lundi 31 janvier 2011

Hongkong ferme ses portes aux dissidents chinois

Le Monde - Contre-enquête France, mardi, 1 février 2011, p. 12

Les funérailles de Szeto Wah, chef populaire et respecté du mouvement démocratique d'Hongkong, ont eu lieu samedi 29 janvier à Hongkong, en l'absence de deux dissidents chinois du mouvement de juin 1989. Wang Dan et Wuer Kaixi n'ont pas obtenu de visa, malgré les assurances données au gouvernement hongkongais, et sont restés à Taïwan. Le numéro un hongkongais, Donald Tsang, s'est rendu aux funérailles. Il s'est fait insulter à la sortie de l'église. Crée en 1989 par Szeto Wah lors des manifestations étudiantes à Pékin, le mouvement L'Alliance a aidé des dissidents à sortir de Chine. Chaque année, dans la nuit du 4 juin, il organise une veillée aux bougies pour commémorer le massacre de la place Tiananmen. Hongkong est la seule ville de Chine où l'événement est toléré, même si les organisateurs ont été incités plusieurs fois à renoncer à cette tradition.

Florence de Changy

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OPINION - Qui peut se passer du dollar ? - Martin Wolf


Le Monde - Economie, mardi, 1 février 2011, p. MDE2

Le système monétaire international actuel est le produit du passé. " C'est ainsi qu'à la veille de sa récente visite d'Etat à Washington, le président chinois, Hu Jintao, a formulé ses doutes sur le rôle du dollar américain dans le système. En outre, a-t-il ajouté, " la politique monétaire des Etats-Unis ayant un impact majeur sur la liquidité mondiale et les flux de capitaux, la liquidité du dollar américain doit rester à un niveau stable et raisonnable ". Il a raison sur les deux points.

En critiquant les politiques budgétaires et monétaires américaines, et en particulier la politique d'" assouplissement quantitatif " de la Réserve fédérale américaine (Fed), M. Hu reprend un thème fréquemment formulé. Au début des années 1960, Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre français des finances, se plaignait déjà du " privilège exorbitant " du dollar. John Connally, secrétaire au Trésor sous la présidence Nixon (1968-1974), avait répondu : le dollar est " notre monnaie, mais votre problème ".

Les Français, et à présent les Chinois, souhaitent la stabilité des taux de change, mais en détestent le résultat inévitable : un engagement durable à acheter autant de dollars qu'en imprimeront les Etats-Unis. Paris et Pékin voudraient discipliner les politiques américaines. L'un et l'autre y ont échoué. Il ne peut en aller autrement aujourd'hui.

Les Chinois et d'autres intervenants de poids ont en effet une façon curieuse de manifester leur méfiance à l'égard du dollar. Entre janvier 1999, juste après la crise financière asiatique, et octobre 2010, le stock mondial des réserves en devises a atteint le montant sidérant de 7 450 milliards de dollars. La Chine y a ajouté à elle seule 2 616 milliards de dollars. Au cours de la crise financière, ces réserves ont bien joué un rôle d'amortisseurs pour leurs détenteurs, diminuant de 473 milliards de dollars entre juillet 2008 et février 2009 (soit 6 % du montant originel). Puis les achats ont repris : entre février 2009 et octobre 2010, les réserves se sont accrues de 2 004 milliards de dollars.

Le dollar n'est pas la seule devise de réserve. Mais il reste la plus importante. Au troisième trimestre de 2010, on ne connaissait la composition en devises que de 56 % des réserves mondiales. Sur cette répartition connue, 61 % étaient en dollars et 27 % en euros. La Chine ne révèle pas la composition de ses réserves. Mais il ne fait guère de doutes qu'elles sont essentiellement en dollars.

Pourquoi des pays relativement pauvres ont-ils investi de façon aussi massive dans les obligations à faible rendement des pays les plus riches et, au premier chef, des Etats-Unis ? Pourquoi la Chine a-t-elle acheté d'énormes quantités de dettes - plus de 2 000 dollars par Chinois et près de 50 % de son PIB - à un pays dont elle se méfie ?

La réponse est que Pékin veut maintenir le faible niveau de sa monnaie et la compétitivité de ses exportations. Ce n'est plus, si cela l'a jamais été, pour se ménager une assurance : les risques que le montant de ces réserves fait peser sur la richesse chinoise sont certainement plus grands que les avantages que procurerait n'importe quelle assurance. Et cela est probablement vrai pour d'autres gros intervenants.

Peut-on entrevoir une réforme plausible du système monétaire international capable de résoudre le dilemme chinois ? Si le monde, comme le recommandent certains, revenait à l'étalon-or, les Etats-Unis connaîtraient d'importantes sorties de métal fin et seraient contraints d'ajuster au moyen de la déflation. Formuler cette hypothèse, c'est se rendre aussitôt compte qu'elle n'a quasiment aucune chance de se concrétiser. Depuis la première guerre mondiale, aucun grand pays n'a accepté de procéder à un ajustement extérieur par ce moyen.

Certains, y compris parmi les responsables chinois, parlent de se tourner vers les droits de tirage spéciaux (DTS) comme actifs de réserve. Or ils ne sont qu'un panier des principales réserves. Les DTS ne sont pas une monnaie et ne peuvent remplacer les devises dont ils sont composés. A l'avenir, le régime mondial des devises restera fondé sur les monnaies fiduciaires nationales. L'émission de DTS peut constituer un complément, en aucun cas un remplacement.

Et si l'on faisait du yuan une monnaie mondiale de réserve ? A très long terme, il faudra y parvenir. Mais se précipiter vers cet objectif engendrerait deux difficultés pour la Chine. Tout d'abord cela n'aurait de sens qu'à la condition que le yuan soit décroché du dollar, auquel cas la stratégie mercantiliste s'effondrerait.

En second lieu, pour qu'une monnaie devienne mondiale, elle doit être librement convertible et s'échanger sur des marchés financiers liquides et profonds. La Chine devrait donc renoncer au contrôle des changes et libéraliser son système financier. Il deviendrait impossible de forcer la population chinoise à détenir de vastes quantités de dépôts bancaires à faible rendement. Surtout, Pékin perdrait son principal outil de contrôle économique : les banques. C'est sans doute là quelque chose de quasiment inconcevable sur le court terme.

Le principal point, cependant, est que la Chine ne peut à la fois poursuivre sa stratégie mercantiliste et éviter d'accumuler des obligations en dollars d'une valeur douteuse sur le long terme. C'est le " dilemme de Triffin ", d'après le nom de l'économiste belge Robert Triffin, qui a montré dans les années 1960 que, dans un système à taux de change fixe, le fournisseur de réserves finira par enregistrer des déficits dans sa balance primaire des paiements.

La solution pour la Chine est de cesser d'acquérir des dollars en si grande quantité et de laisser s'apprécier plus rapidement le yuan. Cela entraînera sans doute des problèmes d'ajustement. Mais ces ajustements sont dans l'intérêt de la Chine. Sinon, elle va accumuler d'énormes réserves supplémentaires, continuant ainsi à fausser son propre système financier et risquant même de perdre tout contrôle monétaire. Vu la crainte actuelle d'une inflation, les arguments en faveur d'un renchérissement beaucoup plus rapide de la monnaie chinoise sont sans aucun doute extrêmement convaincants.

A l'occasion d'un discours prononcé avant la visite de M. Hu, Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, remarquait que, " depuis le mois de juin 2010, date à laquelle Pékin a annoncé qu'il s'orienterait à nouveau vers un taux de change plus souple, il n'a laissé le yuan s'apprécier que d'environ 3 % par rapport au dollar. Cela représente un rythme d'environ 6 % par an en termes nominaux, mais légèrement plus rapide en termes réels, du fait que l'inflation en Chine est beaucoup plus forte qu'aux Etats-Unis. Nous pensons qu'il est dans l'intérêt de la Chine de laisser sa monnaie s'apprécier plus rapidement en réponse aux forces du marché. Et nous sommes convaincus que c'est ce - qu'elle - fera, car l'alternative serait trop coûteuse pour elle et pour - ses - relations avec le reste du monde ".

L'analyse est sans doute exacte. Pourtant, tout semble indiquer que la Chine persiste à ne vouloir avancer que très lentement. C'est une erreur. Si la Chine veut échapper à la tyrannie de ce maudit dollar, qu'elle cesse d'en acheter !

Par Martin Wolf

Cette chronique de Martin Wolf,

éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le " Financial Times ". © " FT "

(Traduit de l'anglais par Gilles Berton)

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OPINION - Et l'Allemagne fit faillite... - Pierre-Cyrille Hautcoeur


Le Monde - Economie, mardi, 1 février 2011, p. MDE1

Deux grands déséquilibres financiers mondiaux suscitent actuellement l'inquiétude. D'un côté, l'endettement des Etats-Unis, dont la dette nette envers l'extérieur s'élève à près de 3 000 milliards de dollars - soit 25 % de leur produit intérieur brut (PIB) -, fait face aux positions excédentaires du Japon mais aussi de la Chine, dont l'actif net sur l'étranger atteint 40 % de son PIB. L'autre déséquilibre oppose au sein de l'Europe l'Allemagne, qui accumule les excédents (sa position créditrice internationale atteint 40 % de son PIB), et les pays de la périphérie (Espagne, Grèce, Irlande, Portugal), dont les positions débitrices avoisinent les 100 % du PIB. Les dettes publiques engendrent la défiance des investisseurs, car elles sont largement détenues par des investisseurs étrangers, ce qui peut créer la tentation d'un défaut souverain.

Durant l'entre-deux-guerres, des déséquilibres comparables ont été réglés par des défauts massifs, en particulier celui de l'Allemagne entre 1931 et 1933. Certes, ce furent les crises bancaires de 1931 qui transformèrent la crise de 1929 en " grande dépression ", mais ces crises furent elles-mêmes le résultat de l'incapacité des grands pays à régler pacifiquement les déséquilibres des paiements internationaux et les dettes qui les liaient. Il vaut donc la peine d'y revenir.

En mai 1931, la principale banque autrichienne (le Creditanstalt), rendue insolvable par la crise, fit faillite. En quelques mois en résultent un retrait massif des crédits internationaux à court terme (dont l'encours recula de 30 % en quelques mois), la nationalisation d'un secteur bancaire allemand en faillite, une série de défauts de paiement étatiques et l'abandon par la moitié de l'Europe d'un étalon or péniblement restauré quelques années plus tôt. Si la crise austro-allemande eut un tel effet dévastateur, c'est que l'Allemagne n'était pas seulement endettée au titre des réparations dues aux vainqueurs de la première guerre mondiale, mais qu'elle avait également accumulé des dettes privées entre 1924 et 1929 (l'ensemble totalisait environ 100 % de son PIB), et qu'elle ne disposait en contrepartie d'aucun actif international à vendre. En outre, sa dette était libellée en devises, de sorte qu'elle ne pouvait s'en défaire que par le défaut de paiement. Enfin, ce défaut était facilité par son poids politique, celui-là même qui, au nom de son rôle de " rempart contre le bolchevisme " et de contrepoids à une supposée hégémonie française en Europe, lui avait valu prêts américains et réduction des réparations entre 1924 et 1929.

Le défaut allemand légitima ceux de la France et de la Grande-Bretagne sur leurs dettes de guerre (en 1932), la montée des nationalismes (protectionnisme, dévaluations compétitives) et l'abandon de tout système monétaire international organisé. Ce processus destructeur culmina fin 1932 quand les Etats-Unis, scandalisés par ces défauts qui équivalaient à environ un tiers de leur PIB, élurent un président, Franklin Roosevelt, moins attaché à l'étalon-or que ses prédécesseurs.

Ce qui conduisit à une vague de spéculation qui déstabilisa tout le système bancaire américain, provoqua la dévaluation du dollar et supprima tout espoir de réorganisation internationale.

Aujourd'hui, tous les pays débiteurs sont en même temps créanciers pour des montants élevés (100 % du PIB dans le cas de la Grèce, plus de 1 000 % pour l'Irlande), tandis que les créanciers sont aussi d'importants débiteurs, à l'exception de la Chine. Cela rend un défaut unilatéral risqué tant à cause des représailles possibles que des interdépendances entre créanciers et débiteurs.

Les Etats-Unis, endettés en dollars, peuvent se débarrasser de leur dette par l'inflation, mais pas les autres débiteurs, dont une dévaluation alourdirait la dette réelle. Les pays débiteurs pourraient tenter le défaut unilatéral, s'ils sont capables de renoncer à emprunter (au moins à l'étranger) quelque temps. Si les conséquences économiques du défaut d'un petit pays pourraient sans doute être surmontées, les effets politiques seraient désastreux pour l'Union européenne (UE).

Quand, comme en Europe, créanciers et emprunteurs sont reliés par des entrelacs multiples de dettes et sont structurellement alliés, la meilleure solution serait pour les prêteurs d'échanger une restructuration de dette contre l'octroi par les débiteurs de garanties politiques sous les auspices de l'UE, à qui se verrait par ailleurs déléguée la collecte de recettes fiscales spécifiques.

Parce qu'elle peut assurer les débiteurs qu'une telle manoeuvre ne les inféodera pas définitivement aux prêteurs, et parce qu'elle constitue d'ores et déjà une instance politique, l'UE serait crédible pour cette opération. Seul un tel transfert significatif de souveraineté à l'Europe peut désormais éviter tant la déflation que la montée de conflits entre Etats européens.

Pierre-Cyrille Hautcoeur,

Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d'économie de Paris.

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« Les entreprises chinoises doivent investir en Europe »

Les Echos, no. 20859 - Dernière, lundi, 31 janvier 2011, p. 18

Dans la presse étrangère

La Chine doit saisir les opportunités pour investir directement dans les entreprises de l'Union européenne », car les processus d'approbation y sont plus transparents et plus justes qu'aux Etats-Unis. Le conseil ne vient pas d'un eurocrate mais de Li Zongmin, de l'Académie chinoise des sciences sociales de Pékin, proche du PC chinois, et est publié dans le « China Daily ». Le chroniqueur avance tous les arguments pour préférer l'Europe à l'Amérique. Elle est plus rigoureuse en matière de réduction de ses déficits. Elle ne se livre pas à du « quantitative easing ». C'est encore elle qui propose à ses partenaires du G20 de prendre des mesures pour s'attaquer aux déséquilibres mondiaux. De plus, des pays comme l'Allemagne, l'Italie, et aussi la Suisse ont des industries leaders dans les technologies de pointe. En revanche, l'auteur estime qu'il vaut mieux pour la Chine investir directement dans les entreprises et non pas acheter des bons du Trésor en Europe. Le quotidien souligne que le Vieux Continent est doté de bonnes infrastructures et offre de relativement faibles taxes sur les entreprises, à l'exception de la France et de l'Allemagne. Car la crise de l'euro n'a pas impressionné l'auteur, qui voit de bonnes perspectives économiques. Des recommandations un peu à contre-courant d'une certaine morosité européenne.

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En Chine, le luxe reste une affaire d'hommes - Valérie Leboucq

Les Echos, no. 20859 - Compétences, lundi, 31 janvier 2011, p. 13

Nouvel eldorado des marques de luxe, la Chine fait l'objet de toutes leurs attentions. Priorité est donnée à l'investissement dans la distribution, seul ou avec des partenaires. Mais où et sur quels segments du marché miser en priorité ? Un séminaire récemment organisé par l'Association des professionnels du luxe, Ipsos et le Boston Consulting Group permet d'y voir plus clair.

Pour Jean-Marc Bellaïche, « senior partner » du BCG, il ne fait pas de doute que, sauf brutal accident de parcours, les Chinois seront les premiers consommateurs du luxe d'ici à trois ans avec un triplement de leurs dépenses prévisibles à l'horizon de cinq ans. « Dans dix ans, 330 villes auront un niveau de vie supérieur à celui de Shanghai aujourd'hui », dit-il.

En 2010, déjà, le marché du luxe chinois a représenté 40 milliards d'euros, dont 20 milliards consacrés aux biens de consommation de la personne (mode, joaillerie et surtout horlogerie) et quelque 17 milliards affectés aux voyages. Ces derniers appartiennent, comme la fréquentation des hôtels et restaurants haut de gamme, au luxe dit d'« expérience », qui est en forte progression dans les pays matures. Le segment est moins développé pour l'instant dans les pays émergents. Les Chinois concilient les deux en profitant de leurs déplacements à l'étranger pour consommer. Du luxe de préférence, car le shopping constitue l'une des principales activités de loisir.

Particularité du marché chinois du luxe, il est tiré par les hommes et en particulier les jeunes : 80 % des millionnaires ont moins de 45 ans contre 30 % de leurs homologues américains. Conséquence, « des marques comme Dunhill et Porsche tiennent le haut du pavé, étant bien plus citées que Chanel, Dior et Vuitton. » Ce tropisme explique d'ailleurs que des capitaux chinois aient commencé à racheter des marques de mode masculine italiennes. Sur le plan du marketing et de la publicité, le marché se caractérise par le rôle primordial d'Internet.

Côté distribution, enfin, enseignes et marques locales commencent à émerger. Exemple, Chow Tai Fook dans l'horlogerie-joaillerie ou, dans la mode et les accessoires, Shanghai Tang (propriété du groupe Richemont) et, tout récemment lancé, Shang Xia (dont Hermès est actionnaire minoritaire). Ces marques pourraient à terme bénéficier du sentiment de fierté nationale, largement partagé. Même si, comme le relève Remy Oudghiri, directeur de la prospective chez Ipsos, les Chinois assimilent encore le luxe aux produits occidentaux (pour 75 %) et à des marques (pour 90 %).

Il dresse un parallèle entre les consommateurs chinois d'aujourd'hui et les Japonais des années 1990, qui avaient déjà fait les beaux jours des marques occidentales. Animés d'un optimisme à toute épreuve quant à l'amélioration de leur situation matérielle, les Chinois voient dans la consommation de produits de luxe la juste récompense de leur ardeur au travail.

« Le luxe est un marqueur de la réussite sociale, d'où l'importance du logo », explique-t-il. Enfin, petit avertissement à ceux qui seraient tentés par la facilité : s'ils ont moins le culte de la perfection que les Japonais, les Chinois sont aussi exigeants que ces derniers en matière de rapport qualité/prix et de services.

VALERIE LEBOUCQ

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La Chine impose la taxe foncière - Arnaud Rodier

Le Figaro, no. 20682 - Le Figaro Économie, lundi, 31 janvier 2011, p. 23

Elle est expérimentée dans deux grandes villes pour calmer la flambée des prix de l'immobilier.

La capitale des affaires, Shanghaï, et la nouvelle mégapole du Grand Ouest, Chongqing, sont les deux villes désignées par le gouvernement chinois pour expérimenter la taxe foncière dans le pays.

Désormais, dans ces deux villes, les propriétaires devront verser entre 0,4 % et 1,2 % de la valeur de leur appartement dès l'achat d'un deuxième logement. La taxe, qui pourrait rapporter 250 millions de yuans (16,6 millions d'euros) à la municipalité de Chongqing, vise moins à freiner la flambée des prix de l'immobilier qu'à lutter contre l'inoccupation croissante des logements en Chine. Elle pourrait être progressivement étendue à l'ensemble du pays, prévient d'ores et déjà le ministère des Finances.

L'an dernier, les prix des logements relevés dans 70 grandes villes chinoises ont augmenté de 6,4 %, un chiffre qui inquiète le gouvernement qui souhaite « contrôler les achats spéculatifs ». En effet nombreux sont les Chinois qui ne voient dans l'immobilier que l'occasion de faire des placements financiers plus que profitables. Ils achètent non pas pour se loger mais pour revendre avec de confortables plus-values.

Le gouvernement, qui a décidé la semaine dernière d'augmenter de 50 % à 60 % l'apport personnel minimum pour l'achat d'un deuxième logement, alors qu'il n'est que de 30 % pour le premier, multiplie les mesures visant à calmer le marché.

Dans certaines villes, les familles ne peuvent déjà plus acheter un second logement que si elles y possèdent une résidence permanente. Partout, les politiques fiscales sont resserrées et les banques sont incitées à augmenter leurs taux d'intérêt sur l'achat d'un deuxième appartement. Une nouvelle réglementation contraignante doit en outre voir le jour en avril prochain concernant le courtage immobilier.

Logements « abordables »

En réalité, l'État voudrait accélérer la construction des logements à des prix accessibles à l'ensemble de la population en espérant que cela réussira à stopper la flambée des prix de l'immobilier.

Le premier ministre, Wen Jiabao, en fait l'une des priorités de la politique du gouvernement pour cette année. Il exhorte les banques à augmenter le nombre de leurs prêts dans ce domaine. Ils ont bondi de 32 % l'an dernier, mais ne représentent toujours qu'une très petite part du total des prêts accordés dans l'immobilier. Or la Chine, pour répondre aux besoins de logements, devrait construire pas moins de 10 millions d'appartements cette année. Un chiffre plus qu'improbable quand on sait qu'en 2010 seulement 5,9 millions de logements considérés comme « abordables » sont sortis de terre.

Rien qu'à Pékin, le gouvernement promet de « construire ou acheter 200 000 appartements (...) dont la moitié d'entre eux seront à occuper à la fin de l'année ». Mais il ne peut rien exiger. Même la nouvelle taxe foncière lancée à Shanghaï et à Chongqing lui échappe en grande partie. En effet, les deux villes, comme celles qui seront choisies ultérieurement, gardent le choix des taux qu'elles pratiquent.

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ANALYSE - Démographie mondiale : la croissance ralentit

Le Monde - Analyses, vendredi, 28 janvier 2011, p. 19

En janvier, tradition bien établie, les sondeurs nous assènent une batterie de sondages pessimistes sur le moral du pays, plus que jamais en berne, paraît-il. Les Français n'ont pas confiance dans l'avenir. Ils pensent que leurs enfants vivront plus mal qu'eux. Ils jugent que l'économie va mal; le chômage des jeunes les hante, à juste titre. Pourtant, au baromètre de l'humeur nationale, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vient d'apporter une note positive, très positive : la France - un peu moins de 65 millions d'habitants - est la championne d'Europe de la natalité. Moral en baisse, libido à la hausse ?

Tout a été excellemment dit par notre consoeur Anne Chemin (Le Monde du 15 janvier) sur les raisons qui peuvent expliquer ces chiffres. Avec 828 000 naissances, la France affiche en 2010 un indicateur de fécondité de 2,01 enfants par femme. Poétique à souhait et un rien opaque, la formule mérite un décryptage : il est né, en 2010, 20 000 bébés de plus qu'il y a dix ans; la France connaît son plus fort taux de natalité depuis la fin du baby-boom de l'après-guerre.

Les économistes et les démographes aiment ces chiffres. Ils y voient un atout majeur pour la France - de la garantie du financement de son Etat social au renouvellement de sa population. Prudents, ils ne se risquent pas à sonder les mystères de la décision la plus privée qui soit (avoir des enfants ou non), mais certains osent émettre ce jugement : cela pourrait ressembler à un signe de confiance dans l'avenir...

La natalité française est une exception sur le Vieux Continent, qui n'a jamais été aussi bien nommé. La plupart des pays européens connaissent une grave crise de la natalité. Au sud catholique comme à l'est de l'Union européenne, les indicateurs de fécondité stagnent; ils descendent parfois en deçà des naissances nécessaires pour assurer le simple maintien de la population à son niveau actuel.

L'exception française est plus remarquable encore si l'on observe les grandes tendances de la démographie mondiale. Selon les estimations de l'ONU (www.un.org/esa/population/), l'Europe est dans la norme d'une planète vieillissante où les candidats à la carte senior - 60 ans et plus - constituent une part sans cesse croissante de la population.

Que les disciples de l'économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834) se rassurent : la peur est en passe de changer de nature. Les malthusiens redoutaient une surpopulation que les ressources de la planète n'arriveraient pas à nourrir; les démographes craignent une population mondiale qui ne compterait pas assez de jeunes pour prendre en charge les vieux.

Explication : la croissance démographique ralentit. Dans son édition spéciale « Le monde en 2011 », l'hebdomadaire The Economist annonce « la fin du baby-boom mondial ». Certes, 2011 verra, probablement vers la moitié de l'année, « la naissance du sept milliardième être humain ». Mais le chiffre masque le début d'une décélération du rythme de l'accroissement de la population mondiale. Celle-ci « a mis environ 250 000 ans pour atteindre 1 milliard de personnes (aux alentours de 1800). Plus d'un siècle s'est écoulé avant qu'elle n'atteigne 2 milliards (en 1927), mais il n'a fallu que trente-trois ans pour atteindre le milliard suivant (1927-1960) et quatorze ans seulement pour le milliard d'après, écrit The Economist. Les deux dernières étapes, pour passer à 5, puis à 6 milliards, n'ont respectivement pris que treize et douze ans ». Cette dynamique va s'inverser.

D'ici à 2050-2060, la population mondiale devrait se stabiliser autour de 9 milliards d'habitants, résultat d'une baisse progressive des taux de natalité et d'une hausse générale de la durée de la vie. « Vers 2050, l'élan démographique ralentira presque à zéro, prédit The Economist, et le monde sera à la veille de connaître, pour la première fois depuis des siècles, un plafonnement de sa population. »

« La planète grisonne », titre joliment la revue américaine Foreign Policy (novembre 2010). La baisse de la natalité ne concerne pas que les pays industrialisés. Elle est assez générale. La Russie de ce début de siècle a perdu 7 millions d'habitants par rapport à sa population de 1991. « Sur les 59 pays où la natalité n'est plus suffisante pour assurer le maintien de la population, 18 sont qualifiés par l'ONU de «pays en voie de développement» » - autrement dit, des pays du Sud.

L'Asie, vantée comme l'eldorado de demain, est l'un des continents démographiquement les plus mal partis. Le politologue Phillip Longman écrit dans Foreign Policy : « Ceux qui nous annoncent un siècle asiatique n'ont pas réalisé que cette région entre dans l'ère d'un vieillissement accéléré de sa population. » Le cas japonais est connu, mais on oublie que la situation de la Corée du Sud et celle de Taïwan, par exemple, s'en rapprochent, tout comme celle de la Chine.

Avec sa politique de l'enfant unique, un taux de natalité extrêmement bas et les incessants progrès de la santé publique, « la Chine évolue rapidement, explique M. Longman, vers ce que les démographes appellent une société 4-2-1, où un enfant va avoir la responsabilité, une fois adulte, de prendre en charge ses deux parents et ses quatre grands parents ». Le vieillissement d'une population finit à terme par peser sur son développement économique. La Chine devra inventer l'Etat-providence pour des dizaines de millions de plus 75 ans... Elle sera vieille avant d'être riche, prophétisent les pessimistes.

Le bon exemple vient des Etats-Unis, où un solide taux de natalité et une immigration dynamique assurent un remarquable équilibre démographique. Il vient aussi de Scandinavie, où, comme en France et en Grande-Bretagne, les politiques familiales mises en oeuvre par l'Etat ont relancé la natalité. En somme, rien ne sert de sonder trop longuement les mystères de la natalité, mieux vaut créer des crèches et le congé parental...

Alain Frachon

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La sécheresse accentue le déficit en eau de Pékin - Brice Pedroletti

Le Monde - Environnement & Sciences, lundi, 31 janvier 2011, p. 4

Après avoir assoiffé, au printemps 2010, le sud-ouest de la Chine, la sécheresse est intense, cet hiver, dans le quart nord-est du pays : Pékin n'a pas vu une goutte de pluie depuis le 25 octobre 2010. C'est la première fois, depuis l'établissement d'un registre des données météorologiques, en 1951, qu'aucune neige n'est encore tombée dans la capitale à cette époque de l'année. Même les artilleurs " faiseurs de pluie " n'y peuvent rien : pas de nuages à inséminer, le temps est au beau fixe. Il y a un an, Pékin connaissait ses pires chutes de neige en un demi-siècle...

Le Shandong, province de 90 millions d'habitants, dans l'est de la Chine, n'a pas enregistré d'aussi faibles précipitations depuis six décennies. Près de 240 000 personnes - surtout dans des zones reculées et montagneuses - ont dû être ravitaillées. Mais ce chiffre, ont prévenu les autorités provinciales, qui a élevé le niveau d'alerte à son degré maximal, atteindra le million si la sécheresse persiste dans les semaines qui suivent.

Les pompiers ont distribué de l'eau dans les villes de Linyi, Rizhao et Weifang, où les réservoirs sont presque à sec. Le Shandong est l'un des principaux greniers à blé du pays : deux millions d'hectares de cultures de blé d'hiver, semé en automne et dont les pousses sont dormantes jusqu'au printemps, seraient menacés, soit 56 % des surfaces consacrées à cette céréale dans la province.

Les autres régions céréalières de Chine, comme le Shanxi, le Henan, le Jiangsu ou l'Anhui sont aussi touchées sur deux autres millions d'hectares, selon l'agence Chine nouvelle. Même si le pays le plus peuplé de la planète ne devrait pas connaître de pénurie, l'impact de la sécheresse préoccupe : l'inflation du prix des denrées alimentaires a atteint des niveaux record ces derniers mois.

Le premier ministre, Wen Jiabao, s'est ainsi rendu, vendredi 21 et samedi 22 janvier, dans le Henan pour réconforter les paysans sinistrés. Si la situation empire, la Chine, qui a enregistré des récoltes céréalières record ces dernières années, pourrait restreindre ses exportations, poussant à la hausse les marchés mondiaux, selon Li Guoxiang, un chercheur en développement rural de l'Académie des sciences cité par le quotidien hongkongais South China Morning Post.

Le froid est de la partie dans le Shandong, mais aussi le Hebei et le Liaoning : le golfe de Bohai est pris, depuis début janvier, dans une glace épaisse, ce qui a conduit à l'arrêt des plates-formes pétrolières, ralenti le transit maritime et sinistré l'aquaculture locale. Le gouvernement chinois a promis, jeudi 27 janvier, une aide supplémentaire de 2,2 milliards de yuans (220 millions d'euros), en sus de plusieurs milliards déjà débloqués à travers le pays.

La sévérité de l'hiver est attribuée à La Niña par les météorologues chinois. Mais les effets de ce phénomène météorologique seraient l'inverse, cette année, de ceux constatés en 2008, quand les tempêtes de neige s'étaient multipliées. Certains météorologues font valoir que la Chine manque de données climatiques fiables sur le Pacifique occidental - les plus précises sont gardées secrètes par la marine américain - et admettent leur impuissance à trouver des explications convaincantes.

La sécheresse, en tout cas, confirme l'acuité de la crise de l'eau dans le nord-est du pays. Pékin souffre depuis douze ans d'un manque d'eau structurel. Avec un trentième de la moyenne mondiale pour les réserves d'eau disponibles par habitant, c'est l'une des villes les plus mal loties au monde. Son expansion, ces dernières années, a compliqué encore l'équation : des milliers de tours d'habitation remplacent chaque année les hutongs, les rues traditionnelles, et les villages, où une salle de bains était un luxe rare.

Les habitudes de vie ont changé. La dizaine de stations de ski sur neige artificielle situées autour de la capitale sont noires de monde le week-end. Les migrants s'entassent par millions dans des villages de banlieue aux infrastructures vétustes. Il est urgent, affirment les écologistes, de pratiquer une politique tarifaire plus réaliste : le prix de l'eau est ridiculement bas. Mais l'augmenter pénaliserait les plus pauvres.

D'importants efforts de recyclage et de traitement des eaux ont été entrepris ces cinq dernières années. Mais le déficit atteint 515 millions de mètres cube par an, a récemment expliqué le maire de la ville, Guo Jinyong. Pékin compte sur le canal géant qui doit, à partir de 2014, acheminer de l'eau depuis le généreux fleuve Yangzi Jiang. Une première partie du canal est achevée : elle relie Pékin à sept réservoirs situés dans les provinces du Shanxi et du Hebei.

Mais là-bas aussi, les grandes villes sont menacées par des pénuries d'eau et les campagnes arides. Selon leQuotidien de Pékin, la capitale envisagerait de faire construire un autre canal de 500 kilomètres jusqu'au fleuve Jaune, lui aussi mal en point.

Brice Pedroletti

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Kim Jong-Il était opposé à la succession héréditaire, selon son fils

Le Monde - International, lundi, 31 janvier 2011, p. 7

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il était opposé à la transmission héréditaire du pouvoir, mais a désigné son fils cadet, Kim Jong-Un, comme successeur afin d'assurer " la stabilité du pays ", a déclaré, vendredi 28 janvier, son fils aîné au journal japonais Tokyo Shimbun. Dans l'entretien, Kim Jong-Nam a souhaité que son demi-frère améliore la vie des Nord-Coréens. " Il n'y a pas eu de succession par hérédité même pour le président chinois Mao Zedong ", a rappelé l'homme d'affaires, interviewé dans le sud de la Chine. " Cela ne correspond pas au socialisme, et mon père était contre ", a-t-il dit.

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China Development Bank en lice pour reprendre la banque allemande WestLB

Les Echos, no. 20859 - Finance, lundi, 31 janvier 2011, p. 31

Alors que son homologue ICBC étend sa toile en Europe et aux Etats-Unis, la banque publique China Development Bank s'intéresse à la reprise de la banque publique régionale WestLB de même que trois fonds d'investissement américains (Blackstone, Apollo Global Management et J.C. Flowers & Co), selon le « Wall Street Journal » d'hier. Le quotidien économique estime que les offres pourraient tourner autour de 10 milliards d'euros pour l'établissement allemand. WestLB est contraint par Bruxelles de présenter d'ici au 15 février un plan de restructuration crédible en contrepartie des aides publiques reçues pendant la crise. Un démantèlement n'est pas exclu. La banque chinoise n'en est pas à sa première initiative en Allemagne. En 2008, il avait fait une offre sur Dresdner Bank, qui a été finalement racheté par Commerzbank. China Development Bank, le plus gros prêteur public en Chine, avait aussi investi 3 milliards de dollars dans Barclays en 2007.

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Chine-Suisse: une négociation à un moment clé de l'histoire

Le Temps - Une, samedi, 29 janvier 2011

Le nouveau monde polycentrique ne doit pas seulement être analysé sous l'angle des menaces. L'ouverture de négociations par Berne et Pékin en vue d'un accord de libre-échange est emblématique des nouvelles opportunités qui se dessinent

Le monde retrouve peu à peu son équilibre historique. Les pays les plus peuplés sont aussi ceux dont l'économie est la plus large. Cet ajustement, diraient les économistes, inquiète. Car si tout le monde admet que l'industrialisation de la Chine, et des nouveaux pays émergents qui lui emboîtent le pas, constitue un progrès pour des millions d'hommes et de femmes, l'équilibre politique du monde s'en trouve chamboulé. La Chine impressionne, bien sûr, mais son économie demeure intrinsèquement instable. Le pays entre dans une transition délicate: les exportations seules ne pourront pas éternellement alimenter les énormes ambitions du pays; l'élite présente à Davos le reconnaît. La deuxième puissance économique du monde va au-devant de réformes qui comportent des risques économiques, sociaux, et pour tout dire politiques. A croire beaucoup d'experts, la Chine serait arrivée à un stade de développement où les forces du marché intérieur prennent le relais nécessaire des exportations. Mais ce même marché intérieur l'exposera plus brutalement aux conflits inévitables sur la répartition des richesses.

Les Etats-Unis et l'Europe sont, eux, riches mais en panne. En panne de croissance, ils peinent à affirmer leurs valeurs dans une société où les technologies accélèrent les changements et abolissent les frontières.

A Davos, les dirigeants occidentaux mesurent à quel point les rapports de force changent, à quel point les élites des nouveaux mondes sont plus sûres d'elles-mêmes et osent remettre en cause une gouvernance mise en place au XXe siècle.

Ce monde en mouvement se manifeste aussi là où on ne l'attendait peut-être pas. Il ne s'agit plus seulement d'échanges commerciaux mais de l'émergence rapide d'une économie de la connaissance, d'influences culturelles nouvelles. L'appétit immense des dragons et tigres semble insatiable. Et sans doute ébranle-t-il beaucoup de certitudes. Le monde polycentrique ne doit pourtant pas être analysé que sous l'angle des menaces. Bien au contraire. En engageant des négociations de libre-échange avec la Chine, la Suisse abat une carte intelligente à un moment clé: elle qui fut à l'avant-garde de la révolution industrielle joue juste dans une société de la connaissance, qui donne aux petits pays des chances comparables à celles des géants. Et ce n'est sans doute pas un hasard si l'Empire du Milieu a choisi la Suisse comme partenaire pour faire ses armes dans l'apprentissage du libre-échange.

Par Pierre Veya


Nouvelle voie Chine-Suisse - Les négociations sur le libre-échange ont débuté

Harmonie, accélération et ouverture. Voilà les trois mots clés qui résument ce qu'André Kudelski, Daniel Vasella et Hans-Ulrich Dörig attendent de l'accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine. Sa négociation a été lancée vendredi à Davos par le conseiller fédéral Johann ­Schneider-Ammann et le ministre chinois du Commerce, Chen Deming. «J'espère que cela permettra de travailler de manière encore plus harmonieuse et simple», selon le patron du groupe technologique Kudelski, croisé dans le Centre de congrès du WEF. Le Vaudois, qui emploie plus de 300 personnes en Chine et y fournit des solutions pour la télévision, se réjouit de la «volonté de davantage collaborer» entre les deux pays.

Le président de Novartis avait fait le déplacement pour assister à l'événement. Daniel Vasella aimerait que l'accord «accélère les procédures. Actuellement, envoyer des substances de notre centre à Bâle à celui de Shanghai peut prendre des semaines.» Le président de Credit Suisse, également présent à la cérémonie, estime qu'«il est important d'avoir un bon accès à la Chine. Aujourd'hui, il est très compliqué pour une banque universelle comme la nôtre en Suisse de l'être aussi là-bas. A l'inverse, une banque chinoise peut sans difficulté acheter un établissement ici.»

Les négociations porteront sur les biens et les services, ont déclaré Johann Schneider-Ammann et son homologue chinois. Le premier a cité l'industrie des machines, la pharma ou la chimie, mais encore les services financiers. La propriété intellectuelle et le développement durable font partie du paquet. Chen Deming a toutefois précisé que la question des droits sociaux n'était pas directement liée aux négociations.

De janvier à novembre 2010, les exportations de marchandises suisses vers la Chine ont atteint 6,7 milliards de francs (+34%), les importations 5,6 milliards de francs (+18%). L'étude de faisabilité publiée en septembre estimait que l'accord ajouterait un quart de point de croissance annuel à l'économie suisse.

Les droits de douane seront réduits de 10% en moyenne, selon Berne. A titre d'exemple, les produits horlogers sont taxés entre 11 et 20%. En avril 2006, Pékin a introduit une taxe à la consommation de 20% sur les montres d'une valeur supérieure à 10?000 renmimbi (1600 francs), relève la Fédération horlogère.

Bastien Buss

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TÉLÉVISION - Qui a peur de l'usine du monde ?

Le Monde - Supplément Télévision, lundi, 31 janvier 2011, p. TEL14

France 2 - jeudi 3 février, 22h50

Des petits patrons qui cherchent avec difficulté des employés pour travailler dans une usine de confection de chaussettes : c'est une situation quotidienne dans la petite ville de Datang, en Chine, une de ces cités de 300 000 habitants, qui se sont spécialisées dans une mono industrie. Car Datang, forte d'un millier de centres de production, produit aujourd'hui un tiers des chaussettes vendues dans le monde... Payés à la pièce, les ouvriers, qui viennent le plus souvent du centre de la Chine, gagnent entre 150 et 200 euros par mois. Ils sont logés par leur employeur, parfois au-dessus de la teinturerie de l'usine.

Ce documentaire décortique la puissance économique de la Chine en partant d'un constat simple : aujourd'hui, 90 % des produits manufacturés d'une valeur de moins de 20 euros en France proviennent de l'empire du Milieu. Il y a trente ans, ce pourcentage n'excédait pas 2 %. Les conditions de travail ne sont toujours pas une préoccupation majeure, comme en témoigne la visite à Canton d'un fabricant de canapés. Sans masques ni gants, les pieds nus parfois dans des dépôts dont le sol est jonché de clous, les ouvriers doivent essentiellement produire vite, pour vendre rapidement.

UNE ÉCONOMIE CHINOISE EN TRANSFORMATION

Pour rester l'usine du monde, la Chine s'est organisée en facilitant notamment le " sourcing ", les achats les plus variés, aussi bien de textiles que de jouets, bijoux ou même sculptures d'art africain... Ce qui passe notamment par un site Internet, baptisé Alibaba, un sésame qui permet à des acheteurs du monde entier de trouver leur bonheur grâce aux 37 millions d'usines adhérentes à ce site.

Les dirigeants de PME chinoises doivent faire face à la pression des acheteurs occidentaux pour obtenir les prix les plus bas possible. Le film montre d'ailleurs de nombreux locaux d'usines textiles ou d'ameublement vides, en raison de multiples faillites. Leurs principaux clients ayant préféré à la Chine des pays où la main-d'oeuvre est devenue bien moins chère, comme le Vietnam ou le Bangladesh.

Le futur de l'économie chinoise passera-t-il par une dépendance moins grande à l'égard des exportations vers les Etats-Unis ou l'Europe ? Sans aucun doute. De plus en plus, l'usine du monde se métamorphose en usine de la Chine et travaille pour son propre marché intérieur. Une métamorphose qui ne va pas sans quelques réticences. Comme en témoigne l'attachement de la ville de Nanjie au passé, elle est toujours entièrement basée sur l'économie collectiviste. En uniformes vert et rouge, les salariés chantent la gloire de leur employeur, ne sont payés qu'à 30 % en salaire - le reste en nature -, occupent tous le même tout petit appartement avec les mêmes meubles et la même télévision que leurs voisins... Une effrayante plongée dans un mode de vie maoïste.

Nicole Vulser

Alain Lasfargues

(France, 2011, 90 minutes).

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samedi 29 janvier 2011

REPORTAGE - Les « poissons d'eaux profondes » affectionneraient les mers occidentales

Le Figaro, no. 20680 - Le Figaro, vendredi, 28 janvier 2011, p. 2

Les « poissons d'eaux profondes » affectionneraient de plus en plus les mers occidentales

Des escouades d'agents chinois spécialisés dans le renseignement économique opéreraient aux États-Unis, en France ou encore en Russie. Plusieurs d'entre eux ont récemment été jugés pour « espionnage industriel » devant des tribunaux américains.

Les « poissons d'eaux profondes » affectionneraient de plus en plus les mers occidentales. C'est par ce terme (chen diyu en chinois), que l'on désigne les agents secrets de la République populaire. Or, des escouades entières de ces espions seraient aujourd'hui affectées au renseignement économique, au coeur de la nouvelle quête de puissance de Pékin. Une série de procès pour espionnage industriel vient de se tenir ces jours-ci aux États-Unis. Et une mystérieuse « piste chinoise » a été évoquée dans l'affaire Renault, même si l'on ne sait rien de ce que le contre-espionnage français pourra remonter dans ses filets. Au rang des obscures menaces, les services chinois semblent avoir remplacé le KGB soviétique de la guerre froide.

Fin 2009, un rapport d'une commission du Congrès américain estimait que Pékin espionnait de plus en plus les États-Unis, « fort de ses progrès dans la cyberguerre et le recrutement de ses agents ». De fait, la chronique de ce face-à-face clandestin est nourrie. En février 2010, au terme d'un des premiers procès de ce genre, un ingénieur américain d'origine chinoise, Dongfan « Greg » Chung, a été condamné en Californie à 15 ans de prison pour espionnage économique dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense. Il avait travaillé trente ans chez Boeing et Rockwell International. L'été dernier, un chercheur chinois de 45 ans, Huang Kexue, a été arrêté par le FBI pour avoir volé et transmis à la Chine des secrets commerciaux concernant des insecticides. Il travaillait dans une filiale de Dow Chemical, la plus grosse entreprise américaine d'agrochimie et de biotechnologie.

Payer les traites de sa luxueuse maison

Hier, un tribunal fédéral américain a condamné à 32 ans de prison un ancien ingénieur de 66 ans, Noshir Gowadia, accusé d'avoir transmis de la technologie militaire sensible à la Chine. Ingénieur chez Northrop Grumman, il avait beaucoup travaillé sur les bombardiers furtifs B-2. Un domaine qui intéresse au plus haut point les Chinois, comme vient de l'attester la médiatisation du premier vol de son chasseur furtif J-20. Sa motivation était purement financière, liée aux 15 000 dollars de traites de sa luxueuse maison surplombant l'océan à Hawaï. La semaine dernière, Glenn Shriver, jeune Américain de 28 ans recruté par Pékin alors qu'il étudiait en Chine, a été condamné à quatre ans de prison pour tentative d'espionnage, après avoir reconnu les faits. Trois agents l'avaient approché à Shanghaï en 2004 et l'avaient convaincu, une fois de retour aux États-Unis, de « postuler pour des agences de renseignement ou de police ». Il avait ainsi tenté de travailler pour la CIA et, entre 2005 et 2010, aurait reçu 70 000 dollars de ses « coachs » clandestins.

Récemment, affirme Roger Faligot, auteur d'un ouvrage de référence sur les services secrets chinois *, « le contre-espionnage français a mis fin aux agissements d'une entreprise commerciale dans la région Rhône-Alpes. Ses animateurs étaient des »illégaux*, officiers d'une des sections de liaison de l'APL (Armée populaire de libération) ».

On s'espionne aussi entre amis. La Russie est devenue une cible pour les agents chinois, surtout depuis que Moscou a mis un frein aux transferts de technologie. En septembre dernier, on apprenait que deux scientifiques russes de Saint-Pétersbourg venaient d'être arrêtés, soupçonnés par le FSB (Service fédéral de sécurité, ex-KGB) d'espionnage au profit de Pékin. Ils avaient effectué plusieurs missions en Chine, dans le cadre d'un partenariat avec l'université polytechnique de Harbin. Professeurs à l'université technique Baltiiski Voïenmekh, un institut lié au domaine militaire, ils étaient spécialisés sur les missiles et les engins spatiaux. C'est dans un bâtiment moderne et palatial situé au coeur de Pékin, sur l'avenue Chang'an et à l'orée de la place Tiananmen, que se situe l'épicentre du monde du renseignement chinois. Le siège du Guoanbu (l'abréviation de Guojia Anquanbu), appelé aussi Ministry of State Security. La centrale de renseignement chinoise a vu le jour sous sa forme moderne au début de l'ère Deng Xiaoping, en 1983. Elle regroupe tant les missions de contre-espionnage que celles de renseignement extérieur.

À l'époque, le père des réformes lui donne clairement l'instruction de soutenir l'élan économique chinois. « Le renseignement économique est une des grandes facettes de ce redéploiement des années 1980, explique Roger Faligot, dès le début, le Guoanbu a créé une école d'espionnage économique. Et la décennie suivante, sous Jiang Zemin, il a déployé des postes de renseignement dans tous les grands ministères, les gouvernements provinciaux et bien sûr les grandes entreprises. »

Priorité au rattrapage technologique

L'actuel patron du Guoanbu, Geng Huichang, est d'ailleurs présenté comme un économiste, spécialiste des États-Unis et du Japon, auteur en 1993 d'un livre sur le commerce international. Et le « tsar » de la sécurité et du renseignement chinois - l'un des « 9 » du comité permanent du politburo -, Zhou Yongkang, est un homme issu du secteur pétrolier.

Le Guoanbu n'est pas seul dans la danse. Le renseignement militaire joue un rôle majeur, notamment le 2e bureau de l'état-major de l'APL, mais aussi d'autres services - parfois en concurrence interne - dépendant du département politique de la défense. Un engagement qui dépasse le cadre militaire, mais logique à l'aune du poids économique de l'armée. Les énormes moyens affectés à la cyberguerre sont aussi mis au service du renseignement économique. Le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information tient aussi un rôle clé, tout comme le Chinese Council for the Promotion of International Trade (CCPIT), rattaché directement au Conseil d'État (le cabinet chinois). Ensuite, les opérations peuvent être financées ou menées par des entreprises d'État. Le dispositif repose aussi sur une constellation d'instituts de « recherche » ou de « coopération internationale ». Et, le bureau de l'éducation exploite le vivier des 180 000 étudiants chinois dispersés dans le monde.

Ces dernières années, les services de contre-espionnage européens se sont beaucoup intéressés aux réseaux d'étudiants chinois « indépendants ». On se souvient en France de l'affaire Li Li Huang, cette jeune Chinoise en stage chez l'équipementier automobile Valeo, dans le cadre de ses études à l'université de technologie de Compiègne (Oise). Elle avait été interpellée en 2005 pour « intrusion dans un système automatique de données », après avoir siphonné moult fichiers sans grand rapport avec son stage.

La Chine serait-elle moins scrupuleuse que bien d'autres nations? Non, répond un spécialiste de ces questions, « tout le monde a fait de l'espionnage industriel et en fait. Mais la Chine en a plus besoin que les autres aujourd'hui ». Pékin ne fait pas mystère de sa grande priorité, le rattrapage technologique. Avec un accent mis sur les énergies alternatives, tout ce qui est « vert ». Un universitaire chinois, qui veut garder l'anonymat, estime que « malgré des discours triomphalistes, la Chine est encore très en retard sur beaucoup de technologies, que ce soit dans le nucléaire, l'aéronautique, le ferroviaire ou l'automobile. Elle améliore des technologies existantes mais n'a rien créé de majeur ». L'effort de recherches tarde à porter ses fruits, comme le montrent par exemple les déboires du constructeur automobile BYD avec ses batteries électriques. D'où la tentation d'aller chercher l'innovation là où elle existe déjà. Et la pression mise par les autorités centrales, l'obligation de résultat, peuvent pousser à certaines hardiesses de la part de gouvernements locaux ou grandes entreprises. « Si la centralisation est consubstantielle au régime communiste, l'immensité spatiale et la multiplicité des structures créent souvent une certaine forme d'autonomie, et cela peut valoir aussi pour l'espionnage économique », poursuit le même expert. Selon lui, on ne peut exclure des initiatives que les autorités centrales ne contrôlent pas totalement. « Mais finalement, leur meilleur outil de renseignement économique est très légal, s'amuse un expatrié, en mettant la pression sur les entreprises étrangères. Avec le système des JV (coentreprises) ou leurs processus d'homologation, ils obtiennent déjà beaucoup de choses... »

Brouiller les traces

Pour le renseignement économique, Roger Faligot explique que les Chinois bénéficient aussi des « liens étroits entre les services et les grands équipementiers de télécommunications » et qu'ils ont « copié les Anglo-Saxons en utilisant des bureaux d'intelligence économique privée ou des cabinets d'affaires, si possible sans aucune connexion chinoise évidente ». Fort habilement, les services chinois savent très bien sous-traiter leurs missions à des tiers, pour brouiller les traces. Dans les années 1990, après la chute de l'URSS, ils ont su exploiter la ressource des anciens du KGB soviétique. Tout comme celle des pays « amis », qu'il s'agisse d'espions iraniens, serbes ou pakistanais par exemple. « Ces dernières années, ils se servent beaucoup de Taïwanais, pour des missions de renseignement ou pour des transactions de matériels prohibés avec l'Iran ou à la Corée du Nord, explique Lai I-chung, du Taiwan Thinktank. Comme cela, en cas de problème, ils n'apparaissent pas directement. »

L'efficacité est-elle au rendez-vous? « Il y a des résultats, c'est évident. Mais c'est surtout grâce à une incroyable capacité de mobilisation humaine et budgétaire, commente un spécialiste. Ils sont très bons dans la captation de l'information, notamment ouverte et donc légale, mais ils ont souvent du mal à la traiter, avec des problèmes de synthèse et d'aiguillage dus au nombre d'acteurs. » Un atout, peut-être : la langue chinoise ne fait pas le distinguo entre les mots information et renseignement...

* « Les Services secrets chinois, de Mao à nos jours », vient de sortir en poche chez Nouveau Monde Éditions.

Par Arnaud de La Grange Correspondant à Pékin

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REPORTAGE - Le Japon hanté par l'angoisse du déclin - Alain Barluet

Le Figaro, no. 20681 - Le Figaro, samedi, 29 janvier 2011, p. 2

Vieillissement démographique, crise économique, essor de la Chine et conflits de voisinage : l'Archipel, malgré ses efforts pour rebondir, est plus que jamais rongé par le doute.

Bienvenue au pays du Soleil-Couchant! Dans les médias, parmi les politiciens et les universitaires nippons, un débat se poursuit que personne, il y a quelques années encore, n'aurait pris au sérieux : le déclin du Japon. En librairie, les livres à succès ne se comptent plus pour analyser le naufrage du « modèle » japonais. Économie, démographie, sociologie, géopolitique : l'autoflagellation nipponne touche tous les domaines. De fait, le Japon entame sa troisième décennie de crise ininterrompue depuis l'éclatement de la « bulle », à la fin des années 1980. L'an dernier, la Chine devenait la deuxième puissance économique mondiale tandis que s'ouvrait l'Exposition universelle de Shanghaï : un double choc symbolique qui renvoyait le Japon relevé des ruines de Hiroshima à son miracle d'antan, lorsque sa richesse talonnait celle des États-Unis. C'était en 1967. Trois ans plus tard, en 1970, l'Expo d'Osaka fascinait le monde. Que reste-t-il aujourd'hui de ces exploits? Alors que les pays émergents et leurs performances accaparent l'attention, c'est comme si le Japon sortait du champ de l'actualité. La part de ce pays dans l'économie mondiale, qui représentait 14 % en 1990, chutera à 4 % en 2030 et à 2 % en 2050. Des plans de relance à répétition ne l'ont pas sorti de l'ornière. La dernière récession économique, qui a frappé de façon particulièrement sévère le pays, a encore aggravé le problème. Dernier coup dur en date : l'agence de notation financière Standard & Poor's a abaissé d'un cran, jeudi, la note de la dette à long terme du Japon, à AA-, en raison de son endettement colossal : 200 % du PIB, un record dans le peloton des pays développés.

Le vernis du masque s'est écaillé

« 2010 restera comme une année pendant laquelle le fossé s'est élargi entre les changements historiques intervenant dans la société globale et un Japon tourné vers lui-même », souligne Naoaki Okabe, éditorialiste de l'hebdomadaire Nikkei Weekly. Pour qui débarque à Tokyo, les stigmates de la crise sont peu apparents, occultés par les opulentes vitrines de certains quartiers de la capitale, la surface lisse des rites sociaux et les gants blancs des chauffeurs de taxi. Mais le vernis du masque s'est depuis longtemps écaillé. Et les conséquences de la spirale déflationniste sont profondes, notamment une tendance au repli sur soi. Avec la hausse du chômage (5,1 % officiellement) et des opportunités professionnelles plus limitées, les étudiants issus des grandes universités ont tendance à chercher un emploi sur place plutôt que de poursuivre leurs études à l'étranger. Depuis 1997, le nombre d'étudiants japonais dans les universités américaines a été divisé par deux, alors que celui des étudiants chinois était multiplié par trois...

Dans les entreprises, on parle d'un « plafond de verre » limitant l'essor de celles qui cherchent à se mondialiser davantage. La relocalisation au Japon d'entreprises installées en Asie du Sud-Est se développe. Les candidats à l'expatriation sont moins nombreux, ces postes étant jugés plus exposés en cas de réduction d'effectifs. Crise oblige, les touristes japonais sont, eux aussi, plus réticents à voyager hors du pays. Certes, dès 1999, le gouvernement s'est engagé à favoriser l'intégration des étrangers dans les entreprises, mais l'initiative est restée lettre morte. En part mondiale, les investissements étrangers n'ont pas progressé depuis un quart de siècle : 4 % du PIB, contre 10 % en Corée du Sud et 18 % aux États-Unis. D'où cette inquiétude : le pays ne va-t-il pas perdre du terrain dans des secteurs clés comme les biotechnologies et les technologies de l'environnement? « On est loin de l'euphorie des années 1980, quand le Japon devait conquérir le monde », souligne Valérie Niquet, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Bien sûr, il faut relativiser. L'Europe, la France notamment, connaît elle aussi ce débat sur le « déclinisme ». Et l'Archipel garde une puissance économique et des atouts considérables, notamment « de grandes réserves de changes, un système financier relativement fort et une économie diversifiée », pointe Standard & Poor's.

Le défi n'en est pas moins énorme. Les crises économique et démographique cumulent leurs effets. Les entreprises sont contraintes d'augmenter leur productivité dans un contexte où l'offre de main-d'oeuvre décroît spectaculairement. Entre 1996 et 2006, le Japon a supprimé 3,7 millions d'emplois. La population active décroît depuis 2001 et passera de 67 millions à 63 millions en 2025, selon l'Insee nipponne. La démographie japonaise offre un paysage sinistré : la population, 128 millions de personnes en 2004, devrait se réduire de plus de 30 millions d'ici à 2050. À cette date, les décès seront 2,4 fois plus élevés que les naissances. Le vieillissement va encore augmenter à cause de l'allongement de la durée de la vie, déjà la plus élevée au monde (86 ans pour les femmes, 79 pour les hommes), et de la très basse fécondité (1,3 enfant en moyenne par femme). Là encore, il convient de relativiser. « Le Japon a montré sa capacité de réaction en développant une floraison de services et d'aides aux personnes de grand âge », tempère ainsi Valérie Niquet.

« Il y a un sentiment de déclin inéluctable qui est accepté comme une réalité inévitable, un peu comme le mauvais temps ou, précisément, comme le vieillissement », relève Robert Dujarric, directeur de l'institut d'études sur l'Asie contemporaine (Icas) à Tokyo. Il y a aussi ce fatalisme lié à la légende du dragon sur le dos duquel le pays serait construit : en remuant, l'animal peut à tout moment provoquer un séisme... Pourquoi pas, alors, une catastrophe économique? Face à la crise, les Japonais ont réagi en faisant des économies et en renouant avec la frugalité. Après la débauche des enseignes à la mode, la tendance est aux produits sans marque, plus « économiquement corrects ». Les sacs et les accessoires discrets sont tendance, davantage que le bling-bling qui a longtemps tenu le haut du pavé dans les quartiers branchés de Tokyo.

L'ombre portée d'une Chine en plein essor pèse aussi sur le moral des Japonais. Un paradoxe, car la croissance nipponne (2,9 % en 2010) reste tirée par celle de la Chine. Les exportations chinoises en haute technologie proviennent ainsi, à hauteur de 80 %, d'entreprises japonaises ou taïwanaises installées sur le continent. Voyez le cas de Laox. En 2009, un conglomérat chinois prend le contrôle de ce grand magasin d'électroménager et d'informatique très connu implanté à Akihabara, un quartier à l'est de Tokyo. Fin 2010, Laox fait son apparition sur Ginza, les Champs-Élysées de la capitale. Il s'agit de séduire les touristes chinois de plus en plus nombreux. Problème : au même moment survient la crise diplomatique déclenchée, début septembre, par l'éperonnage de garde-côtes japonais par un chalutier chinois au large des Senkaku, des îles en mer de Chine orientale revendiquées par Pékin. Les touristes du continent boudent subitement l'Archipel, obligeant Laox à revoir sa stratégie commerciale.

Le désaccord persiste sur les Senkaku

Le Japon désigne désormais explicitement son voisin comme une « menace » pour sa sécurité. « Nous ne pouvons nous empêcher d'être inquiets », vient encore de déclarer le premier ministre, Naoto Kan, en évoquant l'accroissement des dépenses militaires chinoises et leur opacité. Les relations à haut niveau, interrompues à l'automne dernier ont repris. Mais le désaccord persiste sur les Senkaku. En réaction, Tokyo a décidé de renforcer d'ici à 2020 ses capacités de défense dans les îles du sud de l'Archipel. Et aussi de resserrer les rangs avec le protecteur américain.

En 2009, l'arrivée au pouvoir du Parti démocrate japonais (PDJ) a pu laisser entrevoir une prise de distance avec les États-Unis. Cela n'a pas été le cas. En même temps, « la main tendue à Pékin par le PDJ, comme par Barack Obama, a été perçue comme un signe de faiblesse par la Chine, qui a poussé ses pions, ce qui a laissé beaucoup d'amertume au Japon », analyse Valérie Niquet. « Pour le Japon, la Chine est une priorité. Pour les États-Unis, la priorité c'est la sécurité. Ces deux dimensions ne sont pas incompatibles », souligne Guibourg Delamotte, maître de conférences à Langues O et auteur de La Politique de défense du Japon (PUF). Faute d'alternative, le Japon campe sous le « parapluie » américain.

Ce pays serait-il donc « fini »? « Non, bien sûr, s'insurge Yoichi Funabashi, rédacteur en chef au quotidien Asahi Shimbun, nous n'avons tout simplement pas encore trouvé son rôle, à cause notamment de l'absence d'une impulsion politique forte. » Sous pression de l'opposition conservatrice, le gouvernement de Naoto Kan reste fragile. Et sa marge de manoeuvre étroite pour lancer les chantiers susceptibles d'améliorer les finances de l'État (réforme fiscale, du système de sécurité sociale, de la taxe sur la consommation...). Pour le journaliste du Nikkei Weekly, le rebond, l'introuvable rebond du Japon, ne viendra que d'une plus grande ouverture sur le monde. S'il veut revenir sur le devant de la scène, le pays devra miser sur des initiatives pour lesquelles il est déjà en pointe : la non-prolifération, face notamment à la Corée du Nord, ou encore la défense de l'environnement, dont Tokyo est déjà un des leaders mondiaux. « C'est à ce prix que nous pourrons tourner la page des décennies perdues », écrit l'éditorialiste.

Par Alain Barluet Envoyé spécial à Tokyo

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Visite surprise de Wen Jiabao aux pétitionnaires chinois - Brice Pedroletti

Le Monde - International, vendredi, 28 janvier 2011, p. 7

En se rendant, lundi 24 janvier, au bureau général des lettres et visites, sorte de ministère des doléances, dans le sud de Pékin, le premier ministre, Wen Jiabao, a de nouveau provoqué la surprise et suscité des débats. Annoncée mardi par la presse officielle, la première visite jamais effectuée par un dirigeant chinois à cette administration extrêmement controversée pour y rencontrer des pétitionnaires n'est pas anodine. Chaque jour, des plaignants s'y pressent, espérant la réparation de l'injustice dont ils se considèrent victimes.

Le système donne l'illusion d'un ultime recours possible. Dans la réalité, les pétitionnaires sont souvent renvoyés dans leur localité d'origine. Ils s'exposent à toutes sortes de représailles et, pour les récidivistes, à des peines en camp de rééducation.

Les internautes chinois s'interrogent sur les intentions du premier ministre : est-ce un « os à ronger » pour les plus mécontents, à l'approche du Nouvel An chinois ? Ou l'un de ces actes de contrition dont M. Wen s'est fait une spécialité - il a déjà rencontré des malades du sida ou des paysans ouvriers grugés par leur employeur - sans que ses gestes ne débouchent sur des réformes réelles ? Le quotidien Nanfang Dushi, connu pour sa relative indépendance, a retrouvé deux des huit pétitionnaires rencontrés par M. Wen et dont les témoignages apparaissent crédibles.

Les dérives du système des pétitions sont connues. En décembre 2010, la mort mystérieuse d'un ancien chef de village du Zhejiang, Qian Yunhui, pétitionnaire au long cours, a ému. Convaincus de la responsabilité des autorités locales, des avocats et des intellectuels se sont mobilisés, se rendant sur place pour enquêter. Lundi, le premier ministre a insisté sur la nécessité de « créer les conditions par lesquelles le peuple peut critiquer et superviser » le gouvernement. Il a fait référence aux nouvelles règles adoptées par l'exécutif pour « garantir que les droits des propriétaires urbains soient respectés ». Une législation est à l'étude pour « mettre fin également aux démolitions forcées dans les zones rurales », a promis M. Wen.

« C'est mieux que rien »

Plusieurs cas d'immolation par le feu de propriétaires lésés et sans recours ont défrayé la chronique. « Les défaillances du système des pétitions sont extrêmement graves. Le premier ministre s'y rend un peu tard, mais c'est mieux que rien », explique au Monde Hu Xingdou, professeur d'université qui s'est fait une spécialité des phénomènes sociaux chinois. « Il est urgent pour le gouvernement de montrer qu'il est préoccupé par les pétitions et de s'élever pour une fois contre le traitement souvent réservé aux pétitionnaires. C'est un message à l'intention des autorités locales », estime M. Hu. Mais, poursuit-il, le système des pétitions est une impasse, et la Chine ne peut pas faire l'économie d'une autre gouvernance, par des lois et une justice plus efficaces.

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Sylvie Bermann, une ambassadrice en Chine


Le Figaro, no. 20681 - Le Figaro et vous, samedi, 29 janvier 2011, p. 39

Sylvie Bermann a été choisie pour représenter la France en Chine. Directrice des organisations internationales au Quai d'Orsay, cette diplomate connaît bien l'empire du Milieu, où elle a déjà été en poste, et parle le chinois.

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Le «Google Earth » chinois doit réviser sa géographie

Le Figaro, no. 20681 - Le Figaro, samedi, 29 janvier 2011, p. 1

Désormais, le monde ne sera plus lu comme avant. C'est en substance le message des concepteurs de Tianditu, la version chinoise de Google Earth, qui vient tout juste d'être lancée. Le site officiel de cartographie, appelé aussi Map World, est censé être une réponse au succès hégémonique de la firme américaine.

Seulement voilà, quelques ratés suscitent les bruyantes railleries des internautes et de la presse de Hongkong. Le site est lent, peu ergonomique. Et, nettement plus fâcheux, il donne des résultats bien fantaisistes. Le South China Morning Post a relevé une brassée d'aberrations géographiques. La grande île du sud de la Chine, Hainan, se retrouve au Japon, Tiananmen au coeur de Shanghaï et la Grande Muraille au sud du Yangtze. Une recherche sur d'autres villes chinoises vous emmène au Danemark ou en Somalie.

L'affaire fait beaucoup moins rire les dirigeants chinois, car le sujet est aussi politique que stratégique. Pékin a édicté au printemps dernier de nouvelles règles, obligeant les services de cartographie étrangers à établir un partenariat avec une société chinoise, à baser leur serveur en Chine, puis à postuler pour obtenir une licence d'exploitation. Pour l'instant, Google réserve sa décision. En attendant, l'arme fatale anti-Google Maps aurait bien besoin de quelques réglages.

ARNAUD DE LA GRANGE

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Chine : la planète diaspora - Thierry Sanjuan

Libération - leMag, samedi, 29 janvier 2011, p. MAG_19

«Pour la diaspora, le nouvel an chinois, célébré la semaine prochaine, est un moment privilégié de transmission de traditions, de mise en scène identitaire et économique. Associations et entrepreneurs chinois montrent ainsi leur influence au sein de la communauté, mais le message s'adresse aussi au pays d'accueil.

«Les populations chinoises à l'étranger, quelque 35 millions, sont des "Chinois d'outre-mer" : 90% de cette diaspora vient historiquement de trois provinces méridionales (le Guangdong, le Fujian et l'île de Hainan), le cantonais en est la langue dominante. Les migrations vers l'Asie du Sud-Est remontent aux Song (960-1279). Mais la première vraie vague d'émigration date de la deuxième moitié du XIXe siècle, pour répondre alors aux besoins des colonies européennes en Asie du Sud-Est, en Amérique, en Afrique du Sud, dans les îles Caraïbes et dans l'ouest de l'océan Indien.

«Depuis les années 80, une nouvelle vague d'émigration, largement économique, s'est ajoutée à la diaspora. Elle est originaire de lieux de départs traditionnels comme la région de Wenzhou - très nombreux à Paris (le Sentier, Sedaine-Popincourt, Belleville) - mais aussi plus récemment du nord-est de la Chine, le Dongbei, une vieille région industrielle en crise.

«Le nombre d'étudiants chinois à l'étranger est croissant : il dépasse les 27 000 en France et, suivant les autorités chinoises, les 180 000 dans le monde. Les liens qui s'intensifient avec la Chine continentale et le rayonnement médiatique de cette dernière (CCTV, chaînes régionales...) accentuent les progrès du mandarin au sein de la diaspora.

«L'empire du Milieu comme centre du monde, voire comme monde même, n'est pas la seule forme de mondialisation que la Chine ait connue dans l'histoire. Sa diaspora représente aussi une forme de mondialisation, ainsi que le rayonnement de ses métropoles littorales, comme Shanghai lors de la dernière exposition universelle. Ces types de connexions sont aujourd'hui d'autant plus importants qu'ils fabriquent eux-mêmes la mondialisation.

«L'imbrication actuelle entre les communautés émigrées et la Chine continentale pousse ainsi à concevoir un espace global, avec non seulement un pays de référence mais aussi un éparpillement démographique couvrant les cinq continents.

«Le monde chinois devient un espace humain multipolarisé dont les centres sont les métropoles côtières continentales comme Shanghai, Pékin et Hongkong, les petits dragons asiatiques comme Taiwan et Singapour, les acteurs économiques chinois de l'Asie du Sud-Est, les chinatowns des grandes villes occidentales, les présences en Afrique et en Amérique latine.»

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Lenovo et NEC s'allient dans les ordinateurs - Elsa Bembaron

Le Figaro, no. 20680 - Le Figaro Économie, vendredi, 28 janvier 2011, p. 22

Les deux groupes ont annoncé la création d'une coentreprise afin de vendre des PC au Japon.

Le nouveau numéro un japonais du PC est nippo-chinois. Le chinois Lenovo et le japonais NEC ont annoncé hier la création d'une coentreprise Lenovo NEC Holdings. Elle sera détenue à 51 % par Lenovo et 49 % par NEC, qui lui apporte la totalité de ses activités dans le PC. En contrepartie, Lenovo versera à son partenaire japonais 175 millions de dollars, via une émission d'actions nouvelles. Le groupe chinois a déjà prouvé sa capacité à réaliser des opérations d'envergure. Il y a six ans, il a racheté la branche grand public d'IBM. L'intégration est un succès industriel

NEC, qui a connu son heure de gloire dans les années 1980 et 1990, ne fait plus partie du top 10 des fabricants de PC. Le japonais a en outre publié hier une nouvelle perte trimestrielle, multipliée par trois à 240 millions d'euros. Toutes ses activités sont en recul, le secteur des télécommunications souffre particulièrement. Seules les ventes de produits grand public ont progressé. NEC apportera notamment à la coentreprise son savoir-faire en termes de développement de nouveaux produits. Lenovo pourrait donc bénéficier de transferts de technologie. Tandis que la nouvelle entité bénéficiera de la puissance d'achat du groupe chinois.

Pour Lenovo, numéro 4 mondial des PC, cette alliance s'inscrit « parfaitement » dans sa stratégie. « Elle renforce notre implication dans notre coeur de métier, le PC, tout en nous offrant de nouvelles opportunités de croissance au Japon », a déclaré Yang Yuanqing, le PDG de Lenovo. L'Archipel ne lui est pas complètement inconnu, puisque Lenovo dispose déjà de plusieurs bureaux de distribution au Japon et d'un centre à Yamoto. Le groupe chinois a les moyens de financer ses ambitions.

Au deuxième trimestre de son exercice, le chinois a engrangé un bénéfice de 77 millions de dollars et dispose d'une trésorerie nette de 2,3 milliards de dollars. De quoi financer d'éventuels projets de croissance interne... ou externe.

Le Japon et le PC pourraient d'ailleurs n'être qu'un premier pas dans la stratégie commune de développement des deux groupes. Ils se sont aussi mis d'accord pour discuter de coopérations supplémentaires dans d'autres domaines, y compris le développement de nouveaux appareils, comme des tablettes ou des serveurs Internet.

Un smartphone, deux tablettes

Le chinois vient en outre d'annoncer une nouvelle organisation et la création d'une entité dédiée à l'Internet mobile, présidée par Liu Jun, ancien patron de la branche PC. Cette dernière revient à l'américain Peter Hortensius. Liu Jun aura à charge de faire croître les nouveaux produits tablettes, smartphones et smart TV (télés connectées). Lenovo a annoncé début janvier le lancement de ses deux tablettes, l'IdeaPad, dotée d'un clavier, et le LePad. Lenovo a fait ses premiers pas l'année dernière sur le marché de la téléphonie, avec LePhone. Le smartphone siglé Lenovo n'est pour le moment commercialisé qu'en Chine, mais la téléphonie représente déjà 3,7 % de son chiffre d'affaires.

Lenovo a su s'imposer sur le marché des PC avec sa marque Idea, distribuée dans 90 pays. Il entend bien poursuivre sa progression sur les autres segments de l'électronique grand public en s'attaquant à la fois à deux marchés : les pays émergents et les pays développés. Autrement dit, le monde.

Elsa Bembaron

PHOTO - Lenovo CEO Yang Yuanqing (L) speaks next to NEC president Nobuhiro Endo (R) at a press conference in Tokyo on January 27, 2011. Leading Japanese and Chinese electronics firms NEC Corp. and Lenovo Group said they had agreed to set up a joint venture in the personal computer business in Japan.

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Après dix ans d'hésitations, Prada va enfin s'introduire en Bourse à Hongkong

Le Monde - Economie, samedi, 29 janvier 2011, p. 15

La maison de luxe italienne est toujours détenue par les descendants du fondateur

La cinquième tentative devrait être la bonne. Le groupe de luxe italien Prada, qui avait initialement envisagé une entrée en Bourse le 28 septembre 2001, n'avait depuis cessé de retarder ce projet, en attendant de meilleures conditions de marché. Les attentats du World Trade Center, les épidémies et la crise financière sont la cause des reports. Mais le conseil d'administration du groupe a enfin donné son feu vert, jeudi 27 janvier, à l'opération.

Après une valse-hésitation entre Milan, Londres, New York et Hongkong, c'est l'ancienne colonie britannique qui a été choisie comme place de cotation pour ce groupe familial qui compte, outre Prada, les marques Miu Miu, les chaussures Church's et Car Shoe.

Avec ce choix, la maison montre qu'elle mise sur une forte expansion en Asie et pense y trouver plus facilement des capitaux qu'en Europe ou aux Etats-Unis. Ce qui lui permettrait notamment de se délester d'une dette importante, estimée à un peu plus de 1 milliard d'euros, conséquence d'une série d'acquisitions hasardeuses dans les années 1990.

L'eldorado asiatique n'est pas un vain mot pour ce groupe, qui y réalise aujourd'hui 40 % de ses ventes - dont 19 % en Chine. Rien qu'au premier semestre de son exercice 2010-2011, le chiffre d'affaires de Prada a explosé de 47 % en Asie. Toujours grâce à ce marché, le bénéfice net a triplé sur les neuf premiers mois de l'exercice, à 156 millions d'euros. La plupart des analystes s'accordent à penser que la Chine deviendra, dans le meilleur des cas d'ici à cinq ans, le principal marché du luxe.

La griffe a d'ailleurs présenté, samedi 22 janvier à Pékin, pour la première fois hors d'Italie, sa collection printemps-été 2011. Un défilé ultrachic au Musée de l'académie des beaux-arts, doublé d'un événement mondain en diable, auquel participaient les actrices Gong Li et Maggie Cheung. Le groupe compte aussi ouvrir un studio de design à Hongkong cette année.

La saga de Prada est restée jusqu'à présent strictement familiale : le capital de ce groupe fondé en 1913 par Mario Prada est toujours à 94,89 % entre les mains de la famille et de Patrizio Bertelli, directeur général du groupe et mari de Miuccia Prada. La styliste n'est autre que la petite-fille du créateur, qui avait ouvert sa première boutique dans la galerie milanaise Vittorio-Emanuele, à deux pas du Dôme. Ce temple fort onéreux du bon goût est toujours en activité. La maroquinerie s'est étoffée peu à peu avec les vêtements, les chaussures, les lunettes, le parfum...

Seize boutiques en Chine

Seule une banque, l'italienne Intesa Sanpaolo, détient actuellement 5,11 % du groupe. Elle a d'ailleurs été choisie, comme le Crédit agricole, Uni Crédit et Goldman Sachs, pour cornaquer cette mise en Bourse. Prada a sans doute analysé celle, réussie, du groupe de cosmétique L'Occitane en mai 2010, le premier français coté à Hongkong. L'année dernière, cette place a été la plus prisée pour les introductions en Bourse, avec 31,8 milliards de dollars américains (23,2 milliards d'euros) levés par des sociétés européennes et nord-américaines.

Sans donner de précision sur le montant du capital qui sera coté - un seuil de 30 % est évoqué par des analystes - ni sur le calendrier - avant l'été ? -, la direction de Prada veut poursuivre son expansion. Plus de 85 nouvelles boutiques, dont seize en Chine, doivent être inaugurées cette année, s'ajoutant aux 325 magasins détenus en propre dans 65 pays.

Après avoir subi de plein fouet la crise en 2009, Prada s'est relevé et devrait annoncer prochainement un chiffre d'affaires annuel supérieur à 2 milliards d'euros. Il vise les 3 milliards en 2014 grâce aux pays émergents. Selon des analystes interrogés par Reuters, Prada pourrait être valorisé entre dix et quinze fois son bénéfice avant impôts, ce qui, en s'appuyant sur les résultats semestriels de 2010, donnerait une fourchette comprise entre 4,5 et 6,7 milliards d'euros.

Nicole Vulser

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Alain Finkielkraut : "La France, c'est d'abord une nation littéraire"

Marianne, no. 719 - Idées, samedi, 29 janvier 2011, p. 76

A l'invitation de "Libération" et de "Marianne", le philosophe prononce une conférence, le samedi 29 janvier, lors des Etats généraux du renouveau de Grenoble. Tour d'horizon idéologique en avant-première.

Marianne/Libération : Pourquoi culture et identité sont-elles des notions qui n'ont cessé de se disjoindre au cours des dernières décennies ?

Alain Finkielkraut : En 1925, le grand philologue allemand Ernst-Robert Curtius écrivait, dans son Essai sur la France : "La littérature joue un rôle capital dans la conscience que la France prend d'elle-même et de sa civilisation. Aucune autre nation ne lui accorde une place comparable. Il n'y a qu'en France où la nation entière considère la littérature comme l'expression représentative de ses destinées." Ce n'est plus vrai, hélas. Cependant, au lieu de se soucier de l'appauvrissement culturel de l'identité nationale, on s'acharne contre le concept même d'identité nationale. Au nom de la mémoire, bien sûr, mais il s'agit d'une mémoire égarée. La référence à l'identité nationale, dit-on, a nourri le nationalisme, et le nationalisme a déchaîné le pire. Le mot d'ordre est donc de se défaire de l'identité, au moins sous cette forme extrême. Mais, face au risque du particularisme, on ne peut plus tabler sur l'universel. Le XXe siècle a été le siècle du colonialisme : au nom des valeurs occidentales érigées en norme universelle, nous nous sommes crus en droit de dominer d'autres peuples. Le résultat, c'est la situation dans laquelle nous nous trouvons : d'un côté, rejet de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à l'identité française, séparation farouche de la question identitaire et de la question culturelle ; et, de l'autre, célébration effrénée des autres identités. Car l'identité est un thème à la mode pour peu qu'elle ne soit pas européenne et française. Pour un film de la collection "Empreintes", réalisé par Ilana Cicurel, je suis retourné dans l'école communale de mon enfance, rue des Récollets, à Paris. Il y trônait une carte du monde avec des photos d'élèves épinglées sur divers pays des continents africain et asiatique, avec cette légende : "Je suis fier de venir de..."

Aujourd'hui, l'école célèbre la fierté de "venir de", et stigmatise la fierté d'être français. La France a été longtemps un peuple littéraire, qui connaissait ses classiques. Encore faudrait-il qu'elle puisse le demeurer. Et il ne suffit pas, pour accomplir un tel dessein, de chanter les louanges d'un livre boudé par le président de la République, la Princesse de Clèves.

Réhabiliter la Princesse de Clèves, c'était tout de même un bon début ?

A.F. : Sans doute, mais, lorsqu'un des ministres de Nicolas Sarkozy, André Santini, a réclamé la suppression des épreuves de culture générale, personne ne s'est ému. Au contraire, le Conseil représentatif des associations noires (Cran) l'a félicité au nom de la lutte contre les discriminations. L'enseignement de la culture générale est désormais jugé discriminatoire. Quand il est attaqué par la droite au nom de la professionnalisation, tout le monde se mobilise, mais quand il est attaqué par la gauche au nom de l'égalité réelle, tout le monde applaudit. Voilà une contradiction que seule une réflexion sur l'identité peut permettre de surmonter.

N'est-ce pas le propre de l'exception française que d'avoir poussé jusqu'à son paroxysme le découplage de la culture et de l'identité ?

A.F. : Ce découplage a eu lieu en Allemagne aussi, comme le montre le débat sur l'intégration et sur le multiculturalisme. Dans un récent article, le philosophe Jürgen Habermas se fait l'avocat de ce découplage en critiquant la référence à une Leitkultur, à une culture de référence, suggérant par là même que son pays n'aurait le droit qu'à un patriotisme abstrait, de simple adhésion à des normes. En France, un débat fait rage autour du projet de musée de l'Histoire de France. Parmi ceux que ce projet indigne, pour utiliser un verbe à la mode, je retiens la position d'un des grands historiens de l'affaire Dreyfus, Vincent Duclert. Selon ce dernier, il faudrait créer non un musée de l'Histoire de France, mais un musée de l'Histoire en France. La France, autrement dit, doit être un contenant susceptible d'accueillir tous les contenus.

Quelles sont, d'après vous, les implications de cette réduction de la France au statut de contenant ?

A.F. : Dès lors que la France est un contenant, cela signifie qu'il y a d'autres contenus ailleurs, donc un risque de ségrégation et d'exclusion. Mais voulons-nous vraiment habiter un contenant ? Quels sont, d'ailleurs, les purs contenants dans le monde contemporain ? Ce sont les gares et les aéroports. Toute la question est de savoir si, au nom de l'hospitalité telle qu'elle est conçue aujourd'hui, la France doit devenir un aéroport. De la même façon, il existe un récit de l'histoire de France, dont certains historiens, tel Nicolas Offenstadt, ne cessent de vouloir souligner le caractère fictif et artificiel. Les artisans du projet de musée de l'Histoire de France n'ont pas lésiné sur les précautions ; ils ont multiplié les concessions ; ils ont fait valoir la pluralité des approches et des points de vue. Ils ont même accepté que le terme de "musée" soit remplacé par celui de "maison". En vain : c'est l'idée même que les Français puissent s'inscrire dans une histoire qui fasse sens qui, justement, n'est pas tolérée. Ceux-là mêmes qui déconstruisent le récit national croient vaincre tous les préjugés, alors qu'ils se soumettent à tous les clichés du présent - à commencer par celui du métissage. Ou plutôt, il existe une tentative inlassable de rendre l'histoire passée conforme aux idéaux du présent. Le métissage est à tel point inscrit dans notre présent que nous souhaiterions le projeter dans le passé de la France. Les historiens et les sociologues vont ainsi répétant, au mépris de toute vérité historique, que la France a toujours été une terre d'immigration. Ce n'est pas exact. Entre les grandes invasions et le XIXe siècle, la France a connu une remarquable stabilité démographique. Si la France actuelle ne sait plus où elle en est, c'est parce que nous vivons un changement très rapide et spectaculaire, sous le double effet de la mondialisation et de l'immigration. Culpabiliser l'inquiétude que suscite une telle transformation, c'est faire le jeu du Front national. C'est la raison pour laquelle il appartenait, à mon sens, aux intellectuels de s'emparer du débat sur l'identité nationale, au lieu de le frapper d'interdit ; il convenait aussi de se demander si nous n'entrions d'un seul tenant dans une ère postnationale et postculturelle.

Justement. Des deux notions, la culture et l'identité, laquelle est la plus malmenée ?

A.F. : La culture ne peut vivre que de hiérarchie. A cet égard, un récent rapport du ministère de la Culture, intitulé "La culture pour chacun", m'a particulièrement ému. Pour son auteur, Francis Lacloche, le véritable obstacle à une politique de démocratisation culturelle n'est rien d'autre que la culture elle-même, car, comme nous dit Lacloche, elle conduit, sous couvert d'exigence et d'excellence, à un processus d'intimidation sociale. Preuve que ce qui tue, aujourd'hui, la culture, c'est l'anti-élitisme.

Dans les années 60, il y avait encore un consensus. Malraux et le Parti communiste défendaient "l'élitisme pour tous". Faut-il regretter cette époque ?

A.F. : Ce qui est sûr, c'est qu'il y a quelque chose de décevant dans le procès intenté au président de la République. Il incarne la société postculturelle, il est donc l'objet de tous les quolibets, mais la seule chose qu'on sache lui opposer, c'est une démocratie totalement nivelante. La langue française, il y a peu, était encore nourrie par la littérature. Aujourd'hui, ce qui disparaît avec le bon usage, c'est jusqu'à la simple idée du bon usage. Florent Pagny a expliqué récemment qu'il n'était pas très heureux que ses enfants, de retour de l'école, "parlent rebeu". Benjamin Biolay lui a répondu que, si les siens s'exprimaient dans cette langue, il serait le plus heureux des papas antiracistes...

Propos recueillis par Gérard Desportes et Alexis Lacroix

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