lundi 7 novembre 2011

ENQUÊTE - Monter en gamme ou périr, le nouveau dilemme chinois


Les Echos, no. 21053 - L_enquête, lundi 7 novembre 2011, p. 11

Dans la province industrielle du Guangdong, la hausse des coûts tourne au casse-tête. Les entreprises les plus faibles y succombent. Les autorités aident les autres à se réinventer. Avec plus de machines et moins d'hommes.

Sur leur étagère, rangés côte à côte, Pluto, Tigrou et Super Mario affichent un sourire radieux qui les ferait adopter par le premier bambin. Tout autour, dans le même meuble vitré, leur centaine de congénères en peluche semblent tout aussi réjouis. Assis juste à côté, Deng Hongping n'a pourtant pas le coeur à rire. Patron fondateur de la petite entreprise de confection de jouets Donglin, il tourne dans tous les sens le casse-tête qu'est devenue la gestion de sa société. Ce self-made-man à la chinoise, qui a commencé comme simple ouvrier à l'âge de dix-sept ans, met aujourd'hui toute son énergie à réinventer son entreprise pour la sauver. Mais il l'avoue : « Je suis désespéré ! »

Nous sommes à Dongguan, dans cette province méridionale du Guangdong qui s'est vu assigner le rôle de territoire d'expérimentation du capitalisme à la fin des années 1970. Poumon industriel qui garantit à lui seul presque 30 % des exportations de la Chine, le Guangdong est aujourd'hui à un croisement. La demande des marchés développés se tasse. La main-d'oeuvre se renchérit rapidement, de même que les matières premières. Et pour ne rien arranger, le taux de change du yuan s'est apprécié face au dollar. Une série de difficultés qui résume à elle seule l'implacable alternative qui se pose aujourd'hui à nombre d'entreprises du pays : monter en gamme ou mourir.

Darwinisme économique

A quelques mètres de Pluto et Tigrou se trouve l'atelier de Donglin. Ou plutôt ce qu'il en reste. Une couche de poussière a élu domicile sur la plupart des 66 machines à coudre installées en ligne. Seules huit couturières travaillent encore ici. En tout, Deng Hongping n'emploie plus, aujourd'hui, qu'une trentaine de personnes. Contre 200 il y a quelques années.

Pas besoin de chercher loin pour avoir l'explication. « A la fin des années 1990, on payait 700 yuans par mois des salariés qui travaillaient quatorze heures par jour. Aujourd'hui il faut leur donner près de 3.000 yuans pour huit à dix heures de travail quotidien. » Trop cher. Voyant ses marges fondre, Deng Hongping a fini par délocaliser. Non pas au Vietnam ou au Bangladesh, trop lointains et complexes, mais dans l'intérieur des terres, là où l'on peut encore payer les travailleurs moins de 1.500 yuans par mois. Autrefois sous-traitant, il est devenu lui-même donneur d'ordre pour des prestataires installés dans le Henan.

Ce jour-là, des centaines de Super Mario ayant effectué plus de 2.000 kilomètres en camion s'entassent dans l'atelier de Donglin. Ici, on se contente désormais de contrôler leur qualité et de leur coudre une ultime étiquette. Deng Hongping le sait bien : d'un point de vue strictement économique, son atelier de Dongguan est en train de perdre sa raison d'être. D'ailleurs, son chiffre d'affaires a beau augmenter, son profit, lui, est en baisse de plus de 30 %. Dans le Guangdong, les tâches intensives en main-d'oeuvre n'ont plus d'avenir.

D'où le plan de Deng Hongping. Il a embauché cinq designers, chargés de dessiner eux-mêmes les jouets produits - donc en grande partie sous-traités -par sa société. « Notre marge est d'un peu plus qu'e 1 yuan par peluche dessinée par nous, contre moins de la moitié pour tout jouet que nous exécutons sur les plans d'un donneur d'ordre. » Mais la partie est loin d'être gagnée. Il faut se faire un nom, s'imposer en tant que marque. Puis réussir à se protéger de la contrefaçon. Deng Hongping est lucide. Il a beau juger que sa stratégie est la seule possible, Deng Hongping se dit « très inquiet pour l'avenir ». A deux pâtés de maisons de là, une rue étonnamment silencieuse. « Ici, il y avait encore récemment des ateliers de confection de jouets », raconte-t-il. Son seul espoir serait « que le gouvernement mette un terme à l'inflation, qui nous oblige constamment à augmenter les salaires. » Mais on sent qu'il craint d'être une des victimes indirectes du darwinisme économique du secrétaire général du Parti communiste du Guangdong, Wang Yang (lire ci-contre). Ce dernier n'a-t-il pas déclaré qu'il faut « laisser faire faillite les entreprises pour lesquelles il n'existe pas d'alternative » ?

Chouchouter les salariés

Une phrase qui n'est pas synonyme, pour autant, de laisser-faire absolu. Lorsqu'il y a du potentiel, les autorités se mobilisent. A une trentaine de kilomètres de l'entreprise Donglin, Li Shaohui est également assis à côté d'une vitrine. Cette fois, ce sont des Ronald McDonald's et autres figurines pour Happy Meal qui retracent, sur vingt ans, l'histoire de sa société, Combine Will. D'une tout autre envergure, celle-ci a reçu l'appui du gouvernement local pour se réinventer. Une équipe de consultants venus de Hong Kong, financée à moitié par les autorités, a proposé deux axes stratégiques pour l'avenir : diversification et automatisation. Lorsqu'on façonne le plastique, pourquoi se cantonner aux jouets, activité low cost par excellence ? Chez Combine Will, on fabrique désormais, entre autres choses, des distributeurs de savon liquide automatisés, sur lesquels la marge est plus élevée. L'autre nouveauté est immédiatement perceptible lorsqu'on visite le site de production. Ici, une femme s'affaire entre trois machines qui, toutes les huit secondes environ, lui présentent, au bout d'un bras articulé, une nouvelle pièce de plastique fraîchement pressé qu'elle doit découper en plusieurs morceaux à répartir dans différentes boîtes. « Les Temps modernes » en Chine. « Nous avions 3.000 salariés, nous ne dépassons plus les 2.000 », s'enorgueillit Li Shaohui. A terme, faudra-t-il produire ailleurs ? « Nous y réfléchissons. Peut-être qu'un jour nous devrons conserver ici les seules activités de recherche et développement. »

En attendant, mieux vaut chouchouter ses salariés. « S'ils peuvent gagner quelques dizaines de yuans de plus ailleurs, ils vous quitteront du jour au lendemain », prévient Joël Pujol, un consultant français installé dans la région depuis une vingtaine d'années. Deng Hongping s'arrache parfois les cheveux, « avec les jeunes notamment, qui n'ont plus aucune fidélité envers l'entreprise car ils ne craignent plus le chômage, et s'informent entre eux de toute offre d'emploi plus rémunératrice ».

Le problème se pose aussi chez la société Wooltex, qui produit des fibres textiles. John Lam, qui en dirige les finances, a divisé par deux son nombre de salariés, grâce à l'investissement dans de nouvelles machines. Au final, il est ainsi parvenu à... maintenir constante sa masse salariale. Alors John Lam bichonne ses équipes. Dans la cantine flambant neuve, on croise des familles avec enfants. « Nous voulons que nos équipes, logées sur place, se sentent ici chez elles, d'où la présence des enfants. » Juste à côté, quelques salons de karaoké et des terrains de sport pour se détendre.

Fini le Far West. L'époque où certains patrons du Guangdong étaient des mercenaires à la manoeuvre sur une zone de non-droit est terminée. « Le profil des entrepreneurs change », note Joël Pujol. « Le made in China de cette époque est devenu indésirable ici car il dévalue le nouveau », analyse-t-il. Désormais, les autorités soutiennent les entreprises ambitieuses et innovantes.

Sans elles, Xu Xuan ne serait pas en train de présenter ses ustensiles de cuisine colorés à des milliers de curieux. C'est le gouvernement qui a payé le stand de sa société, Tansung, lors du Forum des PME de Canton. Manifestement, Tansung a su les convaincre que son projet était solide. Il consiste à prendre ses distances avec le sacro-saint modèle exportateur. La hausse du yuan pénalise les ventes. Certes, la situation n'est pas aussi critique que chez Wooltex dont John Lam prédit la mort certaine « si le yuan augmente encore de 5 % ». Mais l'appréciation du taux de change face au dollar, combinée au tassement de la demande à l'étranger, a fini par pousser Tansung à miser sur le marché intérieur. Sous-traitant pour des grandes entreprises occidentales, Tansung veut devenir une marque à part entière sur le sol chinois. Une équipe marketing ad hoc s'est penchée sur les méthodes culinaires des différentes provinces chinoises, pour coller aux demandes de chaque marché. Et négocie actuellement avec différents distributeurs potentiels. « Nous sommes entre deux eaux, et ce n'est pas une mutation simple », reconnaît Xu Xuan. Mais le cap est clair.

Nouvel écosystème

Une sorte de résumé du Guangdong ? Si les défis sont nombreux, la stratégie est sans ambiguïté. L'usine du monde veut gagner en valeur ajoutée. Et tant pis pour ceux qui ne suivent pas la cadence. L'exemple le plus frappant de cette ambition n'est, pour l'heure, qu'une série de jolis dessins futuristes. Mais lorsqu'il présente le projet « Guangzhou Knowledge City » (Canton, ville de la connaissance), le Singapourien qui le dirige, Tay Hun Kiat, sait se faire convaincant. La ville-Etat a été sollicitée par le gouvernement du Guangdong pour développer avec lui, tout près de Canton, une agglomération nouvelle destinée à l'économie de la connaissance. Faune et flore préservées sur la moitié du territoire, bâtiments à faible consommation d'énergie, réseau de transport extrêmement rapide, incitations multiples pour attirer les entreprises internationales les plus innovantes, construction par étapes progressives en fonction du succès rencontré : le moindre détail a été pensé, jusqu'aux centres commerciaux et à la distance entre les écoles, les bureaux et les restaurants. « Nous voulons créer un écosystème propice à l'innovation et la créativité », explique Tay Hun Kiat avant de dérouler la longue liste des multinationales qui se sont déjà engagées à participer au projet. Investissement de départ : 4 milliards de dollars. Investissement potentiel à terme... 60 à 70 milliards. L'atelier du monde ne sera bientôt plus ce qu'il était.

Gabriel Grésillon, ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LE GUANGDONG

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Les banques systémiques connaîtront leur surcharge en capital en 2014

Les Echos, no. 21053 - Finance, lundi 7 novembre 2011, p. 30

BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole, la Société Générale, BPCE ainsi que Dexia figurent sur la liste provisoire des 29 établissements internationaux dont la faillite pourrait menacer le système financier international, selon le FSB. La liste définitive sera établie en novembre 2014.

Identification des établissements financiers menaçant la stabilité du système financier international, renforcement de la régulation et de la surveillance des marchés financiers, travaux prévus pour mieux surveiller et réguler les activités bancaires de l'ombre, redéfinition du rôle et des moyens du conseil de stabilité financière (FSB)... Au cours de la présidence française du G20, qui s'est achevée vendredi dernier, la régulation et la supervision financières ont été au coeur des préoccupations. Une liste de 29 établissements financiers dits « systémiques », c'est-à-dire menaçant potentiellement la stabilité du système financier mondial, a été publiée. Quatre banques françaises, BPCE, BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole et Société Générale, ainsi que le franco-belge Dexia, y côtoient Deutsche Bank, Citigroup, Bank of America ou encore Bank of China.

Revue annuelle

Les établissements systémiques, baptisés « global Sifis » (« systemically important financial institutions »), ont été sélectionnés selon cinq familles de critères que sont la taille du bilan, l'interconnexion avec d'autres banques, la capacité à remplacer un concurrent défaillant, le caractère international ou national, et la complexité de leurs activités.

Pour les encadrer, une liste de mesures a été définie, dont l'application s'étendra jusqu'en 2019. Outre une adaptation des législations nationales encadrant le régime des défauts de paiement, les 29 établissements devront augmenter leurs fonds propres à partir de 2016, afin de renforcer leur capacité à faire face à des pertes éventuelles selon des règles établies par le Comité de Bâle. « Cette liste n'est pas définitive. Elle sera revue tous les ans en novembre », a indiqué Mario Draghi. La première mouture révèle quelques surprises. On y note ainsi l'absence de l'espagnol BBVA ou du japonais Nomura, qui a racheté une partie des activités de Lehman Brothers, mis en faillite en 2008. Quatre banques asiatiques sont sur la liste, mais ce sont surtout des japonaises, et le géant chinois ICBC est par exemple absent. Seules 2 banques allemandes et 4 britanniques sont listées. Les banques américaines sont les plus représentées avec 8 établissements.

Même si elle ne devrait pas énormément varier, la liste définitive sera établie en novembre 2014 et c'est à elle que s'appliquera la surcharge en capital. Au-delà des exigences imposées par les nouvelles normes prudentielles de Bâle III, ces banques devront respecter un ratio de fonds propres durs minimum relevé à 8 % (contre 7 % pour les autres) et jusqu'à 9,5 % pour les plus grosses (et même 10,5 % en cas d'acquisitions supplémentaires significatives).

Le « shadow banking » encadré

Certaines banques ont réagi dès vendredi pour rassurer sur l'impact de ces mesures. « Société Générale a déjà intégré dans son objectif de Bâle III bien supérieur à 9 % en 2013 l'éventualité d'une surcharge en capital supplémentaire liée aux établissements financiers systémiques », a ainsi précisé la banque de la Défense. En octobre, dans la foulée des « stress tests » européens, plusieurs banques en Europe avaient choisi la même démarche.

Enfin, devant la menace que représente le développement de l'activité bancaire de l'ombre (« shadow banking ») dénoncé à de nombreuses reprises par la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, et les ministres des Finances, Mario Draghi a annoncé l'ouverture de travaux par le conseil. « Il convient de renforcer la surveillance et mettre en place des règles », a-t-il indiqué. Il s'agira de mieux encadrer les relations entre les banques et les entités relevant du « shadow banking », de réformer la régulation des fonds d'investissement sur les marchés monétaires, de mettre en place une réglementation sur la titrisation, les prêts de valeurs mobilières et les opérations de prêts-emprunts de titres.

Richard Hiault, envoyé spécial à Cannes, avec Réjane Reibaud



La liste des 29

Allemagne : Commerzbank, Deutsche Bank Belgique : Dexia Chine : Bank of China Espagne : Santander Etats-Unis : Bank of America, Bank of New York Mellon, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley, State Street, Wells Fargo France : BPCE, BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole, Société Générale Italie : UniCredit Japon : Mitsubishi UFJ FG, Mizuho FG, Sumitomo Mitsui FG Pays-Bas : ING Royaume-Uni : Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group, Royal Bank of Scotland Suède : Nordea Suisse : Credit Suisse, UBS

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Bourses mondiales : le bilan de trois mois de très fortes turbulences

Les Echos, no. 21053 - Marchés, lundi 7 novembre 2011, p. 32

Toutes les grandes Bourses ont cédé du terrain depuis mi-juillet. L'Europe a été en première ligne, en particulier les valeurs cycliques et financières. Paris, par exemple, a dégringolé de 19 %. Les marchés émergents ont également beaucoup souffert. Seule Wall Street résiste un peu mieux.

Ni le G20, ni l'abandon du référendum grec sur l'euro, ni la baisse surprise des taux de la BCE n'y auront rien fait la semaine dernière. Le pessimisme ambiant continue de régner sur les places boursières. Malgré une belle hausse en octobre sur de nombreux marchés, la plupart des grands indices boursiers restent très en deçà de leur niveau d'avant l'été. Aucune des réunions et annonces depuis le premier plan sur la Grèce décidé le 21 juillet n'ont permis un véritable rebond durable. Depuis mi-juillet, les Bourses mondiales ont ainsi fondu de plus 3.300 milliards de dollars (1). Retour sur trois mois et demi de crise.

Tous les marchés sont affectés

Aucune des grandes Bourses mondiales n'a été épargnée par les turbulences européennes. Les marchés émergents ont lourdement souffert - en particulier l'Europe de l'Est et l'Asie : le MSCI « emerging markets » a dégringolé de 16 % depuis le 22 juillet. « Les pays émergents et, en particulier, la Chine sont entrés dans une nouvelle ère où les attentes de croissance (le principal facteur expliquant la surperformance de ces dernières années) ont été décevantes », souligne Alain Bokobza, responsable de l'allocation d'actifs globale chez Société Générale CIB. « Les émergents ont, en outre, pâti d'un phénomène d'aversion pour le risque et de leur plus grande sensibilité aux mouvements de marché », ajoute Philippe-Henri Burlisson, directeur des gestions fondamentales de Groupama AM.

Seuls les Etats-Unis se distinguent : le S&P 500 ne perd « que » 6,8 % depuis trois mois et demi. L'indice, qui a affiché en octobre sa plus forte progression mensuelle depuis 1991, a bénéficié de bonnes surprises sur le plan macroéconomique - même si elles ont été tempérées vendredi par le rapport mensuel sur l'emploi -et d'une saison des résultats plutôt faste : 70 % des 432 sociétés ayant communiqué leurs comptes trimestriels ont battu le consensus, selon Thomson Reuters.

L'Europe recule mais les écarts entre pays sont marqués

L'Euro Stoxx 50 a lâché 17,3 % depuis le 22 juillet. Sans surprise, Athènes est en première ligne (- 49,1 %). Mais, les pays centres de l'Europe ont aussi plongé : les Bourses de Paris et de Francfort ont cédé 18,7 % et 18,6 % depuis le 22 juillet, soit davantage que Madrid (- 14,5 %). La chute du CAC 40 avoisine donc celle de Milan (- 21,1 %), alors que l'endettement de l'Italie est actuellement au coeur des inquiétudes des marchés. « Les indices ayant un poids importants de financières - tel le CAC 40 -et de cycliques - le DAX -ont pâti de leur composition. En outre, l'Italie avait commencé à baisser un peu avant », précise Frédéric Buzaré, directeur de la gestion actions chez Dexia AM.

De leur côté, les principaux indices hors zone euro affichent également un repli sur la période, toutefois bien moins marqué. En monnaies locales, le Footsie 100 et le SMI ont cédé environ 6-7 %, bénéficiant, entre autres, de leur profil relativement défensif. « Londres affiche la meilleure performance rapportée en euros, alors que les investisseurs se sont reportés sur les pays hors de la tourmente », ajoute Alain Bokobza.

Les financières et les cycliques sont en première ligne

Cette période de turbulences a été caractérisée par une nette différenciation de performances entre les secteurs cycliques et financiers, d'une part, et les défensifs, d'une autre. « La crise a d'abord été financière, puis les inquiétudes se sont cristallisées au cours de l'été sur une possible récession et, plus récemment, sur le risque de "credit crunch" », rappelle Frédéric Buzaré.

Il n'y a donc rien d'étonnant que l'automobile, la banque et les minerais et métaux affichent les plus fortes baisses du Stoxx 600 depuis juillet. De même, au sein du CAC 40, Alcatel Lucent, Société Générale et Peugeot chutent de plus de 50 %. A l'inverse, la distribution ou encore le segment alimentation-boissons parviennent à limiter leurs reculs. Exception notable : les services aux collectivités ne jouent plus vraiment leur rôle « défensif ». « Le marché s'inquiète des politiques d'austérité avec de possibles hausses de fiscalité pour les "utilities". Sans compter les débats sur le nucléaire », explique Wilfrid Pham, directeur de la gestion actions de Natixis AM.

MARINA ALCARAZ

(1) Selon les calculs de S&P Indixes entre le 22 juillet et le 31 octobre.
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BTP - Les chinois montent et les français reculent dans le classement mondial des constructeurs

Les Echos, no. 21053 - Services, lundi 7 novembre 2011, p. 29

A l'heure où s'ouvre Batimat, le rendez-vous international de la construction, le classement mondial des grands groupes de BTP vient rappeler au secteur que le poids des acteurs français au niveau mondial régresse. Outre les chinois, Coréens et Turcs montent en puissance.

Ce matin s'ouvre Porte de Versailles, à Paris, le Salon annuel de la construction, Batimat. Matériaux verts, pollution de l'air intérieur, efficacité énergétique... les grands thèmes du moment vont être abordés lors de cette 28e édition réunissant jusque samedi 2.300 exposants dont 45 % d'étrangers. Malgré la crise, les organisateurs attendent 380.000 visiteurs soit la fréquentation de 2009. Car le secteur de la construction bouge en France, avec notamment le passage à la nouvelle norme thermique basse consommation (T2012). Le paysage mondial du BTP évolue aussi. Le classement annuel des acteurs mondiaux de la construction dressé par le magazine américain « Engineering News Record » (« ENR ») avait fait sensation l'an dernier car sur la base du chiffre d'affaires 2009 exprimé en dollars, pour la première fois, le français Vinci avait perdu la première place mondiale au profit d'un groupe public chinois (China Railway Construction Corp., quatrième précédemment) suivi d'un autre chinois, Vinci se retrouvant troisième et Bouygues quatrième. Cette suprématie chinoise s'est encore renforcée dans le classement 2011, fondé sur le chiffre d'affaires 2010. Désormais, ce sont également des groupes publics chinois que l'on retrouve à la troisième et à la cinquième place mondiale, Vinci se retrouvant quatrième et Bouygues sixième... suivi à nouveau d'un acteur chinois. Et l'écart est grand, très grand, entre les deux premiers chinois, réalisant chacun plus de 70 milliards de dollars de chiffre d'affaires, et les suivants. Les chinois profitent de leur énorme marché intérieur, et de leur forte présence en Afrique où le marché du BTP croît tout comme en Asie.

2012 à surveiller

Mais les occidentaux retrouvent la suprématie quand on ne considère que le chiffre d'affaires international, réalisé hors du marché domestique. L'allemand Hochtief retrouve alors sa couronne mondiale (27 milliards de dollars), suivi de Vinci (16 milliards) et Bouygues se classe quatrième derrière l'acteur parapétrolier américain Bechtel. Le premier chinois ne se trouve qu'à 11e position.

Mais cela ne signifie pas que les acteurs chinois soient inexistants hors de Chine, au contraire : même à l'international, collectivement, ils montent en puissance. Car si chacun ne réalise que peu de contrats hors de Chine, en revanche ils sont nombreux. Selon ENR, les 225 principaux acteurs mondiaux réalisent 383 milliards de dollars de chiffre d'affaires à l'international, dont 51 groupes chinois dégageant 57 milliards. Cette nationalité, la plus représentée, est suivie de 22 américains réalisant 44 milliards et de 5 français seulement, mais pesant 40 milliards. Ils sont troisième mais « leur activité baisse, tandis que la Corée et la Turquie accroissent leur pénétration mondiale », note la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

Sur la partie BTP pure, c'est-à-dire hors parapétrolier et ingénierie, le classement (cette fois en euros) change mais les chinois montent toujours. « Cette année les groupes allemands sont premiers mondiaux avec 28,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'international, mais ils sont suivis par les chinois, avec 26,4 milliards d'euros réalisés hors de leur marché domestique et les français se classent troisièmes avec 26 milliards », calcule la FNTP. Les chinois étaient encore troisièmes l'an dernier avec 22 milliards de chiffre d'affaires, derrière les allemands. Les français, premiers l'an dernier, ont été sérieusement rétrogradés bien qu'ils aient maintenu leur chiffre d'affaires (il était déjà de 26 milliards d'euros en 2009). Pour l'instant, tout se joue encore dans un mouchoir de poche dans un secteur où quelques gros contrats peuvent faire toute la différence. Le classement 2012 sera donc surveillé.

MYRIAM CHAUVOT



Le secteur du BTP

Les 225 principaux acteurs mondiaux du BTP (parapétrolier et ingéniérie inclus) ont réalisé 689 milliards de dollars de chiffre d'affaires domestique (+ 11 % en un an) et 384 milliards (stable) à l'international selon « Engineering News Record ». A l'international, le premier marché mondial reste l'Europe (94 milliards) mais il décline(- 6,6 %), tout comme le Moyen-Orient (- 6,6 %, à 72 milliards) et les Etats-Unis (- 6,5 %, à 33 milliards). L'Asie croit (+ 4,7 %, à 77 milliards), ainsi que l'Afrique (+ 6,7 %, à 61 milliards) et surtout l'Amérique latine (+ 25,6 %, à 34 milliards).


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ANALYSE - La rivalité Chine-Etats-Unis au menu des sommets d'Asie

Le Monde - Géo & Politique, lundi 7 novembre 2011, p. PEH7

12-13 et 14-19 NOVEMBRE |SOMMETS DE L'APEC À HAWAÏ (ÉTATS-UNIS) ET DE L'ASEAN À BALI (INDONÉSIE)

Signe de l'importance stratégique de la zone Pacifique, le président américain Barack Obama se rendra en personne aux deux grands sommets asiatiques qui se tiennent à quelques jours d'intervalle à la mi-novembre. " Le Pacifique a contribué à forger ma perception du monde ", rappelait, en 2009, M. Obama, qui est né à Hawaï et a grandi en Indonésie. A cette proximité personnelle s'ajoute une priorité stratégique pour les Etats-Unis, sur fond de rivalité croissante avec la Chine dans la région.

APEC, Asean : qu'est-ce que c'est ? Dans la région Asie-Pacifique, deux cadres de discussions économico-politiques gagnent en importance. Le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), dont le sommet se tient les 12 et 13 novembre à Honolulu, à Hawaï (Etats-Unis), regroupe 21 pays riverains du Pacifique. L'organisation a vu le jour en 1989 sur la base d'une proposition émise à Séoul, en Corée du Sud, par le premier ministre australien de l'époque, Bob Hawke. Il partait du développement des échanges commerciaux entre les nations de cette vaste zone et de l'avancée de l'intégration économique en Europe et en Amérique du Nord. Douze pays ont contribué à la création du Forum. Il représente 54,1 % du commerce mondial et 40 % de la population de la planète.

L'APEC, cadre non contraignant, travaille à la réduction des tarifs douaniers, à la facilitation des échanges, à la coopération sur la santé et, depuis 2001, à la lutte contre le terrorisme. En 1994, ce forum avait adopté, à l'occasion du sommet organisé à Bogor, en Indonésie, une série d'objectifs pour la suppression des taxes douanières à l'horizon 2010. En 2008, la moyenne de ces taxes avait baissé à 6,6 %, contre 16,9 % en 1989.

Deux ans plus tard, au Japon, les pays membres ont formulé la " vision de Yokohama " en faveur d'une plus grande intégration économique et d'une sécurité accrue, qui passent par la concrétisation du projet de zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Pour y parvenir, plusieurs propositions sont sur la table. Les Etats-Unis comptent sur le Partenariat trans-Pacifique (PTP). Lancé en 2005 par le sultanat de Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, ce cadre propose la création d'un espace sans taxe douanière. En 2008, les Etats-Unis ont décidé de négocier pour y adhérer. L'Australie, la Malaisie ou encore le Pérou ont suivi, et le PTP intéresse la Chine, la Corée du Sud et les Philippines. Avec retard, à cause de la catastrophe de Fukushima du 11 mars, le Japon a promis d'engager des négociations.

Deuxième cadre de discussions, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) a vu le jour en 1967 à Bangkok (Thaïlande), en pleine guerre froide, avec pour objectifs de favoriser la croissance, d'encourager la coopération et, à l'époque, de lutter contre le communisme.

Réunie à Bali du 14 au 19 novembre, elle compte aujourd'hui dix membres, contre cinq au départ. Le Timor-Oriental pourrait la rejoindre en 2015. L'adhésion de la Birmanie en 1997 a soulevé des questions sur l'importance des valeurs démocratiques au sein de l'organisation. Au final, l'Asean a, en 2003, adopté la déclaration Bali Concord II, dans laquelle les Etats membres affirment l'importance de la démocratie pour la paix et la stabilité.

L'organisation plaide pour une coopération accrue dans les domaines sociaux, environnementaux, culturels ou encore sécuritaires : des points qui apparaissent dans le projet de Communauté de l'Asean que les pays membres souhaitent créer d'ici à 2015. Dans cette optique, l'Asean a signé des accords de libre-échange avec la Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud. Elle dispose d'un siège d'observateur à l'Assemblée générale de l'ONU.

Son développement en a fait un acteur incontournable du dialogue régional. Avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, elle a formé, après la crise asiatique de 1997, l'Accord de libre-échange est-asiatique (Eafta ou Asean + 3), à l'origine de l'initiative de Chiang Maï (Thaïlande) conclue en 2000 pour limiter les risques de crise financière dans la région. A cette Asean + 3 se sont jointes l'Australie, l'Inde et la Nouvelle-Zélande pour donner naissance au Partenariat économique global pour l'Asie de l'Est (Cepea ou Asean + 6).

L'Asean est aussi au coeur du sommet de l'Asie de l'Est, qui réunit 18 pays, dont la Russie et les Etats-Unis, et qui se veut un forum d'échange sur le commerce, l'environnement et l'énergie. Depuis 2007, il est organisé dans le prolongement du sommet de l'Asean.

Espaces de dialogue ou de rivalité ? Preuve de l'importance grandissante de la région, sur les plans tant économiques que politiques, ces organisations sont aussi devenues, ces dernières années, des lieux de rivalité, principalement entre la Chine et les Etats-Unis.

En 2009, le président Obama avait affirmé la volonté américaine de ne pas être écarté de l'Asie. " Je souhaite que chaque Américain sache que nous avons un intérêt dans l'avenir de cette région car ce qui se passe ici a un impact direct sur nos vies ", avait-il déclaré, témoignant d'une évolution des priorités de Washington, de l'Atlantique vers le Pacifique.

Or, dans cette zone, l'influence américaine se heurte à celle de la Chine, dont le développement rapide de l'outil militaire - avec notamment son projet de construction de porte-avions - s'accompagne de revendications territoriales plus affirmées. Un incident sérieux a opposé le pays au Japon en septembre 2010, au sujet de la souveraineté sur les îles Senkaku, appelées Diaoyu en Chine.

En mer de Chine méridionale, des heurts ont eu lieu cette année avec les marines vietnamienne et philippine autour des îles Spratly et Paracel. La domination de ces archipels inhabités suscite des convoitises, car ils abriteraient de riches réserves halieutiques et d'importants gisements de pétrole et de gaz. Leur contrôle et l'étendue de la zone économique exclusive chinoise suscitent des interrogations dans cette région, importante route maritime et commerciale.

Ces questions reviennent à chaque rencontre de l'APEC ou de l'Asean. En juillet, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des pays de l'Asean, Pékin a accepté de discuter pour calmer les tensions en mer de Chine méridionale. Mais le dossier est loin d'être clos.

L'activisme chinois est une aubaine pour les Etats-Unis, qui en profitent pour conforter les alliances existantes avec les nations de la région, comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines. Ils se sont également rapprochés du Vietnam, avec lequel ils ont organisé des manoeuvres navales...

Quels sont les enjeux des sommets à venir ? Les questions sécuritaires vont occuper une place non négligeable au sommet de l'Asean, auquel se rendra Barack Obama. Sur les questions territoriales, les participants devraient rappeler leur volonté de garantir la libre navigation en mer de Chine méridionale et le respect des règlements internationaux sur la souveraineté. Ils devraient chercher à faire avancer le dialogue Asean-Chine, qui sera lancé au même moment, avec l'appui des Etats-Unis.

La Chine a certes accepté ces pourparlers mais reste réticente. Soumise en interne à la pression des tendances nationalistes, elle pourrait réaffirmer sa volonté de discuter au cas par cas, avec chacun des pays concernés.

L'Asean pourrait accepter d'être présidée par la Birmanie en 2014. Une demande en ce sens a été déposée par le gouvernement birman, issu des élections de 2010, et qui a commencé en octobre à libérer des prisonniers politiques. Il a reçu l'appui de l'opposante Aung San Suu Kyi qui, libérée après sept ans d'assignation à résidence, a accepté un dialogue avec le régime.

Sur le plan économique, l'Asean devrait poursuivre les discussions sur des zones de libre-échange avec ses partenaires au sein de l'Asean + 3 (une option privilégiée par la Chine), et ceux de l'Asean + 6, ce que préférerait le Japon, qui souhaite contrebalancer la puissance chinoise en intégrant l'Inde.

Le sommet de l'APEC devrait quant à lui se concentrer sur le projet de Partenariat trans-Pacifique (PTP), que les Etats-Unis veulent finaliser. Ce projet est considéré comme une avancée potentielle vers la réalisation de la zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Le président Obama, qui a dit en 2010 vouloir multiplier par cinq les exportations américaines, y voit également un bon moyen de soigner son image sur le plan intérieur, à un an de la présidentielle : la majorité républicaine du Congrès pourrait avoir du mal à s'opposer à ce projet. Un succès de Washington sur le PTP serait également une façon de contrer les rivaux chinois.

Mais au sein de l'APEC, le Partenariat trans-Pacifique en tant que base de départ pour la FTAAP ne fait pas l'unanimité. Pour parvenir à cette vaste zone de libre-échange, d'autres idées sont avancées. L'une d'elles propose de partir du cadre de l'Asean.

Philippe Mesmer

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Pêche: un capitaine de chalutier chinois arrêté dans les eaux du Japon

AFP Infos Economiques - Lundi 7 novembre 2011 - 06:30:16 GMT

Le Japon a informé lundi la Chine de l'arrestation du capitaine d'un chalutier chinois dans ses eaux territoriales après une course-poursuite de plus de quatre heures avec les garde-côtes nippons.

L'affaire, qui s'est déroulée dimanche près des îles Goto (sud-ouest du Japon), sera traitée "de façon appropriée", comme "un cas ordinaire", conformément à la loi japonaise, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Osamu Fujimura.

Il a ajouté que les autorités japonaises avaient informé le gouvernement chinois par la voie diplomatique, mais qu'elles n'avaient encore reçu aucune réponse.

L'incident est survenu lorsque les garde-côtes de la région de Nagasaki ont demandé à deux bateaux de pêche chinois surpris dans les eaux territoriales nippones de se soumettre à une inspection.

Le capitaine d'un des deux chalutiers, Zhang Tianxiong, 47 ans, a refusé de s'arrêter et a pris la fuite. Après une course-poursuite de quatre heures et demie, les garde-côtes ont finalement stoppé le chalutier de 135 tonnes en provoquant une collision.

Cet incident s'est produit dans une zone maritime qui n'est pas revendiquée par Pékin, contrairement à ce qui s'était passé l'an dernier.

Le 8 septembre 2010, l'arrestation du capitaine d'un chalutier chinois à la suite d'une collision avec un navire des garde-côtes nippons près d'un groupe d'îles en mer de Chine orientale, revendiquées par Pékin et Tokyo, avait plongé les deux voisins dans une grave crise diplomatique.

Devant le déferlement de protestations, de menaces et de représailles de la Chine, les autorités japonaises avaient finalement relâché le pêcheur le 25 septembre.

La Chine et le Japon se disputent la souveraineté sur les îles appelées Senkaku en japonais et Diaoyu en chinois. Ces îlots inhabités, administrés par Tokyo, sont entourés d'eaux très poissonneuses et leurs fonds marins pourraient renfermer des hydrocarbures.

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Air France va desservir Wuhan, sa 5e destination en Chine

AFP Infos Economiques - Lundi 7 novembre 2011 - 06:00:42 GMT

La compagnie française Air France va desservir la ville de Wuhan, dans le centre de la Chine, dès avril 2012, ajoutant ainsi une cinquième destination chinoise à son offre, a-t-elle annoncé lundi sur son compte Twitter AFnewsroom.

Pour l'instant, Air France opère des vols vers Shanghai, Pékin, Canton et Hong Kong. Dès avril, elle assurera le service vers Wuhan trois fois par semaine depuis l'aéroport parisien de Roissy, indique-t-elle.

C'est la première fois qu'un transporteur européen offrira une liaison directe avec Wuhan, précise la compagnie dans un communiqué.

Wuhan, capitale industrielle de la province du Hubei, est la principale agglomération de Chine centrale, avec quelque neuf millions d'habitants. De nombreuses entreprises étrangères s'y sont établies et notamment le groupe français PSA Peugeot Citroën qui y a installé une de ses usines.

Cet hiver, le groupe franco-néerlandais Air France-KLM dessert huit villes en Chine et à Taiwan (Pékin, Shanghai, Canton, Hong Kong, Chengdu, Hangzhou, Xiamen et Taipei) et se targue d'être leader dans le transport de passagers entre la Chine et l'Europe.

Au sein de l'alliance Skyteam, le groupe est aussi partenaire avec China Southern, basée à Guangzhou, China Eastern, basée à Shanghai et la compagnie taïwanaise China Airlines.

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Pourquoi le secteur du luxe échappe-t-il à la crise ? - Jean-Marc Bellaïche

La Croix, no. 39117 - Economie, lundi 7 novembre 2011

Les résultats trimestriels des grandes maisons de luxe confirment l'éclatante santé du secteur. Après les très bons chiffres de LVMH, PPR ou Richemont, Hermès a indiqué, vendredi, qu'elle allait réaliser, en 2011, les meilleures ventes de son histoire. Tous profitent d'une demande très forte en Asie, mais aussi aux États-Unis et en Europe. Même au Japon, frappé par le séisme de mars dernier, les affaires sont reparties.

RECUEILLI PAR SÉVERIN HUSSON

« Le luxe bénéficie d'une croissance phénoménale dans les pays émergents, au Brésil, en Russie, au Moyen-Orient et surtout en Chine. On estime que les Chinois sont à l'origine de 20 % des dépenses du marché. Un tel dynamisme s'explique par deux phénomènes : l'augmentation du niveau de vie et donc l'émergence d'une classe moyenne supérieure pouvant se permettre des achats de 200 à 400 dollars (150 à 300 €) ; et l'urbanisation galopante, qui rend ces produits accessibles à un nombre croissant de consommateurs. Au global, ces pays sont responsables de 35 % à 40 % du chiffre d'affaires du luxe. Ils devraient dépasser les 50 % dans les cinq ans.

Cela dit, les marchés dits matures, comme l'Europe et l'Amérique, progressent eux aussi. D'abord parce que, malgré la crise, les niveaux de vie continuent à augmenter. Les consommateurs capables d'acheter une belle montre ou un beau sac sont toujours plus nombreux. Il faut savoir que les grandes marques de luxe réalisent plus de la moitié de leurs ventes auprès de personnes gagnant moins de 150 000 € par an.

En outre, même en période de crise, les Occidentaux continuent à être très attirés par les produits haut de gamme. Dans une société de plus en plus stressante, ils n'hésitent pas à dépenser beaucoup d'argent pour se faire plaisir et acheter un produit de grande valeur, quitte à réaliser des économies sur d'autres dépenses. Enfin, il ne faut pas oublier que les touristes venus des pays émergents sont à l'origine d'une partie non négligeable des achats réalisés en Europe et aux États-Unis.

En 2008 et 2009, les ventes ont baissé pour la première fois depuis quinze ans. Même si les clients n'étaient pas, personnellement, touchés par la crise, certains ont modifié leur comportement en estimant qu'il valait mieux être prudent et ne pas engager trop de dépenses « accessoires ». Nous ne sommes plus dans cette configuration-là et les consommateurs ont repris les achats même si la confiance dans l'économie n'est pas bonne. Au-delà de l'effet de rattrapage après ces deux années difficiles, le secteur du luxe est donc assis sur de très bons fondamentaux qui devraient lui permettre de continuer à croître. »

Jean-Marc Bellaïche, Directeur associé au Boston Consulting Group, spécialiste du secteur du luxe

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L'Europe au pied du mur pour sécuriser la zone euro - Jean-Jacques Mével

Le Figaro, no. 20921 - Le Figaro Économie, lundi 7 novembre 2011, p. 25

L'urgence, pour les dix-sept membres de l'Eurogroupe, qui se retrouvent aujourd'hui, est de trouver les mécanismes de financement du FESF.

Retour à la planche à dessin. Dans l'incapacité de trouver rapidement des ressources financières auprès des puissances du G20 pour les aider à surmonter la crise de la dette, les dix-sept pays de l'euro se réunissent à nouveau ce soir, confrontés à un choix cornélien. Soit ils accroissent encore les moyens du fonds de secours aux pays en difficulté, le FESF, sachant qu'ils risquent de ne pas suffire si l'Italie vient à basculer. Soit ils remettent sur le tapis l'idée d'un recours massif à la BCE. L'Allemagne et la banque de Francfort continuent de refuser bec et ongles une telle option, mais la montée en puissance du problème de l'Italie a modifié la donne en quelques jours. Et la controverse franco-allemande sur la BCE, enterrée à l'approche du G20, risque à tout moment de rebondir. À nouveau sur la défensive, les tenants de l'orthodoxie, comme Yves Mersch, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale, rappellent que leur mission « n'est pas de remédier aux erreurs de la politique ».

« Démultiplication » des fonds

Le sommet de Cannes n'a permis d'avancée concrète sur aucun des scénarios de financement adossés au FMI. L'augmentation des ressources globales du fonds de secours par des investisseurs extérieurs, acceptée sur le principe, est au mieux pour l'année prochaine et reste l'otage d'une lutte d'influence entre Washington et Pékin. Le compte européen spécial, ouvert à des investisseurs souverains, comme la Chine, le Brésil ou la Russie, n'a pas trouvé preneur au G20, de l'aveu même d'Angela Merkel. Pour finir, la mise en commun des droits de tirages spéciaux (DTS) des pays de l'euro au profit du FESF, solution discrètement poussée par l'Élysée, se heurte au refus de la Chancellerie. Le quotidien allemand des affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonçait hier « un complot contre l'indépendance de la Bundesbank ».

Reste la « démultiplication » des fonds européens dont dispose encore le FESF, entre 250 et 275 milliards d'euros. Par l'octroi de garanties et grâce à des mécanismes d'assurance, la puissance de feu pourrait être rehaussée à 1 000 milliards. Ce soir, ce sera « la priorité absolue » des dix-sept ministres des Finances de l'Eurogroupe, dit-on de source européenne. L'espoir est d'en accélérer la mise en place pour la fin de l'année. Cette démultiplication avait été décidée au sommet l'euro du 27 octobre, quand la principale menace était une faillite de la Grèce, sur sa dette de 350 milliards. L'hypothèque italienne change les ordres de grandeur. Elle remet implicitement la BCE et ses ressources théoriquement illimitées au goût du jour. La question a été poussée à Cannes par Barack Obama et David Cameron. Mais sans convaincre ni Angela Merkel ni Mario Draghi, le nouveau président de la BCE. Faute d'avancée sur les moyens, l'Eurogroupe cherchera encore à tordre le bras des fautifs.

Pour la Grèce, il devrait exiger la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, qui garantirait la mise en oeuvre du plan d'austérité, quelle que soit la couleur du futur chef de gouvernement. Dans le cas contraire, Athènes ne recevrait pas un centime.

Côté italien, le ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, viendra détailler à ses pairs les mesures et l'échéancier promis à Cannes.

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LITTÉRATURE - "L'Hymne de bataille de la mère Tigre" Amy Chua

Le Figaro, no. 20921 - Le Figaro, lundi 7 novembre 2011, p. 16

La petite leçon d'éducation à la dure d'une « mère Tigre »

Amy Chua, professeur à Yale, préconise la sévérité avec les enfants. La traduction de son livre sort aujourd'hui en France.

Paru en janvier dernier aux États-Unis et aujourd'hui publié en France, le livre d'Amy Chua sur l'éducation de ses enfants, L'hymne de la bataille de la mère Tigre, a déjà provoqué un tollé des deux côtés de l'Atlantique.

Doté d'un sens aiguisé de la provocation, ce professeur de droit de la prestigieuse université de Yale prône, dans son ouvrage, les principes d'une éducation « à la chinoise » qu'elle a appliqués à ses deux filles, Sophia et Lulu : ne jamais laisser ses enfants participer à une journée de jeux ou dormir chez des amis, exiger les meilleures notes et la première place aux classements, avoir deux ans d'avance en maths, choisir des activités parascolaires élitistes (piano pour l'aînée, violon pour la cadette) et leur consacrer plusieurs heures par jour.

L'universitaire, hantée par la peur de la décadence de sa lignée, s'amuse à bousculer au passage les principes de l'éducation occidentale actuelle. Apprendre n'est pas forcément amusant, martèle l'universitaire, comparer ses enfants entre eux pour les piquer au vif peut être efficace, les traiter de « minables » est justifié s'ils ne font pas d'efforts (en vous offrant une carte d'anniversaire bâclée, par exemple), les complimenter en public est une hérésie... De quoi déclencher une bronca mondiale contre la tiger mother !

« Cette tempête a été en partie provoqué par l'angoisse des Américains du déclin de leur pays et de l'émergence de la Chine. Mon récit n'aurait blessé personne s'il s'était appelé »L'Hymne de bataille de la mère roumaine* », analyse rétrospectivement Amy Chua, qui tient au passage à rétablir quelques vérités : « Dans ce livre, je décris mes pires moments en tant que mère mais je ne suis certainement pas une maman cruelle. D'ailleurs, mes filles me voient comme quelqu'un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père ! » Son humour, qui transparaît à chaque page, a en tout cas échappé à bien des lecteurs. Mais au-delà de la dérision, Amy Chua reste une mère sévère et fière de l'être. Une revendication qui semble aujourd'hui presque incongrue. Dans la bouche d'une « mère Tigre » comme dans celle d'une maman lambda.

« Les autres parents trouvent parfois que je suis dure ou anachronique. Mais il n'y a pas de secret, estime Cécile, une quadragénaire mère de quatre enfants âgés de 3 à 12 ans, tous les premiers de la classe, dans le privé ou dans le public, suivent des règles strictes à la maison. » Pas de télé, pas de console de jeux, lecture obligatoire, deux heures de devoirs par jour pour les plus grands et visite de musée deux fois par mois : c'est le programme éducatif qui fait fréquemment passer cette Parisienne, chargée de clientèle, pour une « extraterrestre ». « C'est désagréable de faire respecter des règles car on a le mauvais rôle, mais je sais que mes enfants seront contents plus tard, dit-elle. De plus, ces principes ne m'empêchent pas de tout faire pour qu'ils soient épanouis et de prôner une approche ludique de la culture », souligne Cécile.

Valérie, une jeune maman qui n'hésite pas à priver son fils de 10 ans de sorties avec les amis ou de distractions après une désobéissance, se heurte aussi à l'incompréhension des autres parents. « J'ose à peine dire qu'il ne peut pas aller à un anniversaire parce qu'il est puni. On me regarde de travers », glisse la jeune femme.

Le succès du livre d'Amy Chua est-il une réaction à des années de laxisme ? s'est interrogé le magazine du New York Times. « J'ai reçu des centaines de gentils mails écrits par des parents qui se sont risqués à un peu plus de fermeté avec leurs enfants après avoir lu mon livre. Ils étaient apparemment surpris des bons résultats obtenus. J'ai aussi reçu de nombreux témoignages de gens séduits par l'idée qu'il fallait parier sur la force de ses enfants plutôt que sur leur faiblesse », répond l'auteur.

Agnès Leclair

L'Hymne de bataille de la mère Tigre, Amy Chua, Gallimard.

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«Le jour où Silvio Berlusconi quittera son poste devrait donner un signal positif»

Le Temps - Finance, lundi 7 novembre 2011

Le fonds Natixis euro souverain est investi sur les obligations souveraines de la zone euro sur un horizon de placement de trois ans minimum. Retour sur l'actualité récente de la crise de la dette souveraine avec son gérant, Olivier de Larouzière.

Le Temps: La crise de la dette est encore montée d'un cran avec l'annonce d'un référendum en Grèce, une idée ensuite abandonnée?

Olivier de Larouzière: En effet, les marchés sont de plus en plus inquiets avec l'arrivée de ces mauvaises nouvelles. La pression a atteint un paroxysme avec l'annonce surprise du référendum grec. Il s'agit de problèmes de nature politique qui influencent fortement la finance et qui empêchent les investisseurs d'avoir une quelconque visibilité.

- Quelle est votre analyse de la situation de la Grèce?

- Notre position sur la Grèce est claire et marquée depuis la fin 2009 où nous avions estimé qu'il n'y avait pas de risque de défaut sur ce pays à court terme. En revanche, nous étions déjà très méfiants par rapport à la présence d'un risque sur les fondamentaux. Aujourd'hui, nous sommes prudents car la situation devient très négative. Nous restons à l'écart de ce pays qui a besoin de réformes structurelles et de mesures d'austérité. Il s'agit de problèmes à traiter sur le long terme qui ne peuvent être résolus avec des propositions rédigées en urgence et déployées sur du court terme.

- La contagion peut-elle être évitée?

- La proposition de fin juillet sur un programme d'échange des titres grecs pour le secteur privé a créé un précédent dans la zone euro puisque cela constitue bien un défaut organisé sur une dette souveraine. Elle n'a pas abouti et nous restons dans l'attente de ce programme, ce qui créé toujours plus d'incertitude. La contagion a surtout été très forte dans le secteur bancaire depuis cet été. Nous savons que les banques réduisent leur exposition aux pays périphériques mais les marchés réagissent selon leur perception du risque et celle-ci va certainement rester très élevée dans les mois à venir.

- Dans un tel contexte, quels sont vos choix d'investissements?

- Dans notre analyse, nous avons l'habitude de travailler sur chaque pays, de manière individuelle. Nous établissons des anticipations de taux pour chaque Etat en fonction aussi des maturités. Ce point a toute son importance car les problématiques sont différentes, selon que les échéances soient à court terme ou long terme. Dans un climat où la volatilité est très forte, nous préférons naturellement l'Allemagne. Ces emprunts sont des valeurs refuge, pour la liquidité qu'ils offrent et pour leur solidité financière par rapport aux autres pays. La France et les Pays-Bas ont des fondamentaux stables mais offrent moins de rendement par rapport à l'Allemagne. Ces trois pays constituent 49% du portefeuille. Nous les préférons à l'Autriche et à la Belgique, dont les fondamentaux sont moins attractifs et les risques politiques plus élevés. Concernant l'Espagne et l'Italie, la méfiance est de mise et nous maintenons une position neutre. Le jour où Silvio Berlusconi quittera son poste devrait donner un signal positif. Le programme de rachat de la dette grecque avec une valeur fortement décotée des emprunts pourrait représenter une opportunité d'achat. Cependant, au vu des risques de volatilité élevés, nous préférons ne pas entrer sur ce marché et conserver plus de sécurité. Par ailleurs, les marchés obligataires souverains suisse et des pays du Nord offrent des opportunités de diversification limitées en raison de leur taille restreinte.

- Quel est l'intérêt d'acheter des titres obligataires de pays considérés comme sûrs et dont les rendements sont très faibles?

- Dans ce contexte macroéconomique européen, avec une tendance à la baisse sur les taux directeurs et un scénario possible de récession qui se précise, les obligations restent une classe d'actif sattractive. De plus, la courbe des taux est encore historiquement pentue et offre donc du potentiel d'appréciation malgré le fait que les taux longs soient sur des niveaux historiquement bas. D'ailleurs, malgré l'apparition de ces nouveaux risques sur les Etats, la classe d'actifs obligataires souverains a délivré de très bonnes performances ces dernières années en absolu et en relatif.

- Pourquoi ne pas favoriser les emprunts émergents?

- Les pays émergents ont un marché de la dette qui a bien tenu pendant la crise et qui a évité la contagion de la crise de la zone euro. Ils offrent donc un potentiel intéressant pour les investisseurs, à condition d'être sélectif avec les pays. En outre, les dettes obligataires restent encore peu développées dans ces régions émergentes en comparaison avec l'Europe. Si le Brésil offre un vrai marché de la dette, des pays comme la Chine et l'Inde en sont encore dépourvus. Il faut encore attendre quelques années.

Olivier de Larouzière, Gérant du fonds Natixis euro souverain.

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jeudi 3 novembre 2011

ANALYSE - Les nouveaux économistes de garde - Bertrand Rothé


Marianne, no. 756 - Idées, samedi 15 octobre 2011, p. 90

Pourquoi les économistes médiatiques défendent-ils avec tant d'acharnement un système en faillite ? Parce que certains d'entre eux sont payés par... les banques. Enquête et révélations sur les liens entre le monde de la finance et ses experts.

La crise fait rage, mais le débat n'avance pas. La seule solution qui émerge : se serrer la ceinture pour payer les banques. Mais n'est-ce pas la définition même de la crise : «Quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître» ? Sauf que cette fois la formule d'Antonio Gramsci ne fonctionne pas : les économistes hétérodoxes, les Lordon, Sapir, Gréau... ont des solutions. Le vrai problème : ils ne sont pas entendus. Est-ce surprenant ? La finance contrôle le débat économique.

Mystifications

Qui nous a informés sur la crise cet été ? Essentiellement des banquiers. En août, 10 articles du Monde traitent du fond du problème dans les pages «Débat». Sur 22 experts interrogés, 16 sont des individus liés aux institutions financières : 76,6 % ! Beaucoup tout de même, pour des banquiers responsables de la crise. Le Monde n'est pourtant pas le seul. Le 11 août, le Nouvel Obs titre sur : «Les incendiaires. Comment ils nous ont plongés dans la crise». Là encore les banquiers ne sont pas les incendiaires, mais les experts ! Anton Brender, autrefois réputé de gauche, directeur des études économiques de Dexia Asset Management, dispose de deux pages pour clamer que «ce ne sont pas les marchés qui sont en cause mais l'impuissance politique». Géniale novlangue : les marchés ne spéculent pas contre l'euro, les banques si. Mais comment un économiste pourrait-il cracher dans la main qui le nourrit ?

Pourquoi les journalistes sont-ils si prompts à gober pareilles mystifications ? Leur réponse est invariable : «On n'a pas le temps.» Et c'est le génie des banques de l'avoir compris, comme l'explique une journaliste de l'Expansion : «Les banquiers savent répondre vite, ils sont payés pour ça. Ce qui n'est pas le cas des universitaires, qui réfléchissent, et dont les nuances sont difficiles à retranscrire.» Et, c'est vrai, la pression est importante. Au Monde, une journaliste économique a signé 29 articles au mois d'août, soit plus d'un par jour travaillé, une autre en a signé 18, et ce n'est pas le journal le plus mal doté.

L'économiste Jacques Sapir pense différemment. Il distingue les journaux grand public, chargés de faire la pédagogie du libéralisme, et les médias économiques pour lesquels l'information a une vraie valeur marchande et qui, paradoxalement, sont plus ouverts : en pleine crise, les Echos ont ainsi édité un supplément très intéressant sur le «bon» capitalisme. On peut se poser la question. Le journaliste François Ruffin (du journal Fakir) remarque que le Monde a certaines audaces. Il se demande : «L'inflation peut-elle résorber les dettes publiques ?» Mais la réponse est digne de la Pravda : ce sont six experts qui condamnent dans ces pages l'inflation, sans même un autre son de cloche.

Le système peut être un peu plus complexe. Le 12 août, en pleine déroute financière, l'Autorité des marchés financiers interdit la vente à découvert pendant quinze jours, pour vérifier si la décision réduit la volatilité des marchés. A mi-parcours le Monde enquête. Verdict publié le 20 août : «La suspension des ventes à découvert ne permet pas d'éviter de lourdes chutes en Bourse.» Cette fois-ci, c'est du sérieux, seul un banquier juge que l'«on ne peut pas arrêter tous les bandits». Chapeau ! Le journal a interrogé deux professeurs de l'Edhec, une des plus célèbres écoles de gestion françaises. Interdire les ventes à découvert est «au mieux démagogique, au pis dangereux». La messe est dite. Sauf que l'on découvre, moyennant deux clics sur Google, que le laboratoire de ces deux spécialistes est financé par la banque Rothschild. Et là, de clic en clic, on apprend que le même labo vend de la formation aux professionnels... Deux mille euros pour deux jours et par participant, logement non compris. Excusez du peu. Si vous avez 10 élèves... A ce prix-là, mieux vaut éviter de se fâcher avec ses clients. Les ventes à découvert sont très rémunératrices pour les institutions financières. On reste sur la Toile et l'on découvre que l'un des experts est aussi le patron de l'Edhec, Noël Amenc, pour lequel «le débat entre marché et science n'a pas lieu d'être dans une grande école de commerce !» Circulez, pas de débat.

Compromission

Reste la télévision et la radio... Là, pas d'experts inconnus, pas d'obscurs économistes, seules les stars sont invitées, comme l'économiste Elie Cohen, que les chaînes se disputent, lui qui, en juin, nous expliquait que la crise était derrière nous. En dehors de ce genre de fantaisiste, pour avoir accès à ces médias, les banques prennent comme consultants des professeurs d'écoles prestigieuses : Ulm, Sciences-Po Paris, Dauphine et Polytechnique. Difficile de résister. Même les plus grands ont accepté cette compromission. Michel Aglietta, par exemple, conseille Groupama Asset Management. Lequel précise à la fin de ses livres qu'il est rémunéré par cette institution. Tout le monde ne le fait pas. Daniel Cohen, par exemple, signale très rarement qu'il travaille pour la banque Lazard. Il préfère rappeler qu'il forme les futurs Jean-Paul Sartre de la Rue d'Ulm, réservant son engagement chez Lazard aux lecteurs de Challenge.

Pour l'ordinaire, les institutions financières embauchent des seconds rôles. Anton Brender s'est retrouvé directeur des études économiques de Dexia, Jean-Paul Betbèze officie au Crédit lyonnais puis au Crédit agricole. En choisissant de passer du côté obscur de la force, nos hommes sont moins demandés par les grands médias, mais ils vont pouvoir porter la bonne parole parmi les importants. Jean-Luc Gréau, qui a oeuvré pour le Medef, rappelle que le débat économique sert aussi à prendre des décisions politiques. Et, là aussi, les banquiers ont souhaité être présents. Sur les trois économistes qui siègent au prestigieux club des «élites», Le Siècle, deux, Christian de Boissieu et Daniel Cohen, sont liés à des banques et siègent au Conseil d'analyse économique (CAE).

Gourmandise

Ce Conseil d'analyse économique, créé par Lionel Jospin, est aussi une citadelle imprenable de la planète Finance. L'enjeu est de taille. Le CAE conseille le Premier ministre. La finance monopolise cet accès à l'oreille du gouvernement. Sur les 28 membres, 19 sont directement ou indirectement liés à la finance. La Société générale, le Crédit agricole, HSBC et Natixis sont ainsi représentés directement par leurs subordonnés. On découvre à la lecture des CV des membres que l'on peut être professeur à Dauphine et conseiller du directoire de La Compagnie financière Rothschild comme Jean-Hervé Lorenzi.

Les jeunes ne sont pas en reste. Augustin Landier enseigne à la Toulouse School Of Economics, mais a aussi créé un hedge fund. A une journaliste qui lui demandait si on avait raison de penser que les fonds spéculatifs avait fomenté cette crise, il rétorque : «Non... Au contraire, en corrigeant les excès des marchés, ils contribuent à les assainir. Mais c'est vrai qu'en étant obligés de liquider leurs positions [...] ils ont amplifié la spirale baissière. Ce sont les victimes collatérales de la crise du crédit.» Il fallait oser présenter les fonds spéculatifs comme des victimes de la crise !

Le président du Conseil d'analyse économique a aussi ses pudeurs, et on le comprend, notre homme est gourmand, il ne mange pas à un seul râtelier. Le CV de Christian de Boissieu, qui affiche ses titres universitaires, ferait pâlir de jalousie n'importe quel colonel de retour d'Afghanistan : économiste de l'année, «lauréat» à deux reprises, puis des titres en anglais non traduits. Total respect... Mais notre président oublie de préciser qu'il conseille un hedge fund, et aussi le Crédit agricole, excusez du peu, qu'il siège au conseil de surveillance d'une banque privée, une paille, et la liste est encore plus longue.

Quand on interroge les membres de cette institution sur les dérives que peut générer ce quasi-monopole de la finance dans le CAE, la réponse fuse : «On est libres, Patrick Arthus propose par exemple d'augmenter les salaires depuis longtemps.» L'institution accepte un ou deux trublions à condition qu'ils ne mettent rien en cause d'essentiel. Au CAE, c'est la fonction de Patrick Arthus. L'homme est sans danger. Il a de nombreux fils à la patte. Le directeur des études de la banque Natixis est aussi au conseil d'administration de Total, généreusement payé 55 000 € par an pour sept réunions et ne se précipitera pas pour inviter à la révolution, ni pour augmenter la fiscalité du CAC 40. Triste constat : les banques sont les premiers employeurs d'économistes. Les débouchés pour les économistes sont en effet très réduits. Traditionnellement, l'enseignement arrivait en tête et il existe quelques postes dans la fonction publique. Aujourd'hui les banques ont énormément augmenté leurs effectifs : dans les salles de marché, les risques pays, les services marketing... Il est fréquent de passer du public au privé. Les conditions de travail sont meilleures, les salaires aussi, entre 4 000 € par mois pour un économiste confirmé et 15 000 e pour une star, bien plus qu'un agrégé d'économie en fin de carrière. Et voilà nos économistes dans le toboggan.

Evidemment, quand ils passent au privé, ils se jurent bien de ne pas changer. Sauf que Philippe Labarde, dans la longue et belle carrière qui l'a mené du service économique du Monde à France Inter, se souvient d'évolutions : «Quand celui-là travaillait dans un organisme public, il n'avait pas le même discours que depuis qu'il dirige le service d'une grande banque.» Evidemment, personne n'a envie de revenir en arrière. Le paradoxe de cette histoire, c'est que les économistes ont inventé un terme pour expliquer ce piège. Joseph Stiglitz appelle cela «le salaire d'efficience». Sa description est relativement simple. Comment s'assurer de la fidélité de ses salariés ? Il suffit de les payer un peu au-dessus du marché et, par peur de perdre ce petit avantage, ils fourniront un maximum d'efforts et se comporteront en économistes «de garde», pour reprendre l'expression popularisée par Serge Halimi, le directeur du Monde diplomatique.

Comme d'habitude, luxe de précautions, il est évidemment interdit de dire du mal de son employeur, voire des clients de son employeur, Etats ou autres. Le chemin est étroit. Antoine Brunet, un ancien de chez HSBC, nous affirme avoir signé une clause qui lui interdisait de publier des livres sans autorisation. Il existe des cas de licenciements. Un économiste que nous avons rencontré nous a expliqué sa situation : sa banque s'est séparée de lui parce qu'il avait dit du mal de la Chine. Comme il a négocié son départ, il refuse que l'on cite son nom. B.R.

Je tiens à remercier Antoine Brunet ancien économiste d'HSBC, Google, Philippe Labarde, ancien membre du CSA, Frédéric Lordon, du CNRS, François Ruffin, de Fakir, Jacques Sapir de l'Ehess, Jean-Luc Gréau, et ceux qui ont accepté de me parler à condition que je ne les cite pas pour «continuer à être invité dans les colloques», voire intégrer un jour une banque. Sans eux, je n'aurais pas pu écrire cet article.

Bertrand Rothé, Co-auteur, avec Gérard Mordillat, d'«Il n'y a pas d'alternative» (Seuil).

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Hubert Védrine : « Respecter le peuple grec »


Charente Libre - Toutes Actualités, jeudi 3 novembre 2011, p. 40

Dans une interview exclusive, l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine défend l'initiative du Premier ministre Grec et met en garde contre «l'arrogance» des dirigeants européens. Hubert Védrine donne ce soir une conférence à Poitiers sur le thème: «L'Europe face à la crise».

Le coup d'éclat de Papandreou est-il légitime ?

Hubert Védrine. Sa démarche est aussi légitime que celle du Bundestag qui exige de prendre sa part à la décision européenne. Jusqu'ici, Papandreou a fait preuve d'un courage extraordinaire. Personne n'aurait pu assumer des mesures aussi impopulaires en Grèce où il y a déjà eu treize grèves générales. Il faut avoir une légitimité politique forte pour pouvoir convaincre les gens d'accepter des mesures aussi rigoureuses, même si elles sont totalement justifiées. Avec sa très courte majorité, Papandreou a pris l'initiative du référendum pour se sortir d'un piège politique total. Si on veut que le «oui» l'emporte, il faut que les dirigeants européens arrêtent de prendre un ton arrogant et paternaliste pour «convoquer» Papandreou et affirmer qu'il est «déloyal». Les nations et les peuples d'Europe sont encore souverains, même s'ils ont délégué une part de leur souveraineté. Et il serait inacceptable que les Etats-membres de l'UE perdent le pouvoir de voter leurs budgets au profit d'une gestion technocratique au niveau supranational. Face à la révolte grecque, les fameux ministres des Finances d'une virtuelle Europe «fédérale» n'auraient pas tenu quinze jours. Il faut respecter le peuple grec et trouver des arguments dans le calme pour que les Grecs puissent comparer les conséquences du oui et du non au référendum.

Existe-t-il néanmoins un risque réel que la Grèce sorte de la zone euro ? Quelles seraient les conséquences pour les autres membres ?

Oui, bien sûr. Si c'est «non», cela signifiera qu'il n'y a plus personne capable de faire accepter par le peuple grec les sacrifices que les pays européens demandent en échange de leur aide. La Grèce est un petit pays et son retrait ne serait pas de nature à mettre en péril l'ensemble de la zone Euro. Les pays les plus importants, à commencer par l'Allemagne, ne peuvent pas prendre le risque de voir disparaître l'Euro. Si l'Allemagne se retrouvait avec un Mark qui serait alors énormément réévalué, ses exportations s'effondreraient.

Il y a un intérêt vital des uns et des autres à trouver une solution. Et si on est obligé finalement de gérer la sortie de la Grèce il faut le faire sans tomber dans des convulsions verbales.

Les craintes soulevées par la participation de la Chine au sauvetage de l'Euro sont-elles justifiées ?

Elles sont très exagérées. Nous sommes contents que la Chine investisse à l'extérieur et que nos entreprises trouvent des marchés en Chine. On ne peut pas être horrifiés a priori que la Chine entre, avec d'autres pays émergents, dans le fonds annexe au Fonds de soutien européen. La question et savoir comment fonctionnera ce Fonds.

Propos recueillis par Dominique Garraud

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La Chine, un « chevalier blanc » prudent et sourcilleux - Arnaud de la Grange


Le Figaro, no. 20918 - Le Figaro, jeudi 3 novembre 2011, p. 4

G20 APRÈS G20, le président Hu Jintao semble arriver de plus en plus fort, de mieux en mieux armé face aux grands raouts internationaux. Hier en nouveau partenaire incontournable des grands de ce monde, aujourd'hui en chevalier blanc de l'Europe, et, partant, de l'économie mondiale.

Si la Chine se présente de plus en plus confiante, elle ne se départit pas de sa prudence. Lors de son étape viennoise, sur le chemin de Cannes, le président chinois s'est ainsi déclaré « convaincu » que l'Europe pouvait « surmonter la crise de la dette ». Mais sans prendre pour autant le moindre engagement quant à l'implication de la Chine dans le plan de sauvetage. La Chine « attend les détails techniques pour y voir clair ». Si les conditions fixées par Pékin sont remplies, des experts chinois estiment que son engagement pourrait aller jusqu'à 100 milliards de dollars (lire en page 15).

Le poids de l'opinion publique

Mais au-delà de garanties techniques, la Chine compte bien obtenir des gains politiques de son rôle de Saint-Bernard financier. Avec l'UE - qui est son premier partenaire commercial - Pékin a ainsi deux contentieux. L'embargo sur les armes, que certains Européens souhaiteraient lever et que d'autres veulent maintenir. Mais surtout, l'octroi du statut d'économie de marché, pour lequel les Européens estiment que les Chinois ne remplissent pas encore les conditions. Il y a aussi, bien sûr, les pressions pour une appréciation plus rapide du yuan, que Pékin rejette avec constance. Sur tous ces points, il est clair que la Chine souhaiterait un « minimum de reconnaissance et de gestes », comme on peut le lire dans la presse chinoise. Le mois dernier, lors du « Davos chinois », le premier ministre Wen Jiabao a incité les Européens à « démontrer leur sincérité ».

En coulisses, les dirigeants chinois expliquent qu'ils doivent tenir compte de leur opinion publique. Et l'argument n'est pas une simple dérobade. Contrairement à certaines idées reçues, cette opinion publique s'exprime bel et bien en Chine, et de plus en plus fort. Et aujourd'hui, nombre d'internautes chinois s'insurgent contre cet argent déversé « d'un pays comptant encore des millions de pauvres vers des pays riches et gâtés ». Dans un article du 1er novembre, le Beijing Commerce Daily se penche sur ce paradoxe. Et rappelle que la Chine, qui détient 3 200 milliards de dollars de réserves, a « besoin de son argent pour améliorer la vie des Chinois, le logement, l'éducation, la santé et la sécurité sociale ».

À l'heure où la Chine est engagée dans une sensible période de transition politique, avec le changement l'an prochain de l'équipe au pouvoir depuis une décennie, les rapports avec les Occidentaux doivent être gérés avec la plus extrême prudence. Le moindre faux pas donnerait des armes aux clans adverses, qui jouent un subtil jeu de recherche de compromis et d'affrontements indirects. Pour les protégés du président Hu Jintao ou les « libéraux » proches du discours de Wen Jiabao, un échec des Européens, après que la Chine aura fait son chèque, serait une catastrophe.

Devenir le trésorier de l'Europe, en étant déjà celui des États-Unis, étoffe à l'évidence la carrure chinoise. Encore faut-il ne pas apparaître comme le « prêteur idiot », comme l'écrit sur Weibo - le Twitter chinois -, un blogueur de Canton, « celui à qui l'on prend l'argent du bout des doigts sans lui serrer la main ».

Devenir le trésorier de l'Europe, en étant déjà celui des États-Unis, étoffe à l'évidence la carrure chinoise

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Les Chinois sont réticents à l'idée de " prêter à ceux qui jouissent du luxe et du bien-être "

Le Monde - Economie, jeudi 3 novembre 2011, p. 18

L'opinion publique chinoise peine à comprendre pour quelles raisons Pékin devrait aider l'Europe. En visite en Autriche, avant de se rendre au sommet du G20 de Cannes (Alpes-Martimes), le président Hu Jintao s'est dit " convaincu ", lundi 31 octobre, de la capacité de l'Europe à s'extirper du marasme et le gouvernement chinois a précisé qu'il pourrait s'engager dans le fonds de stabilité européen (FESF), même s'il attend davantage de détails.

Mais le peuple chinois, lui, est franchement sceptique. Sur Sina Weibo, l'équivalent local de Twitter, le commentateur Hong Songbing lance : " Faire un don pour les handicapés est bon mais prêter à ceux qui jouissent du luxe et du bien-être est stupide ! "

Auteur d'ouvrages à succès sur la guerre des monnaies, Hong Songbing, dont les commentaires épicés sont suivis par un peu plus d'un million d'internautes et re-twittés, considère que la Chine risquerait de passer pour l'ingénu du village global si elle n'obtenait pas de contreparties tangibles : " Quid du statut d'économie de marché ? De l'embargo sur les exportations d'armes ? Cela doit se traduire par du concret ! ", relève-t-il.

Premier exportateur mondial, la Chine dispose de 3 200 milliards de dollars (2 330 milliards d'euros) de réserves de change. La majorité de cette somme est placée en bons du Trésor américain, mais le pays veut diversifier ses placements. Pékin a ainsi établi, dès 2007, un fonds d'investissement, doté, fin 2010, de 410 milliards de dollars et chargé d'obtenir de meilleurs rendements. Des placements malheureux se sont toutefois traduits par de lourdes pertes et ont valu aux hauts fonctionnaires gestionnaires les foudres du parti.

Ces " aventures " internationales se sont traduites par une vive aversion au risque. Leur souvenir rend difficile la question du soutien à l'Europe, selon Andy Xie, ex-chef économiste de Morgan Stanley en Asie.

Ingratitude européenne

Sur le plan économique, la Chine sait pourtant qu'elle a intérêt à soutenir l'Union européenne, son premier partenaire commercial. Mais elle considère que " l'Europe la traite mal ". Par exemple en ne lui reconnaissant pas le statut d'économie de marché à l'Organisation mondiale du commerce, ce qui lui coûte en taxes douanières.

Les Chinois sentent que " l'argent ne fera pas changer d'avis l'Europe " sur ce sujet, constate M. Xie, selon qui Pékin juge dangereux de se mêler aux querelles politiques du Vieux Continent. Par ailleurs, la scène politique intérieure n'est pas convaincue, ajoute-t-il : " Le peuple chinois n'apportera pas son soutien. Il pense qu'il travaille trois fois plus que les Grecs pour ne gagner qu'un dixième. "

D'autant que la Chine subit ses propres maux : la croissance ralentit légèrement, une partie des prêts souscrits par les divers gouvernements locaux pour lancer des projets d'infrastructures face à la crise ne pourra pas être honorée à temps. Quant aux médias du pays, ils se font l'écho des fuites de patrons endettés dans la ville côtière de Wenzhou. Autant de sujets intérieurs incitant à la frilosité internationale.

L'opinion branchée sur Internet s'est saisie d'un débat longtemps réservé aux technocrates de la capitale. En juillet déjà, les Chinois avaient observé avec inquiétude les discussions sur la levée du plafond d'endettement public aux Etats-Unis. Ils avaient réalisé que la valeur des avoirs de leur pays était suspendue à des questions de politique intérieure américaine.

" La prise de conscience populaire est récente mais elle grimpe ", note Ding Chun, directeur du centre d'études européennes de l'université de Fudan à Shanghaï. Selon lui, les Chinois ne comprennent pas pourquoi ils devraient soutenir des pays européens où le revenu par habitant est supérieur au leur : " Pour eux, c'est le pauvre qui est supplié de sauver le riche ! "

Harold Thibault

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Li Daokui : « Si la Chine soutient l'Europe, elle attendra plus de compréhension de ses intérêts »

Le Figaro, no. 20918 - Le Figaro, jeudi 3 novembre 2011, p. 15

INTERVIEW Directeur du Center for China in the World Economy (CCWE) de l'université Tsinghua, Li Daokui est aussi membre du Comité pour la politique monétaire de la Banque

centrale chinoise. Propos recueillis parArnaud de la Grange

LE FIGARO. - Depuis le début du plongeon grec et de la crise européenne, la Chine ne cesse de répéter qu'elle soutiendra l'Europe et l'euro. Mais ces derniers jours, il semble qu'il y ait quelques atermoiements. La Chine est-elle vraiment résolue à participer à un plan de sauvetage de l'Europe ?

LI DAOKUI. - La Chine est prête à aider l'Europe, à l'évidence, mais il y a au moins deux préconditions. La première, c'est être sûr que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) sera efficace, utile pour aider à stabiliser la situation européenne. Pékin veut donc s'assurer de la validité des mécanismes. Rien ne serait pire pour la Chine que de contribuer à quelque chose qui irait à l'échec au bout de quelques mois. La deuxième condition touche aux garanties offertes. Tous les investisseurs ont besoin de savoir quel degré d'engagement et de contrôle leur est permis, car on ne peut exclure que l'affaire ne fonctionne pas. Est-ce que ces garanties seront offertes par des dettes sélectionnées, comme la française et surtout l'allemande ?

À combien l'intervention chinoise pourrait-elle se chiffrer ?

Si les conditions sont remplies, on peut penser qu'un montant autour de 100 milliards de dollars n'est pas inconcevable.

Dans les discussions en cours, la Chine demande-t-elle des contreparties, par exemple, des avancées sur la reconnaissance du statut d'économie de marché par l'UE ou une moindre pression pour la réévaluation du yuan ?

Je ne peux dire de ce qui se discute ou se négocie concrètement. Mais si la Chine investit et soutient l'Europe, il n'est pas irraisonnable qu'elle demande au minimum un peu plus de compréhension de ses intérêts. Après, jusqu'où les choses peuvent aller, c'est une autre histoire...

Dans la presse chinoise et sur Internet, on voit beaucoup de voix s'insurgeant contre ce possible soutien chinois à l'Europe. Est-ce un facteur pris en compte ici ?

Oui, bien sûr. L'opinion publique chinoise compte beaucoup plus qu'on ne l'imagine souvent en Europe. Disons qu'aujourd'hui, de nombreux Chinois qui sont mal ou peu informés de la situation ne sont pas d'accord avec ce soutien potentiel à l'Europe. En revanche, tous ceux qui sont éduqués et bien au fait de ces questions comprennent bien les enjeux et cette position.

Le fait d'investir dans les dettes européennes fait que, mécaniquement, la Chine investira moins dans la dette américaine. Est-ce que cela peut avoir un impact sur les relations sino-américaines ?

Je ne pense pas. Les États-Unis connaissent parfaitement le tableau général, et ils peuvent très bien comprendre les préoccupations chinoises et européennes. Ils savent bien que cela n'est pas dirigé contre eux. De plus, le marché de la dette américaine est suffisamment attractif aujourd'hui pour que cela ne leur cause pas de préjudice.

Cette période cruciale, où la Chine pourrait participer activement au sauvetage de la zone euro, vous semble-t-elle un tournant dans les relations internationales ?

Oui. C'est un moment très important. Cette période achève de montrer aux dirigeants chinois, ainsi qu'à la frange avertie de la population, combien la Chine est devenue un élément clé dans les affaires du monde. Combien les destinées politiques et économiques de la Chine et de l'Europe sont liées, aussi. En ce sens, c'est certainement le commencement d'une nouvelle ère.

Propos recueillis par Arnaud de la Grange

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La Chine est tiraillée entre besoin d'Europe et peur d'investir à perte

Les Echos, no. 21051 - La crise grecque et le g20, jeudi 3 novembre 2011, p. 5

LA CHINE EST TIRAILLEE ENTRE BESOIN D'EUROPE ET PEUR D'INVESTIR À PERTE, EN CAS D'EFFONDREMENT

Pékin veut monnayer son soutien contre plus d'influence dans les institutions internationales

Pékin s'est bien gardé de manifester tout émoi depuis l'annonce du référendum grec. Fidèle à ses habitudes, la Chine a opté pour une déclaration aussi mesurée que creuse. « Nous espérons que l'Union européenne prendra des mesures actives [...] afin de surmonter la difficulté actuelle et de stabiliser les marchés financiers pour rétablir l'économie mondiale » : la phrase prononcée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, ressemble à de précédents communiqués de la Chine.

Sur le fond, pourtant, la deuxième économie mondiale est face à un dilemme. Tout en s'inquiétant des risques que pourrait représenter pour ses propres finances une exposition trop forte aux dettes européennes, elle redoute également les conséquences que pourrait avoir un effondrement économique du Vieux Continent sur sa propre croissance. Déjà le secteur exportateur est en train de souffrir et la croissance de la production industrielle se tasse.

En position de force

D'où la voie médiane qui se dessine. D'un côté, Pékin soutient réellement l'Europe. D'après un bon connaisseur de la Banque centrale chinoise, la remontée de l'euro ces dernières semaines serait en bonne part due aux achats répétés de devises européennes par la Chine. De même, elle a apporté un soutien clair au FESF, à la différence des autres émergents qui réclament plus explicitement un rôle accru du FMI. Mais de l'autre côté, la Chine reste d'une grande prudence en matière d'investissements. Comme le résume Vincent Xu, chef économiste chez Guodu Securities, « l'inquiétude vis-à-vis des dettes souveraines européennes reste forte, et beaucoup ici considèrent qu'il vaudrait mieux investir dans des actifs tangibles en Europe, notamment en prenant part à des programmes de privatisation ».

Une chose est sûre : un tel contexte place la Chine en situation de force. Si certains stratèges, à Pékin, estiment qu'il faut monnayer le soutien à l'Europe contre, au choix, un poids plus fort dans les institutions internationales ou une levée des obstacles à l'investissement dans l'Union européenne, tous savent que les récriminations habituelles des occidentaux vis-à-vis de l'empire du Milieu risquent, cette fois, d'être reléguées au second plan. Taux de change du yuan compris.

GABRIEL GRESILLON

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G20 : la France à l'épreuve des " émergents "


Le Monde - International, jeudi 3 novembre 2011, p. 3

Derrière la " photo de famille " du G20, les dures réalités de la recomposition des puissances ? Consacré aux questions économiques mais occasion aussi de discuter séparément de dossiers de sécurité internationale, le sommet du G20 à Cannes, jeudi 3 et vendredi 4 novembre, se profile comme un test pour la diplomatie de Nicolas Sarkozy. Pas seulement en raison de la crise de l'euro. Car la France a subi de plein fouet, cette année, les critiques de pays " émergents " que le chef de l'Etat s'employait à courtiser, depuis 2007, au travers de " partenariats stratégiques ", censés agir comme points d'appui pour Paris sur la scène internationale.

L'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud, les grandes démocraties du Sud qui siègent cette année au Conseil de sécurité de l'ONU, se sont révélés des interlocuteurs particulièrement difficiles. Cela s'est vu sur des dossiers que l'Elysée a érigés, au fil des mois, en priorités de son action extérieure : la Libye, la Côte d'Ivoire, la Syrie.

Le ressentiment des " émergents " face à la façon dont les Occidentaux, France en tête, ont interprété la résolution 1973 autorisant l'emploi de la force armée en Libye a compliqué l'exercice du multilatéralisme.

La France s'emploie à surmonter ces difficultés, qui résultent, selon des diplomates, d'un " syndrome du mauvais perdant " frappant les " IBAS " (Inde, Brésil, Afrique du Sud). La " pilule " libyenne a été difficile à avaler pour ces pays, tenants d'une approche souverainiste des relations internationales souvent en phase avec celle de la Russie et de la Chine. Ils ont vu le changement de régime au nom de la " protection des civils " comme un retour à des réflexes coloniaux et une instrumentalisation de l'ONU.

Il faut " cajoler " les émergents et tenter de " tourner la page ", dit-on côté français. Le G20 a le mérite de mettre tout le monde autour de la table. Alain Juppé, le ministre français des affaires étrangères, a récemment fait une tournée en Asie, et devrait bientôt se rendre en Afrique du Sud.

Le hiatus avec ces pays à propos de l'interventionnisme a refroidi les ardeurs françaises s'agissant de la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, sujet difficile depuis déjà longtemps. Le président Sarkozy, qui déclarait en juin 2010 que cette réforme visant à tenir compte des réalités géopolitiques du XXIe siècle serait une " priorité " de la double présidence française du G8 et du G20 en 2011, est devenu plus discret sur la question.

Il n'en a parlé ni dans son allocution annuelle devant les ambassadeurs français, en août, ni devant l'Assemblée générale de l'ONU, en septembre. Les IBAS aspirent tous à devenir un jour membres permanents du Conseil de sécurité. Mais leur abstention, en bloc, aux côtés de la Russie et de la Chine, lors du vote de la résolution 1973, a laissé des traces.

C'est avec le président sud-africain Jacob Zuma, attendu à Cannes, que les échanges auront été les plus tendus cette année, même si M. Sarkozy semble par ailleurs apprécier le côté rugueux du personnage. Leurs conversations téléphoniques à propos de la Côte d'Ivoire, où les troupes françaises sont intervenues sur autorisation de l'ONU, ont été compliquées. Jacob Zuma s'était positionné pendant des mois comme le principal " protecteur " de Laurent Gbagbo, alors que M. Sarkozy était décidé à mettre ce dernier hors d'état de nuire.

Une rivalité géopolitique a ainsi semblé se dessiner entre Paris et Pretoria sur le continent noir, où Jacob Zuma entend que les " affaires africaines " soient traitées par l'Union africaine (UA), dont son pays est le premier pilier. Or l'UA s'est sentie marginalisée et déconsidérée par les Occidentaux sur l'affaire libyenne, en dépit des deux tentatives de médiation de M. Zuma à Tripoli, auprès de Mouammar Kadhafi. Le contexte de politique intérieure en Afrique du Sud a beaucoup joué, analyse-t-on à Paris : l'aile gauche du parti au pouvoir, l'ANC, porteur de l'héritage anticolonial, a mis le président Zuma sous forte pression.

Le Brésil de la présidente Dilma Rousseff a quelque peu reconfiguré sa diplomatie, depuis le départ de son prédécesseur Luiz Inacio Lula da Silva : réchauffement des relations avec les Etats-Unis et durcissement face aux violations des droits de l'homme en Iran, en particulier.

Mais le fossé a été béant avec la France à propos de la Libye, puis sur la Syrie, un dossier sur lequel le Brésil dit craindre, comme d'autres " émergents ", que tout processus de sanctions déclenche un engrenage d'" ingérence " extérieur. M. Sarkozy, qui espère toujours vendre le Rafale et recevait récemment à l'Elysée le ministre brésilien de la défense, Celso Amorim, a pu mesurer sur plusieurs fronts les limites de ses ouvertures diplomatiques.

Avec l'Inde du premier ministre Manmohan Singh, les échanges ont été acrimonieux à l'ONU, la France se faisant accuser de " crimes de guerre " en Libye. L'Inde déploie - c'est la marque des " émergents " - une diplomatie axée sur son développement économique, et très focalisée sur des préoccupations sécuritaires régionales.

Les responsables français font l'analyse que ces trois pays, sous l'effet d'une globalisation de leurs échanges et de la montée des classes moyennes, progresseront peu à peu vers un meilleur sens de leurs " responsabilités " à l'échelle mondiale, décrit comme un sésame pour mériter le Conseil de sécurité. Le Brésil a désormais 37 ambassades en Afrique, continent qui concerne les deux tiers de l'activité de l'ONU en matière de prévention de crises et de maintien de la paix. La maîtrise des grands enjeux de sécurité internationale est un apprentissage.

La France n'est pas seule à faire l'expérience d'une césure avec ces pays : tous les Occidentaux l'ont ressentie. Et ce n'est pas, non plus, un phénomène entièrement nouveau, comme l'avait illustré l'attitude de l'Inde face aux massacres au Sri Lanka en 2009, ou celle de l'Afrique du Sud à propos de la dictature de Robert Mugabe au Zimbabwe.

Mais cela n'efface pas le fait que les " émergents " se sont sentis très bousculés à l'ONU, cette année, par le trio Etats-Unis - Royaume-Uni - France, qui a semblé vouloir démontrer une sorte de prééminence. L'activisme de Nicolas Sarkozy sur la Libye a heurté. Les IBAS sont des démocraties, mais leur approche de la défense des valeurs à l'échelle internationale n'est pas celle du président français qui les accueille à Cannes.

Natalie Nougayrède

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Les entreprises russes et chinoises perçues comme les plus corruptrices

Le Monde.fr - Jeudi 3 novembre 2011

Les entreprises russes et chinoises sont perçues comme les plus corruptrices à l'export, selon une étude de l'ONG Transparency International menée auprès de 3 000 cadres d'entreprise dans le monde, et rendue publique mercredi. Ces deux pays dont, selon l'ONG, les entreprises ont investi 120 milliards de dollars (environ 85 milliards d'euros) à l'étranger arrivent en queue d'un classement qui comprend 28 pays.

Le rapport de Transparency relève néanmoins les efforts des pouvoirs publics, tant en Chine qu'en Russie, pour lutter contre les velléités de corruption de la part de leurs firmes. D'après l'indice établi par l'ONG, dont le siège est à Berlin, la Russie recueille la note de 6,1 et progresse par rapport à une précédente évaluation, en 2008 (5,9/10), tandis que la Chine stagne à 6,5. Le podium des pays comptant les entreprises les moins corruptrices est formé par les Pays-Bas (1er, 8,8/10), la Suisse (2e, 8,8/10) et la Belgique (3e, 8,7/10).

CONSTRUCTION ET TRAVAUX PUBLICS

Au pied du podium se trouve l'Allemagne (4e, 8,6/10), tandis que la Grande-Bretagne (8,3/10), les Etats-Unis (8,1/10) et la France (8/10) se classent respectivement 8e (ex æquo avec Singapour), 10e et 11e de ce classement. Selon l'ONG, le secteur de la construction et des travaux publics est le plus affecté par le phénomène, suivi par celui des services et celui de l'immobilier. L'agriculture est l'activité la moins polluée par les tentatives de corruption, souligne également Transparency International.

Son indice est calculé sur la base des réponses de 3 000 hauts responsables d'entreprises de 28 pays développés ou en voie de développement choisis en fonction du volume de leurs importations et des investissements étrangers directs. Transparency International réalise de nombreuses études sur le sujet, dont la plus connue est "l'index de perception de la corruption dans le monde", qui doit être publié le 1er décembre.

LEMONDE.FR avec AFP

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Les vignerons des côtes à la fête à Hong Kong

Sud Ouest - Haute Gironde Jeudi 3 novembre 2011, p. Haute Gironde-C2_6

Le marché asiatique rassure les vignerons du Bourgeais et du Blayais

Même Montaigne y perdrait son latin. Car si les voyages forment la jeunesse, les responsables viticoles des Côtes de Bourg et des Blaye Côtes de Bordeaux sont en route vers l'éternelle jeunesse !

Que l'on en juge : à peine rentré de Nouvelle-Zélande où il accompagnait une mission du Rugby- Club d'Aquitaine dont il est l'un des membres, le directeur du syndicat viticole des Côtes de Bourg, Didier Gontier, s'envolait pour Hong Kong où se déroulait du 27 au 30 octobre le célèbre Wine and Dine Festival. Un festival auquel les Côtes de Bourg participent pour la deuxième année consécutive. Et où a lieu du 3 au 5 novembre le salon « Wine Fair ».

Premier marché export

De la même manière, après sa tournée parisienne des brasseries, bars à vin et restaurants partenaires de l'opération « Blaye au comptoir », les 18, 19 et 20 octobre dernier, le directeur du syndicat viticole des Blaye Côtes de Bordeaux, Jean Lissague, validait dans la foulée son billet pour... Hong Kong !

Une destination chinoise décidément très courue. Et pour cause : « Ce rendez-vous a été un grand succès pour nos vins », constatait hier Jean Lissague. « Et ce succès est surtout très rassurant pour l'avenir de nos affaires. En effet, la Chine et Hong Kong sont en passe de devenir le premier marché export des vins de Blaye Côtes de Bordeaux, et les perspectives qui s'ouvrent sont gigantesques ».

Salons et missions

Même satisfaction pour les Côtes de Bourg qui animaient un stand de dégustation et de promotion dans le cadre du Village Bordeaux : « Le grand public a répondu massivement sur les premiers jours. Mais c'était également l'occasion pour les professionnels importateurs d'approfondir leurs connaissances des vins de Bordeaux. Et en particulier du positionnement de notre appellation en termes de rapport qualité-prix-plaisir, qui séduit de plus en plus », notait pour sa part Didier Gontier.

Et si ce dernier profitait de sa présence en territoire chinois pour assurer la présence des Côtes de Bourg au salon Wine Fair auprès des 14 000 professionnels attendus, son collègue blayais Jean Lissague attendait beaucoup de la mission de prospection montée avec la CCI de Bordeaux sur Hong Kong, Shenzhen et Macao, à laquelle participaient une dizaine de vignerons blayais.

SYLVAIN VIAUT

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« La démondialisation est un mot intraduisible en anglais ou en chinois »

La Tribune (France), no. 4842 - Dossiers, jeudi 3 novembre 2011, p. 10

Un G20 pour la croissance plus que pour la gouvernance. Pour Alain Minc, le risque d'une nouvelle récession a bousculé les priorités de la présidence française.

La décision de Georges Papandréou d'organiser un référendum va-t-elle peser sur le G20?

L'affaire grecque est très mal venue, mais le risque ultime est pour la Grèce et non pour les autres pays de la zone euro. Si les Grecs décident démocratiquement de faire faillite, ils en paieront le prix. Le système financier verra bien sûr son addition accrue, mais dans des conditions gérables. Ce spasme est mal venu mais il n'est pas vital. Si c'était le cas, l'euro aurait chuté, or vous remarquerez qu'il reste toujours surévalué de 20 à 25 % par rapport au dollar. L'essentiel est aujourd'hui que l'Europe, et notamment celle de l'euro, a fait de réels pas en avant. D'abord, le probable départ de Silvio Berlusconi, auquel pourrait succéder un gouvernement de techniciens, comme savent si bien le faire les Italiens, devrait résoudre le problème de confiance que posait la péninsule aux marchés et à ses partenaires. Nous y avons tous intérêt, car sur un plan systémique, l'Italie, c'est autrement plus gros que la Grèce. Ensuite, je me demande si les marchés ne sont pas enfin en train de comprendre que plus ils mettent de pression sur l'Europe, plus celle-ci avance en termes d'intégration et de gouvernance. Au point de rendre le système européen de plus en plus indestructible. Les marchés ont plus fait progresser l'Europe que Charlemagne!

Du coup, les regards ne vont-ils pas se tourner vers les États-Unis?

Objectivement, la zone du monde qui va le plus mal aujourd'hui, ce n'est pas l'Europe. La somme de l'endettement public et privé est aux États-Unis presque trois fois plus élevée qu'en Europe. La preuve par l'euro qui, c'est le paradoxe de cette crise, est toujours resté très fort face au dollar. Certes, la monnaie américaine protège encore les États-Unis, qui, tant mieux pour nous, ont un rôle géostratégique et militaire irremplaçable. Mais franchement, qui peut dire que le système de gouvernance américain est meilleur que le nôtre quand on regarde ce qui se passe au Congrès sur le plafond de la dette. Que je sache, ce sont bien les États-Unis qui ont perdu leur notation AAA!

Quels seront les enjeux de ce G20? Les priorités ont changé par rapport au début de l'année...

L'ambition initiale de la France, qui était de faire un G20 de gouvernance mondiale, pour relancer la coopération est bouleversée par le risque d'une rechute dans la récession. La priorité de ce G20 sera de se mettre d'accord sur ce que chaque grand bloc peut faire pour ranimer la croissance. Nous avons fait en Europe ce qu'il fallait pour ne plus apparaître comme l'épicentre d'un risque systémique. La Chine, de son côté, doit se sentir plus coresponsable de la croissance mondiale et donc prendre des mesures pour relancer sa demande intérieure. Cela ne sera pas facile à obtenir. Enfin, les États-Unis doivent sortir du blocage politique qui les empêche d'avoir une croissance stable à moyen terme. Pour moi, de tous les pays du G20, le seul à avoir su engager une vraie stratégie de sortie de crise, c'est le Royaume-Uni. Ne nous racontons pas d'histoire : la seule manière de réduire notre excès de dette, c'est de faire un peu d'inflation. Le Royaume-Uni est le seul pays à avoir réussi à combiner une inflation de 5 % avec des taux d'intérêt faibles. Cet équilibre n'est possible que parce que David Cameron mène une politique budgétaire crédible pour réduire le déficit public qui, il est vrai, a augmenté beaucoup plus qu'en Europe continentale. Les États-Unis essayent aussi de faire de la création monétaire massive, au travers du « quantitative easing » de la Réserve fédérale, mais cela marche mal.

Dans la guerre économique entre les États-Unis et la Chine, quelle carte peut jouer l'Europe?

Je ne suis pas d'accord avec ceux qui s'inquiètent de voir la Chine participer au financement du fonds de soutien européen. Le monde actuel est structuré autour d'un violent tête-à-tête entre l'Amérique et la Chine. Ce conflit économique, commercial et monétaire laisse un espace pour une Europe ayant à l'égard de la Chine une attitude moins brutale et, en tout cas, plus habile. Pour la Chine, aider l'Europe en rachetant de la dette, c'est un moyen de diversifier la dépendance de ses réserves au dollar et un signe politique adressé aux États-Unis que l'euro est pour eux une alternative crédible.

Ne faut-il pas craindre une accentuation des mesures protectionnistes? Nicolas Sarkozy a appelé l'Europe à être moins naïve sur le commerce...

Ne nous faisons pas trop d'illusions. Il ne sortira pas du G20 un plan ficelé de relance de la croissance. Les égoïsmes nationaux restent dominants. Pour changer le monde, il faudrait que les Américains épargnent plus et les Chinois moins. La seule vraie bonne nouvelle économique pour le monde, ce seraient des grèves salariales massives en Chine, qui égaliseraient les coûts du travail. On en est loin... La résurgence protectionniste dans la crise actuelle a été limitée, mais elle est réelle. Le multilatéralisme s'est affaibli au profit de logiques bilatérales. Je ne crois pas à une guerre économique entre les États-Unis et la Chine car le débiteur a trop besoin de son créancier pour financer son mode de vie. Je ne crois pas non plus à la démondialisation, un mot intraduisible en anglais ou en chinois. Le salarié français qui perd son emploi parce que son usine se délocalise oublie que, le samedi au supermarché, son pouvoir d'achat profite de la mondialisation, qui fait baisser les prix.

L'Europe doit-elle faire un saut fédéral pour affronter la mondialisation?

L'Europe sera d'autant plus forte et unie au G20 qu'elle sera intégrée, particulièrement au sein de la zone euro. Les Anglais l'ont compris et je lis dans l'agacement manifesté par David Cameron à être exclu des grandes décisions une forme de déclaration d'amour frustré de la part d'un Royaume-Uni qui sent bien qu'il n'a plus de destin dans le grand large en dehors de l'Union européenne. Un saut fédéral est souhaitable, mais il faudra du temps car la France et l'Allemagne en ont deux conceptions diamétralement opposées. Paris veut un « fédéralisme exécutif » là où Berlin a une vision parlementaire. Pour l'instant, la France se satisfait d'une sorte de consulat franco-allemand au Conseil européen. Les Allemands, qui ont depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une démocratie très forte en contre-pouvoirs, ne pourront s'en satisfaire. Donc il faudra aller plus loin.

Nicolas Sarkozy peut-il tirer profit d'un succès au G20 en 2012?

Sans préjuger du résultat, je ne pense pas que le G20 déplacera des voix en 2012. En revanche, les Français seront juges du fait que le président de la République a été en première ligne depuis 2008 pour affronter une crise financière et économique exceptionnelle. Dans l'urgence, il a su démontrer sa capacité à faire bouger les lignes. Pour moi, en 2012, et compte tenu du défi que représente le maintien de la signature AAA de la dette de la France, le projecteur ne sera pas placé sur Nicolas Sarkozy, mais sur François Hollande. C'est au candidat socialiste à sortir de l'ambiguïté : entre Arnaud Montebourg et Pascal Lamy, le PS va devoir trancher. En 1995, la France avait 12 points de compétitivité d'avance sur l'Allemagne, son principal partenaire commercial. Aujourd'hui, elle accuse 12 points de retard. Suivez mon regard : les 35 heures de Jospin et la hausse du Smic sous Chirac.

Propos recueillis par Philippe Mabille et Jacques Rosselin

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