mercredi 31 août 2011

AUDIO - Jacques Gravereau : Les récriminations grandissantes de Pékin


Mercredi 31 août 2011, Jacques Gravereau, directeur d'HEC Eurasia, est l'invité des Enjeux internationaux sur France Culture.



Merci à Thomas F. de nous avoir informés de cette interview. Si vous désirez nous alerter d'une nouvelle, d'un article, d'une vidéo ou de toute autre chose qui pourrait nous intéresser, veuillez nous écrire :


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Comptabilité : la pression monte sur les groupes chinois cotés à l'étranger

Les Echos, no. 21006 - Marchés, mercredi 31 août 2011, p. 25

L'étau se resserre autour des sociétés chinoises cotées sur les Bourses nord-américaines. Les soupçons portés sur la comptabilité présentée par certaines d'entre elles semblent plus fondés que jamais. Rien ne va plus, notamment, pour Sino-Forest, un groupe forestier chinois coté à Toronto. Vendredi, le régulateur dont il dépend, l'Ontario Securities Commission (OSC), a déclaré que les dirigeants du groupe « semblent avoir manqué de transparence sur une partie du résultat de la société et/ou exagéré la valeur de son stock de bois ». L'OSC a suspendu la cotation de Sino-Forest. Les titres avaient perdu 67 % de leur valeur depuis le début de la tourmente, le 2 juin dernier. Dimanche, le président de Sino-Forest, Allen Chan, a annoncé sa démission et trois employés ont été suspendus. Prenant acte de ce regain de défiance, Standard & Poor's a revu à la baisse sa note de Sino-Forest, pour la passer à CCC-, contre B auparavant. Devant « la probabilité accrue que les allégations de fraude soient confirmées », elle a annoncé qu'elle cesserait désormais de noter Sino-Forest.

Aux Etats-Unis, c'est Longtop, un groupe chinois de logiciels, qui est aujourd'hui dans le collimateur. La société, cotée à New York, estmise en cause par la Securities & Exchange Commission (SEC), qui envisage d'intenter une action légale contre Longtop. Une suspension de cotation semble envisagée. Là aussi, les chiffres présentés au public auraient été manipulés ces trois dernières années. Mais ce n'est que le 23 mai dernier, lorsque le cabinet d'audit Deloitte Touche Tohmatsu a subitement rompu son contrat avec Longtop, que les investisseurs ont commencé à s'inquiéter.

Des deux côtés du Pacifique, ces scandales embarrassent. Côté américain, difficile de ne pas s'étonner de la facilité avec laquelle les fraudeurs sont passés au travers des mailles du filet. Presque tous ont acquis des sociétés cotées sur le sol américain, coquilles vides qui leur ont permis de se coter eux-mêmes via un processus simplifié. En Chine, on redoute que la crédibilité des groupes chinois ne soit durablement pénalisée, dans un pays peu réputé pour la puissance de ses contre-pouvoirs.

GABRIEL GRESILLON

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Chine: un ex dirigeant de China Mobile condamné à mort

AFP Infos Economiques - Mardi 30 août 2011 - 16:39:33 GMT

La justice chinoise a condamné mardi à la peine de mort l'ancien président d'une filiale du géant public des télécommunications China Mobile pour avoir touché des pots de vin de 2,6 millions de dollars, a indiqué l'agence officielle Chine nouvelle.

Li Hua, ancien président et directeur général de la filiale de China Mobile Communications Corporation dans la province du Sichuan (sud-ouest de la Chine), était accusé d'avoir reçu pour 16,48 millions de yuans en pots de vin, a précisé Chine nouvelle en citant un porte-parole du tribunal de la ville de Panzhihua.

Selon l'agence officielle chinoise, les pots de vin ont été versés par des entreprises locales mais cet argent a pu être récupéré par l'Etat après l'arrestation de l'ancien dirigeant.

Li Hua a été condamné à la peine de mort assortie d'une période probatoire de deux ans, une peine qui est généralement transformée en Chine en emprisonnement à vie.

La corruption touchant les officiels figure parmi les principales sources de mécontentement de l'opinion publique chinoise, selon les sondages.

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La tempête Nanmadol arrive en Chine


Le Figaro.fr - Fil Info, mardi 30 août 2011 - 07:14

Les côtes sud-est de la Chine se préparaient aujourd'hui à l'arrivée de Nanmadol, typhon ayant fait 16 morts aux Philippines et d'importants dégâts à Taïwan avant d'être déclassé en tempête tropicale.

Les services météorologiques chinois ont indiqué dans un communiqué que Nanmadol, avec des vents soufflant à 80 km/heure, devrait atteindre la province du Fujian dans l'après-midi et être accompagnée de fortes précipitations. Cette province faisant face à Taïwan a rappelé plus de 44.000 bateaux et leurs 119.000 pêcheurs au port, a rapporté la radio d'Etat. Les liaisons maritimes ont été suspendues et les trains à grande vitesse pourraient être ralentis ou stoppés, a précisé l'agence Chine nouvelle.

Hier, Taïwan avait évacué des milliers de personnes, fermé des écoles et interrompu une partie de ses liaisons ferroviaires, alors que le cyclone Nanmadol, le plus puissant depuis 2009, faisait des dégâts dans le sud de l'île, une région densément peuplée. Une personne a été tuée dans le nord de l'île.

Nanmadol, qui porte le nom d'une ancienne capitale de Micronésie, a fait au moins 16 morts aux Philippines en fin de semaine dernière.

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mardi 30 août 2011

MAGAZINE - Monde chinois : Le Consensus de Pékin



Monde chinois, la revue de référence consacrée à l'analyse des évolutions économiques, stratégiques, politiques et culturelles de l'ensemble formé par la République populaire de Chine, Taïwan, Hong Kong et Singapour.

Numéro 25 : Le consensus de Pékin

Créé par Joshua Cooper Ramo en 2004, le concept de « consensus de Pékin » s'appuie sur celui de « consensus de Washington », à savoir un modèle de développement et de gouvernance propre aux États-Unis, qui met la démocratie en avant comme clé du développement économique, et qui s'est développé dans le monde entier. Le « consensus de Pékin » serait donc une diplomatie autour d'un modèle chinois, qui reposerait sur le respect mutuel entre états et la non-ingérence, sur le développement économique et structurel (puis éventuellement social et civique), sur la tolérance envers la corruption des élites, etc.

La Chine refuse pour le moment le qualificatif de « consensus de Pékin », et estime qu'il ne s'agit que d'une affabulation occidentale. On se souvient toutefois de l'attitude, semblable, qu'elle avait adoptée à l'égard du soft power dans les années 1990....

Au-delà des mots, la véritable question est fondamentale : la Chine est-elle capable de proposer au monde un modèle de développement ?

Ce dossier exceptionnel de Monde chinois, nouvelle Asie examine en profondeur les enjeux politiques, économiques et sociaux de la diplomatie chinoise et de son modèle.

SOMMAIRE
Actualité
La Chine entre intégration et affirmation de sa puissance

Dossier | Le consensus de Pékin
Quand la Chine cherche à séduire le monde
L'énigme de la puissance chinoise: originalité et fondements théoriques
Le consensus de Pékin: coopération ou nouvel impérialisme?
Le soft power chinois en Asie du Sud-Est: l'exemple de la Thaïlande
La Chine, superpuissance en Afrique
Quand la Chine s'affirme en Amérique Latine
La dimension confucéenne du soft power chinois
Cultures chinoises et altérité dans leur rapport au pouvoir
Le consensus de Pékin et la lutte contre le changement climatique
Le soft power taïwanais en Afrique: l'exemple du Burkina Faso

Questions d'Asie
Les relations États-Unis-Asie après la crise
Le réveil du dragon: la conceptualisation des implications stratégiques et linguistico-culturelles de l'ascension de la Chine
Une génération oubliée? Mémoire, culture et entraide chez les anciens jeunes instruits

Lu, vu, entendu
Peinture et pouvoir en Chine (1979-2009): une histoire culturelle
Jouer le réel : langage, identité et conscience personnelle dans le cinéma de Jia Zhangke



Rédacteurs en chef :
Barthélémy Courmont, Emmanuel Lincot, Valérie Niquet
Adeline Cassier : correspondante à Pékin


S'abonner :
Tarif particulier : 1 an France : 85.00 € Reste du monde : 95.00 €
Tarif particulier : 2 ans France : 160.00 € Reste du monde : 180.00 €

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LIVRE - "Fragments géopolitiques" par Pascal Lorot




Pascal Lorot, Président de l’Institut Choiseul

Docteur en économie et en science politique, Pascal Lorot est le président de l’Institut Choiseul, un think tank parmi les plus influents spécialisé sur les questions internationales. Directeur des revues Géoéconomie et Sécurité globale, il est l’auteur de près d’une vingtaine d’ouvrages. Pascal Lorot est éditorialiste au Nouvel économiste où il anime la chronique géopolitique.


"Un nouveau monde émerge, avec rapidité et fracas. L’Occident s’effondre tandis que le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Iran ou encore la Turquie se frottent les mains et affûtent leurs stratégies de puissance."


Sous forme de chroniques (parues dans le Nouvel économiste), Fragments géopolitiques rebondit sur toute l’actualité de ces dernières années. Dans un style parfois sarcastique, toujours mordant, Pascal Lorot décrypte les lignes de fractures et les grands enjeux de demain : guerre des terres, conflits pour la maîtrise de l’espace, courses au pétrole et aux matières stratégiques, émergence de nouvelles valeurs, explosion démographique, urbanisation accélérée, conflits ethno-religieux. Plus étonnant, la plume se saisit avec plaisir de sujets décalés, de petites respirations pour le lecteur.

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Addictions chinoises - Martine Bulard


Le Monde diplomatique - Septembre 2011, p. 1

Des Etats-Unis tancés et privés de la note de meilleur élève de la classe (capitaliste) ; une Chine sollicitée pour renflouer les caisses et impulser la croissance mondiale. Même dans leurs rêves nationalistes les plus fous, les dirigeants chinois n'auraient pu imaginer plus spectaculaire basculement de l'histoire.

Ils ne se privent donc plus de donner des leçons à cette Amérique " qui doit soigner son addiction à la dette " (Xinhua, 7 août 2011). Et précisent que Pékin " a tous les droits d'exiger des Etats-Unis qu'ils s'attaquent à leur problème structurel ". Qui paye le bal mène la danse. Or la Chine se montre très généreuse : elle a accumulé en bons du Trésor américain 1 170 milliards de dollars, soit l'équivalent ou presque de la richesse annuelle produite par la Russie. Une arme financière qu'elle utilise politiquement, renvoyant les Occidentaux à leurs turpitudes.

On aurait tort de croire qu'à ce jeu elle est isolée. Dans la région, les souvenirs des mesures imposées en 1997-1998 par le Fonds monétaire international (FMI) restent vifs. L'ex-ambassadeur singapourien Kishore Mahbubani fait remarquer, non sans ironie : " Tous les conseils que les pays asiatiques ont reçus ont été ignorés par l'Occident (1). " Malgré des tensions territoriales en mer de Chine méridionale, les pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Anase) ont donc, le 9 août, mis l'accent sur la complémentarité des économies asiatiques. Leur voisin est encombrant, voire arrogant ; mais, en cas de crise aggravée, il dispose de moyens sonnants et trébuchants.

La Chine, qui aime à parler addiction, devrait cependant balayer devant sa porte. Elle aussi est " accro " à la dette : celle de l'Amérique, qui lui permet de placer sans trop de risques ses excédents financiers et de continuer à exporter à crédit. N'est-elle pas désormais le premier bailleur de fonds étranger des Etats-Unis, devant le Japon ? Ce qui lui apporte au moins autant de contraintes que de droits. Elle ne peut arrêter net l'achat de bons du Trésor sans risquer de provoquer une baisse du billet vert : ses énormes réserves (en dollars) se dégonfleraient alors comme une baudruche.

Ne voulant pas utiliser une telle bombe atomique financière, la Chine cherche à se dégager de cette dépendance en internationalisant sa monnaie pour réduire les privilèges du dollar. Elle multiplie les possibilités d'acheter des bons du Trésor chinois en yuans à la Bourse de Hongkong, attirant ainsi des capitaux de moins en moins contrôlables. Le jeu est périlleux. Mais, convaincu par ailleurs que ses débouchés extérieurs vont se réduire, Pékin tente également de réorienter son économie vers le marché intérieur. La mutation est amorcée : salaires en hausse, minimum retraite généralisé, etc. Trop lente et surtout trop inégalitaire, la course contre la montre est loin d'être gagnée.

Croire cependant, comme les pays occidentaux, qu'une réévaluation du yuan et une hausse des importations chinoises suffiraient à relancer la machine est une vue de l'esprit. Surtout pour un pays en voie de désindustrialisation comme la France, dont le déficit extérieur s'explique largement par la production automobile réalisée à l'étranger par des constructeurs nationaux... et réimportée. Là aussi, soigner l'addiction aux profits devrait être prioritaire.

(1) The Economist, Londres, 20 août 2011.

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ANALYSE - Pourquoi le Japon désespère de sa classe politique - Yann Rousseau


Les Echos, no. 21005 - Idées, mardi 30 août 2011, p. 10

Le Japon va assister ce matin à la nomination de son sixième Premier ministre en à peine cinq ans. Et ses jours sont déjà comptés. Hier, Yoshihiko Noda, le ministre des Finances sortant, a été élu à la présidence du parti majoritaire, le Parti démocrate du Japon (DPJ), et devrait être nommé aujourd'hui à la tête du gouvernement par la Chambre des représentants, que sa formation contrôle, en remplacement de Naoto Kan.

Mal connu d'un grand public qui aurait, selon les sondages, voulu voir le DPJ choisir un leader plus charismatique, Yoshihiko Noda aura su séduire les courants clefs de sa formation de centre gauche, aujourd'hui extrêmement divisée. Une large partie de la brève campagne des candidats à la succession de Naoto Kan s'est d'ailleurs concentrée, au grand dam de l'opinion, sur des questions de cuisine interne à la formation et non sur les grands problèmes auxquels est confronté le Japon.

Six mois après le séisme et le tsunami du 11 mars, l'Archipel est pourtant en proie au doute et la population attend un sursaut de ses leaders pour accélérer, à court terme, une sortie des crises nucléaire et humanitaire avant de tenter d'extirper, à plus longue échéance, la nation de ses vingt années de malaise économique et social.

Dans la centrale de Fukushima Daiichi, les travaux de reprise en main des 4 réacteurs détruits par les gigantesques vagues ont pris du retard et les experts prédisent des dizaines d'années d'un travail périlleux sur le site. Les dizaines de milliers de personnes contraintes d'abandonner leurs maisons pour fuir la radioactivité n'ont que peu de certitudes sur leur avenir et l'amateurisme des procédures de contrôle des productions agricoles dans les zones proches de la centrale laisse craindre, dans les prochains mois, de nouvelles affaires de nourriture contaminée.

Sur la côte dévastée du Tohoku, les habitants se plaignent aussi de la lenteur de la reconstruction et de l'apparente incapacité du gouvernement à dessiner, six mois après la catastrophe, un avenir économique à leur région.

Plus encore que les autres grands pays développés, le Japon croule sous les dettes. La semaine dernière, l'agence Moody's a abaissé d'un cran la note de crédit du pays en expliquant sa décision par l'envolée de la dette nippone depuis 2009 et l'incapacité du pays à se doter d'une stratégie économique efficace à cause de son instabilité politique. Selon les projections du FMI, la dette publique japonaise devrait représenter 229 % du produit intérieur brut nippon d'ici à la fin de l'année. Si le gouvernement écoule encore très facilement ses obligations à des acheteurs qui restent à 95 % japonais, plusieurs économistes du pays commencent à s'alarmer de l'appétit futur de ses investisseurs locaux pour cette dette de moins en moins rentable. Ils sont d'autant plus inquiets que cette remise en cause programmée de l'attractivité des bons du Trésor nippon risque de coïncider avec la poussée des besoins de dépenses sociales lié au vieillissement rapide de la population.

Dans ce contexte, les grands partis affirment tous vouloir enrayer la déflation et réveiller la croissance domestique, mais ils se heurtent depuis des mois à l'inexorable envolée du yen, qui alimente, en partie, la baisse des prix (du gaz et des produits pétroliers en particulier) et fait souffrir les grands exportateurs qui portent l'activité dans l'Archipel. En septembre 2010 puis à deux reprises en 2011, le ministère des Finances, alors dirigé par Yoshihiko Noda, a bien essayé d'intervenir sur les marchés en achetant massivement du billet vert pour limiter l'appréciation de leur devise, mais leurs tentatives n'ont eu que des effets limités. Un dollar ne valait ainsi plus, hier soir, que 76 yens.

Pour se redresser, le Japon aurait besoin d'interventions et de réformes beaucoup plus audacieuses. Il doit notamment oser revoir en profondeur sa fiscalité pour dégager de nouvelles sources de revenus et probablement augmenter certains impôts, comme la TVA, qui est aujourd'hui bloquée à 5 %. Le pays devrait envisager d'ouvrir son marché du travail aux étrangers et accepter plus ouvertement la concurrence étrangère sur son territoire dans le cadre d'accords commerciaux bilatéraux. Son positionnement vis-à-vis de la Chine et son rapport aux Etats-Unis doivent être aussi repensés. Tokyo ne pourra pas non plus éviter une réforme de son organisation institutionnelle donnant, en l'état, un pouvoir considérable à une Chambre des conseillers, qui, lorsqu'elle est contrôlée par l'opposition comme actuellement, peut bloquer systématiquement le travail de l'exécutif et les textes de la Chambre des représentants. Les tensions permanentes entre une petite élite de hauts fonctionnaires et les élus doivent aussi être questionnées.

Toutes ces thématiques brûlantes avaient été évoquées il y a quatorze mois lorsque Naoto Kan, le précédent Premier ministre, avait pris le pouvoir. L'ancien militant, qui avait osé défier par le passé certaines des plus puissantes administrations du pays, avait promis une « rupture ». Elle n'aura pas eu lieu. Ses erreurs de communication, les manoeuvres des lobbies et la réactivation des guérillas au sein du parti majoritaire auront eu raison des promesses de grand soir. Au lendemain du 11 mars, quelques observateurs ont un temps estimé que le choc allait contraindre le pays à revoir certaines de ses pratiques. Ils ont vite déchanté.

Hier soir, Yoshihiko Noda a poliment appelé à la fin des querelles partisanes et souhaité une forme d'unité nationale pour relancer le pays. Ses opposants du LDP n'ont pour l'instant pas réagi. Mais, s'ils venaient à accepter un dialogue, ils ne manqueraient pas de contraindre le DPJ à abandonner ses projets de réforme les plus ambitieux. Au sein même du DPJ, la fidélité à la plate-forme électorale de 2009 ne semble pas être la principale obsession. Les factions de la formation dont les candidats ont été défaits hier ont déjà lancé un nouveau compte à rebours. Ils savent que, en septembre 2012, la présidence du parti sera de nouveau remise en jeu et qu'un énième Premier ministre devra être désigné.

Cette analyse est la deuxième de notre série de rentrée consacrée à la situation économique et politique dans sept grands pays.

PHOTO - Japan's Finance Minister Yoshihiko Noda stands up as he is chosen as the party's new leader while the party lawmakers clap their hands during Japan's ruling Democratic Party of Japan leadership vote in Tokyo August 29, 2011. Noda will become Japan's next prime minister after defeating Trade Minister Banri Kaieda in the ruling party leadership run-off vote on Monday.

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Le dissident Ai Weiwei fustige le régime communiste

La Croix, no. 39059 - Monde, mardi 30 août 2011

Pékin est une capitale kafkaïenne, un « cauchemar permanent » qui broie les pauvres et aliène ses habitants, dénonce l'artiste chinois Ai Weiwei dans un texte publié cette semaine par le magazine américain Newsweek. « Pékin est constituée de deux villes. L'une est formée de pouvoir et d'argent. Des gens qui se fichent de leurs voisins. L'autre ville est celle du désespoir. Je vois des gens dans les autobus et je ne vois aucun espoir dans leurs yeux », écrit Ai Weiwei, récemment détenu au secret pendant trois mois. Ce texte risque de lui attirer à nouveau les foudres du régime communiste.

PHOTO - BREGENZ, AUSTRIA - JULY 15: Models of Bejing olympic stadium are displayed during the opening of an exhibition that focuses on the architectural work of the Chinese artist, Ai Weiwei, at Kunsthaus Bregenz on July 15, 2011 in Bregenz, Austria. Chinese authorities have released Ai Weiwei from detention though have thus far refused to grant him permission to travel.

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Chine: la taxe sur les gâteaux de lune a du mal à passer

AFP - Journal Internet - Lundi 29 août 2011 - 08:33:00 GMT

La décision des autorités de Pékin d'imposer une taxe sur les gâteaux de lune, pâtisseries traditionnelles chinoises consommées autour de la fête de la mi-automne, provoquait lundi des réactions indignées au sein de la population.

Dans une enquête réalisée en ligne par le service de microblogs Weibo, 96% des internautes se sont déclarés opposés à une telle taxe, une majorité des sondés se déclarant prêts à renoncer dans ces conditions aux gâteaux de lune, même s'ils sont solidement ancrés dans la culture chinoise.

"Depuis quand les gâteaux de lune sont-ils taxés? Je préférerais ne pas en recevoir plutôt que d'avoir à payer un impôt dessus", a ainsi déclaré Wang Youhua, un employé du secteur des technologies, au journal China Daily.

Les autorités de Pékin n'ont pas indiqué pour quels motifs elles avaient décidé d'imposer cette année cette taxe, d'un montant variable, sur ces pâtisseries.

Le gâteau de lune est une galette fourrée en forme de pleine lune, dont la surface est décorée de sinogrammes aux bons auspices. Parmi les garnitures les plus fréquentes figurent les graines de lotus, la purée de haricots rouges, la purée d'ananas confit, la pâte de durian ou la purée de soja.

Une boîte de gâteaux de lune coûte environ 100 yuans (11 euros) et il est d'usage d'en offrir à sa famille ou à ses clients pour les sociétés. Les prix peuvent être nettement plus élevés en fonction de la qualité de la présentation des galettes.

La fête de la mi-automne (ou fête de la lune) --la deuxième en importance dans le calendrier lunaire en Chine après celle du nouvel An -- est célébrée le soir du quinzième jour du huitième mois lunaire, soit le 12 septembre cette année.

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Un Chinois fortuné s'apprête à acquérir un bout d'Islande

Le Monde.fr - Mardi 30 août 2011

Un riche promoteur immobilier chinois est en passe d'acheter 300 kilomètres carrés en Islande pour un projet touristique d'un coût de 100 millions de dollars qui comprendra un parcours de golf, a rapporté mardi le Financial Times.

Huang Nubo, qui est aussi un ancien responsable gouvernemental chinois, occupe le 161e rang des plus grandes fortunes mondiales, selon le classement 2010 du magazine Forbes. Sa société, le groupe Zhongkun, possède des infrastructures touristiques en Chine et dans le monde entier. Il a auparavant occupé des postes au ministère de la construction chinois ainsi qu'au département central de la propagande, a indiqué le Financial Times.

Le promoteur chinois a signé un pré-accord de vente avec des propriétaires terriens, dont le gouvernement islandais, accord qui doit désormais être approuvé par Pékin et Reykjavik, a rapporté l'Iceland Review Online.

POSITION STRATÉGIQUE

Placée sur la route entre l'Europe et l'Arctique, l'Islande est de plus en plus considérée comme occupant une position stratégique, la fonte des glaces ouvrant de nouvelles voies maritimes polaires et rendant les ressources minérales de cette région plus accessibles.

Le système bancaire islandais, disproportionné par rapport au reste de l'économie, s'était brutalement effondré en octobre 2008 à la suite de la crise financière mondiale, entraînant l'intervention du Fonds monétaire international (FMI) et une profonde crise dans un pays jusque-là en plein boom économique. La récession s'est néanmoins avérée moins brutale qu'initialement redouté, selon le FMI et les économistes.

LEMONDE.FR avec AFP

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lundi 29 août 2011

AUDIO - Jean-Luc Domenach : "La politique étrangère chinoise est devenue arrogante"


Jean-Luc Domenach, sinologue, était interviewé dans le Journal des Matins de France Culture, répondant aux préoccupations suscitées par le développement de l'armée chinoise.



LIRE AUSSI : Le Pentagone s'inquiète d'une course chinoise à l'armement - Kenza Daldoul

Merci à Jean-Pierre de nous avoir informés de cette interview. Si vous désirez nous alerter d'une nouvelle, d'un article, d'une vidéo ou de toute autre chose qui pourrait nous intéresser, veuillez nous écrire :


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Pour internationaliser le yuan, des fonds offshore investis directement en Chine


La Tribune (France), no. 4795 - Industrie financière, lundi 29 août 2011, p. 12

Le gouvernement chinois va accorder des licences aux filiales de sociétés de gestion chinoises basées à Hong Kong.

Pour que le secteur financier joue les premiers rôles au niveau mondial, l'internationalisation du yuan est indispensable. Les autorités chinoises l'ont bien compris et prennent des mesures dans ce sens. Dernière en date : les sociétés d'investissement installées dans des places offshore, et qui lèvent des fonds en yuans, pourront les réinvestir directement en Chine continentale en devise locale. Le rapatriement de yuans devient donc possible.

Aujourd'hui, une société de gestion étrangère ne peut investir en Chine continentale que si elle dispose d'une licence QFII (" qualified foreign institutionnal inverstor ") investisseur institutionnel étranger qualifié) en convertissant des devises étrangères en yuan. Avec la licence mini-QFII ou RQFII (r pour remimbi), les autorités autoriseront les gérants installés sur des places offshore, principalement à Hong Kong, à investir directement en yuan sur des titres domestiques chinois.

Dans un premier temps, mais sans le préciser, les sociétés de gestion chinoises ayant une filiale à Hong Kong obtiendront ces licences. D'où leur volonté d'être présentes sur cette place. " Ces sociétés auront un avantage compétitif face aux gérants étrangers qui ne peuvent pas proposer de fonds en yuans investis directement sur le marché domestique ", indique le spécialiste. Ces derniers ne semblent pas inquiets, pour le moment, les titres chinois représentant une faible part de leurs actifs. Mais si celle-ci vient à augmenter significativement cela changera la donne.

140 milliards de yuans

Par ailleurs, les autorités ne délivreraient au début qu'un quota de 20 milliards de yuans (3,1 milliards de dollars), à comparer aux 30 milliards de dollars de quotas accordés d'ici 2013 avec le QFII. Avec le RQFII, de nouveaux produits actions et obligations libellés en yuan seront créés. Des fonds " Ucits " (répondant aux normes européennes) seront aussi proposés. Ainsi, le E-Fund Management, deuxième gérant chinois avec environ 30 milliards de dollars d'encours, attend sa licence pour lancer son fonds " Ucits " libellés en yuans.

Enfin, l'utilisation du yuan pour réaliser des investissements directs en Chine dynamisera le marché obligataire hong-kongais, lequel est évalué à 140 milliards de yuans. Il n'absorbe donc qu'une partie des 600 milliards en dépôt dans les banques hong-kongaises. Un montant qui pourrait atteindre 1 .000 milliards d'ici à la fin de l'année.

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Les banques affichent des bénéfices semestriels record... en Chine


La Tribune (France), no. 4795 - Industrie financière, lundi 29 août 2011, p. 12

Les résultats semestriels des cinq plus grandes banques chinoises se sont élevés à 57 milliards de dollars. Supérieurs à ceux des quatorze plus importants établissements américains et européens réunis.

L'industrie bancaire mondiale entre dans une nouvelle ère. Après la cotation et les levées de fonds successives des grands établissements chinois, les opérateurs de marché s'y étaient habitués : les plus grandes banques mondiales par la capitalisation n'étaient plus américaines ou européennes mais chinoises. Désormais, leur suprématie mondiale porte sur leurs résultats. Au cours du premier semestre, les cinq plus grandes banques de l'ex-empire du Milieu - ICBC, AgBank, Construction Bank, Bank of China et Bank of Communications - ont dégagé des bénéfices cumulés de 57 milliards de dollars supérieurs à l'ensemble des résultats des quatorze plus importants établissements américains et européens! De part et d'autre de l'Atlantique, l'été des banques européennes et américaines a été terni par des rumeurs persistantes et, dans certains cas, par la publication de résultats décevants suivis d'annonces de vastes plans de licenciement. Au premier semestre, les résultats des quinze plus grandes banques américaines en termes d'actifs ont chuté de 17 %. Et en Europe, plus de 40.000 suppressions de postes ont été annoncées au mois d'août, dont 30.000 chez HSBC qui va par ailleurs recruter 15.000 personnes dans les pays émergents. Depuis le début de l'année, les banques chinoises sont mieux loties en Bourse que les occidentales. Certes, les restrictions imposées par Pékin au secteur (hausse des taux d'intérêt, contraintes sur le crédit, mesures anti-spéculatives dans l'immobilier...) ont pesé sur leurs cours. Les actions des cinq plus grandes banques chinoises ont en moyenne chuté de 18 % depuis le 1er janvier. Mais celles des plus importantes valeurs bancaires américaines et européennes ont respectivement sombré de 28 % et 36 %, selon Bloomberg.

Les banques chinoises tiennent un discours rassurant sur leur exposition aux collectivités locales. ICBC, la plus grosse d'entre elles, vient de publier un bénéfice net en progression de 29,4 % à 17 milliards de dollars. Sa direction a indiqué que les dettes les plus risquées ne représentaient que 0,25 % de son portefeuille de crédits. Les dettes " non performantes " ne représentent que 1,11 % des emprunts accordés aux collectivités locales par Construction Bank, le coefficient le plus élevé parmi les cinq grandes banques chinoises.

Pékin veille

Les opérateurs de marché sont donc attentifs. Selon Standard & Poor's, 30 % des emprunts accordés à ces collectivités pourrait devenir " non performants ". Et d'après le " Wall Street Journal ", ils s'élevaient à 2,250 milliards de dollars à la fin de 2010. Pékin qui veille a régulièrement relevé les coefficients de réserves obligatoires des banques et leur a demandé d'étoffer leurs fonds propres pour éviter une crise et se conformer aux normes prudentielles internationales. Ces banques ont par ailleurs augmenté leurs provisions et certaines ont suspendu la distribution de dividendes. D'après le cabinet ChinaScope Financial, les établissements chinois cotés ont levé 93 milliards de dollars sur les marchés boursiers et obligataires en près d'un an.

Éric Chalmet

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.
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Le Japon choisit un premier ministre adepte de la rigueur


Le Monde - International, mardi 30 août 2011, p. 8

C'est un libéral, partisan de la rigueur, méfiant à l'égard de la Chine et mal connu du public qui va devenir premier ministre du Japon. Yoshihiko Noda, ministre des finances du gouvernement sortant, a remporté, lundi 29 août, le scrutin pour la présidence du Parti démocrate du Japon (PDJ). Dans ce pays, le dirigeant de la formation politique majoritaire devient chef du gouvernement. Il a été élu au deuxième tour du vote des quelque 400 parlementaires d'un parti divisé, au pouvoir depuis deux ans.

Il a devancé son collègue de l'économie, du commerce et de l'industrie, Banri Kaieda. Il devrait être nommé premier ministre mardi 30 août. Il succède à Naoto Kan, resté en poste quinze mois.

Réagissant à sa victoire, M. Noda, sixième premier ministre en cinq ans, a repris le slogan de son parti : mener une politique " pour le bien de la population ". Evoquant l'appréciation du yen - contre laquelle il a lutté au ministère des finances - et la catastrophe du 11 mars, il a appelé les membres du parti " à avancer dans la même direction ". Il souhaite également " redresser l'image de la politique ".

Agé de 54 ans, orateur de talent même s'il reste économe de ses interventions. Diplômé de l'université de Waseda et passé par l'institut Matsushita pour la gestion et le gouvernement, qui forme " à la dure " les politiciens du futur, M. Noda s'engage en politique en 1987 et devient membre de l'assemblée préfectorale de Chiba.

Député en 1993 du défunt Nouveau Parti du Japon, il rejoint le PDJ à la fin des années 1990. En juin 2010, il devient ministre des finances. M. Noda appartient à l'aile droite du PDJ. Dans le domaine économique, il est favorable à une hausse des impôts pour améliorer les finances publiques. Cet engagement, rappelé pendant la campagne qui a précédé le vote de lundi, a fait dire qu'il était " le candidat officiel du ministère des finances ".

Il est par ailleurs connu pour être favorable à une révision de la Constitution japonaise, notamment de l'article 9 sur le renoncement à la guerre, afin de permettre à l'Archipel de participer à des alliances de défense. Sur le plan diplomatique, Yoshihiko Noda reste un défenseur de l'alliance avec les Etats-Unis et a fait part de ses inquiétudes sur le développement militaire chinois.

Peu de soutien populaire

Ses idées pourraient faciliter un rapprochement avec le Parti libéral-démocrate (PLD, conservateurs) - dans l'opposition, mais majoritaire à la Chambre haute - pour une éventuelle coalition. Elle pourrait être déterminante pour l'adoption d'un troisième budget supplémentaire pour la reconstruction, un projet qui devrait occuper le début de son mandat.

La tâche du nouveau premier ministre s'annonce néanmoins délicate. Sur le plan politique, il va devoir gérer le cas d'Ichiro Ozawa. Le " faiseur de roi " du parti soutenait Banri Kaieda et enregistre un revers qui semble indiqué une perte d'influence. Mais il dirige toujours la faction la plus puissante du PDJ et peut compter sur son allié, l'ancien premier ministre Yukio Hatoyama, pour saper l'autorité de M. Noda, comme il l'a fait pour Naoto Kan.

Yoshihiko Noda souffre également d'un manque de soutien populaire. Or, il arrive à la tête d'un pays en récession, surendetté, en pleine reconstruction. Le monde politique apparaît plus que jamais déconnecté des réalités d'une population désabusée, qui a à peine suivi la campagne. Beaucoup prédisent même qu'il ne tiendra pas beaucoup plus longtemps que ses cinq prédécesseurs.

Philippe Mesmer

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Divorce à la chinoise - Brice Pedroletti


Le Monde - Dernière heure, samedi 27 août 2011, p. 27

Les mariages seraient trop souvent affaires d'argent en Chine. Ou plus exactement, d'appartement. Une jeune fille, dit-on, n'accepte de convoler qu'à condition que son prétendant soit en mesure de fournir un logement au futur couple. C'est l'écho d'une tradition plus ancienne, qui veut que la mariée « appartienne » à sa belle-famille, qui l'accueille sous son toit. Or, avec la bulle immobilière, les prix des appartements ont atteint de tels sommets que les économies des parents ne suffisent plus. Il faut très souvent emprunter - au clan, ou à la banque, et souvent aux deux. Que le couple divorce, et les économies d'une vie se retrouvent, au mieux, amputées de moitié.

C'est que les statistiques du divorce s'emballent : il y avait 17 % de plus de candidats à la séparation en Chine au premier trimestre 2011 qu'en 2010. Et dans près de la moitié des cas, les divorcés ont moins de 35 ans. Des milliers de litiges engorgent les tribunaux - le plus souvent, autour de la question du partage des biens du couple. C'est la raison pour laquelle la Cour suprême a publié, le 12 août, de nouvelles interprétations de la loi sur le mariage. L'une d'entre elles stipule qu'un bien acquis avant le mariage ne pourra être partagé en cas de divorce. « Les parents qui achètent un logement pour leur enfant craignent toujours que le divorce de celui-ci ou de celle-ci conduise à la perte de la propriété familiale », a expliqué le porte-parole de la Cour, Sun Jungong.

Cette décision a fait grand bruit. Car les lois chinoises, notent certains experts, faisaient déjà trop peu pour garantir que les femmes divorcées ne se retrouvent pas sans rien, par exemple en leur accordant une pension. Une internaute, furieuse, a réagi dans un microblog qui a fait le tour de l'Internet chinois : « Finalement, en tant que femmes, on ferait mieux de gagner notre propre argent, d'acheter notre propre logement. Et de recourir à un donneur de sperme anonyme. Comme ça, au moins, quand on se lève le matin pour aller travailler, quand on doit ensuite se coltiner les tâches ménagères et s'occuper de nos beaux-parents, pour découvrir ensuite que notre mari nous trompe, on n'aura plus à s'inquiéter de se faire jeter à la rue au bout du compte ! »

Professeur d'économie à l'université des sciences légales de Pékin, Wang Yong a, lui, prévenu sur son blog, le 21 août, que les femmes chinoises allaient contre-attaquer. Et que la plus grande avancée permise par la loi révisée sur le mariage serait d'avoir lancé une nouvelle coutume : l'inscription, avant le mariage, du nom de la belle sur le titre de propriété de l'appartement.

Il n'a d'ailleurs pas fallu longtemps aux promoteurs immobiliers pour s'adapter aux nouvelles règles du jeu. Sur la dernière publicité du site Anjuke, une sorte de moteur de recherche pour la vente et la location immobilières, on voit, en gros plan, un jeune couple à moto. La jeune fille glisse à l'oreille de son copain : « Il nous faut un appartement de trois pièces ». Dans la seconde image, elle ajoute : «... avec un vestibule ». A la troisième, elle dit : « Et avec la nouvelle loi sur le mariage, il faut inscrire mon nom sur le certificat de propriété ! »

Et l'amour, là-dedans ? Shi Shusi, journaliste au Quotidien des ouvriers, est pessimiste : nous sommes à une époque, analyse-t-il en substance sur son blog, où « la formation d'une famille ressemble de plus en plus à la création d'une entreprise. Les parents des deux conjoints en sont les actionnaires. Les nouveaux mariés en sont les directeurs généraux. L'appartement est à la fois l'actif le plus important de la nouvelle société et la condition de sa création ». Mais que constate-t-il ? « La pression sociale, la routine de la vie de famille, auxquelles il faut ajouter les cas d'adultère, ont conduit un bon nombre de ces corporations matrimoniales... au bord de la faillite. »

Certains couples, pourtant, choisissent de tourner le dos aux conventions matérialistes des nouvelles classes moyennes urbaines. Ils procèdent alors à un « mariage nu » : ils s'unissent sans acquérir d'appartement ni de voiture, voire sans cérémonie. C'est d'ailleurs le thème d'une des séries télévisées les plus populaires du moment, « Luo hun shidai », ou « Le temps des mariages nus », diffusée en juin. On y découvre deux jeunes amoureux. Lui est issu d'une famille pékinoise modeste, qui se creuse la tête pour assurer un avenir décent à son unique rejeton. La grand-mère est même prête à tenir tête aux démolisseurs qui vont raser sa masure de 10 m2, afin de leur arracher un peu plus d'argent : ainsi, elle pourra contribuer à l'achat de l'appartement pour son petit-fils bon à marier. La jeune femme, elle, vient d'un milieu un peu plus aisé. Et sa mère est bien décidée à la voir épouser un beau parti.

Malgré ses récriminations, le couple se marie. « Je n'ai ni voiture, ni argent, ni appartement, et pas de bague en diamant à t'offrir. Mais je t'accompagnerai jusqu'à la fin de tes jours », dit le jeune marié à sa bien-aimée. Ils emménagent dans le petit appartement des parents du jeune homme - où vit désormais aussi la grand-mère. Très vite, les choses se gâtent. La bru dépense trop aux yeux de ses beaux-parents. Elle est affligée par leur parcimonie. Les jeunes mariés décident alors d'économiser par tous les moyens pour acheter leur propre logement - ce qui s'avère impossible, tant les prix sont élevés. A contrecoeur, ils divorcent. Puis, la jeune femme s'apprête à se remarier avec un homme plus riche. A moins qu'elle n'annule tout au dernier moment, et que son ex-mari parvienne à la reconquérir. L'amour va-t-il triompher de la fièvre immobilière ? La réponse sera dans la prochaine saison.

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Le mauvais état des barrages chinois inquiète les experts


Le Monde - Environnement & Sciences, lundi 29 août 2011, p. 9

Des dizaines de milliers de digues et de barrages chinois, destinés pour la plupart à l'irrigation, sont en mauvais état et présentent une menace pour les récoltes, mais aussi pour les populations, a révélé, jeudi 25 août, l'hebdomadaire China Economic Weekly, qui dépend du très officiel Quotidien du peuple.

L'article fait état d'une accélération, depuis cet été, des efforts de rénovation en cours, programmés depuis 2008 dans le cadre d'un plan destiné à mieux protéger les ressources en eau.

Les 40 000 digues et barrages concernés, sur les 87 000 que compte la Chine, ont presque tous été construits dans les années 1950 et 1970. Dans 60 % des cas, la rénovation doit être financée par les gouvernements locaux. Or le manque de fonds ou le fait que les autorités locales considèrent qu'elles ont d'autres priorités, sans compter la corruption, sont un frein à ces opérations. Un quart des villes chinoises est situé en aval de ces " barrages fragiles ", alerte l'article.

Ce cri d'alarme, lissé par la censure, cache une réalité encore plus inquiétante. Début juillet, l'hebdomadaire Nanfang Zhoumo, qui parvient souvent à publier ses enquêtes avant les instructions de la propagande, avait révélé les préoccupations de certains experts chinois au sujet de l'état de plusieurs ouvrages, dont nombre de grands barrages hydrauliques construits ces dernières années.

Ces experts ont exposé leurs inquiétudes lors de la conférence annuelle du Comité national chinois sur les grands barrages, le 18 juin à Yichang, la ville où est situé le barrage des Trois-Gorges. Divers dysfonctionnements et incidents y ont été détaillés, à l'aide notamment de photos qui ont " choqué l'audience et les médias présents ", rapporte le Nanfang.

Ainsi, certains tunnels ou " bras de décharge " de plusieurs grands barrages ont été endommagés, ou complètement détruits, lors d'inondations ou dans d'autres circonstances, les rendant extrêmement vulnérables. C'est le cas du déversoir du barrage Sanbanxi, dans la province du Guizhou, qui s'est effondré treize heures seulement après sa mise en service, ce qui aurait pu conduire à une catastrophe en cas de crue.

Matériaux défectueux

Le barrage Jinghong, sur une section chinoise du Mékong, dans le Yunan, a vu un bras de décharge d'urgence (qui permet d'évacuer une crue) céder à deux reprises lors d'inondations. Selon Zhou Jianpiing, ingénieur en chef d'un bureau d'études, ces incidents sont le fruit de normes insuffisantes, de défauts grossiers de conception et de construction, de l'absence de supervision et de contrôle de qualité, et même de matériaux de construction défectueux.

D'autres experts indépendants tirent depuis des années la sonnette d'alarme, notamment au sujet des barrages géants du Haut-Yangzi. Non seulement plusieurs de ces ouvrages sont situés à proximité de failles sismiques, mais la complexité de l'environnement des contreforts du Tibet exige des études bien plus poussées que celles qui ont été effectuées, estiment-ils.

L'enquête du Nanfang Zhoumo critique la mentalité du " grand bond en avant " qui préside, entre autres, à la construction des grands barrages. Parallèlement, l'éditorialiste Hu Shuli, sur le site Caixin, dénonce " ce système malade qui a enfanté un tel modèle de développement du grand bond en avant ". Elle critique la fièvre qui a saisi le pays et s'est manifestée à travers l'exemple de l'accident du TGV chinois du 23 juillet. Il est temps, écrit-elle, de l'éradiquer, avant qu'elle ne frappe à nouveau.

Brice Pedroletti

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Un milliard de voitures, la Chine fait la course en tête


Le Monde - 24 heures dans le monde, lundi 29 août 2011, p. 2

Il y a des caps qu'il vaut mieux ne pas franchir. Celui des 7 milliards d'êtres humains que la Terre devra supporter à la fin octobre, des 20 000 espèces animales et végétales menacées d'extinction d'ici un an, ou, tout récemment, du milliard de voitures circulant dans le monde. En réalité, pour être précis, la barre a été passée l'an dernier. Mais ces chiffres viennent tout juste d'être publiés par le journal économique Ward's Auto : en 2010, 1 015 millions de voitures ont été recensées aux quatre coins du monde, contre 980 millions en 2009. Soit 35 millions de véhicules supplémentaires en un an - 95 500 chaque jour ! -, la seconde plus forte hausse du parc automobile jamais enregistrée.

A l'origine de ce boom, l'explosion du marché chinois, qui contribue pour près de moitié à la croissance du secteur. Là-bas, l'auto ne connaît pas la crise, avec pas moins de 78 millions de véhicules circulant l'an dernier, contre 61 millions en 2009. Pékin fait une entrée fracassante sur le podium des pays comptabilisant le plus de quatre-roues, devant le Japon (74 millions d'unités), mais toujours loin derrière les Etats-Unis (240 millions).

Alors que l'air vicié est devenu une caractéristique des mégalopoles chinoises et que le gouvernement a signifié sa volonté de taxer les gloutons en carburant, les voitures qualifiées de " vertes " - même si elles suscitent la critique - restent au point mort. Selon le Guardian, le constructeur japonais Toyota a réussi à ne vendre qu'une seule Prius en Chine l'an dernier. La voiture hybride la plus commercialisée au monde n'a trouvé qu'un seul acheteur au sein du plus dynamique des marchés. Les ventes de 4 × 4, en revanche, sont en hausse, de 25 %, avec 850 000 modèles commercialisés en 2010. De quoi avoir froid dans le dos.

Surtout que le pire est à venir. Seul un Chinois sur 17 possède actuellement une voiture, soit à peine la moitié de la moyenne mondiale, et bien moins qu'aux Etats-Unis, où ce ratio culmine à un véhicule pour 1,3 Américain. Si la Chine se rapprochait de ce taux, il faudrait compter sur un milliard de voitures supplémentaires. Et une quantité astronomique d'émissions de gaz à effet de serre en perspective.

Les généreuses subventions du gouvernement et le soutien politique aux fabricants nationaux, comme BYD, n'y auront rien fait : l'espoir de voir la Chine se transformer en pionnier des voitures propres s'est heurté au refus des consommateurs de sauter le pas. Des conducteurs qui privilégient encore et toujours les voitures traditionnelles, qu'ils considèrent comme moins chères et plus fiables. Pour les analystes, l'objectif d'un million de véhicules électriques sur les routes chinoises d'ici à 2015 s'avère donc totalement utopique.

Audrey Garric, journaliste au Monde.fr

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samedi 27 août 2011

Emmanuel Todd : "Je ne crois pas au déclin de l'Occident"



Marianne, no. 749 - Idées, samedi 27 août 2011, p. 72

Remise en cause de la pensée de Claude Lévi-Strauss, le nouveau livre d'Emmanuel Todd ouvre des pistes inédites sur l'histoire des systèmes familiaux et l'origine de nos sociétés.

Marianne : Ce traité, vous l'envisagez comme le sommet de votre oeuvre ?

Emmanuel Todd : Le fait d'avoir fini ce tome sur l'Eurasie me met en tout cas dans un état de bonheur inouï. J'avais commencé à l'écrire à la suite d'Après l'empire, en 2002, un succès qui m'avait mis à l'abri du besoin. Mais, à la fin du chapitre sur l'Inde, j'ai failli tout abandonner. Faire la somme de quarante ans de recherches, brasser des données concernant 215 peuples répartis sur l'ensemble de l'Eurasie, c'est un cauchemar. Entre-temps j'ai fait d'autres livres, et ça s'est terminé comme une sorte de combat contre moi-même, de défi métaphysique dans ma chaumière bretonne. Je travaillais au milieu de l'hiver, je me réveillais à 5 heures du matin, j'écrivais, et l'après-midi je lisais des Hercule Poirot pour tenir le coup.

La conclusion de ce travail, c'est qu'au plus profond du passé de l'humanité, on peut identifier une même forme originelle : la famille nucléaire, qui passe pourtant pour une innovation occidentale récente...

E.T. : En effet. J'ai été très critiqué au début des années 80, quand j'ai publié la Troisième Planète [La troisieme planete : structures familiales et systemes ideologiques]. A cause de mon hypothèse sur le fait que les types familiaux différents segmentant l'humanité produisaient des types idéologiques différents. La famille "nucléaire égalitaire" du Bassin parisien, préparant le terrain aux principes de 1789. La famille souche allemande et japonaise, justifiant l'autorité du père et l'inégalité entre frères et favorisant ainsi les organisations autoritaires, etc. On s'est mis à me traiter de maurrassien... et aussi de vichyste, parce que j'osais m'intéresser aux structures familiales. Ce que je fais ici, c'est ajouter à cette interprétation "structuraliste" des idéologies par les types familiaux une explication de la diversité par un mécanisme de diffusion des formes à partir d'un type unique. Trouver, sous la séparation de l'humanité en types familiaux différents, une origine commune aux populations des cinq continents me fait très plaisir, je l'admets. Au fond, je suis un bon petit Français universaliste. Mais, quand même, je suis surtout un scientifique : si j'avais trouvé l'inverse, je l'aurais écrit.

Vous présentez ici les Européens comme les véritables "primitifs anthropologiques". A l'inverse, vous écrivez que les héritiers de structures patrilinéaires [modes de filiation fondée exclusivement sur le père], éventuellement polygames, sont, eux, issus d'organisations plus élaborées et récentes... Vous allez encore avoir des ennuis avec les intellectuels "occidentalistes" du pays qui y verront une de vos projections idéologiques !

E.T. : Ah oui, sans doute ! [Rires] C'est un livre à la fois très sérieux et un peu malicieux. Comparer les Anglais à certains peuples primitifs des Philippines, c'est quand même amusant. Le schéma que les gens ont en tête, c'est qu'à l'origine l'homme était pris dans un magma familial très complexe, dans de gros groupes familiaux, et qu'avec l'avancée de la modernité aurait émergé la famille nucléaire individualiste, papa-maman et les enfants, et donc une libération de l'individu du vaste carcan originel. Mais ce livre et toutes les recherches récentes montrent que ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Sur toute la périphérie du monde, qui a peu évolué sur le plan familial, en Europe donc, en Asie du Sud-Est et jusque chez les Bochimans d'Afrique, ce qu'on trouve, c'est la famille nucléaire. Cette distribution périphérique permet de définir le type archaïque de l'humanité, commun aux Européens de l'Ouest et à des populations très primitives. A l'opposé, dans les régions centrales, où l'histoire est profonde, en Chine, en Inde et encore plus au coeur de la Mésopotamie par exemple (en Irak), l'innovation patrilinéaire a conduit à l'émergence de systèmes familiaux complexes, plus lourds, avec parfois l'endogamie, c'est-à-dire une préférence pour les mariages entre cousins. Le paradoxe, c'est que ce sont ces systèmes familiaux "évolués" qui ont abouti à paralyser la mécanique du progrès ! L'abaissement du statut de la femme, très prononcé dans ces zones, entraîne fatalement un abaissement du potentiel éducatif. D'où l'arrêt des sociétés du Moyen-Orient ou de l'histoire chinoise.

Si l'Europe a été un temps en tête de la course au développement, expliquez-vous, c'est qu'elle a échappé à des formes familiales paralysantes... Et aujourd'hui alors, qu'est-ce qui explique qu'elle soit en train de perdre la main ?

E.T. : N'allons pas plus vite que la musique. Je travaille sur de très longues durées. Les Européens sont inquiets pour leur avenir depuis quelques années, mais, à l'échelle des millénaires, c'est anecdotique. Il est vrai que les niveaux de longévité et de vieillissement que nous atteignons désormais sont absolument inédits dans l'histoire. Mais je peux d'ores et déjà dire que je ne perçois pas vraiment la réalité de ce qu'on appelle le "déclin de l'Occident". Je suis vraiment très sceptique au sujet de ces histoires de grand remplacement par la Chine ou l'Inde. Il y a là simplement d'immenses nations qui font ce qu'on appelle du "rattrapage". Un taux de croissance à 10 %, c'est impressionnant, mais c'est du rattrapage économique, ça ne définit pas l'avenir de l'humanité. Par ailleurs, les indicateurs démographiques chinois ne sont pas bons, le principe patrilinéaire progresse encore là-bas et on y observe un fort déséquilibre hommes-femmes. Tout ça n'est jamais excellent pour le développement. Voyez, je suis assez féministe, finalement... [Rires]

Il y a dans votre livre une vive "explication" avec la pensée de Lévi-Strauss. Quelles sont pour vous les limites de celle-ci ?

E.T. : L'anthropologie était arrivée à des résultats très intéressants avant que n'apparaisse Lévi-Strauss. Ce qui est inacceptable chez lui, ahurissant même, c'est qu'il s'est fixé sur une seule variable, l'échange matrimonial, et qu'il s'est même focalisé sur un type d'échange, le mariage avec la fille du frère de la mère, qui est en fait une chose très minoritaire. Construire une théorie à partir d'une forme sociale aussi peu commune, c'est vraiment très étrange. Je n'hésite pas à le dire : l'échantillon de Lévi-Strauss ne vaut rien. Ce n'est en tout cas pas ainsi qu'on m'a appris à travailler à Cambridge, lorsque j'avais 20 ans. Ma véritable idole, c'est l'Américain Robert Lowie [mort en 1957], spécialiste des populations indiennes, auteur du classique Primitive Society. Un livre dans lequel Lévi-Strauss lui-même a d'ailleurs découvert l'anthropologie. Mais je vénère également les grandes monographies britanniques d'après-guerre : celle d'Edmund Leach sur un village du Sri Lanka est tout simplement merveilleuse, comme celle de Meyer Fortes sur les Tallensis d'Afrique de l'Ouest.

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans la démographie à cet âge-là ?

E.T. : Autre grand mystère. Je voulais être historien. J'étais bon en maths quand j'étais gamin, et fasciné par la statistique. C'était un bon mixte des deux. Emmanuel Le Roy Ladurie, proche de ma famille, m'a confié à Peter Laslett, le pape des études sur l'histoire de la famille en Angleterre. Je me suis pris de passion pour la discipline. Et puis, avec la famille de fous dont je sors, le concept de structure familiale devait me rassurer ! [Rires] Plus sérieusement, quand on travaille sur les structures familiales et les indicateurs de fécondité, on est assez proche du sens profond de l'existence. Ce sont des variables chaudes. Et pour moi, les gens qui pensent que l'histoire se fait uniquement au niveau des variables froides, économiques surtout, sont proches de la schizophrénie, de la sortie de la réalité.

La démographie a été votre martingale pendant trente-cinq ans, en tant qu'essayiste... Y a-t-il des situations historiques où celle-ci vous a toutefois induit en erreur ?

E.T. : C'est vrai que je suis un peu surpris par le nombre de prédictions réalisées que j'ai faites ! [Rires] Je me suis sincèrement posé la question du pourquoi. La raison, elle est hypersimple, je crois. C'est un truc de formation. Je suis un pur produit de l'école des Annales. Le Roy Ladurie, Pierre Chaunu, Pierre Goubert, toute cette histoire centrée sur le destin du gros des populations, pas sur les élites, et qui s'attaquait à des variables de fond, la démographie, les taux d'alphabétisation, le niveau éducatif, la religion populaire, etc. J'ai simplement été assez malin pour appliquer au présent des trucs qu'on m'avait appris à faire pour les siècles passés. En 1976, quand j'ai publié la Chute finale, les gens me disaient : "Comment, vous prédisez l'effondrement du système soviétique, mais vous n'avez jamais été là-bas !" C'était tout à fait vrai. Je répondais : "Moi, je suis historien, je travaille sur la Russie comme sur le XVIIIe siècle, où je ne suis jamais allé non plus." Tout se passe un peu comme dans une fameuse scène des aventures d'Indiana Jones, dans le film la Dernière Croisade. A un moment donné, il faut avoir la foi de marcher sur un précipice en faisant comme s'il y avait un pont sous vos pieds. Si vous avez le sentiment que ce qu'on vous a appris sur le XVIIIe siècle est vrai, que c'est ça la réalité de l'homme - faire des enfants ou non, apprendre à écrire ou non, etc. -, eh bien ça se met à produire des résultats extraordinaires.

Vous avez été un des adversaires "officiels" de Nicolas Sarkozy, parmi les plus pugnaces. Celui-ci semble aujourd'hui en mesure de faire oublier les heures les plus noires de son aventure... Comment l'expliquez-vous ?

E.T. : Je l'explique très simplement. Le problème, ça n'est pas Sarkozy, c'est le PS. C'est quoi la situation ? Nous entrons dans une crise économique grave, un monde où le niveau de vie va inéluctablement baisser. Face à ça, la droite a un programme : l'autoritarisme et l'activation des tensions ethniques. Ils n'arrivent à rien résoudre, ils sont ridicules sur un plan économique, et tout ça se combine à des attitudes de soumission inouïe à l'égard de l'Allemagne, peu importe. Mais la gauche ? Tant que vous restez dans le dogme du libre-échange, vous acceptez le principe qui assure la baisse du niveau de vie de la population, qu'est-ce que vous pouvez faire ? Dire que Sarkozy est méchant. Dire qu'il faut être "normal", respecter la Constitution, continuer de voter, mais, au fond de vous, vous n'avez même pas envie d'accéder au pouvoir puisque vous ne saurez pas quoi en faire.

La bonne stratégie face au FN, c'est quoi selon vous ?

E.T. : Le FN du père était un objet folklorique, à la fois anti-immigrés et ultralibéral, ce qui ne correspondait à rien. Avec la fille, on revient dans l'histoire des fascismes d'avant-guerre, qui ont utilisé un langage de gauche. D'un côté on continue à désigner les musulmans, de l'autre on se gargarise du mot "république" et on prône l'étatisme. Ma conviction, toutefois, c'est que les discours combinés du FN, de l'UMP et du PS font aujourd'hui système. Quand le modèle libre-échangiste culbutera, ces trois idéologies seront volatilisées.

Puisque vous êtes la cartomancienne la plus performante du pays, je vous pose solennellement la question : qui va remporter la prochaine présidentielle ?

E.T. : Aucune idée, absolument aucune. Au stade actuel, je trouve toutefois très inquiétante l'évolution de l'UMP vers des tendances ethnicisantes, quasi fascisantes. Le risque immédiat, il est là, pour moi. La priorité politique absolue, c'est donc de voter socialiste à la prochaine présidentielle. En 2007, j'ai tout de même réussi à voter deux fois pour Ségolène Royal, je devrais bien arriver à accomplir à nouveau cet exploit ! [Rires] Non, je suis sérieux. Quelle que soit mon insatisfaction, quelle que soit la vacuité de leurs propositions économiques, quel que soit le candidat surtout, je voterai une fois encore socialiste.

Propos recueillis par Aude Lancelin

LIRE AUSSI : Emmanuel Todd : « Je serais très étonné que l'euro survive à 2011 »

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LITTÉRATURE - "L'Origine des systèmes familiaux" par Emmanuel Todd



Marianne, no. 749 - Idées, samedi 27 août 2011, p. 70

L'incroyable M. Todd
Par Aude Lancelin

Sous le polémiste Emmanuel Todd, premier antisarkozyste de France, se cache un historien et un démographe respecté qui publiera le 8 septembre une oeuvre monumentale, fruit de quarante ans de réflexion, "L'origine des systèmes familiaux".

Le héros semble un peu fatigué. Rentré du Japon, où il s'est approché cet été à 30 km de la centrale de Fukushima, Emmanuel Todd est à moitié endormi sur la bergère en velours d'un petit salon des éditions Gallimard. On entre. Premier éclat de rire. "Cette interview commence sous les meilleurs auspices... Voyez l'état de votre sujet !" Cinq minutes plus tard, le Zébulon, tout à fait réveillé et très concentré, discourt sur les inconvénients du système patrilinéaire au Moyen-Orient et sur les Indiens shoshones des montagnes Rocheuses, tout en demandant un deuxième café et en glissant quelques vacheries sur tel ou tel journaliste connu.

Par chance, c'est le premier entretien que le démographe le plus people de France (étourdissant oxymore) accorde en ce mois d'août, à l'occasion d'un livre extrêmement ambitieux, l'Origine des systèmes familiaux, véritable retour aux sources pour cet élève de Le Roy Ladurie. Une réfutation de Lévi-Strauss, hard core à souhait, autour de laquelle les médias s'agiteront pourtant jusqu'à l'automne. C'est que l'homme est un excellent "client". Son sens de la formule enchante les électeurs (de gauche) et terrorise l'establishment (de tout bord), qui a compris qu'il valait mieux ne jamais être un jour dans son viseur. Sarkozy ? "Une version politique du vélo d'appartement" (entre cent autres images réjouissantes qui surgissent spontanément au fil de sa conversation ou de sa plume). Pascal Lamy (patron de l'OMC) ? "Le Forrest Gump du libre-échange." Barack Obama ? "Un Chirac planétaire."

Vedette américaine quasi permanente sur le plateau de Frédéric Taddeï, il a fait les riches heures de "Ce soir (ou jamais !)" durant les rudes hivers dépressifs de l'après-Fouquet's. Devenue culte sur Dailymotion, la vidéo "Todd explose Sarko en direct sur France 3" a beaucoup tourné. On en connaît à qui Emmanuel Todd a permis de survivre "mentalement" au sarkozysme. La banlieue éclairée en a aussi fait une de ses icônes. Dans la rue, à Paris, de jeunes Beurs l'arrêtent pour le remercier ou simplement discuter. "C'est une des fiertés de ma vie, cette confiance que me font les enfants d'immigrés", assure Todd, presque ému.

Celui qui fâche...

Le genre de propos qui révulsent certains de ses anciens camarades de la Fondation du 2-Mars, think tank républicain où se croisaient encore au début des années 2000 des gens désormais aussi antagonistes qu'Emmanuel Todd, Henri Guaino ou Pierre-André Taguieff. Aux yeux de ses "ex", la nouvelle posture "immigrationniste" de Todd, pour parler comme ledit Taguieff ou comme Renaud Camus, est indigne et irresponsable. Lui persiste, signe, et renvoie l'accusation d'"anti-France" à ceux qui lui font la leçon. Dans une interview filmée mise en ligne le 13 juillet dernier sur le sulfureux oumma.com, Todd déclarait ainsi : "Si vous êtes islamophobe et arabophobe en France aujourd'hui, c'est que vous travaillez très consciemment à la destruction de votre pays."

Issu d'une famille juive, venue du ghetto de Metz à la fin du XVIIIe siècle, un peu anglais par son père (le grand reporter Olivier Todd), un peu breton aussi, Emmanuel a fait de la défense des musulmans, régulièrement ciblés ces dernières années par la droite sarkozyenne, un cheval de bataille non négociable pour lui. De quoi se fabriquer à bon marché des haines solides. Autre combat du guerrier Todd : la lutte contre l'idéologie libre-échangiste, qui plombe radicalement la gauche socialiste à ses yeux. Crise financière oblige, le sujet est devenu plus consensuel. Todd, qui passait quasiment pour un zozo lorsqu'il prônait un protectionnisme européen dès 1999 (dans la réédition de l'Illusion économique), est devenu très consulté sur ce sujet aussi.

Nostradamus démographe

Cette position, antisystème et protectionniste, lui a valu la très mauvaise publicité d'être salué au début de l'été par Marine Le Pen, celle-ci faisant mine de tenir son analyse pour "similaire à la [leur] sur un certain nombre de points". Un baiser de la mort, divine surprise pour les adversaires de l'intellectuel, dont celui-ci s'est immédiatement tiré le 14 juillet dernier dans Libération, jour symbolique de fête nationale, en livrant une interview sans concession sur le "Front anti- national".

Au fond, Emmanuel Todd se sent invincible. Il l'est sûrement, d'ailleurs. Excellentes études (Sciences-Po et Cambridge), excellente nature (optimiste, rieur, gros bûcheur), excellente famille (petit-fils de Paul Nizan, il est également apparenté à Claude Lévi-Strauss), Todd le jeune, 60 ans tout de même cette année, sait bien que la France, encore monarchique sur ce point, pardonne tout aux petits princes de ses grandes tribus républicaines, aussi turbulents soient-ils.

Lévi-Strauss, justement. Son arrière-petit-cousin, Emmanuel Todd, l'attaque bille en tête dans ce traité, l'Origine des systèmes familiaux, premier tome d'une énorme somme dédiée à l'Eurasie, fruit de quarante ans de recherches. Car il ne faudrait pas l'oublier, derrière le polémiste Emmanuel Todd et ses canonnades hilarantes, il y a aussi un chercheur, austère et rarement réfuté. Dès son premier livre, la Chute finale (1976), Todd, alors âgé de 25 ans, réalisait un coup de maître. Observant la remontée du taux de mortalité infantile en URSS, il annonçait l'effondrement rapide et inéluctable du régime soviétique. Haussements d'épaules. Treize ans plus tard, l'impossible advenait. Depuis cette époque, la démographie aura été son marc de café. Sa miraculeuse martingale. Sans forcément le dire, chacun surveille les prédictions de Nostradamus Todd.

Les entrailles de l'humanité

En 2002, dans Après l'empire, le scénario catastrophe "toddien" du décrochage imminent de la puissance américaine était le suivant : une panique boursière d'une ampleur jamais vue, "qui aurait pour effet de mettre un terme au statut économique "impérial" des Etats-Unis". En sommes-nous aujourd'hui si loin ? En janvier 2011, en pleine révolution tunisienne, on demande à Todd quels seront les prochains tyrans à tomber. Il pronostique que deux d'entre eux devraient sous peu avoir des nuits courtes : Hosni Moubarak et Bachar al-Assad. L'un est actuellement jugé, on espère que l'autre sera bientôt condamné.

Nul mystère pourtant à cette efficacité prédictive, s'amuse Todd, qui s'en explique dans l'entretien que nous publions. Les grandes variables démographiques ne sont certes pas les entrailles de poisson où lisent les nouveaux oracles, mais elles sont tout de même les entrailles de l'humanité, où l'on peut déchiffrer son avenir. "Je ne suis sans doute pas génial... mais attention, je n'ai pas dit que j'étais nul !" s'insurge le savant fou des taux d'alphabétisation, qui oscille toujours entre mégalomanie tranquille et autodépréciation cocasse.

Hégélien malgré lui, Emmanuel Todd est sans doute le dernier intellectuel de France à croire encore en la rationalité du réel. Tandis que certains jouent aux antimarxistes intransigeants sans même s'apercevoir qu'ils vivent les yeux rivés sur des données économiques, lui surveille d'autres chiffres. Les taux de fertilité et l'espérance de vie. Ceux de la vie et de la mort. Avec un mélange étrange de rigueur scientiste et de foi du charbonnier. Il assure d'ailleurs que désormais il préférerait s'en tenir là, aux recherches de fond. Fatigué de la politique, fatigué de la "nullité" du PS (dixit), fatigué de taper sur "ce machin" (Sarkozy). A cette prédiction-ci, en revanche, on ne croit pas un instant. Une fois le décalage horaire passé, le héros n'oubliera pas d'être féroce.

L'Origine des systèmes familiaux. T. 1 : L'Eurasie, d'Emmanuel Todd, Gallimard, 730 p., 29 €.

LIRE AUSSI : Emmanuel Todd : "Je ne crois pas au déclin de l'Occident"

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vendredi 26 août 2011

ANALYSE - Quand la Chine sera au sommet - Arnaud de la Grange


Le Figaro, no. 20859 - Le Figaro, vendredi 26 août 2011, p. 2

Dans vingt ans, la République populaire représentera un quart de l'économie de la planète. Avec un milliard et demi d'habitants, ce sera un laboratoire pour l'urbanisation de masse.

Une fois de plus, l'empire a changé de capitale. Comme bien d'autres dynasties avant elle, celle des dirigeants communistes a décidé de faire basculer le centre de gravité du pays. Au gré des conquêtes et des alliances, les maîtres de la Chine ont posé leurs étendards en bien des lieux de l'immense contrée. Luoyang, dans le Henan, la mythique Changan - l'actuelle Xi'an et son armée enterrée -, Kaifeng sous la dynastie Song, Nankin (la « capitale du Sud »), tant au XIVe siècle que dans la première moitié du XXe, quand la république est créée. Et bien sûr Pékin, la « capitale du Nord » où les Ming déménagent le pouvoir en 1421. Et bien, en cette année 2030, c'est une « capitale du centre » que la dynastie rouge a décidé de donner à la Chine. Chongqing, cette folle mégapole de plus de 30 millions d'habitants, nichée dans les boucles du Yang Tsé. Les dirigeants chinois ont voulu aller au bout de leur logique. Celle de rééquilibrage du pays. La fameuse politique du « Go West ». Après des décennies de croissance échevelée sur l'est et la frange côtière, le cap a été mis sur le développement de l'hinterland et la création d'un solide marché intérieur.

Tête de pont vers les terres centrales et occidentales, au coeur du pays, Chongqing s'est imposée. Un temps capitale lors de la guerre sino-japonaise, entre 1937 et 1945, elle a repris du galon. Certes, la rupture n'est pas aussi brutale. Pour des raisons évidentes, Pékin - où Mao proclama la République populaire - n'a pas été remisée sur les étagères provinciales. Comme ce fut parfois le cas dans l'histoire chinoise, il y aura désormais deux capitales, l'une principale et l'autre secondaire. Pékin garde des attributs de pouvoir. Mais c'est à Chongqing que s'est installée la Banque centrale, comme la moitié des ministères et des grandes administrations. C'est là aussi que se tient, en alternance avec Pékin, les sessions annuelles de l'Assemblée nationale populaire (ANP), le Parlement chinois.

La première économie mondiale

Le développement y est spectaculaire. La Zone économique spéciale lancée en 2010 a quatre fois la taille de sa grande soeur pionnière, créée à l'aube de l'ouverture des années 1980 par Deng Xiaoping. Officiellement, elle se veut le « nouveau moteur du développement de l'Ouest ». Centrée sur un grand marché de 250 millions de personnes. Comme cela avait été planifié en 2011, avec le 12e plan quinquennal, le quart des ordinateurs vendus en Europe est désormais construit ici. Beaucoup d'entreprises - chinoises comme étrangères - ont choisi la « relocalisation intérieure », pour échapper à la montée des salaires sur la côte, dans les fiefs exportateurs historiques, autour de Shanghaï ou Canton. Les travaux d'infrastructures ont été démentiels. Un immense aéroport avec trois terminaux a été inauguré en 2015, en même temps qu'un gigantesque port fluvial. Et surtout, la ville se veut au départ d'un « nouveau pont continental eurasiatique ». Une nouvelle voie ferrée relie Chongqing à Rotterdam, à travers le Xinjiang, le Kazakhstan, la Russie, la Pologne et l'Allemagne. Par cette voie, assure-t-on, les conteneurs mettent vingt-quatre jours de moins pour aller de Chine en Europe que par la route maritime classique.

À Chongqing, aujourd'hui, on fête aussi un moment historique. La Chine est devenue la première économie mondiale. Elle totalise désormais plus d'un quart du PIB de la planète. Dès l'été 2011, Hu Angang, du Development Research Center du Conseil d'État (le gouvernement chinois), nous disait que « la Chine sera la 1re économie mondiale bien avant 2030. D'après nos prévisions et selon les critères pris en compte, elle dépassera les États-Unis entre 2016 et 2019 ». Évidemment, si l'on considère le revenu par habitant, c'est une autre affaire. Le même expert rappelait qu'en 2010, le PIB par habitant était de 4 249 dollars et qu'il devrait atteindre 46 670 dollars en 2030. « Cela représentera alors entre 52 % et 56 % du PIB par habitant aux États-Unis, ce qui fera entrer la Chine dans la catégorie des pays à hauts revenus », poursuivait Hu Angang. À cette date-là, aussi, il ne devait plus y avoir de Chinois au-dessous du seuil de pauvreté. Le taux de pauvreté, encore de 15,9 % en 2005 - soit 200 millions de personnes - devait tomber à 5 % en 2015, 1 % en 2020 et être réduit à néant avant 2025. Toujours selon ce think-tank gouvernemental, le gouvernement ne poursuivant plus une croissance rapide à tout prix mais une élévation de sa qualité, celle-ci devrait ralentir tout en restant solide, autour de 8 % entre 2011 et 2020, et 7 % entre 2021 et 2030. En supposant bien sûr que les prédictions alarmistes de certains économistes, annonçant à terme une deuxième « crise asiatique » avec l'explosion des diverses bulles chinoises, ne se soient pas réalisées.

Défis environnementaux

C'est dans les rues, noires de voitures, que l'émergence chinoise se lit de manière la plus forte. Les prévisionnistes ne se sont guère trompés. En 2011 toujours, ils estimaient que le taux d'équipement serait de 200 voitures pour 1 000 habitants dès 2022, contre 27 pour 1 000 alors (et environ 600 pour 1 000 en Europe). « Ce qui est fascinant, c'est que c'est ici que la poussée vers les nouvelles énergies est la plus forte, nous confiait alors Stéphane Koeppel, de Mercedes Benz-Chine. C'est ici que, par la force des besoins, l'on va voir se créer de nouveaux modes de mobilité, dans les villes et entre les villes. » Le problème est de gérer cette masse à quatre roues. Les ingénieurs chinois ont beau imaginer des bus futuristes en hauteur, enjambant le trafic comme ces tracteurs haut perchés au-dessus des vignes, les grandes villes se heurtent à un douloureux casse-tête. En 2030, la population urbaine chinoise a gonflé jusqu'à un milliard d'habitants, avec l'afflux vers les villes de 350 millions de personnes supplémentaires en vingt ans, confirmant les prévisions d'un rapport du cabinet McKinsey & Company de juillet 2011. Un mouvement d'urbanisation sans précédent, qui a multiplié par deux le nombre de villes de plus d'un million d'habitants. Et s'est traduit par la construction de 50 000 gratte-ciel, soit l'équivalent de dix fois la ville de New York ! Mais les défis environnementaux restent immenses, malgré la volonté « verte » politiquement affichée.

L'un des principaux problèmes de la Chine de 2030, c'est qu'elle a « vieilli avant de devenir riche », comme nous le disait il y a vingt ans un universitaire de Pékin. Le « pic » de population est en passe d'être atteint, entre maintenant et 2035, avec quelque 1,45 ou 1,5 milliard de citoyens. Même si des aménagements ont été faits ici ou là, la politique de l'enfant unique n'a pas été remise en cause au plan national. « Au milieu de ce siècle, si rien ne change, la Chine aura la population la plus vieille du monde, plus vieille encore que celle du plus vieux pays occidental aujourd'hui, expliquait dès 2011 l'un des pionniers de la démographie chinoise contemporaine, Baochang Gu, de l'Université du peuple, nous aurons 100 millions de personnes de plus de 80 ans ! » On s'en rapproche. Les « plus de 65 ans » qui étaient 100 millions en 2008, soit 8 % de la population, seront 340 millions en 2050, soit près de 25 % de la population. Déjà en 2025, on a atteint le ratio de 32 personnes âgées pour 100 actifs contre 16 pour 100 quinze ans avant, et ce chiffre devrait encore doubler d'ici à 2050 pour atteindre 61 pour 100. Or, cette évolution rapide se fait dans un pays où les systèmes de retraite et de sécurité sociale sont encore légers.

« Pénurie de femmes »

L'autre grand problème démographique a été spectaculairement mis en lumière par la retentissante entrée en Bourse à Wall Street, à l'automne 2029, du site Internet chinois zhaolaogong.com (« trouver un mari »). Le déséquilibre hommes-femmes, en effet, n'a cessé de s'aggraver. Un effet pervers de la politique de l'enfant unique. La remise à l'honneur de Confucius, pour qui l'homme était supérieur en condition à la femme, n'a pas arrangé l'affaire. Résultat, le ratio de naissances - de 120 garçons pour 100 filles dès 2011 - a créé un excédent d'hommes, d'au moins 70 millions en 2030 ! On imagine la difficulté de trouver une épouse, et le casse-tête social et économique, avec tous ces hommes seuls sans famille pour les soutenir dans leurs vieux jours. Exploitant cette « pénurie de femmes », des agences et sites chinois ont fait fortune sur de nouveaux flux transfrontaliers de l'amour. Ils sont en version chinoise, mais aussi coréenne, russe, mongole, birmane, vietnamienne et autres langues d'Asie du Sud-Est. Car heureusement, tous les pays voisins sont riches en éléments féminins, et nettement moins en points de croissance...

Forte de ses atouts, la Chine joue de plus des coudes sur la scène internationale. Sans sortir totalement de sa posture ambiguë de grande puissance montante qui rechigne à prendre sa part du fardeau. C'est à reculons que Pékin a pris la tête d'une intervention multinationale à la frontière pakistano-afghane, pour protéger ses alliés d'Islamabad des menées déstabilisatrices des talibans, de nouveau aux affaires à Kaboul. Une grande première, résultat du forfait des États-Unis, étranglés par leur dette et échaudés par le coût de leur interventionnisme des années précédentes. En termes de puissance globale, l'Amérique garde cependant encore la main. Les dirigeants chinois, d'ailleurs, préfèrent rester concentrés sur leurs défis internes. La classe moyenne, passée de 300 à 800 millions de personnes, entend de plus en plus renégocier les termes du contrat social qui la lie au pouvoir communiste et fonde la pérennité de ce dernier. Donner les clés du système en échange de la prospérité ne suffit plus. La sixième génération de dirigeants communistes, qui a tenu le pays de 2013 à 2023, n'a pas eu la hardiesse de bousculer les choses. Et celle qui suit est sous la pression des « cybercitoyens ».

Pour une libéralisation politique, il faudra attendre encore un peu. Vingt ans de plus, peut-être. Deng Xiaoping avait prédit que la République populaire serait une démocratie quand elle fêterait ses 100 ans. Soit en 2049.

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Le Pentagone s'inquiète d'une course chinoise à l'armement - Kenza Daldoul


La Tribune.fr - Actualités, jeudi 25 août 2011 - 18:41

Le Pentagone a publié mercredi son rapport annuel sur la puissance militaire chinoise. Dans cette étude destinée au Congrès, le ministère américain de la Défense signale que la Chine disposera d'une armée moderne d'ici 2020. En effet, l'Armée populaire de libération, la plus grande armée du monde, cherche désormais à rattraper son retard sur les avancées constantes de Washington.

Selon le rapport du Pentagone, la Chine est donc en bonne voie pour accroître son arsenal militaire au cours de la prochaine décennie. Sa croissance économique de 10% lui permet d'augmenter ses dépenses militaires afin de moderniser ses forces terrestres, aériennes et maritimes et d'acquérir des équipements de pointe. La Chine prévoit ainsi de se doter de chasseurs-bombardiers furtifs J-20, équivalents au chasseur furtif F22A Raptor des forces de l'air américaines.

La Chine a aussi fait l'acquisition d'un porte-avions soviétique qui a fait sa première sortie en mer au mois d'août. Ce bâtiment rénové sert avant tout de "plateforme d'entraînement et d'évaluation", selon le Pentagone, qui annonce que la Chine devrait lancer la construction de son propre porte-avions. La puissance navale chinoise va aussi se doter, entre autres, de missiles de croisière d'une portée minimale de 185 km, de missiles antinavires d'une portée supérieure à 1,500 km et de sous-marins porteurs de missiles balistiques.

L'évolution des ambitions militaires de la Chine suscite l'inquiétude chez les américains qui y voient un danger pour l'équilibre régional. La modernisation de l'Armée populaire de Libération devrait lui permettre d'accroître son pouvoir dans une région où les tensions sont déjà palpables. Selon le rapport du Pentagone, la Chine utilisera son pouvoir de dissuasion sur Taiwan, précisant que sur le long terme, un conflit militaire entre l'île et la Chine continentale n'est pas à exclure. En décembre dernier, l'armée chinoise avait installé 1,000 à 1,200 missiles balistiques de courte portée dirigés vers Taiwan.

Pour Pékin, ce rapport est une nouvelle preuve d'ingérence américaine et révèle une "mentalité de guerre froide" selon le porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington. Mais dans l'ensemble, les relations entre les deux puissances ne semblent pas en pâtir. Si le rapport du Pentagone est une source annuelle de tensions, les liens économiques forts entre la Chine et les Etats-Unis parviennent à les minimiser. La visite du vice-président américain Joe Biden en Chine la semaine dernière a permis de resserrer les liens avec son homologue Xi Jinping. La Chine détient pour environ 811 milliards d'euros de bons du Trésor américain, un enjeu crucial et prioritaire des relations bilatérales sino-américaines.

PHOTO - SINGAPORE - JUNE 3: China's Defence Minister Liang Guanglie (R) meets U.S. Secretary of Defense Robert Gates (not pictured) at the 10th International Institute for Strategic Studies (IISS) Asia Security Summit on June 3, 2011 in Singapore. Gates is travelling to Asia for a final time as Pentagon chief on Tuesday, looking to reassure allies that the United States is committed to regional security despite tightening defense budgets and his own imminent departure.

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En Chine, Sarkozy sort la carte de la Libye - Éric Meyer


Sud Ouest - Vendredi 26 août 2011, p. Périgueux-C1_5

Et par là même de faire oublier le soutien sans faille apporté jusqu'alors par la Chine à Kadhafi.

En route vers Nouméa, Nicolas Sarkozy faisait hier escale à Pékin pour inviter à Paris Xi Jinping, futur numéro un chinois après octobre 2012, et faire avancer un des grands chantiers de sa fin de mandat - la réforme financière mondiale, au sommet du G20 de Cannes en novembre. Mais, hasard de l'actualité, la Libye occupa un terrain plus important. Depuis le début de la guerre, en février, la Chine a misé sur Kadhafi. À présent mal aimée en Libye, elle veut redorer son image et surtout avoir sa part de la reconstruction du pays ruiné - peut-être avec l'aide de la France, son alliée, qui, elle, jouit en Libye de l'aura du libérateur.

Réconciliation

À l'issue de son entretien et d'un dîner avec Hu Jintao, son homologue, Sarkozy a expliqué à « Sud Ouest » la manière dont il espère aider la Chine : en l'invitant à la conférence de Paris du 1er septembre pour la reconstruction. « La parenthèse de l'intervention militaire sous contrôle de l'ONU est refermée, ajoutait-il. À présent, il faut préparer l'avenir d'une Libye libre de demain; dans ce processus, la Chine a naturellement sa place. » Présentée hier par Jean-David Levitte, conseiller spécial, la conférence des nations ouvrira des chantiers, un plan de reconstruction : avec sa main-d'oeuvre à bas prix et ses réserves monétaires, la Chine pourra, si elle le veut, faire au nouveau régime des conditions de nature à ramener le sourire...

La réconciliation Chine-Libye est impensable sans la reconnaissance par Pékin du CNT, gouvernement des forces rebelles. Mais, martèle Sarkozy, elle est « inéluctable », vu le pragmatisme d'une Chine toujours rapide à reconnaître où est son intérêt.

Une autre question probablement discutée, n'a pas été évoquée par le président, du fait de son caractère sensible : le monde devrait-il laisser la nouvelle Libye juger seule Kadhafi, ou bien arracher celui-ci à une justice expéditive pour le présenter au Tribunal international de La Haye, qui l'attend avec un mandat d'inculpation ?

Quid de la Syrie ?

Enfin, de l'échec de sa gestion de la crise libyenne, Pékin va-t-elle profiter de la leçon et l'appliquer au conflit en cours en Syrie, où elle soutient toujours al-Assad, l'autre dictateur aux mains sanglantes ? « Le partenaire chinois, répond Sarkozy, nous a paru partager davantage notre préoccupation par rapport à une évolution que nous avons de notre côté condamnée, la non-tenue des engagements de réforme. » Ici, le président suggère sa stratégie : d'abord, « terminer la Libye », consolider sa renaissance démocratique, puis s'attaquer au tableau syrien. Mais, précise-t-il, « avec la disparition de Kadhafi, la pression psychologique sur Damas est immense » - et la Chine, à l'en croire, s'en détache à petits pas...

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