'ai quelque chose de fort et honnête à vivre. » Et ses deux amies d'acquiescer, l'une d'elle ajoutant que « si ces lieux boud dhistes existent depuis tant de siècles, c'est bien qu'il y ait quelque chose de particulier à vivre ».

Nombreux sont les pèlerins à n'avoir aucune notion du boud dhisme, de la philosophie et de la vie de Bouddha, de l'histoire du bouddhisme en Chine. C'est pourquoi l'agence de voyage sollicitée par le monastère Hua Gong de Dalian met à leur disposition une sorte de guide religieux qui, durant plus d'une heure et demie dans le bus, va délivrer un long discours sur l'esprit d'un tel pèlerinage, la façon de se comporter une fois entré dans le sanctuaire, la marche à suivre, les quatorze temples devant lesquels il va falloir s'arrêter et prier, à qui ils sont dédiés, le rituel, les prières, les postures physiques... Dans le bus, tout le monde boit les paroles du guide, le visage sérieux, déterminé à suivre à la lettre les exigences demandées, afin de voir ses voeux exaucés par le Bouddha.

Le coeur parfois lourd ou l'esprit perturbé par des soucis de la vie quotidienne, les pèlerins viennent avec des demandes spéciales. On vient à la rencontre des divinités du panthéon bouddhique afin de solliciter leur aide et leur soutien pour que soient allégés les fardeaux matériels et psychologiques. À cet égard tout est prévu : le guide annonce son passage ce soir dans toutes les chambres de l'hôtel afin de préciser les voeux de chacun. Xi Yuan et sa soeur jumelle expliquent la procédure : « Vous allez cocher sur un petit imprimé ce que vous demandez à Bouddha », disent-elles. Le soir, le guide distribue une petite fiche jaune recto verso où sont inscrites les demandes possibles : « relations avec votre patron, santé pour les parents, examens pour les enfants, protection pour ceux qui partent à l'étranger étudier, trouver un meilleur travail, être embauché... ». Chacune de ces prestations correspond à un prix allant de 158 yuans (15 €) jusqu'à 2 000 yuans (180 €). Assis sur votre lit, le guide encaisse l'argent avant de vous laisser dormir. Lever à 4 heures du matin...

Le petit déjeuner à peine avalé alors que le soleil n'est pas levé, le petit groupe monte dans le bus pour quelques kilomètres jusqu'aux portes de la montagne sacrée où il va d'abord chercher les offrandes en encens au prorata de l'argent versé la veille au soir. Si certains ou certaines en sortent avec un lot de quelques bouquets de bâtonnets d'encens multicolores, d'autres en revanche ploient sous un fardeau d'immenses bâtons d'encens épais de cinq centimètres et de bougies énormes en forme de fleur de lotus... Vêtu d'un costume tout neuf et de belles chaussures en cuir, le neveu de grand-mère Ma, le visage rougeaud mais souriant, pose fièrement devant le premier temple avec ses kilos d'encens de 2 500 yuans (250 €). « Je viens chaque année ici depuis une dizaine d'années », explique en riant la septuagénaire très alerte, risquant quelques mots en anglais : « Buddha is good », avant de revenir au mandarin : « Je n'ai jamais cessé de prier, même dans les périodes les plus dures du maoïsme, notre âme chinoise vit dans le Bouddha et personne n'arrivera jamais à l'enlever... Tous les jeunes qui viennent ne sont pas privés de religion comme nous l'avons été, ils sont éduqués et peuvent comprendre la philosophie importante pour mieux vivre dans la vie. »

Loin de s'arrêter à la seule dimension financière de la démarche - « plus vous donnez au Bouddha, plus il vous le rendra », explique Xiao Xiao Xi -, chacun vit avec intensité son dialogue avec les divinités diverses des quatorze temples de la montagne sacrée, on s'agenouille, on se prosterne, on récite des prières. On brûle tout, afin que les volutes montant vers le ciel délivrent les messages. Pour Yan le pianiste, bousculé par la vie, toujours prêt à faire les quatre cents coups : « Je me tourne vers Bouddha pour l'interroger sur mon futur, dit-il, et pour qu'il me vienne en aide. » Pour Mei Hua, qui va se marier bientôt, son petit ami près d'elle, ces deux journées ont été « réconfortantes ». « Je veux apprendre le bouddhisme, afin d'avoir une vie équilibrée et stable, pour ne pas être seule devant les difficultés de la vie. La famille chinoise est unie et solidaire, mais, pour les jeunes aujourd'hui, la vie n'a jamais été aussi difficile, les défis à relever sont immenses. On ne peut plus compter sur le gouvernement comme nos parents par le passé, il nous faut une force supérieure et je l'ai trouvée au coeur de cette montagne sacrée. »

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A Hangzhou, les paroisses protestantes ne désemplissent pas - Dorian Malovic

La Croix, no. 38699 - Religion et spiritualité/Dossier, samedi, 26 juin 2010, p. 14

Dans la capitale de la province du Zhejiang, les célébrations rassemblent près de 5 000 personnes.

Les bras levés vers le ciel, les yeux fermés, en prière, les 5 000 fidèles de l'église protestante de Chong-yi chantent avec ferveur. Sur la scène, une chorale de 50 chanteurs vêtus de blanc et de jaune se déhanche et appelle l'assemblée à s'unir pour « l'amour de Jésus ». Le soleil printanier inonde l'immense espace blanc en s'infiltrant à travers les imposants vitraux de la verrière en forme de croix faisant office de toiture. Des caméras sur de longs bras articulés balayent l'immense église ultramoderne et diffusent sur deux écrans géants les images de la pasteure qui va prendre la parole : « Jésus est amour ! Nous avons besoin d'amour ! L'amour est roi ! » Le prêche dure une vingtaine de minutes, profond, direct, simple, concret. Dans un mandarin compréhensible dont les paroles peuvent toucher tout le monde.

Deux heures plus tard, la foule sort de Chong-yi en parlant, se serrant dans les bras, se tenant par la main. « Je viens à l'église tous les dimanches mais aussi le mardi soir pour assurer les cours de Bible dans les grandes salles derrière le bâtiment », explique avec chaleur Wei Hua, jeune infirmière de 25 ans qui attend son père, chrétien depuis dix ans et qui revient d'un long séjour de prière. Près de la petite boutique qui vend des bibles et des images pieuses, surmontée d'un « Jésus vous aime » en rouge vif, Bei Ling, une des 1 000 bénévoles de la paroisse, vous invite à rencontrer le pasteur Joseph Gu, responsable de Chong-yi : « C'est sa femme qui a assuré le prêche aujourd'hui », dit-elle avec admiration. « Il y a tant à faire et de plus en plus de monde vient voir ce que c'est que cette nouvelle église aussi grande surmontée d'une croix, les Chinois ne savent pas mais ils sont curieux », explique-t-elle en ajoutant que « chaque chrétien doit absolument amener chaque mois deux ou trois amis ou collègues pour leur faire découvrir le Christ et la Bible ». Ce qui donne près de 2 500 nouvelles personnes qui découvrent Jésus chaque année. « Mais qui ne restent pas forcément », reconnaît Bei Ling.

La ferveur est pourtant bien réelle et profonde. Les 13 classes de Bible pour enfants et pour adultes sont pleines. « Il existe une vraie renaissance de la spiritualité en Chine en ce moment, avoue le pasteur Joseph Gu, à l'aise dans un beau costume noir et sa chemise immaculée. Nous accueillons tous les curieux, les orientons. Ce sont à 70 % des femmes, avec une majorité venant de la classe moyenne urbaine. L'année dernière nous avons célébré plus de 1 800 baptêmes d'adultes ! » Face à l'admiration suscitée par l'architecture imposante de l'église, le pasteur Gu explique que « les fidèles sont très généreux, le gouvernement nous aide beaucoup notamment en nous offrant un terrain moins cher et nous recevons aussi des soutiens financiers de l'étranger (États-Unis, Europe et Asie) ». Très pris par un emploi du temps de ministre, le pasteur doit partir pour Pékin où une réunion du Conseil des chrétiens chinois (l'équivalent de l'Association patriotique des catholiques chinois, organe politique faisant le lien entre les leaders religieux et les leaders politiques) se tient ce soir.

Dans une des sept autres églises protestantes de Hangzhou, « Si Cheng », la plus ancienne de la capitale de la riche province du Zhejiang, son confrère le pasteur Zhang Yao Fa, 40 ans, accueille avec un grand sourire, une cravate bleu et jaune vif en forme de crucifix attirant tout de suite le regard. « Le nombre de chrétiens ne cesse d'augmenter depuis dix ans dans toute la Chine », confirme ce pasteur dynamique qui a déjà 15 ans d'expérience dans plusieurs églises des provinces voisines après une solide formation dans le séminaire de Hangzhou. « Il y a au moins 310 000 protestants à Hangzhou (NDLR 7 millions d'habitants) mais il n'y en avait que 270 000 il y a cinq ans.... ce qui montre que notre approche pastorale porte ses fruits : évangéliser, être témoin du Christ, servir les autres. » Une approche spécifique aux protestants par rapport à un « enseignement plus traditionnel chez nos confrères catholiques un peu loin des réalités ».

Chrétienne depuis deux générations, Yan Rong Hui, professeur au séminaire de Hangzhou, explique la nouvelle ferveur religieuse et spirituelle chinoise par la « quête d'un absolu dépassant les biens matériels. Un appartement, une voiture, des vêtements et de bons repas sont-ils suffisants pour vous satisfaire dans la vie ? De toute évidence non. Dans un nouvel univers de stress et d'insécurité sociale, il faut faire face et le christianisme vient à votre secours. » Accueillantes, chaleureuses et protectrices, les Églises protestantes séduisent par leur approche concrète et pragmatique dans un monde de compétition et de rivalité où les rapports humains ne se perçoivent plus qu'à travers l'argent. Bei Ling l'infirmière le voit bien dans sa vie professionnelle à l'hôpital : « Sans argent les malades ne sont pas soignés et renvoyés de la clinique... c'est inhumain. Il n'y a pas beaucoup d'amour dans la vie, se désole-t-elle, mais dans l'Église on trouve le bonheur. »

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INTERVIEW - « Le gouvernement utilise les religions comme des intruments de contrôle »

La Croix, no. 38699 - Religion et spiritualité/Dossier, samedi, 26 juin 2010, p. 15

Grand historien des religions, Li Tiangang explique le réveil spirituel chinois par la quête d'un bonheur étouffé depuis trente ans par la recherche de l'enrichissement matériel

Le gouvernement chinois a-t-il changé sa vision très négative sur les religions ?

Li Tiangang : - La perception traditionnelle du régime, qui voyait dans les religions uniquement de la superstition et de la manipulation de l'esprit a pratiquement disparu aujourd'hui dans les faits. Même si on peut retrouver dans certains discours quelques séquelles de cette ancienne idéologie. Pour autant, le gouvernement chinois utilise maintenant les religions comme des instruments de contrôle afin d'assurer une stabilité au sein de la société. Nous avons donc encore un problème, il faut faire attention. Pour nous croyants, le Christ et l'État, par exemple, doivent être bien distincts, et nous séparons la vie publique de la vie privée. Le régime communiste n'accepte toujours pas cette distinction. Les cinq religions officielles chinoises (bouddhisme, taoïsme, islam, protestantisme, catholicisme) restent sous contrôle politique et le régime demande directement aux leaders religieux aujourd'hui d'être bien formés, accueillants, attrayants même afin que les croyants les respectent et surtout les écoutent. Pékin voit une dimension très positive dans les religions, au service de la société.

Comment percevez-vous l'explosion du protestantisme en Chine ?

Je suis un peu inquiet car ce ne sont pas des missionnaires étrangers qui sont à l'origine de cette expansion, mais les Chinois eux-mêmes. C'est très particulier. Les Chinois ont une Bible, lisent et étudient ensemble, appellent un pasteur et s'organisent en petites communautés. Des gens pauvres se tournent vers l'Église et rejettent le gouvernement, ce qui va poser des problèmes et des conflits à l'avenir. Nous, intellectuels chrétiens ou pas, essayons de convaincre les autorités que le danger ne vient pas de l'étranger mais de l'intérieur afin qu'elles laissent de côté leur perception ancienne héritée du XIXe siècle sur les missionnaires étrangers. Le gouvernement doit gérer ce problème purement chinois afin d'éviter la naissance de mouvements très radicaux, très sectaires, qui pourraient s'en prendre directement au régime.

Feriez-vous une comparaison similaire avec les catholiques clandestins ?

Non. Eux ne représentent pas un danger pour le régime. Ils existent en nombre important mais Pékin maîtrise bien les catholiques maintenant sur le plan religieux et ne les perçoit pas comme des « comploteurs ». L'Église catholique a une structure bien claire et aux yeux du régime les catholiques chinois sont disciplinés, ils obéissent, même au sein des clandestins. Ce qui n'est pas le cas chez les protestants où les autorités sont très éclatées.

Que dire de l'évolution du bouddhisme en Chine aujourd'hui ?

Les fidèles se multiplient plus vite que les chrétiens. Il s'agit de la culture chinoise la plus importante après le taoïsme. De plus la pratique n'est pas compliquée. Vous allez au temple, vous achetez des offrandes, vous priez et vous serez protégés par Bouddha. Par ailleurs les monastères bouddhistes sont riches, grâce aux fidèles mais aussi aux fonds que le gouvernement donne pour rénover et attirer les touristes, qui à leur tour rapportent beaucoup d'argent.

Comment expliquez-vous ce regain d'intérêt et de pratiques religieuses en Chine ?

Nous sommes tous en quête du bonheur, riches ou pauvres car durant ces 30 dernières années nous avons perdu cette valeur si précieuse. Le père des réformes économiques, Deng Xiaoping a promis aux Chinois qu'ils allaient s'enrichir et ils ont abandonné les valeurs sociales et humaines de la sérénité, du bonheur et de la dignité. On voit le résultat aujourd'hui. « J'ai tellement travaillé dans ma vie, j'ai de l'argent mais je suis de moins en moins heureux » se disent les gens. Alors ils se tournent vers les religions, le spirituel, le réconfort de l'âme. Le mouvement s'amplifie de jour en jour et j'espère que la société va s'humaniser aussi progressivement.

Li Tiangang, professeur au département des religions de l'université Fudan de Shanghaï.

Propos recueillis par Dorian Malovic


« L'État protège les activités religieuses ordinaires »

Derrière l'article 36 de la constitution chinoise de 1981 sur la liberté religieuse s'organise tout de même un contrôle politique systématique.« Les citoyens de la République populaire de Chine bénéficient de la liberté de croyance religieuse. Aucun organe de l'État, aucune organisation publique ou individuelle ne peut forcer un citoyen à croire ou à ne pas croire dans une religion ; pas plus qu'on ne peut faire preuve de discrimination à l'égard de citoyens parce qu'ils croient ou ne croient pas à une religion. L'État protège les activités religieuses ordinaires, personne ne peut utiliser la religion pour mener une activité troublant l'ordre public, mettant en péril la santé des citoyens ou s'ingérant dans le système éducatif de l'État. Les organismes religieux et les affaires religieuses ne peuvent être soumis à un pouvoir étranger. »

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DISPARITION - Wu Guanzhong est mort à 90 ans

Le Soir - 1E - CULTURE, lundi, 28 juin 2010, p. 36

L'artiste Wu Guanzhong, considéré comme l'un des pères de la peinture contemporaine chinoise, est mort à l'âge de 90 ans. Il s'est éteint vendredi à l'Hôpital de Pékin.

L'an dernier, plusieurs de ses peintures avaient été vendues aux enchères pour un montant total de 37,7 millions de dollars américains. M. Wu avait acquis une réputation internationale pour sa maîtrise des paysages alliant peinture à l'huile et à l'encre.

Né dans la province du Jiangsu, il était venu en France en 1947 pour étudier la peinture occidentale. Mais contrairement à nombre de ses camarades, il avait décidé de retourner en Chine où il enseigna à l'Académie des beaux-arts de Pékin et à l'université de Tsinghua.

En 1972, lors de la Révolution culturelle (1966-1976) qui plongea le pays dans une décennie de chaos et de terreur, Wu Guanzhong n'échappa pas à la chasse aux représentants de la bourgeoisie et fut envoyé dans un camp de travail. Il se remit à peindre à la fin de la Révolution culturelle mais ne présenta sa première exposition qu'à l'âge de 59 ans.

L'oeuvre ci-dessous le montre : « Wu Guanzhong s'est servi des deux cultures occidentale et chinoise, réussissant une synthèse étrange, parfois très explicite et très belle, des différentes modalités picturales, écrivions-nous en 2007. Le charme puissant de l'oeuvre tient à l'impression que le modèle chinois demeure en filigrane. Les deux traditions se fondent dans un langage original, ample et poétique. »

© 2010 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2010

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jeudi 24 juin 2010

Pékin tient le yuan en laisse - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20705 - International, jeudi, 24 juin 2010, p. 7

Le gouvernement chinois maintient un étroit contrôle sur l'évolution de sa monnaie. Il espère décourager les entrées de « hot money »

Le pouvoir chinois a prévenu a maintes reprises ces derniers jours qu'il n'était pas question de voir le G20 se pencher sur la pertinence de sa politique de change. Dans les coulisses du sommet qui se tient ce week-end à Toronto, les délégations ne devraient toutefois pas manquer de débattre de la récente promesse d'une flexibilité accrue du taux de change du yuan. Depuis lundi, la devise chinoise n'est en effet plus strictement ancrée au dollar américain, dont elle suivait l'évolution depuis l'été 2008.

Un niveau artificiellement bas

Les grands partenaires commerciaux de la Chine, qui accusent régulièrement le régime communiste de maintenir sa devise à un niveau artificiellement bas pour encourager ses exportations, scrutent depuis trois jours les courbes de change pour tenter de dégager des tendances qui prouveraient que Pékin a effectivement décidé de laisser sa monnaie s'apprécier. Mais les brusques évolutions à la hausse puis à la baisse du taux de change de la devise chinoise, lundi et mardi, ne leur ont apporté aucune certitude.

Hier, sur le marché de Shanghai, le yuan a enregistré une progression de 0,02 % face au billet vert, qui porte sa hausse à seulement 0,2 % depuis le début de la semaine, soit un rythme bien inférieur au bond de 0,45 % enregistré sur la seule journée de lundi. « Ces trois dernières journées ont douché les espoirs d'une appréciation à sens unique. On peut dire qu'ils entendent réellement laisser le cours fluctuer à la hausse comme à la baisse », expliquait, hier, Issac Meng, un analyste de BNP Paribas, interrogé à Pékin par Reuters.

Décourager les spéculateurs

Pariant tous sur une appréciation très modérée de la devise chinoise -la plupart évoquent une poussée d'environ 2 % sur 2010 -, les économistes notaient hier que la banque centrale chinoise semblait avoir demandé aux grandes banques commerciales d'Etat du pays d'acheter en masse des dollars pour contenir la progression du yuan. En montrant qu'elles conservent un étroit contrôle sur l'évolution de leur monnaie, les autorités tenteraient ainsi de décourager les spéculateurs qui, appâtés, ces dernières heures, par les promesses de flexibilité auraient programmé de faire entrer de fortes sommes de « hot money » dans le pays.

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Timides avancées démocratiques à Hongkong

Le Monde - International, vendredi, 25 juin 2010, p. 6

Il aura fallu deux jours de débats à l'assemblée législative de Hongkong, le Legco, pour faire passer, dans une ambiance survoltée, quelques mesures présentées par le gouvernement comme un " package de réformes " ayant pour but d'accélérer la démocratisation des institutions locales lors des élections de 2012. Les reformes ont été adoptées à 46 voix pour et 13 contre, jeudi après-midi.

Depuis la rétrocession de Hongkong à la Chine, en 1997, les habitants de l'ancienne colonie britannique espèrent voir la mise en place de la démocratie promise par la " Basic Law ", texte tenant lieu de mini-Constitution. Mais les progrès sont des plus poussifs, surtout depuis que Pékin a pris l'habitude d'intervenir dans le débat.

Sur les deux principales questions que sont l'élection du chef de l'exécutif et celle des députés, les progrès proposés par le gouvernement hongkongais, avec l'aval de Pékin, sont dérisoires. Le chef de l'exécutif qui est actuellement élu par 800 personnes triées sur le volet le sera, une fois ces réformes adoptées, par 1 200 personnes en 2012. " A ce rythme-là, il va nous falloir 2 500 ans avant que les 3,5 millions d'électeurs puissent élire leur chef ", ironise Ka Long, un étudiant en design industriel, dont le tee-shirt noir est couvert d'autocollants avec l'inscription " Tout faux " dessus, venu exprimer son " écoeurement " devant les pierres blanches du bâtiment colonial pendant les délibérations.

Pour ce qui est des députés, le Legco est actuellement composé de 30 sièges de députés élus au suffrage universel, plus 30 sièges " corporatistes ", représentant des secteurs professionnels, élus par des collèges électoraux parfois aberrants. Par exemple, le siège représentant le secteur financier (qui emploie plus de 6 % de la population active) n'est désigné que par 132 votes. Ce sont ces sièges-là, essentiellement occupés par l'élite hongkongaise, acquise à Pékin et au gouvernement, qui sont jugés antidémocratiques, et que la population, dans sa large majorité, aimerait voir disparaître.

Pékin, au contraire, estime que ces sièges garantissent " l'équilibre de la représentativité ". Or les réformes proposées par le gouvernement ajoutent dix sièges au Legco dont cinq nouveaux " corporatistes ". Autrement dit, le gouvernement maintiendra sa quasi " garantie de majorité ", avec 35 sièges corporatistes sur 70.

Une pure mascarade

Selon un compromis conclu moins de 48 heures avant le vote avec le parti démocratique (pour garantir au gouvernement le soutien des deux tiers du Legco à sa proposition), ces cinq nouveaux sièges corporatistes pourraient être attribués au suffrage universel direct. Mais comme les candidats auront été préalablement sélectionnés, l'exercice est, selon ses critiques, une pure mascarade. Ce compromis a divisé le camp démocrate. Plusieurs députés ont indiqué leur intention de démissionner.

A l'issue d'un débat télévisé qui a eu lieu jeudi 17 juin, entre le chef de l'exécutif, Donald Tsang, censé promouvoir son projet de réformes, et l'une des figures de proue de l'opposition, l'avocate Audrey Eu, fervente opposante à ces réformes, seulement 14 % des auditeurs ont jugé le chef de l'exécutif convaincant. Mais cela n'a pas empêché le projet d'être adopté par les deux tiers de l'assemblée.

Florence de Changy

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Pétrole : la Chine va assurer près de la moitié de la croissance de la demande mondiale

Les Echos, no. 20705 - Industrie, jeudi, 24 juin 2010, p. 28

La Chine devrait voir sa consommation de pétrole bondir de plus de 7 % cette année pour atteindre plus de 9 millions de barils par jour. Le pays va également devenir un acteur de premier plan dans le gaz. Sa consommation devrait dépasser celle de l'Allemagne et du Royaume-Uni dès cette année.

La Chine prend de plus en plus de poids sur la scène énergétique mondiale. Selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'empire du Milieu va assurer à lui seul près de 40 % de la croissance de la demande de pétrole cette année. La Chine, qui représente environ 10 % de la consommation mondiale de pétrole (contre près de 20 % pour les Etats-Unis), devrait voir sa consommation d'or noir grimper de 7,6 %, pour atteindre un volume de 9,2 millions de barils par jour. En comparaison, les pays de l'OCDE vont conserver une consommation quasi stable (- 0,1 %), faute d'un véritable redémarrage de leur économie.

Au total, la demande mondiale de pétrole devrait progresser en moyenne de 1,4 % par an, soit 1,2 million de barils par jour, jusqu'en 2015, selon les projections dévoilées hier par l'AIE. Les prix, eux, devraient légèrement progresser. En moyenne, le baril passerait de 76 dollars cette année à 85 dollars en 2015.

« Dans le domaine du pétrole ou du gaz, nous observons une dichotomie remarquable entre les pays de l'OCDE et les pays émergents, avec une forte croissance en Chine, en Inde et au Moyen-Orient et une demande faible ou stable dans les autres régions, notamment en Europe », a expliqué hier le directeur général de l'Agence internationale de l'Energie (AIE), Nobuo Tanaka.

Premier marché automobile de la planète, devant les Etats-Unis, depuis 2009, la Chine tourne, elle, à plein régime. La demande de carburants s'envole, soutenue par l'augmentation des revenus par habitant dans les zones urbaines et par l'importance de la population du pays.

Sécuriser l'approvisionnement

A l'avenir, cet effet de levier va s'accentuer. La consommation chinoise devrait s'élever à 11,6 millions de barils par jour à l'horizon de 2015, contre un peu plus de 9 millions cette année, selon l'AIE. « A cette date, la Chine pourrait représenter à elle seule près de la moitié de la croissance de la demande mondiale », explique David Fyfe, en charge des équipes pétrole à l'AIE.

Cette montée en puissance de la Chine sera également visible dans le raffinage. Selon l'Agence internationale de l'énergie, le pays devrait mettre en service près de 3,3 millions de b/j de capacités supplémentaires d'ici à 2015. Soit plus du tiers des volumes prévus dans le monde. Pour cela, les poids lourds chinois comme PetroChina, Sinochem ou Sinopec vont s'appuyer sur des partenariats avec le russe Rosneft, le sud-américain PDVSA ou le koweïtien KPC. Après 2015, ExxonMobil, Shell et Saudi Aramco devraient également démarrer de nouvelles installations, ajoutant ainsi quelque 640.000 barils par jour de capacités supplémentaires. Pour les compagnies chinoises, ce type d'accord permet de sécuriser l'approvisionnement tout en assurant à des compagnies nationales comme Aramco ou PDVSA un enlèvement garanti.

Dans les années à venir, la question de l'approvisionnement sera de plus en plus stratégique pour la Chine. Selon les estimations de l'AIE, la production de pétrole du pays devrait en effet rester quasi stable d'ici à 2015, à 3,7 millions de b/j, en dépit d'un pic en 2012. La production offshore chinoise va nettement augmenter d'ici à cinq ans, mais cette hausse sera compensée par le déclin des plus grands et des plus anciens gisements du pays comme Daqing et Shengli.

Dans le gaz, la Chine va également devenir un acteur de premier plan. Ces dernières années, le pays a augmenté sa consommation de 10 milliards de mètres cubes par an. En 2009, il a utilisé plus de gaz que l'Italie. Sa consommation devrait dépasser celle de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne dès cette année. Voire même peut-être celle du Japon. Si ce scénario se confirme, la Chine consommera alors plus de gaz que n'importe quel pays de l'OCDE, à l'exception des Etats-Unis.

A l'échelle mondiale, cette montée en puissance va poser de plus en plus de problèmes aux analystes parce qu'elle rendra leurs estimations de moins en moins fiables. Les données chinoises sur les stocks de pétrole ou les capacités de raffinage manquent en effet de transparence, et les chiffres sur la croissance suscitent aussi beaucoup d'interrogations. Dans ce contexte, il deviendra de plus en plus difficile pour les industriels du secteur de bâtir des scénarios rigoureux. De quoi inciter à la prudence dans les années à venir.

EMMANUEL GRASLAND

© 2010 Les Echos. Tous droits réservés.

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Démantèlement d'un groupe " terroriste " dans la région autonome du Xinjiang

Le Monde - International, vendredi, 25 juin 2010, p. 7

La police chinoise a annoncé, jeudi 24 juin, le démantèlement d'un groupe " terroriste " au Xinjiang, la région autonome Ouïghoure, dans le nord-ouest du pays. Le groupe, composé de plus de dix personnes, est notamment accusé d'une attaque meurtrière menée, pendant les Jeux Olympiques de 2008, dans cette région peuplée de minorités musulmanes où, selon les autorités chinoises, existe une menace " séparatiste ". L'annonce du démantèlement faite à Pékin intervient à l'approche du premier anniversaire des émeutes interethniques qui avaient secoué le Xinjiang, à partir du 5 juillet 2009. Elles avaient fait près de 200 morts, selon les autorités.

PHOTO - Chinese police stage a drill in Hami, farwest China's Xinjiang region on June 18, 2010. Police in the capital of China's restive Xinjiang will launch a security clampdown ahead of the anniversary of ethnic riots, in an indication they fear further unrest.

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