vendredi 24 juin 2011

ANALYSE - L'Internet sur mesure façonné par la Chine - Arnaud de La Grange

Le Figaro, no. 20806 - Le Figaro, vendredi 24 juin 2011, p. 2

Protégés de la concurrence par la censure, des sites chinois explosent sur un marché national d'un demi-milliard d'internautes. Au point de donner le jour à un Web parallèle, avec ses caractéristiques propres, et ses limites.

Le paradoxe est aussi étonnant que savoureux. Si, par essence, Internet est censé se jouer des frontières, unifier un monde qui n'en demande pas toujours tant, c'est pourtant dans ses espaces virtuels qu'une logique de « blocs » est en passe de se reconstituer. Avec d'un côté une planète « libre », celle de Google et de Facebook. Et de l'autre un monde chinois et « communiste », celui de Baidu et Renren. Entre les deux, un mur, comme il se doit. Ce qu'on appelle, avec un clin d'oeil pour la mythique grande muraille, le « Great Firewall ».

Caricatural, bien sûr, mais pas dénué de fondement. Un Internet aux « caractéristiques chinoises », pour reprendre l'expression consacrée quand Pékin veut parler de sa spécificité politique ou économique, a bel et bien vu le jour. Et la plus grande cyberpopulation au monde - près d'un demi-milliard d'internautes chinois - échange, se rencontre ou commerce sur des sites que le reste de la planète ignore. Des géants du Web sont nés. Renren, le Facebook chinois, a fait une entrée en fanfare le mois dernier à Wall Street. Tout un symbole.

Pour naître et croître, les grands sites Internet chinois ont, à l'évidence, bénéficié de la censure qui a frappé leurs concurrents occidentaux. Qu'ils soient bridés, comme Google, ou purement et simplement bloqués, comme YouTube, Facebook ou Twitter. Le voile noir sur ces derniers sites est tombé au lendemain des sanglantes émeutes dans la région du Xinjiang, à l'ouest du pays, en juillet 2009, afin d'éviter qu'informations et mots d'ordre ne circulent. C'est un peu comme si Pékin voulait créer un vaste Intranet chinois. Il est transparent qu'a été favorisé le développement de champions chinois du Web, bien plus faciles à contrôler. Mais, plutôt que ce coup de pouce très politique, les patrons de ces grands sites de l'Empire préfèrent expliquer que le public chinois est naturellement porté vers des outils plus proches culturellement de lui.

Débuts en Bourse flamboyants

Les histoires des temps pionniers du secteur rappellent celles entendues de l'autre côté du Pacifique. Ainsi, pour Renren et le parcours de son fondateur. Un doctorat américain de l'université du Delaware en poche, Wang Xing revient à Pékin où il tente de lancer une version locale de Friendster. Échec. Deux ans plus tard, il entend parler d'un nouvel outil, Facebook, et décide de le copier. Ou, disons, de s'en inspirer fortement. L'ancien diplômé de la prestigieuse université de Tsinghua vise essentiellement les étudiants, et son premier bébé s'appelle d'ailleurs « Xiaonei », soit « sur le campus », avant d'être rebaptisé « Renren ». La légende raconte que le jeune homme voulait alors contribuer à « bâtir un monde meilleur ». Et qu'il a commencé en 2005 flanqué de deux partenaires, avec 300 000 yuans (environ 30 000 euros), en louant trois petits appartements contigus aux abords de l'université. Là, ils ont passé des semaines entières, reclus, se nourrissant de nouilles instantanées et de lignes de code... En 2006, Wang vend, pour 4 millions de dollars. Il doit se dire qu'il aurait mieux fait d'attendre un peu.

Aujourd'hui, Renren - dont le nom signifie « tout le monde » - est le réseau social le plus populaire en Chine. Il revendique près de 120 millions d'« utilisateurs activés », avec deux millions de nouveaux membres par mois. Une banderole, dans une salle de détente du QG, proclame que « chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen »... Malgré les avertissements de certains analystes estimant que le groupe baigne dans un certain « flou », ses débuts en Bourse à New York ont été flamboyants. Son PDG, Joseph Chen, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l'université de Stanford, a expliqué que son objectif était de « révolutionner la façon dont les gens en Chine se connectent, communiquent, s'amusent et font leurs achats ». L'autre grand réseau social chinois, Kaixin - qui signifie « heureux » -, a dès l'origine visé une autre cible, les cols blancs. Son patron a d'ailleurs un autre profil. Cheng Binghao était directeur des technologies de Sina, le plus grand portail Internet du pays, quand il a démissionné pour créer Kaixin.

Existe-t-il réellement un « internaute chinois », avide d'outils spécifiques, plus proches culturellement ? Oui et non. « Je ne crois qu'à moitié à cette spécificité Internet chinoise, commente Renaud de Spens, spécialiste de l'Internet chinois. Quand on regarde de près, on voit d'ailleurs qu'il y a très peu de différences. Les interfaces, les fonctionnalités se ressemblent terriblement. Même s'il y a bien sûr des particularités, comme l'accent mis sur les gadgets ou les jeux. » Professeur à l'École normale de Pékin et spécialiste du sujet, Liu Deliang estime, lui, que ces sites sont bien différents, « sur le fond, en voyant toujours les choses, notamment l'information, sous l'angle chinois, et sur la forme, en utilisant des éléments graphiques chinois, comme la couleur rouge ». Certes, Kaixin s'est drapé de carmin, mais Renren affiche, lui, un bleu très « facebookien ». Dans un entretien avec un journal de Canton, Cheng Binghao s'est défendu d'avoir copié Facebook et a expliqué qu'il avait beaucoup innové, afin de coller aux goûts des internautes chinois. Notamment avec le jeu « paroles sincères », inspiré d'un divertissement très populaire chez les jeunes cadres. Ou avec l'application « acheter une maison », répondant à l'aspiration première de la classe moyenne.

La popularité de ces réseaux fait peur à certains. L'Armée populaire de libération (APL) vient ainsi d'interdire les réseaux sociaux à ses 2,3 millions de membres, par peur de la « fuite de secrets ».

« Jeu social » et rencontres en ligne

Si tous ces sites sont à l'évidence des rejetons des grands aînés occidentaux, « ils ont aussi développé des applications parfois supérieures à celles de leurs inspirateurs », constate Renaud de Spens. Weibo, le Twitter chinois, qui rencontre un immense succès, permet d'échanger des photos plus facilement que son grand frère occidental. De la même façon, Renren a une application qui permet de voir qui consulte votre profil. Une fonction utile et plaisante pour certains, mais qui suscite aussi des critiques chez les internautes chinois, dérangés par son côté « mouchard ». Baidu propose une encyclopédie du type Wikipédia, très bien faite. Le Google chinois a aussi fait un tabac avec son moteur de recherche MP3 - donc avec le téléchargement de musiques illégales. Sous le feu des critiques, notamment américaines, il a annoncé qu'il allait lancer ce mois-ci Baidu Ting, un service légal de musique avec un volet réseau social.

Une grande partie de la population chinoise s'accommode de cet Internet en partie coupé du reste du monde. Même si les intellectuels jugent Google supérieur pour leurs recherches. Ou si les étudiants se sentent isolés. Phoebe, 26 ans, qui vient d'étudier deux ans à Philadelphie, a à la fois un profil Renren et un profil Facebook, avec l'obligation de contourner la censure si elle veut consulter ce dernier. « Renren me fait rester dans nos frontières, dit-elle. Facebook me permet de garder le lien avec mes amis de l'étranger. » Ajoutant : « La différence est aussi qu'ici on va beaucoup sur ces réseaux pour jouer. Et pour des rencontres sentimentales. » Le « jeu social » est l'objet d'une véritable folie en Chine. Renren a fait un tabac avec son jeu Happy Farmer, vite imité par son concurrent Kaixin et son Happy Garden. L'affaire est financièrement très juteuse. Le grand fabricant américain de chips Lay's a ainsi utilisé Happy Farmer pour lancer une grande campagne chinoise, qui s'est révélée extrêmement efficace.

Pas un jeune sans son compte QQ

Le dating porte aussi les sites au septième ciel. Le South China Morning Post racontait récemment comment Dong, une jeune enseignante pékinoise de 26 ans, s'était fait « brancher » de manière on ne peut plus directe sur Renren. Par un jeune collégien lui expliquant qu'il n'était « pas mauvais », sachant qu'il parlait là d'une matière peu académique. « Je dis des choses que je suis absolument incapable de dire dans la vie réelle, explique Zhang, un étudiant de 23 ans. Vous savez, on n'est pas encore très à l'aise avec le flirt, ici. » Là encore, les ressorts se retrouvent en Occident. Mais, dans une culture où les verrous sociaux sont encore forts, où le mariage arrangé par les parents est encore très répandu, la bascule est spectaculaire. Le mois dernier, le premier site Internet chinois de rencontres - il revendique une part de marché de 44 % -, Jiayuan.com, s'est aussi lancé en Bourse à New York.

Pas un jeune Chinois ne vit sans son compte QQ, le plus populaire des sites de chat.Si l'engouement est aussi fort pour tous ces sites, « c'est sans doute parce que cette capacité d'expression est nouvelle en Chine et qu'elle est plus compliquée dans d'autres champs de la vie quotidienne, à la différence de l'Occident », avance le professeur Liu Deliang. Peut-être aussi parce que ces réseaux sociaux collent à la culture traditionnelle des guanxi, ce tissu de relations indispensable pour réussir socialement et dans les affaires en Chine.

Les nouveaux empereurs du Web chinois, en tout cas, se portent bien. L'an dernier, Robin Li, le patron de Baidu, 44 ans, a bondi de la 14e à la 2e place du classement des milliardaires chinois, avec une fortune estimée à plus de 7,2 milliards de dollars. Cette dernière aurait plus que doublé depuis les déboires de Google, Baidu dominant désormais 73 % du marché chinois. Mais les sites chinois sauront-ils partir un jour à l'assaut du monde ? La censure qui les a aidés à grandir risque cette fois-ci de les handicaper pour devenir des champions internationaux. Les grands murs, l'histoire l'a souvent montré, isolent autant qu'ils protègent.

Chaque jour, le nombre de personnes rejoignant renren.com pourrait remplir 230 fois la place Tiananmen...

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Pékin autorise les investissements étrangers en yuan - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20959 - International, jeudi 23 juin 2011, p. 7

La mesure s'inscrit dans la stratégie globale d'internationalisation de la « monnaie du peuple ». Elle présuppose également le développement des marchés financiers chinois, un chantier auquel la Chine travaille également.

Selon le « China Business News », qui s'est procuré un document confidentiel de la banque centrale chinoise, Pékin aurait commencé à autoriser les premiers investissements directs étrangers sur son sol libellés en yuan. Même si une commission devra autoriser, au cas par cas, chacun de ces investissements, la nouveauté est incontestable : jusqu'à présent, les entreprises internationales investissaient essentiellement en dollar. Cette réforme s'inscrit dans la stratégie globale d'internationalisation du yuan décidée par les autorités chinoises. Une stratégie qui repose nécessairement sur deux piliers. Il faut, d'une part, permettre à la monnaie chinoise de sortir du territoire national, ce qui se fait par l'émission d'obligations libellées en yuan sur le territoire de Hong Kong, mais également par le biais de transactions commerciales libellées en yuan. Et, d'autre part, il importe de permettre à cette devise de revenir sur le territoire national, comme en témoigne cette nouvelle mesure.

S'affranchir du dollar

Ce dispositif vise notamment à s'affranchir progressivement du dollar, dont l'afflux continu en Chine entraîne une création monétaire qui n'est pas sans lien avec l'inflation. Il devrait progressivement mener la monnaie chinoise vers la convertibilité. Encore faudra-t-il, pour cela, que les marchés financiers chinois, encore balbutiants, se développent. A cette fin, Pékin a annoncé, hier, que les banques étrangères seraient désormais autorisées à proposer à leurs clients, en Chine, des placements collectifs (mélangeant actions, obligations et produits monétaires). Un type de produits encore rare en Chine, et qui devrait offrir aux épargnants une alternative aux simples dépôts bancaires. Non seulement ces derniers sont mal rémunérés, mais ils présentent en plus le défaut d'alimenter, via le système bancaire, un secteur immobilier déjà hypertrophié.

G. G.

Note(s) :

CORRESPONDANT À PÉKIN

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Les groupes japonais veulent nourrir les Chinois - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20959 - Industrie, jeudi 23 juin 2011, p. 23

Mitsubishi Corp. et deux de ses filiales spécialisées dans la production de viande vont investir plus de 1 milliard d'euros avec le géant chinois d'Etat Cofco dans une coentreprise d'élevage et de transformation de porcs et de volailles.

L'essor de la consommation alimentaire des Chinois suscite l'appétit des industriels japonais. Témoin, l'opération annoncée hier par la plus grande maison de négoce japonaise, Mitsubishi Corp. Avec deux de ses filiales, Itoham Foods et Yonekyu Corp., Mitsubishi Corp. va acquérir 33 % des activités dans la viande du géant chinois de l'agroalimentaire Cofco.

Ensemble, les partenaires prévoient de dépenser dans les cinq ans qui viennent 10 milliards de yens (1,1 milliard d'euros) pour lancer de nouveaux élevages de porcs et de volailles en Chine et bâtir sept usines de transformation de viande. Ils comptent également importer plus de viande de boeuf de l'étranger et monter de nouveaux réseaux de distribution. La nouvelle coentreprise vise un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros en 2017.

En 1998, lorsqu'il inaugurait son premier élevage de porcs et une usine de transformation de viande dans la province du Jiangsu en Chine, le japonais Yonekyu cherchait surtout à profiter des faibles coûts de production locaux pour alimenter le marché nippon. Aujourd'hui, l'objectif de Mitsubishi est tout autre : il s'agit de s'imposer dans une industrie chinoise encore très fragmentée, dominée par des producteurs de petite ou moyenne taille et, surtout, en plein essor. La population chinoise consomme déjà 28 % de la viande mondiale et sa demande devrait encore progresser dans les prochaines années. En moyenne, un Chinois ne mange actuellement que 53 kilos de viande par an quand un Américain en consomme, lui, 125 kilos.

Montée en gamme

En échange de cet accès privilégié au marché chinois, Mitsubishi et ses filiales prévoient d'offrir au groupe d'Etat Cofco les technologies et les procédures de contrôle d'hygiène qui peuvent encore lui manquer : le marché chinois est régulièrement secoué par des scandales d'intoxication alimentaire.

« L'une des missions de Cofco est de fournir des viandes et des produits transformés de plus haute qualité », expliquait, hier, Mitsubishi Corporation, qui avait établi dès 2004 un partenariat avec le groupe chinois, auquel il fournit 5 millions de tonnes de soja par an.

Conscient de leurs limites, les géants de l'agroalimentaire chinois cherchent actuellement tous à monter en gamme en s'associant souvent à des entreprises étrangères bénéficiant de savoir-faire pointus ou de marques reconnues à l'international. S'il a raté en mars dernier la prise de contrôle de Yoplait, le shanghaïen Bright Food laisse ainsi entendre qu'il est toujours à l'affût d'une grosse acquisition en Europe.

Yann Rousseau

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Pékin soutient son partenaire commercial, mais s'inquiète en tant qu'investisseur

Le Monde - Economie, mercredi 22 juin 2011, p. 15

La crise de la dette publique en Europe - Le marasme grec illustre la défaillance du leadership européen. Une crise à l'échelle européenne aurait un impact sur la croissance chinoise

La Chine suit de près l'évolution de la situation de la Grèce et navigue entre soutien infaillible du partenaire et inquiétude de l'investisseur. La vice-ministre des affaires étrangères, Fu Ying, a expliqué, le 17 juin, qu'il est d'une « importance vitale » pour la deuxième économie mondiale que les Etats européens parviennent à surmonter leurs difficultés et à échapper à la crise.

Lors d'une visite à Athènes, en octobre 2010, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, faisait part de sa confiance en assurant que Pékin continuerait de financer la dette grecque. Il proposait aussi comme remède de doubler le volume des échanges commerciaux entre les deux pays en cinq ans et offrait une ligne de crédit de 5 milliards de dollars aux armateurs grecs afin qu'ils s'offrent des navires chinois. Le premier ministre grec, Georges Papandréou, proposait aux entreprises chinoises de faire de la Grèce leur « tremplin » d'accès à l'Europe. La visite en Hongrie, au Royaume-Uni et en Allemagne de Wen Jiabao, du 24 au 28 juin, devrait être l'occasion de réitérer le soutien chinois à l'économie grecque et à la zone euro.

Cela n'interdit pas à la Chine de s'enquérir, en investisseur rationnel et lucide, de la situation de l'Union européenne, son premier partenaire commercial. Dans un rapport sur la stabilité financière mondiale du 14 juin, la banque centrale chinoise constate : « La cause profonde qui a provoqué la crise de la dette souveraine n'a pas été résolue », en référence à l'endettement chronique des Etats européens qui ronge la confiance des marchés et menace de voir la crise grecque « se répandre et se détériorer ».

« Désir de diversification »

« Oui, le gouvernement chinois s'inquiète de l'évolution de la crise européenne », explique Zhang Ming, chercheur à l'Institut d'économie et de politique internationale de l'Académie chinoise des sciences sociales. Un affaiblissement de la demande européenne freinerait les exportations chinoises, donc la croissance et l'emploi. Selon lui, le yuan serait davantage sous pression en cas de dépréciation de l'euro face au dollar.

Surtout, il serait plus difficile pour la banque centrale de continuer la diversification de ses réserves de change. Toutes ces raisons poussent Pékin à ne pas abandonner l'Europe. « Toutefois, acheter des bons de la Grèce ou du Portugal devient risqué du fait de la possibilité de défaut. C'est pourquoi le gouvernement devrait envisager d'investir davantage dans le Fonds européen pour la stabilité ou dans le Fonds monétaire international, qui offrent de meilleures garanties », relève le professeur Zhang.

L'équation revient pour la Chine à évaluer la priorité entre sa volonté de diversifier le placement de ses réserves de change - 3 044 milliards de dollars (2 117 milliards d'euros) en mars, surtout en bons du Trésor américain - et son inquiétude envers la sûreté de la dette des différents Etats européens.

Hors Etats-Unis, « l'Europe est le seul marché assez profond pour absorber une part significative des 200 milliards de dollars de nouvelles réserves accumulées entre janvier et avril » relèvent les économistes de la banque Standard Chartered dans une note publiée lundi 20 juin. Ils estiment que la part de dette européenne détenue par la Chine augmente, d'autant que les rendements offerts en Europe sont meilleurs. La banque juge donc que « le désir de diversification de Pékin pourrait peser plus lourd que les questionnements sur les difficultés actuelles de l'Europe ».

Harold Thibault

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La France, destination favorite des riches touristes chinois

Les Echos, no. 20958 - Services, mercredi 22 juin 2011, p. 25

Ils sont presque un million de Chinois désormais à disposer de plus de 1 million d'euros de patrimoine. Leur goût pour le voyage augmente. La France en profite.

Il a trente-neuf ans, il aime de plus en plus voyager, de préférence en France, apprécie le golf et ses goûts sont plus raffinés qu'auparavant : tel est le portrait-robot du « multimillionnaire » chinois -en yuans -si l'on en croit le rapport Hurun qui fait référence sur cette question. Ce profil est devenu presque banal dans l'empire du Milieu où l'on dénombre 960.000 individus ayant un patrimoine supérieur à 10 millions de yuans (1,1 million d'euros).

D'après les auteurs de l'étude, réalisée auprès de 463 personnes disposant de plus de 10 millions de yuans de patrimoine et 45 ayant plus de 100 millions, le tourisme devient désormais un but en soi pour ces millionnaires. Ils prennent en moyenne quinze jours de vacances par an et partent trois fois à l'étranger dans l'année. Et c'est la France qui s'impose comme leur destination favorite. Numéro deux en 2010, elle est désormais citée en premier par 13 % d'entre eux, devant les Etats-Unis (12,7 %). Une récente étude de KPMG, qui établissait que les achats des riches Chinois étaient moins liés à des questions de statut qu'auparavant, et plus en lien avec l'art de vivre.

Ces voyageurs sont également des consommateurs enthousiastes. D'après une autre étude, de la société Global Blue, ce sont les touristes chinois qui consomment le plus dans le monde, juste devant les Russes. Les montres et les bijoux représentent 31 % de leurs achats, juste devant les vêtements et les accessoires de mode. Comme en témoigne le succès des Galeries Lafayette à Paris (« Les Echos » d'hier).

De fait, leur pouvoir d'achat a augmenté rapidement, en ligne avec la croissance chinoise et avec celle de l'immobilier, sachant que cette population est le plus souvent propriétaire de plusieurs appartements. Or, le mètre carré a augmenté en moyenne de 13,7 % en 2010 en Chine. L'appréciation du yuan joue également en leur faveur, diminuant mécaniquement le prix des marchandises qu'ils achètent hors de leurs frontières. Pour tout ce qui concerne les produits de luxe, leur consommation est, en outre, dopée à l'étranger par le niveau élevé des taxes pratiqué en Chine -allant jusqu'à 60 %. Un biais qui semble toutefois appelé à se résorber : la presse chinoise vient de rapporter que Pékin envisagerait de nettement réduire ces taxes, dans le but de stimuler la consommation intérieure.

Scolarité en pays anglophones

Mais s'ils cèdent volontiers aux charmes de la France pour le tourisme, ce sont bien les pays anglophoneset les Etats-Unis en tout premier lieu qui les séduisent pour ce qui concerne les études de leurs enfants. Ils sont 30 % à citer ce pays comme destination favorite, devant le Royaume-Uni (21 %) puis le Canada (14 %). Le sujet est fondamental pour ces derniers. Et plus ils sont riches, plus ils cherchent à scolariser leur progéniture hors du territoire chinois. Une ruée qui a des répercussions sur le marché immobilier dans certains pays. A Vancouver par exemple, l'envolée du mètre carré serait liée en partie à la volonté d'acheteurs chinois de scolariser leurs enfants sur place.

GABRIEL GRESILLON

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RÉCIT - Le dernier baroud d'Anne Lauvergeon - Patrick Bonazza


Le Point, no. 2023 - Economie, jeudi 23 juin 2011, p. 74,75

Areva. Jusqu'au dernier moment « Atomic Anne » a cru conserver son poste. Récit d'un combat féroce.

«Tu es "caramélisée", le président ne te reconduira pas. - N'importe quoi, je prends le pari que je serai reconduite ! »

Elle est comme ça, Anne Lauvergeon. Tout d'un bloc. Ce dialogue avec un de ses visiteurs s'est tenu il y a six mois. Et là, jusqu'à la dernière seconde, elle s'est battue comme une lionne pour obtenir son troisième mandat à la tête d'Areva. Jusqu'à ce que Matignon l'invite le 16 juin pour lui signifier qu'à la fin du mois elle serait remplacée par son numéro deux, un inconnu du grand public, Luc Oursel. Pour empêcher cette issue fatale, elle a décroché in extremis une lettre et un communiqué de soutien des dix-huit membres de son conseil exécutif (moins Oursel...) et de ses syndicats, étonnamment bienveillants. En prime, vingt députés de droite comme de gauche ont demandé son maintien. Enfin, trois candidats à la primaire socialiste - rien que ça ! - , Arnaud Montebourg, François Hollande et Ségolène Royal, se sont souvenus que cette « femme exceptionnelle » avait fait ses armes comme sherpa de Mitterrand. Jusqu'à Rachida Dati, qui s'est dite surprise de la manière « violente et injuste » dont on l'a congédiée...

Sortie dure à avaler, en effet, pour celle qui était atteinte du « syndrome Gomez », ce président qui, après quatorze ans à la tête de l'entreprise publique Thomson, voulait aussi rester. Comme lui, Lauvergeon, aux commandes depuis douze ans (un bail !...), se croyait indéboulonnable. L'entreprise était devenue un peu sa chose. D'ailleurs, n'avait-elle pas déjà sauvé sa tête à deux reprises au moins ? En 2006, Thierry Breton à Bercy s'opposait farouchement à la reconduction de son mandat. Ses bonnes relations avec Jacques Chirac (elle achetait des pièces pour le musée Guimet, apprécié de l'ex-président...) et avec le secrétaire général de l'Elysée de l'époque, Frédéric Salat-Baroux, ont très vite eu raison de l'hostilité du ministre des Finances. Anne Lauvergeon est un redoutable animal politique.

L'an dernier, en mars-avril, Nicolas Sarkozy ne faisait plus mystère qu'il voulait se séparer d'elle, songeant à la remplacer par Yazid Sabeg, le patron de l'entreprise d'électronique de défense CS. Là encore, elle a sauvé sa peau, faisant donner Jean-Cyril Spinetta, le président du conseil de surveillance d'Areva, un vieil ami croisé à l'Elysée sous Mitterrand.« L'un des plaisirs du pouvoir, c'est celui de nommer les gens, avait-il dit en substance à Matignon.Eh bien, si vous virez Anne, vous aurez aussi la joie de me chercher un successeur. » La manoeuvre a réussi. Et Lauvergeon a pu se croire alors invulnérable.

Au point d'ignorer que depuis quelque temps le président lui battait froid. Au Japon, en mars, Lauvergeon, qui s'était invitée sans y être conviée à une rencontre entre le président et des résidents français, avait été évincée par l'ambassadeur. Et le Château, ces derniers temps, ne lui donnait aucun signe. Pas de quoi décourager « Atomic Anne », considérée comme l'une des « femmes les plus puissantes du monde » par Forbes. Elle fait comme si... Apparaissant dans les médias, ne ratant surtout pas la Journée de la femme, histoire de rappeler à tous les machos qu'elle est l'une des rares en France à diriger un colosse industriel. Le vent lui paraît aussi favorable. Car, avec le départ de Claude Guéant de l'Elysée et de Jean-Louis Borloo du gouvernement, ce sont deux opposants, alliés de son ennemi déclaré, Henri Proglio, le président d'EDF, qui prennent du champ.

Petit comité. D'ailleurs, la catastrophe de Fukushima confère un plus à la patronne d'Areva, à son expérience et à son discours sur la transparence et la sûreté nucléaires qu'illustre son produit vedette, le fameux EPR. Et puis, elle peut toujours compter sur le fidèle Spinetta. N'est-ce pas lui qui est chargé d'animer le comité censé sélectionner les candidats ? Sauf que le comité a finalement tourné à vide : le candidat retenu, Luc Oursel, ne figurait même pas sur la liste des six noms proposés à l'Elysée en février. Tout s'est joué en fait dans les derniers jours, en petit comité, à l'Elysée. Le successeur de Lauvergeon devait connaître le nucléaire et ne pas être ouvertement fiché comme proche de Proglio, pour éviter toute polémique.

Le choix est donc tombé sur Oursel, 51 ans. Habile, car le numéro deux d'Areva a été appelé par Lauvergeon, même si l'entourage de cette dernière trouve qu'« ils ne boxent pas dans la même catégorie ». Comme elle, en plus, il est ingénieur des Mines et vient de la gauche. Il n'empêche, d'ordinaire, à des postes aussi stratégiques (la direction d'Areva en est un) le président de la République nomme des gens de confiance, qu'il pratique. Or, apparemment, il n'a vu Oursel pour la première fois que deux jours avant sa nomination. Le parcours du nouveau patron d'Areva ne paraît d'ailleurs pas exceptionnel. Il passe de Schneider (matériel électrique) à Sidel (emballages) puis Geodis (transports), pour débarquer en 2007 chez Areva où, quoique numéro deux, il n'était pas vraiment l'étoile montante. En prime, il n'est pas sûr que ses amis du comité exécutif, qui ont tous « voté » Lauvergeon, réserveront au « traître »(dixit un partisan de l'ex-patronne) un bon accueil. Quant au président Spinetta...

Quel avenir ? Oursel reprend un héritage assez lourd. Lauvergeon est sûrement une fine politique (les écolos s'en sont rendu compte très vite). Mais, en dépit des certitudes des hiérarques socialistes (« ce limogeage n'a pas de motif industriel »), le débat est permis sur la qualité de sa gestion. L'an dernier, pour la première fois de sa courte histoire, Areva a enregistré une perte opérationnelle et cette année sera tout aussi difficile. Les sept réacteurs fermés en Allemagne sont des produits Areva, et l'on pourrait apprendre dans les prochains jours la perte du marché sud-africain au profit de Coréens et de Chinois. Mais cela n'est rien à côté du naufrage de l'EPR en Finlande, accumulant surcoûts et retards, du largage sans préavis par Siemens (qui était actionnaire d'Areva NP, la branche réacteurs), de l'échec du contrat d'Abou Dhabi, de la gamme de réacteurs limitée à l'énorme EPR (1 600 mégawatts), des investissements malheureux dans UraMin au Canada... Tout cela est sur la place publique. Mais Lauvergeon, disent ses détracteurs, a un art consommé de faire porter le chapeau aux autres. Elle accuse, en vrac, de ses échecs les Finlandais, EDF, la banque Rothschild et, très souvent, les politiques et leur pusillanimité. Trop perso, trop directe, Lauvergeon ! Elle a le don d'irriter. Sa stratégie de la tension l'a sans doute desservie pour obtenir de l'Etat des augmentations de capital. Ou pour effectuer des investissements qui semblaient judicieux (le rachat de fabricants d'éoliennes, celui d'Olympic Dam, une méga-mine en Australie...), refusés par la tutelle. Avec les partenaires naturels que sont EDF (avant même l'arrivée de Proglio) et le producteur de turbines Alstom (avant l'arrivée de Bouygues), les relations sont vite devenues exécrables. Des conflits aux effets parfois désastreux (Finlande, Chine). Le successeur de Lauvergeon - dont rien ne dit qu'il sera docile - aura pour première mission de déminer le terrain. Mais qui d'EDF ou d'Areva sera le leader tricolore du nucléaire ? Si Oursel n'est pas recensé comme membre du clan Proglio, il connaît très bien l'un de ses proches, François Roussely, ex-président d'EDF, qui joue dans l'ombre les grands manitous du nucléaire. Oursel et Roussely se sont croisés en 1991 au cabinet de Pierre Joxe, alors ministre de la Défense. Areva penchant du côté d'EDF ? L'autre grand groupe d'électricité, GDF Suez, en prendrait ombrage, car lui jouait à fond... la carte Lauvergeon.

Encadré(s) :

Areva en chiffres (2010)

· Chiffre d'affaires : 9,9 milliards d'euros.

· Bénéfices : 883 millions grâce à la vente de T-D; sinon, pertes opérationnelles de 423 millions.

· Commandes : 44 milliards.

· Employés : 48 000.

· Présence : 100 pays.

De la mine aux réacteurs

Dans le monde occidental, Areva est la seule entreprise nucléaire proposant un modèle intégré. Caractéristique vendue par Anne Lauvergeon sur tous les continents. Areva est en effet présente :

· Dans les mines (numéro un mondial de l'uranium grâce au Niger, au Kazakhstan, au Canada).

· Dans l'enrichissement (le Tricastin).

· Dans la fabrication de réacteurs, des EPR et, avec Mitsubishi, Atmea.

· Dans le retraitement du combustible (la Hague).

Pour devenir comme le russe Rosatom, il lui faudrait aussi produire de l'électricité. Ce serait Areva plus EDF...

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L'artiste chinois Ai Weiwei relâché sous caution - Brice Pedroletti

Le Monde - International, vendredi 24 juin 2011, p. 6

Remis en liberté après un peu moins de trois mois de captivité, l'artiste chinois Ai Weiwei a regagné sa résidence de Caochangdi, le village d'artistes de Pékin, mercredi 22 juin, au soir. Il a indiqué à la petite foule de journalistes venus l'attendre qu'il était heureux d'être de retour mais qu'il ne pouvait s'exprimer, car libéré sous caution. La caution est d'une durée d'un an et " durant cette période, Ai Weiwei fait toujours l'objet d'une enquête. Il n'a pas le droit de sortir de sa résidence sans permission ", a précisé jeudi le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères.

Connu en Chine bien que privé de droit de cité dans la presse chinoise depuis 2009, Ai Weiwei a été relâché, a indiqué mercredi une dépêche de l'agence Xinhua citant la police de Pékin, grâce à " sa bonne conduite " et au fait qu'il a " confessé ses crimes d'évasion fiscale ". Les autorités avaient déjà fait savoir que le militant était soupçonné de " crime économique ".

" Il semble qu'il doive rembourser et payer une amende, mais qu'il n'y ait pas de responsabilité pénale ", explique au Monde l'avocat Liu Xiaoyuan, un proche de l'artiste. Selon le spécialiste américain du droit chinois, Jérôme Cohen, le dispositif de liberté sous caution est un moyen pour les autorités de " sauver la face et mettre un terme à des cas controversés où il apparaît peu raisonnable et peu nécessaire de poursuivre le suspect ", écrit-il sur le blog de -l'Asia Law Institute de l'Université de New York. M. Cohen fait remarquer que Ai Weiwei n'a jamais été formellement accusé de quoi que ce soit.

Sa mise au secret, le 3 avril, alors qu'il allait prendre l'avion pour Hongkong, avait provoqué une vague d'indignation à travers le monde, tant il était évident que l'agitateur en chef de la Toile chinoise indisposait le régime. En Chine, toute expression de soutien au militant, dont les coups d'éclat lui ont valu des dizaines de milliers de fans sur Internet, a été sévèrement réprimée. Il est difficile de prédire la marge de liberté dont bénéficiera dorénavant ce fervent utilisateur des réseaux sociaux en ligne : les activistes chinois subissent des punitions plus sévères chaque fois qu'ils " récidivent ".

Venue couronner une vague de répression des militants des droits civiques, dans le contexte des révoltes arabes, l'arrestation de l'artiste avait provoqué un certain malaise à Pékin, le durcissement du régime étant ressenti par beaucoup comme contre-productif.

Depuis, la police politique est un peu plus prudente. La presse libérale a haussé le ton. Et des voix s'élèvent désormais jusque dans les médias du parti pour défendre une vision moins répressive de la société. Cette riposte douce, sur un ton conciliateur et pédagogue, aurait-elle porté ses fruits ? La libération d'Ai Weiwei tombe en tout cas à point nommé. Le premier ministre Wen Jiabao, la figure la plus libérale du régime, doit se rendre à partir du 24 juin en Angleterre et en Allemagne, les deux pays européens qui avaient critiqué l'arrestation de l'artiste avec le plus de vigueur.

Brice Pedroletti

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Après la sécheresse, la Chine est frappée par des inondations

Le Monde - Environnement & Sciences, mercredi 22 juin 2011, p. 10

De nouvelles précipitations sont attendues, mercredi 22 juin, sur le centre et le sud de la Chine, déjà touchés par d'importantes inondations. Depuis le début juin, plus de 1,6 million de personnes ont dû être évacuées, selon un bilan rendu public lundi par les autorités. Treize provinces ont été touchées par ces pluies torrentielles dont l'effet a été aggravé par la récente sécheresse, qui a rendu les sols imperméables.

Le bilan provisoire des victimes se situait, lundi, à près de 175 morts et 86 disparus, selon le ministère chinois des affaires civiles. Les médias chinois ont diffusé de nombreuses photos de villageois évacués par bateaux, ainsi que les images des rues complètement immergées de Wuhan, la capitale de la province du Hubei. Dans la province orientale du Zhejiang, les digues menacent de céder le long de la rivière Lan, qui a atteint son niveau le plus haut depuis 1966.
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Le droit de la sieste dans la Constitution chinoise

Le Figaro, no. 20804 - Le Figaro, mercredi 22 juin 2011, p. 10

Faire la sieste pour mieux se concentrer au bureau

S'assoupir un instant au bureau ? L'expérience reste encore suspecte. Pourtant, aux yeux des médecins spécialistes du sommeil, dormir 10 ou 15 minutes après le déjeuner permet d'être plus efficace. « Certaines entreprises mettent à la disposition de leurs employés des espaces de repos », explique Philippe Cabon, ergonome et chercheur à l'université Paris-V Descartes. « Les compagnies aériennes françaises conseillent aux pilotes de s'assoupir avant ou pendant le vol par souci de sécurité », poursuit-il, « mais la sieste est encore trop associée à la flemme ». En France, les problèmes de santé liés au sommeil n'ont pas encore soulevé de réelle prise de conscience. Selon Joël Paquereau, président de l'Institut national du sommeil et de la vigilance et professeur de neurophysiologie au CHU de Poitiers, « il y a beaucoup de chemin à faire dans les entreprises, car 30 % de la population travaille à horaires irréguliers ». Le problème, c'est que pour beaucoup, le sommeil est d'ordre privé. Aussi Philippe Cabon milite-t-il pour « intégrer les rythmes biologiques dans les rythmes de travail » au lieu de privilégier les solutions médicamenteuses. En amont, c'est même la réglementation du travail qu'il faudrait modifier, pour prendre en compte, comme en Australie ou Nouvelle-Zélande, « la gestion du risque fatigue ». La Chine a inscrit le droit au xiu-xiu (« sieste »), dans sa Constitution. Pas sûr que ce soit respecté partout...

JEREMY COLLADO

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mercredi 22 juin 2011

ANALYSE - La démondialisation et ses angles morts - Gérard Courtois


Le Monde - Analyses, mardi 21 juin 2011, p. 21

Il existe des sondages à charge, comme on le dit des témoins du même nom. Celui que l'IFOP vient de réaliser sur « Les Français, le protectionnisme et le libre-échange » est à ranger dans cette catégorie. Rendue publique il y a quelques jours (Le Monde du 17 juin), cette enquête vient en effet, opportunément, épauler le combat mené par ses commanditaires : l'Association pour un débat sur le libre-échange, créée par des économistes et intellectuels d'horizons variés, de Jacques Sapir à Emmanuel Todd, Pierre-Noël Giraud, Jean-Luc Gréau ou son initiateur, Philippe Murer.

Au-delà de leurs nuances, ils entendent dénoncer les ravages économiques et sociaux provoqués par une mondialisation fondée sur le dogme absolu du libre-échange; et pour se prémunir de la concurrence déloyale des pays émergents, ils prônent le rétablissement de barrières douanières aux frontières de l'Europe, voire de la France seule.

L'enquête de l'IFOP apporte beaucoup d'eau à leur moulin. En centrant ses questions de manière répétée sur « l'ouverture importante des frontières de la France et de l'Europe aux marchandises des pays comme la Chine et l'Inde et l'ouverture de ces pays aux produits français », elle concentre le jugement sur la seule question des « frontières », écartant tout autre aspect de la mondialisation; pis, elle établit une fausse symétrie entre l'entrée en Europe des produits asiatiques (parfaitement perceptible par les Français) et l'entrée de produits européens sur les marchés chinois ou indien (beaucoup plus lointaine).

Dès lors, les résultats sont spectaculaires. 84 % des sondés estiment que l'ouverture des frontières a des conséquences négatives sur les emplois en France, 78 % sur le niveau des salaires et 57 % sur les prix des produits de consommation. Les trois quarts des personnes interrogées jugent que cette ouverture des frontières aura des effets négatifs dans les dix ans à venir. Enfin, 57 % jugent qu'une augmentation des droits de douane aux frontières de la France ou de l'Europe aurait des conséquences positives sur l'activité industrielle nationale, et 55 % sur l'emploi. Si 80 % estiment que ces barrières commerciales devraient être installées aux frontières de l'Europe, 57 % déclarent que, faute d'accord européen, il faudrait le faire aux frontières de la France.

En dépit des réserves sur le questionnaire, les résultats de l'enquête méritent qu'on s'y arrête. Car ils sont indéniablement en résonance avec la tentation protectionniste à l'oeuvre aujourd'hui. Car cette tentation, cette revendication même, n'est plus l'apanage du seul Front national ou de Nicolas Dupont-Aignant, qui préconisent de sortir de l'euro et de barricader la France derrière une ligne Maginot douanière. Elle est désormais portée par plusieurs candidats ou postulants de gauche à l'élection présidentielle de 2012. C'est le cas de Jean-Luc Mélenchon, qui vient d'être adoubé par les communistes pour être le champion du Front de gauche. C'est aussi celui d'Arnaud Montebourg, engagé dans la primaire socialiste en brandissant l'étendard de la « démondialisation » et qui en fait un vigoureux plaidoyer dans un petit livre-manifeste (Votez pour la démondialisation !, Flammarion, 2 euros).

Ségolène Royal a également préconisé récemment « une politique protectionniste, avec des règles communes au niveau européen ». Enfin, le projet socialiste lui-même, dont le candidat du PS, quel qu'il soit, devra au moins s'inspirer, déplore que « l'Europe demeure le seul continent qui s'impose le libre-échange dans un monde qui ne cesse d'y déroger »; mieux, le PS souhaite la restauration d'« écluses tarifaires » sur « les marchandises dont les modes de production ne respectent pas les normes » européennes.

Le débat est donc en train de s'imposer. C'est salutaire, tant il est déterminant pour situer la France et l'Europe dans le monde de demain, pour en préciser les atouts et les faiblesses, pour en comprendre les marges de manoeuvre. Mais il bouscule trop évidemment le dogme libre-échangiste forgé depuis trois décennies pour ne pas provoquer de sérieuses crispations.

Ainsi, il y a peu, Alain Minc, chantre de la « mondialisation heureuse », s'en est pris avec une virulence étonnante aux « débilités à la Montebourg ». De façon plus solennelle, le premier ministre vient de mettre en garde contre « toutes les sirènes de la démondialisation, de la sortie de l'euro, du rétablissement des frontières, du laxisme budgétaire » et « leur complainte trompeuse et fatale » (Le Figaro du 18 juin), mettant dans le même sac ceux qui prônent des régulations commerciales aux frontière de l'Europe et ceux qui veulent sortir de l'euro.

A l'inverse, les membres du conseil scientifique d'Attac ont publié, sur le site Mediapart, un réquisitoire rugueux contre le « concept à la fois superficiel et simpliste » de démondialisation, estimant que « le retour à des régulations essentiellement nationales ne résoudrait aucun des problèmes qui se posent aujourd'hui ». Et, parce que le dogmatisme est bien partagé, il suffit de demander à Jacques Sapir si le protectionnisme dans un seul pays (qu'il préconise en France pour forcer le débat en Europe) aurait davantage de succès que feu le socialisme dans un seul pays, pour s'entendre traiter, en gros, d'« imbécile » !

Or il s'agit d'une question centrale, qu'il serait périlleux de laisser dans un angle mort. Arnaud Montebourg a beau opposer son « protectionnisme coopératif, de développement et d'émancipation » au « protectionnisme haineux et revanchard de l'extrême droite », cela ne suffit pas à expliquer comment l'on convaincrait l'Allemagne d'abord, puis les autres pays de l'Union européenne, de s'engager dans cette voie - et de construire le gouvernement économique que cela implique.

Laisser entendre que, à défaut, la France devrait avoir le courage de donner l'exemple revient, qu'on le veuille ou non, à se situer très exactement sur le terrain du Front national. Lequel ne demande qu'à profiter des indignations et révoltes du moment. Mieux vaudrait y prendre garde.

courtois@lemonde.fr

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mardi 21 juin 2011

L'inflation bouscule le « made in China » à bas coût - Harold Thibault

Le Monde - Economie, samedi 18 juin 2011, p. 19

La hausse des prix en Chine oblige les entreprises à fermer ou à se reconvertir. Ce changement de modèle se fait dans la douleur

L'inévitable hausse des salaires pèse sur les usines chinoises. Leur succès s'appuyait sur une main-d'oeuvre peu onéreuse et réputée pour sa capacité à ravaler son amertume. Mais, un an après une série de suicides et de grèves, le salaire minimum a grimpé d'environ 20 %, avec des variations selon les régions. Un impayé de longue date, jugent les associations de défense des droits des travailleurs, mais les petites et moyennes entreprises souffrent.

Bu Quangang, le vice-directeur de Yaorui, une entreprise spécialisée dans la production de briquets à Wenzhou, ville côtière à 500 kilomètres au sud de Shanghaï, explique que le besoin de relever les salaires « dans l'urgence » s'est fait sentir dès 2010. Il a fallu motiver les travailleurs migrants du centre du pays pour les faire venir alors que le coût de la vie ne cessait d'augmenter.

Depuis, dit M. Bu, les petites et moyennes entreprises (PME) subissent des augmentations annuelles des salaires à un rythme de 15 % à 30 % déduit de leurs marges. « Les ouvriers sont jeunes, leurs besoins sont différents de ceux de leurs parents. Ils veulent le salaire ainsi que la sécurité sociale, des divertissements, de meilleuresconditions de vie, constate M. Bu. Ils vont simplement dire qu'ils savent qu'une autre entreprise propose davantage qu'ici, qu'ils vont bientôt démissionner. Ils se fichent de vous puisqu'ils savent qu'il y a pénurie de main-d'oeuvre. »

Jack Huang, le patron de Fengyuan, un concurrent dans la production de briquets à Wenzhou, confirme que certains ateliers mettent la clé sous la porte : « Ce sont de petites usines qui demandent un travail essentiellement manuel, beaucoup ferment. » Les salaires moyens des ouvriers s'approchent de 2 000 yuans (220 euros) par mois selon lui. « Les gens de Wenzhou préfèrent investir dans l'immobilier et les travailleurs cherchent plutôt à devenir serveurs dans la restauration qu'à aller à l'usine », précise-t-il.

Les doléances des chefs d'entreprise opérant en Chine se multiplient avec la hausse des prix et des salaires. « C'est douloureux », explique Edward Tsui Ping Kwong, le vice-président de l'Association des producteurs chinois d'Hongkong. « Les salaires augmentent de 20 % en un an et vont doubler dans les prochaines années », dit-il.

La montée du yuan est un autre sujet de complainte, les commandes étant réglées en dollars, tandis que les salaires des ouvriers sont payés en monnaie locale.

S'ajoute enfin la politique de lutte contre l'inflation, devenue le principal objectif de Pékin. Elle se traduit par un resserrement du crédit qui frappe les entreprises, au moment où les prix des matières premières augmentent. Par ailleurs, des coupures d'électricité rendent nécessaire l'utilisation de générateurs, donc de pétrole, dont le prix augmente aussi.

Certains déménagent leurs usines vers le centre du pays, moins cher, la croissance ayant d'abord bénéficié aux régions côtières. A Chengdu, dans la province du Sichuan, le salaire mensuel minimum est de 850 yuans (93 euros), tandis qu'il est de 1 300 yuans dans le Guangdong (142 euros).

Edward Tsui, lui-même président de Shing Hing, qui produit des vis pour l'industrie automobile dans la ville-usine de Dongguan, estime que la Chine a toujours ses avantages : « La logistique et la chaîne d'approvisionnement sont là, et le peuple chinois est travailleur. »

Une autre motivation, plus récente, est la présence croissante de clients en Chine, devenue le premier marché automobile mondial. M. Tsui optera, lui, pour l'automatisation des chaînes de production, car les machines sont « stables et font de la qualité ».

Le rééquilibrage de l'économie chinoise d'un modèle de production à bas coût destinée à l'exportation vers une société de consommateurs ne se fera pas sans sacrifices pour le tissu industriel qui s'est établi en trois décennies.

Il est accéléré par les débats sur l'approche ou le passage par la Chine du « tournant de Lewis », la fin du surplus produit par de petites mains. « C'est une bonne nouvelle pour la Chine, les industries intensives en main-d'oeuvre ne peuvent pas perdurer des siècles, il faut se tourner vers la technologie », explique le professeur Yin Xingmin, vice-directeur du Centre d'études économiques de l'université de Fudan à Shanghaï.

Et il poursuit : « C'est une bonne nouvelle aussi pour les travailleurs qualifiés et les vendeurs de machines; une mauvaise nouvelle certes pour certaines entreprises, qui devront fermer. »

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Médicaments : la Chine sera sur le podium dans trois ans

Les Echos, no. 20956 - Industrie, lundi 20 juin 2011, p. 21

Cette année, le marché mondial des médicaments devrait progresser de 4,8 %, à 918 milliards de dollars, mais la distinction est nette entre les pays matures, dont la croissance ne dépasse pas 5 %, et les économies émergentes, en forte hausse.

La France a beau rester le premier consommateur mondial de médicaments par habitant, en volume total, elle est en train de se faire éjecter du trio de tête des grands marchés par la Chine. Alors que l'Hexagone figurait encore en troisième position en 2004, cette place sera occupée par l'empire du Milieu en 2014, selon les prévisions des consultants IMS Health. A cet horizon, les Etats-Unis resteront le numéro un du secteur, avec 30 % d'un marché estimé à 1.058 millions de dollars (747 millions d'euros).

« Alors que la croissance du marché américain contribuait à hauteur de 27 % à la croissance mondiale sur la période 2005-2010, cette contribution va tomber à 11 % sur 2010-2015. Dans le même temps, la contribution de la Chine passera de 12 à 26 % », explique Robert Chu, directeur général d'IMS Health France. Les raisons de cette remontée dans le classement ? Le vieillissement accéléré de la population et la réforme du système de santé, qui vise à donner un accès aux soins à la totalité du 1,3 milliard d'habitants, contre 400 millions seulement aujourd'hui.

Evolution des prescriptions

Cette année, le marché mondial des médicaments devrait progresser de 4,8 %, à 918,6 milliards de dollars, mais la distinction est nette entre les pays matures, dont la croissance ne dépasse pas 5 %, et les économies émergentes, dont les progressions peuvent culminer à 20 % dans le cas de la Chine, ou bien ressortir « à deux chiffres », comme pour l'Inde (+ 15 %), la Russie (12 %) ou le Brésil (11 %).

Au sein même des pays matures, on observe des distinctions par catégories de produits. La progression des médicaments de spécialité sera par exemple supérieure aux produits dits « de ville », prescrits par les médecins généralistes. Les premiers doivent ainsi augmenter de 6 % par an d'ici à 2020, contre une hausse de 4 % pour les seconds. Un phénomène lié aux évolutions en matière de prescription. « L'an dernier, dans les officines françaises, les ventes de médicaments liées aux ordonnances établies par les généralistes ont baissé de 3 %, alors que celles provenant d'ordonnances de spécialistes libéraux ont augmenté de 2,5 % et celles émanant de praticiens hospitaliers de 7,9 % », détaille Claude Le Pen, consultant d'IMS.

Dans ce contexte, les produits les plus innovants, souvent issus des biotechnologies, font figure d'eldorado. « Innovation signifie industrialisation, mais ce n'est pas encore suffisant. L'innovation doit amener un progrès, bien sûr médical, mais aussi économique et/ou social », avertit Corinne Segalen, présidente d'IMS Health France. D'autant que les revenus n'égalent pas ceux des grands « blockbusters » de la pharmacie. Aucun produit de spécialité ne dépasse aujourd'hui la moitié des ventes de l'anticholestérol Lipitor (vendu sous la marque Tahor en France) de Pfizer, dont le chiffre d'affaires a atteint 12,6 milliards de dollars en 2010. Enbrel, le premier sur la liste des spécialités, a ainsi représenté « seulement » 6,1 milliards de ventes.

LAURENCE BOLLACK

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La Bourse de Hongkong attire toujours - Isabelle Chaperon

Le Figaro, no. 20802 - Le Figaro Économie, lundi 20 juin 2011, p. 26

Les sociétés occidentales veulent être cotées sur la place asiatique même si les introductions de Samsonite et de Prada ont été décevantes.

Un cours de Bourse de Samsonite en chute de 8 % lors de sa première cotation. Une levée de fonds de Prada inférieure de 500 millions de dollars aux attentes de la griffe italienne. Les investisseurs ont rappelé, la semaine dernière, aux firmes occidentales venues se coter à Hongkong que, même aux portes de la Chine, les valeurs ne montent pas jusqu'au ciel. Pour autant, compte tenu de la nervosité actuelle des marchés mondiaux, cela reste une performance. « Depuis deux ans, la moitié des introductions en Bourse dans le monde ont été retirées ou ont vu leur fourchette de prix baisser », relativise Jean Beunardeau, directeur général délégué d'HSBC en France. Et de poursuivre : « Pour Hongkong, ce n'est en aucun cas la fin d'une mode. Les marchés asiatiques ont toujours été volatils, alternant les périodes d'optimisme et de correction. Mais il y a toujours les capitaux nécessaires pour repartir de l'avant car l'Asie connaît une croissance durable, solide, fondée sur des excédents. »

Depuis quelques mois, s'opère une sorte de ruée vers l'Est boursier des fleurons européens : le symbole le plus flagrant est Prada venu se coter à Hongkong plutôt qu'à Milan. Pas une semaine sans qu'une nouvelle rumeur - pas toujours confirmée - ne prête à tel ou tel grand nom un projet de « listing » sur la place chinoise. Un jour, l'enseigne de luxe britannique Burberry, le lendemain, le constructeur de motos italien Ducati. Et même le club de foot anglais Manchester United. BNP Paribas étudie, de son côté, une cotation secondaire à Hongkong. Tout cela s'ajoute au flux continu d'entreprises chinoises qui entrent sur le marché du Sud, comme la banque Everbright.

« Notre équipe de communication financière à Hongkong a travaillé sur 5 IPO la semaine dernière et en prépare 2 pour les deux semaines à venir », calcule Charles Fleming, partner chez Euro RSCG et directeur international de l'agence Porda Havas à Hongkong.

L'espoir d'une prime

Ce n'est pas un hasard si nombre de firmes pressenties sont des marques grand public (à côté des groupes de ressources naturelles comme le russe Rusal). Leur intérêt est de toucher ces centaines de millions de consommateurs potentiels, amateurs de grandes marques, tout en finançant leur développement dans la zone dans de bonnes conditions. Car à Hongkong, dans le cas d'une première cotation, les investisseurs sont prêts à payer une prime pour entrer à bord d'une belle affaire. Le spécialiste des cosmétiques et parfums L'Occitane, première entreprise française à entrer à la Bourse de Hongkong en mai 2010, avait reçu une demande 160 fois supérieure à l'offre ! « L'Occitane s'est introduite sur la base d'un multiple de 22,5 fois les bénéfices. Cela représentait une prime de 2 points par rapport aux grands comparables du secteur quand, normalement, une mise sur le marché subit une décote. Pour les actionnaires, cela représente un fort différentiel de valeur », souligne Jean Beunardeau, chez HSBC.

Vendredi, Prada a dû revoir ses ambitions à la baisse, avec une levée de fonds de 2,1 milliards de dollars contre les 2,6 milliards espérés. Mais la maison familiale italienne reste valorisée avec un multiple de résultat supérieur de 3 points à la moyenne de ses rivaux LVMH, Richemont et Hermès.

À noter cette particularité de la Bourse de Hongkong : les investisseurs n'y jurent que par le bénéfice et n'ont que faire des ratios de cash-flows et autres Ebitda chers aux Anglo-Saxons.

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OPINION - Chine : cachez cette bulle que l'on ne saurait voir - Michel Juvet

Les Echos, no. 20957 - Idées, mardi 21 juin 2011, p. 17

Les marchés ont pour habitude minimaliste de ne se pencher que sur une, voire deux problématiques économiques à la fois. Mais rarement plus.

Les investisseurs ont donc pris pour mauvaise habitude depuis une année de pratiquer le jonglage binaire : face, ce sont les dettes européennes qui effraient le porte-monnaie ; pile, c'est la dette américaine qui inquiète. Cette obsession quotidienne pour les malheurs occidentaux a débouché sur l'image d'un monde partagé entre les cendres en Occident et l'or en Orient.

Souvent la Chine est alors érigée dans ce contexte en un exemple de la maîtrise parfaite du développement : pas de problèmes de finances publiques et une intelligentsia communiste capable comme la main visible de résoudre tous les problèmes.

Le monde semble donc être peu attentif à l'action de la banque centrale chinoise. Pourtant la masse monétaire chinoise a été multipliée par deux en quatre ans et l'ensemble des crédits bancaires représente environ 150 % du produit intérieur brut ! Face à de tels chiffres, l'intuition semble suffisante : la Chine est devant une énorme bulle de liquidités qui ressemble à ce que le Japon ou les Etats-Unis ont connu avant elle.

Mais le docteur Finance n'y prête guère attention car il est penché aujourd'hui sur le corps malade des finances publiques, et à cet examen la Chine semble en bonne santé. En effet, à environ 20 % du PIB, son endettement public frôle l'indécence par rapport aux 100 % européens ou américains. Pourtant il faut être critique : l'énorme création de liquidités chinoises est bel et bien intégrée quelque part dans les comptes publics chinois.

La politique monétaire chinoise, qui a maintenu à des niveaux artificiellement bas la rémunération des dépôts d'épargne des citoyens chinois, a permis de financer, à bon compte, successivement les banques et les industries publiques de même que les collectivités régionales. Les citoyens chinois ont ainsi été plumés dans une casserole fiscale déguisée et ont subventionné sans contrôle politique des excès en tout genre : surcapacités de production, projets peu rentables ou immobiliers mégalomanes, etc.

Mais, plus grave, face à l'explosion de leurs prêts bancaires, et afin de maintenir des ratios de fonds propres attrayants selon les normes internationales, les banques chinoises ont pratiqué une comptabilité créatrice. La même que leurs consoeurs américaines avaient adopté dans la période 2005-2007. Elles ont ainsi largement affecté ces prêts, dans des opérations hors bilan, à des sociétés appartenant à des collectivités publiques, dédiées aux investissements immobiliers. Certains n'hésitent plus à estimer que, en cas de crise immobilière majeure, la moitié des fonds propres des banques chinoises partiraient en fumée. Qui a parlé de « too big too fail » ? Les énormes réserves en devises de la banque centrale (4.000 milliards de dollars) ne seraient donc que le fragile reflet des coûts financiers cachés jusqu'à présent ?

On sent donc bien que la Chine a de l'argile dans ses talons et que les autorités chinoises, par cécité volontaire ou par incompétence, sont aujourd'hui en retard dans le traitement adéquat de leur bulle de crédit. Par ailleurs, face à la progression de l'inflation (+ 5 % en rythme annuel) et des prix alimentaires (+ 12 % en rythme annuel), les autorités semblent favoriser désormais la hausse des salaires, pensant donner du pouvoir d'achat à leurs citoyens. Des progressions de salaire de plus de 20 à 30 % sont en effet constamment enregistrées dans les entreprises privées et publiques.

La Chine est donc à un tournant majeur car elle semble aujourd'hui souffrir des mêmes maux que le monde occidental avait connus dans les années 1970, soit une forte sensibilité et dépendance de la production industrielle aux prix de l'énergie et des hausses salariales en spirale qui avaient fait s'effondrer la productivité et les marges. Mais dans un contexte de bulle de crédit.

La Chine reste un pays à fort potentiel de développement à long terme, mais celui-ci ne pourra se matérialiser sans une remise à plat des excès financiers commis ces dernières années. La Chine doit absolument durcir sa politique monétaire et lutter contre cette inflation pénalisante pour les revenus réels de la population. Le transfert de croissance de l'industrie vers les consommateurs n'est pas gagné d'avance et si le ralentissement économique est programmé il est difficile de savoir s'il sera lent ou rapide. L'analyse des précédents cycles chinois montre que dans les conditions actuelles le « boom-bust » à la chinoise n'est pas à exclure.

Michel Juvet est directeur de la recherche à Bordier et Cie

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ANALYSE - Quand la Chine ralentira... - Martin Wolf


Le Monde - Economie, mardi 21 juin 2011, p. MDE2

Jusqu'en 1990, le Japon était la grande économie la plus dynamique du monde. Quasiment personne n'avait prévu ce qui allait lui arriver au cours des décennies suivantes. Aujourd'hui, le monde est encore plus admiratif devant les accomplissements de la Chine. Est-il concevable que ce colosse puisse un jour s'apercevoir qu'une réussite spectaculaire annonce parfois une chute tout aussi spectaculaire ?

Le produit intérieur brut (PIB) nippon par tête était passé (à parité de pouvoir d'achat) d'un cinquième du niveau américain en 1950 à 90 % de ce même niveau en 1990. Mais cette convergence remarquable a brusquement fait machine arrière : en 2010, le PIB par tête au Japon ne représentait plus que 76 % du niveau américain.

Le PIB chinois par habitant a bondi de 3 % du niveau américain en 1978 à un cinquième du niveau américain aujourd'hui. Cette tendance va-t-elle se poursuivre de manière aussi importante au cours des prochaines décennies, ou bien la Chine va-t-elle, à la surprise générale, amorcer une phase descendante ?

Il est aisé de parier sur l'hypothèse optimiste. Tout d'abord, Pékin peut se targuer d'un taux moyen de croissance économique de 10 % entre 1979 et 2010. Ensuite, la Chine est encore loin du niveau de vie des pays à hauts revenus. Par rapport aux Etats-Unis, son PIB par habitant équivaut à celui qu'enregistrait le Japon en 1950, à la veille d'un quart de siècle de croissance rapide. Si la Chine parvenait à imiter la performance du Japon, son PIB par habitant atteindrait 70 % du niveau américain en 2035, et son économie dépasserait celles des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) réunis.

Mais il existe des contre-arguments. L'un est que la taille de la Chine joue en sa défaveur : elle rend sa montée en puissance beaucoup plus problématique sur le plan des besoins en ressources que tout ce qui a précédé.

Autre handicap : la Chine est un pays à revenus moyens. Les économistes sont nombreux à estimer qu'il existe un " piège des revenus moyens " : il est difficile d'assurer une augmentation rapide de la productivité et de gérer d'énormes rééquilibrages structurels à mesure que l'économie devient plus sophistiquée. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, Hongkong et Singapour ont pratiquement été les seuls Etats à réaliser cet exploit au cours des soixante dernières années.

Certes, la Chine présente de grandes similarités culturelles et économiques avec ces réussites est-asiatiques. Mais elle présente, comme ces économies, un modèle de croissance emmenée par l'investissement, qui est à la fois une force et une faiblesse. Et elle a en outre poussé à l'extrême sa version de ce système. Cela lui posera problème sans doute plus rapidement qu'au Japon, dont la situation était moins déséquilibrée.

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a lui-même qualifié l'économie chinoise d'" instable, déséquilibrée, non coordonnée et, en définitive, non soutenable ".

Le douzième plan quinquennal a justement prévu que la croissance descende à un niveau annuel de 7 %, et surtout que l'économie connaisse un rééquilibrage de l'investissement vers la consommation et, ce qui en sera en partie le résultat, de la production manufacturière vers les services.

Toute la question est de savoir si cette réorientation pourra s'effectuer sans heurts. Michael Pettis, de la Guanghua School of Management de l'université de Pékin, soutient que c'est impossible. Son argumentation repose sur le fait que dans un modèle de croissance tirée par l'investissement, la limitation des revenus des ménages joue un rôle central en subventionnant cet investissement. Faire sauter cette limitation - une condition nécessaire pour que la consommation augmente - risque d'entraîner un net ralentissement de la production et surtout de l'investissement. La croissance est tout autant portée par une expansion subventionnée du potentiel de production que par l'ajustement bénéfique de l'offre à la demande finale. Ce qui devrait entraîner quelques soubresauts.

L'investissement a en réalité augmenté plus vite que le PIB. De 2000 à 2010, la croissance de l'investissement fixe brut a été en moyenne de 13,3 % tandis que la moyenne de la croissance de la consommation privée s'établissait à 7,8 %. Au cours de la même période, la part de la consommation privée dans le PIB s'est effondrée, passant de 46 % à 34 %, tandis que la part de l'investissement fixe grimpait de 34 % à 46 %.

M. Pettis soutient que la baisse des salaires, l'énorme expansion du crédit à faible taux et un taux de change sous-évalué ont constitué autant de méthodes pour transférer les revenus des ménages vers l'industrie, et donc de la consommation vers l'investissement. Dwight Perkins, de Harvard, a montré que le montant de capital nécessaire pour augmenter d'un point le PIB chinois est passé de 3,7 pour un dans les années 1990 à 4,25 pour un dans les années 2000. Ce qui tendrait à indiquer que les retours ont diminué à la marge.

Si l'on veut, comme le souhaite le gouvernement, que ce schéma de croissance s'inverse, la croissance de l'investissement doit être nettement inférieure à celle du PIB. C'est ce qui s'est passé au Japon dans les années 1990, avec des conséquences désastreuses. La thèse avancée par M. Pettis est qu'une stratégie d'investissement forcée devrait normalement entraîner en Chine un choc similaire.

La question est de savoir quand. Le choc pourrait survenir plus tôt qu'au Japon dans le processus de croissance en raison du niveau très élevé de l'investissement. Une bonne partie de l'investissement actuellement effectué, soutient-il, ne serait pas rentable sans le soutien artificiel qui lui est apporté. L'un des indicateurs, souligne-t-il, est la croissance rapide du crédit. George Magnus, de UBS, fait également remarquer que la proportion de crédit dans la croissance chinoise a fortement augmenté. Cela aussi évoque le Japon de la fin des années 1980, lorsque la tentative de soutenir la croissance de la demande intérieure emmenée par l'investissement a conduit à une expansion ruineuse du crédit.

Quand la croissance ralentit, la demande d'investissement se contracte nécessairement. Avec un taux de croissance de 7 %, la part nécessaire d'investissement pourrait chuter dans une proportion pouvant atteindre 15 % du PIB. Et la tentative de réorienter les revenus vers les ménages pourrait entraîner une baisse encore plus grande. Au lieu d'être un moteur de la croissance, l'investissement pourrait devenir une cause de stagnation.

Le point de vue optimiste est que le potentiel de croissance de la Chine est si important qu'elle pourra gérer sans dommage la transition espérée. Le point de vue pessimiste est qu'il est difficile pour un pays investissant la moitié de son PIB de décélérer sans heurts. La transition vers une croissance économique moindre et une consommation plus soutenue ne se fera pas sans soubresauts. Le gouvernement chinois est expérimenté. Mais il ne sait pas marcher sur l'eau. Or, la mer qu'il va lui falloir franchir au cours des prochaines décennies sera agitée.

Cette chronique de Martin Wolf, éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le " Financial Times ".© " FT "
(Traduit de l'anglais par Gilles Berton)

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La Corée du Nord s'apprêterait-elle à en finir avec son autarcie ? - John Foley

Le Monde - Economie, mardi 21 juin 2011, p. 18

La Corée du Nord n'est pas exactement le paradis de l'investissement étranger. Pourtant, c'est dans ce pays fermé sur lui-même que s'est tenue, le 8 juin, la cérémonie d'ouverture de deux « zones économiques spéciales » - régions à faible imposition pour attirer les usines à capitaux étrangers. Si le dirigeant malade de la Corée du Nord, Kim Jong-il, suit l'exemple de son grand voisin, Pyongyang aura peut-être trouvé le moyen de sortir la République populaire démocratique de son extrême pauvreté.

Ce pays autarcique vit dans un isolement quasi total - par choix, mais aussi à cause de rigoureuses sanctions internationales. Seul fait exception le commerce avec la Chine. Mais les pénuries et la malnutrition sévissent, et le régime fait eau de toutes parts : quelque 1 100 personnes ont fui le pays entre mai 2010 et mai 2011, soit une hausse de 14 % par rapport à l'année précédente, selon le ministère sud-coréen de la réunification.

La Corée du Nord aurait donc intérêt à créer ces zones économiques spéciales à la chinoise. Les coûts de main-d'oeuvre y représentent environ un dixième de ceux du voisin du sud. Pyongyang pourrait ainsi réduire son déficit commercial et bâtir un secteur d'industries légères crédible, à l'instar de ce qu'a fait la Chine avec la création de régions spéciales, comme celle de Shenzhen dans les années 1980.

Un parc industriel existe déjà à la frontière avec la Corée du Sud. Mais les perspectives sont meilleures pour les nouvelles zones. Le complexe de Kaesong, vieux de huit ans, pâtit en effet des tensions militaires et de l'embargo commercial des Etats-Unis, qui frappe aussi les produits fabriqués dans la région. En revanche, la situation est plus calme le long de la frontière avec la Chine, un pays qui, de surcroît, représente un marché géant et applique les sanctions avec laxisme.

Inféodés aux Chinois

Mais ce qui pourrait manquer, c'est la volonté politique. Malgré les promesses d'un Etat fort et prospère pour 2012, le régime demeure une dictature répressive qui croit aux valeurs de l'autarcie.

Inféodés aux Chinois qui fournissent la quasi-totalité de l'énergie du pays, les Nord-Coréens cherchent peut-être à échapper à cette emprise. En 2010, Pyongyang a ainsi loué une jetée dans un port russe avec un bail de cinquante ans, et une autre à la Chine, mais... pour dix ans seulement.

Mais pour nombre d'analystes, la transparence et les réformes politiques sont les conditions de la croissance économique en Corée du Nord. Même si l'expérience de la Chine montre que cela peut aussi marcher dans l'autre sens.

Sur Breakingviews.com
(Traduction de Ngoc-Dung Phan)
Plus de commentaires sur l'actualité économique et financière.

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La Chine réduirait les droits de douane sur les produits de luxe

Le Monde - Economie, mardi 21 juin 2011, p. 16

Deuxième marché mondial du luxe, la Chine étudie la possibilité de réduire d'ici la fin de l'année les droits de douane dans ce secteur pour encourager ses ressortissants fortunés à acheter en Chine les produits onéreux, rapporte le quotidien 21st Century Business Herald. Pékin impose des taxes à l'importation de 50 % sur les cosmétiques et de 30 % sur l'horlogerie haut de gamme, ce qui pousse de nombreux clients chinois à les acheter à Hongkong, Londres et Paris. Ce projet s'inscrirait dans le cadre de la politique chinoise visant à soutenir la consommation intérieure. Les taxes à l'importation sur les cosmétiques, le lait en poudre, les montres, les vêtements, les bagages et les chaussures devraient être réduites, voire supprimées.

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DOSSIER - Les Français pour le protectionnisme - Philippe Cohen


Marianne, no. 739 - Idées, samedi 18 juin 2011, p. 68

Un sondage Ifop commandé par un pool d'économistes nous apprend que 75 % des Français pensent que le libre-échange détruit leurs emplois. Ils attendent de l'Europe qu'elle les protège. Les ravages de la crise et de la désindustrialisation font aussi bouger les politiques. A gauche, et même à droite.

C'est une pierre dans le jardin des idées qui ronronnent, un pavé dans la mare de la campagne présidentielle qui s'annonce : une très grande majorité de Français rejettent la mondialisation telle qu'elle se développe et souhaitent recourir à des mesures protectionnistes, de préférence à l'échelle européenne. Tel est le message massif que nous adresse un sondage Ifop sur le libre-échange et le protectionnisme (voir les tableaux de résultats). Tout autant que les résultats, les conditions de réalisation de cette enquête d'opinion sont significatives : las de voir experts et médias stigmatiser l'idée protectionniste comme un résidu des idéologies du passé ou un avatar du lepénisme, une vingtaine d'économistes et d'intellectuels (1) ont décidé de financer eux-mêmes un sondage sur la question. De là où il est, le prix Nobel d'économie Maurice Allais, qui fut, dès le début des années 80 (lire sa "Lettre aux Français", Marianne no 659 du 5 décembre 2009), le premier à attirer, en vain, l'attention des responsables politiques sur les ravages du libre-échange sauvage, doit être soulagé. Peut-être que, désormais, son message sera mieux entendu.

L'opération ne fut pas facile à monter. Même en mettant l'argent sur la table, certains instituts, Ipsos par exemple, se sont récusés, préférant renoncer à un marché qui pourrait gêner certains de leurs clients. Un conformisme qui confine à l'aveuglement : quiconque s'intéresse de près à l'actualité économique voit bien que, depuis quelque temps, des patrons parmi les plus connus remettent en cause la naïveté des Européens en matière d'échanges commerciaux. C'est le cas, dernièrement, du PDG d'Alstom Transport, Philippe Mellier, qui s'emporte contre le détournement de technologie opéré par les fabricants chinois de trains (2). C'est Martin Bouygues qui, comme l'ont déjà fait plusieurs grands patrons américains, affirme (3) : "Je fréquente la Chine depuis plus de trente ans et je peux vous dire que le marché chinois du BTP est inaccessible aux entreprises non chinoises." En l'occurrence, ces patrons français ne font que suivre leurs collègues américains qui, tel le PDG d'Intel, ont déjà tiré la sonnette d'alarme : l'industrie des pays américains et européens est en train de s'effondrer, comme le montre l'étude annuelle du Boston Consulting Group, selon laquelle il n'y a plus aucune société américaine ou européenne parmi les 10 premières entreprises mondiales les plus rentables.

Mais la prise de conscience ne se limite pas au monde économique. Elle fait son chemin en politique. Doucement, car l'économie n'est pas le point fort de nos élus. Mais ce débat essentiel commence à s'imposer : la prochaine campagne présidentielle ne sera peut-être pas totalement centrée sur le mystère de la chambre 2806 du Sofitel, le régime alimentaire de François Hollande ou la grossesse de l'épouse du président de la République.

Cette prise de conscience nouvelle vient d'abord du tableau clinique inquiétant de l'industrie française qui ne peut plus être nié. Alors que le processus de désertification industrielle s'accélère depuis vingt ans, on n'en mesure qu'aujourd'hui les conséquences catastrophiques. Il faut dire que bien des joueurs de pipeau ont endormi les élites avec leurs aimables certitudes sur l'avenir des économies des services ou de la connaissance réservées à l'Occident, qui allaient se substituer à l'industrie lourde laissée aux pays émergents. Aujourd'hui, nos dirigeants ont la gueule de bois : en vingt ans, l'économie française a détruit 2 millions d'emplois industriels. A cause, notamment, des délocalisations dont on nous disait qu'elles étaient indolores. Le poids de l'industrie dans le PIB devient résiduel (13 %), alors qu'il était de 26,3 % en 1978 et de 17,8 % en 2003. Le mois dernier, le déficit commercial français s'est élevé à 7 milliards d'euros, et l'industrie y contribue lourdement. Quoi qu'en dise le conseiller spécial de l'Elysée Henri Guaino qui, dix ans après, radote encore sur le sauvetage - réel - d'Alstom, l'industrie est l'échec majeur du quinquennat sarkozyste, celui qui accélère toutes les catastrophes que nous ressentons quotidiennement : le chômage de masse, la montée de l'anxiété des classes moyennes, la précarité des emplois des jeunes, l'appauvrissement des petites villes et des territoires ruraux. Les dirigeants de PSA peuvent bien démentir la fermeture prochaine de l'usine d'Aulnay-sous-Bois : en quatre ans, Renault et Peugeot ont délocalisé 50 % de leur production. Et dire que, pour parvenir à ce magnifique résultat, il a fallu que l'Etat renfloue ces entreprises après la crise financière !

Nul ne peut, cependant, s'en tenir au lamento sur l'industrie française ou européenne. Il faut réagir. Et c'est là que les choses sont en train de bouger. Certes, les candidats "majeurs" de la prochaine élection présidentielle - Martine Aubry, François Hollande, Nicolas Sarkozy - rejettent encore l'option protectionniste. Ces trois-là ont en commun de se focaliser sur les "excès de la finance", réaffirmant régulièrement la nécessité d'une régulation de l'activité bancaire. Ce qui est loin d'être idiot, mais qui est insuffisant.

Réindustrialiser, vite !

Contrairement à ce que l'on nous explique depuis trois ans, la crise des subprimes a été la conséquence et non la cause de la crise économique des pays développés : c'est justement parce que le niveau de vie des classes moyennes baissait (et continue de baisser) aux Etats-Unis et dans les pays développés que l'on a mis sur les marchés des crédits distribués à des gens insolvables. Par ailleurs, trois ans après les rodomontades des dirigeants contre les requins de la finance, on voit bien que la régulation se fait encore attendre : les paradis fiscaux continuent de prospérer et les banquiers se versent de nouveau des bonus. Pis, les agences de notation dictent leurs politiques aux gouvernements - grec, portugais, espagnol aujourd'hui, belge, italien et français demain.

Mais, au-delà du cercle rétréci de la raison libre-échangiste, l'idée protectionniste progresse. Même parmi ceux qui furent les bardes les plus écoutés de la mondialisation, comme Michel Rocard (4) : "Le libre-échange intégral est fini, il a fait trop de dégâts. La Chine et l'Inde sont capables de produire tout ce que nous fabriquons. Et, comme leurs coûts sont moindres, c'est tous nos emplois industriels qui sont menacés. Personne ne peut le tolérer." Le même avait déclaré en 1979 que, entre "le plan et le marché, il n'y a rien". Un autre vieux sage, Valéry Giscard d'Estaing, vient d'annoncer dans les Echos (5) un besoin de protectionnisme compte tenu des écarts de salaire excessifs entre pays émergents et pays développés. Quittons la paisible maison de retraite de la vie politique. Le socialiste Arnaud Montebourg a fait de la démondialisation un best-seller et le sujet prioritaire de sa campagne pour la primaire. Il ne se contente pas de souhaiter convaincre nos partenaires d'installer des "écluses", il prône des restrictions vis-à-vis des importations extraeuropéennes, fondées sur la sécurité sanitaire et les normes techniques. Ségolène Royal vient de le rallier : "Je suis assez d'accord avec le principe de démondialisation porté par Montebourg. La mondialisation doit être dominée, pour que ce soit du gagnant-gagnant et que les pays riches changent leur mode de développement et permettent celui des pays pauvres."

Sur le terrain, ces idées font écho. Dans un rapport récent, le sénateur socialiste Martial Bourquin prône l'instauration de taxes sociales et carbone. Benoît Hamon est acquis depuis longtemps à l'idée protectionniste. Mais, surtout, Guillaume Bachelay, le rédacteur du projet socialiste, a défendu noir sur blanc le principe prudent du "juste échange" et des "écluses". Hollande et Aubry pourront-ils faire comme si ce programme n'existait pas ? Seront-ils crédibles en limitant leurs propositions à une fiscalité plus agressive et à un Etat plus économe ?

A droite aussi, on se remue les méninges. Auteur d'un essai sur le patriotisme économique, le député UMP Bernard Carayon s'énerve : "L'Europe est le seul territoire au monde qui soit offert et ouvert de façon aussi naïve au commerce mondial. Il faut revoir d'urgence les traités européens." Du côté de Jean-François Copé ou même d'Henri Guaino, on travaille encore sur la TVA sociale considérée comme un levier pour faciliter la réindustrialisation du pays. Et Emmanuel Todd, l'un des plus anciens partisans du protectionnisme européen, se souvient que Dominique de Villepin l'avait convié, en 2006, à en expliquer le principe sous les lambris de Matignon. Jean-Louis Borloo, lui, peut très bien imaginer prendre le virage d'un protectionnisme vert défendu par les écologistes.

Bref, les politiques ne sont plus forcément décidés à laisser la martingale protectionniste dans les bras musclés de Marine Le Pen. Mais il leur faut à présent quitter le domaine des idées pour aborder celui des travaux pratiques. Autrement dit, il ne suffira sans doute pas de supplier nos amis allemands de changer une politique de dumping fiscal qui développe provisoirement leurs exportations au détriment de leurs partenaires et de les convaincre qu'à moyen terme leur industrie est également menacée. Pour que, avec eux, ou sans eux s'ils persistaient, le protectionnisme cesse d'être une idée pour devenir un programme économique. Ph.C.

(1) Aurélien Bernier, Bernard Cassen, David Cayla, Bernard Conte, Pascal Fourrier, Jacques Généreux, Jean-Luc Gréau, Edouard Husson, Hervé Juvin, Akim El Karoui, Gérard Lafay, Julien Landfried, Jean-Louis Levet, Aquilino Morelle, Philippe Murer, Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Viale, Jean-Claude Werrebrouck.

(2) La Tribune du 2 janvier 2009.

(3) Challenges du 5 novembre 2010.

(4) Le Parisien du 6 avril 2011.

(5) Du 29 mai 2011.


Pour aller plus loin

Votez pour la démondialisation ! : La République plus forte que la mondialisation, d'Arnaud Montebourg, préface d'Emmanuel Todd, Flammarion, 86 p., 2 €.

La démondialisation, de Jacques Sapir, Seuil, 260 p., 19,50 €.

Le commerce des promesses : Petit traité sur la finance moderne, de Pierre-Nöel Giraud, Points, 396 p., 10,50 €.

L'identité économique de la France : Libre-échange et protectionnisme 1814-1851, de David Todd, Grasset, 496 p., 22,50 €.

La mondialisation: La destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique, de Maurice Allais, Clément Juglar, 647 p., 40 €.



UN REJET MASSIF DU LIBRE-ÉCHANGE

Pensez-vous que, dans les dix prochaines années, l'ouverture des frontières de la France et de l'Europe aux marchandises provenant de pays tels que la Chine ou l'Inde et leur ouverture aux produits français auront sur l'emploi en France globalement des effets...

très positifs 1
plutôt positifs 10
Total positifs 11
très négatifs 33
plutôt négatifs 42
Total négatifs 75

N'auront pas d'effet particulier 7

Ne se prononcent pas 7

Total 100

Commentaire. La fiction de "l'économie du ruissellement", les profits des actionnaires se diffusant naturellement dans la société, a vécu. Seule une minorité de petits patrons (16 % d'artisans) de cadres sup (14 %) et de Parisiens (17 %) croient encore aux mirages de la mondialisation heureuse.

LE PROTECTIONNISME DOIT ÊTRE EUROPÉEN...

Si les pouvoirs publics décident d'augmenter les droits de douane, il faut le faire...

aux frontières de l'Europe 80
aux frontières de la France 20

Total 100

...OU BIEN, À DÉFAUT, À L'ÉCHELLE FRANÇAISE

Si nos partenaires européens ne veulent pas relever les droits de douane aux frontières de l'Europe, faut-il alors les relever aux frontières de la France ?

Oui, tout à fait 26
Oui, plutôt 31

Total oui 57

Non, plutôt pas 21
Non, pas du tout 10

Total non 31

Ne se prononcent pas 12

Total 100

Commentaire. Preuve que le protectionnisme n'est pas une opinion passéiste ou nationaliste : les Français l'attendent d'abord de l'Europe. En 2009, les Européens, interrogés dans une enquête de la Tribune, étaient favorables à 54 % à un protectionnisme continental. Ce n'est qu'en cas de défection de l'Allemagne que 57 % des personnes interrogées (à droite et à gauche) envisagent un protectionnisme à l'échelle nationale. Une étude récente du Credoc confirme le sondage : en 2010, 56 % des Français étaient prêts à payer plus cher des produits made in France, contre seulement 39 % en 1997. Entre-temps, quinze ans de crises et de bulles spéculatives ont dessillé bien des consciences.

Fiche technique

Echantillon de 1012 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas. Interviews du 17 au 19 mai 2011 par questionnaire autoadministré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing)


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Médecine esthétique : Les hommes s'y mettent aussi ! - Linh Pham


L'Express, no. 312 - Styles;, Beauté, mercredi 15 juin 2011, p. STY58-60,62

Toxine botulique et acide hyaluronique font partie du nouvel arsenal cosmétique des mâles pour afficher leur pleine santé et leurs performances.

Il y a vingt ans de cela, voir son compagnon, son père ou son fils filer chez le médecin esthétique était simplement inenvisageable. Aujourd'hui, non seulement la femme comprend, mais souvent elle encourage. Elle est bien placée pour savoir qu'une petite retouche ici ou là peut tout changer. L'homme subit la même pression qu'elle, en tout cas dans son univers professionnel. La crise ayant exacerbé la compétition, les cadres ont tout intérêt à soigner leur apparence, pour envoyer une image positive à leur hiérarchie ou à leurs clients. Comment imaginer un jeune ténor du CAC 40 avec une mine de papier mâché et un front barré de rides ? Si la fonction a tout pour le stresser, il ne doit surtout rien en montrer ! Ainsi, aux Etats-Unis, les interventions esthétiques chez l'homme ont progressé, depuis 1997, de 88 % ! Au top du palmarès, les injections de toxine botulique : 225 000 réalisées en 2010 (source : The American Society for Aesthetic Plastic Surgery, 2010). Et la France suit... Une récente étude sponsorisée par le laboratoire Allergan dévoile que 15 % des hommes envisagent d'avoir recours à des injections, et que 2 % ont déjà sauté le pas.

Le but n'est pas d'être "tiré" comme Berlusconi, il est d'arborer un visage frais et dispo, comme si le stress n'avait aucune prise sur le physique. "Pendant longtemps, la ride a été un signe de maturité et d'expérience, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui ! Au-delà des questions de jeunisme, si elle est combattue, c'est parce qu'elle renvoie une image peu dynamique de soi, tandis qu'un visage frais et lisse témoigne de la résilience au stress et à la fatigue, d'une belle endurance, décrypte la psychosociologue Brigitte Miquel. Un homme sans rides est un homme disponible, efficace, entreprenant. Celui sur lequel il faut miser ! On comprend donc l'intérêt grandissant pour la médecine esthétique. Y souscrire, c'est en même temps se positionner comme un homme de son temps. Les anciens, eux, faisaient des liftings."

Des retouches surtout très légères

Si l'homme est heureux qu'on lui propose des solutions pour s'entretenir, encore faut-il qu'elles soient soft. Pour cacher ses cheveux blancs, il a déjà adopté Excell 5 de L'Oréal Paris, un produit qui colore partiellement la chevelure pour un effet supernaturel. La même discrétion est attendue des actes esthétiques. S'il assume parfaitement son geste, il n'en est pas encore au stade de le revendiquer. Il se fait d'ailleurs souvent piquer la veille d'un week-end, pour être présentable au bureau le lundi. Et puis, il est douillet ! Souffrir pour être beau n'est pas dans ses habitudes, contrairement à la femme, qui manie la cire ou l'épilateur régulièrement. Même s'il fait preuve d'une belle bravoure ("Allez-y, docteur, je serre les poings. Même si je crie, ne vous arrêtez pas !"), le malaise vagal, dès que l'aiguille approche, est fréquent. On surélève alors les jambes, on donne un comprimé de Coramine glucose... "Cela mis à part, l'homme est un patient bien plus facile à gérer que la femme, qui doute, hésite, tergiverse, multiplie les avis avant de se décider. Chez lui, les attentes sont claires : il veut des actes légers, rapides, indolores et sans suites", rapporte le Dr François Niforos, chirurgien plasticien à Lyon, qui compte dans sa clientèle plus de 20 % d'hommes. Les plus demandés sont, dans l'ordre, les injections de toxine botulique et d'acide hyaluronique pour estomper les rides, et les traitements par la lumière ou par la chaleur, qui améliorent la texture de la peau. Contrairement à la femme, l'homme n'est pas très obsédé par ses rides. Sa peau grasse et épaisse le protège mieux du temps qui passe. Il s'inquiète davantage du relâchement cutané, qui donne à son visage un aspect tombant, triste et fatigué. Celui d'un homme vieilli, qui ne retrouvera pas de travail si, par malheur, il vient à être licencié ! Les larges sillons qui barrent son front ou encadrent sa bouche, autour de la quarantaine, sont donc traités en priorité. De même que la ride du lion, entre les yeux, qui donne une expression soucieuse, voire teigneuse, au visage. Certains patients n'attendent même pas que la peau soit marquée pour consulter. "J'ai eu le cas de ce garçon d'une vingtaine d'années, cadre dans une grosse entreprise, qui souffrait beaucoup de son regard un peu dur. Il était agacé qu'on lui dise en réunion : "Tu fronces les sourcils, tu n'es pas d'accord ?" Ou, pire : "Tu es de mauvaise humeur ?" Bien que son front ne présente aucune ride, il voulait que je supprime cette expression de colère de son visage", rapporte Jean-Michel Mazer, dermatologue. Si le cas est extrême, il atteste bien la difficulté de l'homme de se montrer tel qu'il est, avec ses failles. Des poches persistantes, et on vous soupçonne aussitôt d'être alcoolique. Des cernes noirs, et on vous taxe d'être un fêtard invétéré. A moins que vous ne soyez malade ? La campagne de pub qui circule actuellement - "Je suis un être humain, pas un cancer" - en dit long sur les mentalités d'aujourd'hui dans l'entreprise. La crainte d'être mal perçu pousse donc inévitablement à la triche. "Les hommes qui passent le plus facilement à l'acte ont souvent une grande connivence avec les femmes. Ils connaissent leurs codes de séduction et n'ont aucune difficulté à se les approprier, car ils les jugent imparables", observe Brigitte Miquel. Les rides étant beaucoup plus profondes chez l'homme, il est cependant rare de s'en tenir à une injection de toxine botulique pour déplisser le front. Une fois le muscle relâché persiste la cassure de la ride. On la remplit alors, lors d'une autre séance, avec de l'acide hyaluronique. Les doses administrées chez l'homme sont généralement doublées, voire triplées, par rapport à celles que reçoit la femme. L'intervention étant facturée au nombre de seringues, ne vous étonnez donc pas si votre addition est plus salée que celle de madame ! Les rides de la patte-d'oie ne sont pas, en revanche, une grosse préoccupation chez les mâles, qui sont plus embêtés par leur sillon nasogénien. Très accentué, il donne un faciès à la Droopy. On le comble avec un acide hyaluronique, type Perlane, Juvéderm Ultra 3 ou Téosyal Deep Lines (de 400 à 600 A). Le sillon traduisant un affaissement de la joue, on ne peut toutefois pratiquer ces injections au long cours sans risque de connaître l'empâtement.

Des besoins bien identifiés

Pour échapper au lifting, il faut alors se tourner vers d'autres méthodes comme la radiofréquence, qui chauffe le derme en profondeur pour stimuler la synthèse des fibres de collagène et retendre la peau (prévoir six séances espacées de quinze jours à un mois, à raison de 150 A l'une). L'injection d'un acide hyaluronique très volumateur (Voluma, de Juvéderm) ou d'hydroxylapatite de calcium (Radiesse) dans la mâchoire (l'angle mandibulaire plus exactement) est également appréciée pour rendre le visage plus carré, ce qui est considéré comme un vrai critère de beauté chez l'homme (à partir de 600 A). De même que l'injection de toxine botulique dans les muscles releveurs des ailes du nez, pour booster une pointe de nez tombante (250 A). Bye-bye, rhinoplastie ! Les lèvres, en revanche, sont rarement retouchées chez l'homme, car le résultat manque de naturel. Et les traitements de la peau sont surtout demandés pour effacer de vieilles cicatrices d'acné (on propose alors le laser Fraxel, de 150 à 250 A la séance), ou des taches (la lumière intense pulsée ou le laser ND Yag, de 150 à 200 A la séance), ou des capillaires dilatés sur les ailes du nez (le laser KTP, de 100 à 150 A la séance). L'homme a une approche très "problème-solution" de l'esthétique. Il ne lui viendra pas forcément à l'esprit d'entretenir sa peau au long cours comme le fait une femme. Sur le corps, les traitements visant à réduire les poignées d'amour tels que le laser, la lipocryolyse ou les ultrasons étaient jusqu'ici très demandés. Mais un récent décret les a interdits, à la suite d'un avis émis par la Haute Autorité de santé, qui les a jugés potentiellement dangereux. Il ne reste donc plus comme solution que la crème amincissante... ou la liposuccion !

Oter ses poils disgracieux au laser sur les épaules ou le dos est, en revanche, toujours admis. Il y a même de plus en plus de candidats à l'épilation du torse chez les jeunes gens, qui escomptent ainsi souligner leur belle anatomie. Enfin, les hommes complexés par des fesses trop plates ou des pectoraux insuffisamment développés peuvent même s'offrir des injections d'acide hyaluronique (Macrolane). L'intervention a l'avantage d'être plus légère qu'une pose de prothèse, mais elle est très onéreuse. L'injection coûte au minimum 3 000 A, et il faut réinjecter tous les quinze mois. Par sûr que cela vaille le coup !

Linh Pham



La chirurgie pour les plus téméraires

Si l'homme n'aime pas souffrir, il n'hésite pas, en revanche, à franchir le pas pour venir à bout d'un gros complexe. Les interventions actuellement les plus pratiquées en France sont :

la liposuccion des poignées d'amour et de l'abdomen (de 4 000 à 6 000 €), à égalité avec les microgreffes capillaires (5 000 €) ;

la blépharoplastie, qui traite les paupières tombantes et les poches (3 000 €) ;

la rhinoplastie (5 000 €) ;

le lifting médio-facial (traction des pommettes vers le haut) et cervico-facial (qui corrige les bajoues et l'ovale du visage), de 7 000 à 8 000 €.

Puis vient le traitement de la gynécomastie (le développement excessif de la glande mammaire). Et la pose d'implants en silicone pour regonfler les pectoraux, les mollets ou les fesses commence à trouver sa clientèle.


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